{"id":20314,"date":"2026-10-23T17:37:26","date_gmt":"2026-10-23T17:37:26","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plaque-amyloide"},"modified":"2026-10-23T17:37:26","modified_gmt":"2026-10-23T17:37:26","slug":"plaque-amyloide","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plaque-amyloide","title":{"rendered":"Plaque amylo\u00efde : Cl\u00e9 du d\u00e9clin neurocognitif"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent de la neuropathologie et de la neuropsychologie clinique, les alt\u00e9rations structurales du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral constituent les d\u00e9terminants majeurs de l&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie des d\u00e9mences neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. Parmi ces anomalies microscopiques, la plaque amylo\u00efde repr\u00e9sente l&rsquo;une des signatures l\u00e9sionnelles les plus embl\u00e9matiques du d\u00e9clin cognitif pathologique, captivant la recherche biom\u00e9dicale depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>Plaque amylo\u00efde<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>plaque amylo\u00efde<\/strong>, fr\u00e9quemment d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de plaque s\u00e9nile, est un agr\u00e9gat extracellulaire sph\u00e9ro\u00efde anormalement dense constitu\u00e9 principalement d&rsquo;un empilement de peptides b\u00eata-amylo\u00efdes insolubles au sein du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Cette structure pathologique s&rsquo;accompagne d&rsquo;une r\u00e9action inflammatoire locale associant des astrocytes r\u00e9actifs et de la microglie activ\u00e9e, entourant souvent des prolongements neuronaux d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescents d\u00e9nomm\u00e9s neurites dystrophiques.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives et de la neuropsychologie, la plaque amylo\u00efde est reconnue comme l&rsquo;un des deux marqueurs histopathologiques cardinaux de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>, aux c\u00f4t\u00e9s de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire intraneuronale compos\u00e9e de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e. Sa pr\u00e9sence perturbe la transmission synaptique, induit un stress oxydatif d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et participe \u00e0 l&rsquo;effondrement progressif des r\u00e9seaux neuronaux sous-tendant les fonctions ex\u00e9cutives, mn\u00e9siques et instrumentales.<\/p>\n<p>Bien que son accumulation soit intimement corr\u00e9l\u00e9e au vieillissement pathologique, la d\u00e9tection de plaques amylo\u00efdes chez des individus asymptomatiques a red\u00e9fini le paradigme diagnostique, situant le ph\u00e9nom\u00e8ne au sein d&rsquo;un continuum biologique pr\u00e9clinique silencieux qui peut pr\u00e9c\u00e9der l&rsquo;expression symptomatique de plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab amylo\u00efde \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>amylon<\/em> (\u1f04\u03bc\u03c5\u03bb\u03bf\u03bd), qui signifie \u00ab amidon \u00bb ou \u00ab farine fine non moulue \u00bb, combin\u00e9 au suffixe grec <em>-eidos<\/em> (-\u03b5\u03b9\u03b4\u03ae\u03c2), traduisant l&rsquo;\u00ab aspect \u00bb, la \u00ab ressemblance \u00bb ou la \u00ab forme \u00bb. Historiquement, le mot fut introduit au milieu du XIXe si\u00e8cle par les botanistes pour d\u00e9signer des substances v\u00e9g\u00e9tales structuralement analogues \u00e0 l&rsquo;amidon.<\/p>\n<p>En 1854, le m\u00e9decin et pathologiste allemand Rudolf Virchow adopta ce vocable pour qualifier des d\u00e9p\u00f4ts tissulaires anormaux d\u00e9couverts dans le foie et le syst\u00e8me nerveux central. En appliquant une coloration \u00e0 l&rsquo;iode et \u00e0 l&rsquo;acide sulfurique, Virchow observa une r\u00e9action tinctoriale bleut\u00e9e semblable \u00e0 celle de l&rsquo;amidon v\u00e9g\u00e9tal, le conduisant \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se erron\u00e9e que ces formations \u00e9taient de nature glucidique. Bien que les analyses biochimiques ult\u00e9rieures aient formellement d\u00e9montr\u00e9 la composition essentiellement prot\u00e9ique de ces conglom\u00e9rats, le qualificatif d&rsquo;amylo\u00efde a persist\u00e9 dans la nomenclature m\u00e9dicale internationale.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab plaque \u00bb provient du moyen n\u00e9erlandais <em>placke<\/em>, signifiant \u00ab pi\u00e8ce de monnaie \u00bb, \u00ab tache \u00bb ou \u00ab surface plate \u00bb, adopt\u00e9 en fran\u00e7ais d\u00e8s le XIVe si\u00e8cle pour d\u00e9crire une surface distincte ou encro\u00fbt\u00e9e. L&rsquo;association \u00ab plaque amylo\u00efde \u00bb s&rsquo;est ainsi impos\u00e9e pour caract\u00e9riser les foyers focaux d&rsquo;accumulation prot\u00e9ique qui ponctuent la substance grise corticale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/plak a.mi.l\u0254.id\/. Le terme \u00ab plaque \u00bb s&rsquo;articule d&rsquo;un son occlusif sourd initial suivi d&rsquo;une voyelle ouverte, tandis qu&rsquo;\u00ab amylo\u00efde \u00bb comporte un hiatus vocalique entre le [i] et le diphtongue tronqu\u00e9e [\u0254.id].