{"id":20136,"date":"2026-10-23T10:06:18","date_gmt":"2026-10-23T10:06:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sclerose-laterale-amyotrophique-sla"},"modified":"2026-10-23T10:06:18","modified_gmt":"2026-10-23T10:06:18","slug":"sclerose-laterale-amyotrophique-sla","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sclerose-laterale-amyotrophique-sla","title":{"rendered":"SLA : Comprendre la scl\u00e9rose lat\u00e9rale"},"content":{"rendered":"<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique repr\u00e9sente l&rsquo;une des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives les plus complexes et d\u00e9vastatrices de la neurologie et de la neuropsychologie contemporaines. Caract\u00e9ris\u00e9e par une atteinte progressive et s\u00e9lective des neurones moteurs, cette affection confronte la clinique m\u00e9dicale \u00e0 des d\u00e9fis diagnostiques, \u00e9thiques et psychologiques d&rsquo;une intensit\u00e9 singuli\u00e8re. L&rsquo;analyse rigoureuse de ses fondements physiopathologiques et de ses r\u00e9percussions cognitives permet aujourd&rsquo;hui de d\u00e9passer le clivage traditionnel entre motricit\u00e9 pure et fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<h2>Scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique (SLA)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique (SLA), commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9e en France sous le nom de maladie de Charcot et dans le monde anglo-saxon sous le terme de maladie de Lou Gehrig, est une maladie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative progressive d&rsquo;\u00e9tiologie multifactorielle qui touche de mani\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rentielle les motoneurones centraux et p\u00e9riph\u00e9riques du syst\u00e8me nerveux. Cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence entra\u00eene une d\u00e9nervation progressive des fibres musculaires squelettiques, provoquant une par\u00e9sie croissante, une atrophie musculaire, des fasciculations et, \u00e0 terme, une paralysie motrice globale \u00e9pargnant classiquement la motilit\u00e9 oculaire et le contr\u00f4le sphinct\u00e9rien.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychopathologique, la SLA est d\u00e9sormais reconnue non pas comme une entit\u00e9 neuromusculaire isol\u00e9e, mais comme une pathologie multisyst\u00e9mique int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 un continuum clinique et g\u00e9n\u00e9tique avec la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire frontotemporale. Entre 30 % et 50 % des patients manifestent des alt\u00e9rations des fonctions ex\u00e9cutives, des troubles du comportement ou des difficult\u00e9s de cognition sociale, red\u00e9finissant ainsi la trajectoire clinique de la maladie bien au-del\u00e0 de la seule sph\u00e8re locomotrice.<\/p>\n<p>Dans les stades avanc\u00e9s, le d\u00e9clin moteur s&rsquo;associe \u00e0 des enjeux majeurs de d\u00e9tresse psychologique, de remaniements identitaires profonds et d&rsquo;ajustements relationnels complexes au sein du syst\u00e8me familial, n\u00e9cessitant une prise en charge interdisciplinaire alliant neurologie, soins palliatifs, neuropsychologie et psychodynamique de l&rsquo;adaptation au handicap.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique \u00bb trouve son origine dans le vocabulaire m\u00e9dical savant forg\u00e9 \u00e0 partir du grec ancien et du latin. Le vocable \u00ab scl\u00e9rose \u00bb d\u00e9rive du grec <em>skleros<\/em> (\u03c3\u03ba\u03bb\u03b7\u03c1\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab dur \u00bb ou \u00ab indur\u00e9 \u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la texture cicatricielle et fibreuse observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;examen anatomopathologique des cordons m\u00e9dullaires. L&rsquo;adjectif \u00ab lat\u00e9rale \u00bb provient du latin <em>lateralis<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 de <em>latus<\/em>, \u00ab c\u00f4t\u00e9 \u00bb ou \u00ab flanc \u00bb), pr\u00e9cisant la localisation anatomique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dans les colonnes ou cordons lat\u00e9raux de la moelle \u00e9pini\u00e8re, o\u00f9 cheminent les faisceaux pyramidaux (corticospinaux).<\/p>\n<p>Le terme \u00ab amyotrophique \u00bb est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif grec <em>a-<\/em> (\u1f00-), de la racine <em>mys<\/em> (\u03bc\u1fe6\u03c2, \u00ab muscle \u00bb) et du substantif <em>trophe<\/em> (\u03c4\u03c1\u03bf\u03c6\u03ae, \u00ab nutrition \u00bb ou \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb). Il d\u00e9crit textuellement le d\u00e9faut d&rsquo;entretien trophique du tissu musculaire secondaire \u00e0 la perte de l&rsquo;innervation motrice p\u00e9riph\u00e9rique, conduisant \u00e0 une fonte musculaire visible. Cette d\u00e9signation nosographique pr\u00e9cise a \u00e9t\u00e9 introduite dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale internationale par le neurologue fran\u00e7ais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a> en 1874, synth\u00e9tisant avec une rigueur s\u00e9miologique exemplaire la corr\u00e9lation anatomoclinique entre l&rsquo;induration m\u00e9dullaire et la fonte musculaire progressive.