{"id":20125,"date":"2026-10-23T09:39:30","date_gmt":"2026-10-23T09:39:30","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=conditionnement-du-blocage-alpha"},"modified":"2026-10-23T09:39:30","modified_gmt":"2026-10-23T09:39:30","slug":"conditionnement-du-blocage-alpha","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=conditionnement-du-blocage-alpha","title":{"rendered":"Conditionnement alpha : les cl\u00e9s de l&rsquo;EEG"},"content":{"rendered":"<p>Le <strong>conditionnement du blocage alpha<\/strong> repr\u00e9sente l&rsquo;une des intersections les plus fascinantes entre la psychologie exp\u00e9rimentale behavioriste et la neurophysiologie contemporaine. En unissant la rigueur paradigmatique du r\u00e9flexe conditionnel et la pr\u00e9cision temporelle de l&rsquo;enregistrement \u00e9lectrophysiologique, cette m\u00e9thode a offert la premi\u00e8re preuve tangible qu&rsquo;une onde c\u00e9r\u00e9brale humaine pouvait \u00eatre modifi\u00e9e par un apprentissage associatif. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a durablement transform\u00e9 notre compr\u00e9hension de la plasticit\u00e9 corticale, de l&rsquo;attention s\u00e9lective et des fondements biologiques de la m\u00e9moire.<\/p>\n<h2>Conditionnement du blocage alpha<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le conditionnement du blocage alpha d\u00e9signe un paradigme exp\u00e9rimental de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_classique\">conditionnement classique<\/a> dans lequel la d\u00e9synchronisation transitoire du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rythme_alpha\">rythme alpha<\/a> c\u00e9r\u00e9bral (habituellement d\u00e9clench\u00e9e par un stimulus inconditionnel visuel) en vient \u00e0 \u00eatre provoqu\u00e9e par un stimulus conditionnel initialement neutre, tel qu&rsquo;un son ou une stimulation tactile, apr\u00e8s des pr\u00e9sentations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et appari\u00e9es de ces deux stimuli.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, le rythme alpha correspond \u00e0 des oscillations oscillant typiquement entre 8 et 12 Hertz, observ\u00e9es pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans les r\u00e9gions occipitales et pari\u00e9tales d&rsquo;un sujet \u00e9veill\u00e9 mais au repos, les yeux ferm\u00e9s. L&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus lumineux ou la mise en \u0153uvre d&rsquo;une focalisation attentionnelle active supprime ou att\u00e9nue brutalement cette amplitude : c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne originel de blocage alpha, ou r\u00e9action d&rsquo;arr\u00eat de Hans Berger. Lorsque ce blocage est conditionn\u00e9, le syst\u00e8me nerveux central anticipe l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement visuel ou cognitif, entra\u00eenant une suppression de l&rsquo;onde avant m\u00eame l&rsquo;administration du signal visuel.<\/p>\n<p>Ce concept ne se limite pas \u00e0 une curiosit\u00e9 de laboratoire ; il constitue un mod\u00e8le fondamental pour \u00e9tudier l&rsquo;interface entre l&rsquo;attente cognitive, les processus d&rsquo;orientation attentionnelle et les m\u00e9canismes sous-jacents de la plasticit\u00e9 synaptique corticale et sous-corticale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression associe trois termes distincts issus de traditions scientifiques compl\u00e9mentaires. La lettre grecque <em>alpha<\/em> (\u03b1), premi\u00e8re lettre de l&rsquo;alphabet grec, a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e par le psychiatre et neurologue allemand Hans Berger en 1929 pour d\u00e9signer la principale fr\u00e9quence oscillatoire de repos mise en \u00e9vidence lors de ses premiers enregistrements par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (EEG). Berger a nomm\u00e9 ces variations de potentiel \u00e9lectrique \u00ab ondes alpha \u00bb par opposition aux ondes plus rapides de faible amplitude qu&rsquo;il a nomm\u00e9es \u00ab ondes b\u00eata \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab blocage \u00bb d\u00e9rive du radical germanique <em>blokk<\/em> (pi\u00e8ce de bois compacte), ayant \u00e9volu\u00e9 en moyen fran\u00e7ais vers l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;interruption, d&rsquo;obstruction ou d&rsquo;arr\u00eat net d&rsquo;un flux continu. Dans le contexte de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie, il a \u00e9t\u00e9 initialement traduit de l&rsquo;allemand <em>Arretierung<\/em> (ou <em>Berger-Effekt<\/em>) et de l&rsquo;anglais <em>blocking<\/em> par les neurophysiologistes francophones pour illustrer l&rsquo;effondrement spectaculaire de l&rsquo;amplitude du trac\u00e9 sinuso\u00efdal r\u00e9gulier d\u00e8s l&rsquo;ouverture des yeux ou la stimulation sensorielle.