{"id":20145,"date":"2026-10-23T10:25:39","date_gmt":"2026-10-23T10:25:39","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=test-ablb-equilibrage-sonie"},"modified":"2026-10-23T10:25:39","modified_gmt":"2026-10-23T10:25:39","slug":"test-ablb-equilibrage-sonie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=test-ablb-equilibrage-sonie","title":{"rendered":"Test ABLB : \u00c9valuer le recrutement auditif"},"content":{"rendered":"<p>La perception humaine de l&rsquo;intensit\u00e9 sonore constitue l&rsquo;un des carrefours les plus fascinants entre la biophysique de l&rsquo;oreille interne et le traitement psychoacoustique central. Lorsque le syst\u00e8me auditif p\u00e9riph\u00e9rique subit une alt\u00e9ration, l&rsquo;\u00e9valuation clinique de la sonie permet de sonder avec pr\u00e9cision la localisation anatomique du dysfonctionnement. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet intervalle diagnostique que s&rsquo;inscrit le test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie (commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;acronyme ABLB pour <em>Alternate Binaural Loudness-Balance<\/em>), une m\u00e9thode psychoacoustique de r\u00e9f\u00e9rence con\u00e7ue pour identifier les distorsions perceptives de la sonie.<\/p>\n<h2>Test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie (ABLB)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie<\/strong> (test ABLB, ou test de Fowler) est une proc\u00e9dure psychoacoustique audiom\u00e9trique comparative visant \u00e0 mesurer la croissance subjective de la sonie entre les deux oreilles d&rsquo;un m\u00eame individu. Utilis\u00e9 principalement en pr\u00e9sence d&rsquo;une surdit\u00e9 de perception unilat\u00e9rale ou asym\u00e9trique, ce protocole consiste \u00e0 faire alterner des stimuli sonores de fr\u00e9quence identique entre une oreille de r\u00e9f\u00e9rence (saine ou moins atteinte) et l&rsquo;oreille explor\u00e9e afin d&rsquo;\u00e9tablir une \u00e9galit\u00e9 de niveau per\u00e7u.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, ce test met en \u00e9vidence la pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence du ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>recrutement auditif<\/em> (recrutement cochl\u00e9aire), caract\u00e9ris\u00e9 par un rattrapage anormalement rapide de la sensation de volume \u00e0 mesure que l&rsquo;intensit\u00e9 physique augmente. Dans une oreille saine, la relation entre l&rsquo;intensit\u00e9 physique (exprim\u00e9e en d\u00e9cibels) et la sonie psychologique (exprim\u00e9e en sones) suit une fonction continue et pr\u00e9visible. En revanche, lorsqu&rsquo;une l\u00e9sion affecte l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium sensoriel de la cochl\u00e9e, cette fonction de transfert subit une distorsion majeure que le test ABLB quantifie avec une rigueur exp\u00e9rimentale remarquable.<\/p>\n<p>L&rsquo;aboutissement de cette proc\u00e9dure permet au clinicien de tracer un diagramme comparatif bipolaire (courbe ou \u00e9chelle de Fowler) r\u00e9v\u00e9lant si la surdit\u00e9 rel\u00e8ve d&rsquo;un trouble sensoriel endo-cochl\u00e9aire ou d&rsquo;une atteinte neurale r\u00e9tro-cochl\u00e9aire, conf\u00e9rant ainsi au test une valeur diff\u00e9rentielle capitale dans la nosologie otoneurologique et audiologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie \u00bb d\u00e9coule directement de la traduction fran\u00e7aise normalis\u00e9e de la formule anglo-saxonne <em>Alternate Binaural Loudness-Balance test<\/em>. Le terme \u00ab binaural \u00bb puise ses racines dans le pr\u00e9fixe latin <em>bini<\/em> (\u00ab double \u00bb, \u00ab par paire \u00bb) et le substantif <em>auris<\/em> (\u00ab oreille \u00bb), d\u00e9signant ainsi tout processus impliquant simultan\u00e9ment ou comparativement les deux organes r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ou\u00efe. Le mot \u00ab altern\u00e9 \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>alternare<\/em> (\u00ab faire tour \u00e0 tour \u00bb), soulignant le principe psychophysique fondamental de non-simultan\u00e9it\u00e9 de la stimulation acoustique, indispensable pour pr\u00e9venir les ph\u00e9nom\u00e8nes de sommation binaurale ou d&rsquo;interaction st\u00e9r\u00e9ophonique centrale.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab sonie \u00bb repr\u00e9sente un n\u00e9ologisme psychoacoustique introduit au XXe si\u00e8cle pour traduire le terme anglais <em>loudness<\/em>. Forg\u00e9 \u00e0 partir du radical fran\u00e7ais \u00ab son \u00bb, il permet d&rsquo;isoler s\u00e9mantiquement l&rsquo;attribut psychologique de la sensation auditive de sa dimension strictement physique, \u00e0 savoir le niveau de pression acoustique ou l&rsquo;intensit\u00e9. Dans la litt\u00e9rature internationale, ce protocole porte \u00e9galement le nom \u00e9ponymique de \u00ab test de Fowler \u00bb, en hommage \u00e0 son concepteur, le m\u00e9decin et chercheur am\u00e9ricain Edmund Prince Fowler, qui en publia les principes fondateurs dans les revues d&rsquo;oto-rhino-laryngologie au cours des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Sur le plan syntaxique, la d\u00e9signation compl\u00e8te s&rsquo;articule comme une locution nominale masculine singuli\u00e8re : \u00ab le test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie \u00bb. Dans la pratique clinique francophone, l&rsquo;usage recourt tr\u00e8s majoritairement au sigle d&rsquo;origine anglophone \u00ab ABLB \u00bb, phon\u00e9tiquement prononc\u00e9 lettre \u00e0 lettre sous la forme francis\u00e9e [a.be.