{"id":20234,"date":"2026-10-23T14:22:23","date_gmt":"2026-10-23T14:22:23","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=planches-pseudoisochromatiques-hardy-rand-rittler-ao-hrr"},"modified":"2026-10-23T14:22:23","modified_gmt":"2026-10-23T14:22:23","slug":"planches-pseudoisochromatiques-hardy-rand-rittler-ao-hrr","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=planches-pseudoisochromatiques-hardy-rand-rittler-ao-hrr","title":{"rendered":"Test HRR : \u00c9valuation experte de la vision des couleurs"},"content":{"rendered":"<p>La perception des couleurs constitue un pilier fondamental de l&rsquo;interaction sensorielle humaine avec l&rsquo;environnement physique, r\u00e9gissant des activit\u00e9s aussi vari\u00e9es que l&rsquo;orientation spatiale, la navigation professionnelle, l&rsquo;appr\u00e9ciation esth\u00e9tique et le diagnostic m\u00e9dical. Au sein de la psychophysique visuelle et de l&rsquo;ophtalmologie clinique, les planches pseudoisochromatiques d&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Color_blindness\">American Optical Company<\/a> con\u00e7ues par Hardy, Rand et Rittler (commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9es sous l&rsquo;abr\u00e9viation de planches HRR ou AO H-R-R) repr\u00e9sentent l&rsquo;un des dispositifs diagnostiques les plus sophistiqu\u00e9s et polyvalents du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9pister et cat\u00e9goriser les anomalies cong\u00e9nitales et acquises de la vision chromatique.<\/p>\n<h2>Planches pseudoisochromatiques d&rsquo;Hardy-Rand-Rittler (AO H-R-R)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les planches pseudoisochromatiques d&rsquo;Hardy-Rand-Rittler (AO H-R-R) d\u00e9signent un test psychophysique standardis\u00e9 imprim\u00e9, con\u00e7u pour d\u00e9tecter, classifier qualitativement et quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des d\u00e9ficits de la vision des couleurs, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;origine cong\u00e9nitale ou acquise. Le dispositif repose sur la pr\u00e9sentation de mires g\u00e9om\u00e9triques compos\u00e9es de pastilles color\u00e9es dissimul\u00e9es au sein d&rsquo;une matrice de points achromatiques (gris) de luminances h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, cr\u00e9ant une illusion de similitude colorim\u00e9trique pour les personnes atteintes de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daltonisme\">dyschromatopsie<\/a>.<\/p>\n<p>Contrairement aux tests conventionnels tels que les tables d&rsquo;Ishihara, le protocole AO H-R-R se distingue par sa capacit\u00e9 unique \u00e0 \u00e9valuer non seulement l&rsquo;axe rouge-vert (d\u00e9ficiences protan et deutan), mais \u00e9galement l&rsquo;axe bleu-jaune (d\u00e9ficiences tritan), tout en int\u00e9grant des niveaux de saturation chromatique \u00e9chelonn\u00e9s qui autorisent une gradation diagnostique pr\u00e9cise en trois stades : l\u00e9ger, moyen et s\u00e9v\u00e8re. L&rsquo;utilisation exclusive de formes g\u00e9om\u00e9triques universelles simples (cercles, triangles et croix) affranchit l&rsquo;\u00e9preuve de toute d\u00e9pendance linguistique ou d&rsquo;habilet\u00e9 arithm\u00e9tique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme \u00ab AO H-R-R \u00bb synth\u00e9tise le nom de l&rsquo;entit\u00e9 \u00e9ditrice industrielle originelle, l&rsquo;<em>American Optical Company<\/em>, et le patronyme de ses trois concepteurs scientifiques : l&rsquo;ophtalmologiste LeGrand Haven Hardy, la psychologue exp\u00e9rimentale et physicienne de l&rsquo;\u00e9clairage Gertrude Rand, et la chercheuse associ\u00e9e M. Catherine Rittler. Le vocable \u00ab pseudoisochromatique \u00bb d\u00e9coule de trois racines d&rsquo;origine grecque ancienne : <em>pseudo-<\/em> (\u03c8\u03b5\u03c5\u03b4\u03ae\u03c2, signifiant faux, trompeur), <em>iso-<\/em> (\u1f34\u03c3\u03bf\u03c2, signifiant \u00e9gal ou identique), et <em>chroma<\/em> (\u03c7\u03c1\u1ff6\u03bc\u03b1, signifiant couleur). Cette d\u00e9nomination traduit fid\u00e8lement le principe optique fondamental de l&rsquo;\u00e9preuve : faire para\u00eetre identiques ou indiff\u00e9renciables des teintes physiquement distinctes aux yeux d&rsquo;un syst\u00e8me visuel d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab planche \u00bb renvoie \u00e0 l&rsquo;origine lithographique et typographique des supports cartonn\u00e9s sur lesquels sont minutieusement imprim\u00e9s les stimuli visuels sous forme de semis de points \u00e0 pigments contr\u00f4l\u00e9s. Lors de son adoption dans les pays francophones au cours des ann\u00e9es 1950, l&rsquo;expression a \u00e9t\u00e9 traduite litt\u00e9ralement par \u00ab planches pseudoisochromatiques de Hardy-Rand-Rittler \u00bb, s&rsquo;inscrivant dans la nomenclature s\u00e9miologique classique de l&rsquo;exploration fonctionnelle r\u00e9tinienne aux c\u00f4t\u00e9s des atlas de Stilling et d&rsquo;Ishihara.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le groupe nominal \u00ab planches pseudoisochromatiques de Hardy-Rand-Rittler \u00bb est f\u00e9minin pluriel lorsqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ensemble du recueil ou \u00e0 la s\u00e9rie de planches (\u00ab les planches HRR \u00bb), mais s&#8217;emploie fr\u00e9quemment au masculin singulier sous la forme \u00ab le test AO H-R-R \u00bb ou \u00ab l&rsquo;album HRR \u00bb. L&rsquo;acronyme H-R-R se prononce en \u00e9pelant phon\u00e9tiquement chaque consonne selon l&rsquo;alphabet fran\u00e7ais : \/a\u0283.