{"id":20232,"date":"2026-10-23T14:16:05","date_gmt":"2026-10-23T14:16:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=critere-ali-model-penal-code-irresponsabilite-penale"},"modified":"2026-10-23T14:16:05","modified_gmt":"2026-10-23T14:16:05","slug":"critere-ali-model-penal-code-irresponsabilite-penale","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=critere-ali-model-penal-code-irresponsabilite-penale","title":{"rendered":"Crit\u00e8re de l&rsquo;ALI : Folie et droit p\u00e9nal"},"content":{"rendered":"<p>La fronti\u00e8re entre la responsabilit\u00e9 morale de l&rsquo;individu et l&rsquo;exon\u00e9ration fond\u00e9e sur l&rsquo;alt\u00e9ration psychique constitue l&rsquo;un des carrefours les plus fascinants et complexes de la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale et de la philosophie du droit. Au sein des juridictions de tradition anglo-saxonne, le crit\u00e8re d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;American Law Institute, int\u00e9gr\u00e9 dans son <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Model_Penal_Code\">Model Penal Code<\/a>, repr\u00e9sente une tentative historique de concilier la rigueur normative de la justice r\u00e9tributive avec les subtilit\u00e9s cliniques de la psychiatrie et de la psychologie contemporaines. En formulant une norme qui examine simultan\u00e9ment les capacit\u00e9s cognitives et volitionnelles de l&rsquo;accus\u00e9, ce crit\u00e8re a red\u00e9fini la mani\u00e8re dont les tribunaux appr\u00e9hendent les troubles mentaux s\u00e9v\u00e8res lors de la commission d&rsquo;un acte infractionnel.<\/p>\n<h2>Le crit\u00e8re d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;American Law Institute (ALI \/ Model Penal Code)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;American Law Institute (souvent d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de test de l&rsquo;ALI ou article 4.01 du <em>Model Penal Code<\/em>) est une norme juridique et psychol\u00e9gale stipulant qu&rsquo;une personne n&rsquo;est pas p\u00e9nalement responsable de ses actes si, au moment des faits et en raison d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un d\u00e9ficit mental, elle \u00e9tait d\u00e9pourvue de la capacit\u00e9 substantielle soit d&rsquo;appr\u00e9cier le caract\u00e8re illicite (ou la criminalit\u00e9) de sa conduite, soit de conformer sa conduite aux exigences de la loi.<\/p>\n<p>Contrairement aux r\u00e8gles ant\u00e9rieures qui exigeaient une incapacit\u00e9 cognitive totale ou qui reposaient sur des impulsions dites totalement incontr\u00f4lables, le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI introduit le concept novateur de \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb (<em>substantial capacity<\/em>). Ce faisant, il reconna\u00eet que la psychopathologie op\u00e8re rarement sous la forme d&rsquo;un clivage binaire absolu, mais se manifeste plut\u00f4t par des gradations cliniques qui \u00e9rodent de fa\u00e7on significative les fonctions ex\u00e9cutives, le jugement moral et le contr\u00f4le des impulsions de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel et m\u00e9dico-l\u00e9gal, cette r\u00e8gle d\u00e9ploie un double volet : un volet cognitif (\u00ab appr\u00e9cier le caract\u00e8re illicite \u00bb) et un volet volitionnel (\u00ab conformer sa conduite \u00bb). En int\u00e9grant explicitement le terme \u00ab appr\u00e9cier \u00bb plut\u00f4t que le simple verbe \u00ab savoir \u00bb, le crit\u00e8re exige une compr\u00e9hension \u00e9motionnelle et affective de l&rsquo;acte, transcendant la simple connaissance intellectuelle et superficielle des lois formelles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression trouve ses origines directes dans les travaux de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/American_Law_Institute\">American Law Institute<\/a> (ALI), un organisme ind\u00e9pendant compos\u00e9 d&rsquo;universitaires, de magistrats et de juristes \u00e9minents fond\u00e9 en 1923 aux \u00c9tats-Unis pour clarifier et moderniser la <em>common law<\/em>. Le vocable <em>Model Penal Code<\/em> (Code p\u00e9nal mod\u00e8le) renvoie \u00e0 un texte doctrinal harmonisateur finalis\u00e9 en 1962, con\u00e7u pour servir d&rsquo;\u00e9talon l\u00e9gislatif aux diff\u00e9rents \u00c9tats am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Le terme juridique \u00ab folie \u00bb (ou ali\u00e9nation mentale, traduit de l&rsquo;anglais <em>insanity<\/em>) d\u00e9rive \u00e9tymologiquement du latin <em>insanitas<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>in-<\/em> et de l&rsquo;adjectif <em>sanus<\/em> signifiant \u00ab sain d&rsquo;esprit, valide \u00bb. En droit p\u00e9nal anglo-am\u00e9ricain, <em>insanity<\/em> ne renvoie pas \u00e0 une entit\u00e9 nosologique m\u00e9dicale ou psychiatrique pr\u00e9cise, mais \u00e0 un concept strictement l\u00e9gal d\u00e9terminant le statut de responsabilit\u00e9 criminelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du verbe anglais <em>to appreciate<\/em> (appr\u00e9cier), issu du bas latin <em>appretiare<\/em> (\u00ab fixer le prix, \u00e9valuer \u00e0 sa juste valeur \u00bb), marque une rupture s\u00e9mantique fondamentale avec la tradition issue du XIXe si\u00e8cle. Les r\u00e9dacteurs du code ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9vit\u00e9 le verbe <em>to know<\/em> (savoir) de la r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten pour exiger une dimension d&rsquo;\u00e9valuation r\u00e9flexive profonde et incarn\u00e9e, plut\u00f4t qu&rsquo;une m\u00e9morisation cognitive brute des interdictions l\u00e9gales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;expression \u00ab crit\u00e8re de l&rsquo;American Law Institute \u00bb ou \u00ab test de l&rsquo;ALI \u00bb est un syntagme nominal masculin singulier. En fran\u00e7ais juridique et psychologique, on rencontre \u00e9galement les variantes \u00ab norme du Code p\u00e9nal mod\u00e8le sur l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale \u00bb ou \u00ab moyen de d\u00e9fense fond\u00e9 sur le trouble mental selon l&rsquo;ALI \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e bilingue ou compar\u00e9e, l&rsquo;acronyme ALI se prononce g\u00e9n\u00e9ralement lettre par lettre en fran\u00e7ais : \/a.\u025bl.i\/, bien que les praticiens anglophones utilisent couramment l&rsquo;acronyme sous sa forme phon\u00e9tique unifi\u00e9e. Le terme qualifiant, \u00ab crit\u00e8re volitionnel-cognitif \u00bb, est fr\u00e9quemment appos\u00e9 pour expliciter la double nature analytique de la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage du substantif \u00ab irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour cause de trouble mental \u00bb est aujourd&rsquo;hui privil\u00e9gi\u00e9 en langue fran\u00e7aise contemporaine pour traduire <em>insanity defense<\/em>, afin d&rsquo;\u00e9viter la r\u00e9sonance profane ou obsol\u00e8te du terme \u00ab d\u00e9mence \u00bb (au sens de l&rsquo;ancien article 64 du Code p\u00e9nal fran\u00e7ais) ou du mot \u00ab folie \u00bb, tout en conservant la rigueur propre \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;imputabilit\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour comprendre la profondeur du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI, il convient d&rsquo;analyser la tension fondamentale inh\u00e9rente au droit p\u00e9nal : le principe selon lequel le ch\u00e2timent l\u00e9gitime pr\u00e9suppose le libre arbitre et une volont\u00e9 coupable (la <em>mens rea<\/em>). Un individu dont l&rsquo;appareil psychique est lourdement d\u00e9sorganis\u00e9 par une maladie mentale grave ne peut faire l&rsquo;exp\u00e9rience du choix rationnel guidant la conformit\u00e9 sociale. Le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour r\u00e9soudre les impasses cr\u00e9\u00e9es par des normes plus anciennes jug\u00e9es excessivement rigides ou m\u00e9dicalement obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur architectural de l&rsquo;article 4.01 repose sur une articulation tripartite rigoureuse :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la condition pr\u00e9alable d&rsquo;un \u00ab trouble mental ou d\u00e9ficit \u00bb (<em>mental disease or defect<\/em>). Cette clause \u00e9tablit un ancrage clinique indispensable. La conduite illicite ne peut \u00eatre excus\u00e9e que si elle trouve sa source dans une alt\u00e9ration psychopathologique reconnue. Pour \u00e9viter les d\u00e9rives o\u00f9 la criminalit\u00e9 elle-m\u00eame servirait de preuve de trouble mental, l&rsquo;alin\u00e9a 2 de la r\u00e8gle exclut express\u00e9ment toute anomalie qui ne se manifeste que par une conduite criminelle r\u00e9it\u00e9r\u00e9e ou antisociale r\u00e9currente, excluant ainsi formellement la psychopathie ou le trouble de la personnalit\u00e9 antisociale non compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le volet cognitif reformul\u00e9 exige l&rsquo;absence de \u00ab capacit\u00e9 substantielle d&rsquo;appr\u00e9cier le caract\u00e8re illicite \u00bb. Ce volet d\u00e9passe la simple lucidit\u00e9 factuelle. Un patient psychotique en phase maniaque ou d\u00e9lirante peut \u00eatre en mesure de r\u00e9citer textuellement l&rsquo;interdiction du meurtre tout en \u00e9tant profond\u00e9ment convaincu qu&rsquo;il agit sous un ordre divin imm\u00e9diat pour sauver l&rsquo;humanit\u00e9. Le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI permet aux experts psychiatres et psychologues d&rsquo;attester qu&rsquo;en d\u00e9pit d&rsquo;une connaissance lexicale de la loi, la maladie a d\u00e9truit la facult\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9ciation morale et contextuelle indispensable au discernement.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le volet volitionnel examine la capacit\u00e9 de \u00ab conformer sa conduite aux exigences de la loi \u00bb. Ce second volet prend acte de l&rsquo;existence de troubles mentaux o\u00f9 les processus de d\u00e9lib\u00e9ration intellectuelle restent superficiellement intacts, mais o\u00f9 l&rsquo;inhibition motrice, le contr\u00f4le des pulsions et la r\u00e9gulation comportementale sont biologiquement ou psychologiquement an\u00e9antis. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9volution moderne du concept d&rsquo;\u00ab impulsion irr\u00e9sistible \u00bb, affranchi de l&rsquo;exigence trompeuse d&rsquo;une soudainet\u00e9 absolue ; il englobe les d\u00e9t\u00e9riorations progressives de la volont\u00e9 caus\u00e9es par des \u00e9tats d\u00e9lirants chroniques ou des d\u00e9sordres obsessionnels extr\u00eames.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9dico-l\u00e9gale de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale s&rsquo;articule autour de tentatives successives visant \u00e0 \u00e9quilibrer compassion m\u00e9dicale et protection de l&rsquo;ordre public. Pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle, la r\u00e9f\u00e9rence h\u00e9g\u00e9monique du droit anglo-am\u00e9ricain fut la fameuse <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/M%27Naghten_rules\">r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten<\/a>, \u00e9tablie en Angleterre en 1843 suite \u00e0 la tentative d&rsquo;assassinat du Premier ministre Robert Peel par Daniel M&rsquo;Naghten. Cette r\u00e8gle britannique soumettait l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 \u00e0 un test exclusivement cognitif : l&rsquo;accus\u00e9 devait ignorer la nature de son acte ou ignorer qu&rsquo;il faisait le mal.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, la rigidit\u00e9 \u00ab tout ou rien \u00bb de M&rsquo;Naghten suscita de virulentes critiques de la part de l&rsquo;Association am\u00e9ricaine de psychiatrie et des th\u00e9oriciens du droit. Face \u00e0 ces insuffisances, la Cour d&rsquo;appel du district de Columbia formula en 1954 la r\u00e8gle de Durham (<em>Durham v. United States<\/em>), stipulant qu&rsquo;un accus\u00e9 n&rsquo;est pas criminellement responsable si son acte ill\u00e9gal \u00e9tait le \u00ab produit \u00bb d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un d\u00e9faut mental. Bien qu&rsquo;accueillie initialement comme une avanc\u00e9e humaniste majeure, la r\u00e8gle de Durham accordait un pouvoir quasi illimit\u00e9 aux t\u00e9moins experts m\u00e9dicaux, g\u00e9n\u00e9rant une impr\u00e9visibilit\u00e9 judiciaire alarmante quant \u00e0 la d\u00e9finition du lien de causalit\u00e9 (\u00ab produit \u00bb).<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte de polarisation entre la rigidit\u00e9 victorienne de M&rsquo;Naghten et l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 excessive de Durham que l&rsquo;American Law Institute proposa son compromis en 1962. Sous l&rsquo;impulsion de juristes de renom tels qu&rsquo;Herbert Wechsler, l&rsquo;ALI publia l&rsquo;article 4.01. La r\u00e8gle fut massivement adopt\u00e9e au cours des d\u00e9cennies 1960 et 1970 par les tribunaux f\u00e9d\u00e9raux des \u00c9tats-Unis (notamment consacr\u00e9e par l&rsquo;arr\u00eat historique <em>United States v. Brawner<\/em> en 1972) et par plus de la moiti\u00e9 des l\u00e9gislatures \u00e9tatiques.<\/p>\n<p>Toutefois, le consensus autour du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI subit une crise institutionnelle sans pr\u00e9c\u00e9dent en 1981, \u00e0 la suite de l&rsquo;acquittement pour cause d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de John Hinckley Jr., l&rsquo;homme qui avait tent\u00e9 d&rsquo;assassiner le pr\u00e9sident Ronald Reagan pour impressionner l&rsquo;actrice Jodie Foster. Cet acquittement suscita un toll\u00e9 populaire et politique majeur aux \u00c9tats-Unis. Le Congr\u00e8s am\u00e9ricain r\u00e9agit en promulguant l&rsquo;<em>Insanity Defense Reform Act<\/em> de 1984, qui abolit le volet volitionnel dans les juridictions f\u00e9d\u00e9rales et r\u00e9instaura une version modernis\u00e9e mais restrictive du mod\u00e8le cognitif de M&rsquo;Naghten, marquant un recul important de l&rsquo;approche de l&rsquo;ALI au niveau f\u00e9d\u00e9ral tout en maintenant son influence dans divers \u00c9tats et d\u00e9bats doctrinaux internationaux.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI repose sur une synth\u00e8se entre le r\u00e9tributivisme philosophique et le r\u00e9alisme psychologique moderne. Sur le plan philosophique, la th\u00e9orie r\u00e9tributive de la justice postule que la punition n&rsquo;est justifi\u00e9e que si l&rsquo;agent disposait de la capacit\u00e9 morale et pratique d&rsquo;agir autrement. Si une pathologie mentale an\u00e9antit les fonctions ex\u00e9cutives ou d\u00e9forme la perception de la r\u00e9alit\u00e9, sanctionner l&rsquo;individu \u00e9quivaudrait \u00e0 punir une calamit\u00e9 naturelle d\u00e9pourvue d&rsquo;agentivit\u00e9 intentionnelle.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, la r\u00e8gle s&rsquo;enracine dans le concept de fonctionnement int\u00e9gr\u00e9 de la personnalit\u00e9. Elle rejette le dualisme cart\u00e9sien simpliste qui s\u00e9parerait une \u00ab raison \u00bb pure et d\u00e9sincarn\u00e9e de pulsions purement physiques. Les r\u00e9dacteurs ont int\u00e9gr\u00e9 les le\u00e7ons de la psychopathologie dynamique et de la psychologie cognitive en reconnaissant que la cognition et l&rsquo;affectivit\u00e9 sont indissociables : une personne peut verbaliser une r\u00e8gle de droit tout en \u00e9tant incapable de la relier \u00e9motionnellement ou socialement \u00e0 son propre sch\u00e9ma comportemental.