<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab plaque amylo\u00efde \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine singuli\u00e8re. Son pluriel r\u00e9gulier est \u00ab plaques amylo\u00efdes \u00bb. Le terme s&#8217;emploie principalement comme substantif \u00e9pith\u00e8te en contexte nosologique et anatomopathologique. Dans la litt\u00e9rature scientifique francophone, on rel\u00e8ve \u00e9galement les variantes synonymiques \u00ab plaque s\u00e9nile \u00bb ou \u00ab d\u00e9p\u00f4t amylo\u00efde \u00bb, bien que cette derni\u00e8re formulation englobe \u00e9galement des accumulations vasculaires non focales.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique et neuropsychologique, le terme appara\u00eet couramment dans des constructions pr\u00e9positionnelles telles que \u00ab charge en plaques amylo\u00efdes \u00bb, \u00ab cascade amylo\u00efde \u00bb ou \u00ab pathologie amylo\u00efde \u00bb, servant \u00e0 quantifier l&rsquo;invasion neuropathologique ou \u00e0 sp\u00e9cifier l&rsquo;\u00e9tiologie d&rsquo;un syndrome amn\u00e9sique progressif.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La formation de la plaque amylo\u00efde r\u00e9sulte d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement m\u00e9tabolique fondamental du traitement prot\u00e9ique au sein du syst\u00e8me nerveux central. \u00c0 l&rsquo;origine se trouve la prot\u00e9ine pr\u00e9curseur de l&rsquo;amylo\u00efde, ou <strong>APP<\/strong> (<em>Amyloid Precursor Protein<\/em>), une glycoprot\u00e9ine transmembranaire ubiquitaire exprim\u00e9e massivement \u00e0 la surface des neurones, impliqu\u00e9e physiologiquement dans la plasticit\u00e9 synaptique, l&rsquo;adh\u00e9sion cellulaire et la r\u00e9paration neuronale.<\/p>\n<p>Dans les conditions physiologiques standard, l&rsquo;APP est cliv\u00e9e selon une voie non amylo\u00efdog\u00e8ne par une alpha-s\u00e9cr\u00e9tase, scindant la mol\u00e9cule au sein m\u00eame de la s\u00e9quence b\u00eata-amylo\u00efde et pr\u00e9venant ainsi toute gen\u00e8se de peptide toxique. En situation pathologique, le m\u00e9tabolisme bascule vers la voie amylo\u00efdog\u00e8ne : l&rsquo;APP subit un clivage s\u00e9quentiel successif op\u00e9r\u00e9 d&rsquo;abord par la b\u00eata-s\u00e9cr\u00e9tase (BACE1), lib\u00e9rant un fragment soluble extracellulaire, puis par le complexe enzymatique intramembranaire gamma-s\u00e9cr\u00e9tase. Cette coupure anormale g\u00e9n\u00e8re des monom\u00e8res peptidiques comptant entre 38 et 43 acides amin\u00e9s, principalement les isoformes A\u03b240 et A\u03b242.<\/p>\n<p>Le peptide <strong>A\u03b242<\/strong>, dot\u00e9 d&rsquo;une hydrophobicit\u00e9 accrue et d&rsquo;une propension marqu\u00e9e \u00e0 adopter une conformation tridimensionnelle en feuillets b\u00eata-pliss\u00e9s, pr\u00e9sente une instabilit\u00e9 thermodynamique qui favorise son auto-assemblage spontan\u00e9. Les monom\u00e8res s&rsquo;agr\u00e8gent initialement en structures oligom\u00e9riques solubles hautement neurotoxiques, qui \u00e9voluent ensuite en protofibrilles, puis en fibrilles insolubles rigides. Ces fibrilles s&rsquo;entrelacent pour constituer le c\u0153ur dense de la plaque amylo\u00efde mature.<\/p>\n<p>Une fois cristallis\u00e9e dans le milieu extracellulaire, la plaque n&rsquo;est pas une entit\u00e9 inerte. Elle devient le point focal d&rsquo;une cascade d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements neurotoxiques : elle pi\u00e8ge diverses prot\u00e9ines matricielles, recrute des facteurs du compl\u00e9ment et induit une polarisation pro-inflammatoire de la glie environnante. Cette micro-glie activ\u00e9e et les astrocytes r\u00e9actifs lib\u00e8rent des cytokines pro-inflammatoires, des radicaux libres et du glutamate, pr\u00e9cipitant la dysfonction synaptique locale, la perte dendritique et, \u00e0 terme, la mort neuronale programm\u00e9e.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue topographique, le d\u00e9ploiement des plaques amylo\u00efdes dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral ob\u00e9it \u00e0 une progression spatiale st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. Selon la stadification neuropathologique propos\u00e9e par Heiko et Eva Braak, les plaques \u00e9mergent pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans le n\u00e9ocortex (notamment les aires temporales, pr\u00e9frontales et pari\u00e9tales), avant de diffuser vers les structures limbiques et paralimbiques (hippocampe, gyrus parahippocampique), puis d&rsquo;envahir le striatum, les noyaux sous-corticaux et, dans les phases terminales, le cervelet et le tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de la plaque amylo\u00efde est indissociable de l&rsquo;essor de la microscopie optique et des techniques de coloration argentique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s 1892, le psychiatre Paul Blocq et le neurologue Georges Marinesco d\u00e9crivent pour la premi\u00e8re fois la pr\u00e9sence de d\u00e9p\u00f4ts