{"id":20126,"date":"2026-10-23T09:42:11","date_gmt":"2026-10-23T09:42:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=alpha-endorphine-messager-opioide-cerebral"},"modified":"2026-10-23T09:42:11","modified_gmt":"2026-10-23T09:42:11","slug":"alpha-endorphine-messager-opioide-cerebral","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=alpha-endorphine-messager-opioide-cerebral","title":{"rendered":"Alpha-endorphine : Messager opio\u00efde c\u00e9r\u00e9bral"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;alpha-endorphine repr\u00e9sente un neuropeptide endog\u00e8ne fondamental au croisement de la neurobiologie mol\u00e9culaire, de la psychopharmacologie et des sciences comportementales. Issue du clivage prot\u00e9olytique de la pro-opiom\u00e9lanocortine (POMC), cette s\u00e9quence peptidique de seize acides amin\u00e9s exerce des modulations complexes sur les circuits de la r\u00e9compense, les r\u00e9ponses au stress et les processus mn\u00e9siques, \u00e9clairant d&rsquo;un jour nouveau les m\u00e9canismes neurochimiques qui sous-tendent les r\u00e9gulations affectives et cognitives chez l&rsquo;humain et les mod\u00e8les animaux.<\/p>\n<h2>Alpha-endorphine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>alpha-endorphine<\/strong> (ou &alpha;-endorphine) est un peptide opio\u00efde endog\u00e8ne constitu\u00e9 de seize r\u00e9sidus d&rsquo;acides amin\u00e9s, correspondant \u00e0 la s\u00e9quence 61-76 de la b\u00eata-lipotropine et d\u00e9riv\u00e9 pr\u00e9curseur de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pro-opiom%C3%A9lanocortine\">pro-opiom\u00e9lanocortine<\/a>. Elle agit comme un modulateur neurochimique au sein du syst\u00e8me nerveux central et p\u00e9riph\u00e9rique, participant \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle, \u00e0 la r\u00e9activit\u00e9 comportementale face aux stimuli aversifs et \u00e0 la r\u00e9gulation synaptique de plusieurs neurotransmetteurs majeurs.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, l&rsquo;alpha-endorphine se distingue par un profil d&rsquo;action singulier : si elle poss\u00e8de une affinit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e pour les r\u00e9cepteurs opio\u00efdes conventionnels de type mu et delta, ses m\u00e9tabolites non opio\u00efdes exercent des effets comportementaux marqu\u00e9s et ind\u00e9pendants des antagonistes classiques de la morphine comme la naloxone. Dans les paradigmes exp\u00e9rimentaux d&rsquo;apprentissage et de conditionnement, l&rsquo;alpha-endorphine prolonge l&rsquo;extinction des r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement actif, sugg\u00e9rant une implication d\u00e9terminante dans la consolidation de la trace mn\u00e9sique et la persistance motivationnelle.<\/p>\n<p>En psychopathologie et en psychiatrie biologique, ce neuropeptide a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat heuristique consid\u00e9rable \u00e0 travers les travaux pionniers de l&rsquo;\u00e9cole n\u00e9erlandaise de neuroendocrinologie, qui l&rsquo;ont oppos\u00e9e fonctionnellement \u00e0 la gamma-endorphine dans le cadre des hypoth\u00e8ses peptidiques de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychotique et des modulations de la neurotransmission dopaminergique m\u00e9socorticolimbique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab endorphine \u00bb constitue un mot-valise forg\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1970 par contraction des termes \u00ab endog\u00e8ne \u00bb (du grec ancien <em>endon<\/em> signifiant \u00ab en dedans \u00bb ou \u00ab \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00bb, et <em>genn\u00e2n<\/em> signifiant \u00ab engendrer \u00bb ou \u00ab produire \u00bb) et \u00ab morphine \u00bb (d\u00e9riv\u00e9 de Morph\u00e9e, la divinit\u00e9 gr\u00e9co-romaine des songes et du sommeil, <em>Morpheus<\/em>, symbolisant la puissance analg\u00e9sique et soporifique du pavot \u00e0 opium). Le pr\u00e9fixe morphologique d\u00e9signe litt\u00e9ralement une substance analg\u00e9sique analogue \u00e0 la morphine s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e de mani\u00e8re autonome par l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>La lettre grecque \u00ab alpha \u00bb (&alpha;), premi\u00e8re composante de l&rsquo;alphabet hell\u00e9nique, a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e par convention de nomenclature biochimique lors de l&rsquo;isolement initial des fragments peptidiques d\u00e9riv\u00e9s de la b\u00eata-lipotropine hypophysaire. Cette lettre signale le peptide de seize r\u00e9sidus par rapport aux formes homologues plus longues ou modifi\u00e9es identifi\u00e9es cons\u00e9cutivement au sein de la m\u00eame fraction biologique, telles que la gamma-endorphine (dix-sept acides amin\u00e9s) et la b\u00eata-endorphine (trente-et-un acides amin\u00e9s).<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans la litt\u00e9rature scientifique internationale remonte \u00e0 1976, sous la plume des \u00e9quipes de Roger Guillemin et de Nicholas Ling au Salk Institute, conjointement aux travaux de David de Wied \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Utrecht, consacrant l&rsquo;int\u00e9gration d\u00e9finitive de la mol\u00e9cule dans le lexique universel des neurosciences contemporaines.