\u025bl.be] ou, dans certains milieux hospitalo-universitaires, sous son articulation anglaise [e\u026a.bi\u02d0.\u025bl.bi\u02d0]. On rencontre \u00e9galement la d\u00e9nomination simplifi\u00e9e \u00ab test de balance binaurale altern\u00e9e \u00bb ou simplement \u00ab test de Fowler \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme s&#8217;emploie principalement au singulier lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la proc\u00e9dure standardis\u00e9e, bien que les \u00ab tests d&rsquo;\u00e9quilibrage de la sonie \u00bb puissent d\u00e9signer au pluriel la famille regroupant les variantes monaurales (comme le test MLB, pour <em>Monaural Loudness-Balance<\/em>) et binaurales. Les substantifs associ\u00e9s incluent \u00ab \u00e9quilibrage \u00bb (action d&rsquo;\u00e9galiser la sensation) et \u00ab recrutement \u00bb (le signe clinique objectiv\u00e9), tous deux du genre masculin.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Pour saisir toute la profondeur clinique et psychophysique du test ABLB, il est imp\u00e9ratif d&rsquo;examiner comment le syst\u00e8me nerveux auditif traite l&rsquo;amplitude des ondes sonores. Dans une oreille normale, la cochl\u00e9e n&rsquo;agit pas comme un simple microphone lin\u00e9aire, mais comme un amplificateur non lin\u00e9aire hautement sophistiqu\u00e9. Gr\u00e2ce aux propri\u00e9t\u00e9s microm\u00e9caniques des cellules cili\u00e9es externes (CCE), les sons de faible intensit\u00e9 sont activement amplifi\u00e9s le long de la membrane basilaire, tandis que les sons de forte intensit\u00e9 subissent une compression m\u00e9canique naturelle. Ce m\u00e9canisme conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;appareil auditif une dynamique perceptive remarquable, couvrant un spectre d&rsquo;intensit\u00e9s sup\u00e9rieur \u00e0 cent vingt d\u00e9cibels.<\/p>\n<p>Lorsque survient une d\u00e9t\u00e9rioration s\u00e9lective des cellules cili\u00e9es externes \u2014 situation caract\u00e9ristique des traumatismes sonores, de la presbyacousie sensorielle ou de la maladie de Meni\u00e8re \u2014, l&rsquo;amplification active des sons faibles est abolie. Le seuil de d\u00e9tection auditive s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en cons\u00e9quence : le patient pr\u00e9sente une surdit\u00e9 de perception. Cependant, pour des niveaux de pression acoustique \u00e9lev\u00e9s (par exemple 80 ou 90 dB HL), la contribution active des cellules cili\u00e9es externes devient physiologiquement minime, car la vibration passive de la membrane basilaire suffit \u00e0 d\u00e9polariser les cellules cili\u00e9es internes (CCI) restantes. D\u00e8s lors, le signal sonore intense g\u00e9n\u00e8re un taux de d\u00e9charge synaptique dans le nerf cochl\u00e9aire quasi identique \u00e0 celui observ\u00e9 chez une personne entendant parfaitement.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accroissement disproportionn\u00e9 et pr\u00e9cipit\u00e9 de la sensation d&rsquo;intensit\u00e9 s&rsquo;appelle le <em>recrutement cochl\u00e9aire<\/em>. Pour le patient recrutant, un son \u00e0 peine audible \u00e0 45 dB HL devient subitement tr\u00e8s fort \u00e0 65 dB HL, comprimant l&rsquo;espace dynamique utile entre le seuil d&rsquo;audition et le seuil d&rsquo;inconfort. Le test ABLB a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement conceptualis\u00e9 pour objectiver et quantifier cette anomalie en comparant la pente de croissance de la sonie de l&rsquo;oreille pathologique \u00e0 celle d&rsquo;une oreille t\u00e9moin \u00e9talonn\u00e9e (g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;oreille contralat\u00e9rale normale).<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, si l&rsquo;affection est localis\u00e9e au niveau du nerf auditif lui-m\u00eame (pathologie r\u00e9tro-cochl\u00e9aire, telle qu&rsquo;un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schwannome_vestibulaire\">schwannome vestibulaire<\/a> ou neurinome de l&rsquo;acoustique), les fibres nerveuses l\u00e9s\u00e9es ou comprim\u00e9es se r\u00e9v\u00e8lent incapables d&rsquo;acheminer un flux synchrone et suffisant de potentiels d&rsquo;action, m\u00eame lors de stimulations de forte amplitude. Dans ce cas de figure, l&rsquo;oreille malade ne pr\u00e9sente aucun rattrapage d&rsquo;intensit\u00e9 : le d\u00e9calage per\u00e7u persiste ou s&rsquo;accentue \u00e0 haut niveau (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;absence de recrutement ou de d\u00e9cruement \/ <em>decruitment<\/em>). Le test ABLB dresse ainsi une fronti\u00e8re fonctionnelle nette entre atteinte du transducteur cochl\u00e9aire et neuropathie auditive.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;ABLB est indissociable des travaux pionniers d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Edmund_Prince_Fowler\">Edmund Prince Fowler<\/a> au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. En 1936, Fowler pr\u00e9senta devant la communaut\u00e9 m\u00e9dicale un article r\u00e9volutionnaire d\u00e9crivant une m\u00e9thode m\u00e9thodique de comparaison d&rsquo;intensit\u00e9 entre les deux oreilles chez des patients souffrant d&rsquo;hypoacousies asym\u00e9triques. \u00c0 cette \u00e9poque, l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire en \u00e9tait encore \u00e0 ses balbutiements, et la diff\u00e9renciation entre les pathologies de l&rsquo;oreille moyenne, de la cochl\u00e9e et du nerf acoustique reposait presque exclusivement sur les \u00e9preuves aux diapasons (tests de Weber, Rinne et Schwabach).