nodulaires dans la substance grise du cortex c\u00e9r\u00e9bral chez un patient \u00e9pileptique \u00e2g\u00e9, suspectant une transformation n\u00e9vroglique particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>En 1898, le m\u00e9decin autrichien Emil Redlich observe des l\u00e9sions comparables chez des sujets pr\u00e9sentant des d\u00e9mences s\u00e9niles s\u00e9v\u00e8res et forge l&rsquo;expression \u00ab plaques milliaires \u00bb (<em>miliare Sklerose<\/em>). N\u00e9anmoins, c&rsquo;est en novembre 1906 que le psychiatre et neuropathologiste bavarois <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alois_Alzheimer\">Alois Alzheimer<\/a> pr\u00e9sente \u00e0 T\u00fcbingen l&rsquo;observation princeps d&rsquo;Auguste Deter, une patiente de cinquante et un ans d\u00e9c\u00e9d\u00e9e apr\u00e8s avoir manifest\u00e9 un tableau clinique d\u00e9vastateur m\u00ealant amn\u00e9sie progressive, jalousie d\u00e9lirante, aphasie et d\u00e9sorientation spatio-temporelle. \u00c0 l&rsquo;autopsie, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9gnation argentique de Bielschowsky, Alzheimer met en \u00e9vidence la coexistence de faisceaux fibrillaires intraneuronaux et de d\u00e9p\u00f4ts miliaires particuliers qu&rsquo;il documente avec minutie.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1911, le psychiatre tch\u00e8que Oskar Fischer publie une \u00e9tude syst\u00e9matique portant sur des dizaines de cerveaux de patients d\u00e9ments et \u00e9tablit une distinction morphologique rigoureuse entre les formes de plaques s\u00e9niles, tout en formulant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9action immunitaire locale.<\/p>\n<p>Le demi-si\u00e8cle suivant est marqu\u00e9 par des controverses m\u00e9thodologiques quant \u00e0 la composition r\u00e9elle de ces structures. L&rsquo;av\u00e8nement de la microscopie \u00e9lectronique dans les ann\u00e9es 1960 r\u00e9v\u00e8le la trame filamenteuse tubulaire des plaques, tandis qu&rsquo;en 1984, George Glenner et Caine Wong r\u00e9ussissent l&rsquo;isolement biochimique et le s\u00e9quen\u00e7age partiel du peptide amylo\u00efde extrait des vaisseaux m\u00e9ning\u00e9s de patients atteints d&rsquo;Alzheimer et de trisomie 21. En 1985, Colin Masters et ses collaborateurs isolent ce m\u00eame peptide au c\u0153ur des plaques du parenchyme cortical, scellant d\u00e9finitivement la caract\u00e9risation mol\u00e9culaire du peptide A\u03b2.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e8re g\u00e9n\u00e9tique des ann\u00e9es 1990 confirme l&rsquo;implication causale de la mol\u00e9cule avec l&rsquo;identification de mutations familiales dominantes sur les g\u00e8nes <em>APP<\/em> (chromosome 21), <em>PSEN1<\/em> (pr\u00e9s\u00e9niline 1, chromosome 14) et <em>PSEN2<\/em> (pr\u00e9s\u00e9niline 2, chromosome 1), consolidant l&rsquo;essor de mod\u00e8les animaux transg\u00e9niques reproduisant fid\u00e8lement l&rsquo;amylo\u00efdogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La conceptualisation du r\u00f4le pathog\u00e9nique de la plaque amylo\u00efde s&rsquo;est articul\u00e9e autour de la c\u00e9l\u00e8bre <strong>hypoth\u00e8se de la cascade amylo\u00efde<\/strong>, formul\u00e9e initialement par John Hardy et David Higgins en 1991. Selon ce cadre th\u00e9orique dominant, la production excessive ou l&rsquo;\u00e9limination d\u00e9ficiente (clairance) du peptide b\u00eata-amylo\u00efde constitue l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement princeps et d\u00e9clencheur obligatoire de la maladie d&rsquo;Alzheimer, toutes les autres manifestations pathologiques \u2014 y compris la phosphorylation anormale de la prot\u00e9ine tau, la neuro-inflammation et l&rsquo;apoptose neuronale \u2014 n&rsquo;\u00e9tant que des cons\u00e9quences secondaires directes ou indirectes de ce d\u00e9s\u00e9quilibre initial.<\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies, le paradigme original a subi des r\u00e9visions substantielles. Les chercheurs ont constat\u00e9 une discordance anatomo-clinique notable : la charge totale en plaques amylo\u00efdes fibrillaires insolubles au moment du d\u00e9c\u00e8s ne corr\u00e8le que modestement avec la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9ficit cognitif mesur\u00e9 ante-mortem par les \u00e9chelles neuropsychologiques. Cette observation a d\u00e9plac\u00e9 le curseur th\u00e9orique du noyau fibrillaire inerte vers les <em>oligom\u00e8res solubles<\/em> de peptide A\u03b2.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;hypoth\u00e8se oligom\u00e9rique moderne, les plaques s\u00e9niles matures pourraient m\u00eame exercer, du moins transitoirement, un r\u00f4le neuroprotecteur relatif en pi\u00e9geant et en neutralisant les esp\u00e8ces oligom\u00e9riques diffusibles, ces derni\u00e8res \u00e9tant d\u00e9sormais reconnues comme les v\u00e9ritables m\u00e9diateurs de la synaptotoxicit\u00e9 pr\u00e9coce, capables de bloquer la potentialisation \u00e0 long terme hippocampique et d&rsquo;alt\u00e9rer la plasticit\u00e9 dendritique.