<\/p>\n<p>Le concept de \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb refl\u00e8te quant \u00e0 lui un fondement th\u00e9orique probabiliste et gradu\u00e9, en accord avec la psychom\u00e9trie moderne. Les facult\u00e9s psychologiques humaines (inhibition, m\u00e9moire de travail, flexibilit\u00e9 mentale, jugement) se distribuent sur un continuum. Exiger une perte \u00ab totale \u00bb de contr\u00f4le ou une c\u00e9cit\u00e9 morale absolue relevait d&rsquo;une fiction juridique incompatible avec les r\u00e9alit\u00e9s cliniques de la schizophr\u00e9nie, des troubles bipolaires ou des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales focales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9construction analytique de la norme du <em>Model Penal Code<\/em> met en lumi\u00e8re plusieurs dimensions interd\u00e9pendantes qui structurent toute expertise m\u00e9dico-l\u00e9gale s&rsquo;appuyant sur cette r\u00e8gle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le seuil clinique pr\u00e9liminaire (<em>Diagnostic Threshold<\/em>) :<\/strong> La d\u00e9monstration rigoureuse de la pr\u00e9sence d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un d\u00e9faut mental cliniquement caract\u00e9ris\u00e9, diagnostiqu\u00e9 selon les manuels nosologiques de r\u00e9f\u00e9rence tels que le DSM ou la CIM, excluant les r\u00e9actions \u00e9motionnelles passag\u00e8res ou l&rsquo;intoxication volontaire aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>La clause d&rsquo;exclusion sociopathique (<em>Caveat Clause<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;exclusion cat\u00e9gorique des personnalit\u00e9s purement dyssociales ou antisociales dont l&rsquo;unique sympt\u00f4me r\u00e9side dans la r\u00e9currence de comportements ill\u00e9gaux, afin d&rsquo;\u00e9viter la tautologie consistant \u00e0 \u00e9riger la d\u00e9linquance en trouble exon\u00e9ratoire.<\/li>\n<li><strong>Le crit\u00e8re de substantialit\u00e9 (<em>Substantiality<\/em>) :<\/strong> Le rejet des seuils absolus ; la loi ne requiert pas un an\u00e9antissement total, mais une diminution d&rsquo;une gravit\u00e9 telle qu&rsquo;elle d\u00e9truit la substance m\u00eame du contr\u00f4le ou du jugement rationnel chez le justiciable.<\/li>\n<li><strong>La branche cognitive enrichie (<em>Appreciation Prong<\/em>) :<\/strong> La capacit\u00e9 non pas simplement de m\u00e9moriser un code p\u00e9nal abstrait, mais d&rsquo;appr\u00e9cier la nocivit\u00e9 concr\u00e8te, l&rsquo;injustice morale profonde et le sens social prohib\u00e9 de l&rsquo;acte au moment pr\u00e9cis de son ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><strong>La branche volitionnelle (<em>Conformity Prong<\/em>) :<\/strong> La capacit\u00e9 psychomotrice et neurofonctionnelle d&rsquo;inhiber son comportement, d&rsquo;orienter sa volont\u00e9 et de r\u00e9sister \u00e0 des imp\u00e9ratifs pathologiques d\u00e9connect\u00e9s des m\u00e9canismes usuels d&rsquo;autor\u00e9gulation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;application du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI s&rsquo;illustre particuli\u00e8rement bien \u00e0 travers des vignettes clinico-judiciaires mettant en contraste les diff\u00e9rentes dimensions de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons le cas th\u00e9orique d&rsquo;un individu souffrant de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Schizophrenia\">schizophr\u00e9nie<\/a> parano\u00efde chronique avec d\u00e9lires de pers\u00e9cution syst\u00e9matis\u00e9s. L&rsquo;accus\u00e9 abat son voisin en plein jour, convaincu que ce dernier est un clone robotique programm\u00e9 par une agence secr\u00e8te pour diss\u00e9miner un virus mortel dans la population. Devant les enqu\u00eateurs, il d\u00e9clare : \u00ab Je sais que les lois de l&rsquo;\u00c9tat punissent le meurtre, mais ces lois ne s&rsquo;appliquent pas \u00e0 la destruction d&rsquo;un automate destructeur de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb. Sous l&rsquo;ancienne r\u00e8gle rigide de M&rsquo;Naghten, un procureur pouvait faire valoir que l&rsquo;accus\u00e9 \u00ab savait \u00bb factuellement que tuer un \u00eatre humain \u00e9tait contraire \u00e0 la loi p\u00e9nale. En revanche, sous le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI, l&rsquo;expert d\u00e9montre que le d\u00e9lire a d\u00e9truit sa \u00ab capacit\u00e9 substantielle d&rsquo;appr\u00e9cier \u00bb la criminalit\u00e9 r\u00e9elle de son geste, rendant sa perception morale inaccessible au raisonnement commun.