{"id":20285,"date":"2026-10-23T16:30:08","date_gmt":"2026-10-23T16:30:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abus-amphetamines-mecanismes-psychologiques"},"modified":"2026-10-23T16:30:08","modified_gmt":"2026-10-23T16:30:08","slug":"abus-amphetamines-mecanismes-psychologiques","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abus-amphetamines-mecanismes-psychologiques","title":{"rendered":"Abus d&rsquo;amph\u00e9tamines : M\u00e9canismes et Impacts"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines constitue un d\u00e9fi clinique, psychiatrique et soci\u00e9tal majeur, caract\u00e9ris\u00e9 par une alt\u00e9ration profonde des syst\u00e8mes neurobiologiques de la motivation et du contr\u00f4le ex\u00e9cutif. En stimulant massivement la lib\u00e9ration de cat\u00e9cholamines au sein des structures c\u00e9r\u00e9brales profondes, ces substances induisent un potentiel addictog\u00e8ne puissant capable de reconfigurer durablement les processus d\u00e9cisionnels de l&rsquo;individu. Cet article propose une dissection exhaustive et transdisciplinaire de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, alliant psychopathologie clinique, neurobiologie mol\u00e9culaire et dimensions socio-historiques.<\/p>\n<h2>Abus d&rsquo;amph\u00e9tamines<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines d\u00e9signe un mode de consommation pathologique, compulsif ou inadapt\u00e9 de substances psychostimulantes de la famille des ph\u00e9nyl\u00e9thylamines, conduisant \u00e0 une alt\u00e9ration cliniquement significative du fonctionnement psychique, physique ou social. Il se caract\u00e9rise par une perte graduelle du contr\u00f4le sur la prise du produit, une recherche irr\u00e9pressible de l&rsquo;effet psychostimulant et la persistance des comportements de consommation en d\u00e9pit des cons\u00e9quences pr\u00e9judiciables \u00e9videntes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, cette condition s&rsquo;inscrit au sein des troubles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de substances psychoactives, conform\u00e9ment aux nomenclatures psychiatriques contemporaines telles que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM-5<\/a>) et la Classification internationale des maladies (CIM-11). Bien que les classifications actuelles int\u00e8grent l&rsquo;abus et la d\u00e9pendance sous le vocable unifi\u00e9 de \u00ab trouble de l&rsquo;usage des stimulants \u00bb, le terme classique d&rsquo;abus conserve une valeur s\u00e9miologique pour d\u00e9signer les usages nocifs, r\u00e9cr\u00e9atifs non contr\u00f4l\u00e9s ou les m\u00e9susages m\u00e9dicamenteux chroniques.<\/p>\n<p>Cette entit\u00e9 nosologique ne refl\u00e8te pas simplement une consommation quantitativement excessive, mais traduit une alt\u00e9ration dynamique de l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale, o\u00f9 le renforcement pharmacologique court-circuite les voies de r\u00e9compense endog\u00e8nes, asservissant les fonctions cognitives sup\u00e9rieures au cycle vicieux de la recherche et de la prise de substance.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab amph\u00e9tamine \u00bb est un acronyme chimique forg\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 partir de la d\u00e9signation synth\u00e9tique du compos\u00e9 : <strong>a<\/strong>lpha-<strong>m<\/strong>\u00e9thyl-<strong>ph<\/strong>\u00e9n<strong>\u00e9t<\/strong>hyl<strong>amine<\/strong>. La cha\u00eene carbon\u00e9e fondamentale d\u00e9rive du grec ancien <em>phain\u00f4<\/em> (appara\u00eetre, luire), <em>aith\u00ear<\/em> (\u00e9ther, ciel sup\u00e9rieur) et de la terminaison \u00ab amine \u00bb, d\u00e9signant une fonction azot\u00e9e organique issue du radical ammoniaque.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab abus \u00bb, quant \u00e0 lui, est issu du latin <em>abusus<\/em>, participe pass\u00e9 substantiv\u00e9 du verbe <em>abuti<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou intensif <em>ab-<\/em> (\u00e9loignement, d\u00e9viation) et de <em>uti<\/em> (user, faire usage de). \u00c9tymologiquement, l&rsquo;abus implique donc une d\u00e9viation fondamentale par rapport \u00e0 l&rsquo;usage mod\u00e9r\u00e9, juste ou th\u00e9rapeutique, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab user jusqu&rsquo;au bout, \u00e9puiser, consommer enti\u00e8rement \u00bb ou \u00ab faire un usage d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 et pernicieux \u00bb d&rsquo;une ressource ou d&rsquo;une facult\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du syntagme \u00ab abus d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00bb dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone co\u00efncide avec les premi\u00e8res alertes toxicologiques des ann\u00e9es 1940 et 1950, lorsque l&rsquo;utilisation massive de la benz\u00e9drine et de la dexamph\u00e9tamine en contexte militaire, professionnel ou \u00e9tudiant a mis en lumi\u00e8re l&rsquo;apparition de tableaux s\u00e9v\u00e8res