{"id":20274,"date":"2026-10-23T16:05:08","date_gmt":"2026-10-23T16:05:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=amobarbital-narcoanalyse-psychopharmacologie"},"modified":"2026-10-23T16:05:08","modified_gmt":"2026-10-23T16:05:08","slug":"amobarbital-narcoanalyse-psychopharmacologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=amobarbital-narcoanalyse-psychopharmacologie","title":{"rendered":"Amobarbital : De la narcoanalyse au test de Wada"},"content":{"rendered":"<p>Substance embl\u00e9matique de l&rsquo;histoire de la psychopharmacologie moderne, l&rsquo;amobarbital incarne \u00e0 la fois les espoirs th\u00e9rapeutiques du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle et les d\u00e9rives mythologiques entourant les substances psychoactives alt\u00e9rant la conscience. Utilis\u00e9 tour \u00e0 tour comme s\u00e9datif, hypnotique, instrument d&rsquo;exploration psychanalytique sous le nom de narcoanalyse et proc\u00e9dure de r\u00e9f\u00e9rence en neuropsychologie pr\u00e9chirurgicale via le test de Wada, ce barbiturique \u00e0 dur\u00e9e d&rsquo;action interm\u00e9diaire a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution des neurosciences cliniques et de la psychiatrie contemporaine.<\/p>\n<h2>Amobarbital<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;amobarbital est un d\u00e9riv\u00e9 barbiturique \u00e0 dur\u00e9e d&rsquo;action interm\u00e9diaire appartenant \u00e0 la classe pharmacologique des modulateurs allost\u00e9riques positifs du r\u00e9cepteur GABA<sub>A<\/sub> du syst\u00e8me nerveux central. Connu sous le nom commercial historique d&rsquo;Amytal ou de sel sodique d&rsquo;Amytal, il exerce des propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9datives, anxiolytiques, hypnotiques et anticonvulsivantes \u00e0 doses th\u00e9rapeutiques, tout en induisant une d\u00e9pression respiratoire dose-d\u00e9pendante potentiellement fatale.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie, l&rsquo;amobarbital est particuli\u00e8rement c\u00e9l\u00e8bre pour son application dans l&rsquo;investigation des traumatismes psychiques refoul\u00e9s, technique d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Narcoanalyse\">narcoanalyse<\/a> ou narcosynth\u00e8se. En diminuant les m\u00e9canismes de d\u00e9fense du moi et l&rsquo;inhibition corticale sans entra\u00eener imm\u00e9diatement le sommeil profond, la mol\u00e9cule a permis aux cliniciens d&rsquo;acc\u00e9der aux souvenirs \u00e9motionnellement charg\u00e9s et aux \u00e9tats dissociatifs chez des patients atteints de n\u00e9vroses de guerre ou de troubles conversifs.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son usage en psychoth\u00e9rapie assist\u00e9e par la pharmacologie, l&rsquo;amobarbital sodique est devenu l&rsquo;agent standard du c\u00e9l\u00e8bre protocole de Wada, un test diagnostique neuropsychologique invasif permettant de cartographier la lat\u00e9ralisation h\u00e9misph\u00e9rique du langage et de la m\u00e9moire \u00e9pisodique chez les candidats \u00e0 la chirurgie de l&rsquo;\u00e9pilepsie r\u00e9fractaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab amobarbital \u00bb s&rsquo;inscrit dans la nomenclature chimique et pharmacologique normalis\u00e9e des barbituriques. Il est form\u00e9 par l&rsquo;agglutination de radicaux d\u00e9crivant sa structure mol\u00e9culaire : le pr\u00e9fixe \u00ab amo- \u00bb d\u00e9rive du radical pentyle ou amyle (du latin <em>amylum<\/em>, lui-m\u00eame issu du grec ancien <em>amylon<\/em> signifiant \u00ab amidon \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux alcools amyliques obtenus historiquement lors de la fermentation des f\u00e9culents), combin\u00e9 au radical \u00ab barbital \u00bb, d\u00e9signant g\u00e9n\u00e9riquement les d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide barbiturique.<\/p>\n<p>L&rsquo;acide barbiturique lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9 en 1864 par le chimiste allemand Adolf von Baeyer. Selon l&rsquo;anecdote historique la plus r\u00e9pandue dans les annales de la chimie, von Baeyer aurait baptis\u00e9 cette mol\u00e9cule en combinant le pr\u00e9nom de sainte Barbe (<em>Barbara<\/em>), c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le jour de sa d\u00e9couverte, avec le mot \u00ab ur\u00e9e \u00bb (<em>Urea<\/em>), principal pr\u00e9curseur r\u00e9actionnel. Le suffixe officiel \u00ab -al \u00bb a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9 plus tardivement dans les D\u00e9nominations Communes Internationales (DCI) pour identifier les mol\u00e9cules de la famille des hypnotiques barbituriques.