{"id":20333,"date":"2026-10-23T18:22:22","date_gmt":"2026-10-23T18:22:22","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=anafranil-clomipramine-psychopharmacologie"},"modified":"2026-10-23T18:22:22","modified_gmt":"2026-10-23T18:22:22","slug":"anafranil-clomipramine-psychopharmacologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=anafranil-clomipramine-psychopharmacologie","title":{"rendered":"Anafranil : R\u00e9f\u00e9rence clinique contre le TOC"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;Anafranil, connu sous sa d\u00e9nomination commune internationale de clomipramine, repr\u00e9sente une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l&rsquo;histoire de la neuropsychopharmacologie moderne et du traitement des affections psychiatriques s\u00e9v\u00e8res. D\u00e9velopp\u00e9 initialement comme un antid\u00e9presseur tricyclique, ce compos\u00e9 s&rsquo;est rapidement distingu\u00e9 par sa puissante activit\u00e9 inhibitrice de la recapture de la s\u00e9rotonine, bouleversant durablement la compr\u00e9hension et la prise en charge clinique du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Aujourd&rsquo;hui encore, malgr\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement des mol\u00e9cules de deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations, l&rsquo;Anafranil conserve un statut d&rsquo;\u00e9talon-or th\u00e9rapeutique au sein des algorithmes de r\u00e9sistance psychiatrique, incarnant l&rsquo;intersection complexe entre neurochimie mol\u00e9culaire, pharmacocin\u00e9tique rigoureuse et psychopathologie clinique.<\/p>\n<h2>Anafranil (Clomipramine)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;Anafranil est le nom commercial de r\u00e9f\u00e9rence du chlorhydrate de clomipramine, un m\u00e9dicament psychotrope appartenant \u00e0 la classe pharmacologique des antid\u00e9presseurs tricycliques dibenzaz\u00e9pines. Il agit principalement comme un puissant inhibiteur non s\u00e9lectif de la recapture des monoamines, exer\u00e7ant une action pr\u00e9f\u00e9rentielle sur le transporteur de la s\u00e9rotonine (SERT) tout en g\u00e9n\u00e9rant un m\u00e9tabolite actif majeur ciblant le transporteur de la noradr\u00e9naline (NET).<\/p>\n<p>Sur le plan nosologique et th\u00e9rapeutique, l&rsquo;Anafranil constitue le tout premier agent pharmacologique ayant d\u00e9montr\u00e9 une efficacit\u00e9 robuste et statistiquement significative dans la r\u00e9duction des obsessions et des compulsions. Il est indiqu\u00e9 dans le traitement des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, des attaques de panique, de certaines douleurs neuropathiques chroniques, de la cataplexie associ\u00e9e \u00e0 la narcolepsie, et figure comme r\u00e9f\u00e9rence absolue dans la pharmacoth\u00e9rapie du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">trouble obsessionnel-compulsif<\/a> chez l&rsquo;adulte et l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Sa structure tricyclique conf\u00e8re \u00e0 la mol\u00e9cule une affinit\u00e9 pour divers autres r\u00e9cepteurs synaptiques (notamment cholinergiques muscariniques, histaminergiques H1 et adr\u00e9nergiques alpha-1), ce qui explique \u00e0 la fois son spectre th\u00e9rapeutique \u00e9tendu et son profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables caract\u00e9ristiques exigeant une surveillance clinique m\u00e9ticuleuse.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le nom de marque <em>Anafranil<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 par les laboratoires suisses Geigy (devenus ult\u00e9rieurement Ciba-Geigy, puis Novartis) au cours des ann\u00e9es 1960. Le pr\u00e9fixe \u00ab Ana- \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>\u1f00\u03bd\u03ac<\/em> (an\u00e1), sugg\u00e9rant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, la r\u00e9fection, le redressement de l&rsquo;humeur ou le r\u00e9tablissement de l&rsquo;\u00e9quilibre vital, tandis que le radical \u00ab -franil \u00bb s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e phonologique et commerciale \u00e9tablie par son pr\u00e9curseur direct, le Tofranil (imipramine).<\/p>\n<p>Sur le versant pharmacologique international, le terme <em>clomipramine<\/em> est une d\u00e9nomination commune internationale (DCI) construite de fa\u00e7on m\u00e9thodique selon les r\u00e8gles de la nomenclature chimique de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9. Il r\u00e9sulte de la contraction du pr\u00e9fixe \u00ab clo- \u00bb d\u00e9signant la pr\u00e9sence d&rsquo;un atome de chlore substitu\u00e9 sur le noyau aromatique, accol\u00e9 \u00e0 la racine \u00ab imipramine \u00bb, elle-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9e de la composition structurale dibenzaz\u00e9pine int\u00e9grant un groupement iminodibenzyle amin\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;insertion de cet unique atome de chlore en position 3 du cycle tricyclique a constitu\u00e9 une modification structurale minime en apparence, mais d\u00e9terminante en mati\u00e8re de pharmacodynamie, multipliant de fa\u00e7on spectaculaire l&rsquo;affinit\u00e9 de la mol\u00e9cule pour les transporteurs pr\u00e9synaptiques s\u00e9rotoninergiques comparativement \u00e0 la mol\u00e9cule m\u00e8re d&rsquo;origine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab Anafranil \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/a.na.f\u0281a.nil\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom propre de sp\u00e9cialit\u00e9 pharmaceutique, invariable, employ\u00e9 au genre masculin (\u00ab l&rsquo;Anafranil \u00bb). Dans les contextes de prescription m\u00e9dicale, il est couramment pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la mention de sa forme gal\u00e9nique ou de son dosage, par exemple \u00ab de l&rsquo;Anafranil \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e 75 mg \u00bb.