\u025b\u0281.\u025b\u0281\/, ou parfois \u00e0 l&rsquo;anglo-saxonne \/e\u026at\u0283.\u0251\u02d0r.\u0251\u02d0r\/ au sein des milieux biom\u00e9dicaux internationaux. L&rsquo;adjectif \u00ab pseudoisochromatique \u00bb se prononce \/ps\u00f8.do.i.z\u0254.k\u0281\u0254.ma.tik\/.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et les rapports d&rsquo;expertise clinique, l&#8217;emploi canonique requiert l&rsquo;accord au f\u00e9minin pluriel lors de la mention descriptive des planches : \u00ab Les planches pseudoisochromatiques HRR ont \u00e9t\u00e9 administr\u00e9es sous illuminant standardis\u00e9 \u00bb. En revanche, l&rsquo;entit\u00e9 m\u00e9thodologique globale adopte le masculin : \u00ab Le test HRR quatri\u00e8me \u00e9dition offre une sensibilit\u00e9 diagnostique accrue \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le fonctionnement intrins\u00e8que du test AO H-R-R, il convient de comprendre la trichromatie humaine et les m\u00e9canismes de confusion chromatique th\u00e9oris\u00e9s par les mod\u00e8les colorim\u00e9triques de la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Commission_internationale_de_l%27%C3%A9clairage\">Commission internationale de l&rsquo;\u00e9clairage<\/a> (CIE). La vision normale repose sur l&rsquo;absorption diff\u00e9rentielle de photons par trois familles distinctes de photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens coniques : les c\u00f4nes L (grande longueur d&rsquo;onde, sensibles au rouge), les c\u00f4nes M (longueur d&rsquo;onde moyenne, sensibles au vert) et les c\u00f4nes S (courte longueur d&rsquo;onde, sensibles au bleu). Une anomalie mutationnelle ou l&rsquo;absence totale de l&rsquo;un de ces photopigments entra\u00eene une r\u00e9duction de la dimensionnalit\u00e9 de l&rsquo;espace chromatique perceptif.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espace de chromaticit\u00e9 CIE 1931, les teintes que les sujets atteints de daltonisme ne parviennent pas \u00e0 discriminer s&rsquo;alignent le long de trajectoires g\u00e9om\u00e9triques rigides d\u00e9nomm\u00e9es \u00ab droites de confusion chromatique \u00bb. Ces faisceaux de lignes convergent tous vers un point neutre ou point coponctuel sp\u00e9cifique au type de d\u00e9ficit : le point de confusion protanope pour l&rsquo;absence de photopigment L, le point de confusion deut\u00e9ranope pour l&rsquo;absence de photopigment M, et le point de confusion tritanope pour l&rsquo;absence de photopigment S. Le g\u00e9nie conceptuel de Hardy, Rand et Rittler a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer des pigments d&rsquo;impression dont les coordonn\u00e9es colorim\u00e9triques se situent avec une rigueur math\u00e9matique exacte le long de ces lignes de confusion, tout en reliant ces teintes \u00e0 la chromaticit\u00e9 du fond achromatique.<\/p>\n<p>Le fond de chaque planche HRR est compos\u00e9 d&rsquo;une constellation al\u00e9atoire de disques circulaires de dimensions variables, d\u00e9clin\u00e9s en plusieurs nuances de gris neutre. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 spatiale et luminique neutralise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les indices de luminance ou de contour que le sujet pourrait exploiter pour contourner son anomalie chromatique. Lorsque des pastilles color\u00e9es formant une figure (triangle, rond ou croix) sont ins\u00e9r\u00e9es sur ce fond, une personne dot\u00e9e d&rsquo;une vision trichromate normale per\u00e7oit instantan\u00e9ment le contraste de chromaticit\u00e9 et identifie la forme sans effort perceptif.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, pour un individu pr\u00e9sentant une anomalie de l&rsquo;axe vis\u00e9, la figure color\u00e9e poss\u00e8de une chromaticit\u00e9 qui se projette sur sa ligne de confusion vers le gris neutre du fond. Par cons\u00e9quent, la cible chromatique perd tout contraste perceptif par rapport \u00e0 la matrice environnante et devient totalement indiscernable, fondant le motif g\u00e9om\u00e9trique dans le bruit visuel achromatique. En faisant varier syst\u00e9matiquement la saturation des figures g\u00e9om\u00e9triques, l&rsquo;\u00e9preuve parvient \u00e0 mesurer avec une tr\u00e8s grande \u00e9l\u00e9gance le seuil diff\u00e9rentiel de saturation de l&rsquo;observateur.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du test AO H-R-R trouve sa source au sein du <em>Knapp Memorial Laboratory of Physiological Optics<\/em>, rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;ophtalmologie du Presbyterian Hospital et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia de New York. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940, les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines et le secteur des transports industriels \u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 une d\u00e9faillance m\u00e9thodologique majeure : les tests pseudoisochromatiques disponibles, notamment les planches d&rsquo;Ishihara con\u00e7ues en 1917 au Japon et les tables de Stilling en Allemagne, pr\u00e9sentaient de s\u00e9v\u00e8res limitations. Les approvisionnements \u00e9taient interrompus par la Seconde Guerre mondiale, et ces outils ne testaient que l&rsquo;axe rouge-vert, sans standardisation colorim\u00e9trique rigoureuse ni possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer la profondeur de l&rsquo;atteinte visuelle.