<\/p>\n<p>Dans le monde anglo-saxon, le terme <em>Amyotrophic Lateral Sclerosis<\/em> (ALS) c\u00f4toie souvent l&rsquo;\u00e9ponyme <em>Lou Gehrig&rsquo;s disease<\/em>, tir\u00e9 du nom du joueur de baseball new-yorkais dont le diagnostic public en 1939 fit basculer cette affection rare au c\u0153ur de la conscience collective et de la recherche biom\u00e9dicale transatlantique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;abr\u00e9viation \u00ab SLA \u00bb se prononce couramment par \u00e9pellation phon\u00e9tique de chaque lettre sous la forme \/\u025bs.\u025bl.a\/. L&rsquo;expression nominale compl\u00e8te \u00ab scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique \u00bb se prononce \/skle.\u0281oz la.te.\u0281al a.mjo.t\u0281\u0254.fik\/ et constitue une locution nominale f\u00e9minine singuli\u00e8re. Lorsqu&rsquo;elle est d\u00e9sign\u00e9e par son \u00e9ponyme historique, l&rsquo;expression employ\u00e9e est \u00ab la maladie de Charcot \u00bb (au singulier).<\/p>\n<p>Dans la taxinomie internationale et les classifications standardis\u00e9es telles que la Classification internationale des maladies (CIM-11), la SLA est r\u00e9pertori\u00e9e sous les affections du syst\u00e8me nerveux central, plus pr\u00e9cis\u00e9ment parmi les maladies du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Motoneurone\">motoneurone<\/a>. L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 employ\u00e9 dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e pour qualifier les manifestations cliniques est \u00ab amyotrophique \u00bb ou \u00ab motoneuronique \u00bb, accord\u00e9 en genre et en nombre avec le substantif qualifi\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan r\u00e9dactionnel et clinique, l&rsquo;usage de la majuscule pour le sigle (\u00ab la SLA \u00bb) est standard, tandis que la forme d\u00e9velopp\u00e9e s&rsquo;\u00e9crit enti\u00e8rement en minuscules en dehors des d\u00e9buts de phrase. L&rsquo;accord grammatical se fait syst\u00e9matiquement au f\u00e9minin (ex. : \u00ab une SLA d&rsquo;apparition bulbaire \u00bb, \u00ab des manifestations amyotrophiques s\u00e9v\u00e8res \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique constitue le paradigme m\u00eame de l&rsquo;alt\u00e9ration s\u00e9lective des syst\u00e8mes neuronaux sp\u00e9cialis\u00e9s. Sur le plan neurobiologique, la maladie se caract\u00e9rise par la mort cellulaire progressive simultan\u00e9e ou s\u00e9quentielle du premier motoneurone (ou motoneurone central, localis\u00e9 dans la couche V du cortex moteur primaire, au niveau du gyrus pr\u00e9central) et du second motoneurone (ou motoneurone p\u00e9riph\u00e9rique, situ\u00e9 dans la corne ant\u00e9rieure de la moelle \u00e9pini\u00e8re et les noyaux moteurs des nerfs cr\u00e2niens du tronc c\u00e9r\u00e9bral). Cette double composante distingue la SLA des autres affections du motoneurone telles que la scl\u00e9rose lat\u00e9rale primitive, qui n&rsquo;affecte que le syst\u00e8me pyramidal sup\u00e9rieur, ou l&rsquo;atrophie musculaire progressive, restreinte \u00e0 la corne ant\u00e9rieure.<\/p>\n<p>La disparition conjointe de ces deux \u00e9tages de contr\u00f4le moteur engendre un tableau clinique contrast\u00e9 o\u00f9 coexistent paradoxalement des sympt\u00f4mes de d\u00e9nervation flasque et des signes d&rsquo;hyperactivit\u00e9 pyramidale spastique. Du c\u00f4t\u00e9 du deuxi\u00e8me motoneurone, le d\u00e9ficit d&rsquo;innervation produit une hypotonie, une amyotrophie progressive, des fasciculations spontan\u00e9es et une abolition progressive des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux. Du c\u00f4t\u00e9 du premier motoneurone, l&rsquo;interruption de la voie inhibitrice descendante g\u00e9n\u00e8re une hyperr\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse, une spasticit\u00e9 \u00e9lastique, le signe de Babinski et une lib\u00e9ration des automatismes moteurs primitifs.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychoaffectif, la SLA s&rsquo;affranchit de la conception historique d&rsquo;une conscience pr\u00e9serv\u00e9e captive d&rsquo;un corps paralys\u00e9. Les investigations neurophysiologiques et d&rsquo;imagerie fonctionnelle ont \u00e9tabli l&rsquo;existence d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence trans-synaptique et de d\u00e9p\u00f4ts de prot\u00e9ines anormales s&rsquo;\u00e9tendant bien au-del\u00e0 des territoires moteurs, atteignant le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, le cortex orbitofrontal et les aires temporales ant\u00e9rieures. En d\u00e9coule un spectre cognitif complexe o\u00f9 s&rsquo;expriment des d\u00e9ficits des fonctions ex\u00e9cutives (inhibition, flexibilit\u00e9 mentale, g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;id\u00e9es), des difficult\u00e9s d&#8217;empathie cognitive et des fluctuations de l&rsquo;humeur caract\u00e9ris\u00e9es notamment par le syndrome pseudo-bulbaire (rires et pleurs spasmodiques sans corr\u00e9lation proportionn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel interne).<\/p>\n<p>Cette dynamique d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative induit une \u00e9preuve existentielle et psychodynamique d&rsquo;une magnitude exceptionnelle. Le patient assiste de mani\u00e8re lucide ou partiellement \u00e9mouss\u00e9e \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation rapide de son autonomie physique, de sa capacit\u00e9 de d\u00e9ambulation, de pr\u00e9hension, de phonation puis de d\u00e9glutition et de respiration. Le travail du deuil corporel s&rsquo;effectue dans une temporalit\u00e9 comprim\u00e9e, imposant des r\u00e9ajustements identitaires permanents, un remaniement des m\u00e9canismes de d\u00e9fense du Moi (refoulement, d\u00e9ni adapt\u00e9, clivage protecteur) et une confrontation pr\u00e9coce avec la finitude.