{"id":20284,"date":"2026-10-23T16:28:11","date_gmt":"2026-10-23T16:28:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=amphetamine-neurobiologie-usages"},"modified":"2026-10-23T16:28:11","modified_gmt":"2026-10-23T16:28:11","slug":"amphetamine-neurobiologie-usages","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=amphetamine-neurobiologie-usages","title":{"rendered":"Amph\u00e9tamine : Neurobiologie et Usages"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;amph\u00e9tamine constitue l&rsquo;un des psychostimulants les plus \u00e9tudi\u00e9s de la neuropharmacologie moderne, exer\u00e7ant un impact profond sur la cognition, la vigilance et les circuits c\u00e9r\u00e9braux de la r\u00e9compense. D\u00e9couverte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, cette mol\u00e9cule synth\u00e9tique continue d&rsquo;alimenter d&rsquo;importants d\u00e9bats scientifiques et cliniques, oscillant entre utilit\u00e9 th\u00e9rapeutique majeure et risques substantiels de pharmacod\u00e9pendance.<\/p>\n<h2>Amph\u00e9tamine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;amph\u00e9tamine est une substance psychostimulante synth\u00e9tique appartenant \u00e0 la classe des ph\u00e9nyl\u00e9thylamines, qui stimule puissamment le syst\u00e8me nerveux central en favorisant la lib\u00e9ration et en inhibant la recapture des monoamines, principalement la dopamine et la noradr\u00e9naline. Elle entra\u00eene une augmentation notable de l&rsquo;\u00e9veil, de l&rsquo;attention s\u00e9lective, de l&rsquo;activit\u00e9 locomotrice ainsi qu&rsquo;une r\u00e9duction marqu\u00e9e de la sensation de fatigue et de l&rsquo;app\u00e9tit.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et psychiatrique, l&rsquo;amph\u00e9tamine agit comme un puissant agent sympathomim\u00e9tique indirect. En modulant l&rsquo;activit\u00e9 des r\u00e9seaux corticostriataux, elle modifie temporairement l&rsquo;\u00e9valuation cognitive de l&rsquo;effort, am\u00e9liore les fonctions ex\u00e9cutives chez les individus pr\u00e9sentant des d\u00e9ficits attentionnels et induit, \u00e0 des doses supra-th\u00e9rapeutiques, des \u00e9tats d&rsquo;euphorie, d&rsquo;hyper-vigilance ou d&rsquo;agitation motrice. Son profil pharmacologique complexe en fait \u00e0 la fois un paradigme exp\u00e9rimental incontournable dans l&rsquo;\u00e9tude des psychoses et des addictions, et une ressource pharmacoth\u00e9rapeutique de premier plan dans le traitement du trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH) et de la narcolepsie.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab amph\u00e9tamine \u00bb est un acronyme d\u00e9riv\u00e9 de sa nomenclature chimique syst\u00e9matique d&rsquo;origine : <strong>a<\/strong>lpha-<strong>m<\/strong>\u00e9thyl-<strong>ph<\/strong>\u00e9nyl-<strong>\u00e9t<\/strong>hyl-<strong>amine<\/strong> (en anglais, <em>alpha-methylphenethylamine<\/em>). Con\u00e7u pour d\u00e9signer la structure chimique mol\u00e9culaire condens\u00e9e d\u00e9couverte \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, le terme est apparu dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone dans les ann\u00e9es 1930 lors du d\u00e9veloppement commercial de la mol\u00e9cule par les laboratoires Smith, Kline &amp; French.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le substantif a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 directement par translitt\u00e9ration pharmacologique au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, venant enrichir le lexique m\u00e9dical et psychiatrique aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres stimulants d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale ou synth\u00e9tique. La racine chimique rappelle la pr\u00e9sence du noyau benz\u00e9nique li\u00e9 \u00e0 une cha\u00eene \u00e9thylamine ramifi\u00e9e par un groupement m\u00e9thyle en position alpha, conf\u00e9rant \u00e0 la mol\u00e9cule sa r\u00e9sistance relative \u00e0 la d\u00e9gradation rapide par la monoamine oxydase et expliquant son passage facilit\u00e9 \u00e0 travers la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barri%C3%A8re_h%C3%A9mato-enc%C3%A9phalique\">barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique<\/a>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le terme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement \/\u0251\u0303.fe.ta.min\/ dans le syst\u00e8me phon\u00e9tique international. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au singulier, admettant la marque r\u00e9guli\u00e8re du pluriel (\u00ab les amph\u00e9tamines \u00bb) lorsqu&rsquo;il est utilis\u00e9 de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer l&rsquo;ensemble de la classe pharmacologique des d\u00e9riv\u00e9s amph\u00e9taminiques ou des \u00e9nantiom\u00e8res distincts.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le mot s&#8217;emploie couramment comme adjectif relationnel dans la locution \u00ab d\u00e9riv\u00e9 amph\u00e9taminique \u00bb ou \u00ab psychose amph\u00e9taminique \u00bb. Dans la nomenclature internationale, la d\u00e9nomination commune internationale (DCI) retient le terme \u00ab amph\u00e9tamine \u00bb pour le m\u00e9lange rac\u00e9mique, tandis que les \u00e9nantiom\u00e8res chiraux purs sont d\u00e9sign\u00e9s respectivement par les termes \u00ab dexamph\u00e9tamine \u00bb (forme dextrogyre) et \u00ab l\u00e9vamph\u00e9tamine \u00bb (forme l\u00e9vogyre).