<\/p>\n<p>Le nom commun g\u00e9n\u00e9rique correspondant, la \u00ab clomipramine \u00bb (prononc\u00e9 \/kl\u0254.mi.p\u0281a.min\/), est un substantif f\u00e9minin d\u00e9signant la substance active. Dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique et clinique, l&rsquo;usage oscille entre l&rsquo;utilisation de la marque d\u00e9pos\u00e9e \u2013 souvent employ\u00e9e par m\u00e9tonymie dans la pratique hospitali\u00e8re \u2013 et la d\u00e9signation chimique pr\u00e9cise du principe actif, le chlorhydrate de clomipramine, qui r\u00e9pond aux exigences des publications scientifiques internationales.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;Anafranil dans toute sa complexit\u00e9, il convient de d\u00e9passer sa simple classification d&rsquo;antid\u00e9presseur et d&rsquo;examiner en d\u00e9tail son architecture pharmacologique pl\u00e9iotrope. La mol\u00e9cule m\u00e8re, la clomipramine, affiche l&rsquo;une des constantes d&rsquo;inhibition (Ki) les plus basses du r\u00e8gne pharmacologique pour le transporteur de la s\u00e9rotonine (SERT), ce qui en fait un inhibiteur de la recapture de la s\u00e9rotonine nettement plus puissant in vitro que nombre d&rsquo;antid\u00e9presseurs modernes dits s\u00e9lectifs. Cependant, une fois absorb\u00e9e dans l&rsquo;organisme, elle subit une intense biotransformation h\u00e9patique m\u00e9di\u00e9e principalement par le cytochrome P450 (notamment les isoformes CYP2C19, CYP1A2 et CYP3A4).<\/p>\n<p>Ce m\u00e9tabolisme de premier passage produit un m\u00e9tabolite d\u00e9m\u00e9thyl\u00e9 actif : la d\u00e9m\u00e9thylclomipramine (ou norclomipramine). Alors que la clomipramine non m\u00e9tabolis\u00e9e verrouille pr\u00e9f\u00e9rentiellement les transporteurs s\u00e9rotoninergiques centraux, la norclomipramine se comporte \u00e0 l&rsquo;inverse comme un inhibiteur puissant et pr\u00e9dominant de la recapture de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Noradr%C3%A9naline\">noradr\u00e9naline<\/a> via le transporteur NET. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;administration d&rsquo;Anafranil engendre dans l&rsquo;espace synaptique une dynamique neurochimique duale et synchronis\u00e9e, inondant simultan\u00e9ment les voies de transmission s\u00e9rotoninergiques et noradr\u00e9nergiques \u00e0 travers le cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;hippocampe, les ganglions de la base et le syst\u00e8me limbique.<\/p>\n<p>Cette dualit\u00e9 fonctionnelle s&rsquo;accompagne d&rsquo;interactions avec plusieurs familles de r\u00e9cepteurs postsynaptiques. L&rsquo;Anafranil poss\u00e8de une action antagoniste non n\u00e9gligeable sur les r\u00e9cepteurs histaminergiques H1, ce qui explique ses effets s\u00e9datifs centraux souvent mis \u00e0 profit chez les patients pr\u00e9sentant une anxi\u00e9t\u00e9 psychomotrice majeure ou des insomnies s\u00e9v\u00e8res. Il exerce \u00e9galement un blocage des r\u00e9cepteurs alpha-1 adr\u00e9nergiques, induisant une vasodilatation p\u00e9riph\u00e9rique pouvant se traduire cliniquement par une hypotension orthostatique. Enfin, ses propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques muscariniques (blocage des r\u00e9cepteurs M1 \u00e0 M5) sont parmi les plus marqu\u00e9es de sa classe, responsables de manifestations bien connues telles que la x\u00e9rostomie, la constipation, la mydriase et l&rsquo;accommodation visuelle d\u00e9fectueuse.<\/p>\n<p>Sur le versant neurophysiologique, l&rsquo;administration chronique d&rsquo;Anafranil entra\u00eene des modifications neuroadaptatives durables. L&rsquo;\u00e9l\u00e9vation persistante des concentrations intrasynaptiques de s\u00e9rotonine d\u00e9clenche, apr\u00e8s plusieurs semaines, une d\u00e9sensibilisation et une r\u00e9gulation \u00e0 la baisse (down-regulation) des autor\u00e9cepteurs 5-HT1A somatodendritiques dans les noyaux du raph\u00e9 ainsi que des autor\u00e9cepteurs 5-HT1D terminaux. Ce m\u00e9canisme l\u00e8ve le r\u00e9trocontr\u00f4le inhibiteur exerc\u00e9 sur les neurones s\u00e9rotoninergiques, lib\u00e9rant un flux tonique continu de neurotransmetteur vers les structures cibles fronto-stri\u00e9es. Ce r\u00e9ajustement hom\u00e9ostatique profond est consid\u00e9r\u00e9 comme le substrat biologique imp\u00e9ratif permettant d&rsquo;expliquer le d\u00e9lai d&rsquo;action th\u00e9rapeutique diff\u00e9r\u00e9 observ\u00e9 dans les troubles obsessionnels et d\u00e9pressifs.