<\/p>\n<p>L&rsquo;appellation commerciale Amytal a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e par les laboratoires Eli Lilly au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 pour commercialiser l&rsquo;acide 5-\u00e9thyl-5-isopentylbarbiturique. Dans la litt\u00e9rature psychiatrique anglophone et francophone d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, le syntagme \u00ab Amytal interview \u00bb ou \u00ab entretien sous Amytal \u00bb est devenu un nom commun d\u00e9signant toute proc\u00e9dure d&rsquo;\u00e9valuation psychopathologique facilit\u00e9e par une s\u00e9dation intraveineuse contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab amobarbital \u00bb est un nom commun masculin singulier, phon\u00e9tiquement transcrit \/a.m\u0254.ba\u0281.bi.tal\/. Au pluriel, il s&rsquo;\u00e9crit \u00ab amobarbitals \u00bb, bien que l&rsquo;usage pluriel soit exceptionnel et r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la d\u00e9signation de formes ou pr\u00e9parations gal\u00e9niques distinctes.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique, la mol\u00e9cule appara\u00eet tr\u00e8s fr\u00e9quemment sous sa forme combin\u00e9e \u00ab amobarbital sodique \u00bb (\/a.m\u0254.ba\u0281.bi.tal s\u0254.dik\/), d\u00e9signant le sel de sodium hydrosoluble exclusivement adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;administration parent\u00e9rale intraveineuse ou intramusculaire. Le terme s&#8217;emploie principalement comme substantif dans les contextes biochimiques, psychiatriques, m\u00e9dico-l\u00e9gaux et toxicologiques, mais peut \u00eatre utilis\u00e9 de mani\u00e8re appos\u00e9e dans des locutions techniques telles que \u00ab injection d&rsquo;amobarbital \u00bb ou \u00ab perfusion d&rsquo;amobarbital \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique et pharmacodynamique, l&rsquo;amobarbital agit comme un puissant d\u00e9presseur non s\u00e9lectif du syst\u00e8me nerveux central. Son m\u00e9canisme d&rsquo;action fondamental repose sur une liaison allost\u00e9rique sp\u00e9cifique avec le complexe macromol\u00e9culaire du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_GABA-A\">r\u00e9cepteur GABA-A<\/a>. Contrairement aux benzodiaz\u00e9pines, qui augmentent principalement la fr\u00e9quence d&rsquo;ouverture du canal chlorure en pr\u00e9sence de GABA endog\u00e8ne, les barbituriques comme l&rsquo;amobarbital prolongent la dur\u00e9e d&rsquo;ouverture de ce canal. \u00c0 des concentrations \u00e9lev\u00e9es, ils peuvent m\u00eame activer directement le canal chlorure en l&rsquo;absence de GABA, ce qui explique leur marge th\u00e9rapeutique particuli\u00e8rement \u00e9troite et leur toxicit\u00e9 l\u00e9tale potentielle.<\/p>\n<p>Cette facilitation de la transmission inhibitrice GABAergique entra\u00eene une hyperpolarisation membranaire des neurones corticaux, sous-corticaux et du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Il en r\u00e9sulte une inhibition progressive de la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante, structure essentielle au maintien de la vigilance. Sur le plan psychologique, cette action pharmacologique se traduit par un spectre d&rsquo;effets d\u00e9pendant \u00e9troitement de la dose administr\u00e9e, de la vitesse de perfusion et du terrain psychologique de l&rsquo;individu : anxiolyse l\u00e9g\u00e8re, d\u00e9sinhibition comportementale, s\u00e9dation motrice, amn\u00e9sie ant\u00e9rograde, sommeil profond, anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, coma et arr\u00eat respiratoire par d\u00e9pression des centres bulbaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la psychiatrie pour l&rsquo;amobarbital repose pr\u00e9cis\u00e9ment sur une zone transitoire et contr\u00f4l\u00e9e de ce spectre : l&rsquo;\u00e9tat sub-hypnotique ou hypno\u00efde. Dans cet \u00e9tat de conscience modifi\u00e9, le sujet voit ses fonctions inhibitrices frontales s&rsquo;att\u00e9nuer significativement. Les m\u00e9canismes de d\u00e9fense psychologiques ordinaires \u2014 tels que le refoulement, la rationalisation, la censure morale et l&rsquo;\u00e9vitement \u00e9motionnel \u2014 perdent en intensit\u00e9. Cela autorise une catharsis \u00e9motionnelle et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un mat\u00e9riel verbal normalement inaccessible \u00e0 l&rsquo;introspection consciente.<\/p>\n<p>Cependant, les fronti\u00e8res conceptuelles de l&rsquo;action de l&rsquo;amobarbital doivent \u00eatre rigoureusement d\u00e9limit\u00e9es. La d\u00e9sinhibition induite par la mol\u00e9cule n&rsquo;est pas synonyme d&rsquo;objectivit\u00e9 pure ni de \u00ab v\u00e9rit\u00e9 nue \u00bb. Les patients sous amobarbital ne perdent pas leur capacit\u00e9 \u00e0 fabuler, \u00e0 fantasmer ou \u00e0 incorporer des suggestions externes de la part de l&rsquo;interrogateur. L&rsquo;id\u00e9e selon laquelle l&rsquo;amobarbital constituerait un agent chimique capable d&rsquo;extirper m\u00e9caniquement la v\u00e9rit\u00e9 factuelle rel\u00e8ve d&rsquo;une simplification trompeuse, largement entretenue par la culture populaire sous le mythe du \u00ab s\u00e9rum de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;amobarbital s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la r\u00e9volution pharmacologique du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Synth\u00e9tis\u00e9 en 1923 par les chimistes Arthur Shonle et Edward Moment au sein des laboratoires Eli Lilly aux \u00c9tats-Unis, le compos\u00e9 a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9 pour ses vertus hypnotiques et s\u00e9datives, destin\u00e9es \u00e0 supplanter les agents plus toxiques comme le chloral hydrate ou les bromures. Tr\u00e8s rapidement, les praticiens hospitaliers ont exploit\u00e9 sa forme hydrosoluble sodique par voie parent\u00e9rale pour ma\u00eetriser les \u00e9pisodes d&rsquo;agitation maniaque aigu\u00eb, de catatonie et d&rsquo;\u00e9tats de mal convulsif.