<\/p>\n<p>Un autre exemple typique met en jeu la composante volitionnelle chez un patient pr\u00e9sentant un trouble neurologique s\u00e9v\u00e8re cons\u00e9cutif \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien avec l\u00e9sion massive du cortex pr\u00e9frontal orbitofrontal. Le sujet conserve une intelligence verbale intacte, comprend th\u00e9oriquement les cons\u00e9quences d&rsquo;un incendie criminel et peut disserter sur l&rsquo;interdiction l\u00e9gale des destructions par substance incendiaire. N\u00e9anmoins, en pr\u00e9sence d&rsquo;une fascination visuelle pour les flammes, ses m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition comportementale s&rsquo;av\u00e8rent totalement non fonctionnels ; il est physiologiquement incapable d&rsquo;exercer un contr\u00f4le sur son impulsion motrice. Le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI permet de reconna\u00eetre cette incapacit\u00e9 substantielle \u00e0 \u00ab conformer sa conduite \u00bb, prot\u00e9geant le justiciable d&rsquo;une condamnation punitive non appropri\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le c\u00e9l\u00e8bre proc\u00e8s de <em>United States v. Brawner<\/em> (1972), la Cour d&rsquo;appel f\u00e9d\u00e9rale a formellement adopt\u00e9 cette approche pour surmonter les d\u00e9rives testimoniales des psychiatres dans le cadre de l&rsquo;ancien crit\u00e8re de Durham, demandant aux jurys de ne plus juger sur de simples attestations m\u00e9dicales causales globales, mais de peser pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;impact de la pathologie sur la capacit\u00e9 substantielle d&rsquo;auto-contr\u00f4le et de compr\u00e9hension.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychol\u00e9gale<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique et m\u00e9dico-l\u00e9gale men\u00e9e dans le cadre du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI constitue l&rsquo;une des d\u00e9marches les plus exigeantes de la pratique clinique. L&rsquo;expert n&rsquo;\u00e9value pas l&rsquo;\u00e9tat mental actuel du pr\u00e9venu, mais doit proc\u00e9der \u00e0 une reconstruction r\u00e9trospective minutieuse de son fonctionnement neuropsychologique au moment de l&rsquo;infraction.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche s&rsquo;appuie sur une m\u00e9thodologie multimodale combinant :<\/p>\n<ul>\n<li>Des entretiens cliniques approfondis explorant l&rsquo;anamn\u00e8se psychiatrique, les ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux, les traumatismes d\u00e9veloppementaux et la chronologie d\u00e9taill\u00e9e des heures et minutes entourant l&rsquo;infraction.<\/li>\n<li>L&rsquo;analyse objective des pi\u00e8ces du dossier judiciaire : d\u00e9clarations aux forces de l&rsquo;ordre, enregistrements des appels d&rsquo;urgence, t\u00e9moignages de proches sur le comportement inhabituel pr\u00e9alable, indices de pr\u00e9m\u00e9ditation ou de dissimulation de preuves.<\/li>\n<li>L&rsquo;administration d&rsquo;instruments standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation de la responsabilit\u00e9 criminelle, notamment le <em>Rogers Criminal Responsibility Assessment Scales<\/em> (R-CRAS), sp\u00e9cifiquement con\u00e7u pour quantifier les crit\u00e8res l\u00e9gaux de M&rsquo;Naghten et de l&rsquo;ALI \u00e0 travers des \u00e9chelles mesurant la pr\u00e9sence de d\u00e9lires, d&rsquo;hallucinations, la perte de contr\u00f4le volitionnel et l&rsquo;absence de simulation.<\/li>\n<li>Le d\u00e9pistage rigoureux de la simulation (<em>malingering<\/em>) au moyen de tests valid\u00e9s comme le SIRS-2 (<em>Structured Interview of Reported Symptoms<\/em>) ou les indices de validit\u00e9 du MMPI-3, afin de v\u00e9rifier que les sympt\u00f4mes d\u00e9clar\u00e9s ne constituent pas une fabrication opportuniste.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;expert psychologue ou psychiatre doit veiller \u00e0 ne pas usurper le r\u00f4le du juge ou du jury (la question dite de l&rsquo;\u00ab ultime issue \u00bb ou <em>ultimate issue<\/em>). Sa mission consiste \u00e0 traduire la complexit\u00e9 des alt\u00e9rations cognitives et conatives du patient en termes intelligibles pour le tribunal, en montrant par quels m\u00e9canismes psychodynamiques ou neurobiologiques la capacit\u00e9 substantielle a \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;application du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la simple salle d&rsquo;audience criminelle. Elle innerve l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me de sant\u00e9 mentale m\u00e9dico-l\u00e9gale. Lorsqu&rsquo;un verdict d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale (\u00ab non coupable pour cause d&rsquo;ali\u00e9nation mentale \u00bb) est prononc\u00e9 selon cette formule, l&rsquo;individu n&rsquo;est pas lib\u00e9r\u00e9 dans la communaut\u00e9 ; il fait l&rsquo;objet d&rsquo;un internement sous contrainte au sein d&rsquo;un h\u00f4pital psychiatrique de haute s\u00e9curit\u00e9 (<em>forensic psychiatric hospital<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;analyse des carences volitionnelles et cognitives op\u00e9r\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9valuation oriente le plan de traitement individualis\u00e9. Les patients hospitalis\u00e9s sous ce r\u00e9gime b\u00e9n\u00e9ficient de pharmacoth\u00e9rapies antipsychotiques cibl\u00e9es, de rem\u00e9diation cognitive pour restaurer les capacit\u00e9s de jugement, ainsi que de psychoth\u00e9rapies ax\u00e9es sur la r\u00e9gulation des impulsions et la prise de conscience (<em>insight<\/em>) de leur pathologie.