<\/p>\n<p>Un autre mod\u00e8le compl\u00e9mentaire est le paradigme de l&rsquo;insuffisance de clairance. Alors que les formes familiales autosomiques dominantes pr\u00e9coces (repr\u00e9sentant moins de 1 % des cas) r\u00e9sultent d&rsquo;une hyperproduction intrins\u00e8que de peptide A\u03b242, la forme sporadique tardive commune d\u00e9coule principalement d&rsquo;un dysfonctionnement des m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9puration. Ce d\u00e9faut met en jeu des dysfonctionnements du syst\u00e8me glymphatique c\u00e9r\u00e9bral, une baisse d&rsquo;activit\u00e9 des enzymes prot\u00e9olytiques (n\u00e9prilysine, enzyme de d\u00e9gradation de l&rsquo;insuline) et des perturbations du transport transendoth\u00e9lial de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique impliquant l&rsquo;apolipoprot\u00e9ine E.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture histopathologique des d\u00e9p\u00f4ts amylo\u00efdes englobe une vari\u00e9t\u00e9 morphologique et fonctionnelle consid\u00e9rable, refl\u00e9tant les diff\u00e9rents stades de maturation de la l\u00e9sion :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Plaques diffuses (ou pr\u00e9-plaques) :<\/strong> D\u00e9p\u00f4ts mal circonscrits, d\u00e9pourvus de noyau central dense et d&rsquo;alt\u00e9rations neuritiques notables. Constitu\u00e9s en grande partie de peptides A\u03b2 non fibrillaires amorphes, ils n&rsquo;induisent pas de r\u00e9action gliale majeure et sont fr\u00e9quemment observ\u00e9s dans le vieillissement physiologique normal sans impact cognitif document\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Plaques s\u00e9niles matures (ou denses) :<\/strong> Formations sph\u00e9ro\u00efdes caract\u00e9ris\u00e9es par un noyau central amylo\u00efde compact, bir\u00e9fringent \u00e0 la lumi\u00e8re polaris\u00e9e apr\u00e8s coloration au rouge Congo, ceintur\u00e9 d&rsquo;un halo p\u00e9riph\u00e9rique contenant des fibrilles radiaires moins denses.<\/li>\n<li><strong>Plaques neuritiques :<\/strong> Stade le plus d\u00e9l\u00e9t\u00e8re sur le plan fonctionnel, o\u00f9 le c\u0153ur amylo\u00efde est enserr\u00e9 par une couronne de neurites dystrophiques renfl\u00e9s contenant des d\u00e9p\u00f4ts de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e, des mitochondries fragment\u00e9es et des lysosomes denses.<\/li>\n<li><strong>Composantes cellulaires gliales :<\/strong> Recrutement de cellules microgliales amibo\u00efdes localis\u00e9es au contact direct du c\u0153ur amylo\u00efde et d&rsquo;astrocytes r\u00e9actifs p\u00e9riph\u00e9riques \u00e9mettant des prolongements hypertrophiques isolant la l\u00e9sion.<\/li>\n<li><strong>Facteurs biochimiques associ\u00e9s :<\/strong> Pr\u00e9sence constante de glycoprot\u00e9ines matricielles, de composants de la cascade du compl\u00e9ment (C1q, C3), d&rsquo;apolipoprot\u00e9ine E (ApoE), d&rsquo;alpha-1-antichymotrypsine et d&rsquo;ions m\u00e9talliques divalents tels que le zinc, le fer et le cuivre, qui catalysent l&rsquo;agr\u00e9gation et le stress oxydatif.<\/li>\n<li><strong>Angiopathie amylo\u00efde c\u00e9r\u00e9brale (AAC) :<\/strong> D\u00e9p\u00f4ts fibrillaires distincts si\u00e9geant pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans la m\u00e9dia et l&rsquo;adventice des art\u00e9rioles corticales et leptom\u00e9ning\u00e9es, fragilisant la paroi vasculaire et augmentant drastiquement le risque de micro-saignements lobaires c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas cliniques illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;impact de ces l\u00e9sions sur le fonctionnement cognitif au quotidien, consid\u00e9rons le cas de Monsieur B., \u00e2g\u00e9 de soixante-huit ans, ing\u00e9nieur \u00e0 la retraite. Depuis deux ans, son entourage rapporte des oublis r\u00e9currents d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents, une incapacit\u00e9 progressive \u00e0 g\u00e9rer ses placements boursiers et des \u00e9pisodes d&rsquo;anomie en conversation spontan\u00e9e. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique objective un profil typique d&rsquo;amn\u00e9sie de type hippocampique, objectiv\u00e9 par une alt\u00e9ration s\u00e9v\u00e8re du rappel libre non facilit\u00e9e par l&rsquo;indi\u00e7age lors du test des 16 items de Grober et Buschke. L&rsquo;imagerie m\u00e9tabolique par tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) amylo\u00efde r\u00e9v\u00e8le une fixation corticale diffuse et sym\u00e9trique, t\u00e9moignant d&rsquo;une charge \u00e9lev\u00e9e en plaques amylo\u00efdes au sein des lobes frontaux, pari\u00e9taux et du cortex cingulaire post\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Ce tableau illustre comment la pr\u00e9sence de plaques matures dans les r\u00e9seaux du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (<em>Default Mode Network<\/em>) d\u00e9sorganise la connectivit\u00e9 fonctionnelle n\u00e9cessaire \u00e0 la consolidation mn\u00e9sique et \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s lexical. Monsieur B. conserve un rappel intact de ses souvenirs d&rsquo;enfance (loi de Ribot), confirmant que les alt\u00e9rations synaptiques induites par l&rsquo;environnement amylo\u00efde frappent en priorit\u00e9 les structures associatives et hippocampiques responsables de l&rsquo;encodage et de la r\u00e9tention \u00e0 court et moyen terme.