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab alpha-endorphine \u00bb est un substantif f\u00e9minin invariable ou accord\u00e9 selon les normes lexicographiques usuelles (au pluriel : <em>les alpha-endorphines<\/em>). Sa transcription phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/al.fa.\u0251\u0303.d\u0254\u0281.fin\/.<\/p>\n<p>Dans les textes sp\u00e9cialis\u00e9s francophones, le terme s&#8217;emploie fr\u00e9quemment avec la notation typographique grecque, \u00ab &alpha;-endorphine \u00bb, ou sans trait d&rsquo;union dans certaines transcriptions d&rsquo;influence anglo-saxonne (\u00ab alpha endorphine \u00bb), bien que l&rsquo;orthographe normalis\u00e9e de l&rsquo;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine privil\u00e9gie l&rsquo;\u00e9criture reli\u00e9e par un trait d&rsquo;union. L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 associ\u00e9 aux syst\u00e8mes r\u00e9gul\u00e9s par ce peptide s&rsquo;exprime par les p\u00e9riphrases \u00ab alpha-endorphinergique \u00bb ou, plus globalement, \u00ab opio\u00efdergique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;alpha-endorphine dans sa pl\u00e9nitude conceptuelle, il convient d&rsquo;analyser son architecture mol\u00e9culaire et son cycle m\u00e9tabolique au sein de la biochimie c\u00e9r\u00e9brale. La mol\u00e9cule poss\u00e8de la formule primaire exacte suivante : H-Tyr-Gly-Gly-Phe-Met-Thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr-OH. Cette cha\u00eene correspond \u00e0 l&rsquo;incorporation de la s\u00e9quence pentapeptidique N-terminale de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9t-%C3%A9nk%C3%A9phaline\">m\u00e9thionine-enk\u00e9phaline<\/a> (Tyr-Gly-Gly-Phe-Met), prolong\u00e9e par une extension C-terminale sp\u00e9cifique de onze acides amin\u00e9s (Thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr). Cette organisation structurale conditionne \u00e0 la fois ses affinit\u00e9s membranaires et son devenir catabolique.<\/p>\n<p>La biosynth\u00e8se de l&rsquo;alpha-endorphine ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une transcription g\u00e9nique directe mais d&rsquo;une cascade de maturation post-traductionnelle hautement coordonn\u00e9e. Le g\u00e8ne <em>POMC<\/em>, transcrit principalement dans l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse, le lobe interm\u00e9diaire pituitaire et le noyau arqu\u00e9 de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hypothalamus\">hypothalamus<\/a>, produit une pr\u00e9-pro-prot\u00e9ine volumineuse. Sous l&rsquo;action d&rsquo;endopeptidases sp\u00e9cialis\u00e9es de la famille des proprot\u00e9ines convertases (notamment PC1\/3 et PC2), la POMC est scind\u00e9e en b\u00eata-lipotropine, qui subit \u00e0 son tour une prot\u00e9olyse cibl\u00e9e pour lib\u00e9rer la b\u00eata-endorphine (r\u00e9sidus 1-31). L&rsquo;alpha-endorphine \u00e9merge par la suite sous l&rsquo;effet de carboxypeptidases et d&rsquo;endopeptidases c\u00e9r\u00e9brales neutres qui fragmentent l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 C-terminale de la b\u00eata-endorphine au niveau de la liaison peptidique reliant la thr\u00e9onine en position 16 \u00e0 la leucine en position 17.<\/p>\n<p>Cette cascade enzymatique conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;alpha-endorphine un statut particulier : elle est \u00e0 la fois un produit de d\u00e9gradation de la b\u00eata-endorphine et un messager biologique autonome pourvu d&rsquo;actions neurophysiologiques propres. La perte des quinze derniers acides amin\u00e9s C-terminaux de la b\u00eata-endorphine modifie radicalement les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques du peptide. Alors que la b\u00eata-endorphine pr\u00e9sente une affinit\u00e9 nanomolaire tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e pour le r\u00e9cepteur opio\u00efde mu (&mu;) et d\u00e9clenche une analg\u00e9sie puissante et des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;euphorie marqu\u00e9s, l&rsquo;alpha-endorphine montre une capacit\u00e9 antinociceptive consid\u00e9rablement r\u00e9duite mais acquiert une puissance accrue sur les m\u00e9canismes de la plasticit\u00e9 comportementale et de l&rsquo;adaptation cognitive.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le m\u00e9tabolisme de l&rsquo;alpha-endorphine engendre des d\u00e9riv\u00e9s d\u00e9pourvus du r\u00e9sidu tyrosine initial en position N-terminale, tels que la [des-Tyr1]-alpha-endorphine. Cette d\u00e9samination ou excision enzymatique abolit totalement l&rsquo;affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs opio\u00efdes classiques sensibles \u00e0 la naloxone, tout en pr\u00e9servant intactes les propri\u00e9t\u00e9s du peptide sur les r\u00e9flexes conditionn\u00e9s et la m\u00e9moire. L&rsquo;alpha-endorphine constitue ainsi le paradigme du peptide bifonctionnel, op\u00e9rant comme un pont \u00e9volutif entre les syst\u00e8mes opio\u00efdes de r\u00e9gulation sensorielle et les r\u00e9seaux non opio\u00efdes de la plasticit\u00e9 synaptique et du contr\u00f4le attentionnel.