de d\u00e9pendance psychique, d&rsquo;\u00e9puisement physiologique et de d\u00e9compensations psychotiques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon la transcription phon\u00e9tique internationale \/a.bys d\u203f\u0251\u0303.fe.ta.min\/. Sur le plan morphologique et grammatical, \u00ab abus \u00bb est un nom commun masculin singulier (invariable en orthographe au pluriel, bien que le singulier prime dans les d\u00e9signations nosologiques), r\u00e9gi par la pr\u00e9position \u00e9lid\u00e9e \u00ab d&rsquo; \u00bb introduisant le compl\u00e9ment d\u00e9terminatif au pluriel \u00ab amph\u00e9tamines \u00bb (nom f\u00e9minin pluriel, ou singulier collectif \u00ab amph\u00e9tamine \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et acad\u00e9mique, on emploie fr\u00e9quemment des variantes terminologiques telles que \u00ab m\u00e9susage d&rsquo;amph\u00e9taminiques \u00bb, \u00ab consommation probl\u00e9matique d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00bb ou, dans le paradigme nosographique contemporain anglo-saxon transcrit en fran\u00e7ais, \u00ab trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00bb (TUA). Les termes argotiques ou sous-culturels associ\u00e9s incluent \u00ab speed \u00bb, \u00ab crank \u00bb, ou encore \u00ab crystal meth \u00bb lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit sp\u00e9cifiquement de la m\u00e9thamph\u00e9tamine cristallis\u00e9e.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines n\u00e9cessite une immersion au c\u0153ur de la pharmacologie mol\u00e9culaire et des r\u00e9seaux cortico-striataux du cerveau. Contrairement aux stimulants qui se contentent de bloquer les transporteurs de recapture comme la coca\u00efne, les amph\u00e9tamines agissent comme de faux substrats vis-\u00e0-vis du transporteur de la dopamine (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Transporteur_de_la_dopamine\">DAT<\/a>), du transporteur de la noradr\u00e9naline (NET) et, dans une moindre mesure, de la s\u00e9rotonine (SERT). En p\u00e9n\u00e9trant dans le neurone pr\u00e9synaptique, l&rsquo;amph\u00e9tamine inhibe le transporteur v\u00e9siculaire des monoamines (VMAT2), for\u00e7ant la redistribution massive de la dopamine depuis les v\u00e9sicules de stockage vers le cytoplasme neuronal. Par la suite, elle inverse le sens de fonctionnement du DAT via un m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9change facilit\u00e9, provoquant un d\u00e9versement massif et continu de neurotransmetteurs dans la fente synaptique.<\/p>\n<p>Cette inondation cat\u00e9cholaminergique au niveau du noyau accumbens et du striatum ventral g\u00e9n\u00e8re une sensation intense d&rsquo;euphorie, d&rsquo;hyper-vigilance, d&rsquo;\u00e9nergie in\u00e9puisable et d&rsquo;assurance m\u00e9galomane. L&rsquo;intensit\u00e9 de ce renforcement positif initial constitue l&rsquo;amorce du pi\u00e8ge addictif. Cependant, l&rsquo;usage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 entra\u00eene rapidement une tol\u00e9rance pharmacodynamique : les r\u00e9cepteurs post-synaptiques subissent une d\u00e9sensibilisation et une internalisation, tandis que les r\u00e9serves pr\u00e9synaptiques de neurotransmetteurs s&rsquo;\u00e9puisent. Pour retrouver un niveau d&rsquo;activation hom\u00e9ostatique ou \u00e9prouver le ressenti euphorique initial, l&rsquo;individu est contraint d&rsquo;augmenter exponentiellement les doses consomm\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;abus chronique d\u00e9clenche des alt\u00e9rations structurales et fonctionnelles de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale, touchant plus particuli\u00e8rement le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian et le cortex orbitofrontal. Ces zones pr\u00e9sident aux fonctions ex\u00e9cutives : inhibition des automatismes, prise de d\u00e9cision sous incertitude, \u00e9valuation affective des risques et flexibilit\u00e9 cognitive. Leur affaiblissement progressif conduit au ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab myopie du futur \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;individu devient incapable de pond\u00e9rer les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses \u00e0 moyen et long termes (faillite relationnelle, marginalisation sociale, d\u00e9gradation somatique) face au besoin compulsif d&rsquo;obtenir une gratification pharmacologique imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Le cycle de l&rsquo;abus se perp\u00e9tue \u00e9galement par le renforcement n\u00e9gatif. Lorsque les concentrations plasmatiques diminuent, le sujet plonge dans un \u00ab crash \u00bb am\u00e9taminique caract\u00e9ris\u00e9 par une dysphorie profonde, une anh\u00e9donie paralysante, une anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique et une hypersomnie non r\u00e9paratrice. L&rsquo;\u00e9vitement de cet \u00e9tat de d\u00e9tresse neurochimique majeure devient le moteur pr\u00e9dominant de la rechute, enfermant l&rsquo;usager dans une alternance d\u00e9l\u00e9t\u00e8re d&rsquo;exc\u00e8s paroxystiques (\u00ab binges \u00bb ou orgies) et d&rsquo;effondrements d\u00e9pressifs catatoniques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique des amph\u00e9tamines est indissociable de l&rsquo;industrialisation pharmacologique moderne. Le compos\u00e9 original, la ph\u00e9nylisopropylamine, a \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1887 par le chimiste roumain Laz\u0103r Edeleanu \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin, sans qu&rsquo;aucune application clinique ne soit initialement identifi\u00e9e. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1927 que le biochimiste Gordon Alles red\u00e9couvre les propri\u00e9t\u00e9s bronchodilatatrices et psychostimulantes de la mol\u00e9cule, cherchant un substitut synth\u00e9tique moins on\u00e9reux \u00e0 l&rsquo;\u00e9ph\u00e9drine.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, la firme pharmaceutique Smith, Kline &amp; French commercialise l&rsquo;amph\u00e9tamine sous forme d&rsquo;inhalateur nasal sous la marque d\u00e9pos\u00e9e \u00ab Benzedrine \u00bb pour traiter la congestion respiratoire. Tr\u00e8s rapidement, les utilisateurs d\u00e9couvrent les vertus \u00e9veillantes et euphorisantes du contenu des cartouches, donnant naissance aux premi\u00e8res manifestations d&rsquo;abus r\u00e9cr\u00e9atif chez les \u00e9tudiants, les chauffeurs routiers et les artistes de jazz.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale marque l&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;usage massif des amph\u00e9tamines \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9tatique. Les \u00e9tats-majors allemand (avec la m\u00e9thamph\u00e9tamine sous le nom de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9thamph%C3%A9tamine\">Pervitin<\/a>), britannique, am\u00e9ricain et japonais distribuent des dizaines de millions de comprim\u00e9s \u00e0 leurs pilotes, fantassins et sous-mariniers pour repousser les fronti\u00e8res de la fatigue, exacerber l&rsquo;agressivit\u00e9 et maintenir un \u00e9tat de veille prolong\u00e9 lors des combats. \u00c0 l&rsquo;issue du conflit, la d\u00e9mobilisation lib\u00e8re d&rsquo;immenses stocks sur les march\u00e9s civils, d\u00e9clenchant de v\u00e9ritables \u00e9pid\u00e9mies d&rsquo;abus, notamment au Japon au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, o\u00f9 l&rsquo;abus par injection intraveineuse prend des proportions sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Durant les Trente Glorieuses, les amph\u00e9tamines sont prescrites avec une grande l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 comme anorexig\u00e8nes pour la perte de poids, antid\u00e9presseurs ou toniques polyvalents. Des figures intellectuelles et artistiques en banalisent l&rsquo;usage pour soutenir leur productivit\u00e9 cr\u00e9ative. La multiplication des cas de psychoses toxiques, d&rsquo;accidents vasculaires et d&rsquo;addictions s\u00e9v\u00e8res contraint l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 et les instances gouvernementales \u00e0 durcir la l\u00e9gislation. La Convention sur les substances psychotropes de 1971 de l&rsquo;ONU classe la majorit\u00e9 des amph\u00e9tamines au tableau II, restreignant drastiquement leur production et leur prescription m\u00e9dicale, ce qui entra\u00eene la migration de la production vers des laboratoires clandestins et l&rsquo;apparition de d\u00e9riv\u00e9s toujours plus volatils et destructeurs, tels que la m\u00e9thamph\u00e9tamine fumable.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines est conceptualis\u00e9 par la psychologie contemporaine \u00e0 travers plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs qui \u00e9clairent ses dimensions addictives :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la sensibilisation motivationnelle<\/strong>, \u00e9labor\u00e9e par Terry Robinson et Kent Berridge, distingue nettement la composante h\u00e9donique du plaisir (\u00ab liking \u00bb) de la composante motivationnelle du d\u00e9sir (\u00ab wanting \u00bb). Selon cette approche, l&rsquo;administration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;amph\u00e9tamines provoque une sensibilisation neuronale p\u00e9renne des voies dopaminergiques m\u00e9solimbiques. M\u00eame lorsque le plaisir subjectif procur\u00e9 par la mol\u00e9cule s&rsquo;amenuise en raison de la tol\u00e9rance h\u00e9donique, la saillance motivationnelle attribu\u00e9e \u00e0 la substance et aux indices environnementaux qui lui sont associ\u00e9s ne cesse d&rsquo;augmenter. Le sujet ne \u00ab consomme \u00bb plus pour \u00e9prouver une jouissance transcendante, mais sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;un d\u00e9sir pathologique d\u00e9connect\u00e9 de tout plaisir r\u00e9el.