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;amph\u00e9tamine dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de comprendre son statut d&rsquo;analogue structural des cat\u00e9cholamines endog\u00e8nes. La mol\u00e9cule poss\u00e8de une configuration st\u00e9rique remarquablement proche de celle de la dopamine et de la noradr\u00e9naline. Cette similitude lui conf\u00e8re la capacit\u00e9 de s&rsquo;infiltrer au sein des terminaisons nerveuses pr\u00e9synaptiques sans n\u00e9cessiter l&rsquo;activation pr\u00e9alable des m\u00e9canismes classiques de transduction du signal. Contrairement aux stimulants qui se contentent de bloquer les transporteurs de recapture, l&rsquo;amph\u00e9tamine agit comme un substrat comp\u00e9titif.<\/p>\n<p>Une fois introduite dans l&rsquo;axoplasme neuronal, l&rsquo;amph\u00e9tamine perturbe de mani\u00e8re drastique les gradients \u00e9lectrochimiques v\u00e9siculaires. Elle interagit directement avec le transporteur v\u00e9siculaire des monoamines de type 2 (VMAT-2), provoquant l&rsquo;efflux massif des neurotransmetteurs stock\u00e9s dans les v\u00e9sicules synaptiques vers le cytosol cellulaire. Parall\u00e8lement, en modifiant la phosphorylation et la conformation spatiale du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Transporteur_de_la_dopamine\">transporteur de la dopamine<\/a> (DAT) et du transporteur de la noradr\u00e9naline (NET), l&rsquo;amph\u00e9tamine induit une inversion fonctionnelle de ces transporteurs membranaires. Au lieu de recapturer les neurom\u00e9diateurs pr\u00e9sents dans la fente synaptique, ces pompes se mettent \u00e0 les expulser de mani\u00e8re continue, inondant l&rsquo;espace synaptique d&rsquo;un flux massif et non d\u00e9pendant du potentiel d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Cette cascade neurochimique engendre une activation soutenue des r\u00e9cepteurs dopaminergiques postsynaptiques (familles D1 et D2) et adr\u00e9nergiques (r\u00e9cepteurs alpha et b\u00eata). Dans les projections m\u00e9solimbiques et m\u00e9socorticales, cette augmentation cat\u00e9cholaminergique majore la saillance motivationnelle : les stimuli environnementaux sont per\u00e7us comme plus significatifs, gratifiants ou urgents. Au sein du cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;optimisation des taux de dopamine et de noradr\u00e9naline affine le rapport signal-sur-bruit du traitement neuronal, am\u00e9liorant ainsi la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;inhibition des r\u00e9ponses motrices inappropri\u00e9es et la flexibilit\u00e9 cognitive globale.<\/p>\n<p>Toutefois, la port\u00e9e de ce concept d\u00e9passe la simple facilitation ex\u00e9cutive. \u00c0 des concentrations excessives ou lors d&rsquo;administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, l&rsquo;amph\u00e9tamine sature les syst\u00e8mes de r\u00e9trocontr\u00f4le hom\u00e9ostasique du cerveau. L&rsquo;inondation continue des fentes synaptiques provoque une r\u00e9gulation n\u00e9gative (down-regulation) des r\u00e9cepteurs postsynaptiques, une d\u00e9pl\u00e9tion transitoire des r\u00e9serves cytosoliques de cat\u00e9cholamines et un stress oxydatif neuronal cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;auto-oxydation de la dopamine libre. Ces alt\u00e9rations constituent le substrat neurobiologique de la tol\u00e9rance pharmacologique, de la d\u00e9pendance psychologique et des ph\u00e9nom\u00e8nes de sevrage caract\u00e9ris\u00e9s par une dysphorie profonde, une anh\u00e9donie et une asth\u00e9nie invalidante.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La synth\u00e8se inaugurale de l&rsquo;amph\u00e9tamine est l&rsquo;\u0153uvre du chimiste roumain Laz\u0103r Edeleanu, qui r\u00e9ussit \u00e0 isoler la ph\u00e9nylisopropylamine en 1887 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin. Cependant, cette d\u00e9couverte demeura confin\u00e9e aux recueils de chimie pure durant plus de quatre d\u00e9cennies, sans que ses propri\u00e9t\u00e9s psychopharmacologiques remarquables ne fussent identifi\u00e9es ni exploit\u00e9es sur le plan clinique.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable tournant th\u00e9rapeutique survint \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920 gr\u00e2ce aux travaux du pharmacologue am\u00e9ricain Gordon Alles. En qu\u00eate d&rsquo;un substitut synth\u00e9tique moins on\u00e9reux et plus accessible que l&rsquo;\u00e9ph\u00e9drine pour soulager l&rsquo;asthme et la congestion bronchique, Alles red\u00e9couvrit les propri\u00e9t\u00e9s sympathomim\u00e9tiques de la mol\u00e9cule et mit en \u00e9vidence ses puissants effets stimulants sur l&rsquo;\u00e9tat de veille et l&rsquo;humeur. En 1932, les laboratoires Smith, Kline &amp; French commercialis\u00e8rent le produit sous la forme d&rsquo;un inhalateur nasal sous le nom de marque Benzedrine. Rapidement, les utilisateurs d\u00e9tourn\u00e8rent le dispositif pour en ing\u00e9rer le tampon impr\u00e9gn\u00e9, d\u00e9couvrant empiriquement les propri\u00e9t\u00e9s euphorisantes et psychotropes du compos\u00e9.