<\/p>\n<p>Aux confins des circuits neuro-\u00e9motionnels, l&rsquo;alpha-endorphine innerve et influence des structures limbiques centrales incluant l&rsquo;amygdale, l&rsquo;hippocampe, le septum lat\u00e9ral et le striatum ventral. Par ces connexions, elle participe activement au filtrage des informations environnementales pertinentes lors de situations de stress aigu, modulant l&rsquo;\u00e9valuation de la valence \u00e9motionnelle des stimuli et orientant le r\u00e9pertoire des r\u00e9ponses adaptatives.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique et jalons scientifiques<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte de l&rsquo;alpha-endorphine s&rsquo;inscrit dans la r\u00e9volution neurobiologique des ann\u00e9es 1970, d\u00e9cennie marqu\u00e9e par la mise en \u00e9vidence des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes c\u00e9r\u00e9braux et la qu\u00eate passionn\u00e9e de leurs ligands endog\u00e8nes. Apr\u00e8s la d\u00e9couverte fondamentale des enk\u00e9phalines en 1975 par John Hughes et Hans Kosterlitz, les laboratoires du monde entier s&rsquo;attachent \u00e0 explorer les extraits hypophysaires et hypothalamiques pour identifier des compos\u00e9s de masse mol\u00e9culaire sup\u00e9rieure pr\u00e9sentant des vertus morphinomim\u00e9tiques.<\/p>\n<p>En 1976, l&rsquo;\u00e9quipe du laboratoire de neuroendocrinologie du Salk Institute for Biological Studies, men\u00e9e par Roger Guillemin, Nicholas Ling et Roger Burgus, r\u00e9ussit l&rsquo;isolement, la purification et la caract\u00e9risation par spectrom\u00e9trie et s\u00e9quen\u00e7age d&rsquo;Edman de plusieurs peptides issus d&rsquo;extraits d&rsquo;hypothalamus et d&rsquo;hypophyse de porc et de b\u0153uf. Ils identifient avec pr\u00e9cision la structure primaire de l&rsquo;alpha-endorphine et de la gamma-endorphine. Cette d\u00e9couverte majeure vaudra indirectement \u00e0 Roger Guillemin le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1977 pour ses contributions globales sur les peptides neuro-endocriniens.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, au Rudolf Magnus Institute for Pharmacology de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Utrecht, le pharmacologue et neuroendocrinologue n\u00e9erlandais David de Wied d\u00e9veloppe des concepts pionniers sur ce qu&rsquo;il baptise les \u00ab n\u00e9uropeptides \u00bb ou peptides comportementaux. De Wied et ses collaborateurs d\u00e9couvrent que des fragments sp\u00e9cifiques de l&rsquo;ACTH et de la b\u00eata-endorphine modulent puissamment la m\u00e9morisation et l&rsquo;extinction des comportements sans poss\u00e9der d&rsquo;activit\u00e9 hormonale classique.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970 et durant toute la d\u00e9cennie 1980, De Wied formule l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre peptidique endog\u00e8ne dans l&rsquo;\u00e9tiologie des troubles psychiatriques majeurs. Constatant que l&rsquo;alpha-endorphine induit un comportement de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction comparable \u00e0 celui produit par de faibles doses de psychostimulants amph\u00e9taminiques, tandis que la gamma-endorphine produit un profil semblable aux neuroleptiques tels que l&rsquo;halop\u00e9ridol, il propose qu&rsquo;un rapport harmonieux entre alpha- et gamma-endorphines r\u00e9git l&rsquo;activit\u00e9 des voies dopaminergiques centrales. Ces travaux m\u00e8nent \u00e0 des essais cliniques \u00e9valuant les d\u00e9riv\u00e9s peptidiques dans les tableaux de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> r\u00e9fractaire, stimulant d&rsquo;intenses d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique mondiale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alpha-endorphine s&rsquo;appuie sur plusieurs paradigmes th\u00e9oriques int\u00e9gr\u00e9s qui \u00e9clairent la mani\u00e8re dont de petits fragments d&rsquo;acides amin\u00e9s orchestrent des fonctions psychologiques complexes. Le premier pilier repose sur la <em>th\u00e9orie des prohormones multifonctionnelles<\/em>. Cette approche postule qu&rsquo;un m\u00eame pr\u00e9curseur polypeptidique, en l&rsquo;occurrence la POMC, renferme une banque d&rsquo;informations encod\u00e9es sous forme d&rsquo;unit\u00e9s de signalisation distinctes, lib\u00e9r\u00e9es diff\u00e9rentiellement selon l&rsquo;\u00e9quipement enzymatique de chaque tissu c\u00e9r\u00e9bral ou chaque \u00e9tat physiologique.<\/p>\n<p>Le second fondement th\u00e9orique s&rsquo;incarne dans le <em>mod\u00e8le hom\u00e9ostatique de De Wied<\/em> sur la coordination peptidique du comportement adaptatif. Dans ce mod\u00e8le, l&rsquo;alpha-endorphine et ses m\u00e9tabolites apparent\u00e9s constituent des signaux d&rsquo;ancrage mn\u00e9sique. Lors d&rsquo;un apprentissage aversif ou motivationnel, la lib\u00e9ration locale d&rsquo;alpha-endorphine agit comme un consolidateur synaptique, emp\u00eachant la d\u00e9sactivation pr\u00e9matur\u00e9e des circuits neuronaux mobilis\u00e9s pour la survie imm\u00e9diate. Ce m\u00e9canisme soutient la persistance d&rsquo;une r\u00e9ponse motrice conditionn\u00e9e en pr\u00e9sence de signaux annonciateurs de danger, m\u00eame lorsque le renforcement primaire est temporairement absent.