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;Anafranil s&rsquo;enracine au c\u0153ur de la r\u00e9volution psychopharmacologique des ann\u00e9es 1950. \u00c0 la suite de la d\u00e9couverte fortuite par Roland Kuhn en 1957 des effets antid\u00e9presseurs de l&rsquo;imipramine chez des patients schizophr\u00e8nes et m\u00e9lancoliques au sein de l&rsquo;asile de M\u00fcnsterlingen en Suisse, les chimistes de la firme Geigy ont cherch\u00e9 \u00e0 optimiser le noyau dibenzaz\u00e9pine. En modifiant les substituants sur le cycle benz\u00e9nique, ils synth\u00e9tisent la clomipramine au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Les premiers essais cliniques confirment rapidement une efficacit\u00e9 antid\u00e9pressive remarquable, souvent jug\u00e9e sup\u00e9rieure ou plus incisive que celle des compos\u00e9s parents dans les d\u00e9pressions endog\u00e8nes s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Le tournant historique fondamental survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. Jusqu&rsquo;alors, le trouble obsessionnel-compulsif (historiquement d\u00e9sign\u00e9 sous le vocable de n\u00e9vrose obsessionnelle) \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 totalement r\u00e9fractaire aux interventions pharmacologiques de l&rsquo;\u00e9poque et relevait exclusivement de cures psychanalytiques prolong\u00e9es ou d&rsquo;interventions neurochirurgicales ablatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es. En 1967, les psychiatres espagnols Juan Jos\u00e9 L\u00f3pez Ibor et Fern\u00e1ndez-C\u00f3rdoba rapportent pour la premi\u00e8re fois que des perfusions intraveineuses lentes de clomipramine entra\u00eenent une att\u00e9nuation spectaculaire des rituels et des pens\u00e9es obs\u00e9dantes chez des patients r\u00e9put\u00e9s incurables.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, ces observations empiriques initiales sont rigoureusement confirm\u00e9es de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique. Des chercheurs pionniers tels que Donald Klein aux \u00c9tats-Unis, ainsi que les \u00e9quipes de l&rsquo;Institut National de la Sant\u00e9 Mentale (NIMH) am\u00e9ricain dirig\u00e9es par Dennis Murphy et Judith Rapoport, entreprennent des essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s en double aveugle. Ces travaux d\u00e9montrent sans \u00e9quivoque la sup\u00e9riorit\u00e9 de la clomipramine sur le placebo et, fait crucial, sur d&rsquo;autres antid\u00e9presseurs tricycliques principalement noradr\u00e9nergiques comme la d\u00e9sipramine. Cette d\u00e9couverte a marqu\u00e9 la naissance de l&rsquo;hypoth\u00e8se s\u00e9rotoninergique du TOC et a conduit, en 1989, \u00e0 l&rsquo;approbation formelle de l&rsquo;Anafranil par la Food and Drug Administration (FDA) am\u00e9ricaine pour le traitement du TOC, devenant le m\u00e9dicament princeps de cette affection.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 singuli\u00e8re de l&rsquo;Anafranil repose sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques int\u00e9grant neurochimie, connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et neuro-immunologie. Le mod\u00e8le dominant postule un dysfonctionnement structurel et fonctionnel des boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC). Ces circuits neuronaux en boucle ferm\u00e9e, qui connectent le cortex orbitofrontal, le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, le striatum (noyau caud\u00e9 et putamen) et le thalamus, r\u00e9gulent la s\u00e9lection des comportements moteurs, la d\u00e9tection des erreurs environnementales et l&rsquo;\u00e9valuation du danger subjectif.<\/p>\n<p>Dans la physiopathologie du TOC, une hyperactivit\u00e9 ou un d\u00e9faut d&rsquo;inhibition au sein de la voie directe de ce circuit CSTC g\u00e9n\u00e8re un signal d&rsquo;alerte permanent, induisant un sentiment insidieux de p\u00e9ril imminent ou de souillure (l&rsquo;obsession) auquel le sujet ne parvient \u00e0 \u00e9chapper que par l&rsquo;ex\u00e9cution de s\u00e9quences comportementales r\u00e9p\u00e9titives st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es (la compulsion). L&rsquo;action s\u00e9rotoninergique puissante de l&rsquo;Anafranil, en modulant les r\u00e9cepteurs 5-HT2A et 5-HT2C distribu\u00e9s dens\u00e9ment sur les interneurones GABAergiques du striatum, r\u00e9tablit le contr\u00f4le inhibiteur sur le thalamus, freinant ainsi l&rsquo;hyperactivit\u00e9 m\u00e9tabolique du cortex orbitofrontal.<\/p>\n<p>Sur le plan de la th\u00e9orie synaptique g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;Anafranil s&rsquo;inscrit au sein de l&rsquo;hypoth\u00e8se monoaminergique \u00e9largie de la d\u00e9pression et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Au-del\u00e0 du simple rehaussement des concentrations de ligands synaptiques, les donn\u00e9es contemporaines montrent que l&rsquo;administration prolong\u00e9e de clomipramine stimule l&rsquo;expression du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>) et accro\u00eet la neurogen\u00e8se au niveau du gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe. Cette plasticit\u00e9 synaptique restaur\u00e9e permet au patient de d\u00e9sapprendre les associations anxiog\u00e8nes conditionn\u00e9es et de flexibiliser ses sch\u00e9mas cognitifs rigides.