<\/p>\n<p>C&rsquo;est durant la Seconde Guerre mondiale que l&rsquo;amobarbital a acquis une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans l&rsquo;histoire de la psychiatrie militaire. Les psychiatres am\u00e9ricains Roy R. Grinker et John P. Spiegel, confront\u00e9s \u00e0 des milliers de soldats pr\u00e9sentant des \u00ab n\u00e9vroses de guerre \u00bb aigu\u00ebs (aujourd&rsquo;hui conceptualis\u00e9es sous l&rsquo;angle du trouble de stress post-traumatique aigu), ont mis au point la m\u00e9thode de la narcosynth\u00e8se. Dans leur ouvrage fondateur <em>Men Under Stress<\/em> (1945), ils d\u00e9crivent comment une injection intraveineuse lente d&rsquo;Amytal sodique permettait aux combattants mutiques, terroris\u00e9s ou fig\u00e9s dans un \u00e9tat dissociatif de revivre l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement traumatique avec une intensit\u00e9 \u00e9motionnelle extr\u00eame (abr\u00e9action), facilitant ainsi son int\u00e9gration psychologique rapide en vue d&rsquo;un retour au combat ou d&rsquo;une stabilisation psychique.<\/p>\n<p>En 1949, le neurologue et neuropsychiatre nippo-canadien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Juhn_Atsushi_Wada\">Juhn Atsushi Wada<\/a> a ouvert une nouvelle \u00e8re pour l&rsquo;amobarbital en concevant le test de suppression h\u00e9misph\u00e9rique intracarotidienne, d\u00e9sormais universellement connu sous le nom de \u00ab test de Wada \u00bb. En injectant de l&rsquo;amobarbital sodique directement dans l&rsquo;une des art\u00e8res carotides internes, Wada a r\u00e9ussi \u00e0 anesth\u00e9sier de mani\u00e8re s\u00e9lective et r\u00e9versible un seul h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral pendant plusieurs minutes, permettant ainsi d&rsquo;\u00e9valuer de fa\u00e7on isol\u00e9e les capacit\u00e9s langagi\u00e8res et mn\u00e9siques de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re controlat\u00e9ral chez des patients \u00e9pileptiques candidats \u00e0 la r\u00e9section temporale.<\/p>\n<p>Tout au long de la guerre froide, l&rsquo;amobarbital a fait l&rsquo;objet d&rsquo;exp\u00e9rimentations controvers\u00e9es dans le cadre d&rsquo;interrogatoires m\u00e9dico-l\u00e9gaux et de programmes de recherche militaire sur le contr\u00f4le mental, notamment le projet MK-Ultra supervis\u00e9 par la CIA. Avec l&rsquo;av\u00e8nement des benzodiaz\u00e9pines dans les ann\u00e9es 1960 \u2014 caract\u00e9ris\u00e9es par une s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi incomparablement sup\u00e9rieure en cas de surdosage \u2014 l&rsquo;amobarbital a progressivement \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 des prescriptions ambulatoires courantes. Il demeure aujourd&rsquo;hui une substance contr\u00f4l\u00e9e au niveau international, class\u00e9e au tableau des stup\u00e9fiants ou psychotropes sous surveillance stricte dans la majorit\u00e9 des juridictions m\u00e9dicales mondiales.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de l&rsquo;amobarbital dans le champ des sciences humaines et m\u00e9dicales repose sur l&rsquo;intersection de plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs : la psychanalyse, la neurobiologie de l&rsquo;inhibition et la neuropsychologie cognitive.<\/p>\n<p>Sur le versant psychanalytique et psychodynamique, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;amobarbital s&rsquo;appuie sur la premi\u00e8re et la seconde topique freudiennes. Le concept central mobilis\u00e9 est celui de la r\u00e9sistance psychique. Selon les th\u00e9ories psychodynamiques, les pulsions inacceptables, les souvenirs traumatiques et les affects intol\u00e9rables sont maintenus hors du champ conscient par l&rsquo;action permanente du surmoi et des d\u00e9fenses du moi. En r\u00e9duisant chimiquement le tonus d\u00e9fensif, l&rsquo;amobarbital agit comme un d\u00e9presseur de la censure psychique. Il permet \u00e0 l&rsquo;inconscient d&rsquo;ext\u00e9rioriser son mat\u00e9riel sous la forme d&rsquo;abr\u00e9actions cathartiques, rejoignant ainsi la th\u00e9orie de la d\u00e9charge \u00e9motionnelle initialement th\u00e9oris\u00e9e par Sigmund Freud et Josef Breuer dans leurs <em>\u00c9tudes sur l&rsquo;hyst\u00e9rie<\/em>.