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas clinique paradigmatique concerne une femme de cinquante-trois ans, porteuse d&rsquo;une mutation h\u00e9t\u00e9rozygote sur le g\u00e8ne de la pr\u00e9s\u00e9niline 1 (<em>PSEN1<\/em>). D\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de quarante-cinq ans, bien avant l&rsquo;apparition de tout d\u00e9clin cognitif d\u00e9celable, les examens du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal (LCR) r\u00e9v\u00e9laient une chute drastique du peptide A\u03b242, signant son emprisonnement actif dans les plaques amylo\u00efdes en cours de nucl\u00e9ation parenchymateuse. Ce n&rsquo;est que huit ans plus tard que sont apparus un syndrome dysex\u00e9cutif et des alt\u00e9rations de la m\u00e9moire de travail, d\u00e9montrant de mani\u00e8re \u00e9clatante la dissociation temporelle prolong\u00e9e entre la phase biologique de nucl\u00e9ation amylo\u00efde et la phase clinique de d\u00e9compensation neuropsychologique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation historique des plaques amylo\u00efdes requ\u00e9rait imp\u00e9rativement un examen histopathologique post-mortem du tissu c\u00e9r\u00e9bral. Les coupes corticales \u00e9taient soumises \u00e0 des impr\u00e9gnations argentiques (techniques de Bielschowsky ou de Bodian) ou \u00e0 des colorations histochimiques sp\u00e9cifiques, notamment au rouge Congo \u2014 conf\u00e9rant aux d\u00e9p\u00f4ts une bir\u00e9fringence vert pomme caract\u00e9ristique sous lumi\u00e8re polaris\u00e9e \u2014 ou \u00e0 la Thioflavine S et T, qui \u00e9mettent une fluorescence jaune-vert apr\u00e8s fixation aux feuillets b\u00eata.<\/p>\n<p>La neuropsychologie moderne et la neurologie clinique s&rsquo;appuient d\u00e9sormais sur des outils de d\u00e9tection <em>in vivo<\/em> standardis\u00e9s regroup\u00e9s au sein du cadre diagnostique international \u00ab AT(N) \u00bb (Amylo\u00efde, Tau, Neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Imagerie mol\u00e9culaire par TEP amylo\u00efde :<\/strong> Utilisation de radiotraceurs lipophiles marqu\u00e9s au carbone 11 (notamment le <em>Pittsburgh Compound B<\/em> ou PiB) ou au fluor 18 (Florbetapir, Florbetaben, Flutemetamol). Ces mol\u00e9cules traversent rapidement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et se lient de fa\u00e7on r\u00e9versible avec une haute affinit\u00e9 aux fibrilles b\u00eata-pliss\u00e9es des plaques denses, permettant une cartographie quantitative non invasive de la charge amylo\u00efde c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>Biomarqueurs dans le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal (LCR) :<\/strong> Dosage immuno-enzymatique (ELISA) ou par spectrom\u00e9trie de masse obtenu par ponction lombaire. La concentration d&rsquo;A\u03b242 diminue d&rsquo;environ 50 % chez les patients atteints de maladie d&rsquo;Alzheimer en raison de sa s\u00e9questration au sein des plaques du parenchyme. L&rsquo;utilisation du ratio A\u03b242\/A\u03b240 accro\u00eet consid\u00e9rablement la sp\u00e9cificit\u00e9 diagnostique en s&rsquo;affranchissant des variations interindividuelles de s\u00e9cr\u00e9tion globale de peptides.<\/li>\n<li><strong>Biomarqueurs sanguins plasmatiques :<\/strong> R\u00e9volution diagnostique r\u00e9cente s&rsquo;appuyant sur des technologies d&rsquo;immuno-d\u00e9tection ultrasensibles (Simoa) capables de quantifier avec une pr\u00e9cision remarquable les concentrations plasmatiques de peptide A\u03b242\/A\u03b240 et de formes tronqu\u00e9es de tau phosphoryl\u00e9e (p-tau217, p-tau181), ouvrant la voie \u00e0 un d\u00e9pistage pr\u00e9coce accessible en pratique courante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie des plaques amylo\u00efdes poss\u00e8de des r\u00e9percussions directes sur la nosologie clinique, le pronostic neuropsychologique et les choix th\u00e9rapeutiques actuels. Dans la prise en charge neuropsychologique, l&rsquo;identification d&rsquo;une pathologie amylo\u00efde sous-jacente permet d&rsquo;orienter le diagnostic diff\u00e9rentiel lorsqu&rsquo;un patient pr\u00e9sente des sympt\u00f4mes atypiques, comme une aphasie primaire progressive logop\u00e9nique ou une atrophie corticale post\u00e9rieure (syndrome de Benson), toutes deux fr\u00e9quemment sous-tendues par une \u00e9tiologie amylo\u00efde sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le front th\u00e9rapeutique, la plaque amylo\u00efde constitue la cible prioritaire des th\u00e9rapies modulatrices de la maladie d\u00e9velopp\u00e9es ces trois derni\u00e8res d\u00e9cennies. L&rsquo;immunoth\u00e9rapie passive par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anticorps_monoclonal\">anticorps monoclonaux<\/a> humanis\u00e9s a marqu\u00e9 une avanc\u00e9e historique :<\/p>\n<p>Des mol\u00e9cules de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration telles que le <em>lecanemab<\/em> (ciblant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les protofibrilles et oligom\u00e8res de grande taille) et le <em>donanemab<\/em> (dirig\u00e9 sp\u00e9cifiquement contre l&rsquo;A\u03b2 phosphoryl\u00e9 N-terminal pr\u00e9sent exclusivement dans les plaques constitu\u00e9es) ont apport\u00e9 la preuve de concept irr\u00e9futable qu&rsquo;il est possible de nettoyer quasi int\u00e9gralement les plaques amylo\u00efdes du cerveau humain. Ces r\u00e9ductions massives de la charge amylo\u00efde s&rsquo;accompagnent d&rsquo;un ralentissement statistiquement significatif du d\u00e9clin cognitif et fonctionnel chez les patients trait\u00e9s aux stades tr\u00e8s pr\u00e9coces de la maladie.