<\/p>\n<p>En 1937, le neuropsychiatre am\u00e9ricain Charles Bradley r\u00e9alisa une observation clinique fondatrice qui marqua la naissance de la psychopharmacologie p\u00e9diatrique moderne. Alors qu&rsquo;il administrait du sulfate de benz\u00e9drine \u00e0 des enfants hospitalis\u00e9s pour des c\u00e9phal\u00e9es cons\u00e9cutives \u00e0 des enc\u00e9phalographies gazeuses, Bradley constata une am\u00e9lioration spectaculaire et inattendue de leur comportement perturbateur, de leur capacit\u00e9 de concentration et de leurs r\u00e9sultats scolaires. Bien que cette d\u00e9couverte ait \u00e9t\u00e9 initialement accueillie avec scepticisme par la communaut\u00e9 m\u00e9dicale, elle posa les jalons de l&rsquo;usage des psychostimulants dans le traitement de ce qui sera plus tard d\u00e9fini comme le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9.<\/p>\n<p>Durant la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;amph\u00e9tamine et ses d\u00e9riv\u00e9s m\u00e9thyl\u00e9s connurent une expansion massive au sein des forces arm\u00e9es des deux camps. Les arm\u00e9es britannique, am\u00e9ricaine, allemande et japonaise distribu\u00e8rent des dizaines de millions de comprim\u00e9s d&rsquo;amph\u00e9tamines (notamment la dexamph\u00e9tamine et la m\u00e9thamph\u00e9tamine) aux pilotes, aux marins et aux fantassins afin d&rsquo;abolir la fatigue, d&rsquo;accro\u00eetre l&rsquo;endurance au combat et de maintenir une vigilance ininterrompue durant les op\u00e9rations prolong\u00e9es. L&rsquo;apr\u00e8s-guerre vit cette consommation se propager largement au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile, touchant les \u00e9tudiants, les ouvriers, les conducteurs routiers et les personnes souhaitant perdre du poids, favoris\u00e9e par une prescription m\u00e9dicale laxiste des \u00ab pilules pour maigrir \u00bb.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la flamb\u00e9e \u00e9pid\u00e9mique des cas de d\u00e9pendance s\u00e9v\u00e8re, d&rsquo;accidents cardiovasculaires et d&rsquo;\u00e9pisodes d\u00e9lirants observ\u00e9s durant les ann\u00e9es 1960, la communaut\u00e9 internationale r\u00e9agit. L&rsquo;adoption de la Convention sur les substances psychotropes de 1971 par l&rsquo;Organisation des Nations Unies pla\u00e7a l&rsquo;amph\u00e9tamine et ses principaux cong\u00e9n\u00e8res sous un r\u00e9gime de contr\u00f4le international tr\u00e8s strict, restreignant drastiquement la fabrication, la distribution et l&rsquo;usage m\u00e9dical de ces compos\u00e9s aux indications psychiatriques et neurologiques rigoureusement valid\u00e9es.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude des effets psychologiques de l&rsquo;amph\u00e9tamine s&rsquo;enracine au croisement de plusieurs paradigmes majeurs des neurosciences et de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la th\u00e9orie de l&rsquo;inversion en U de Yerkes-Dodson trouve dans la pharmacologie de l&rsquo;amph\u00e9tamine une illustration biologique \u00e9clatante. Selon ce mod\u00e8le, la performance cognitive optimale n\u00e9cessite un niveau d&rsquo;\u00e9veil cortical interm\u00e9diaire. Chez les sujets pr\u00e9sentant un sous-\u00e9veil dopaminergique et noradr\u00e9nergique dans le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (comme dans le TDAH), de faibles doses d&rsquo;amph\u00e9tamine augmentent l&rsquo;efficience synaptique et ram\u00e8nent les fonctions ex\u00e9cutives au sommet de la courbe en cloche. \u00c0 l&rsquo;inverse, chez un sujet dont les taux de monoamines sont d\u00e9j\u00e0 optimaux, ou lors de l&rsquo;administration de doses excessives, l&rsquo;amph\u00e9tamine propulse l&rsquo;individu sur la pente descendante de la courbe, engendrant une d\u00e9sorganisation cognitive, une distractibilit\u00e9 accrue et une pers\u00e9v\u00e9ration dysfonctionnelle.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le mod\u00e8le neurobiologique de l&rsquo;incitation et de la saillance (incentive-sensitization theory), formalis\u00e9 par Terry Robinson et Kent Berridge, s&rsquo;appuie largement sur les effets de l&rsquo;amph\u00e9tamine. Ces auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la lib\u00e9ration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et massive de dopamine dans le striatum ventral dissocie le \u00ab vouloir \u00bb (wanting, la motivation incitative) du \u00ab plaisir \u00bb (liking, la composante h\u00e9donique m\u00e9di\u00e9e par les syst\u00e8mes opio\u00efdes endog\u00e8nes). L&rsquo;amph\u00e9tamine sensibilise durablement les circuits m\u00e9solimbiques, rendant les indices associ\u00e9s \u00e0 la prise de substance excessivement attractifs sur le plan motivationnel, ce qui sous-tend les rechutes compulsives observ\u00e9es dans les troubles de l&rsquo;usage des stimulants.