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le allostatique de la d\u00e9pendance<\/strong>, formul\u00e9 par George Koob et Michel Le Moal, d\u00e9crit l&rsquo;addiction comme une d\u00e9rive progressive de l&rsquo;\u00e9quilibre biologique vers une surcharge allostatique. L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines active non seulement le syst\u00e8me de r\u00e9compense, mais d\u00e9clenche concomitamment le recrutement des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux de r\u00e9ponse au stress (activation de l&rsquo;axe corticotrope et lib\u00e9ration d&rsquo;hormone de lib\u00e9ration de la corticotropine [CRF] dans l&rsquo;amygdale \u00e9tendue). Ce double d\u00e9r\u00e8glement abaisse le point d&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique de l&rsquo;humeur. La rechute n&rsquo;est plus guid\u00e9e par l&rsquo;app\u00e9tence, mais par la tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de neutraliser un \u00e9tat \u00e9motionnel aversif interne.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le neurocognitif triparti<\/strong> de l&rsquo;addiction pose l&rsquo;existence d&rsquo;une dysfonction syst\u00e9mique entre trois r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux fondamentaux : le syst\u00e8me impulsif amygdalo-striatal (hyperactif), le syst\u00e8me r\u00e9flexif pr\u00e9frontal (hypoactif et incapable d&rsquo;exercer une r\u00e9gulation descendante) et l&rsquo;insula. Cette derni\u00e8re structure joue un r\u00f4le pivot d&rsquo;int\u00e9gration int\u00e9roceptive, traduisant les \u00e9tats corporels de manque en craving conscient irr\u00e9sistible. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre structurel explique pourquoi les interventions purement psycho\u00e9ducatives s&rsquo;av\u00e8rent souvent insuffisantes si les d\u00e9ficits neurocognitifs sous-jacents ne sont pas pris en consid\u00e9ration.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines s&rsquo;exprime \u00e0 travers plusieurs formes s\u00e9miologiques et typologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La modalit\u00e9 d&rsquo;administration :<\/strong> la cin\u00e9tique d&rsquo;action conditionne la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du potentiel addictif. L&rsquo;ingestion orale conf\u00e8re une impr\u00e9gnation lente et un plateau prolong\u00e9. L&rsquo;inhalation nasale (sniff) acc\u00e9l\u00e8re la biodisponibilit\u00e9. L&rsquo;inhalation de fum\u00e9e (inhalation de vapeurs de cristaux) et l&rsquo;injection intraveineuse (\u00ab slam \u00bb) d\u00e9clenchent un afflux c\u00e9r\u00e9bral quasi instantan\u00e9 en quelques secondes (\u00ab flash \u00bb ou \u00ab rush \u00bb), provoquant une empreinte synaptique maximale et une destructivit\u00e9 accrue.<\/li>\n<li><strong>Le mode de consommation cyclique (binge and crash) :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;administration continue d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00e0 intervalles r\u00e9guliers pendant 48 \u00e0 96 heures sans sommeil ni alimentation, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement complet des stocks ou survenue de d\u00e9lires hallucinatoires parano\u00efaques, suivi d&rsquo;une phase de sommeil comateux et d&rsquo;une d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;abus instrumental vs r\u00e9cr\u00e9atif :<\/strong> le premier vise une am\u00e9lioration pr\u00e9sum\u00e9e des performances physiques, scolaires ou professionnelles (dopage cognitif, \u00e9tudiants en p\u00e9riode d&rsquo;examens, cadres surmen\u00e9s) ; le second s&rsquo;inscrit dans un cadre festif ou \u00e9rotique (recherche d&rsquo;alt\u00e9ration sensorielle, euphorie collective, pratiques de chemsex).<\/li>\n<li><strong>La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 clinique (DSM-5) :<\/strong> gradu\u00e9e selon le nombre de crit\u00e8res symptomatiques pr\u00e9sents sur une p\u00e9riode de douze mois : l\u00e9g\u00e8re (2 \u00e0 3 crit\u00e8res), mod\u00e9r\u00e9e (4 \u00e0 5 crit\u00e8res) et s\u00e9v\u00e8re (6 crit\u00e8res ou plus), refl\u00e9tant le degr\u00e9 d&rsquo;envahissement existentiel du trouble.<\/li>\n<li><strong>Le type de mol\u00e9cule consomm\u00e9e :<\/strong> comprenant les sels d&rsquo;amph\u00e9tamine mixtes (Adderall), le dextroamph\u00e9tamine, les prodrogues (lisdexamf\u00e9tamine), la m\u00e9thamph\u00e9tamine (sensiblement plus neurotoxique et liposoluble) et divers stimulants de synth\u00e8se apparent\u00e9s aux d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;amph\u00e9tamines (ex. m\u00e9ph\u00e9drone, cathinones).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><em>Cas n\u00b0 1 : L&rsquo;engrenage instrumental et acad\u00e9mique.