<\/p>\n<p>Sous la direction clinique du Dr LeGrand Hardy et la direction scientifique de la docteure en psychologie Gertrude Rand \u2014 figure pionni\u00e8re de la psychologie sensorielle et de l&rsquo;ing\u00e9nierie lumineuse \u2014, assist\u00e9es par M. Catherine Rittler, une vaste campagne de recherche fut initi\u00e9e d\u00e8s 1944 avec le parrainage du bureau de recherche navale (<em>Office of Naval Research<\/em>). Rand et Rittler ont d\u00e9velopp\u00e9 des m\u00e9thodes spectrophotom\u00e9triques avanc\u00e9es pour cartographier les lignes d&rsquo;isochromatisme et ont confectionn\u00e9 \u00e0 la main les premi\u00e8res planches polychromatiques exp\u00e9rimentales.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9dition commerciale fut officiellement publi\u00e9e en 1955 par l&rsquo;<em>American Optical Company<\/em>. Cette publication suscita un enthousiasme consid\u00e9rable dans la communaut\u00e9 scientifique internationale, car pour la premi\u00e8re fois, un recueil compact permettait simultan\u00e9ment le d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ral, le diagnostic diff\u00e9rentiel qualitatif (protan versus deutan versus tritan) et la stratification quantitative de la gravit\u00e9. Une seconde \u00e9dition fut imprim\u00e9e en 1957 avec un r\u00e9ordonnancement des planches pour optimiser le temps d&rsquo;administration.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce succ\u00e8s retentissant, la fin du tirage de 1957 marqua le d\u00e9but d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9clipse : les pigments industriels originaux n&rsquo;\u00e9taient plus autoris\u00e9s ou disponibles en raison de changements de normes chimiques, et l&rsquo;American Optical Company renon\u00e7a aux lourds investissements requis pour recalibrer les encres spectrales. Durant plusieurs d\u00e9cennies, les exemplaires originaux d&rsquo;AO HRR devinrent des objets rares jalousement conserv\u00e9s par les laboratoires universitaires. Il fallut attendre 2002 pour que la soci\u00e9t\u00e9 <em>Richmond Products<\/em>, en collaboration avec les chercheurs Jay Neitz et Maureen Neitz, ne r\u00e9ing\u00e9nierise int\u00e9gralement l&rsquo;\u00e9preuve \u00e0 l&rsquo;aide de pigments modernes stables et de techniques d&rsquo;impression num\u00e9rique spectrophotom\u00e9trique, donnant naissance \u00e0 la 4e \u00e9dition du test HRR aujourd&rsquo;hui largement utilis\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le test AO H-R-R s&rsquo;enracine au confluent de deux th\u00e9ories cardinales de la vision chromatique qui furent longtemps oppos\u00e9es avant d&rsquo;\u00eatre synth\u00e9tis\u00e9es au milieu du XXe si\u00e8cle : la th\u00e9orie trichromatique de Young-Helmholtz et la th\u00e9orie des processus antagonistes d&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ewald_Hering\">Ewald Hering<\/a>. Les planches exploitent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective des trois canaux coniques (rouge, vert, bleu) \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage de la phototransduction r\u00e9tinienne, tout en mesurant la r\u00e9percussion de ces carences sur les voies post-r\u00e9ceptoriennes d&rsquo;opposition de couleurs int\u00e9gr\u00e9es au niveau des cellules ganglionnaires de la r\u00e9tine et du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral (voies magnocellulaire et parvocellulaire pour l&rsquo;axe rouge-vert, voie koniocellulaire pour l&rsquo;axe bleu-jaune).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychophysique, l&rsquo;architecture du test repose sur la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal visuel et le principe des seuils diff\u00e9rentiels de saturation (puret\u00e9 colorim\u00e9trique). Pour un observateur normal, une tr\u00e8s faible quantit\u00e9 de chromaticit\u00e9 ajout\u00e9e \u00e0 un stimulus achromatique suffit \u00e0 franchir le seuil d&rsquo;identification. Chez un sujet dyschromate, ce seuil est d\u00e9plac\u00e9 le long de la ligne de confusion : une saturation chromatique faible ou mod\u00e9r\u00e9e n&rsquo;est pas d\u00e9tect\u00e9e, tandis qu&rsquo;une saturation \u00e9lev\u00e9e (stimulus \u00e0 haute puret\u00e9 d&rsquo;excitation) pourra \u00e9ventuellement exciter les voies r\u00e9siduelles d&rsquo;un trichromate anormal, mais restera totalement invisible pour un dichromate vrai.<\/p>\n<p>En mobilisant les lois de Grassmann sur les m\u00e9langes additifs de lumi\u00e8res et leur traduction dans le syst\u00e8me pigmentaire soustractif des encres d&rsquo;imprimerie, Rand et ses coll\u00e8gues ont mod\u00e9lis\u00e9 l&rsquo;interaction entre l&rsquo;illuminant standard d&rsquo;observation et la r\u00e9flectance spectrale des pigments. Cette rigueur garantit que les figures g\u00e9om\u00e9triques stimulent de fa\u00e7on isol\u00e9e et pure un axe sensoriel sans laisser filtrer d&rsquo;information crois\u00e9e par les deux autres syst\u00e8mes coniques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Le test standard AO H-R-R et ses r\u00e9\u00e9ditions contemporaines s&rsquo;articulent autour d&rsquo;une structure modulaire s\u00e9quentielle hautement rigoureuse, fractionn\u00e9e en plusieurs ensembles fonctionnels de planches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Planches de d\u00e9monstration et d&rsquo;instruction (Planches 1 \u00e0 4) :<\/strong> Ces planches pr\u00e9liminaires pr\u00e9sentent des cibles \u00e0 contraste de luminance tr\u00e8s marqu\u00e9. Elles ne sont pas destin\u00e9es \u00e0 tester la vision des couleurs, mais \u00e0 familiariser le sujet avec la t\u00e2che, \u00e0 v\u00e9rifier la compr\u00e9hension des consignes verbales ou gestuelles et \u00e0 d\u00e9pister les simulations ou les troubles majeurs de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle.<\/li>\n<li><strong>Planches de d\u00e9pistage primaire (Planches 5 \u00e0 10) :<\/strong> Ce module comprend six planches critiques con\u00e7ues pour isoler rapidement les sujets sains des sujets pr\u00e9sentant une alt\u00e9ration chromatique. Les planches 5 et 6 explorent l&rsquo;axe bleu-jaune (d\u00e9ficiences tritan), tandis que les planches 7 \u00e0 10 testent l&rsquo;axe rouge-vert (d\u00e9ficiences protan et deutan). Tout \u00e9chec franc sur ce sous-ensemble impose la poursuite vers les modules diagnostiques.<\/li>\n<li><strong>Planches de diagnostic qualitatif et quantitatif rouge-vert (Planches 11 \u00e0 20) :<\/strong> Ce segment central comprend des figures sp\u00e9cifiquement \u00e9talonn\u00e9es sur les lignes de confusion protan (rouge\/gris-bleu) et deutan (vert\/gris-pourpre). Les stimuli y sont r\u00e9partis selon trois niveaux progressifs de saturation chromatique : saturation basse pour caract\u00e9riser les d\u00e9ficits l\u00e9gers, saturation moyenne pour les atteintes mod\u00e9r\u00e9es, et saturation \u00e9lev\u00e9e pour les atteintes s\u00e9v\u00e8res ou les dichromaties compl\u00e8tes.<\/li>\n<li><strong>Planches de diagnostic tritan bleu-jaune (Planches 21 \u00e0 24) :<\/strong> Ces planches compl\u00e9mentaires ciblent exclusivement l&rsquo;axe tritanope par saturation croissante, permettant d&rsquo;identifier la pr\u00e9sence et la gravit\u00e9 d&rsquo;une tritanomalie ou d&rsquo;une tritanopie.<\/li>\n<li><strong>Typologie des cibles morphologiques :<\/strong> Contrairement \u00e0 la majorit\u00e9 des tests bas\u00e9s sur des chiffres arabes, l&rsquo;\u00e9preuve HRR utilise exclusivement quatre figures g\u00e9om\u00e9triques \u00e9l\u00e9mentaires : le cercle, le triangle, la croix et occasionnellement le carr\u00e9, positionn\u00e9s selon diff\u00e9rentes configurations spatiales (un ou deux symboles par planche, dispos\u00e9s dans diff\u00e9rents quadrants).<\/li>\n<li><strong>Dimensions dimensionnelles des pastilles :<\/strong> Les \u00e9l\u00e9ments matriciels varient en diam\u00e8tre et en \u00e9chelonnement de luminance achromatique (densit\u00e9s optiques r\u00e9parties sur une gamme de plusieurs r\u00e9flectances de gris), supprimant tout art\u00e9fact st\u00e9r\u00e9oscopique ou spatial.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser le fonctionnement clinique des planches AO H-R-R, examinons le parcours de trois patients distincts soumis \u00e0 l&rsquo;examen sous un \u00e9clairage fluorescent standardis\u00e9 simulant l&rsquo;illuminant D65.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9pistage p\u00e9diatrique d&rsquo;un jeune gar\u00e7on de 5 ans non lecteur.<\/strong> L&rsquo;enfant est incapable d&rsquo;identifier les chiffres des planches d&rsquo;Ishihara conventionnelles. Face \u00e0 la planche de d\u00e9monstration de l&rsquo;album HRR, l&rsquo;examinateur lui demande de pointer du doigt ce qu&rsquo;il voit : l&rsquo;enfant d\u00e9signe imm\u00e9diatement le triangle. Lors du d\u00e9pistage rouge-vert (planches 7 \u00e0 10), il \u00e9choue \u00e0 percevoir les figures dissimul\u00e9es. L&rsquo;examinateur passe alors aux planches diagnostiques rouge-vert. L&rsquo;enfant \u00e9choue sur les planches \u00e0 faible saturation deutan, mais identifie avec succ\u00e8s les croix et triangles sur les planches de saturation moyenne et forte de la s\u00e9rie deutan, tout en r\u00e9ussissant parfaitement les planches protan. Le diagnostic d&rsquo;anomalie deutan mod\u00e9r\u00e9e (deut\u00e9ranomalie cong\u00e9nitale) est pos\u00e9 avec certitude, sans que l&rsquo;analphab\u00e9tisme de l&rsquo;enfant n&rsquo;ait constitu\u00e9 le moindre obstacle.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Suspicion de neuropathie optique toxique chez une patiente adulte.<\/strong> Une patiente sous traitement pharmacologique prolong\u00e9 par \u00e9thambutol signale une baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle et un brouillage des contrastes. Au test d&rsquo;Ishihara classique, la patiente ne commet qu&rsquo;une seule erreur ambigu\u00eb. En revanche, soumise au test HRR, elle r\u00e9ussit parfaitement les planches de d\u00e9pistage rouge-vert, mais \u00e9choue totalement sur les planches de d\u00e9pistage bleu-jaune (planches 5 et 6) et sur les planches diagnostiques tritan 21 \u00e0 24. L&rsquo;\u00e9preuve r\u00e9v\u00e8le ainsi une dyschromatopsie acquise pr\u00e9coce de l&rsquo;axe tritan, caract\u00e9ristique d&rsquo;une atteinte des fibres ganglionnaires du nerf optique, incitant les m\u00e9decins \u00e0 suspendre imm\u00e9diatement la mol\u00e9cule toxique avant l&rsquo;apparition de l\u00e9sions r\u00e9tiniennes irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Bilan d&rsquo;aptitude professionnelle d&rsquo;un candidat pilote d&rsquo;aviation civile.<\/strong> Un candidat de 22 ans subit un examen m\u00e9dico-a\u00e9ronautique r\u00e9glementaire. Lors du passage de l&rsquo;album HRR, il identifie la totalit\u00e9 des formes des planches de d\u00e9pistage sans aucune h\u00e9sitation ni erreur temporelle, parcourant chaque planche en moins de trois secondes. Sa discrimination chromatique sur les trois axes sensoriels (L, M, S) est valid\u00e9e comme rigoureusement normale, confirmant son aptitude au pilotage d&rsquo;a\u00e9ronefs commerciaux sous les normes internationales les plus exigeantes.