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et connexionniste, l&rsquo;amobarbital illustre le mod\u00e8le hi\u00e9rarchique du syst\u00e8me nerveux postul\u00e9 par John Hughlings Jackson. Selon la th\u00e9orie de la dissolution jacksonienne, les fonctions c\u00e9r\u00e9brales les plus r\u00e9cemment \u00e9volu\u00e9es (le n\u00e9ocortex pr\u00e9frontal, si\u00e8ge du contr\u00f4le ex\u00e9cutif, du jugement critique et de l&rsquo;inhibition volontaire) sont les plus vuln\u00e9rables et les premi\u00e8res \u00e0 \u00eatre suspendues par un agent d\u00e9presseur pharmacologique. La perte de l&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale lib\u00e8re alors les structures limbiques et sous-corticales sous-jacentes, facilitant l&rsquo;\u00e9mergence directe de r\u00e9ponses affectives primaires et de repr\u00e9sentations mn\u00e9siques non filtr\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, dans le contexte du test de Wada, l&rsquo;amobarbital s&rsquo;inscrit au sein de la th\u00e9orie de la sp\u00e9cialisation et de la lat\u00e9ralisation c\u00e9r\u00e9brale issue des travaux de Paul Broca, Carl Wernicke et Roger Sperry. La possibilit\u00e9 de \u00ab d\u00e9connecter \u00bb fonctionnellement un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral valide exp\u00e9rimentalement l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;asym\u00e9trie fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale, d\u00e9montrant que la m\u00e9moire \u00e9pisodique et le traitement phonologique ou s\u00e9mantique reposent sur des r\u00e9seaux anatomiquement distincts et lat\u00e9ralis\u00e9s.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;amobarbital englobe des dimensions chimiques, pharmacologiques, cliniques et diagnostiques pr\u00e9cises :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Propri\u00e9t\u00e9s physico-chimiques :<\/strong> Mol\u00e9cule de formule brute C<sub>11<\/sub>H<sub>18<\/sub>N<sub>2<\/sub>O<sub>3<\/sub>. Elle existe sous forme d&rsquo;acide libre (poudre blanche cristalline, peu soluble dans l&rsquo;eau) et sous forme de sel sodique (amobarbital sodique), hautement hydrosoluble et conditionn\u00e9 en ampoules st\u00e9riles destin\u00e9es \u00e0 la reconstitution extemporan\u00e9e pour injection.<\/li>\n<li><strong>Cin\u00e9tique et m\u00e9tabolisme :<\/strong> Barbiturique d&rsquo;action interm\u00e9diaire poss\u00e9dant une demi-vie d&rsquo;\u00e9limination plasmatique comprise entre 15 et 40 heures. Il subit une biotransformation h\u00e9patique presque totale par oxydation via les enzymes du cytochrome P450 (principalement CYP2C19), induisant puissamment ces m\u00eames enzymes et g\u00e9n\u00e9rant des interactions m\u00e9dicamenteuses majeures.<\/li>\n<li><strong>Applications en psychiatrie clinique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Narcoanalyse diagnostique :<\/em> Utilis\u00e9e pour diff\u00e9rencier une catatonie organique d&rsquo;un mutisme psychog\u00e8ne, ou pour lever une amn\u00e9sie dissociative.<\/li>\n<li><em>Narcosynth\u00e8se th\u00e9rapeutique :<\/em> Technique combinant s\u00e9dation chimique et restructuration psychoth\u00e9rapeutique imm\u00e9diate de l&rsquo;exp\u00e9rience traumatique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Applications en neuropsychologie pr\u00e9chirurgicale :<\/strong> Le test \u00e0 l&rsquo;amobarbital sodique intracarotidien (test de Wada), comportant deux phases successives (injection dans la carotide gauche puis droite) espac\u00e9es de plusieurs heures ou jours pour quantifier la r\u00e9serve mn\u00e9sique de chaque lobe temporal.<\/li>\n<li><strong>Profil d&rsquo;effets secondaires et toxicit\u00e9 :<\/strong> Effets ind\u00e9sirables aigus (ataxie, nystagmus, dysarthrie, somnolence r\u00e9siduelle), tol\u00e9rance pharmacologique rapide, syndrome de sevrage s\u00e9v\u00e8re avec delirium tremens et convulsions, et risque majeur de d\u00e9pression respiratoire mortelle en cas de d\u00e9passement de posologie.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la port\u00e9e de l&rsquo;amobarbital en pratique clinique, il convient d&rsquo;examiner des cas historiques et diagnostiques document\u00e9s dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Le premier exemple classique concerne le traitement de la n\u00e9vrose de guerre aigu\u00eb durant le d\u00e9barquement de Normandie en 1944. Un fantassin pr\u00e9sente un mutisme total, un tremblement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 permanent et une absence compl\u00e8te de r\u00e9ponse aux sollicitations verbales depuis l&rsquo;explosion d&rsquo;un obus ayant an\u00e9anti son unit\u00e9. Dans le poste de secours avanc\u00e9, le m\u00e9decin psychiatre administre une solution d&rsquo;amobarbital sodique \u00e0 5 % par voie intraveineuse \u00e0 raison de 1 mL par minute, tout en demandant au soldat de compter \u00e0 rebours \u00e0 partir de cent. D\u00e8s que le compte s&rsquo;enraye et que le patient entre dans un \u00e9tat de s\u00e9dation l\u00e9g\u00e8re, le clinicien commence une \u00e9vocation dirig\u00e9e des bruits du combat. Le patient se met alors \u00e0 crier, \u00e0 revivre la sc\u00e8ne avec une terreur palpable, ext\u00e9riorisant l&rsquo;horreur v\u00e9cue jusqu&rsquo;\u00e0 ce moment enferm\u00e9e dans un mutisme de conversion. Apr\u00e8s une p\u00e9riode de sommeil post-proc\u00e9durale, le soldat retrouve l&rsquo;usage de la parole et commence un travail verbal conscient de reconstruction.