<\/p>\n<p>Fowler constata que plusieurs de ses patients malentendants d&rsquo;un seul c\u00f4t\u00e9 signalaient spontan\u00e9ment qu&rsquo;une fois les sons devenus suffisamment puissants, ils percevaient le signal avec la m\u00eame intensit\u00e9 dans les deux oreilles. Il comprit que cette observation fortuite traduisait une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que de certaines alt\u00e9rations du labyrinthe membraneux et formalisa un protocole de balance sonore altern\u00e9e pour \u00e9liminer les biais d&rsquo;interaction centrale. Ses diagrammes initiaux, repr\u00e9sentant deux axes verticaux parall\u00e8les reli\u00e9s par des lignes diagonales ou horizontales marquant les \u00e9quivalences d&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue, donn\u00e8rent naissance au c\u00e9l\u00e8bre \u00ab diagramme en \u00e9chelle de Fowler \u00bb (<em>Fowler laddergram<\/em>).<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, des chercheurs de renom tels que Margaret Dix, Charles Skinner Hallpike et J. D. Hood (1948) \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Queen Square \u00e0 Londres reprirent les travaux de Fowler. Leurs \u00e9tudes cliniques m\u00e9ticuleuses \u00e9tablirent formellement la corr\u00e9lation anatomo-pathologique du recrutement : ils d\u00e9montr\u00e8rent de mani\u00e8re indiscutable que la pr\u00e9sence du recrutement au test ABLB \u00e9tait syst\u00e9matiquement associ\u00e9e \u00e0 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l&rsquo;organe de Corti (pathologie de M\u00e9ni\u00e8re), alors que son absence caract\u00e9risait formellement les tumeurs de l&rsquo;angle pontoc\u00e9r\u00e9belleux comprimant le nerf auditif.<\/p>\n<p>Tout au long des d\u00e9cennies 1960 et 1970, sous l&rsquo;impulsion de pionniers de l&rsquo;audiologie comme James Jerger, le test ABLB figura comme la pierre angulaire de toute batterie diagnostique audiom\u00e9trique dite \u00ab supra-liminaire \u00bb. Bien que l&rsquo;apparition de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEA) ait ult\u00e9rieurement d\u00e9plac\u00e9 le diagnostic des schwannomes vers des technologies d&rsquo;imagerie et d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie, l&rsquo;ABLB demeure une r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique majeure en psychoacoustique exp\u00e9rimentale et un mod\u00e8le conceptuel d&rsquo;\u00e9valuation de la plasticit\u00e9 auditive.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le test ABLB s&rsquo;enracine dans la convergence de la psychophysique classique et de la neurophysiologie sensorielle. L&rsquo;armature th\u00e9orique initiale repose sur les postulats formul\u00e9s par Gustav Fechner et Stanley Smith Stevens concernant la conversion des grandeurs physiques objectives en grandeurs psychologiques per\u00e7ues. Selon la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loi_de_Stevens\">loi de Stevens<\/a>, la sonie (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S\">$S$<\/span>) suit une fonction de puissance par rapport \u00e0 la pression acoustique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P\">$P$<\/span>) :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"S = k \\cdot P^{\\alpha}\">$$S = k \\cdot P^{\\alpha}$$<\/span><\/p>\n<p>Dans un syst\u00e8me auditif intact, l&rsquo;exposant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\alpha\">$\\alpha$<\/span> refl\u00e8te la compression physiologique exerc\u00e9e par les microm\u00e9canismes cochl\u00e9aires. Lorsqu&rsquo;une atteinte sensorielle d\u00e9truit ce compresseur biologique, la fonction de transfert se lin\u00e9arise abruptement. L&rsquo;exposant de puissance augmente alors de fa\u00e7on anormale : pour une augmentation lin\u00e9aire de la pression acoustique, la r\u00e9ponse subjective grimpe de mani\u00e8re exponentielle. Le test ABLB mod\u00e9lise empiriquement ce changement de pente en utilisant l&rsquo;oreille saine comme \u00e9talon personnel de la fonction psychom\u00e9trique normale.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la tonotopie et la th\u00e9orie du codage de l&rsquo;intensit\u00e9 neuronale. L&rsquo;intensit\u00e9 n&rsquo;est pas cod\u00e9e par la hauteur d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action (qui ob\u00e9it \u00e0 la loi du tout ou rien), mais par la fr\u00e9quence de d\u00e9charge des neurones du nerf auditif et par le recrutement spatial de fibres adjacentes poss\u00e9dant des seuils d&rsquo;activation vari\u00e9s (fibres \u00e0 haut taux de d\u00e9charge spontan\u00e9e et bas seuil, versus fibres \u00e0 faible taux de d\u00e9charge et haut seuil). Dans la cochl\u00e9e recrutante, l&rsquo;\u00e9largissement anormal des filtres auditifs d\u00fb \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;amortissement par les CCE entra\u00eene une synchronisation massive et brutale d&rsquo;une population neuronale \u00e9largie d\u00e8s que le seuil critique est franchi, expliquant psychophysiquement le saut de sonie mesur\u00e9 lors de la balance altern\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la validit\u00e9 interne du test repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;invariance binaurale du traitement central : elle postule que les structures auditives du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cortex conservent la capacit\u00e9 de comparer deux repr\u00e9sentations neurales aff\u00e9rentes issues des deux cochl\u00e9es, pourvu que la stimulation soit s\u00e9quentielle et non concomitante, excluant ainsi tout ph\u00e9nom\u00e8ne de masquage p\u00e9riph\u00e9rique ou d&rsquo;inhibition collat\u00e9rale interauriculaire.