<\/p>\n<p>Dans la politique criminelle globale, le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI a \u00e9galement servi de matrice doctrinale pour d&rsquo;autres m\u00e9canismes d&rsquo;att\u00e9nuation de responsabilit\u00e9, tels que la responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e (<em>diminished capacity<\/em>), qui permet de requalifier une infraction grave (par exemple, homicide au premier degr\u00e9) en une infraction de moindre gravit\u00e9 (homicide involontaire) lorsque la pathologie mentale a emp\u00each\u00e9 la formation d&rsquo;un dol sp\u00e9cial ou d&rsquo;une intention criminelle sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es issues de la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale empirique ont largement d\u00e9mystifi\u00e9 les st\u00e9r\u00e9otypes populaires entourant le recours \u00e0 la d\u00e9fense d&rsquo;ali\u00e9nation mentale, qu&rsquo;elle soit \u00e9valu\u00e9e selon le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI ou selon M&rsquo;Naghten. Les recherches men\u00e9es notamment par Richard Bonnie, Henry Steadman et leurs collaborateurs ont \u00e9tabli que ce moyen de d\u00e9fense est invoqu\u00e9 dans moins de 1 % de l&rsquo;ensemble des dossiers criminels instruits aux \u00c9tats-Unis, et qu&rsquo;il n&rsquo;aboutit \u00e0 un acquittement que dans environ 25 % de ces rares occurrences.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes comparatives ont examin\u00e9 si l&rsquo;adoption du crit\u00e8re de l&rsquo;ALI (avec son volet volitionnel et sa notion de capacit\u00e9 substantielle) augmentait significativement le taux d&rsquo;acquittements par rapport \u00e0 la r\u00e8gle stricte de M&rsquo;Naghten. Les travaux de psychologie sociale judiciaire simulant des d\u00e9lib\u00e9rations de jur\u00e9s (<em>mock jury studies<\/em>) ont souvent r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des r\u00e9sultats contre-intuitifs : les jur\u00e9s la\u00efcs ont tendance \u00e0 appliquer leur propre th\u00e9orie profane de la justice et de la responsabilit\u00e9 morale (<em>common-sense justice<\/em>), ind\u00e9pendamment des nuances textuelles ultra-techniques entre la norme de l&rsquo;ALI et celle de M&rsquo;Naghten.<\/p>\n<p>Cependant, sur le plan de la fiabilit\u00e9 inter-experts, les recherches d\u00e9montrent que le volet volitionnel (\u00ab capacit\u00e9 de conformer sa conduite \u00bb) pr\u00e9sente un coefficient de concordance diagnostique inf\u00e9rieur \u00e0 celui du volet cognitif. Alors que les psychiatres et psychologues parviennent \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;accord sur la question de savoir si un accus\u00e9 pr\u00e9sentait des croyances d\u00e9lirantes d\u00e9truisant son appr\u00e9ciation du r\u00e9el, \u00e9valuer r\u00e9trospectivement le caract\u00e8re absolu ou partiel de l&rsquo;incapacit\u00e9 volitionnelle suscite des divergences cliniques plus prononc\u00e9es, ce qui alimente les critiques doctrinales.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transnationales<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale varie profond\u00e9ment selon les traditions juridiques et les repr\u00e9sentations socioculturelles de l&rsquo;agentivit\u00e9 humaine. Si le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI est un produit typique de la jurisprudence des \u00c9tats-Unis, sa logique r\u00e9sonne avec les dispositions adopt\u00e9es dans d&rsquo;autres d\u00e9mocraties industrielles.<\/p>\n<p>Dans les pays de droit civil continental, comme la France, le l\u00e9gislateur a adopt\u00e9 une formulation structurellement tr\u00e8s proche de l&rsquo;esprit du <em>Model Penal Code<\/em>. L&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Penal_code_of_France\">article 122-1 du Code p\u00e9nal<\/a> fran\u00e7ais dispose ainsi : \u00ab N&rsquo;est pas p\u00e9nalement responsable la personne qui \u00e9tait atteinte, au moment des faits, d&rsquo;un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contr\u00f4le de ses actes \u00bb. On y retrouve l&rsquo;exact pendant du double volet de l&rsquo;ALI : l&rsquo;abolition du discernement (volet cognitif) et l&rsquo;abolition du contr\u00f4le des actes (volet volitionnel), avec un second alin\u00e9a pr\u00e9voyant l&rsquo;att\u00e9nuation de peine en cas de simple \u00ab alt\u00e9ration \u00bb (comparable \u00e0 l&rsquo;absence de capacit\u00e9 substantielle).<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s non occidentales ou collectivistes, les manifestations psychopathologiques et les obligations morales sont per\u00e7ues au prisme de la communaut\u00e9 ou du monde spirituel. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;\u00ab appr\u00e9ciation du caract\u00e8re illicite \u00bb doit alors imp\u00e9rativement tenir compte des contextes ethnopsychiatriques. Par exemple, l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 des croyances traditionnelles relatives \u00e0 la sorcellerie ou aux esprits ancestraux ne rel\u00e8ve pas n\u00e9cessairement d&rsquo;un trouble psychotique caract\u00e9ris\u00e9, mais d&rsquo;une norme culturelle partag\u00e9e qui ne saurait \u00eatre automatiquement assimil\u00e9e \u00e0 un \u00ab d\u00e9ficit mental \u00bb selon les canons occidentaux de l&rsquo;ALI.