<\/p>\n<h3>9. Mesure, passation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration des planches AO H-R-R ob\u00e9it \u00e0 un protocole standardis\u00e9 strict dont le non-respect invalide int\u00e9gralement les conclusions psychom\u00e9triques. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment primordial r\u00e9side dans la source d&rsquo;\u00e9clairage : le test doit imp\u00e9rativement \u00eatre conduit sous un illuminant reproduisant fid\u00e8lement la lumi\u00e8re du jour moyenne, id\u00e9alement l&rsquo;illuminant normalis\u00e9 CIE C ou CIE D65, dispensant une intensit\u00e9 lumineuse sur le plan de lecture comprise entre 500 et 600 lux. L&rsquo;utilisation d&rsquo;ampoules \u00e0 incandescence ordinaires est formellement proscrite, car leur exc\u00e8s de radiations spectrales rouges fausse radicalement la perception des teintes de confusion.<\/p>\n<p>L&rsquo;album est maintenu \u00e0 une distance constante d&rsquo;environ 75 centim\u00e8tres (la longueur des bras du patient) sous un angle d&rsquo;inclinaison de 45 degr\u00e9s par rapport \u00e0 la surface de la table, perpendiculairement \u00e0 l&rsquo;axe visuel du sujet. L&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;effectue g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re monoculaire pour la recherche de pathologies acquises unilat\u00e9rales, puis binoculaire pour les d\u00e9pistages cong\u00e9nitaux d&rsquo;aptitude professionnelle. L&rsquo;examinateur accorde un temps d&rsquo;exposition maximal de trois \u00e0 quatre secondes par planche, pr\u00e9venant ainsi les strat\u00e9gies d&rsquo;inspection visuelle prolong\u00e9e ou de balayage d\u00e9ductif.<\/p>\n<p>La cotation s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;une grille de pointage standardis\u00e9e :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Interpr\u00e9tation du d\u00e9pistage :<\/strong> Si toutes les figures des planches de d\u00e9pistage 5 \u00e0 10 sont correctement identifi\u00e9es et localis\u00e9es dans leurs quadrants respectifs, le sujet est class\u00e9 comme poss\u00e9dant une vision chromatique normale. Aucune passation ult\u00e9rieure n&rsquo;est requise.<\/li>\n<li><strong>Localisation de l&rsquo;axe pathologique :<\/strong> Si des erreurs apparaissent sur les planches 5 et 6, l&rsquo;investigation s&rsquo;oriente vers l&rsquo;axe tritan. Si les erreurs frappent les planches 7 \u00e0 10, le profil s&rsquo;oriente vers l&rsquo;axe rouge-vert.<\/li>\n<li><strong>Classification protan \/ deutan :<\/strong> Lors du parcours des planches diagnostiques rouge-vert, l&rsquo;examinateur comptabilise s\u00e9par\u00e9ment le nombre d&rsquo;erreurs commises sur les stimuli sp\u00e9cifiques protan et sur les stimuli sp\u00e9cifiques deutan. Le profil dominant dicte le diagnostic qualitatif.<\/li>\n<li><strong>Gradation de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 :<\/strong> Le dernier niveau de saturation auquel le sujet \u00e9choue d\u00e9termine la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 globale de l&rsquo;affection. L&rsquo;\u00e9chec limit\u00e9 aux premi\u00e8res planches diagnostiques signe un d\u00e9ficit l\u00e9ger ; l&rsquo;\u00e9chec s&rsquo;\u00e9tendant aux planches interm\u00e9diaires caract\u00e9rise un d\u00e9ficit moyen ; l&rsquo;incapacit\u00e9 totale \u00e0 percevoir les figures des planches hautement satur\u00e9es r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9ficit s\u00e9v\u00e8re ou une dichromatie av\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<\/ol>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>En pratique clinique et appliqu\u00e9e, les planches AO H-R-R d\u00e9ploient une utilit\u00e9 transversale dans de multiples sph\u00e8res m\u00e9dicales et socio-professionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ophtalmologie et neuro-ophtalmologie clinique :<\/strong> L&rsquo;inclusion d&rsquo;un axe tritan conf\u00e8re au test une sensibilit\u00e9 diagnostique incomparable pour le d\u00e9pistage pr\u00e9coce des atteintes r\u00e9tiniennes et neurologiques acquises. Il permet de suivre l&rsquo;\u00e9volution de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA), de la r\u00e9tinopathie diab\u00e9tique, du glaucome \u00e0 angle ouvert et des n\u00e9vrites optiques d\u00e9my\u00e9linisantes (notamment dans la scl\u00e9rose en plaques), o\u00f9 la d\u00e9t\u00e9rioration s\u00e9lective des fibres koniocellulaires pr\u00e9c\u00e8de souvent l&rsquo;effondrement du champ visuel standard.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9decine du travail et s\u00e9lection professionnelle :<\/strong> Dans les secteurs industriels, ferroviaires, maritimes et a\u00e9ronautiques o\u00f9 la signalisation lumineuse conditionne la s\u00e9curit\u00e9 collective, le test HRR est reconnu par de nombreux organismes r\u00e9gulateurs (comme la <em>Federal Aviation Administration<\/em> aux \u00c9tats-Unis). Il remplace avantageusement des \u00e9preuves plus complexes pour s\u00e9parer rapidement les sujets inaptes de ceux dont le d\u00e9ficit tr\u00e8s l\u00e9ger demeure parfaitement compatible avec l&rsquo;exercice professionnel.