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique refl\u00e8te l&rsquo;essor de la m\u00e9thode anatomoclinique du XIXe si\u00e8cle jusqu&rsquo;aux r\u00e9volutions de la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire et des neurosciences contemporaines. Si des descriptions \u00e9parses de paralysies progressives avec fonte musculaire figurent chez Charles Bell en 1830 ou Fran\u00e7ois-Amilcar Aran en 1850 (qui isole l&rsquo;atrophie musculaire progressive), c&rsquo;est \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re, sous l&rsquo;\u00e9gide de Jean-Martin Charcot, que la maladie est formellement circonscrite.<\/p>\n<p>Entre 1865 et 1869, Charcot et son collaborateur Alix Joffroy r\u00e9alisent des autopsies m\u00e9ticuleuses chez des patientes pr\u00e9sentant des contractions spasmodiques associ\u00e9es \u00e0 une amyotrophie rapide. Charcot identifie avec exactitude la coexistence de l\u00e9sions dans les faisceaux pyramidaux lat\u00e9raux et dans les cornes ant\u00e9rieures de la substance grise m\u00e9dullaire. En 1874, il consacre ses le\u00e7ons universitaires \u00e0 cette entit\u00e9 nosologique distincte et forge d\u00e9finitivement le terme de \u00ab scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique \u00bb, s\u00e9parant cette entit\u00e9 des autres paralysies du syst\u00e8me nerveux central de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, la maladie gagne en visibilit\u00e9 \u00e9pid\u00e9miologique et clinique \u00e0 travers deux \u00e9v\u00e9nements marquants. Tout d&rsquo;abord, en 1939, l&rsquo;annonce de la maladie chez Lou Gehrig, ic\u00f4ne am\u00e9ricaine du baseball, suscite une prise de conscience populaire et institutionnelle anglo-saxonne. Parall\u00e8lement, des foyers d&rsquo;incidence anormalement \u00e9lev\u00e9s sont identifi\u00e9s dans le Pacifique occidental, notamment sur l&rsquo;\u00eele de Guam parmi la population Chamorro, o\u00f9 le syndrome de Guam associe SLA, syndrome parkinsonien et d\u00e9mence, orientant les hypoth\u00e8ses vers des facteurs environnementaux et toxiniques (tels que la b\u00eata-m\u00e9thylamino-L-alanine ou BMAA).<\/p>\n<p>La fin du XXe et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par des perc\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques majeures. En 1993, Rosen et son \u00e9quipe d\u00e9couvrent des mutations dans le g\u00e8ne <em>SOD1<\/em> (superoxyde dismutase 1), d\u00e9montrant pour la premi\u00e8re fois une origine monog\u00e9nique dans une fraction des formes familiales. L&rsquo;\u00e9tape d\u00e9cisive suivante intervient en 2006 lorsque Neumann et ses coll\u00e8gues identifient la prot\u00e9ine TAR DNA-binding protein 43 (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/TDP-43\">TDP-43<\/a>) comme le composant majeur des agr\u00e9gats prot\u00e9iques ubiquitin\u00e9s retrouv\u00e9s dans la quasi-totalit\u00e9 des SLA sporadiques. Enfin, en 2011, la d\u00e9couverte de l&rsquo;expansion du motif hexanucl\u00e9otidique non codant dans le g\u00e8ne <em>C9orf72<\/em> scelle d\u00e9finitivement le lien g\u00e9n\u00e9tique et biologique entre la SLA et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mence_frontotemporale\">d\u00e9mence frontotemporale<\/a>, bouleversant \u00e0 jamais le paradigme purement neuromusculaire de la pathologie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan physiopathologique, la SLA est comprise aujourd&rsquo;hui comme une prot\u00e9inopathie complexe sous-tendue par une cascade d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements d\u00e9l\u00e9t\u00e8res interconnect\u00e9s conduisant \u00e0 la s\u00e9nescence et \u00e0 la mort apoptotique des motoneurones. Plusieurs m\u00e9canismes th\u00e9oriques et exp\u00e9rimentaux concourent \u00e0 cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence :<\/p>\n<p>Le premier axe physiopathologique repose sur la prot\u00e9inopathie \u00e0 TDP-43. Dans les cellules saines, TDP-43 est une prot\u00e9ine nucl\u00e9aire impliqu\u00e9e dans la r\u00e9gulation de la transcription, l&rsquo;\u00e9pissage alternatif et le m\u00e9tabolisme de l&rsquo;ARN. Chez plus de 95 % des patients atteints de SLA, cette prot\u00e9ine subit une d\u00e9localisation anormale : elle d\u00e9serte le compartiment nucl\u00e9aire (entra\u00eenant une perte de fonction physiologique essentielle) et s&rsquo;accumule sous forme hyperphosphoryl\u00e9e et cliv\u00e9e dans le cytoplasme des neurones et des cellules gliales (induisant une toxicit\u00e9 par gain de fonction).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me m\u00e9canisme implique l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique. Les motoneurones sont des cellules de grande taille particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux surcharges calciques. Dans la fente synaptique, une clairance d\u00e9faillante du glutamate par les transporteurs astrocytaires EAAT2 entra\u00eene une suractivation soutenue des r\u00e9cepteurs glutamatergiques post-synaptiques (AMPA et NMDA). Cette stimulation excessive d\u00e9clenche un afflux massif d&rsquo;ions calcium intracellulaires, saturant les capacit\u00e9s tampons mitochondriales, g\u00e9n\u00e9rant un stress oxydatif majeur et activant des prot\u00e9ases destructrices comme les calpa\u00efnes et les caspases.