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration et l&rsquo;interpr\u00e9tation du test ABLB s&rsquo;articulent autour de param\u00e8tres psychoacoustiques rigoureux et d&rsquo;une classification morphologique des r\u00e9ponses obtenues sur le diagramme de Fowler :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Oreille de r\u00e9f\u00e9rence (contralaterale) :<\/strong> L&rsquo;oreille qui pr\u00e9sente les seuils auditifs normaux (ou nettement meilleurs), servant de standard psychom\u00e9trique \u00e9talon pour l&rsquo;intensit\u00e9 sonore per\u00e7ue.<\/li>\n<li><strong>Oreille test\u00e9e :<\/strong> L&rsquo;oreille pr\u00e9sentant le d\u00e9ficit auditif sensoriel ou neural unilat\u00e9ral\/asym\u00e9trique, dont on \u00e9value la progression de la sonie.<\/li>\n<li><strong>Stimulation altern\u00e9e (inter-aural switching) :<\/strong> Les trains d&rsquo;ondes sonores (g\u00e9n\u00e9ralement des impulsions de 200 \u00e0 500 millisecondes avec des temps de mont\u00e9e et de descente liss\u00e9s de 25 \u00e0 50 ms) alternent d&rsquo;une oreille \u00e0 l&rsquo;autre sans interruption brusque afin de pr\u00e9venir les clics acoustiques et d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;adaptation auditive excessive.<\/li>\n<li><strong>Fr\u00e9quence d&rsquo;\u00e9valuation :<\/strong> Fr\u00e9quence pure s\u00e9lectionn\u00e9e (couramment 1000 Hz, 2000 Hz ou 4000 Hz) correspondant \u00e0 une zone d&rsquo;asym\u00e9trie tonale nette entre les deux oreilles (\u00e9cart minimal recommand\u00e9 de 25 \u00e0 30 dB au seuil).<\/li>\n<li><strong>Recrutement complet (isochronisme de sonie \u00e0 haut niveau) :<\/strong> La pente de la courbe montre un rattrapage absolu. \u00c0 des intensit\u00e9s \u00e9lev\u00e9es (ex. 85-90 dB), les deux oreilles requi\u00e8rent la m\u00eame valeur en d\u00e9cibels pour atteindre une sonie strictement \u00e9quivalente. C&rsquo;est la signature classique d&rsquo;une l\u00e9sion cochl\u00e9aire pure.<\/li>\n<li><strong>Recrutement partiel :<\/strong> La sonie de l&rsquo;oreille atteinte augmente plus rapidement que la normale, mais ne rejoint jamais tout \u00e0 fait la ligne d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 absolue aux limites de tol\u00e9rance audiom\u00e9trique du sujet.<\/li>\n<li><strong>Hyper-recrutement (sur-recrutement) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne o\u00f9 la sensation sonore dans l&rsquo;oreille malade devient subjectivement plus forte que dans l&rsquo;oreille saine pour une m\u00eame intensit\u00e9 physique supraliminaire, t\u00e9moignant d&rsquo;une hyper-r\u00e9activit\u00e9 cochl\u00e9aire s\u00e9v\u00e8re ou de formes aigu\u00ebs de d\u00e9aff\u00e9rentation partielle.<\/li>\n<li><strong>Absence de recrutement (parall\u00e9lisme de Fowler) :<\/strong> Les droites de liaison restent rigoureusement parall\u00e8les de la base au sommet du trac\u00e9. L&rsquo;\u00e9cart d&rsquo;audibilit\u00e9 initial persiste sans aucune att\u00e9nuation, \u00e9voquant d&#8217;embl\u00e9e une atteinte conductive (si composante osseuse) ou une neuropathie sans distorsion de transfert sensoriel.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9cruement (recrutement n\u00e9gatif ou \u00ab decruitment \u00bb) :<\/strong> La divergence entre les deux oreilles s&rsquo;accro\u00eet \u00e0 mesure que le son s&rsquo;intensifie. L&rsquo;oreille pathologique exige des paliers de d\u00e9cibels de plus en plus gigantesques pour percevoir une simple \u00e9l\u00e9vation d&rsquo;intensit\u00e9, signe pathognomonique d&rsquo;une fatigabilit\u00e9 neurale extr\u00eame ou d&rsquo;un syndrome r\u00e9tro-cochl\u00e9aire expansif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la traduction concr\u00e8te du test ABLB, consid\u00e9rons deux sc\u00e9narios cliniques repr\u00e9sentatifs rencontr\u00e9s en consultation d&rsquo;audiologie avanc\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique n\u00b0 1 : Maladie de Meni\u00e8re unilat\u00e9rale gauche (Atteinte cochl\u00e9aire)<\/strong><br \/>\nUne patiente de 42 ans consulte pour des vertiges r\u00e9currents, une sensation de pl\u00e9nitude de l&rsquo;oreille gauche et des acouph\u00e8nes fluctuants. L&rsquo;audiogramme tonal r\u00e9v\u00e8le une audition strictement normale \u00e0 l&rsquo;oreille droite (seuils \u00e0 10 dB HL sur 1000 Hz) et une surdit\u00e9 de perception \u00e0 l&rsquo;oreille gauche avec un seuil liminaire \u00e0 50 dB HL sur la m\u00eame fr\u00e9quence. Le diff\u00e9rentiel initial s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve donc \u00e0 40 dB.<br \/>\nLors du test ABLB \u00e0 1000 Hz, l&rsquo;examinateur maintient l&rsquo;oreille droite \u00e0 des paliers fixes successifs :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c0 20 dB HL dans l&rsquo;oreille droite, la patiente \u00e9quilibre la sonie lorsque l&rsquo;oreille gauche atteint 55 dB HL (\u00e9cart r\u00e9siduel : 35 dB).<\/li>\n<li>\u00c0 40 dB HL \u00e0 droite, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est per\u00e7ue lorsque la gauche atteint 65 dB HL (\u00e9cart r\u00e9siduel : 25 dB).<\/li>\n<li>\u00c0 60 dB HL \u00e0 droite, l&rsquo;\u00e9quilibre s&rsquo;obtient \u00e0 75 dB HL \u00e0 gauche (\u00e9cart r\u00e9siduel : 15 dB).<\/li>\n<li>\u00c0 80 dB HL \u00e0 droite, la patiente juge la sensation d&rsquo;intensit\u00e9 rigoureusement identique lorsque l&rsquo;oreille gauche re\u00e7oit 80 dB HL (\u00e9cart : 0 dB).