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, l&rsquo;hypoth\u00e8se dopaminergique de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> a puis\u00e9 ses \u00e9l\u00e9ments fondateurs dans le mod\u00e8le de la psychose amph\u00e9taminique. L&rsquo;administration prolong\u00e9e ou \u00e0 fortes doses d&rsquo;amph\u00e9tamine reproduit fid\u00e8lement la symptomatologie positive de la psychose schizophr\u00e9nique (d\u00e9lires de pers\u00e9cution, hallucinations auditives, hyper-r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle) chez des sujets sains, tout en exacerbant ces manifestations chez les patients vuln\u00e9rables. Ce mod\u00e8le exp\u00e9rimental a permis de confirmer le r\u00f4le central de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 dopaminergique sous-corticale dans la gen\u00e8se des manifestations psychotiques aigu\u00ebs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et d\u00e9riv\u00e9s<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;amph\u00e9tamine n\u00e9cessite de distinguer ses diff\u00e9rentes formes \u00e9nantiom\u00e9riques, ses sels pharmaceutiques ainsi que ses d\u00e9riv\u00e9s de synth\u00e8se :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dexamph\u00e9tamine (d-amph\u00e9tamine) :<\/strong> \u00c9nantiom\u00e8re dextrogyre pur de la mol\u00e9cule. Il pr\u00e9sente une affinit\u00e9 consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e pour les transporteurs de la dopamine que son homologue l\u00e9vogyre, ce qui lui conf\u00e8re une puissance psychostimulante centrale trois \u00e0 quatre fois sup\u00e9rieure et un profil d&rsquo;effets secondaires p\u00e9riph\u00e9riques relativement plus mod\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<li><strong>L\u00e9vamph\u00e9tamine (l-amph\u00e9tamine) :<\/strong> \u00c9nantiom\u00e8re l\u00e9vogyre. Moins s\u00e9lectif pour la transmission dopaminergique, il agit de mani\u00e8re pr\u00e9dominante sur le syst\u00e8me noradr\u00e9nergique p\u00e9riph\u00e9rique et central, induisant davantage d&rsquo;effets cardiovasculaires (tachycardie, hypertension art\u00e9rielle, vasoconstriction) et une stimulation motrice moins intense.<\/li>\n<li><strong>Amph\u00e9tamine rac\u00e9mique :<\/strong> M\u00e9lange \u00e9quimolaire (50:50) des \u00e9nantiom\u00e8res droit et gauche, commercialis\u00e9 historiquement sous des appellations telles que la Benz\u00e9drine. Son action associe une puissante stimulation mentale \u00e0 des effets sympathomim\u00e9tiques p\u00e9riph\u00e9riques prononc\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Sels mixtes d&rsquo;amph\u00e9tamine :<\/strong> Formulation pharmaceutique associant plusieurs proportions d\u00e9finies de sels de dexamph\u00e9tamine et de l\u00e9vamph\u00e9tamine (typiquement dans un ratio de 3 pour 1), con\u00e7ue pour optimiser la dur\u00e9e d&rsquo;action th\u00e9rapeutique et adoucir la cin\u00e9tique d&rsquo;absorption dans le traitement du TDAH.<\/li>\n<li><strong>Lisdexamf\u00e9tamine :<\/strong> Prom\u00e9dicament inerte compos\u00e9 de d-amph\u00e9tamine li\u00e9e de fa\u00e7on covalente \u00e0 l&rsquo;acide amin\u00e9 L-lysine. Sa bioactivation n\u00e9cessite un clivage enzymatique par les \u00e9rythrocytes sanguins, ce qui ralentit consid\u00e9rablement la cin\u00e9tique d&rsquo;action, prolonge la dur\u00e9e de couverture symptomatique et d\u00e9courage l&rsquo;usage d\u00e9tourn\u00e9 par voie intraveineuse ou intranasale.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9riv\u00e9s substitu\u00e9s et analogues de synth\u00e8se :<\/strong> Famille \u00e9tendue comprenant la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9thamph%C3%A9tamine\">m\u00e9thamph\u00e9tamine<\/a> (substitu\u00e9e par un radical m\u00e9thyle sur l&rsquo;azote, hautement lipophile et neurotoxique), la MDMA (3,4-m\u00e9thyl\u00e8nedioxym\u00e9thamph\u00e9tamine, pr\u00e9sentant un profil entactog\u00e8ne par lib\u00e9ration massive de s\u00e9rotonine) et diverses cathinones synth\u00e9tiques partageant un squelette ph\u00e9nyl\u00e9thylaminique similaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : Utilisation clinique contr\u00f4l\u00e9e dans le cadre d&rsquo;un TDAH de l&rsquo;adulte.<\/strong><br \/>Un homme de 34 ans, consultant pour une d\u00e9sorganisation professionnelle chronique, une procrastination invalidante et une labilit\u00e9 attentionnelle s\u00e9v\u00e8re, re\u00e7oit un diagnostic de trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention sans hyperactivit\u00e9 motrice pr\u00e9dominante. Apr\u00e8s \u00e9chec d&rsquo;un traitement initial par m\u00e9thylph\u00e9nidate, une monoth\u00e9rapie par lisdexamf\u00e9tamine est instaur\u00e9e \u00e0 posologie progressive. En quelques semaines, le patient rapporte une r\u00e9duction sensible de la dispersion mentale, une meilleure persistance dans les t\u00e2ches complexes et une att\u00e9nuation des impulsions comportementales d\u00e9stabilisantes. La surveillance m\u00e9dicale p\u00e9riodique confirme la stabilit\u00e9 des param\u00e8tres h\u00e9modynamiques (pression art\u00e9rielle et rythme cardiaque) sans signe d&rsquo;escalade posologique ni de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Usage d\u00e9tourn\u00e9 en milieu acad\u00e9mique (\u00ab dopage cognitif \u00bb).