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique et cellulaire, les actions de l&rsquo;alpha-endorphine s&rsquo;articulent autour de deux voies compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie opio\u00efdergique canonique :<\/strong> Par l&rsquo;interm\u00e9diaire de son extr\u00e9mit\u00e9 Tyr1-Gly2-Gly3-Phe4-Met5, le peptide peut activer les r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gi\/Go. Cette cascade biochimique entra\u00eene l&rsquo;inhibition de l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, la fermeture des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants et l&rsquo;ouverture des canaux potassiques rectifiants entrants (GIRK), induisant une hyperpolarisation membranaire et une att\u00e9nuation de la lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique de neurotransmetteurs tels que le glutamate ou le GABA dans des microcircuits sp\u00e9cifiques.<\/li>\n<li><strong>La voie non opio\u00efde d&rsquo;adaptation synaptique :<\/strong> Observ\u00e9e notamment via les fragments m\u00e9taboliques [des-Tyr1], cette signalisation fait intervenir des sites de liaison \u00e0 haute affinit\u00e9 non inhib\u00e9s par la naloxone. Ces interactions modulent indirectement la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 dans le noyau accumbens et le cortex pr\u00e9frontal, r\u00e9gulant le rapport signal sur bruit synaptique lors de la prise de d\u00e9cision comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions biochimiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse structurelle et fonctionnelle de l&rsquo;alpha-endorphine permet de d\u00e9composer son action en plusieurs dimensions biochimiques et analogues mol\u00e9culaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Structure primaire compl\u00e8te (&alpha;-endorphine, &beta;-LPH 61-76) :<\/strong> S\u00e9quence de seize acides amin\u00e9s (Tyr-Gly-Gly-Phe-Met-Thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr) conservant \u00e0 la fois le domaine de reconnaissance du r\u00e9cepteur opio\u00efde \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 amino-terminale et le domaine de sp\u00e9cificit\u00e9 comportementale sur son segment carboxy-terminal.<\/li>\n<li><strong>La forme [des-Tyr1]-alpha-endorphine (DT&alpha;E, &beta;-LPH 62-76) :<\/strong> Produit issu du clivage prot\u00e9olytique du premier acide amin\u00e9 par une aminopeptidase. Cette mol\u00e9cule perd l&rsquo;activit\u00e9 antinociceptive classique mais pr\u00e9serve, voire amplifie, les effets comportementaux sur la persistance de l&rsquo;attention et la m\u00e9morisation.<\/li>\n<li><strong>La conformation spatiale et la stabilit\u00e9 m\u00e9tabolique :<\/strong> En solution aqueuse, l&rsquo;alpha-endorphine adopte une configuration majoritairement flexible et d\u00e9sordonn\u00e9e, mais d\u00e9veloppe une h\u00e9lice alpha transitoire dans sa portion m\u00e9diane au contact des microenvironnements hydrophobes des bicouches lipidiques membranaires, facilitant l&rsquo;interaction avec ses cibles prot\u00e9iques.<\/li>\n<li><strong>La balance alpha\/gamma :<\/strong> Dimension fonctionnelle majeure conceptualis\u00e9e par la neurobiologie comportementale, o\u00f9 l&rsquo;alpha-endorphine (agoniste fonctionnel de la r\u00e9tention et facilitateuse de la r\u00e9activit\u00e9 dopaminergique) agit en contrepoids hom\u00e9ostatique de la gamma-endorphine (promoteur de l&rsquo;extinction et antagoniste fonctionnel de certains comportements induits par les agonistes dopaminergiques).<\/li>\n<li><strong>La d\u00e9gradation enzymatique terminale :<\/strong> M\u00e9tabolisation s\u00e9quentielle par des endopeptidases intrac\u00e9r\u00e9brales g\u00e9n\u00e9rant des fragments plus courts tels que la [des-enk\u00e9phaline]-alpha-endorphine (&beta;-LPH 66-76), dont l&rsquo;activit\u00e9 biologique r\u00e9siduelle sert d&rsquo;indicateur du renouvellement peptidique synaptique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement l&rsquo;action de l&rsquo;alpha-endorphine, l&rsquo;examen de protocoles exp\u00e9rimentaux valid\u00e9s en psychopharmacologie comportementale s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement \u00e9clairant.<\/p>\n<p>Dans le paradigme classique du conditionnement d&rsquo;\u00e9vitement actif en navette \u00e0 deux compartiments (<em>shuttle-box<\/em>), des rongeurs apprennent \u00e0 changer de compartiment \u00e0 la pr\u00e9sentation d&rsquo;un signal sonore ou lumineux afin d&rsquo;\u00e9viter une stimulation \u00e9lectrique plantaire aversive. Une fois la phase d&rsquo;acquisition achev\u00e9e, le choc \u00e9lectrique est d\u00e9finitivement supprim\u00e9 pour mesurer la vitesse d&rsquo;extinction du r\u00e9flexe :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Condition t\u00e9moin (solution saline) :<\/strong> En l&rsquo;absence de renforcement aversif, l&rsquo;animal cesse progressivement de r\u00e9pondre au stimulus conditionn\u00e9 au bout d&rsquo;un nombre d\u00e9termin\u00e9 d&rsquo;essais, illustrant l&rsquo;extinction naturelle de la r\u00e9ponse mn\u00e9sique face \u00e0 une modification environnementale.