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me axe implique la dysfonction neuro-inflammatoire et non-cellulaire autonome. La perte neuronale n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement solitaire : la microglie activ\u00e9e et les astrocytes r\u00e9actifs basculent d&rsquo;un ph\u00e9notype protecteur vers un profil pro-inflammatoire neurotoxique, s\u00e9cr\u00e9tant des cytokines inflammatoires (TNF-alpha, IL-1 b\u00eata) et des d\u00e9riv\u00e9s r\u00e9actifs de l&rsquo;oxyg\u00e8ne. Les anomalies du transport axonal r\u00e9trograde et ant\u00e9rograde finissent par paralyser le transfert d&rsquo;organelles vitales et de facteurs trophiques (comme le BDNF) entre le soma et la terminaison synaptique \u00e0 la jonction neuromusculaire.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique se d\u00e9ploie selon plusieurs dimensions anatomiques, g\u00e9n\u00e9tiques et clinico-cognitives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Forme bulbaire (environ 25 \u00e0 30 % des cas initiaux) :<\/strong> L&rsquo;atteinte motrice d\u00e9bute au niveau des motoneurones du tronc c\u00e9r\u00e9bral (nerfs glosso-pharyngien, vague, hypoglosse). Elle se manifeste pr\u00e9cocement par une dysarthrie paralytique, une dysphonie, des troubles de la d\u00e9glutition (dysphagie) et une atrophie de la langue avec fasciculations intenses, entra\u00eenant une \u00e9volution clinique plus rapide.<\/li>\n<li><strong>Forme spinale classique (environ 65 \u00e0 70 % des cas) :<\/strong> L&rsquo;inauguration symptomatique s&rsquo;observe aux \u00e9tages m\u00e9dullaires cervicaux ou lombaires. Le patient pr\u00e9sente un d\u00e9ficit moteur asym\u00e9trique distal, d\u00e9butant fr\u00e9quemment par une faiblesse de pr\u00e9hension d&rsquo;une main ou un pied tombant unilat\u00e9ral, s&rsquo;\u00e9tendant secondairement aux autres membres.<\/li>\n<li><strong>Forme respiratoire inaugurale (moins de 5 % des cas) :<\/strong> D\u00e9but atypique et s\u00e9v\u00e8re marqu\u00e9 par une faiblesse pr\u00e9coce du diaphragme et des muscles intercostaux, se manifestant par une orthopn\u00e9e, des c\u00e9phal\u00e9es matinales et une d\u00e9tresse respiratoire aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>Sous-types g\u00e9n\u00e9tiques et sporadiques :<\/strong> Environ 90 % des cas sont dits sporadiques (sans ant\u00e9c\u00e9dent familial connu), tandis que 10 % rel\u00e8vent de formes familiales autosomiques dominantes, principalement associ\u00e9es aux mutations des g\u00e8nes <em>C9orf72<\/em>, <em>SOD1<\/em>, <em>TARDBP<\/em> et <em>FUS<\/em>.<\/li>\n<li><strong>Dimension cognitive et comportementale :<\/strong> Selon le consensus international d&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique de la SLA (crit\u00e8res de Strong), on distingue : la SLA sans d\u00e9ficit cognitif (pure), la SLA avec d\u00e9ficit cognitif l\u00e9ger (SLA-ci, domin\u00e9e par les dysfonctions ex\u00e9cutives), la SLA avec alt\u00e9ration comportementale (SLA-bi, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;apathie, la d\u00e9sinhibition ou la perte d&#8217;empathie), et la SLA associ\u00e9e \u00e0 une d\u00e9mence frontotemporale constitu\u00e9e (SLA-DFT).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique et neuropsychologique de la pathologie, deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques illustrent la diversit\u00e9 de son tableau :<\/p>\n<p><strong>Vignette 1 : La forme spinale progressive avec composante d&rsquo;adaptation psychodynamique<\/strong><br \/>Monsieur P., 54 ans, ing\u00e9nieur, consulte initialement pour une maladresse progressive de la main droite survenue sur une p\u00e9riode de cinq mois. Il \u00e9prouve des difficult\u00e9s \u00e0 manipuler ses cl\u00e9s et \u00e0 boutonner sa chemise. L&rsquo;examen clinique r\u00e9v\u00e8le une atrophie marqu\u00e9e du premier espace interosseux et de l&rsquo;\u00e9minence th\u00e9nar droite, accompagn\u00e9e de fasciculations spontan\u00e9es. Parall\u00e8lement, les r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux au membre sup\u00e9rieur homolat\u00e9ral sont paradoxalement vifs et diffus\u00e9s, traduisant la double atteinte du premier et du second motoneurone. L&rsquo;\u00e9lectromyogramme confirme des trac\u00e9s neurog\u00e8nes actifs \u00e9tendus aux quatre membres. Sur le plan psychologique, M. P. traverse une premi\u00e8re phase d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 et de d\u00e9ni intellectualis\u00e9, cherchant d&rsquo;autres causes tendineuses ou ost\u00e9oarticulaires. Face \u00e0 l&rsquo;extension rapide du d\u00e9ficit au membre controlat\u00e9ral, le patient exprime une angoisse existentielle majeure li\u00e9e \u00e0 la perspective de la d\u00e9pendance physique. Un suivi psychoth\u00e9rapeutique de soutien est mis en place pour accompagner le remaniement des repr\u00e9sentations de soi, soutenir l&rsquo;alliance avec les aidants naturels et aborder de mani\u00e8re s\u00e9quentielle les anticipations relatives aux directives anticip\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Vignette 2 : La forme bulbaire avec syndrome cognitivo-comportemental associ\u00e9<\/strong><br \/>Madame T., 68 ans, retrait\u00e9e de l&rsquo;enseignement, est orient\u00e9e vers une consultation neurologique sp\u00e9cialis\u00e9e par son entourage familial en raison d&rsquo;une voix nasonn\u00e9e progressive et d&rsquo;\u00e9touffements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s lors de l&rsquo;ingestion de liquides. Parall\u00e8lement aux signes moteurs bulbaires (par\u00e9sie labio-glossopharyng\u00e9e avec fasciculations linguales), la famille signale un changement profond de personnalit\u00e9 depuis six mois : Mme T. est devenue inhabituellement apathique, n\u00e9glige la tenue de ses comptes financiers et manifeste des rires spasmodiques inappropri\u00e9s lors d&rsquo;annonces de nouvelles dramatiques. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique objective un syndrome dysex\u00e9cutif net avec effondrement de la fluence verbale phon\u00e9mique et pers\u00e9v\u00e9rations massives, sans trouble mn\u00e9sique de type hippocampique. Le diagnostic retenu est celui d&rsquo;une SLA \u00e0 d\u00e9but bulbaire avec troubles cognitivo-comportementaux (SLA-ci\/bi). L&rsquo;\u00e9quipe soignante doit adapter sa communication en recourant \u00e0 des supports visuels simplifi\u00e9s et pr\u00e9parer l&rsquo;aidant principal aux r\u00e9actions \u00e9motionnelles paradoxales de la patiente, \u00e9vitant les contresens affectifs au sein du couple.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic neuropsychologique<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique est avant tout clinique et neurophysiologique, fond\u00e9 sur l&rsquo;exclusion d&rsquo;autres affections compressives, inflammatoires ou m\u00e9taboliques. Historiquement formalis\u00e9 par les crit\u00e8res d&rsquo;El Escorial (1994) et r\u00e9vis\u00e9 sous les crit\u00e8res d&rsquo;Airlie House puis de Gold Coast (2020), le diagnostic repose sur la mise en \u00e9vidence d&rsquo;une atteinte conjointe du motoneurone sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur dans au moins une r\u00e9gion corporelle, ou du motoneurone inf\u00e9rieur dans au moins deux r\u00e9gions, avec une progression temporelle document\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle de r\u00e9f\u00e9rence en pratique clinique et dans les essais th\u00e9rapeutiques est l&rsquo;\u00e9chelle r\u00e9vis\u00e9e de cotation fonctionnelle de la SLA (<em>Amyotrophic Lateral Sclerosis Functional Rating Scale-Revised<\/em>, ou ALSFRS-R). Cet instrument quantitatif \u00e9value 12 items regroup\u00e9s en quatre sous-domaines vitaux : la motricit\u00e9 bulbaire (\u00e9locution, salivation, d\u00e9glutition), la motricit\u00e9 fine des membres sup\u00e9rieurs (\u00e9criture, manipulation des ustensiles, habillage), la motricit\u00e9 globale des membres inf\u00e9rieurs (marche, mont\u00e9e d&rsquo;escaliers) et la fonction respiratoire (dyspn\u00e9e, orthopn\u00e9e, ventilation assist\u00e9e). Chaque item est scor\u00e9 de 0 (perte compl\u00e8te de la fonction) \u00e0 4 (fonction normale), sur un total de 48 points.<\/p>\n<p>Dans le domaine neuropsychologique, les tests psychom\u00e9triques traditionnels n\u00e9cessitant une composante motrice rapide ou une production verbale orale s&rsquo;av\u00e8rent inadapt\u00e9s en raison des d\u00e9ficits moteurs et bulbaires. C&rsquo;est pourquoi le consensus international pr\u00e9conise l&rsquo;utilisation de batteries cognitives sp\u00e9cifiquement valid\u00e9es et adapt\u00e9es au handicap moteur, au premier rang desquelles figure l&rsquo;ECAS (<em>Edinburgh Cognitive and Behavioural ALS Screen<\/em>). L&rsquo;ECAS permet d&rsquo;\u00e9valuer distinctement les fonctions sp\u00e9cifiques alt\u00e9r\u00e9es dans la SLA (fonctions ex\u00e9cutives, fluence verbale, langage, cognition sociale) tout en neutralisant l&rsquo;impact de la lenteur motrice, et d&rsquo;isoler les fonctions non sp\u00e9cifiques (m\u00e9moire visuospatiale, orientation temporelle). Des inventaires comportementaux administr\u00e9s aupr\u00e8s des proches aidants, tels que le FBI (<em>Frontal Behavioral Inventory<\/em>), compl\u00e8tent le bilan pour d\u00e9tecter pr\u00e9cocement l&rsquo;apathie, la rigidit\u00e9 mentale ou la perte de tact interpersonnel.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et retentissement psychologique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la SLA ne dispose pas \u00e0 ce jour de traitement curatif permettant d&rsquo;interrompre d\u00e9finitivement le cours \u00e9volutif de la maladie. Elle s&rsquo;articule autour d&rsquo;une approche palliative pr\u00e9coce, int\u00e9gr\u00e9e et pluridisciplinaire au sein de centres experts de r\u00e9f\u00e9rence. Le traitement pharmacologique modificateur repose principalement sur le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Riluzole\">riluzole<\/a>, un anti-glutamatergique ayant d\u00e9montr\u00e9 une prolongation modeste mais statistiquement significative de la survie m\u00e9diane.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur de l&rsquo;intervention clinique r\u00e9side dans le soutien symptomatique et technologique : la ventilation non invasive (VNI) \u00e0 pression positive pour compenser l&rsquo;hypoventilation alv\u00e9olaire nocturne, la mise en place d&rsquo;une gastrostomie percutan\u00e9e radiologique ou endoscopique pour pr\u00e9venir la d\u00e9nutrition s\u00e9v\u00e8re et l&rsquo;\u00e9puisement lors des repas, ainsi que l&rsquo;appareillage de communication alternative et am\u00e9lior\u00e9e (synth\u00e8ses vocales, poursuite oculaire informatis\u00e9e).