<\/strong><br \/>Une \u00e9tudiante universitaire en p\u00e9riode de pr\u00e9paration d&rsquo;examens intensifs se procure de la dexamph\u00e9tamine sur le march\u00e9 parall\u00e8le afin d&rsquo;augmenter son temps d&rsquo;\u00e9veil et son rendement intellectuel. Durant les premiers jours, l&rsquo;effet stimulant produit une sensation d&rsquo;efficacit\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e et supprime le besoin per\u00e7u de sommeil. Toutefois, apr\u00e8s deux semaines de prise quotidienne ininterrompue, apparaissent des tremblements fins des extr\u00e9mit\u00e9s, une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, des crises de panique nocturnes et une incapacit\u00e9 \u00e0 fixer son attention sans pers\u00e9v\u00e9rer de mani\u00e8re st\u00e9rile sur des d\u00e9tails p\u00e9riph\u00e9riques. La suspension brutale du stimulant \u00e0 la fin de la session entra\u00eene un rebond d&rsquo;\u00e9puisement massif, une humeur d\u00e9pressive et une hypersomnie diurne s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Psychose amph\u00e9taminique d&rsquo;origine toxicomaniaque.<\/strong><br \/>Un individu de 28 ans consommant des doses massives d&rsquo;amph\u00e9tamines illicites par voie intranasale depuis plusieurs mois est admis aux urgences psychiatriques dans un \u00e9tat d&rsquo;agitation psychomotrice extr\u00eame. Il pr\u00e9sente un d\u00e9lire pers\u00e9cutoire florissant, se croyant espionn\u00e9 par des micro-cam\u00e9ras dissimul\u00e9es sous sa peau, associ\u00e9 \u00e0 des hallucinations tactiles (sensations de parasites rampant sur son corps ou signe d&rsquo;Ekbom) et des illusions auditives mena\u00e7antes. L&rsquo;anamn\u00e8se et le bilan toxicologique confirment la pr\u00e9sence exclusive d&rsquo;amph\u00e9tamines dans les urines, sans ant\u00e9c\u00e9dent personnel de trouble psychotique primaire. Une s\u00e9dation transitoire par benzodiaz\u00e9pines et neuroleptiques, associ\u00e9e \u00e0 une surveillance dans un environnement apais\u00e9, permet la r\u00e9solution compl\u00e8te du tableau d\u00e9lirant en 72 heures, d\u00e9montrant la nature toxique directe de l&rsquo;\u00e9pisode.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et d\u00e9tection<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des impacts de l&rsquo;amph\u00e9tamine s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 la fois par des m\u00e9thodologies de d\u00e9tection toxicologique de pointe et par des instruments de mesure neuropsychologique et clinique standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan biochimique et toxicologique, la d\u00e9tection des amph\u00e9tamines repose sur l&rsquo;analyse des matrices biologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tests urinaires rapides :<\/strong> Immunoessais enzymatiques qualitatifs ou semi-quantitatifs permettant d&rsquo;identifier la pr\u00e9sence du compos\u00e9 ou de ses m\u00e9tabolites dans un d\u00e9lai de 24 \u00e0 72 heures suivant la derni\u00e8re prise. Ces tests peuvent donner lieu \u00e0 des r\u00e9actions crois\u00e9es avec certains antid\u00e9presseurs ou sympathomim\u00e9tiques en vente libre.<\/li>\n<li><strong>Spectrom\u00e9trie de masse (GC-MS \/ LC-MS) :<\/strong> M\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence confirmatoire par chromatographie en phase gazeuse ou liquide coupl\u00e9e \u00e0 la spectrom\u00e9trie de masse. Elle permet de discriminer formellement l&rsquo;amph\u00e9tamine de ses analogues synth\u00e9tiques et de quantifier avec une extr\u00eame pr\u00e9cision les taux plasmatiques ou urinaires.<\/li>\n<li><strong>Analyses capillaires :<\/strong> L&rsquo;analyse segmentaire des cheveux permet de retracer l&rsquo;historique d&rsquo;exposition aux amph\u00e9tamines sur plusieurs semaines ou mois, offrant un outil pr\u00e9cieux en m\u00e9decine l\u00e9gale et en addictovigilance.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan cognitif et comportemental, l&rsquo;impact des amph\u00e9tamines est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide de batteries neuropsychologiques sensibles aux fonctions fronto-striatales, telles que les tests de performance continue (CPT, Continuous Performance Test), la t\u00e2che de Stroop (mesure de l&rsquo;inhibition cognitive) et la tour de Londres (planification). En addictologie, l&rsquo;intensit\u00e9 de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;\u00e9tat de manque (craving) est quantifi\u00e9e au moyen d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es comme l&rsquo;Amphetamine Withdrawal Questionnaire (AWQ) et des crit\u00e8res diagnostics standardis\u00e9s du DSM-5 pour les troubles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage d&rsquo;une substance psychostimulante.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques de l&rsquo;amph\u00e9tamine demeurent strictement circonscrites mais fondamentales dans plusieurs branches de la m\u00e9decine :<\/p>\n<p>En premier lieu, le traitement du trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 chez l&rsquo;enfant de plus de six ans, l&rsquo;adolescent et l&rsquo;adulte constitue l&rsquo;indication la plus r\u00e9pandue \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. Lorsqu&rsquo;elles sont prescrites dans un cadre rigoureux, les formulations \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e ou les prom\u00e9dicaments d&rsquo;amph\u00e9tamine permettent d&rsquo;att\u00e9nuer de fa\u00e7on substantielle les sympt\u00f4mes cardinaux du trouble : inattention, impulsivit\u00e9 et agitation motrice. Cette am\u00e9lioration clinique facilite l&rsquo;insertion scolaire, socioprofessionnelle et relationnelle des patients tout en diminuant paradoxalement le risque ult\u00e9rieur d&rsquo;accidents de la voie publique et de d\u00e9veloppement de comorbidit\u00e9s addictives.