<\/em> Julien, 23 ans, \u00e9tudiant en classe pr\u00e9paratoire aux grandes \u00e9coles, commence \u00e0 consommer des comprim\u00e9s de sulfate d&rsquo;amph\u00e9tamine obtenus sans prescription m\u00e9dicale sur Internet afin de pr\u00e9parer ses concours d&rsquo;entr\u00e9e. Initialement, la prise de 10 mg par jour lui permet de soutenir des sessions de r\u00e9vision nocturnes de quatorze heures tout en conservant une concentration inalt\u00e9r\u00e9e. Apr\u00e8s huit semaines, une tol\u00e9rance s&rsquo;installe, l&rsquo;obligeant \u00e0 monter les doses \u00e0 60 mg quotidiens. Julien d\u00e9veloppe une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une tachycardie de repos et des tremblements p\u00e9riph\u00e9riques. Lorsqu&rsquo;il tente d&rsquo;interrompre le traitement, il sombre dans un \u00e9tat l\u00e9thargique marqu\u00e9 par un d\u00e9couragement massif, une incapacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier et des id\u00e9es suicidaires passives, ce qui pr\u00e9cipite la reprise imm\u00e9diate des stimulants. L&rsquo;usage initialement performatif a mut\u00e9 en abus pathologique caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9pendance psychique s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p><em>Cas n\u00b0 2 : La d\u00e9rive festive et le cycle paroxystique.<\/em> Sarah, 29 ans, consultante, consomme occasionnellement du speed le week-end en milieu festif \u00e9lectro. Progressivement, les prises s&rsquo;\u00e9tendent du vendredi soir au lundi matin sans aucune phase d&rsquo;interruption du sommeil. Au fil des mois, Sarah commence \u00e0 fumer de la m\u00e9thamph\u00e9tamine cristallis\u00e9e pour exacerber les sensations d&rsquo;euphorie et les interactions intimes. Durant les \u00e9pisodes de consommation intensive, elle d\u00e9veloppe une irritabilit\u00e9 extr\u00eame et une interpr\u00e9tation d\u00e9lirante des propos de son entourage, s&rsquo;imaginant surveill\u00e9e par des cam\u00e9ras dissimul\u00e9es dans son appartement. Sur le plan professionnel, la d\u00e9gradation de sa m\u00e9moire de travail et ses retards chroniques entra\u00eenent un licenciement, catalysant une chute dans une consommation journali\u00e8re et une marginalisation mat\u00e9rielle rapide.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de l&rsquo;abus ou du trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;amph\u00e9tamines repose sur une analyse clinique minutieuse, compl\u00e9t\u00e9e par des investigations paracliniques et toxicologiques rigoureuses.<\/p>\n<p>Selon les crit\u00e8res du DSM-5, le diagnostic de trouble li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage d&rsquo;amph\u00e9tamines est pos\u00e9 lorsqu&rsquo;au moins deux des crit\u00e8res suivants sont observ\u00e9s sur une p\u00e9riode de 12 mois : consommation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e menant \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 de remplir des obligations majeures, usage dans des situations dangereuses, craving persistant, tol\u00e9rance pharmacologique, syndrome de sevrage \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat, et poursuite de la consommation en d\u00e9pit de probl\u00e8mes physiques ou psychologiques induits.<\/p>\n<p>Les outils standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le DAST-10 ou DAST-20 (Drug Abuse Screening Test) :<\/strong> questionnaire auto-administr\u00e9 \u00e9valuant la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des cons\u00e9quences de la prise de drogues non alcooliques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ASI (Addiction Severity Index) :<\/strong> entretien semi-structur\u00e9 indispensable en recherche et en pratique clinique pour \u00e9valuer l&rsquo;impact multidimensionnel de l&rsquo;abus dans sept domaines : sant\u00e9 physique, emploi, consommation de substances, probl\u00e8mes l\u00e9gaux, ant\u00e9c\u00e9dents familiaux, relations sociales et fonctionnement psychiatrique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Amphetamine Craving Questionnaire (ACQ-Now) :<\/strong> \u00e9chelle sp\u00e9cifique mesurant la force imm\u00e9diate du d\u00e9sir compulsif d&rsquo;amph\u00e9tamines sous l&rsquo;angle du soulagement attendu ou de l&rsquo;anticipation du plaisir.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation biologique fait appel au d\u00e9pistage toxicologique par dosages immunologiques urinaires, confirm\u00e9s par chromatographie en phase gazeuse coupl\u00e9e \u00e0 la spectrom\u00e9trie de masse (GC-MS) pour \u00e9liminer les faux positifs (induits par certains antid\u00e9presseurs ou d\u00e9congestionnants). Le bilan clinique somatique doit syst\u00e9matiquement rechercher une hypertrophie ventriculaire gauche, des arythmies cardiaques, une \u00e9l\u00e9vation tensionnelle maligne, une perte pond\u00e9rale alarmante, ainsi qu&rsquo;une alt\u00e9ration buccodentaire s\u00e9v\u00e8re typique de la consommation chronique de m\u00e9thamph\u00e9tamine (\u00ab meth mouth \u00bb).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge de l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines mobilise une approche int\u00e9grative articulant d\u00e9sintoxication somatique, th\u00e9rapies cognitives et restructuration sociale. Contrairement aux troubles de l&rsquo;usage des opiac\u00e9s ou de l&rsquo;alcool, il n&rsquo;existe \u00e0 ce jour aucun traitement pharmacologique de substitution ayant re\u00e7u une autorisation de mise sur le march\u00e9 officielle avec un consensus international unanime pour l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines.<\/p>\n<p>Les interventions psychosociales demeurent le traitement de r\u00e9f\u00e9rence :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La gestion des contingences (Contingency Management) :<\/strong> cette strat\u00e9gie comportementale, fond\u00e9e sur le conditionnement op\u00e9rant, r\u00e9tribue l&rsquo;abstinence prouv\u00e9e par des tests urinaires n\u00e9gatifs r\u00e9guliers au moyen de bons d&rsquo;achat ou de privil\u00e8ges gradu\u00e9s. Les m\u00e9ta-analyses confirment qu&rsquo;il s&rsquo;agit du protocole affichant la plus grande taille d&rsquo;effet pour induire et consolider l&rsquo;abstinence imm\u00e9diate face aux psychostimulants.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">TCC<\/a>) et le mod\u00e8le Matrix :<\/strong> le mod\u00e8le Matrix, d\u00e9velopp\u00e9 sp\u00e9cifiquement pour les usagers de stimulants, combine entretiens motivationnels, TCC ax\u00e9e sur la pr\u00e9vention de la rechute, \u00e9ducation neurobiologique pour les familles et groupes de soutien structur\u00e9s sur une dur\u00e9e intensive de 16 semaines.<\/li>\n<li><strong>La rem\u00e9diation cognitive :<\/strong> de nouveaux protocoles visent \u00e0 r\u00e9habiliter la flexibilit\u00e9 mentale, le contr\u00f4le inhibiteur et la m\u00e9moire de travail des patients gr\u00e2ce \u00e0 des exercices informatis\u00e9s cibl\u00e9s, afin d&rsquo;optimiser l&rsquo;efficacit\u00e9 des psychoth\u00e9rapies verbales souvent compromises par l&rsquo;hypofrontalit\u00e9 toxique.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9duction des risques et des m\u00e9faits (RDR) :<\/strong> distribution de kits d&rsquo;inhalation st\u00e9rile pour pr\u00e9venir les br\u00fblures muqueuses et la transmission du VHC, mat\u00e9riel d&rsquo;injection \u00e0 usage unique, dispositifs d&rsquo;analyse de composition de produits en milieu festif et accompagnement psychologique de d\u00e9sescalade lors d&rsquo;\u00e9pisodes de \u00ab bad trip \u00bb amph\u00e9taminique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle contemporaine mobilise l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle et structurelle pour quantifier les stigmates de l&rsquo;abus chronique d&rsquo;amph\u00e9tamines. Les travaux pionniers en tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) conduits notamment par le Dr Nora Volkow et ses \u00e9quipes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une d\u00e9pl\u00e9tion prolong\u00e9e des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 et une diminution marqu\u00e9e de la densit\u00e9 des transporteurs DAT dans le striatum chez les usagers r\u00e9guliers. Ces anomalies mol\u00e9culaires corr\u00e8lent directement avec le niveau d&rsquo;apathie, l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs r\u00e9siduels et l&rsquo;alt\u00e9ration du contr\u00f4le moteur.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences pr\u00e9cliniques, les mod\u00e8les rongeurs d\u00e9montrent que l&rsquo;exposition prolong\u00e9e \u00e0 de fortes concentrations de m\u00e9thamph\u00e9tamine induit une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des terminaisons axonales dopaminergiques et s\u00e9rotoninergiques, coupl\u00e9e \u00e0 une astrogliose r\u00e9active et \u00e0 un stress oxydatif intramitochondrial destructeur. Ces donn\u00e9es sugg\u00e8rent une neurotoxicit\u00e9 franche qui d\u00e9passe la simple plasticit\u00e9 synaptique fonctionnelle r\u00e9versible.<\/p>\n<p>Sur le front de la pharmacoth\u00e9rapie translationnelle, plusieurs mol\u00e9cules novatrices sont \u00e9valu\u00e9es en essais cliniques de phase II et III pour traiter le craving et pr\u00e9venir la rechute : l&rsquo;association de bupropion et de naltrexone injectable (comme le d\u00e9montrent les essais du r\u00e9seau NIDA CTN), le modafinil pour son effet stimulant d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e sans potentiel d&rsquo;abus marqu\u00e9, et des anticorps monoclonaux sp\u00e9cifiques con\u00e7us pour s\u00e9questrer les mol\u00e9cules d&rsquo;amph\u00e9tamines directement dans la circulation sanguine avant leur franchissement de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>La signification, la pr\u00e9valence et les repr\u00e9sentations de l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines varient profond\u00e9ment selon les contextes g\u00e9ographiques et culturels. En Am\u00e9rique du Nord, la crise des stimulants s&rsquo;imbrique \u00e9troitement dans celle des opio\u00efdes de synth\u00e8se (\u00ab polysubstance abuse \u00bb), la m\u00e9thamph\u00e9tamine servant d&rsquo;amplificateur d&rsquo;effet ou de palliatif \u00e9conomique.