<\/p>\n<p>Toutefois, ces innovations th\u00e9rapeutiques s&rsquo;accompagnent d&rsquo;effets ind\u00e9sirables notables appel\u00e9s <strong>ARIA<\/strong> (<em>Amyloid-Related Imaging Abnormalities<\/em>), qui englobent des \u0153d\u00e8mes vasog\u00e9niques parenchymateux (ARIA-E) et des micro-h\u00e9morragies corticales ou de la sid\u00e9rose superficielle (ARIA-H), imposant une surveillance rapproch\u00e9e par imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et une analyse rigoureuse du g\u00e9notype <em>APOE<\/em> des patients avant l&rsquo;instauration du traitement.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration empirique de la plaque amylo\u00efde a mobilis\u00e9 des cohortes longitudinales de grande envergure \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, au premier rang desquelles l&rsquo;initiative ADNI (<em>Alzheimer&rsquo;s Disease Neuroimaging Initiative<\/em>) pilot\u00e9e par Michael Weiner, ainsi que l&rsquo;\u00e9tude AIBL en Australie et DIAN (<em>Dominantly Inherited Alzheimer Network<\/em>).<\/p>\n<p>Ces \u00e9tudes observationnelles de cohorte ont permis d&rsquo;\u00e9tablir la dynamique temporelle pr\u00e9cise des biomarqueurs au cours de l&rsquo;histoire naturelle de la maladie. Les travaux pionniers de Clifford Jack Jr. et ses confr\u00e8res ont mod\u00e9lis\u00e9 la chronologie des \u00e9v\u00e9nements pathologiques : l&rsquo;accumulation amylo\u00efde d\u00e9bute environ quinze \u00e0 vingt ans avant le premier fl\u00e9chissement cognitif d\u00e9tectable aux tests psychom\u00e9triques. Lorsque le seuil de saturation amylo\u00efde corticale est atteint, le rythme d&rsquo;accumulation ralentit sous forme de plateau, moment o\u00f9 s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re la propagation transsynaptique de la prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e depuis les structures temporales internes vers l&rsquo;ensemble du n\u00e9ocortex, \u00e9tape directement pr\u00e9dictive de la mort neuronale et de l&rsquo;effondrement cognitif.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches de Dennis Selkoe et de David Holtzman ont mis en lumi\u00e8re les m\u00e9canismes pr\u00e9cis d&rsquo;alt\u00e9ration synaptique. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 que les fractions solubles d\u00e9riv\u00e9es des abords imm\u00e9diats des plaques amylo\u00efdes alt\u00e8rent l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA et AMPA post-synaptiques, diminuent la densit\u00e9 des \u00e9pines dendritiques et provoquent une hyperactivit\u00e9 neuronale initiale anormale par d\u00e9faillance des interneurones inhibiteurs GABAergiques, avant que ne survienne le silence synaptique d\u00e9finitif.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que la plaque amylo\u00efde soit une l\u00e9sion biologique intrins\u00e8quement universelle partag\u00e9e par tous les \u00eatres humains ind\u00e9pendamment de leur appartenance ethnique ou g\u00e9ographique, son expression clinique, son interpr\u00e9tation et son investigation font l&rsquo;objet de variations contextuelles majeures.<\/p>\n<p>La pr\u00e9valence de l&rsquo;all\u00e8le \u03b54 de l&rsquo;apolipoprot\u00e9ine E (<em>APOE-\u03b54<\/em>), principal facteur de risque g\u00e9n\u00e9tique favorisant la nucl\u00e9ation pr\u00e9coce des plaques amylo\u00efdes, varie substantiellement entre les populations du globe. Alors que sa fr\u00e9quence est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e dans certaines populations d&rsquo;Europe du Nord ou chez les populations indig\u00e8nes d&rsquo;Oc\u00e9anie, son impact sur l&rsquo;accumulation amylo\u00efde semble modul\u00e9 par des facteurs de protection g\u00e9n\u00e9tiques ou environnementaux dans d&rsquo;autres groupes, notamment chez certaines ethnies d&rsquo;Afrique subsaharienne.