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La pente de rattrapage est spectaculaire : une variation de 60 dB dans l&rsquo;oreille saine n&rsquo;a n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;une hausse de 30 dB dans l&rsquo;oreille malade pour parvenir \u00e0 une \u00e9gale intensit\u00e9 per\u00e7ue. Ce profil d&rsquo;\u00e9quilibrage parfait signe un <em>recrutement complet<\/em>, confirmant l&rsquo;origine hydropsique ou endo-cochl\u00e9aire de la pathologie auditive.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique n\u00b0 2 : Schwannome vestibulaire droit (Atteinte r\u00e9tro-cochl\u00e9aire)<\/strong><br \/>\nUn homme de 58 ans pr\u00e9sente une surdit\u00e9 progressive asym\u00e9trique droite \u00e9voluant depuis dix-huit mois, sans ant\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;exposition au bruit. Son oreille gauche est saine (seuil \u00e0 0 dB HL \u00e0 2000 Hz), tandis que l&rsquo;oreille droite affiche une perte de perception avec un seuil liminaire \u00e0 45 dB HL. L&rsquo;audiom\u00e9trie vocale met en \u00e9vidence une intelligibilit\u00e9 anormalement effondr\u00e9e par rapport \u00e0 la courbe tonale.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9preuve ABLB men\u00e9e \u00e0 2000 Hz d\u00e9livre les r\u00e9sultats suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c0 20 dB HL \u00e0 gauche, l&rsquo;\u00e9quilibrage requiert 65 dB HL \u00e0 droite (\u00e9cart : 45 dB).<\/li>\n<li>\u00c0 40 dB HL \u00e0 gauche, l&rsquo;\u00e9quilibrage exige 90 dB HL \u00e0 droite (\u00e9cart : 50 dB).<\/li>\n<li>\u00c0 60 dB HL \u00e0 gauche, le stimulateur d\u00e9livre son niveau de confort plafond (105 dB HL) \u00e0 droite sans que le patient ne ressente le son aussi fort qu&rsquo;\u00e0 gauche.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce trac\u00e9 met en \u00e9vidence un <em>d\u00e9cruement auditif franc<\/em> (\u00e9largissement de l&rsquo;\u00e9cart \u00e0 haut niveau). Le nerf cochl\u00e9aire droit, comprim\u00e9 par la masse tumorale b\u00e9nigne, subit une saturation de sa conduction synaptique. Ce profil commande imm\u00e9diatement la prescription d&rsquo;une imagerie c\u00e9r\u00e9brale par r\u00e9sonance magn\u00e9tique centr\u00e9e sur les conduits auditifs internes.<\/p>\n<h3>9. Mesure, passation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La passation du test ABLB exige un audiom\u00e8tre clinique \u00e0 deux canaux ind\u00e9pendants r\u00e9pondant aux normes internationales de m\u00e9trologie \u00e9lectroacoustique, pourvu d&rsquo;un commutateur d&rsquo;alternance automatis\u00e9 ou manuel. Le patient est install\u00e9 dans une cabine insonoris\u00e9e conforme aux normes de silence acoustique, \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un casque circum-aural \u00e9talonn\u00e9 ou d&rsquo;\u00e9couteurs \u00e0 insertion \u00e9vitant le collapsus des conduits auditifs externes.<\/p>\n<p>Le clinicien commence par expliquer soigneusement la consigne, \u00e9tape critique de tout protocole subjectif : le patient doit focaliser son attention non pas sur la hauteur tonale (qui est identique d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre) ni sur la dur\u00e9e, mais uniquement sur la \u00ab force \u00bb ou la sonie per\u00e7ue. Il doit indiquer par un signal visuel, gestuel ou par pressostat laquelle des deux oreilles per\u00e7oit le stimulus le plus fort, ou si les deux sons altern\u00e9s semblent poss\u00e9der le m\u00eame niveau d&rsquo;intensit\u00e9.<\/p>\n<p>Il existe deux m\u00e9thodologies d&rsquo;encadrement psychophysique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La m\u00e9thode \u00e0 stimulus de r\u00e9f\u00e9rence fixe :<\/strong> Le praticien fixe le niveau d&rsquo;intensit\u00e9 dans l&rsquo;oreille saine (par exemple par tranches de 10 ou 20 dB au-dessus du seuil) et module l&rsquo;intensit\u00e9 dans l&rsquo;oreille explor\u00e9e par incr\u00e9ments de 2 ou 5 dB (selon les principes descendants et ascendants de la m\u00e9thode des limites) jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9terminer le point de balance isophonique.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9thode \u00e0 stimulus de test fixe :<\/strong> Inversement, l&rsquo;intensit\u00e9 est maintenue stable dans l&rsquo;oreille affect\u00e9e et le clinicien ajuste l&rsquo;oreille saine. Cette approche est parfois pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour \u00e9viter d&rsquo;induire une fatigue auditive ou une adaptation anormale chez un patient fragile.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La repr\u00e9sentation graphique s&rsquo;effectue sur le diagramme de Fowler, compos\u00e9 de deux axes verticaux gradu\u00e9s de -10 \u00e0 120 dB HL (l&rsquo;axe gauche repr\u00e9sentant l&rsquo;oreille gauche et l&rsquo;axe droit l&rsquo;oreille droite). Pour chaque niveau test\u00e9, un segment relie le niveau d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 gauche au niveau correspondant \u00e9quilibr\u00e9 \u00e0 droite. Une inclinaison des segments qui tend vers l&rsquo;horizontale au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;intensit\u00e9 s&rsquo;accro\u00eet illustre visuellement le rattrapage de sonie inh\u00e9rent au recrutement.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La principale port\u00e9e du test ABLB s&rsquo;articule autour du <strong>diagnostic topodiagnostique diff\u00e9rentiel<\/strong> des surdit\u00e9s unilat\u00e9rales. En pratique otologique, identifier le site exact d&rsquo;une l\u00e9sion entre le r\u00e9cepteur p\u00e9riph\u00e9rique (l&rsquo;organe sensoriel de Corti) et les voies nerveuses aff\u00e9rentes conditionne le pronostic vital et fonctionnel ainsi que l&rsquo;orientation th\u00e9rapeutique (m\u00e9dicale, microchirurgicale ou audioproth\u00e9tique).