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, m\u00e9tabolites et dimensions pharmacodynamiques<\/h3>\n<p>Pour comprendre le fonctionnement de l&rsquo;Anafranil en clinique, il est imp\u00e9ratif de dissocier les contributions respectives de la mol\u00e9cule m\u00e8re et de son d\u00e9riv\u00e9 de d\u00e9m\u00e9thylation, ainsi que l&rsquo;ensemble de leurs constantes d&rsquo;affinit\u00e9 r\u00e9ceptorielle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chlorhydrate de clomipramine (Mol\u00e9cule m\u00e8re) :<\/strong> Mol\u00e9cule tricyclique \u00e0 noyau dibenzaz\u00e9pine chlor\u00e9. Elle pr\u00e9sente une tr\u00e8s haute affinit\u00e9 pour le SERT (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K_i \\approx 0{,}14\">$K_i \\approx 0{,}14$<\/span> \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"0{,}28\\text{ nmol\/L}\">$0{,}28\\text{ nmol\/L}$<\/span>), inhibant massivement l&rsquo;\u00e9puration de la s\u00e9rotonine dans la fente synaptique. Elle poss\u00e8de \u00e9galement une action antagoniste sur les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A et 5-HT2C.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9m\u00e9thylclomipramine \/ Norclomipramine (M\u00e9tabolite actif primaire) :<\/strong> Issu de la N-d\u00e9m\u00e9thylation h\u00e9patique via le CYP2C19. Ce compos\u00e9 perd une grande part de son affinit\u00e9 s\u00e9rotoninergique pour devenir un bloqueur puissant du NET (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K_i \\approx 0{,}3\">$K_i \\approx 0{,}3$<\/span> \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"1\\text{ nmol\/L}\">$1\\text{ nmol\/L}$<\/span>). Il assure le versant psychostimulant, \u00e9nergisant et anti-anh\u00e9donique du traitement.<\/li>\n<li><strong>8-Hydroxyclomipramine (M\u00e9tabolite secondaire) :<\/strong> Produit par hydroxylation m\u00e9di\u00e9e principalement par l&rsquo;isoenzyme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/CYP2D6\">CYP2D6<\/a>, participant marginalement \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 globale mais directement impliqu\u00e9 dans la clairance r\u00e9nale du produit.<\/li>\n<li><strong>Antagonisme histaminergique H1 :<\/strong> Affinit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K_i \\approx 31\\text{ nmol\/L}\">$K_i \\approx 31\\text{ nmol\/L}$<\/span>), responsable d&rsquo;un effet s\u00e9datif imm\u00e9diat, d&rsquo;un ralentissement psychomoteur transitoire en d\u00e9but de traitement et d&rsquo;une stimulation marqu\u00e9e de l&rsquo;app\u00e9tit avec prise de poids m\u00e9tabolique.<\/li>\n<li><strong>Antagonisme cholinergique muscarinique (M1-M5) :<\/strong> Affinit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 forte (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K_i \\approx 25\\text{ \u00e0 }40\\text{ nmol\/L}\">$K_i \\approx 25\\text{ \u00e0 }40\\text{ nmol\/L}$<\/span>), source directe de la s\u00e9cheresse buccale, de la r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb, du ralentissement du transit intestinal et de confusions mn\u00e9siques potentielles chez le sujet \u00e2g\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Blocage alpha-1 adr\u00e9nergique :<\/strong> Entra\u00eene une baisse des r\u00e9sistances vasculaires syst\u00e9miques, favorisant l&rsquo;hypotension orthostatique et des vertiges positionnels.<\/li>\n<li><strong>Blocage des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants cardiaques :<\/strong> Effet stabilisant de membrane de type antiarythmique de classe Ia, ralentissant la conduction intracardiaque auriculoventriculaire et hisienne, expliquant le risque majeur de cardiotoxicit\u00e9 en situation de surdosage.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : Trouble obsessionnel-compulsif s\u00e9v\u00e8re et r\u00e9sistant.<\/strong> Julien, 28 ans, souffre d&rsquo;un TOC de contamination majeur \u00e9voluant depuis sept ans, caract\u00e9ris\u00e9 par des rituels de lavage des mains exc\u00e9dant six heures par jour, ayant entra\u00een\u00e9 des dermites s\u00e9v\u00e8res et une d\u00e9scolarisation totale. Apr\u00e8s des \u00e9checs document\u00e9s \u00e0 doses maximales de fluox\u00e9tine puis de sertraline associ\u00e9es \u00e0 une th\u00e9rapie comportementale et cognitive (TCC), son psychiatre instaure un protocole sous Anafranil. D\u00e9but\u00e9 \u00e0 25 mg\/jour, le dosage est prudemment titr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 225 mg\/jour sous contr\u00f4le des taux plasmatiques combin\u00e9s (clomipramine + norclomipramine) et apr\u00e8s v\u00e9rification de la normalit\u00e9 de son intervalle QTc \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme. \u00c0 la seizi\u00e8me semaine, le score de Julien sur l&rsquo;\u00e9chelle Y-BOCS passe de 34 \u00e0 14, r\u00e9duisant ses rituels \u00e0 moins de quarante minutes quotidiennes et lui permettant de r\u00e9investir une formation professionnelle.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : \u00c9pisode d\u00e9pressif majeur m\u00e9lancolique avec r\u00e9sistance th\u00e9rapeutique.