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue diagnostique, la neuropsychologie transculturelle se heurte \u00e0 des d\u00e9fis d&rsquo;interpr\u00e9tation critiques. Les \u00e9chelles cognitives classiques, con\u00e7ues et \u00e9talonn\u00e9es dans des contextes occidentaux scolaris\u00e9s, peuvent g\u00e9n\u00e9rer des faux positifs en assimilant un faible score psychom\u00e9trique \u00e0 un d\u00e9clin cognitif l\u00e9sionnel. La pr\u00e9sence d&rsquo;une \u00ab r\u00e9serve cognitive \u00bb accrue \u2014 forg\u00e9e par un niveau d&rsquo;\u00e9ducation formelle \u00e9lev\u00e9, le bilinguisme ou des activit\u00e9s intellectuelles complexes \u2014 permet \u00e0 certains individus de tol\u00e9rer une charge substantielle en plaques amylo\u00efdes sans manifester de rupture s\u00e9miologique notable, tandis que des populations expos\u00e9es \u00e0 des d\u00e9terminants sociaux de sant\u00e9 d\u00e9favorables pr\u00e9sentent une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux m\u00eames l\u00e9sions biologiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa supr\u00e9matie conceptuelle durant plus de trois d\u00e9cennies, la th\u00e9orie situant la plaque amylo\u00efde comme cause unique et souveraine de la d\u00e9mence fait face \u00e0 des contestations r\u00e9currentes au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9p\u00f4ts chez les sujets sains :<\/strong> Les examens autopsiques et les donn\u00e9es de TEP amylo\u00efde r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;environ 20 \u00e0 35 % des personnes \u00e2g\u00e9es de plus de soixante-dix ans cognitivement indemnes pr\u00e9sentent une charge importante de plaques amylo\u00efdes sans aucun d\u00e9ficit mesurable de la m\u00e9moire ou des fonctions instrumentales, remettant en cause la suffisance pathologique de la l\u00e9sion isol\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>\u00c9checs historiques des essais cliniques :<\/strong> Avant l&rsquo;av\u00e8nement r\u00e9cent du lecanemab et du donanemab, des dizaines d&rsquo;essais th\u00e9rapeutiques ciblant la r\u00e9duction amylo\u00efde (inhibiteurs de gamma-s\u00e9cr\u00e9tase comme le semagacestat, inhibiteurs de BACE1 ou anticorps monoclonaux comme le bapineuzumab) se sont sold\u00e9s par des \u00e9checs cuisants, certains aggravant m\u00eame paradoxalement les capacit\u00e9s intellectuelles des patients en d\u00e9pit d&rsquo;une r\u00e9duction effective de la charge amylo\u00efde c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>Querelle des \u00ab baptistes \u00bb et des \u00ab tauistes \u00bb :<\/strong> Un d\u00e9bat acad\u00e9mique virulent a longtemps oppos\u00e9 les partisans du r\u00f4le primordial de l&rsquo;amylo\u00efde (\u00ab baptistes \u00bb) aux d\u00e9fenseurs de la primaut\u00e9 de la pathologie tau (\u00ab tauistes \u00bb). Ces derniers font valoir que la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire pr\u00e9sente une corr\u00e9lation spatiale et temporelle infiniment plus robuste avec la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;amn\u00e9sie et de l&rsquo;aphasie que la topographie des plaques amylo\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>Inad\u00e9quation de la causalit\u00e9 lin\u00e9aire :<\/strong> De plus en plus de neurobiologistes per\u00e7oivent d\u00e9sormais la formation de plaques amylo\u00efdes non pas comme un \u00e9v\u00e9nement causal lin\u00e9aire primaire, mais comme un sympt\u00f4me d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique plus large, associant s\u00e9nescence vasculaire, dysfonction mitochondriale, d\u00e9faillance immunitaire inn\u00e9e et neuro-inflammation chronique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle en clinique et en recherche, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment la plaque amylo\u00efde d&rsquo;autres entit\u00e9s nosologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire (DNF) :<\/strong> Contrairement \u00e0 la plaque amylo\u00efde qui est un amas prot\u00e9ique <em>extracellulaire<\/em> constitu\u00e9 de peptide b\u00eata-amylo\u00efde, la DNF est une agr\u00e9gation <em>intraneuronale<\/em> compos\u00e9e de paires de filaments h\u00e9lico\u00efdaux form\u00e9s par la prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e, \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9e au stade de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 clinique direct.<\/li>\n<li><strong>Oligom\u00e8res b\u00eata-amylo\u00efdes :<\/strong> Assemblages solubles de bas poids mol\u00e9culaire form\u00e9s de quelques monom\u00e8res (dim\u00e8res, trim\u00e8res, dod\u00e9cam\u00e8res). Ce ne sont pas des plaques constitu\u00e9es visibles au microscope optique classique, mais ils repr\u00e9sentent l&rsquo;esp\u00e8ce interm\u00e9diaire thermodynamique la plus neurotoxique pour les fentes synaptiques.<\/li>\n<li><strong>Corps de Lewy :<\/strong> Inclusions cytoplasmiques intraneuronales \u00e9osinophiles sph\u00e9riques principalement compos\u00e9es d&rsquo;alpha-synucl\u00e9ine agr\u00e9g\u00e9e, caract\u00e9ristiques de la maladie de Parkinson et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mence_%C3%A0_corps_de_Lewy\">d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy<\/a>, bien qu&rsquo;elles puissent coexister avec des plaques amylo\u00efdes dans les formes mixtes.