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, l&rsquo;amph\u00e9tamine constitue un traitement d&rsquo;appoint de r\u00e9f\u00e9rence pour la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Narcolepsie\">narcolepsie<\/a> de type 1 et 2 ainsi que pour certaines hypersomnies idiopathiques r\u00e9fractaires. En palliant le d\u00e9ficit de transmission de l&rsquo;hypocr\u00e9tine\/orexine propre \u00e0 la pathologie narcoleptique, elle restaure un niveau de vigilance diurne compatible avec les imp\u00e9ratifs de la vie quotidienne et pr\u00e9vient les attaques brutales d&rsquo;endormissement involontaire.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, dans plusieurs juridictions (notamment aux \u00c9tats-Unis via la Food and Drug Administration), la lisdexamf\u00e9tamine est express\u00e9ment approuv\u00e9e pour la prise en charge des \u00e9pisodes d&rsquo;acc\u00e8s hyperphagiques mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res (binge eating disorder). Son action dopaminergique et noradr\u00e9nergique centrale r\u00e9duit significativement la fr\u00e9quence des compulsions alimentaires compulsives en renfor\u00e7ant le contr\u00f4le inhibiteur pr\u00e9frontal et en r\u00e9gulant les signaux de sati\u00e9t\u00e9 hypothalamiques.<\/p>\n<p>Enfin, le cadre organisationnel militaire continue d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;usage exceptionnel des stimulants pour la gestion de la vigilance extr\u00eame chez les \u00e9quipages de combat en mission prolong\u00e9e, bien que les amph\u00e9tamines aient \u00e9t\u00e9 largement supplant\u00e9es par des agents eug\u00e9ro\u00efques moins addictog\u00e8nes comme le modafinil.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale abonde d&rsquo;\u00e9tudes empiriques consacr\u00e9es aux amph\u00e9tamines. Des m\u00e9ta-analyses majeures, notamment celles publi\u00e9es par Cortese et ses collaborateurs dans <em>The Lancet Psychiatry<\/em> (2018), ont pass\u00e9 en revue l&rsquo;efficacit\u00e9 et la tol\u00e9rance compar\u00e9es des m\u00e9dicaments du TDAH \u00e0 travers des centaines d&rsquo;essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s. Ces synth\u00e8ses m\u00e9thodologiques robustes d\u00e9montrent que les amph\u00e9tamines pr\u00e9sentent les tailles d&rsquo;effet les plus \u00e9lev\u00e9es parmi tous les psychostimulants chez les adultes pour la r\u00e9duction des scores de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 symptomatique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle et mol\u00e9culaire, les \u00e9quipes de Nora Volkow aux National Institutes of Health (NIH) ont apport\u00e9 des \u00e9clairages d\u00e9terminants sur la cin\u00e9tique d&rsquo;action des amph\u00e9tamines. \u00c0 l&rsquo;aide de la tomographie par \u00e9mission de positrons (TEP) au raclopride marqu\u00e9 au carbone 11, ces travaux ont mis en \u00e9vidence que la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;amph\u00e9tamine s&rsquo;associe et se dissocie des transporteurs dopaminergiques d\u00e9termine son potentiel d&rsquo;abus. Une mont\u00e9e rapide des taux c\u00e9r\u00e9braux de dopamine (comme lors d&rsquo;une injection intraveineuse ou d&rsquo;une inhalation) g\u00e9n\u00e8re une sensation euphorique intense et d\u00e9clenche les ph\u00e9nom\u00e8nes de renforcement conditionn\u00e9, tandis qu&rsquo;une lib\u00e9ration lente et continue (telle que permise par les formes orales gal\u00e9niques \u00e9labor\u00e9es) am\u00e9liore l&rsquo;efficience synaptique sans d\u00e9clencher de renforcement subjectif saillant.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tudes pr\u00e9cliniques conduites par George Ricaurte et d&rsquo;autres neurobiologistes ont document\u00e9 les risques de neurotoxicit\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;administration chronique d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00e0 doses supra-th\u00e9rapeutiques. Ces recherches d\u00e9montrent l&rsquo;apparition d&rsquo;un stress oxydatif marqu\u00e9, d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des terminaisons axonales dopaminergiques et d&rsquo;une d\u00e9pl\u00e9tion prolong\u00e9e des marqueurs enzymatiques comme la tyrosine hydroxylase, soulignant l&rsquo;importance cruciale du respect scrupuleux des fen\u00eatres posologiques th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Le statut socioculturel de l&rsquo;amph\u00e9tamine varie profond\u00e9ment d&rsquo;une zone g\u00e9ographique et d&rsquo;une \u00e9poque \u00e0 l&rsquo;autre, oscillant entre le m\u00e9dicament salvateur, le dopant de la performance moderne et le stup\u00e9fiant destructeur.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement comp\u00e9titives, l&rsquo;amph\u00e9tamine est devenue le symbole des d\u00e9rives du perfectionnisme acad\u00e9mique et professionnel. La pratique d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;expression de \u00ab neuro-am\u00e9lioration \u00bb ou dopage cognitif soul\u00e8ve des questions \u00e9thiques majeures : l&rsquo;usage de substances chimiques pour optimiser artificiellement la concentration et la r\u00e9sistance au sommeil cr\u00e9e-t-il une distorsion d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 lors des concours et des carri\u00e8res professionnelles ? Ne participe-t-il pas \u00e0 une normalisation dangereuse de la surcharge de travail et de l&rsquo;\u00e9puisement physiologique ?