<\/p>\n<p>Enfin, le terme \u00ab conditionnement \u00bb prend sa source dans le latin classique <em>condicio<\/em> (convention, accord ou \u00e9tat n\u00e9cessaire d&rsquo;existence), adapt\u00e9 par Ivan Pavlov au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle sous le vocable russe <em>uslovny reflex<\/em> (r\u00e9flexe conditionnel). C&rsquo;est lors de la traduction et de la diffusion des travaux pavloviens dans les pays anglophones et francophones durant l&rsquo;entre-deux-guerres que l&rsquo;usage nominal de \u00ab conditionnement \u00bb s&rsquo;est universalis\u00e9 pour caract\u00e9riser le protocole d&rsquo;apprentissage associatif contr\u00f4l\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>\/k\u0254\u0303.di.sj\u0254n.m\u0251\u0303 dy bl\u0254.ka\u0292 al.fa\/<\/strong>. L&rsquo;accent tonique principal en fran\u00e7ais standard se porte sur la syllabe finale de chaque groupe rythmique, avec une articulation claire du \u00ab a \u00bb initial et final du vocable \u00ab alpha \u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier compos\u00e9. Le noyau est le nom commun masculin \u00ab conditionnement \u00bb, compl\u00e9t\u00e9 par le groupe pr\u00e9positionnel \u00ab du blocage \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9termin\u00e9 par l&rsquo;adjectif ou substantif appos\u00e9 invariable \u00ab alpha \u00bb. L&rsquo;usage au pluriel (\u00ab conditionnements des blocages alpha \u00bb) demeure rare et exclusivement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la description compar\u00e9e de diff\u00e9rents protocoles exp\u00e9rimentaux d&rsquo;apprentissage \u00e9lectrophysiologique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e anglo-saxonne, on retrouve le terme sous les formes \u00e9quivalentes de <em>alpha-block conditioning<\/em>, <em>conditioned alpha blocking<\/em> ou encore <em>conditioned alpha desynchronization<\/em>, cette derni\u00e8re appellation \u00e9tant souvent privil\u00e9gi\u00e9e dans les neurosciences contemporaines ax\u00e9es sur le traitement du signal spectral.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le conditionnement du blocage alpha op\u00e8re \u00e0 la charni\u00e8re de la neurobiologie fonctionnelle et de la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage. Pour appr\u00e9hender son m\u00e9canisme intime, il convient d&rsquo;abord d&rsquo;analyser l&rsquo;\u00e9tat physiologique du rythme alpha non perturb\u00e9. Lorsque le cerveau se trouve dans une condition de veille calme, d\u00e9pourvue d&rsquo;aff\u00e9rences visuelles imm\u00e9diates (par exemple, un sujet plac\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 ou gardant les paupi\u00e8res closes sans s&rsquo;endormir), les neurones pyramidaux corticaux des aires visuelles primaires et associatives adoptent une d\u00e9charge collective hautement synchronis\u00e9e. Cette synchronisation \u00e0 grande \u00e9chelle, r\u00e9gul\u00e9e par les oscillateurs thalamiques (noyaux r\u00e9ticulaires et pulvinar), engendre sur le scalp une onde oscillatoire de grande amplitude situ\u00e9e dans la bande des 8 \u00e0 12 Hz.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors qu&rsquo;une stimulation visuelle soudaine intervient \u2014 comme un flash lumineux inconditionnel (SI) \u2014, ce signal est achemin\u00e9 via les voies r\u00e9tino-g\u00e9nicul\u00e9es vers le cortex occipital, mais \u00e9galement vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral et les noyaux non sp\u00e9cifiques du thalamus. Cette irruption sensorielle provoque une d\u00e9synchronisation massive des colonnes corticales : l&rsquo;information doit \u00eatre trait\u00e9e activement, ce qui fragmente les oscillations collectives et aplatit le trac\u00e9 EEG. C&rsquo;est la r\u00e9ponse inconditionnelle (RI) de blocage ou d&rsquo;att\u00e9nuation de l&rsquo;onde alpha. Le trac\u00e9 prend alors une allure rapide et de bas voltage domin\u00e9e par les bandes b\u00eata et gamma.