<\/strong> H\u00e9l\u00e8ne, 52 ans, est hospitalis\u00e9e pour un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur avec caract\u00e9ristiques m\u00e9lancoliques, mutisme partiel, anorexie s\u00e9v\u00e8re et id\u00e9ations suicidaires pr\u00e9gnantes, insensible \u00e0 deux classes d&rsquo;antid\u00e9presseurs r\u00e9cents (escitalopram puis venlafaxine). Une perfusion veineuse continue d&rsquo;Anafranil en milieu hospitalier est mise en place \u00e0 doses progressives de 50 mg \u00e0 150 mg par jour sous surveillance scopique et tensionnelle stricte durant dix jours, relay\u00e9e ult\u00e9rieurement par la forme orale \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e (Anafranil 75 mg matin et soir). D\u00e8s le douzi\u00e8me jour, on observe une lev\u00e9e de l&rsquo;inhibition psychomotrice, une restauration de l&rsquo;app\u00e9tit et une att\u00e9nuation progressive de l&rsquo;angoisse morale douloureuse, confirmant l&rsquo;efficacit\u00e9 remarquable de la mol\u00e9cule dans les tableaux d\u00e9pressifs r\u00e9put\u00e9s intraitables.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Narcolepsie avec attaques de cataplexie invalidantes.<\/strong> Marc, 34 ans, pr\u00e9sente une narcolepsie de type 1 confirm\u00e9e par polysomnographie, marqu\u00e9e par des chutes brutales au sol d\u00e9clench\u00e9es par le rire ou la surprise (cataplexie compl\u00e8te). L&rsquo;introduction d&rsquo;Anafranil \u00e0 faible posologie (25 \u00e0 50 mg par jour) permet, gr\u00e2ce \u00e0 la puissante inhibition de la recapture de la noradr\u00e9naline et de la s\u00e9rotonine qui stimule le tonus musculaire via les voies bulbospinales motrices descendantes, de supprimer quasi int\u00e9gralement les \u00e9pisodes de cataplexie sans n\u00e9cessiter les dosages \u00e9lev\u00e9s requis en psychiatrie.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, posologie et suivi th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre d&rsquo;un traitement par Anafranil exige une rigueur paraclinique sup\u00e9rieure \u00e0 celle impos\u00e9e par les antid\u00e9presseurs de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Avant toute prescription, un bilan pr\u00e9th\u00e9rapeutique exhaustif doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9, comportant un \u00e9lectrocardiogramme (ECG) de r\u00e9f\u00e9rence pour \u00e9valuer les temps de conduction auriculo-ventriculaire (espace PR) et ventriculaire (complexe QRS et espace QTc), un ionogramme sanguin \u00e0 la recherche d&rsquo;une hypokali\u00e9mie ou d&rsquo;une dyscalc\u00e9mie susceptible de potentialiser le risque de torsades de pointes, ainsi qu&rsquo;un examen ophtalmologique (d\u00e9pistage du glaucome \u00e0 angle ferm\u00e9) et urologique (recherche d&rsquo;un ad\u00e9nome prostatique) chez les individus \u00e0 risque.<\/p>\n<p>Sur le plan posologique, la r\u00e8gle absolue est la progressivit\u00e9 (\u00ab <em>start low, go slow<\/em> \u00bb). Dans les indications d\u00e9pressives, la dose initiale oscille entre 25 et 50 mg le soir au coucher, augment\u00e9e par paliers de 25 mg tous les trois \u00e0 quatre jours pour atteindre une dose th\u00e9rapeutique cible comprise entre 100 mg et 150 mg par jour. Dans le trouble obsessionnel-compulsif, des posologies plus massives sont g\u00e9n\u00e9ralement indispensables pour saturer les r\u00e9cepteurs cibles, allant couramment de 150 mg \u00e0 250 mg par jour (sans exc\u00e9der la limite absolue de 250 mg par jour en ambulatoire, seuil au-del\u00e0 duquel l&rsquo;incidence des convulsions \u00e9pileptiformes augmente exponentiellement).<\/p>\n<p>Le suivi th\u00e9rapeutique pharmacologique (STP) via le dosage des concentrations s\u00e9riques de clomipramine et de d\u00e9m\u00e9thylclomipramine est vivement recommand\u00e9. La fen\u00eatre th\u00e9rapeutique consensus d\u00e9finit une zone d&rsquo;efficacit\u00e9 optimale pour une concentration plasmatique totale (somme de la mol\u00e9cule m\u00e8re et du m\u00e9tabolite) comprise entre 200 et 450 ng\/mL (ou environ 450 \u00e0 1000 nmol\/L). Un contr\u00f4le r\u00e9gulier de l&rsquo;ECG est obligatoire apr\u00e8s chaque palier posologique majeur, tout allongement du QTc au-del\u00e0 de 460-480 ms imposant une r\u00e9duction de dose ou un arr\u00eat th\u00e9rapeutique sous peine de d\u00e9compensation rythmique maligne.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de l&rsquo;Anafranil s&rsquo;\u00e9tend sur plusieurs axes th\u00e9rapeutiques pr\u00e9cis au sein de la psychiatrie et de la neurologie contemporaines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Trouble obsessionnel-compulsif (TOC) :<\/strong> M\u00e9dicament de troisi\u00e8me intention ou de r\u00e9f\u00e9rence en cas d&rsquo;\u00e9chec de deux inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) men\u00e9s \u00e0 dose maximale sur une p\u00e9riode d&rsquo;au moins douze semaines combin\u00e9s \u00e0 la TCC avec exposition et pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pisode d\u00e9pressif majeur :<\/strong> Traitement des formes caract\u00e9ris\u00e9es, s\u00e9v\u00e8res, r\u00e9currentes ou m\u00e9lancoliques, et prise en charge des d\u00e9pressions unipolaires pharmacor\u00e9sistantes.