<\/li>\n<li><strong>Administration d&rsquo;alpha-endorphine :<\/strong> Lorsque l&rsquo;alpha-endorphine ou la [des-Tyr1]-alpha-endorphine est administr\u00e9e par voie sous-cutan\u00e9e ou intrac\u00e9r\u00e9broventriculaire \u00e0 des doses infinit\u00e9simales (de l&rsquo;ordre du microgramme ou du nanogramme), le comportement d&rsquo;\u00e9vitement persiste obstin\u00e9ment. Les rongeurs continuent de fuir au son du stimulus conditionn\u00e9 bien apr\u00e8s les t\u00e9moins, attestant d&rsquo;une r\u00e9sistance aigu\u00eb \u00e0 l&rsquo;extinction. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pas aboli par le pr\u00e9traitement \u00e0 la naloxone, confirmant son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des r\u00e9cepteurs analg\u00e9siques morphiniques.<\/li>\n<li><strong>Comparaison diff\u00e9rentielle :<\/strong> Dans le m\u00eame dispositif, l&rsquo;injection de gamma-endorphine acc\u00e9l\u00e8re drastiquement l&rsquo;extinction, rendant l&rsquo;animal rapidement indiff\u00e9rent au signal. Ce contraste d\u00e9montre la s\u00e9lectivit\u00e9 chirurgicale des modifications induites par l&rsquo;addition ou le retrait d&rsquo;un unique acide amin\u00e9 (la leucine en position 17 dans la gamma-endorphine).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un autre exemple s&rsquo;observe dans les paradigmes de conditionnement de pr\u00e9f\u00e9rence de place (<em>Conditioned Place Preference<\/em>, CPP). Alors que la b\u00eata-endorphine et la morphine g\u00e9n\u00e8rent une robuste pr\u00e9f\u00e9rence de place li\u00e9e \u00e0 leurs vertus renfor\u00e7atrices euphoriques primaires, l&rsquo;alpha-endorphine ne suscite pas d&rsquo;attachement pr\u00e9f\u00e9rentiel marqu\u00e9 pour le compartiment associ\u00e9, indiquant qu&rsquo;elle n&rsquo;agit pas comme un agent r\u00e9compensant primaire direct mais plut\u00f4t comme un modulateur de la consolidation contextuelle.<\/p>\n<h3>9. M\u00e9thodes de mesure et d&rsquo;\u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation scientifique de l&rsquo;alpha-endorphine fait appel \u00e0 un ensemble de techniques biophysiques et biochimiques hautement sp\u00e9cialis\u00e9es, en raison des concentrations physiologiques extr\u00eamement basses de ce peptide dans le tissu nerveux et les liquides biologiques (souvent de l&rsquo;ordre du picogramme par millilitre ou milligramme de tissu) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le dosage radio-immunologique (RIA) et enzymatique (ELISA) hautement sp\u00e9cifique :<\/strong> Ces approches utilisent des anticorps polyclonaux ou monoclonaux dirig\u00e9s sp\u00e9cifiquement contre l&rsquo;\u00e9pitope carboxy-terminal libre de la s\u00e9quence 61-76. La difficult\u00e9 majeure r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9limination des r\u00e9actions crois\u00e9es avec la b\u00eata-endorphine et la gamma-endorphine, n\u00e9cessitant souvent une \u00e9tape de s\u00e9paration chromatographique pr\u00e9alable.<\/li>\n<li><strong>La chromatographie en phase liquide \u00e0 haute performance coupl\u00e9e \u00e0 la spectrom\u00e9trie de masse (HPLC-MS\/MS) :<\/strong> Repr\u00e9sentant le standard m\u00e9thodologique absolu en <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prot%C3%A9omique\">prot\u00e9omique<\/a> contemporaine, ce couplage permet d&rsquo;identifier sans ambigu\u00eft\u00e9 la masse mol\u00e9culaire pr\u00e9cise et la s\u00e9quence peptidique de l&rsquo;alpha-endorphine et de ses m\u00e9tabolites tronqu\u00e9s, garantissant une quantification absolue exempte d&rsquo;art\u00e9facts de liaison d&rsquo;anticorps.<\/li>\n<li><strong>La microdialyse intrac\u00e9r\u00e9brale <em>in vivo<\/em> :<\/strong> Cette m\u00e9thode chirurgicale permet de pr\u00e9lever des \u00e9chantillons du liquide interstitiel chez l&rsquo;animal vigile et en mouvement dans des r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales cibl\u00e9es (noyau accumbens, hippocampe, amygdale) pendant des tests \u00e9motionnels ou cognitifs, mesurant directement la cin\u00e9tique de lib\u00e9ration de l&rsquo;alpha-endorphine en r\u00e9ponse au stress.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;immunohistochimie et l&rsquo;hybridation <em>in situ<\/em> quantitative :<\/strong> Utilis\u00e9es pour cartographier la localisation neuroanatomique des terminaisons nerveuses contenant le peptide et corr\u00e9ler cette pr\u00e9sence avec l&rsquo;expression de l&rsquo;ARN messager de la POMC et des convertases proprot\u00e9iques au sein des corps cellulaires du syst\u00e8me nerveux central.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;alpha-endorphine ne soit pas commercialis\u00e9e comme sp\u00e9cialit\u00e9 pharmaceutique courante, sa port\u00e9e dans la recherche translationnelle, la psychiatrie exp\u00e9rimentale et la mod\u00e9lisation neuropsychologique demeure substantielle :<\/p>\n<p>Dans le domaine des <em>troubles de l&rsquo;humeur et des \u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique<\/em>, la compr\u00e9hension des voies alpha-endorphinergiques offre des pistes conceptuelles pour \u00e9clairer la rigidit\u00e9 cognitive et les ruminations. Dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;alpha-endorphine ralentit l&rsquo;extinction des comportements conditionn\u00e9s par la peur, une hyperr\u00e9activit\u00e9 ou un exc\u00e8s de ce peptide pourrait th\u00e9oriquement contribuer au maintien tenace des m\u00e9moires traumatiques dans