<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;<strong>audioproth\u00e8se et de la r\u00e9habilitation auditive<\/strong>, la compr\u00e9hension de la pente d&rsquo;accroissement de la sonie issue de l&rsquo;ABLB s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour le r\u00e9glage optimal des aides auditives num\u00e9riques. Un patient pr\u00e9sentant un recrutement franc souffre d&rsquo;un champ dynamique r\u00e9siduel tr\u00e8s \u00e9troit : si l&rsquo;appareil auditif se contentait d&rsquo;appliquer une amplification lin\u00e9aire identique sur toute l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;intensit\u00e9, les sons faibles deviendraient intelligibles mais le moindre bruit du quotidien (claquement de porte, vaisselle) franchirait imm\u00e9diatement le seuil d&rsquo;inconfort de mani\u00e8re intol\u00e9rable. L&rsquo;objectivation du recrutement guide ainsi directement le param\u00e9trage des taux de compression \u00e0 large plage dynamique (WDRC, pour <em>Wide Dynamic Range Compression<\/em>), permettant de restituer une sonie quasi normale tout en pr\u00e9servant le confort d&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<p>Le test trouve \u00e9galement une utilit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tude des acouph\u00e8nes et de l&rsquo;hyperacousie unilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re. Certains patients souffrant d&rsquo;hyperacousie douloureuse d\u00e9veloppent une alt\u00e9ration des gains d&rsquo;amplification centrale, se traduisant lors de la balance binaurale par des courbes d&rsquo;\u00e9quilibrage anormalement d\u00e9vi\u00e9es, apportant ainsi des \u00e9l\u00e9ments objectifs pr\u00e9cieux quant au dysfonctionnement du filtrage perceptif c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis les observations fondatrices de Fowler en 1936, un ensemble consid\u00e9rable de travaux empiriques a valid\u00e9 les principes du test d&rsquo;\u00e9quilibrage de sonie. L&rsquo;\u00e9tude princeps de Margaret Dix, Charles Skinner Hallpike et J. D. Hood, publi\u00e9e en 1948 dans les <em>Proceedings of the Royal Society of Medicine<\/em>, a analys\u00e9 des dizaines de cas de surdit\u00e9s cochl\u00e9aires (essentiellement des hydrops endolymphatiques) et d&rsquo;atteintes du VIIIe nerf cr\u00e2nien v\u00e9rifi\u00e9es chirurgicalement. Leurs r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 une sensibilit\u00e9 de l&rsquo;ABLB proche de 95 % pour identifier les l\u00e9sions de l&rsquo;organe de Corti lorsque le recrutement \u00e9tait pr\u00e9sent, et une sp\u00e9cificit\u00e9 remarquable pour \u00e9liminer une pathologie du tronc nerveux.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/James_Jerger\">James Jerger<\/a> a men\u00e9 d&rsquo;amples investigations comparatives confrontant l&rsquo;ABLB \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9preuves audiom\u00e9triques supraliminiaires telles que l&rsquo;audiom\u00e9trie de B\u00e9k\u00e9sy, le test de sensibilit\u00e9 aux incr\u00e9ments de courte dur\u00e9e (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Short_Increment_Sensitivity_Index\">SISI test<\/a>) et le test de d\u00e9t\u00e9rioration du seuil tonal (<em>tone decay test<\/em>). Les donn\u00e9es de Jerger ont confirm\u00e9 que si chaque m\u00e9thode explorait une facette distincte de la physiologie sensorielle (la d\u00e9tection diff\u00e9rentielle d&rsquo;intensit\u00e9 pour le SISI, l&rsquo;adaptation auditive anormale pour le <em>tone decay<\/em>), l&rsquo;ABLB demeurait le reflet psychoacoustique le plus direct et indiscutable de la dynamique non lin\u00e9aire de la membrane basilaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine, les neurosciences auditives exploitent les principes fondamentaux de l&rsquo;ABLB pour valider les mod\u00e8les informatiques de la cochl\u00e9e humaine. Des chercheurs tels que Brian C. J. Moore ont abondamment document\u00e9 les corr\u00e9lations \u00e9troites reliant la perte d&rsquo;accordage des filtres auditifs cochl\u00e9aires, l&rsquo;alt\u00e9ration de la phase des fibres nerveuses et la sensation subjective de croissance anormale de la sonie. Ces \u00e9tudes modernes prouvent que les variations d&rsquo;inclinaison observ\u00e9es sur les \u00e9chelles de Fowler constituent une transcription psychophysique directe de la faillite des microm\u00e9canismes \u00e9lectromotiles des prot\u00e9ines motrices (prestine) des cellules cili\u00e9es externes.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que les principes biophysiques de l&rsquo;audition soient universels \u00e0 travers l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;administration pratique d&rsquo;un test psychoacoustique subjectif d\u00e9pend \u00e9troitement de variables linguistiques, culturelles et socio-organisationnelles. La sonie \u00e9tant une dimension purement ph\u00e9nom\u00e9nologique et introspective, la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 discriminer conceptuellement la \u00ab hauteur \u00bb d&rsquo;un son (grave\/aigu), son \u00ab timbre \u00bb, sa \u00ab nettet\u00e9 \u00bb et son \u00ab volume \u00bb ou sa \u00ab force \u00bb repose sur la pr\u00e9cision des consignes verbales fournies par le praticien.