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique contemporain illustre le diagnostic diff\u00e9rentiel de la catatonie. Une patiente de 35 ans est admise aux urgences psychiatriques dans un \u00e9tat de stupeur catatonique compl\u00e8te : immobilit\u00e9 absolue, mutisme, refus alimentaire et flexibilit\u00e9 cireuse des membres. L&rsquo;administration tr\u00e8s progressive d&rsquo;amobarbital sodique \u00e0 faible dose provoque en quelques minutes une lev\u00e9e spectaculaire du syndrome catatonique. La patiente commence \u00e0 dialoguer de mani\u00e8re intelligible, r\u00e9v\u00e9lant un d\u00e9lire pers\u00e9cutoire florissant masqu\u00e9 par l&rsquo;inhibition motrice. Cette r\u00e9ponse confirme la nature psychotique du tableau clinique et permet de d\u00e9buter sans d\u00e9lai un traitement neuroleptique et une prise en charge adapt\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, le cas du test de Wada illustre son r\u00f4le en chirurgie de l&rsquo;\u00e9pilepsie. Un patient de 28 ans atteint d&rsquo;une \u00e9pilepsie temporale gauche pharmaco-r\u00e9sistante subit une art\u00e9riographie c\u00e9r\u00e9brale au cours de laquelle de l&rsquo;amobarbital sodique est administr\u00e9 dans l&rsquo;art\u00e8re carotide interne gauche. En quelques secondes, une h\u00e9mipl\u00e9gie droite transitoire s&rsquo;installe, confirmant l&rsquo;anesth\u00e9sie de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re dominant. Le neuropsychologue pr\u00e9sente des objets usuels (une cl\u00e9, une montre, une carte \u00e0 jouer). Le patient est aphasique complet et incapable de les nommer. Quinze minutes plus tard, apr\u00e8s dissipation de l&rsquo;anesth\u00e9sie h\u00e9misph\u00e9rique, on teste la m\u00e9moire de reconnaissance : le patient est capable d&rsquo;identifier parmi plusieurs distracteurs les objets pr\u00e9sent\u00e9s pendant la phase d&rsquo;anesth\u00e9sie, prouvant ainsi que l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit intact a pu encoder et pr\u00e9server ces informations en autonomie, ce qui autorise une r\u00e9section temporale gauche s\u00e9curis\u00e9e sans risque de perte mn\u00e9sique d\u00e9vastatrice.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et m\u00e9thodologie de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration de l&rsquo;amobarbital requiert des protocoles rigoureux de surveillance neurophysiologique, comportementale et psychologique, eu \u00e9gard \u00e0 la marge d&rsquo;\u00e9troitesse entre l&rsquo;\u00e9tat sub-hypnotique recherch\u00e9 et l&rsquo;anesth\u00e9sie profonde compliqu\u00e9e de collapsus cardiorespiratoire.<\/p>\n<p>Durant une s\u00e9ance de narcoanalyse, l&rsquo;\u00e9valuation du niveau de conscience s&rsquo;effectue traditionnellement par une titration continue en temps r\u00e9el. Le praticien injecte une solution dilu\u00e9e d&rsquo;amobarbital sodique (souvent \u00e0 2,5 % ou 5 %) \u00e0 une vitesse ne d\u00e9passant g\u00e9n\u00e9ralement pas 50 mg par minute. Le patient est invit\u00e9 \u00e0 compter \u00e0 voix haute de mani\u00e8re rythm\u00e9e ou \u00e0 maintenir les bras lev\u00e9s. L&rsquo;apparition d&rsquo;un nystagmus spontan\u00e9, d&rsquo;un ralentissement de l&rsquo;\u00e9locution et de l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir la posture antigravitaire signale l&rsquo;atteinte du seuil th\u00e9rapeutique de d\u00e9sinhibition, niveau auquel l&rsquo;injection est suspendue pour d\u00e9buter l&rsquo;exploration psychologique.<\/p>\n<p>Dans le protocole du test de Wada, l&rsquo;\u00e9valuation est standardis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles neuropsychologiques pr\u00e9cises :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Surveillance \u00e9lectroenc\u00e9phalographique continue :<\/strong> L&rsquo;apparition imm\u00e9diate d&rsquo;ondes lentes delta de haut voltage sur les d\u00e9rivations fronto-temporales homolat\u00e9rales confirme l&rsquo;effet pharmacologique de l&rsquo;amobarbital sur le cortex c\u00e9r\u00e9bral cibl\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Examen du d\u00e9ficit moteur :<\/strong> Constatation de la chute du bras controlat\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;injection confirmant l&rsquo;inhibition du cortex moteur primaire.<\/li>\n<li><strong>Batterie neuropsychologique de Wada :<\/strong> Pr\u00e9sentation chronom\u00e9tr\u00e9e de stimuli visuels, verbaux et tactiles pendant la p\u00e9riode d&rsquo;inhibition (qui dure habituellement entre 4 et 8 minutes), suivie d&rsquo;\u00e9preuves de rappel libre, de rappel indic\u00e9 et de reconnaissance apr\u00e8s r\u00e9cup\u00e9ration motrice compl\u00e8te. Le score de r\u00e9tention mn\u00e9sique obtenu permet de calculer un indice de dominance h\u00e9misph\u00e9rique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Bien que son utilisation ambulatoire quotidienne ait quasiment disparu en raison du profil de s\u00e9curit\u00e9 tr\u00e8s sup\u00e9rieur des mol\u00e9cules plus r\u00e9centes, l&rsquo;amobarbital a constitu\u00e9 pendant des d\u00e9cennies un instrument d&rsquo;une valeur inestimable dans plusieurs domaines fondamentaux de la pratique m\u00e9dicale et psychologique :<\/p>\n<p>En neuropsychiatrie hospitali\u00e8re d&rsquo;urgence, l&rsquo;amobarbital a longtemps repr\u00e9sent\u00e9 la m\u00e9thode pharmacologique de choix pour le d\u00e9blocage des \u00e9tats de conversion s\u00e9v\u00e8res, du mutisme psychog\u00e8ne, des amn\u00e9sies dissociatives massives et du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a>. En permettant une r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique rapide dans un cadre contenant et s\u00e9curis\u00e9, la mol\u00e9cule offrait un levier d&rsquo;action imm\u00e9diat pour d\u00e9samorcer des cristallisations n\u00e9vrotiques chroniques.