<\/li>\n<li><strong>Trouble panique avec ou sans agoraphobie :<\/strong> R\u00e9duction significative de la fr\u00e9quence et de l&rsquo;intensit\u00e9 des attaques de panique ainsi que de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, bien que les ISRS soient souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s en premi\u00e8re ligne pour des raisons de tol\u00e9rance.<\/li>\n<li><strong>Cataplexie associ\u00e9e \u00e0 la narcolepsie :<\/strong> Traitement symptomatique de choix hors AMM historique, agissant \u00e0 faible dose en supprimant l&rsquo;inhibition motrice anormale li\u00e9e aux \u00e9motions.<\/li>\n<li><strong>Douleurs neuropathiques chroniques :<\/strong> Utilisation \u00e0 vis\u00e9e analg\u00e9sique centrale adjuvante dans les n\u00e9vralgies post-zost\u00e9riennes, les neuropathies p\u00e9riph\u00e9riques diab\u00e9tiques et les syndromes douloureux r\u00e9gionaux complexes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9jaculation pr\u00e9matur\u00e9e s\u00e9v\u00e8re :<\/strong> Exploitation cibl\u00e9e de son puissant effet ind\u00e9sirable inhibiteur de l&rsquo;\u00e9jaculation via le tonus s\u00e9rotoninergique spinal (utilisation sp\u00e9cialis\u00e9e hors AMM).<\/li>\n<li><strong>Trichotillomanie et dysmorphophobie corporelle :<\/strong> Affections apparent\u00e9es au spectre du TOC o\u00f9 la clomipramine conserve une sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e sur les antid\u00e9presseurs non s\u00e9rotoninergiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche empirique et preuves scientifiques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique accumul\u00e9e depuis un demi-si\u00e8cle place l&rsquo;Anafranil parmi les mol\u00e9cules les plus minutieusement \u00e9tudi\u00e9es de la psychiatrie biologique. D\u00e8s les ann\u00e9es 1990, des m\u00e9ta-analyses majeures, notamment celles men\u00e9es par Greist et ses collaborateurs (1995) ainsi que par Eddy et al. (2004), ont compar\u00e9 l&rsquo;ampleur de l&rsquo;effet clinique de l&rsquo;Anafranil \u00e0 celui des ISRS dans le TOC. Ces \u00e9tudes ont de fa\u00e7on constante mis en \u00e9vidence une taille d&rsquo;effet statistique (mesur\u00e9e par le <em>d<\/em> de Cohen) sup\u00e9rieure pour la clomipramine (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"d \\approx 1{,}1\">$d \\approx 1{,}1$<\/span> \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"1{,}3\">$1{,}3$<\/span>) par rapport aux ISRS tels que la fluox\u00e9tine, la fluvoxamine ou la parox\u00e9tine (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"d \\approx 0{,}7\">$d \\approx 0{,}7$<\/span> \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"0{,}9\">$0{,}9$<\/span>).<\/p>\n<p>Bien que certains chercheurs aient argu\u00e9 que cet \u00e9cart pouvait r\u00e9sulter de biais m\u00e9thodologiques inh\u00e9rents aux premiers essais cliniques (populations plus s\u00e9v\u00e8rement atteintes, crit\u00e8res d&rsquo;inclusion diff\u00e9rents dans les ann\u00e9es 1980), des \u00e9tudes comparatives directes (\u00ab head-to-head \u00bb) ont confirm\u00e9 que l&rsquo;Anafranil pr\u00e9sente une efficacit\u00e9 absolue sup\u00e9rieure ou \u00e9gale dans les cas de TOC hautement r\u00e9fractaires. Dans le domaine de la d\u00e9pression unipolaris\u00e9e, les travaux du groupe danois de pharmacovigilance (Danish University Antidepressant Group &#8211; DUAG) ont illustr\u00e9 que la clomipramine surpassait statistiquement les premiers ISRS (parox\u00e9tine et citalopram) en termes de taux de r\u00e9mission compl\u00e8te chez des patients hospitalis\u00e9s pour d\u00e9pression endog\u00e8ne s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches neuro-scientifiques exploitant l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) ont d\u00e9montr\u00e9 que le traitement efficace par l&rsquo;Anafranil normalise de fa\u00e7on objective l&rsquo;hyperactivit\u00e9 m\u00e9tabolique et le d\u00e9bit sanguin c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9gional au niveau de la t\u00eate du noyau caud\u00e9 droit et du cortex pr\u00e9frontal orbitaire, r\u00e9pliquant au niveau biologique les transformations \u00e9galement induites par les th\u00e9rapies comportementales r\u00e9ussies.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage et le statut per\u00e7u de l&rsquo;Anafranil varient substantiellement selon les aires g\u00e9ographiques et les syst\u00e8mes de sant\u00e9. Dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9, notamment en Am\u00e9rique du Nord et en Europe occidentale, l&rsquo;arriv\u00e9e sur le march\u00e9 des ISRS et des IRSN au cours des ann\u00e9es 1990 et 2000 a rel\u00e9gu\u00e9 l&rsquo;Anafranil au rang de traitement de deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me intention. Ce recul ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une inf\u00e9riorit\u00e9 th\u00e9rapeutique, mais d&rsquo;une pr\u00e9caution face \u00e0 sa charge anticholinergique et \u00e0 son risque d&rsquo;intoxication l\u00e9tale, favorisant des mol\u00e9cules plus maniables en m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreux pays \u00e9mergents ou \u00e0 revenu interm\u00e9diaire, l&rsquo;Anafranil demeure un pilier de premi\u00e8re ligne accessible et incontournable. \u00c9tant tomb\u00e9 dans le domaine public sous forme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9dicament_g%C3%A9n%C3%A9rique\">m\u00e9dicament g\u00e9n\u00e9rique<\/a> depuis plusieurs d\u00e9cennies, son co\u00fbt de fabrication tr\u00e8s bas en fait une alternative salvatrice face aux co\u00fbts exorbitants des mol\u00e9cules brevet\u00e9es plus r\u00e9centes, figurant \u00e0 ce titre de fa\u00e7on r\u00e9currente sur les listes des m\u00e9dicaments essentiels \u00e9labor\u00e9es par l&rsquo;OMS.