<\/p>\n<p>En Asie du Sud-Est (notamment au Myanmar, en Tha\u00eflande et au Laos), l&rsquo;abus de pilules d&rsquo;amph\u00e9tamines artisanales m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 de la caf\u00e9ine, d\u00e9sign\u00e9es sous le nom de \u00ab Yaba \u00bb (la drogue qui rend fou), transcende les classes sociales. Elle est tout autant consomm\u00e9e par des ouvriers industriels effectuant des quarts de travail ext\u00e9nuants que par des jeunes en qu\u00eate de d\u00e9sinhibition r\u00e9cr\u00e9ative, suscitant des r\u00e9ponses r\u00e9pressives particuli\u00e8rement drastiques de la part des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>En Europe de l&rsquo;Ouest, les sous-cultures festives de musiques \u00e9lectroniques et les communaut\u00e9s urbaines marginalis\u00e9es pr\u00e9sentent des profils d&rsquo;usage contrast\u00e9s. Dans certains cercles homosexuels masculins, l&rsquo;essor de la pratique du \u00ab chemsex \u00bb \u2014 consistant \u00e0 associer la consommation de m\u00e9thamph\u00e9tamine ou de cathinones \u00e0 des rapports sexuels de longue dur\u00e9e \u2014 a red\u00e9fini le paysage \u00e9pid\u00e9miologique, g\u00e9n\u00e9rant des risques sanitaires accrus en mati\u00e8re d&rsquo;infections transmissibles et de d\u00e9compensations psychiatriques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Ces disparit\u00e9s illustrent \u00e0 quel point l&rsquo;amph\u00e9tamine n&rsquo;est pas qu&rsquo;une simple entit\u00e9 pharmacologique, mais un catalyseur sociologique qui refl\u00e8te les imp\u00e9ratifs modernes de productivit\u00e9 maximale, d&rsquo;hyper-pr\u00e9sence et d&rsquo;optimisation fonctionnelle impos\u00e9s aux individus dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le champ scientifique et psychiatrique entourant l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines est le th\u00e9\u00e2tre de d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques soutenus :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne la fronti\u00e8re poreuse entre l&rsquo;optimisation cognitive licite (\u00ab neuro-enhancement \u00bb) et l&rsquo;abus m\u00e9dicamenteux. Dans de nombreux pays, l&rsquo;explosion des prescriptions de psychostimulants (tels que le m\u00e9thylph\u00e9nidate ou les d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;amph\u00e9tamine comme l&rsquo;Adderall) pour traiter le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">TDAH<\/a>) chez les adultes suscite des interrogations \u00e9thiques majeures. Certains chercheurs d\u00e9noncent une m\u00e9dicalisation excessive de la fatigue cognitive et un march\u00e9 secondaire de revente d\u00e9tourn\u00e9e sur les campus universitaires.<\/p>\n<p>La seconde tension r\u00e9side dans la nosologie psychiatrique elle-m\u00eame. La fusion des cat\u00e9gories \u00ab abus \u00bb et \u00ab d\u00e9pendance \u00bb en un continuum unique sous la banni\u00e8re du \u00ab trouble de l&rsquo;usage de substances \u00bb dans le DSM-5 a fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques. Certains cliniciens arguent que ce mod\u00e8le dimensionnel tend \u00e0 estomper les fronti\u00e8res entre une consommation exploratoire transitoire \u00e0 risque mais r\u00e9versible et un processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif addictif enkyst\u00e9, risquant de surdiagnostiquer ou d&rsquo;imposer des protocoles inappropri\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, la r\u00e9ponse punitive et judiciaire oppos\u00e9e par la \u00ab guerre contre les drogues \u00bb a montr\u00e9 ses limites criantes : loin de juguler la demande, la criminalisation des usagers d&rsquo;amph\u00e9tamines marginalise davantage les personnes en souffrance psychique, encombre les syst\u00e8mes p\u00e9nitentiaires et emp\u00eache l&rsquo;acc\u00e8s pr\u00e9coce aux soins d&rsquo;addictologie et aux dispositifs de psychiatrie communautaire.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil conceptuel, il est indispensable de discriminer l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines d&rsquo;autres \u00e9tats cliniques apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Usage th\u00e9rapeutique d&rsquo;amph\u00e9tamines :<\/strong> prise de doses th\u00e9rapeutiques calibr\u00e9es sous encadrement m\u00e9dical rigoureux dans des indications reconnues (TDAH s\u00e9v\u00e8re, narcolepsie). L&rsquo;effet recherch\u00e9 est la normalisation attentionnelle et non l&rsquo;euphorie, sans alt\u00e9ration fonctionnelle ni d\u00e9sorganisation de l&rsquo;existence.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendance physique vs d\u00e9pendance psychique :<\/strong> si l&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9pendance physique mod\u00e9r\u00e9e (sans risque vital aigu au sevrage comme pour l&rsquo;alcool ou les barbituriques), la d\u00e9pendance psychologique et le craving compulsif sont parmi les plus intenses de la nosographie toxicologique.