<\/p>\n<p>Les divergences r\u00e9glementaires internationales illustrent \u00e9galement ces fractures culturelles. Alors que les pays d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord affichent des taux de prescription d&rsquo;amph\u00e9tamines tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s pour le TDAH tant chez l&rsquo;enfant que chez l&rsquo;adulte, les pays d&rsquo;Europe continentale, et particuli\u00e8rement la France, ont longtemps privil\u00e9gi\u00e9 le m\u00e9thylph\u00e9nidate comme unique option psychostimulante de premi\u00e8re intention, maintenant les amph\u00e9tamines sous un r\u00e9gime d&rsquo;acc\u00e8s exceptionnel ou compassionnel en raison de r\u00e9ticences historiques profondes face aux risques d&rsquo;abus et de d\u00e9tournement criminel.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle sous-culturelle, l&rsquo;amph\u00e9tamine sous sa forme clandestine brute (\u00ab speed \u00bb) s&rsquo;est inscrite historiquement dans les mouvements musicaux et festifs depuis les ann\u00e9es 1960 (culture Mod britannique, sc\u00e8nes punk puis techno), o\u00f9 elle est consomm\u00e9e pour alimenter l&rsquo;endurance physique et prolonger la veille lors de rassemblements nocturnes festifs, g\u00e9n\u00e9rant des probl\u00e8mes sanitaires et addictologiques chroniques pris en charge par les structures de r\u00e9duction des risques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de l&rsquo;amph\u00e9tamine suscite des controverses persistantes tant dans le milieu m\u00e9dical que dans l&rsquo;opinion publique :<\/p>\n<p>La principale controverse clinique porte sur le risque de d\u00e9pendance iatrog\u00e8ne et de d\u00e9tournement. Bien que les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques d\u00e9montrent que les patients observant rigoureusement un traitement prescrit pr\u00e9sentent un risque tr\u00e8s faible d&rsquo;addiction aux stimulants, le d\u00e9tournement des comprim\u00e9s au profit de camarades d&rsquo;universit\u00e9 ou sur le march\u00e9 noir reste un ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent, alimentant un march\u00e9 parall\u00e8le substantiel.<\/p>\n<p>Les effets ind\u00e9sirables somatiques constituent une limitation clinique non n\u00e9gligeable. L&rsquo;action sympathomim\u00e9tique de la mol\u00e9cule entra\u00eene fr\u00e9quemment une \u00e9l\u00e9vation mod\u00e9r\u00e9e de la fr\u00e9quence cardiaque et de la tension art\u00e9rielle, de l&rsquo;insomnie d&rsquo;endormissement, des c\u00e9phal\u00e9es, des s\u00e9cheresses buccales et une anorexie pouvant induire un ralentissement de la courbe de croissance staturo-pond\u00e9rale chez les enfants en phase de d\u00e9veloppement, n\u00e9cessitant un suivi p\u00e9diatrique rigoureux.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;amph\u00e9tamine peut pr\u00e9cipiter ou d\u00e9masquer des \u00e9pisodes maniaques chez des patients porteurs d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 non diagnostiqu\u00e9e au trouble bipolaire. De surcro\u00eet, le ph\u00e9nom\u00e8ne de rebond d&rsquo;\u00e9puisement (\u00ab crash \u00bb post-amph\u00e9taminique) survenant \u00e0 la fin de la p\u00e9riode d&rsquo;action pharmacologique peut provoquer une irritabilit\u00e9 marqu\u00e9e, des affects d\u00e9pressifs transitoires et une anxi\u00e9t\u00e9 rebond, compliquant l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique de certains patients.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les amalgames conceptuels fr\u00e9quents, il convient de diff\u00e9rencier l&rsquo;amph\u00e9tamine de substances voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9thylph\u00e9nidate :<\/strong> Bien que stimulant \u00e9galement le syst\u00e8me nerveux central et indiqu\u00e9 dans le TDAH, le m\u00e9thylph\u00e9nidate est un inhibiteur pur de la recapture de la dopamine et de la noradr\u00e9naline (sans action promotrice d&rsquo;efflux v\u00e9siculaire ni inversion des transporteurs), ce qui lui conf\u00e8re une pharmacodynamique distincte et une puissance d&rsquo;action intrins\u00e8que g\u00e9n\u00e9ralement moins marqu\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thamph\u00e9tamine :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9 n-m\u00e9thyl\u00e9 de l&rsquo;amph\u00e9tamine. Sa lipophilie accrue lui permet de traverser plus massivement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, entra\u00eenant une lib\u00e9ration de monoamines consid\u00e9rablement plus d\u00e9vastatrice, un potentiel addictif extr\u00eame et une neurotoxicit\u00e9 axonale bien plus s\u00e9v\u00e8re que l&rsquo;amph\u00e9tamine classique.<\/li>\n<li><strong>Modafinil :<\/strong> Agent favorisant la vigilance (eug\u00e9ro\u00efque) utilis\u00e9 dans la narcolepsie. Contrairement \u00e0 l&rsquo;amph\u00e9tamine, il agit via des circuits complexes impliquant l&rsquo;orexine, l&rsquo;histamine et le glutamate avec une affinit\u00e9 minime pour les r\u00e9cepteurs dopaminergiques, r\u00e9duisant drastiquement le risque d&rsquo;euphorie et de pharmacod\u00e9pendance.