<\/p>\n<p>Le retentissement psychologique chez le patient et ses aidants primaires est colossal. La confrontation avec une maladie incurable et inexorablement invalidante induit des oscillations psychiques majeures : phases de d\u00e9sespoir r\u00e9actionnel, anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9touffement, r\u00e9activation d&rsquo;angoisses archa\u00efques de n\u00e9antisation corporelle et syndrome d&rsquo;\u00e9puisement de l&rsquo;aidant. Contrairement \u00e0 l&rsquo;intuition commune, les \u00e9tudes longitudinales r\u00e9v\u00e8lent un ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable d&rsquo;\u00ab adaptation paradoxale \u00bb : un nombre significatif de patients, m\u00eame totalement paralys\u00e9s sous ventilation m\u00e9canique au long cours, rapportent une qualit\u00e9 de vie per\u00e7ue relativement pr\u00e9serv\u00e9e si le soutien relationnel, la gestion de l&rsquo;inconfort et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des moyens de communication interactifs sont optimis\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement par un psychologue clinicien ou un psychiatre est primordial d\u00e8s les \u00e9tapes initiales pour faciliter le travail d&rsquo;\u00e9laboration des directives anticip\u00e9es, d\u00e9samorcer les conflits d&rsquo;ambivalence autour de la trach\u00e9otomie ou de la s\u00e9dation profonde et continue, et offrir un espace d&rsquo;\u00e9tayage \u00e0 la parole de l&rsquo;aidant confront\u00e9 \u00e0 un deuil blanc quotidien.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche sur la SLA a connu une acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, port\u00e9e par des mod\u00e8les murins transg\u00e9niques, l&rsquo;utilisation de cellules souches pluripotentes induites (iPSC) d\u00e9riv\u00e9es de patients et des consortia internationaux de s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9nomique \u00e0 haut d\u00e9bit.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, les travaux de DeJesus-Hernandez et al. (2011) et de Renton et al. (2011) ont prouv\u00e9 que la mutation par r\u00e9p\u00e9tition du motif GGGGCC dans <em>C9orf72<\/em> repr\u00e9sentait la cause monog\u00e9nique la plus fr\u00e9quente de SLA et de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire frontotemporale dans les populations europ\u00e9ennes, repr\u00e9sentant environ 30 \u00e0 40 % des formes familiales et 5 \u00e0 7 % des formes sporadiques. Des \u00e9tudes m\u00e9canistiques ont montr\u00e9 que cette mutation agit par plusieurs voies toxiques : formation de foyers d&rsquo;ARN nucl\u00e9aires s\u00e9questrant des prot\u00e9ines liant l&rsquo;ARN, production de peptides anormaux par traduction non-ATG d\u00e9pendante (prot\u00e9ines poly-dipeptidiques) et haplo-insuffisance de la prot\u00e9ine C9orf72 impliqu\u00e9e dans l&rsquo;autophagie et la r\u00e9gulation lysosomale.<\/p>\n<p>Sur le front th\u00e9rapeutique, des perc\u00e9es r\u00e9centes en nanom\u00e9decine et pharmacog\u00e9nomique ont abouti au d\u00e9veloppement des oligonucl\u00e9otides antisens (ASO). Le tofersen, un ASO con\u00e7u pour cibler et d\u00e9grader les transcrits d&rsquo;ARN messager du g\u00e8ne <em>SOD1<\/em> mut\u00e9, a d\u00e9montr\u00e9 dans l&rsquo;essai clinique de phase III VALOR (Miller et al., 2022) une r\u00e9duction massive du biomarqueur neurofilament \u00e0 cha\u00eene l\u00e9g\u00e8re (NfL) dans le liquide c\u00e9phalorachidien et le plasma, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;un ralentissement significatif du d\u00e9clin clinique lors des phases d&rsquo;extension en ouvert. Cette \u00e9tape consacre l&rsquo;av\u00e8nement des th\u00e9rapies de pr\u00e9cision ciblant l&rsquo;architecture g\u00e9n\u00e9tique individuelle de la maladie.<\/p>\n<p>Dans le domaine des biomarqueurs, les neurofilaments (NfL et pNfH) sont devenus des outils de r\u00e9f\u00e9rence pour quantifier la vitesse de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale en temps r\u00e9el, permettant de stratifier les patients dans les protocoles d&rsquo;essais cliniques et de surveiller objectivement l&rsquo;efficacit\u00e9 biologique des nouvelles mol\u00e9cules neuroprotectrices.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception, la trajectoire de soins et le v\u00e9cu subjectif de la scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique sont profond\u00e9ment modul\u00e9s par les contextes culturels, les valeurs familiales et les l\u00e9gislations nationales relatives \u00e0 la fin de vie.<\/p>\n<p>L&rsquo;attitude envers les technologies de maintien artificiel de la vie illustre des divergences transculturelles saisissantes. Dans les pays o\u00f9 l&rsquo;autonomie individuelle absolue constitue la valeur cardinale (comme aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse), le recours \u00e0 la trach\u00e9otomie avec ventilation invasive permanente est exceptionnel (inf\u00e9rieur \u00e0 5-10 % des cas), les patients privil\u00e9giant l&rsquo;arr\u00eat th\u00e9rapeutique encadr\u00e9 ou l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir lorsque la perte de communication survient. \u00c0 l&rsquo;inverse, au Japon, o\u00f9 pr\u00e9vaut une philosophie collectiviste de solidarit\u00e9 familiale interg\u00e9n\u00e9rationnelle et un respect absolu de la pr\u00e9servation de la vie biologique, le taux de trach\u00e9otomie chez les patients atteints de SLA atteint historiquement 30 \u00e0 40 %, le syst\u00e8me d&rsquo;assurance maladie et les r\u00e9seaux d&rsquo;aidants s&rsquo;organisant pour maintenir le patient \u00e0 domicile sur