le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), o\u00f9 le sujet \u00e9choue \u00e0 int\u00e9grer que le stimulus d&rsquo;alerte ne pr\u00e9sente plus de menace r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Sur le plan de la <em>recherche sur la schizophr\u00e9nie<\/em>, les \u00e9tudes cliniques historiques men\u00e9es aux Pays-Bas et en Europe ont explor\u00e9 l&rsquo;administration de d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;endorphines chez des patients atteints de psychoses chroniques r\u00e9sistantes. Si les d\u00e9riv\u00e9s de type gamma-endorphine ont d\u00e9montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s antipsychotiques partielles par leur action antidopaminergique fonctionnelle, les d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;alpha-endorphine ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s pour contrer les sympt\u00f4mes d\u00e9ficitaires ou n\u00e9gatifs (anh\u00e9donie, apathie, alt\u00e9rations mn\u00e9siques), stimulant l&rsquo;\u00e9veil motivationnel sans reproduire la neurotoxicit\u00e9 des stimulants traditionnels.<\/p>\n<p>Dans le champ de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Addiction\">addiction<\/a> et des pharmacod\u00e9pendances, l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alpha-endorphine apporte un \u00e9clairage pr\u00e9cieux sur les m\u00e9canismes de rechute d\u00e9clench\u00e9e par des indices environnementaux. En facilitant l&#8217;empreinte mn\u00e9sique des contextes associ\u00e9s \u00e0 la prise de substance, les circuits peptidergiques li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;alpha-endorphine participent \u00e0 la persistance du souvenir de la r\u00e9compense, guidant le d\u00e9veloppement d&rsquo;inhibiteurs enzymatiques cibl\u00e9s pour favoriser l&rsquo;extinction th\u00e9rapeutique des comportements app\u00e9titifs dysfonctionnels.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus de recherches empiriques consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;alpha-endorphine s&rsquo;est enrichi \u00e0 travers plusieurs vagues d&rsquo;investigations fondamentales :<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes s\u00e9minales de David de Wied, B\u00e9la Bohus et Jan van Ree \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Utrecht ont m\u00e9thodiquement document\u00e9 les effets comportementaux compar\u00e9s des fragments d&rsquo;endorphines. Dans une s\u00e9rie de publications classiques dans des revues telles que <em>Nature<\/em> et <em>Science<\/em>, ces auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;injection sous-cutan\u00e9e de DT&alpha;E \u00e0 des doses variant de 0,1 \u00e0 10 &mu;g chez le rat retarde significativement l&rsquo;extinction de l&rsquo;\u00e9vitement passif et actif. Leurs exp\u00e9riences pharmacologiques ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence que les effets de l&rsquo;alpha-endorphine persistent en pr\u00e9sence de fortes doses de naloxone, apportant la preuve d\u00e9finitive que ces modulations cognitives ne d\u00e9pendent pas de l&rsquo;activation classique des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes mu.<\/p>\n<p>Dans les travaux consacr\u00e9s aux interactions neurochimiques centrales, des chercheurs ont mis en lumi\u00e8re que l&rsquo;alpha-endorphine module la neurotransmission dopaminergique au sein des voies m\u00e9solimbiques. Des \u00e9tudes conduites au moyen de techniques voltam\u00e9triques et d&rsquo;analyses post-mortem ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;infusion locale d&rsquo;alpha-endorphine dans l&rsquo;aire tegmentale ventrale ou le noyau accumbens modifie le renouvellement (turnover) de la dopamine et de son principal m\u00e9tabolite, le DOPAC, produisant un \u00e9tat de facilitation dopaminergique analogue \u00e0 celui induit par l&rsquo;amph\u00e9tamine, bien que de magnitude plus physiologique et non accompagn\u00e9e de st\u00e9r\u00e9otypies motrices marqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Des recherches plus r\u00e9centes en neuro-immunologie et en endocrinologie du stress ont \u00e9galement document\u00e9 la pr\u00e9sence d&rsquo;alpha-endorphine dans les leucocytes et les cellules mononucl\u00e9\u00e9es du sang p\u00e9riph\u00e9rique humain, sugg\u00e9rant un r\u00f4le autocrine et paracrine dans la communication bidirectionnelle entre l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et le syst\u00e8me immunitaire en situation de stress psychologique ou d&rsquo;infection syst\u00e9mique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception socioculturelle et scientifique des endorphines a profond\u00e9ment influenc\u00e9 la r\u00e9ception de la recherche sur l&rsquo;alpha-endorphine. Dans la culture populaire occidentale depuis la fin du XXe si\u00e8cle, le terme g\u00e9n\u00e9rique \u00ab endorphine \u00bb est devenu un synonyme universel de bonheur biologique, d&rsquo;euphorie sportive (\u00ab runner&rsquo;s high \u00bb) et d&rsquo;analg\u00e9sie bienfaisante. Ce r\u00e9ductionnisme culturel a largement occult\u00e9 la complexit\u00e9 neurobiologique de la famille des peptides opio\u00efdes, rel\u00e9guant au second plan les formes comme l&rsquo;alpha-endorphine, dont les r\u00f4les concernent