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pistage scolaire et p\u00e9diatrique :<\/strong> L&#8217;emploi exclusif de symboles g\u00e9om\u00e9triques simples en fait l&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence absolue pour les m\u00e9decins scolaires et les orthoptistes aupr\u00e8s des enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire, des sujets sourds ou allophones, et des populations pr\u00e9sentant des troubles du langage ou des handicaps cognitifs l\u00e9gers.<\/li>\n<li><strong>Toxicologie industrielle et pharmacologique :<\/strong> Le test sert de moniteur sentinelle dans la surveillance des ouvriers expos\u00e9s \u00e0 des solvants organiques industriels volatils (tolu\u00e8ne, styr\u00e8ne, sulfure de carbone) et chez les patients trait\u00e9s par des mol\u00e9cules r\u00e9put\u00e9es toxiques pour le nerf optique ou la r\u00e9tine (antipalud\u00e9ens de synth\u00e8se, digitaliques, sild\u00e9nafil).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis son introduction en 1955, le test AO H-R-R a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un corpus empirique consid\u00e9rable visant \u00e0 mesurer sa validit\u00e9 diagnostique face au standard de r\u00e9f\u00e9rence absolu de l&rsquo;exploration chromatique : l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anomaloscope_de_Nagel\">anomaloscope de Nagel<\/a> (qui mesure avec exactitude l&rsquo;\u00e9quation de Rayleigh pour l&rsquo;axe rouge-vert) et le test D-15 de Farnsworth. Les investigations men\u00e9es d\u00e8s l&rsquo;origine par Hardy, Rand et Rittler (1954, 1956) sur des cohortes d\u00e9passant 700 sujets ont rapport\u00e9 une concordance quasi absolue (sup\u00e9rieure \u00e0 98 %) avec l&rsquo;anomaloscope pour la s\u00e9gr\u00e9gation dichotomique entre vision normale et vision d\u00e9ficiente rouge-vert.<\/p>\n<p>Des travaux ult\u00e9rieurs ind\u00e9pendants, notamment ceux conduits par Crone (1961) et r\u00e9examin\u00e9s m\u00e9thodologiquement par Jennifer Birch (1997) \u00e0 la <em>City University<\/em> de Londres aupr\u00e8s de 401 hommes daltoniens pr\u00e9alablement diagnostiqu\u00e9s au Nagel, ont permis d&rsquo;affiner les indices d&rsquo;exactitude diagnostique. L&rsquo;\u00e9tude de Birch a d\u00e9montr\u00e9 que la sensibilit\u00e9 de d\u00e9pistage des planches AO H-R-R pour les dichromates (protanopes et deut\u00e9ranopes) atteint 100 %, et s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 96,4 % pour les trichromates anormaux. La classification qualitative entre le ph\u00e9notype protan et deutan s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e exacte dans 95 % des cas d&rsquo;\u00e9chec aux planches diagnostiques.<\/p>\n<p>Cependant, les recherches empiriques ont \u00e9galement soulign\u00e9 des nuances m\u00e9thodologiques. Birch a mis en \u00e9vidence que si les planches s\u00e9parent id\u00e9alement deux grandes strates d&rsquo;intensit\u00e9 (d\u00e9ficits faibles \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s versus d\u00e9ficits s\u00e9v\u00e8res), elles peinent parfois \u00e0 distinguer sans ambigu\u00eft\u00e9 les trichromates anormaux s\u00e9v\u00e8res des dichromates v\u00e9ritables, une proportion notable de dichromates r\u00e9ussissant les cibles de saturation la plus extr\u00eame en raison d&rsquo;in\u00e9vitables imperfections spectrales lors de l&rsquo;impression originale. Les \u00e9tudes de validation de la 4e \u00e9dition parue en 2002 (Cole, Dain et Lian, 2006 ; Neitz et al., 2005) ont confirm\u00e9 que la r\u00e9ing\u00e9nierie moderne \u00e0 pigments d&rsquo;encres polym\u00e8res a sensiblement corrig\u00e9 ces artefacts de transmission spectrale, affichant une sensibilit\u00e9 globale de 1,00 et une sp\u00e9cificit\u00e9 de 0,98 lorsque le crit\u00e8re d&rsquo;\u00e9chec repose sur deux erreurs ou plus aux planches de d\u00e9pistage.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;expression visuelle repr\u00e9sente l&rsquo;un des atouts socioculturels majeurs des planches AO H-R-R. Les tests concurrents dominants au cours du si\u00e8cle pass\u00e9, \u00e0 commencer par le test d&rsquo;Ishihara, recourent \u00e0 des chiffres arabes dissimul\u00e9s dans les pastilles. Bien que les chiffres arabes occidentaux soient largement r\u00e9pandus, leur usage impose une barri\u00e8re discriminatoire ind\u00e9niable dans les pays \u00e0 faible taux de scolarisation, aupr\u00e8s des populations nomades, des enfants en bas \u00e2ge ou des sujets adultes illettr\u00e9s. L&rsquo;identification d&rsquo;un chiffre requiert une maturation cognitive d&rsquo;abstraction symbolique et une reconnaissance lexicale que ne requi\u00e8rent nullement les formes g\u00e9om\u00e9triques primaires du test HRR.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la croix, le triangle et le rond sont des arch\u00e9types morphologiques pr\u00e9sents dans la quasi-totalit\u00e9 des syst\u00e8mes graphiques et des environnements humains. L&rsquo;\u00e9preuve peut \u00eatre pass\u00e9e par mime ou par d\u00e9signation directe du doigt sur le mod\u00e8le cartonn\u00e9 sans qu&rsquo;un seul mot n&rsquo;ait besoin d&rsquo;\u00eatre \u00e9chang\u00e9 entre le praticien et le patient. Cette caract\u00e9ristique d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 culturelle (\u00ab culture-fair \u00bb) a favoris\u00e9 son adoption dans les programmes humanitaires internationaux de sant\u00e9 publique men\u00e9s par l&rsquo;Organisation mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) dans les pays en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses louanges cliniques, le test AO H-R-R a travers\u00e9 plusieurs controverses techniques et \u00e9pist\u00e9mologiques notables au cours de son demi-si\u00e8cle d&rsquo;existence :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 spectrale au vieillissement des encres :<\/strong> Le reproche le plus s\u00e9v\u00e8re formul\u00e9 contre les tirages historiques de l&rsquo;American Optical Company (1955-1957) concerne la d\u00e9gradation physico-chimique progressive des pigments. Des analyses par spectrophotom\u00e9trie de r\u00e9flectance men\u00e9es sur des planches conserv\u00e9es pendant plusieurs d\u00e9cennies ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une photo-oxydation des pigments jaunes et bleus et une acidification progressive du papier cellulosique, alt\u00e9rant imperceptiblement les coordonn\u00e9es chromatiques et engendrant des faux positifs ou de fausses classifications tritan chez des patients sains.<\/li>\n<li><strong>Difficult\u00e9 d&rsquo;isolation parfaite entre protan et deutan :<\/strong> En raison de la proximit\u00e9 spectrale des courbes d&rsquo;absorption des pigments L et M (dont les maxima d&rsquo;absorption ne diff\u00e8rent que d&rsquo;environ 30 nanom\u00e8tres), concevoir des teintes qui ne tombent strictement que sur la droite de confusion de l&rsquo;un sans fr\u00f4ler celle de l&rsquo;autre rel\u00e8ve d&rsquo;une gageure physique. Dans les cas d&rsquo;anomalies tr\u00e8s discr\u00e8tes, l&rsquo;album HRR peut attribuer un diagnostic mixte ou \u00e9quivoque, contraignant \u00e0 une validation ult\u00e9rieure par anomaloscopie.<\/li>\n<li><strong>Controverse sur l&rsquo;existence des d\u00e9ficits t\u00e9tratan :<\/strong> Les premi\u00e8res publications de Hardy, Rand et Rittler \u00e9voquaient la possibilit\u00e9 th\u00e9orique de d\u00e9pister un quatri\u00e8me axe de confusion, nomm\u00e9 \u00ab t\u00e9tratan \u00bb (jaune-bleu atypique). Les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques et mol\u00e9culaires modernes de la vision ayant d\u00e9montr\u00e9 que les c\u00f4nes humains ne reposent que sur trois g\u00e8nes de photopigments fondamentaux (OPN1LW, OPN1MW, OPN1SW), le concept de t\u00e9tratanopie a \u00e9t\u00e9 universellement invalid\u00e9 et retir\u00e9 du vocabulaire scientifique moderne.<\/li>\n<li><strong>Influence draconienne de l&rsquo;\u00e9clairage ambiant :<\/strong> Contrairement \u00e0 des examens informatis\u00e9s calibr\u00e9s sur \u00e9crans cathodiques ou OLED \u00e9talonn\u00e9s en luminance absolue, les planches papier HRR sont tributaires de la source lumineuse du cabinet. Un \u00e9clairage trop chaud ou un spectre de lampe inadapt\u00e9 modifie la r\u00e9flectance spectrale per\u00e7ue et d\u00e9truit la validit\u00e9 interne du test.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;arsenal des tests diagnostiques de la vision des couleurs, il importe d&rsquo;op\u00e9rer des distinctions conceptuelles rigoureuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Test d&rsquo;Ishihara :<\/strong> Le test d&rsquo;Ishihara est le dispositif de d\u00e9pistage rouge-vert le plus diffus\u00e9 au monde. Il diff\u00e8re fondamentalement de l&rsquo;album AO H-R-R par son incapacit\u00e9 structurelle totale \u00e0 explorer l&rsquo;axe tritan (bleu-jaune), par son utilisation exclusive de chiffres arabes et de trac\u00e9s sinueux pour illettr\u00e9s, et par son impossibilit\u00e9 \u00e0 graduer de fa\u00e7on standardis\u00e9e la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9ficit en stades quantifi\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Test Farnsworth D-15 :<\/strong> Test de classement tonal fond\u00e9 sur l&rsquo;ordonnancement s\u00e9quentiel de 15 pastilles color\u00e9es mobiles selon leur teinte \u00e0 saturation constante. Contrairement aux planches HRR qui sont un test pseudoisochromatique de confusion sur fond neutre, le D-15 est un test de discrimination par arrangement qui ne d\u00e9tecte que les dyschromatopsies mod\u00e9r\u00e9es \u00e0 s\u00e9v\u00e8res, laissant \u00e9chapper la quasi-totalit\u00e9 des d\u00e9ficits l\u00e9gers que le test HRR isole facilement.<\/li>\n<li><strong>Test Farnsworth-Munsell 100 Hue :<\/strong> Examen de discrimination fine de la chromaticit\u00e9 mobilisant 85 pions r\u00e9partis sur quatre bo\u00eetiers. Il \u00e9value la finesse d&rsquo;analyse spectrale globale et quantifie pr\u00e9cis\u00e9ment les seuils, mais il est particuli\u00e8rement long et fastidieux \u00e0 administrer (20 \u00e0 30 minutes), alors que l&rsquo;album HRR remplit sa mission diagnostique en moins de trois minutes.<\/li>\n<li><strong>Anomaloscope de Nagel :<\/strong> Appareil optique de laboratoire bas\u00e9 sur le m\u00e9lange de deux lumi\u00e8res monochromatiques (jaune spectral ajust\u00e9 par l&rsquo;addition de rouge et de vert). Il constitue l&rsquo;\u00e9talon-or absolu pour diff\u00e9rencier formellement un trichromate anormal d&rsquo;un dichromate vrai sur l&rsquo;axe rouge-vert, une distinction que les planches HRR ne peuvent op\u00e9rer qu&rsquo;avec une certitude statistique imparfaite.<\/li>\n<li><strong>Test de Stilling :<\/strong> Pr\u00e9curseur historique allemand con\u00e7u par Jakob Stilling \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, anc\u00eatre direct de tous les tests pseudoisochromatiques, mais dont la chromaticit\u00e9 souffrait d&rsquo;un \u00e9talonnage empirique imparfait compar\u00e9 \u00e0 la rigueur spectrophotom\u00e9trique d&rsquo;Hardy, Rand et Rittler.