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la pharmacog\u00e9n\u00e9tique des populations module profond\u00e9ment la tol\u00e9rance et la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;Anafranil \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle globale. Les fr\u00e9quences des all\u00e8les non fonctionnels des cytochromes CYP2D6 et CYP2C19 (responsables du statut de m\u00e9taboliseur lent) varient grandement selon les ascendances biog\u00e9ographiques. Ainsi, certaines populations d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est pr\u00e9sentent une pr\u00e9valence significativement plus \u00e9lev\u00e9e de m\u00e9taboliseurs lents du CYP2C19, ce qui entra\u00eene, \u00e0 dose \u00e9gale, des concentrations plasmatiques de clomipramine bien plus \u00e9lev\u00e9es et un risque accru de toxicit\u00e9 clinique, justifiant des recommandations posologiques r\u00e9gionales abaiss\u00e9es par rapport aux standards europ\u00e9ens ou nord-am\u00e9ricains.<\/p>\n<h3>13. Critiques, effets ind\u00e9sirables et controverses<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa puissance th\u00e9rapeutique ind\u00e9niable, l&rsquo;Anafranil fait l&rsquo;objet de vives critiques et de r\u00e9serves s\u00e9curitaires qui en limitent l&rsquo;utilisation quotidienne. Le profil de tol\u00e9rance de la mol\u00e9cule est lourd, domin\u00e9 par les effets atropiniques p\u00e9riph\u00e9riques qui alt\u00e8rent fr\u00e9quemment la qualit\u00e9 de vie des patients : bouche s\u00e8che intense pouvant g\u00e9n\u00e9rer des parodontopathies acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, constipation chronique s\u00e9v\u00e8re pouvant \u00e9voluer vers le f\u00e9calome ou l&rsquo;occlusion intestinale, troubles de l&rsquo;accommodation visuelle interdisant parfois la conduite, et r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb imposant un sondage en urgence.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychiatrique et m\u00e9tabolique, la clomipramine abaisse significativement le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne. Le risque de crise d&rsquo;\u00e9pilepsie tonico-clonique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, estim\u00e9 \u00e0 environ 0,5 % aux doses inf\u00e9rieures \u00e0 150 mg\/jour, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pour atteindre pr\u00e8s de 2 % au-del\u00e0 de 250 mg\/jour, ce qui interdit son usage chez les patients \u00e9pileptiques non stabilis\u00e9s. La prise pond\u00e9rale est courante et parfois massive, secondaire \u00e0 la stimulation de l&rsquo;app\u00e9tit induite par l&rsquo;action anti-H1. De plus, les dysfonctions sexuelles (anorgasmie, baisse majeure de la libido, impuissance et an\u00e9jaculation) touchent plus de 70 % des patients trait\u00e9s, constituant le motif premier d&rsquo;abandon non concert\u00e9 du traitement.<\/p>\n<p>La controverse majeure r\u00e9side dans la balance b\u00e9n\u00e9fice-risque cardiovasculaire et le risque de suicide. L&rsquo;Anafranil poss\u00e8de un indice th\u00e9rapeutique \u00e9troit. En cas d&rsquo;intoxication volontaire aigu\u00eb lors d&rsquo;un passage \u00e0 l&rsquo;acte suicidaire, l&rsquo;ingestion de bo\u00eetes de clomipramine d\u00e9clenche un tableau toxicologique effroyable combinant coma convulsif, hypotension r\u00e9fractaire et arythmies ventriculaires mortelles (tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire, torsades de pointes) dues au blocage des canaux sodiques cardiaques. Ce potentiel l\u00e9tal a conduit de nombreux psychiatres \u00e0 n&rsquo;octroyer des prescriptions qu&rsquo;en conditionnements hebdomadaires fractionn\u00e9s chez les sujets \u00e0 haut risque suicidaire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Il est fondamental d&rsquo;\u00e9tablir les distinctions th\u00e9rapeutiques et nosologiques entre l&rsquo;Anafranil et les classes m\u00e9dicamenteuses voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Imipramine (Tofranil) :<\/strong> Mol\u00e9cule dont est d\u00e9riv\u00e9e la clomipramine. Bien que structuralement quasi identique (absence de l&rsquo;atome de chlore), l&rsquo;imipramine bloque principalement la noradr\u00e9naline et nettement moins la s\u00e9rotonine ; elle est d\u00e9pourvue d&rsquo;efficacit\u00e9 significative dans le traitement du TOC.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS : Fluox\u00e9tine, Sertraline, Fluvoxamine, Parox\u00e9tine) :<\/strong> Traitements de premi\u00e8re ligne du TOC et de la d\u00e9pression. Ils n&rsquo;agissent que sur le SERT sans bloquer de fa\u00e7on notable les r\u00e9cepteurs histaminiques, muscariniques ou adr\u00e9nergiques, garantissant une bien meilleure s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi et l&rsquo;absence de toxicit\u00e9 cardiaque fatale en surdosage, au d\u00e9triment parfois d&rsquo;une puissance brute moindre chez les patients ultra-r\u00e9sistants.