<\/li>\n<li><strong>Cathinones :<\/strong> Stimulants d&rsquo;origine naturelle (pr\u00e9sents dans les feuilles de khat) ou de synth\u00e8se, chimiquement tr\u00e8s proches de l&rsquo;amph\u00e9tamine (b\u00eata-c\u00e9to-amph\u00e9tamines) mais caract\u00e9ris\u00e9s par une pharmacocin\u00e9tique souvent plus erratique et une incidence \u00e9lev\u00e9e de d\u00e9lires parano\u00efdes et d&rsquo;urgences cardiovasculaires.<\/li>\n<li><strong>\u00c9ph\u00e9drine :<\/strong> Alcalo\u00efde naturel extrait de plantes du genre <em>Ephedra<\/em>. Sympathomim\u00e9tique direct et indirect, son action s&rsquo;exerce de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante sur le syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique avec un impact central substantiellement inf\u00e9rieur \u00e0 celui de l&rsquo;amph\u00e9tamine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;amph\u00e9tamine se caract\u00e9rise par des dimensions neurobiologiques, th\u00e9rapeutiques et soci\u00e9tales fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9canisme d&rsquo;action sp\u00e9cifique :<\/strong> Lib\u00e9rateur et inhibiteur de la recapture des monoamines centrales (dopamine, noradr\u00e9naline) par perturbation du VMAT-2 et inversion fonctionnelle des transporteurs membranaires DAT et NET.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 pharmacologique :<\/strong> Outil th\u00e9rapeutique valid\u00e9 et efficace de premier plan pour le traitement du TDAH, de la narcolepsie et de l&rsquo;hyperphagie boulimique sous contr\u00f4le m\u00e9dical strict, oppos\u00e9 \u00e0 un potentiel d&rsquo;abus, de d\u00e9pendance psychologique et de neurotoxicit\u00e9 en contexte d&rsquo;usage d\u00e9tourn\u00e9 ou supra-th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>Optimisation cognitive dose-d\u00e9pendante :<\/strong> Am\u00e9lioration des fonctions ex\u00e9cutives et de la vigilance selon une dynamique en U invers\u00e9, o\u00f9 tout surdosage induit dispersion attentionnelle, anxi\u00e9t\u00e9, insomnie et risque de d\u00e9compensation psychotique.<\/li>\n<li><strong>Encadrement juridique strict :<\/strong> Classement international parmi les substances psychotropes contr\u00f4l\u00e9es par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a> et les agences sanitaires nationales afin de limiter rigoureusement le risque de d\u00e9tournement soci\u00e9tal.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bradley, C. (1937). The behavior of children receiving Benzedrine. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 94(3), 577-585. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.94.3.577\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.94.3.577<\/a><\/li>\n<li>Cortese, S., Adamo, N., Del Giovane, C., Mohr-Jensen, C., Hayes, A. J., Carucci, S., Atkinson, L. Z., Tessier, L., Baglioni, C., Cartabia, M., Curatolo, P., Manos, M. J., Paciaroni, M. V., Papazisis, G., Riemsma, R., Zuddas, A., Banaschewski, T., Hollis, C., Anderson, G., \u2026 Cipriani, A. (2018). Comparative efficacy and tolerability of medications for attention-deficit hyperactivity disorder in children, adolescents, and adults: A systematic review and network meta-analysis. <em>The Lancet Psychiatry<\/em>, 5(9), 727-738. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(18)30269-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(18)30269-4<\/a><\/li>\n<li>Faraone, S. V., &amp; Glatt, S. J. (2010). A comparison of the efficacy of medications for adult ADHD using meta-analysis of effect sizes. <em>The Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 71(6), 754-763. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4088\/JCP.08m04902pur\">https:\/\/doi.org\/10.4088\/JCP.08m04902pur<\/a><\/li>\n<li>Robinson, T. E., &amp; Berridge, K. C. (2008). Review: The neural basis of drug craving: An incentive-sensitization theory of addiction. <em>Brain Research Reviews<\/em>, 18(3), 247-291. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0165-0173(93)90013-P\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0165-0173(93)90013-P<\/a><\/li>\n<li>Volkow, N. D., Wang, G. J., Fowler, J. S., Logan, J., Franceschi, D., Maynard, L., Ding, Y. S., Gatley, S. J., Gifford, A., Zhu, W., &amp; Swanson, J. M. (2002). Relationship between blocker-induced dopamine transporter occupancy and increase in extracellular dopamine: Log-linear or sigmoid? <em>Synapse<\/em>, 45(4), 231-237. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/syn.10103\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/syn.10103<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;amph\u00e9tamine est un psychostimulant puissant agissant sur la lib\u00e9ration de dopamine et de noradr\u00e9naline, au c\u0153ur du traitement du TDAH et des \u00e9tudes sur la d\u00e9pendance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,958,7375],"tags":[33466,1366,12352,1377,6887,32007,1192],"class_list":["post-20284","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-amphetamine","tag-cognition","tag-dependance","tag-dopamine","tag-neuropharmacologie","tag-psychostimulant","tag-tdah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20284\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}