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les planches pseudoisochromatiques d&rsquo;Hardy-Rand-Rittler (AO H-R-R) s&rsquo;imposent comme un chef-d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;ing\u00e9nierie optique et psychophysique, marquant un tournant d\u00e9cisif dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9valuation visuelle sensorielle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Polyvalence diagnostique tridimensionnelle :<\/strong> L&rsquo;\u00e9preuve assure dans une s\u00e9quence temporelle tr\u00e8s br\u00e8ve (moins de 3 minutes) le d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;identification de l&rsquo;axe d\u00e9ficitaire (protan, deutan ou tritan) et la stratification de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du trouble (l\u00e9ger, mod\u00e9r\u00e9, s\u00e9v\u00e8re).<\/li>\n<li><strong>Int\u00e9gration syst\u00e9matique de l&rsquo;axe tritan :<\/strong> Gr\u00e2ce \u00e0 ses planches bleu-jaune sp\u00e9cifiques, l&rsquo;album HRR surpasse l&rsquo;\u00e9preuve d&rsquo;Ishihara pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des dyschromatopsies acquises r\u00e9tiniennes, toxiques et neuro-ophtalmologiques.<\/li>\n<li><strong>Universalit\u00e9 transculturelle et p\u00e9diatrique :<\/strong> En \u00e9liminant tout recours aux chiffres au profit de figures g\u00e9om\u00e9triques \u00e9l\u00e9mentaires (rond, triangle, croix), le test s&rsquo;affranchit de toute contingence linguistique, \u00e9ducative ou arithm\u00e9tique.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendance m\u00e9trologique stricte :<\/strong> La pertinence des r\u00e9sultats requiert imp\u00e9rativement un respect sans faille des conditions d&rsquo;examen standardis\u00e9es, en particulier l&#8217;emploi exclusif d&rsquo;un illuminant artificiel normalis\u00e9 D65 ou lumi\u00e8re du jour moyenne sous une incidence de 45 degr\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9surgence moderne :<\/strong> La r\u00e9\u00e9dition de haute pr\u00e9cision parue sous l&rsquo;\u00e9gide de Richmond Products a redonn\u00e9 \u00e0 ce test historique ses lettres de noblesse cliniques, garantissant la stabilit\u00e9 des encres et consolidant son statut d&rsquo;outil incontournable de l&rsquo;examen fonctionnel de la vision humaine.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Birch, J. (1997). Clinical use of the American Optical Company (Hardy, Rand and Rittler) pseudoisochromatic plates for red-green colour deficiency. <em>Ophthalmic and Physiological Optics<\/em>, 17(3), 248-254. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/9196667\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/9196667\/<\/a><\/li>\n<li>Cole, B. L., Dain, S. J., &amp; Lian, K. Y. (2006). The new Richmond HRR pseudoisochromatic test for colour vision is better than the Ishihara test. <em>Clinical and Experimental Optometry<\/em>, 89(2), 73-80. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/16494609\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/16494609\/<\/a><\/li>\n<li>Crone, R. A. (1961). Quantitative diagnosis of defective color vision: A comparative evaluation of the Ishihara test, the Farnsworth dichotomous test and the Hardy-Rand-Rittler polychromatic plates. <em>American Journal of Ophthalmology<\/em>, 51(2), 298-305. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/13718664\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/13718664\/<\/a><\/li>\n<li>Hardy, L. H., Rand, G., &amp; Rittler, M. C. (1954). The H-R-R polychromatic plates. <em>Journal of the Optical Society of America<\/em>, 44(7), 509-523. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.44.000509\">https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.44.000509<\/a><\/li>\n<li>Hardy, L. H., Rand, G., &amp; Rittler, M. C. (1956). An evaluation of the AO H-R-R pseudoisochromatic plates for normal and defective color vision. <em>Archives of Ophthalmology<\/em>, 56(5), 736-742. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archopht.1956.00930040744012\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archopht.1956.00930040744012<\/a><\/li>\n<li>Neitz, M., &amp; Neitz, J. (2001). Molecular genetics of color vision and color vision defects. Dans W. Gegenfurtner &amp; K. Sharpe (\u00c9ds.), <em>Color Vision: From Genes to Perception<\/em> (pp. 3-24). Cambridge University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les planches pseudoisochromatiques d&rsquo;Hardy-Rand-Rittler (AO H-R-R), l&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence pour \u00e9valuer et quantifier la vision des couleurs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[5,33317,5106],"tags":[33319,33321,33322,33318,5139,33320,6762],"class_list":["post-20234","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-evaluation-psychologique","category-perception-et-neurosciences","category-psychophysique","tag-daltonisme","tag-depistage-visuel","tag-diagnostic-chromatique","tag-planches-hrr","tag-psychophysique-visuelle","tag-test-pseudoisochromatique","tag-vision-des-couleurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20234","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20234\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20234"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20234"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20234"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}