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline (IRSN : Venlafaxine, Dulox\u00e9tine) :<\/strong> Partagent le m\u00e9canisme double de recapture monoaminergique de l&rsquo;Anafranil et de son m\u00e9tabolite, mais ne disposent pas de l&rsquo;affinit\u00e9 sur les r\u00e9cepteurs cholinergiques et sodiques, offrant un profil d&rsquo;effets secondaires plus maniable mais une efficacit\u00e9 moins fermement \u00e9tay\u00e9e dans le TOC s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Amitriptyline (Laroxyl) :<\/strong> Autre tricyclique de premier plan, poss\u00e9dant un profil pharmacologique comparable mais avec une propension s\u00e9dative, anxiolytique et analg\u00e9sique encore plus marqu\u00e9e, orient\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rentiellement vers les douleurs neuropathiques et les d\u00e9pressions agit\u00e9es plut\u00f4t que le TOC.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;Anafranil (clomipramine) demeure un monument de la pharmacop\u00e9e psychiatrique, incarnant le premier traitement m\u00e9dicamenteux ayant bris\u00e9 le dogme de l&rsquo;incurabilit\u00e9 biologique du trouble obsessionnel-compulsif. Gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 conjuguer une inhibition s\u00e9rotoninergique ultra-puissante par sa mol\u00e9cule m\u00e8re et une action noradr\u00e9nergique par son m\u00e9tabolite d\u00e9m\u00e9thyl\u00e9, il conserve un niveau d&rsquo;efficacit\u00e9 clinique remarquable tant dans les n\u00e9vroses obsessionnelles s\u00e9v\u00e8res que dans les \u00e9tats d\u00e9pressifs majeurs r\u00e9fractaires.<\/p>\n<p>Toutefois, ce potentiel th\u00e9rapeutique de premier ordre est indissociable d&rsquo;un maniement clinique rigoureux. Sa charge anticholinergique, son risque d&rsquo;abaissement du seuil \u00e9pileptog\u00e8ne, sa propension \u00e0 allonger l&rsquo;intervalle QTc et son danger extr\u00eame en situation de surdosage imposent un bilan pr\u00e9th\u00e9rapeutique exhaustif, une surveillance cardiologique par ECG r\u00e9gulier et une titration posologique lente et millim\u00e9tr\u00e9e. Utilis\u00e9 avec discernement et expertise par le praticien, l&rsquo;Anafranil demeure une arme de recours incontournable, capable de modifier radicalement le pronostic des patients confront\u00e9s aux impasses th\u00e9rapeutiques les plus invalidantes.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Eddy, K. T., Dutra, L., Bradley, R., &#038; Westen, D. (2004). A multidimensional meta-analysis of psychotherapy and pharmacotherapy for obsessive-compulsive disorder. <em>Clinical Psychology Review<\/em>, 24(8), 1011\u20131030. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cpr.2004.08.004\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cpr.2004.08.004<\/a><\/li>\n<li>Greist, J. H., Jefferson, J. W., Kobak, K. A., Katzelnick, D. J., &#038; Serlin, R. C. (1995). Efficacy and tolerability of serotonin transport inhibitors in obsessive-compulsive disorder: A meta-analysis. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 52(1), 53\u201360. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1995.03950130053006\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1995.03950130053006<\/a><\/li>\n<li>Kuhn, R. (1958). The treatment of depressive states with G 22355 (imipramine hydrochloride). <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 115(5), 459\u2013464. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.115.5.459\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.115.5.459<\/a><\/li>\n<li>L\u00f3pez-Ibor, J. J. (1969). Intravenous infusions of monochlorimipramine in resistant obsessional neuroses. <em>The British Journal of Psychiatry<\/em>, 115(529), 1435\u20131436.<\/li>\n<li>Rapoport, J. L., Leonard, H., Swedo, S. E., &#038; Lenane, M. C. (1992). Obsessive compulsive disorder in children and adolescents: Issues in treatment. <em>Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 53(Suppl), 11\u201316.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;Anafranil (clomipramine), antid\u00e9presseur tricyclique de r\u00e9f\u00e9rence dans le traitement du TOC s\u00e9v\u00e8re et des d\u00e9pressions r\u00e9sistantes : m\u00e9canisme, pharmacocin\u00e9tique et suivi.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,7375,30847],"tags":[33562,27635,33563,6985,9041,28098,545],"class_list":["post-20333","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","category-traitements","tag-anafranil","tag-antidepresseurs-tricycliques","tag-clomipramine","tag-depression-resistante","tag-psychopharmacologie","tag-serotonine","tag-toc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20333","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20333\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20333"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20333"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20333"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}