des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Sur le plan social, l&rsquo;av\u00e8nement des r\u00e9seaux num\u00e9riques et des campagnes globales de sensibilisation, telles que le ph\u00e9nom\u00e8ne viral du <em>Ice Bucket Challenge<\/em> en 2014, a transform\u00e9 le statut de la maladie dans l&rsquo;espace public. Cette campagne m\u00e9diatique sans pr\u00e9c\u00e9dent a mobilis\u00e9 plus de 200 millions de dollars de fonds caritatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire, finan\u00e7ant directement des consortiums de s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9n\u00e9tique comme le projet MinE. N\u00e9anmoins, certains sociologues ont soulign\u00e9 le paradoxe de ces campagnes qui mettent en sc\u00e8ne une exposition corporelle ludique contrastant violemment avec la d\u00e9ch\u00e9ance motrice et la gravit\u00e9 clinique v\u00e9cues par les malades au quotidien.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Plusieurs controverses d&rsquo;ordre scientifique, nosologique et \u00e9thique animent la communaut\u00e9 neurologique internationale :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne l&rsquo;unicit\u00e9 de la SLA versus la multiplicit\u00e9 des sous-entit\u00e9s nosologiques. De nombreux neuroscientifiques remettent en cause l&rsquo;id\u00e9e que la SLA soit une maladie homog\u00e8ne, pr\u00e9f\u00e9rant le concept de \u00ab syndrome de scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique \u00bb ou de \u00ab syndrome de d\u00e9faillance motoneuronale \u00bb. Les disparit\u00e9s spectaculaires dans la vitesse de progression (allant d&rsquo;une issue fatale en moins d&rsquo;une ann\u00e9e \u00e0 des survies prolong\u00e9es au-del\u00e0 de 20 ans chez certains patients c\u00e9l\u00e8bres comme le physicien Stephen Hawking) sugg\u00e8rent des m\u00e9canismes pathog\u00e9niques distincts sous un tableau terminal commun.<\/p>\n<p>Une seconde controverse porte sur le r\u00f4le exact des facteurs d&rsquo;exposition environnementaux. De nombreuses \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques cas-t\u00e9moins ont sugg\u00e9r\u00e9 des corr\u00e9lations entre la SLA et l&rsquo;exercice physique intense professionnel (chez les footballeurs professionnels italiens ou les v\u00e9t\u00e9rans militaires), l&rsquo;exposition aux m\u00e9taux lourds (plomb, mercure), aux pesticides agricoles ou aux champs \u00e9lectromagn\u00e9tiques. Cependant, la causalit\u00e9 directe demeure difficile \u00e0 prouver de mani\u00e8re irr\u00e9futable, laissant ouverte la question de savoir si l&rsquo;effort physique intense constitue un facteur \u00e9tiologique primaire ou simplement un r\u00e9v\u00e9lateur chez des individus porteurs d&rsquo;une pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique sous-jacente.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me n\u0153ud de d\u00e9bat concerne les questions d&rsquo;\u00e9thique clinique entourant la prise de d\u00e9cision en phase avanc\u00e9e. Lorsque la SLA s&rsquo;accompagne d&rsquo;un syndrome dysex\u00e9cutif ou d&rsquo;une d\u00e9mence frontotemporale naissante, la capacit\u00e9 de discernement du patient quant au consentement \u00e0 la gastrostomie, \u00e0 la ventilation m\u00e9canique ou au refus d&rsquo;intubation est compromise. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;aptitude d\u00e9cisionnelle devient alors un dilemme \u00e9thique majeur pour les \u00e9quipes m\u00e9dicales, confront\u00e9es \u00e0 la tension entre le respect des volont\u00e9s pr\u00e9alablement exprim\u00e9es et la protection d&rsquo;un patient vuln\u00e9rable dont les fonctions ex\u00e9cutives sont alt\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer une rigueur s\u00e9miologique exemplaire, la SLA doit \u00eatre diff\u00e9renci\u00e9e de plusieurs entit\u00e9s neurologiques et nosologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Atrophie musculaire progressive (AMP) :<\/strong> Ne touche de mani\u00e8re isol\u00e9e que le motoneurone p\u00e9riph\u00e9rique (corne ant\u00e9rieure de la moelle), sans aucun signe pyramidal ni spasticit\u00e9. Son pronostic est souvent plus lentement progressif que la SLA typique.<\/li>\n<li><strong>Scl\u00e9rose lat\u00e9rale primitive (SLP) :<\/strong> Se caract\u00e9rise par une atteinte purement exclusive du premier motoneurone (faisceau pyramidal), provoquant une spasticit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re et une hyperr\u00e9flexie sans atrophie musculaire majeure ni fasciculations pendant au moins quatre \u00e0 cinq ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9volution.<\/li>\n<li><strong>Neuropathie motrice multifocale \u00e0 blocs de conduction (NMMBC) :<\/strong> Neuropathie p\u00e9riph\u00e9rique auto-immune traitable par immunoglobulines intraveineuses. Elle mime une SLA \u00e0 d\u00e9but spinal par des d\u00e9ficits moteurs asym\u00e9triques des membres sup\u00e9rieurs sans troubles sensitifs, mais l&rsquo;\u00e9lectroneuromyogramme montre des blocs de conduction motrice en dehors des sites de pi\u00e9geage anatomique, et le liquide c\u00e9phalorachidien ne pr\u00e9sente pas le profil d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif de la SLA.<\/li>\n<li><strong>Myasth\u00e9nie grave :<\/strong> Pathologie de la jonction neuromusculaire auto-immune pouvant mimer une atteinte bulbaire par une ptose palp\u00e9brale, une diplopie et une dysphagie fluctuante. Contrairement \u00e0 la SLA, la fatigabilit\u00e9 musculaire s&rsquo;aggrave \u00e0 l&rsquo;effort r\u00e9p\u00e9t\u00e9 et s&rsquo;am\u00e9liore au repos, sans fasciculations ni atrophie musculaire pr\u00e9coce.