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le crit\u00e8re de l&rsquo;American Law Institute a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de vives controverses doctrinales, institutionnelles et \u00e9pist\u00e9mologiques tout au long des six derni\u00e8res d\u00e9cennies. La principale critique porte sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 intrins\u00e8que du volet volitionnel. De nombreux juristes et psychiatres, emmen\u00e9s par des figures de l&rsquo;<em>American Psychiatric Association<\/em> au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, ont soutenu que la science clinique ne dispose d&rsquo;aucun moyen objectif pour diff\u00e9rencier une impulsion \u00e0 laquelle un individu <em>ne pouvait pas<\/em> r\u00e9sister d&rsquo;une impulsion \u00e0 laquelle il <em>n&rsquo;a pas voulu<\/em> r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Cette aporie m\u00e9thodologique a conduit certains critiques \u00e0 qualifier le volet volitionnel de \u00ab porte ouverte au laxisme judiciaire \u00bb, laissant planer le doute sur la possibilit\u00e9 pour des pr\u00e9venus violents ou impulsifs d&rsquo;all\u00e9guer des troubles du contr\u00f4le des impulsions pour se soustraire \u00e0 l&rsquo;incarc\u00e9ration. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cet argument qui provoqua l&rsquo;abandon du volet volitionnel dans le droit f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain apr\u00e8s le choc de l&rsquo;affaire Hinckley en 1984.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente concerne la clause d&rsquo;exclusion des sociopathes inscrite au paragraphe 2 de l&rsquo;article 4.01. Les th\u00e9oriciens du droit soulignent une circularit\u00e9 logique troublante : si un trouble de la personnalit\u00e9 antisociale est cliniquement consid\u00e9r\u00e9 comme une anomalie psychiatrique majeure par la nosologie officielle, exclure cette cat\u00e9gorie par pur pragmatisme normatif revient \u00e0 introduire une discrimination th\u00e9orique difficilement justifiable d&rsquo;un point de vue purement m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Enfin, les critiques pragmatiques pointent la d\u00e9pendance persistante du syst\u00e8me judiciaire envers le t\u00e9moignage d&rsquo;experts contradictoires (la fameuse \u00ab bataille des experts \u00bb). M\u00eame avec la formule plus souple de la \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb, le tribunal demeure fr\u00e9quemment confront\u00e9 \u00e0 des conclusions diagnostiques diam\u00e9tralement oppos\u00e9es, plongeant les jur\u00e9s dans la confusion quant \u00e0 l&rsquo;imputabilit\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;accus\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La terminologie m\u00e9dico-l\u00e9gale exige une d\u00e9marcation pr\u00e9cise entre plusieurs concepts juridiques souvent confondus par le grand public :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gle de M&rsquo;Naghten vs Crit\u00e8re de l&rsquo;ALI :<\/strong> La r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten est un test cognitif strict exigeant l&rsquo;ignorance totale de la nature ou de l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;acte (\u00ab savoir \u00bb), tandis que l&rsquo;ALI est un test mixte (cognitif et volitionnel) fond\u00e9 sur une perte de \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb d&rsquo;\u00ab appr\u00e9cier \u00bb ou de se conformer.<\/li>\n<li><strong>R\u00e8gle de Durham vs Crit\u00e8re de l&rsquo;ALI :<\/strong> Durham fondait l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 sur un simple lien de causalit\u00e9 brute (l&rsquo;acte comme \u00ab produit \u00bb d&rsquo;un trouble), ce qui d\u00e9l\u00e9guait excessivement la d\u00e9cision aux m\u00e9decins ; l&rsquo;ALI r\u00e9installe des crit\u00e8res comportementaux et normatifs pr\u00e9cis soumis \u00e0 l&rsquo;arbitrage judiciaire.<\/li>\n<li><strong>Irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale (<em>Insanity<\/em>) vs Inaptitude \u00e0 subir son proc\u00e8s (<em>Competency to Stand Trial<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale concerne exclusivement l&rsquo;\u00e9tat mental de l&rsquo;auteur au moment des faits incrimin\u00e9s, tandis que la capacit\u00e9 \u00e0 compara\u00eetre \u00e9value l&rsquo;\u00e9tat psychologique pr\u00e9sent du pr\u00e9venu et son aptitude \u00e0 comprendre les proc\u00e9dures judiciaires et \u00e0 communiquer avec son avocat.<\/li>\n<li><strong>Responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e (<em>Diminished Capacity<\/em>) vs Irresponsabilit\u00e9 totale :<\/strong> L&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale d\u00e9bouche sur un verdict d&rsquo;acquittement sp\u00e9cial suivi d&rsquo;une prise en charge hospitali\u00e8re sous contrainte, tandis que la responsabilit\u00e9 diminu\u00e9e op\u00e8re comme une circonstance att\u00e9nuante r\u00e9duisant la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du chef d&rsquo;inculpation ou la dur\u00e9e de la peine de prison.