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9p\u00f4ts de TDP-43 :<\/strong> Agr\u00e9gats prot\u00e9iques anormaux nucl\u00e9aires et cytoplasmiques de la prot\u00e9ine de liaison \u00e0 l&rsquo;ADN TAR-43, observ\u00e9s dans la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire fronto-temporale et dans la scl\u00e9rose hippocampique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (enc\u00e9phalopathie LATE), distincts des assemblages amylo\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>Amylose syst\u00e9mique :<\/strong> Ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de pathologies affectant les organes p\u00e9riph\u00e9riques (rein, c\u0153ur, foie) caract\u00e9ris\u00e9es par le d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;autres types de prot\u00e9ines amylo\u00efdog\u00e8nes (comme les cha\u00eenes l\u00e9g\u00e8res d&rsquo;immunoglobulines dans l&rsquo;amylose AL ou la transthyr\u00e9tine dans l&rsquo;amylose ATTR), sans rapport direct avec le peptide A\u03b2 c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La plaque amylo\u00efde repr\u00e9sente un pilier histopathologique et diagnostique fondamental dans l&rsquo;\u00e9tude des troubles neurocognitifs majeurs li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge. Ses aspects cardinaux peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est issue d&rsquo;un clivage enzymatique anormal de la prot\u00e9ine pr\u00e9curseur APP par les enzymes BACE1 et gamma-s\u00e9cr\u00e9tase, culminant dans l&rsquo;accumulation extracellulaire de peptides hydrophobes A\u03b242 arrang\u00e9s en feuillets b\u00eata.<\/li>\n<li>Son accumulation d\u00e9bute de mani\u00e8re insidieuse au sein du n\u00e9ocortex quinze \u00e0 vingt ans avant l&rsquo;expression clinique des premiers d\u00e9ficits mn\u00e9siques, franchissant une phase pr\u00e9clinique prolong\u00e9e.<\/li>\n<li>Si la plaque fibrillaire dense constitue la marque histologique visible, les esp\u00e8ces interm\u00e9diaires oligom\u00e9riques solubles exercent la toxicit\u00e9 synaptique la plus pernicieuse, bloquant la transmission nerveuse et recrutant une r\u00e9action neuro-inflammatoire destructrice.<\/li>\n<li>Les technologies modernes de biomarqueurs (TEP amylo\u00efde, ratios A\u03b242\/A\u03b240 dans le LCR et nouveaux tests sanguins plasmatiques) autorisent d\u00e9sormais sa d\u00e9tection fine du vivant du patient, bouleversant les standards d&rsquo;\u00e9valuation diagnostique.<\/li>\n<li>La clairance cibl\u00e9e des plaques amylo\u00efdes par les anticorps monoclonaux r\u00e9cents marque le passage \u00e0 une \u00e8re th\u00e9rapeutique active, bien que la r\u00e9mission des sympt\u00f4mes cognitifs exige une prise en charge holistique associant la lutte contre la pathologie tau et la pr\u00e9servation de la plasticit\u00e9 neuronale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Braak, H., &amp; Braak, E. (1991). Neuropathological stageing of Alzheimer-related changes. <em>Acta Neuropathologica<\/em>, 82(4), 239\u2013259. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00308809\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00308809<\/a><\/li>\n<li>Glenner, G. G., &amp; Wong, C. W. (1984). Alzheimer&rsquo;s disease: Initial report of the purification and characterization of a novel cerebrovascular amyloid protein. <em>Biochemical and Biophysical Research Communications<\/em>, 120(3), 885\u2013890. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-291X(84)80190-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0006-291X(84)80190-4<\/a><\/li>\n<li>Hardy, J., &amp; Higgins, G. (1992). Alzheimer&rsquo;s disease: The amyloid cascade hypothesis. <em>Science<\/em>, 256(5054), 184\u2013185. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1566067\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1566067<\/a><\/li>\n<li>Jack, C. R., Bennett, D. A., Blennow, K., Carrillo, M. C., Dunn, B., Haeberlein, S. B., Holtzman, D. M., Jagust, W., Jessen, F., Karlawish, J., Liu, E., Molinuevo, J. L., Montine, T., Phelps, C., Rankin, K. P., Rowe, C. C., Scheltens, P., Siemers, E., Snyder, H. M., &amp; Sperling, R. (2018). NIA-AA Research Framework: Toward a biological definition of Alzheimer&rsquo;s disease. <em>Alzheimer&rsquo;s &amp; Dementia<\/em>, 14(4), 535\u2013562. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jalz.2018.02.018\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jalz.2018.02.018<\/a><\/li>\n<li>Selkoe, D. J., &amp; Hardy, J. (2016). The amyloid hypothesis of Alzheimer&rsquo;s disease at 25 years. <em>EMBO Molecular Medicine<\/em>, 8(6), 595\u2013608. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.15252\/emmm.201606210\">https:\/\/doi.org\/10.15252\/emmm.201606210<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie de la plaque amylo\u00efde : m\u00e9canisme neuropathologique, cascade amylo\u00efde, biomarqueurs et r\u00e9percussions sur les fonctions cognitives et comportementales.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459,32792],"tags":[33534,1755,1012,2350,30877,21529,33537],"class_list":["post-20314","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","category-troubles-neurocognitifs","tag-beta-amyloide","tag-biomarqueurs","tag-declin-cognitif","tag-maladie-dalzheimer","tag-neurodegenerescence","tag-neuropathologie","tag-plaque-amyloide"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20314\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}