<\/p>\n<p>En neurologie et neurochirurgie, le test de Wada \u00e0 l&rsquo;amobarbital a repr\u00e9sent\u00e9 pendant plus de cinquante ans l&rsquo;\u00e9talon-or (gold standard) absolu pour pr\u00e9venir le redoutable syndrome d&rsquo;amn\u00e9sie globale cons\u00e9cutif \u00e0 une lobectomie temporale bilat\u00e9rale fonctionnelle. Gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00e9valuation pr\u00e9op\u00e9ratoire, des milliers de patients atteints d&rsquo;\u00e9pilepsie invalidante ont pu b\u00e9n\u00e9ficier de chirurgies d&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se corticale curative sans compromettre irr\u00e9m\u00e9diablement leur m\u00e9moire d\u00e9clarative ou leur langage.<\/p>\n<p>Dans le domaine m\u00e9dico-l\u00e9gal et expertal, l&rsquo;amobarbital a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 historiquement lors d&rsquo;enqu\u00eates judiciaires et d&rsquo;expertises psychiatriques pour tenter de faire la part entre simulation de sympt\u00f4mes psychiatriques et troubles authentiques, bien que cette pratique ait soulev\u00e9 de profondes r\u00e9serves \u00e9thiques et d\u00e9ontologiques qui ont fini par la faire interdire dans les syst\u00e8mes de droit contemporains.<\/p>\n<h3>11. Donn\u00e9es de recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche scientifique consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;amobarbital a produit un vaste corpus de donn\u00e9es empiriques couvrant la neurobiologie cellulaire, la cognition et la psychiatrie clinique.<\/p>\n<p>Les investigations men\u00e9es par Roy Grinker et John Spiegel (1945) aupr\u00e8s de soldats de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air am\u00e9ricaine ont constitu\u00e9 l&rsquo;une des premi\u00e8res \u00e9tudes empiriques de grande envergure d\u00e9montrant l&rsquo;efficacit\u00e9 de la psychoth\u00e9rapie facilit\u00e9e par voie m\u00e9dicamenteuse. Leurs cohortes ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une intervention pr\u00e9coce par narcosynth\u00e8se r\u00e9duisait consid\u00e9rablement la chronicisation des n\u00e9vroses traumatiques, favorisant un taux de r\u00e9mission fonctionnelle significativement plus \u00e9lev\u00e9 que la simple observation ou le repos hospitalier passif.<\/p>\n<p>Dans le champ de la neuropsychologie, les travaux fondateurs de Brenda Milner, Theodore Rasmussen et Juhn Wada \u00e0 l&rsquo;Institut neurologique de Montr\u00e9al (Milner et al., 1962) ont apport\u00e9 des donn\u00e9es quantitatives d\u00e9terminantes sur l&rsquo;organisation c\u00e9r\u00e9brale du langage. Leurs recherches men\u00e9es sous amobarbital ont notamment d\u00e9montr\u00e9 que plus de 95 % des individus droitiers et pr\u00e8s de 70 % des gauchers poss\u00e8dent une dominance h\u00e9misph\u00e9rique gauche pour le langage, bouleversant les conceptions ant\u00e9rieures qui postulaient une corr\u00e9lation syst\u00e9matique et inverse entre gaucherie manuelle et lat\u00e9ralisation droite du langage.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux empiriques, men\u00e9s notamment par Lawrence Kubie et Sydney Margolin dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, ont \u00e9tudi\u00e9 les modifications de la suggestibilit\u00e9 sous amobarbital sodique. Ces recherches de psychologie exp\u00e9rimentale ont mis en lumi\u00e8re que, si la substance augmente la volubilit\u00e9 du patient et r\u00e9duit l&rsquo;inhibition affective, elle accro\u00eet \u00e9galement de mani\u00e8re significative la susceptibilit\u00e9 aux questions suggestives, augmentant ainsi le taux de faux souvenirs et de confabulations. Ces constats exp\u00e9rimentaux ont constitu\u00e9 le fondement scientifique ayant disqualifi\u00e9 l&rsquo;amobarbital en tant que d\u00e9tecteur d&rsquo;authenticit\u00e9 juridique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;amobarbital est indissociable des dynamiques sociopolitiques et culturelles du XXe si\u00e8cle. Dans l&rsquo;imaginaire collectif occidental, la mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 investie d&rsquo;une fascination quasi magique, aliment\u00e9e par la presse populaire et le cin\u00e9ma d&rsquo;espionnage, qui l&rsquo;ont sacralis\u00e9e sous le qualificatif de \u00ab s\u00e9rum de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Ce mythe culturel refl\u00e8te une aspiration r\u00e9currente des soci\u00e9t\u00e9s modernes : l&rsquo;illusion qu&rsquo;une technologie biom\u00e9dicale puisse contourner la subjectivit\u00e9 humaine pour acc\u00e9der m\u00e9caniquement \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure indubitable.