<\/li>\n<li><strong>Psychose amph\u00e9taminique vs <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nhie\">schizophr\u00e9nie<\/a> parano\u00efde :<\/strong> la psychose induite par les amph\u00e9tamines peut mimer trait pour trait une d\u00e9compensation schizophr\u00e9nique avec id\u00e9es de pers\u00e9cution et hallucinations acoustico-verbales. Elle s&rsquo;en distingue par son installation brutale en concomitance avec l&rsquo;intoxication et, classiquement, par sa r\u00e9sorption progressive en quelques jours ou semaines d&rsquo;abstinence sous antipsychotiques, bien que des formes chroniques ou r\u00e9v\u00e9latrices d&rsquo;un terrain vuln\u00e9rable existent.<\/li>\n<li><strong>Abus de coca\u00efne :<\/strong> bien que partageant le statut de psychostimulant majeur, la coca\u00efne poss\u00e8de une demi-vie plasmatique nettement plus courte (environ 60 minutes contre 10 \u00e0 12 heures pour les amph\u00e9tamines), imposant des r\u00e9administrations beaucoup plus rapproch\u00e9es au cours d&rsquo;un \u00e9pisode d&rsquo;usage.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines incarne le mod\u00e8le prototypique d&rsquo;une rupture pathologique des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux de la volont\u00e9 sous l&#8217;emprise d&rsquo;une d\u00e9charge monoaminergique massive. Il transcende le simple choix individuel pour s&rsquo;imposer comme une alt\u00e9ration neurobiologique et cognitive p\u00e9renne de l&rsquo;arbitrage motivationnel.<\/p>\n<p>Les points d&rsquo;ancrage essentiels \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9canisme mol\u00e9culaire :<\/strong> inversion du fonctionnement du transporteur de la dopamine (DAT) et inhibition de VMAT2, provoquant une lib\u00e9ration passive explosive de cat\u00e9cholamines au c\u0153ur des circuits m\u00e9socorticolimbiques.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 de renforcement :<\/strong> association d&rsquo;un renforcement positif puissant initial (euphorie, toute-puissance cognitive) et d&rsquo;un renforcement n\u00e9gatif \u00e9crasant (\u00e9vitement du crash d\u00e9pressif, dysphorie, asth\u00e9nie profonde).<\/li>\n<li><strong>Neurotoxicit\u00e9 :<\/strong> risque prouv\u00e9 de d\u00e9sensibilisation durable des r\u00e9cepteurs dopaminergiques, alt\u00e9rations structurales du cortex orbitofrontal et d\u00e9gradations des fonctions ex\u00e9cutives.<\/li>\n<li><strong>Complications psychiatriques :<\/strong> \u00e9mergence fr\u00e9quente de psychoses parano\u00efdes aigu\u00ebs, d&rsquo;\u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs avec risque suicidaire \u00e9lev\u00e9 et de troubles anxieux paniques.<\/li>\n<li><strong>Paradigme th\u00e9rapeutique :<\/strong> absence actuelle de mol\u00e9cule de substitution officielle ; supr\u00e9matie clinique prouv\u00e9e des approches comportementales intensives (gestion des contingences, th\u00e9rapie cognitivo-comportementale et mod\u00e8le Matrix).<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Berridge, K. C., &amp; Robinson, T. E. (2016). Liking, wanting, and the incentive-sensitization theory of addiction. <em>American Psychologist<\/em>, 71(8), 670\u2013679. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/amp0000059\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/amp0000059<\/a><\/li>\n<li>Koob, G. F., &amp; Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 24(2), 97\u2013129. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0<\/a><\/li>\n<li>Volkow, N. D., Chang, L., Wang, G. J., Fowler, J. S., Franceschi, D., Sedler, M., Gatley, S. J., Miller, E., Hitzemann, R., Ding, Y. S., &amp; Logan, J. (2001). Loss of dopamine transporters in methamphetamine abusers recovers with protracted abstinence. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 21(23), 9414\u20139418. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.21-23-09414.2001\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.21-23-09414.2001<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (2019). <em>The ICD-11 classification of mental and behavioural disorders: Clinical descriptions and diagnostic guidelines<\/em>. World Health Organization. <a href=\"https:\/\/icd.who.int\/\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;abus d&rsquo;amph\u00e9tamines constitue un d\u00e9r\u00e8glement neurobiologique et psychologique majeur caract\u00e9ris\u00e9 par une consommation compulsive de psychostimulants, alt\u00e9rant la prise de d\u00e9cision et les circuits c\u00e9r\u00e9braux dopaminergiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,459,859],"tags":[1260,31911,1377,4052,33468,15033,33467],"class_list":["post-20285","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neurosciences","category-psychopathologie","tag-addiction","tag-amphetamines","tag-dopamine","tag-psychopathologie","tag-psychose-toxique","tag-sevrage","tag-stimulants"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20285","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20285\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20285"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20285"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20285"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}