davantage la vigilance, la m\u00e9morisation et la persistance comportementale que le simple plaisir h\u00e9donique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue \u00e9pist\u00e9mologique et contextuel, l&rsquo;engouement suscit\u00e9 par les neuropeptides dans les pays europ\u00e9ens (particuli\u00e8rement aux Pays-Bas et en France) durant les ann\u00e9es 1980 contrastait avec le scepticisme plus marqu\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole psychiatrique nord-am\u00e9ricaine, alors fortement domin\u00e9e par les mod\u00e8les monoaminergiques classiques (s\u00e9rotonine, noradr\u00e9naline, dopamine). Ces divergences historiques ont influenc\u00e9 les financements de recherche translationnelle, orientant durablement les mol\u00e9cules vers la mod\u00e9lisation cognitive en laboratoire plut\u00f4t que vers des d\u00e9veloppements industriels \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites scientifiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance th\u00e9orique des mod\u00e8les propos\u00e9s, l&rsquo;alpha-endorphine a fait l&rsquo;objet de plusieurs controverses et r\u00e9serves scientifiques au sein de la communaut\u00e9 neurobiologique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique fondamentale concerne la <em>stabilit\u00e9 m\u00e9tabolique et la biodisponibilit\u00e9<\/em>. \u00c0 l&rsquo;instar de la majorit\u00e9 des neuropeptides lin\u00e9aires, l&rsquo;alpha-endorphine poss\u00e8de une demi-vie plasmatique et tissulaire extr\u00eamement courte, mesur\u00e9e en quelques minutes, en raison de la d\u00e9gradation rapide op\u00e9r\u00e9e par les peptidases ubiquitaires de l&rsquo;organisme. De plus, son passage \u00e0 travers la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique apr\u00e8s administration p\u00e9riph\u00e9rique demeure tr\u00e8s controvers\u00e9 et quantitativement minime, ce qui a conduit de nombreux pharmacologues \u00e0 s&rsquo;interroger sur la pertinence pharmacologique exacte des effets comportementaux observ\u00e9s apr\u00e8s injection syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me controverse majeure a port\u00e9 sur la <em>reproductibilit\u00e9 des essais cliniques psychiatriques<\/em>. Alors que les premi\u00e8res \u00e9tudes ouvertes men\u00e9es par le groupe d&rsquo;Utrecht sugg\u00e9raient des effets th\u00e9rapeutiques spectaculaires des d\u00e9riv\u00e9s peptidiques dans la schizophr\u00e9nie, plusieurs essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s multicentriques en double aveugle conduits par des laboratoires ind\u00e9pendants n&rsquo;ont pas permis de reproduire des am\u00e9liorations cliniques statistiquement significatives de fa\u00e7on constante. Ces \u00e9checs ont ralenti l&rsquo;int\u00e9r\u00eat direct des consortiums pharmaceutiques pour l&rsquo;alpha-endorphine native.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan m\u00e9canistique, la nature exacte des r\u00e9cepteurs non opio\u00efdes par lesquels l&rsquo;alpha-endorphine et ses formes [des-Tyr1] exercent leurs actions sur l&rsquo;extinction comportementale demeure incompl\u00e8tement \u00e9lucid\u00e9e sur le plan mol\u00e9culaire. Bien que des sites de liaison \u00e0 haute affinit\u00e9 aient \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s sur les membranes neuronales, le clonage g\u00e9n\u00e9tique et l&rsquo;identification cristallographique d&rsquo;un r\u00e9cepteur sp\u00e9cifique d\u00e9di\u00e9 continuent de faire d\u00e9bat parmi les pharmacologues mol\u00e9culaires.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle, il est essentiel de distinguer l&rsquo;alpha-endorphine de ses entit\u00e9s biologiques homologues et apparent\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>B\u00eata-endorphine (&beta;-endorphine) :<\/strong> Cha\u00eene peptidique de 31 acides amin\u00e9s (r\u00e9sidus 61-91 de la b\u00eata-lipotropine). Contrairement \u00e0 l&rsquo;alpha-endorphine, la b\u00eata-endorphine est un analg\u00e9sique extr\u00eamement puissant, poss\u00e8de une affinit\u00e9 majeure pour les r\u00e9cepteurs opio\u00efdes mu et delta, et d\u00e9clenche une analg\u00e9sie profonde et des r\u00e9ponses d&rsquo;euphorie directement antagonis\u00e9es par la naloxone.<\/li>\n<li><strong>Gamma-endorphine (&gamma;-endorphine) :<\/strong> Cha\u00eene de 17 acides amin\u00e9s (r\u00e9sidus 61-77 de la b\u00eata-lipotropine). Elle ne diff\u00e8re de l&rsquo;alpha-endorphine que par la pr\u00e9sence d&rsquo;une leucine C-terminale suppl\u00e9mentaire, mais exerce des effets comportementaux diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, acc\u00e9l\u00e9rant l&rsquo;extinction des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s et manifestant un profil fonctionnel de type neuroleptique.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thionine-enk\u00e9phaline (Met-enk\u00e9phaline) :<\/strong> Pentapeptide (Tyr-Gly-Gly-Phe-Met) issu de la pro-enk\u00e9phaline A. Bien qu&rsquo;elle partage exactement la s\u00e9quence des cinq premiers acides amin\u00e9s de l&rsquo;alpha-endorphine, sa biosynth\u00e8se g\u00e9n\u00e9tique est distincte et son r\u00f4le principal s&rsquo;exerce dans la transmission synaptique rapide de la douleur au niveau m\u00e9dullaire et striatal.