<\/p>\n<p>Dans diverses langues et cultures, la s\u00e9mantique de l&rsquo;intensit\u00e9 acoustique peut s&rsquo;av\u00e9rer ambigu\u00eb. Par exemple, certains termes vernaculaires confondent la clart\u00e9 d&rsquo;un son et sa puissance physique. Le clinicien doit donc adapter son vocabulaire et s&rsquo;assurer, par des essais p\u00e9dagogiques pr\u00e9alables, que le sujet r\u00e9pond bien au crit\u00e8re d&rsquo;intensit\u00e9 ressentie et non \u00e0 une vague sensation de confort d&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<p>Sur le plan contextuel et \u00e9conomique mondial, le recours aux tests psychoacoustiques traditionnels comme l&rsquo;ABLB conna\u00eet une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 g\u00e9ographique marqu\u00e9e. Dans les pays \u00e0 haut revenu dot\u00e9s d&rsquo;\u00e9quipements m\u00e9dicaux lourds, l&rsquo;acc\u00e8s syst\u00e9matique et rapide \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale et aux potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEA) a progressivement rel\u00e9gu\u00e9 l&rsquo;ABLB au rang de test de seconde intention ou d&rsquo;outil de recherche. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les structures de sant\u00e9 de pays \u00e9mergents ou dans des r\u00e9gions sous-dot\u00e9es en plateaux techniques d&rsquo;imagerie, les tests supraliminaires de balance de sonie conservent une pertinence de premier plan pour d\u00e9pister \u00e0 moindre co\u00fbt des l\u00e9sions suspectes n\u00e9cessitant une r\u00e9orientation m\u00e9dicale urgente.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa rigueur historique et de son ind\u00e9niable contribution \u00e0 la physiologie auditive, le test ABLB pr\u00e9sente des limitations intrins\u00e8ques significatives qui ont restreint son emploi dans la routine clinique moderne :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Exigence stricte d&rsquo;asym\u00e9trie auditive :<\/strong> La limite majeure de l&rsquo;ABLB r\u00e9side dans son incapacit\u00e9 structurelle \u00e0 \u00eatre administr\u00e9 chez les patients pr\u00e9sentant une surdit\u00e9 de perception bilat\u00e9rale sym\u00e9trique. Puisque le test exige une oreille de r\u00e9f\u00e9rence saine (ou avec un seuil substantiellement pr\u00e9serv\u00e9, au moins 25 \u00e0 30 dB de diff\u00e9rence \u00e0 la fr\u00e9quence \u00e9valu\u00e9e), la majorit\u00e9 des cas de presbyacousie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative bilat\u00e9rale ou d&rsquo;atteintes toxiques syst\u00e9miques ne peuvent pas \u00eatre investigu\u00e9s par ce protocole.<\/li>\n<li><strong>Subjectivit\u00e9 et charge cognitive \u00e9lev\u00e9e :<\/strong> L&rsquo;\u00e9quilibrage de sonie requiert une concentration auditive soutenue, un esprit d&rsquo;analyse sensorielle aiguis\u00e9 et une coop\u00e9ration absolue de la part du patient. Chez les sujets \u00e2g\u00e9s pr\u00e9sentant des troubles attentionnels l\u00e9gers, chez l&rsquo;enfant ou chez les individus anxieux, la variabilit\u00e9 des r\u00e9ponses peut \u00eatre tr\u00e8s importante, rendant les trac\u00e9s de Fowler instables et ininterpr\u00e9tables.<\/li>\n<li><strong>Consommation de temps en consultation :<\/strong> La recherche m\u00e9thodique des seuils d&rsquo;\u00e9quivalence sur plusieurs fr\u00e9quences par \u00e9tapes montantes et descendantes s&rsquo;av\u00e8re chronophage au sein d&rsquo;une consultation otologique contemporaine rythm\u00e9e par des contraintes de flux.<\/li>\n<li><strong>Cas fronti\u00e8res et intrications pathologiques :<\/strong> L&rsquo;interpr\u00e9tation devient d\u00e9licate en pr\u00e9sence d&rsquo;une pathologie mixte (par exemple une tumeur r\u00e9tro-cochl\u00e9aire qui compromet secondairement l&rsquo;apport vasculaire de l&rsquo;art\u00e8re auditive interne, entra\u00eenant un infarctus cochl\u00e9aire surajout\u00e9). Dans une telle configuration, des signes de recrutement cochl\u00e9aire peuvent coexister avec l&rsquo;atteinte neurale, induisant un r\u00e9sultat faussement rassurant au test ABLB.<\/li>\n<li><strong>Remplacement par les techniques objectives :<\/strong> Les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs (PEA) et l&rsquo;IRM \u00e0 haute r\u00e9solution fournissent des donn\u00e9es topographiques et anatomiques d&rsquo;une sensibilit\u00e9 et d&rsquo;une sp\u00e9cificit\u00e9 largement sup\u00e9rieures pour l&rsquo;exclusion des processus expansifs du m\u00e9at acoustique interne, sans d\u00e9pendre de la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;auditeur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin de situer ad\u00e9quatement le test ABLB dans le champ de l&rsquo;audiom\u00e9trie diagnostique, il convient de le diff\u00e9rencier rigoureusement d&rsquo;autres \u00e9preuves et concepts psychoacoustiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Test MLB (Monaural Loudness-Balance test) :<\/strong> Variante monaurale d\u00e9velopp\u00e9e par Reger. Contrairement \u00e0 l&rsquo;ABLB qui compare deux oreilles \u00e0 une fr\u00e9quence fixe, le test MLB compare, au sein de la <em>m\u00eame oreille<\/em>, la sonie entre une fr\u00e9quence endommag\u00e9e et une fr\u00e9quence adjacente rest\u00e9e normale. Il s&rsquo;applique aux surdit\u00e9s en encoche (comme les encoches traumatiques sur 4000 Hz).<\/li>\n<li><strong>Test SISI (Short Increment Sensitivity Index) :<\/strong> Con\u00e7u par Jerger, ce test supraliminaire quantifie la capacit\u00e9 du patient \u00e0 d\u00e9celer des hausses transitoires d&rsquo;intensit\u00e9 de seulement 1 dB superpos\u00e9es \u00e0 un son continu de 20 dB au-dessus du seuil. Il \u00e9value le seuil diff\u00e9rentiel d&rsquo;intensit\u00e9 (fraction de Weber) et non directement l&rsquo;\u00e9galisation binaurale de la sonie, bien qu&rsquo;il explore \u00e9galement le recrutement sensoriel.