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire frontotemporale (DLFT) :<\/strong> Entit\u00e9 neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative touchant le p\u00f4le ant\u00e9rieur du cerveau. Bien qu&rsquo;elle partage les m\u00eames agr\u00e9gats de prot\u00e9ine TDP-43 que la SLA, la DLFT pure se traduit par une d\u00e9mence comportementale ou une aphasie primaire progressive sans d\u00e9ficit motoneuronique p\u00e9riph\u00e9rique initial.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique demeure une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;une redoutable gravit\u00e9, dont la compr\u00e9hension a connu des bouleversements paradigmatiques fondamentaux au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Atteinte motrice combin\u00e9e :<\/strong> La pathologie se singularise par la destruction synergique du motoneurone central (spasticit\u00e9, hyperr\u00e9flexie) et du motoneurone p\u00e9riph\u00e9rique (amyotrophie, hypotonie, fasciculations), conduisant \u00e0 une paralysie motrice inexorable.<\/li>\n<li><strong>Continuit\u00e9 multisyst\u00e9mique :<\/strong> La SLA n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9e comme une affection motrice cloisonn\u00e9e, mais comme un continuum neurobiologique et cognitif avec la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire frontotemporale, domin\u00e9 par des prot\u00e9inopathies \u00e0 TDP-43 et des anomalies g\u00e9n\u00e9tiques communes (notamment l&rsquo;expansion de <em>C9orf72<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Alt\u00e9rations cognitives sp\u00e9cifiques :<\/strong> Jusqu&rsquo;\u00e0 50 % des patients pr\u00e9sentent des dysfonctions ex\u00e9cutives et comportementales d\u00e9celables gr\u00e2ce \u00e0 des outils psychom\u00e9triques adapt\u00e9s au handicap moteur (comme l&rsquo;ECAS), transformant la gestion relationnelle et l&rsquo;anticipation \u00e9thique des soins.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge interdisciplinaire :<\/strong> En l&rsquo;absence actuelle de cure d\u00e9finitive, l&rsquo;optimisation de la survie et du confort repose sur l&rsquo;introduction pr\u00e9coce de la ventilation non invasive, de la nutrition assist\u00e9e, des synth\u00e8ses vocales informatis\u00e9es et d&rsquo;un accompagnement psychologique soutenu face aux angoisses de d\u00e9pendance et de finitude.<\/li>\n<li><strong>\u00c8re des th\u00e9rapies g\u00e9niques cibl\u00e9es :<\/strong> Le succ\u00e8s clinique d&rsquo;oligonucl\u00e9otides antisens comme le tofersen chez les porteurs de mutations g\u00e9n\u00e9tiques inaugure l&rsquo;\u00e8re de la m\u00e9decine mol\u00e9culaire de pr\u00e9cision, ouvrant la voie \u00e0 des interventions capables de modifier biologiquement le cours \u00e9volutif de la pathologie.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Charcot, J.-M. (1874). <em>De la scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique<\/em>. Progr\u00e8s M\u00e9dical, 2, 325-327, 341-342, 421-423.<\/li>\n<li>DeJesus-Hernandez, M., Mackenzie, I. R., Boeve, B. F., Boxer, A. L., Baker, M., Rutherford, N. J., &#8230; &amp; Rademakers, R. (2011). Expanded GGGGCC hexanucleotide repeat in noncoding region of C9ORF72 causes chromosome 9p-linked FTD and ALS. <em>Neuron<\/em>, 72(2), 245-256. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2011.09.011\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2011.09.011<\/a><\/li>\n<li>Miller, T. M., Cudkowicz, M. E., Genge, A., Shaw, P. J., Sobue, G., Bucelli, R. C., &#8230; &amp; Ferguson, T. A. (2022). Trial of antisense oligonucleotide tofersen for SOD1 ALS. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 387(12), 1099-1110. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa2204705\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa2204705<\/a><\/li>\n<li>Neumann, M., Sampathu, D. M., Kwong, L. K., Truax, A. C., Micsenyi, M. C., Chou, T. T., &#8230; &amp; Lee, V. M. (2006). Ubiquitinated TDP-43 in frontotemporal lobar degeneration and amyotrophic lateral sclerosis. <em>Science<\/em>, 314(5796), 130-133. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1134108\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1134108<\/a><\/li>\n<li>Strong, M. J., Abrahams, S., Goldstein, L. H., Woolley, S., Mclaughlin, P., Snowden, J., &#8230; &amp; Turner, M. R. (2017). Amyotrophic lateral sclerosis-frontotemporal spectrum disorder (ALS-FTSD): Revised diagnostic criteria. <em>Amyotrophic Lateral Sclerosis and Frontotemporal Degeneration<\/em>, 18(3-4), 153-174. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/21678421.2016.1267760\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/21678421.2016.1267760<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) est une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative progressive touchant les motoneurones et les fonctions ex\u00e9cutives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,31394],"tags":[1949,33077,30707,30877,25441,33078],"class_list":["post-20136","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-troubles-neurologiques","tag-fonctions-executives","tag-maladie-de-charcot","tag-motoneurone","tag-neurodegenerescence","tag-sla","tag-tdp-43"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20136\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}