<\/li>\n<li><strong>Pro-opiom\u00e9lanocortine (POMC) :<\/strong> Pr\u00e9curseur prot\u00e9ique polyvalent \u00e0 partir duquel sont d\u00e9riv\u00e9s non seulement les diff\u00e9rentes endorphines, mais aussi l&rsquo;hormone adr\u00e9nocorticotrope (ACTH) et les hormones m\u00e9lanotropes (MSH).<\/li>\n<li><strong>[Des-Tyr1]-alpha-endorphine (DT&alpha;E) :<\/strong> M\u00e9tabolite d\u00e9pourvu de l&rsquo;acide amin\u00e9 tyrosine initial. Il ne poss\u00e8de plus aucune activit\u00e9 opio\u00efde d\u00e9celable mais conserve l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s comportementales sur la consolidation mn\u00e9sique attribu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alpha-endorphine native.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9capitulation, l&rsquo;alpha-endorphine constitue une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de la neuroendocrinologie int\u00e9grative :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est un neuropeptide endog\u00e8ne de seize acides amin\u00e9s issu du clivage prot\u00e9olytique enzymatique de la pro-opiom\u00e9lanocortine via la b\u00eata-lipotropine et la b\u00eata-endorphine.<\/li>\n<li>Elle se distingue par une double dimension fonctionnelle : une action opio\u00efde modeste via sa terminaison N-terminale et une action cognitive et motivationnelle robuste exerc\u00e9e ind\u00e9pendamment des r\u00e9cepteurs morphiniques classiques.<\/li>\n<li>Dans les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux du comportement, elle stimule la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;extinction des r\u00e9ponses conditionn\u00e9es, jouant un r\u00f4le de facilitateur de l&rsquo;ancrage mn\u00e9sique et de la persistance adaptative.<\/li>\n<li>Elle s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de l&rsquo;hypoth\u00e8se peptidique des r\u00e9gulations neuropsychiatriques d\u00e9velopp\u00e9e par David de Wied, s&rsquo;opposant fonctionnellement aux actions de type neuroleptique de la gamma-endorphine.<\/li>\n<li>Bien que ses applications cliniques directes soient limit\u00e9es par des contraintes m\u00e9taboliques et pharmacocin\u00e9tiques, elle demeure un outil fondamental pour d\u00e9crypter les relations subtiles unissant s\u00e9quence peptidique, transmission dopaminergique et plasticit\u00e9 comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>De Wied, D. (1979). Schizophrenia as an inborn error in the degradation of &beta;-endorphin: A hypothesis. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 2, 79-82. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(79)90032-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(79)90032-4<\/a><\/li>\n<li>Guillemin, R., Ling, N., &amp; Burgus, R. (1976). Endorphines, peptides d&rsquo;origine hypothalamique et neurohypophysaire \u00e0 activit\u00e9 morphinomim\u00e9tique : Isolement et structure mol\u00e9culaire d&rsquo;&alpha;-endorphine. <em>Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences de Paris<\/em>, S\u00e9rie D, 282(8), 783-785.<\/li>\n<li>Ling, N., Burgus, R., &amp; Guillemin, R. (1976). Isolation, primary structure, and synthesis of &alpha;-endorphin and &gamma;-endorphin, two peptides of hypothalamic-hypophysial origin with morphinomimetic activity. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 73(11), 3942-3946. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.73.11.3942\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.73.11.3942<\/a><\/li>\n<li>Van Ree, J. M., Bohus, B., &amp; De Wied, D. (1980). Similarities and differences in the behavioral effects of &alpha;- and &gamma;-type endorphins. <em>Peptides<\/em>, 1(Suppl 1), 163-172. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0196-9781(80)90045-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0196-9781(80)90045-8<\/a><\/li>\n<li>Wiegant, V. M., Verhoef, J., Burbach, J. P. H., &amp; De Wied, D. (1983). Bioconversion of &beta;-endorphin in brain tissue: Processing to &alpha;-endorphin and &gamma;-endorphin fragments. <em>Biochemical and Biophysical Research Communications<\/em>, 110(3), 856-863. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0006-291X(83)91040-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0006-291X(83)91040-0<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;alpha-endorphine est un neuropeptide opio\u00efde issu de la pro-opiom\u00e9lanocortine, modulant la m\u00e9moire, l&rsquo;apprentissage conditionn\u00e9 et la neurotransmission c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,6367,7375],"tags":[33046,33050,33049,6411,1434,33047,33048],"class_list":["post-20126","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychologie-biologique","category-psychopharmacologie","tag-alpha-endorphine","tag-david-de-wied","tag-memoire-et-conditionnement","tag-neurobiologie","tag-neuropsychiatrie","tag-peptides-opioides","tag-pro-opiomelanocortine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20126","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20126\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20126"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20126"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20126"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}