<\/li>\n<li><strong>Test de d\u00e9t\u00e9rioration du seuil (Tone Decay Test) :<\/strong> Mesure la perte de sonie dans le temps sous l&rsquo;effet d&rsquo;une stimulation tonale continue maintenue pendant 60 secondes. Il \u00e9value la fatigue ou l&rsquo;adaptation pathologique, typique des l\u00e9sions neurales, alors que l&rsquo;ABLB \u00e9value la dynamique globale de croissance de la sonie par stimulations altern\u00e9es br\u00e8ves.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie vocale dans le bruit :<\/strong> \u00c9preuve supraliminaire \u00e9valuant le pouvoir int\u00e9grateur du syst\u00e8me auditif central et la s\u00e9paration binaurale des sources sonores, se distinguant radicalement de l&rsquo;approche monophonique et tonale pure de l&rsquo;ABLB.<\/li>\n<li><strong>\u00c9preuve de Stenger :<\/strong> Test audiom\u00e9trique binaural reposant sur le principe de lat\u00e9ralisation st\u00e9r\u00e9ophonique pour d\u00e9masquer une simulation ou une hypoacousie unilat\u00e9rale non organique (psychog\u00e8ne), sans vis\u00e9e d&rsquo;\u00e9quilibrage de sonie cochl\u00e9aire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie (ABLB) de Fowler demeure un mod\u00e8le embl\u00e9matique de la psychophysique sensorielle appliqu\u00e9e au champ de l&rsquo;audition m\u00e9dicale. En exploitant une pr\u00e9sentation sonore cyclique d&rsquo;une oreille \u00e0 l&rsquo;autre, cette proc\u00e9dure met \u00e0 nu les distorsions profondes de la fonction de transfert cochl\u00e9aire cons\u00e9cutives \u00e0 la destruction des cellules cili\u00e9es externes.<\/p>\n<p>La mise en \u00e9vidence d&rsquo;un <em>recrutement auditif complet<\/em> constitue la preuve princeps d&rsquo;une affection localis\u00e9e au niveau de l&rsquo;organe sensoriel de Corti, signant la perte de l&rsquo;amplificateur biologique de l&rsquo;oreille interne. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, l&rsquo;absence de recrutement ou la pr\u00e9sence d&rsquo;un <em>d\u00e9cruement<\/em> signale une rupture de la transmission neuronale le long du nerf cochl\u00e9aire ou du tronc c\u00e9r\u00e9bral, imposant une exploration otoneurologique par r\u00e9sonance magn\u00e9tique.<\/p>\n<p>M\u00eame si son emploi syst\u00e9matique en premi\u00e8re ligne a d\u00e9clin\u00e9 au profit des bilans \u00e9lectrophysiologiques automatis\u00e9s et de l&rsquo;imagerie moderne, le test ABLB continue d&rsquo;offrir une valeur p\u00e9dagogique, th\u00e9orique et audiologique inestimable. Il \u00e9claire d&rsquo;un jour pr\u00e9cis les m\u00e9canismes de traitement de l&rsquo;intensit\u00e9 sonore, permet d&rsquo;adapter scientifiquement les algorithmes de compression dynamique des proth\u00e8ses auditives et incarne, dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine, le triomphe de la psychophysique appliqu\u00e9e au chevet du malade.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Dix, M. R., Hallpike, C. S., &#038; Hood, J. D. (1948). Observations upon the loudness recruitment phenomenon, with especial reference to the differential diagnosis of disorders of the internal ear and VIIIth nerve. <em>Proceedings of the Royal Society of Medicine<\/em>, 41(8), 516\u2013526. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18878848\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18878848\/<\/a><\/li>\n<li>Fowler, E. P. (1936). A method for the early detection of otosclerosis: A study of sounds well above the threshold of hearing, sponsored by the Bureau of Records of the American Otological Society. <em>The Laryngoscope<\/em>, 46(10), 738\u2013759. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1288\/00005537-193610000-00003\">https:\/\/doi.org\/10.1288\/00005537-193610000-00003<\/a><\/li>\n<li>Jerger, J. (1962). Hearing tests in otologic diagnosis. <em>ASHA: A Journal of the American Speech and Hearing Association<\/em>, 4(5), 139\u2013145.<\/li>\n<li>Moore, B. C. J. (2012). <em>An Introduction to the Psychology of Hearing<\/em> (6th ed.). Brill.<\/li>\n<li>Stevens, S. S. (1955). The measurement of loudness. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 27(5), 815\u2013829. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1908048\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1908048<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le test d&rsquo;\u00e9quilibrage binaural altern\u00e9 de la sonie (ABLB de Fowler) est une m\u00e9thode psychoacoustique \u00e9valuant le recrutement cochl\u00e9aire pour diff\u00e9rencier les surdit\u00e9s sensorielles des atteintes neurales.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[26703,14,4578],"tags":[31996,33107,33106,31405,33108,33105],"class_list":["post-20145","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-audiologie","category-evaluation-clinique","category-psychoacoustique","tag-audiometrie","tag-edmund-prince-fowler","tag-recrutement-auditif","tag-sonie","tag-surdite-de-perception","tag-test-ablb"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20145","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20145\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20145"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20145"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20145"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}