<\/li>\n<li><strong>Trouble mental transitoire vs D\u00e9ficit mental permanent :<\/strong> Le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI englobe tant les affections psychiatriques \u00e9volutives (psychoses d\u00e9compens\u00e9es) que les enc\u00e9phalopathies irr\u00e9versibles ou les d\u00e9ficiences intellectuelles cong\u00e9nitales, sous r\u00e9serve que l&rsquo;alt\u00e9ration ait exist\u00e9 de fa\u00e7on substantielle lors du passage \u00e0 l&rsquo;acte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;American Law Institute (article 4.01 du <em>Model Penal Code<\/em>) demeure l&rsquo;un des accomplissements doctrinaux les plus influents du droit p\u00e9nal contemporain. Con\u00e7u en 1962 pour moderniser la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 archa\u00efque de la r\u00e8gle de M&rsquo;Naghten tout en rectifiant le flou scientifique de la r\u00e8gle de Durham, il propose une appr\u00e9ciation \u00e9quilibr\u00e9e des facult\u00e9s humaines au travers de notions cardinales :<\/p>\n<p>En introduisant la notion de \u00ab capacit\u00e9 substantielle \u00bb, la r\u00e8gle s&rsquo;aligne sur la r\u00e9alit\u00e9 de la psychopathologie clinique, laquelle d\u00e9crit des d\u00e9gradations fonctionnelles plut\u00f4t que des abolitions binaires absolues. En jumelant la facult\u00e9 d&rsquo;\u00ab appr\u00e9cier \u00bb le caract\u00e8re illicite (branche cognitive) \u00e0 celle de \u00ab conformer sa conduite \u00bb aux lois (branche volitionnelle), le crit\u00e8re de l&rsquo;ALI conf\u00e8re aux experts de la sant\u00e9 mentale un cadre analytique complet pour \u00e9clairer la justice sans se substituer \u00e0 la conscience morale du tribunal.<\/p>\n<p>Bien que son application ait connu des reflux politiques majeurs apr\u00e8s l&rsquo;attentat contre Ronald Reagan en 1981, le mod\u00e8le \u00e9labor\u00e9 par l&rsquo;ALI demeure un point de rep\u00e8re fondamental pour la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale internationale et une source majeure d&rsquo;inspiration pour tous les syst\u00e8mes juridiques soucieux de juger avec \u00e9quit\u00e9 la responsabilit\u00e9 des personnes atteintes de troubles psychiatriques graves.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Law Institute. (1962). <em>Model Penal Code: Proposed official draft<\/em>. American Law Institute. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ali.org\">https:\/\/www.ali.org<\/a><\/li>\n<li>Bonnie, R. J. (1983). The moral basis of the insanity defense. <em>The American Bar Association Journal<\/em>, 69(2), 194-197. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/20756059\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/20756059<\/a><\/li>\n<li>Melton, G. B., Petrila, J., Poythress, N. G., Slobogin, C., Otto, R. K., Mossman, D., &amp; Condie, L. O. (2018). <em>Psychological evaluations for the courts: A handbook for mental health professionals and lawyers<\/em> (4th ed.). Guilford Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.guilford.com\/books\/Psychological-Evaluations-for-the-Courts\/Melton-Petrila-Poythress-Slobogin\/9781462532667\">https:\/\/www.guilford.com\/books\/Psychological-Evaluations-for-the-Courts\/Melton-Petrila-Poythress-Slobogin\/9781462532667<\/a><\/li>\n<li>Rogers, R., &amp; Shuman, D. W. (2000). <em>Conducting insanity evaluations<\/em> (2nd ed.). Guilford Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.guilford.com\/books\/Conducting-Insanity-Evaluations\/Rogers-Shuman\/9781572305885\">https:\/\/www.guilford.com\/books\/Conducting-Insanity-Evaluations\/Rogers-Shuman\/9781572305885<\/a><\/li>\n<li>Wechsler, H. (1955). The American Law Institute: Some observations on its Model Penal Code. <em>American Bar Association Journal<\/em>, 42(4), 321-324. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/25739591\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/25739591<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le crit\u00e8re d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;American Law Institute (Model Penal Code) : origines, dimensions cognitives et volitionnelles, et impact m\u00e9dico-l\u00e9gal.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[33306,26120,4],"tags":[33307,33310,33309,33308,32887,32888,10],"class_list":["post-20232","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-droit-et-criminologie","category-psychiatrie-legale","category-psychologie-medico-legale","tag-american-law-institute","tag-evaluation-volitionnelle","tag-expertise-psychiatrique","tag-folie-juridique","tag-irresponsabilite-penale","tag-model-penal-code","tag-psychologie-medico-legale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20232","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20232\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20232"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20232"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20232"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}