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la r\u00e9ception et l&rsquo;application de la narcoanalyse ont vari\u00e9 consid\u00e9rablement selon les traditions juridiques et philosophiques. Dans les pays anglo-saxons marqu\u00e9s par le pragmatisme clinique et une justice contradictoire, l&rsquo;usage de l&rsquo;amobarbital par des experts psychiatres a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 avec une certaine latitude au milieu du XXe si\u00e8cle, avant d&rsquo;\u00eatre rejet\u00e9 par les tribunaux sur la base du standard Frye et de la protection du cinqui\u00e8me amendement de la Constitution am\u00e9ricaine contre l&rsquo;auto-incrimination involontaire.<\/p>\n<p>En France et dans plusieurs nations de tradition juridique civiliste, l&rsquo;introduction de la narcoanalyse \u00e0 des fins d&rsquo;expertise judiciaire a provoqu\u00e9 un scandale \u00e9thique majeur, illustr\u00e9 par la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab affaire Coudert \u00bb en 1948. Les instances m\u00e9dicales et juridiques fran\u00e7aises, notamment l&rsquo;Acad\u00e9mie nationale de m\u00e9decine et le Conseil national de l&rsquo;Ordre des m\u00e9decins, ont vigoureusement condamn\u00e9 la narcoanalyse judiciaire, la qualifiant d&rsquo;atteinte intol\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la personne humaine et de violation du secret de la conscience, affirmant qu&rsquo;un individu ne saurait \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 chimiquement de sa volont\u00e9 pour t\u00e9moigner contre lui-m\u00eame.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage de l&rsquo;amobarbital a fait l&rsquo;objet de critiques scientifiques, m\u00e9dicales et \u00e9thiques de premier ordre tout au long de son histoire :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande controverse concerne la fiabilit\u00e9 du mat\u00e9riel mn\u00e9sique verbalis\u00e9 sous narcose. Des psychologues cognitivement orient\u00e9s et des sp\u00e9cialistes de la m\u00e9moire, tels qu&rsquo;Elizabeth Loftus, ont largement d\u00e9montr\u00e9 que la m\u00e9moire n&rsquo;est pas un enregistrement vid\u00e9o ind\u00e9l\u00e9bile mais un processus reconstructif dynamique et hautement mall\u00e9able. Sous l&rsquo;influence de l&rsquo;amobarbital, le cerveau du patient est particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable aux biais de confirmation de l&rsquo;examinateur et \u00e0 la contamination mn\u00e9sique. Les r\u00e9v\u00e9lations obtenues sous amobarbital m\u00ealent inextricablement souvenirs r\u00e9els, angoisses fantasm\u00e9es, d\u00e9sirs de complaisance envers le th\u00e9rapeute et pures fabulations, interdisant toute utilisation judiciaire ou de certification historique des faits.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me limite fondamentale r\u00e9side dans le profil de s\u00e9curit\u00e9 pharmacologique hautement d\u00e9favorable des barbituriques. L&rsquo;amobarbital poss\u00e8de un index th\u00e9rapeutique tr\u00e8s bas. Les risques d&rsquo;apn\u00e9e brutale, de laryngospasme, de collapsus cardiovasculaire et d&rsquo;intoxication aigu\u00eb accidentelle ou suicidaire ont conduit les syst\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 remplacer quasi int\u00e9gralement l&rsquo;amobarbital par des agents \u00e0 marge de s\u00e9curit\u00e9 beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e, tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loraz%C3%A9pam\">loraz\u00e9pam<\/a> pour la catatonie, le propofol ou l&rsquo;\u00e9tomidate pour les proc\u00e9dures de s\u00e9dation br\u00e8ve et les tests de suppression h\u00e9misph\u00e9rique c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Sur le plan du test de Wada lui-m\u00eame, la technique souffre de son caract\u00e8re invasif (n\u00e9cessitant un cath\u00e9t\u00e9risme art\u00e9riel f\u00e9moral puis carotidien avec irradiation aux rayons X) et de variabilit\u00e9s anatomiques vasculaires, telles que des d\u00e9rivations du flux art\u00e9riel vers l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re oppos\u00e9 via le polygone de Willis ou vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) remplacent de plus en plus fr\u00e9quemment le test \u00e0 l&rsquo;amobarbital par des m\u00e9thodes non invasives d&rsquo;une grande pr\u00e9cision.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou s\u00e9mantique dans la taxonomie psychologique et pharmacologique, il convient de distinguer l&rsquo;amobarbital de concepts et substances voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Thiopental sodique (Pentothal) :<\/strong> Barbiturique d&rsquo;action ultra-courte (dur\u00e9e d&rsquo;action de quelques minutes en raison d&rsquo;une redistribution lipidique rapide), utilis\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rentiellement pour l&rsquo;induction de l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, alors que l&rsquo;amobarbital est un compos\u00e9 d&rsquo;action interm\u00e9diaire permettant une fen\u00eatre de d\u00e9sinhibition th\u00e9rapeutique plus longue.<\/li>\n<li><strong>Secobarbital :<\/strong> Barbiturique d&rsquo;action courte \u00e0 interm\u00e9diaire, chimiquement proche, autrefois largement prescrit pour l&rsquo;insomnie s\u00e9v\u00e8re et ayant connu une notori\u00e9t\u00e9 toxicologique majeure li\u00e9e \u00e0 des abus et overdoses, distinct de l&rsquo;amobarbital par sa cha\u00eene lat\u00e9rale allylique.<\/li>\n<li><strong>Benzodiaz\u00e9pines :<\/strong> Classe pharmacologique distincte (comprenant le diaz\u00e9pam, le loraz\u00e9pam et le midazolam) ayant supplant\u00e9 les barbituriques. Elles renforcent l&rsquo;action du GABA sans ouvrir directement le canal chlorure \u00e0 haute dose, offrant une s\u00e9curit\u00e9 clinique nettement sup\u00e9rieure et disposant d&rsquo;un antidote sp\u00e9cifique (le flumaz\u00e9nil), inexistant pour l&rsquo;amobarbital.<\/li>\n<li><strong>Narcoanalyse vs Hypnose clinique :<\/strong> Si toutes deux visent \u00e0 induire un \u00e9tat de conscience modifi\u00e9 facilitant l&rsquo;acc\u00e8s au mat\u00e9riel psychologique sous-jacent, l&rsquo;hypnose utilise des inductions purement suggestives et relationnelles sans recours \u00e0 une quelconque mol\u00e9cule chimique, \u00e9vitant ainsi tout risque de toxicit\u00e9 biologique ou d&rsquo;alt\u00e9ration physiologique des voies respiratoires.<\/li>\n<li><strong>Test de Wada vs IRM fonctionnelle :<\/strong> Le test de Wada sous amobarbital \u00e9tudie l&rsquo;impact d&rsquo;une l\u00e9sion transitoire pharmacologique (mod\u00e8le d&rsquo;inactivation l\u00e9sionnelle directe), tandis que l&rsquo;IRMf mesure des corr\u00e9lats m\u00e9taboliques et h\u00e9modynamiques de l&rsquo;activation neuronale sans suspendre l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;amobarbital repr\u00e9sente un jalon capital dans le d\u00e9veloppement conjoint de la psychiatrie biologique, de la psychoth\u00e9rapie et de la neuropsychologie moderne. Il condense \u00e0 lui seul les r\u00e9ussites m\u00e9thodologiques et les errements \u00e9thiques de la m\u00e9decine de l&rsquo;esprit du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Par son action d&rsquo;amplification de l&rsquo;inhibition GABAergique, il a offert aux cliniciens un moyen d&rsquo;investiguer l&rsquo;interface entre s\u00e9dation corticale, d\u00e9sinhibition psychique et organisation mn\u00e9sique. Utilis\u00e9 h\u00e9ro\u00efquement par Grinker et Spiegel pour abr\u00e9agir les traumatismes de guerre sous le protocole de la narcosynth\u00e8se, puis \u00e9lev\u00e9 au rang d&rsquo;instrument de cartographie cognitive par le test de Wada, il a ouvert la voie \u00e0 la compr\u00e9hension moderne des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux du langage et de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Toutefois, le caract\u00e8re hautement suggestible des \u00e9tats psychiques qu&rsquo;il engendre a d\u00e9finitivement ruin\u00e9 le mythe na\u00eff du \u00ab s\u00e9rum de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, tandis que sa toxicit\u00e9 cardiorespiratoire et son potentiel addictog\u00e8ne ont logiquement scell\u00e9 son obsolescence face \u00e0 des technologies non invasives et des th\u00e9rapeutiques plus s\u00fbres. L&rsquo;amobarbital demeure n\u00e9anmoins un objet d&rsquo;\u00e9tude acad\u00e9mique exemplaire pour appr\u00e9hender les liens indissolubles entre chimie c\u00e9r\u00e9brale, fonctionnement mental et d\u00e9ontologie m\u00e9dicale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Grinker, R. R., &#038; Spiegel, J. P. (1945). <em>Men Under Stress<\/em>. Blakiston.<\/li>\n<li>Milner, B., Branch, C., &#038; Rasmussen, T. (1962). Study of short-term memory after intracarotid injection of sodium amytal. <em>Transactions of the American Neurological Association<\/em>, 87, 224\u2013226.<\/li>\n<li>Naples, M., &#038; Hackett, T. P. (1978). The amytal interview: History and current status. <em>Psychosomatics<\/em>, 19(2), 98\u2013105. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0033-3182(78)71017-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0033-3182(78)71017-8<\/a><\/li>\n<li>Wada, J., &#038; Rasmussen, T. (1960). Intracarotid injection of sodium amytal for the lateralization of cerebral speech dominance: Experimental and clinical observations. <em>Journal of Neurosurgery<\/em>, 17(2), 266\u2013282. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3171\/jns.1960.17.2.0266\">https:\/\/doi.org\/10.3171\/jns.1960.17.2.0266<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;amobarbital : pharmacologie, r\u00f4le historique dans la narcoanalyse psychiatrique, test de Wada et implications neurobiologiques contemporaines.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[7555,46,7375],"tags":[33442,33443,31261,33444,479,6595,24],"class_list":["post-20274","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychiatrie","category-neuropsychologie","category-psychopharmacologie","tag-amobarbital","tag-barbituriques","tag-gaba","tag-narcoanalyse","tag-psychiatrie","tag-test-de-wada","tag-traumatisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20274\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20274"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}