<\/p>\n<p>Dans le protocole de conditionnement pavlovien, un stimulus conditionnel (SC), typiquement un signal auditif pur ou un clic neutre qui n&rsquo;exerce intrins\u00e8quement qu&rsquo;un effet transitoire ou nul sur le rythme occipital, est pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re contingente juste avant le flash lumineux (g\u00e9n\u00e9ralement avec un intervalle inter-stimuli de l&rsquo;ordre de quelques centaines de millisecondes \u00e0 une seconde). Au cours des premiers essais, le son provoque tout au plus une br\u00e8ve r\u00e9action d&rsquo;orientation sans suppression durable du rythme alpha occipital. Apr\u00e8s une phase d&rsquo;association r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, les circuits c\u00e9r\u00e9braux \u00e9tablissent une liaison fonctionnelle pr\u00e9dictive : la seule pr\u00e9sentation du son d\u00e9clenche d\u00e9sormais une d\u00e9synchronisation occipitale imm\u00e9diate avant m\u00eame l&rsquo;apparition de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse conditionn\u00e9e (RC) d\u00e9montre que le syst\u00e8me visuel peut \u00eatre modul\u00e9 de mani\u00e8re top-down (descendante) par des aff\u00e9rences issues d&rsquo;autres modalit\u00e9s sensorielles ou de structures r\u00e9gulatrices centrales. La suppression de l&rsquo;alpha cesse d&rsquo;\u00eatre une simple r\u00e9action passive \u00e0 un apport photonique ; elle devient une r\u00e9ponse pr\u00e9paratoire active du cortex, optimisant la r\u00e9ceptivit\u00e9 neuronale avant l&rsquo;arriv\u00e9e imminente du stimulus visuel attendu. On observe ainsi la mise en place d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;alerte sensorielle cibl\u00e9e, objectivable \u00e0 la milliseconde pr\u00e8s sur le trac\u00e9 \u00e9lectrophysiologique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de ce paradigme d\u00e9bute au milieu des ann\u00e9es 1930, peu de temps apr\u00e8s les d\u00e9couvertes fondatrices de Hans Berger. D\u00e8s 1935, les neurophysiologistes fran\u00e7ais Suzanne Durup et Alfred Fessard r\u00e9alisent une d\u00e9couverte fortuite au Coll\u00e8ge de France : alors qu&rsquo;ils \u00e9tudient le blocage alpha d\u00e9clench\u00e9 par un flash lumineux, ils constatent que le bruit m\u00e9canique du commutateur photographique pr\u00e9c\u00e9dant la lumi\u00e8re commence, apr\u00e8s plusieurs essais, \u00e0 provoquer \u00e0 lui seul la disparition du rythme alpha. Ils publient ce qui constitue la premi\u00e8re observation document\u00e9e de conditionnement \u00e9lectroenc\u00e9phalographique chez l&rsquo;\u00eatre humain, ouvrant la voie \u00e0 une exploration syst\u00e9matique des r\u00e9flexes conditionnels corticaux.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940, \u00e0 l&rsquo;Institut neurologique de Montr\u00e9al, Herbert Jasper et Charles Shagass formalisent cette d\u00e9couverte \u00e0 travers une s\u00e9rie d&rsquo;articles exp\u00e9rimentaux canoniques publi\u00e9s en 1941 dans le <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>. Jasper et Shagass explorent m\u00e9thodiquement diff\u00e9rentes configurations temporelles : le conditionnement simultan\u00e9, le conditionnement diff\u00e9r\u00e9, le conditionnement de trace, et m\u00eame le conditionnement r\u00e9trograde. Leurs travaux prouvent sans \u00e9quivoque que la suppression de l&rsquo;onde alpha ob\u00e9it aux lois fondamentales formul\u00e9es par Ivan Pavlov, incluant l&rsquo;extinction exp\u00e9rimentale, la diff\u00e9renciation sensorielle et la r\u00e9cup\u00e9ration spontan\u00e9e.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, le paradigme suscite un int\u00e9r\u00eat international majeur sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;\u00e9cole sovi\u00e9tique et occidentale. Des chercheurs tels que Sokolov et Livanov en URSS, ainsi que Knott, Henry et Morrell aux \u00c9tats-Unis, int\u00e8grent le conditionnement alpha dans la th\u00e9orie de la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante d\u00e9couverte par Moruzzi et Magoun en 1949. L&rsquo;accent est alors mis sur la distinction complexe entre le v\u00e9ritable conditionnement associatif et la simple sensibilisation ou r\u00e9flexe d&rsquo;orientation non sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies suivantes, avec l&rsquo;av\u00e8nement du traitement num\u00e9rique des signaux et de l&rsquo;informatique de laboratoire dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 (notamment illustr\u00e9 par les travaux de Putney en 1973), la mesure du blocage alpha conditionn\u00e9 passe d&rsquo;une analyse visuelle manuelle sur papier millim\u00e9tr\u00e9 \u00e0 la quantification spectrale pr\u00e9cise de la densit\u00e9 de puissance. Cette transition m\u00e9thodologique a pos\u00e9 les fondations directes du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurofeedback\">neurofeedback<\/a> moderne et des interfaces cerveau-machine, d\u00e9montrant que l&rsquo;activit\u00e9 oscillatoire c\u00e9r\u00e9brale constitue un syst\u00e8me dynamique hautement modulable par l&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le conditionnement du blocage alpha s&rsquo;ancre principalement dans la m\u00e9tath\u00e9orie du conditionnement classique pavlovien, tout en s&rsquo;articulant aux mod\u00e8les modernes du traitement pr\u00e9dictif et de l&rsquo;activation corticale. Selon l&rsquo;approche pavlovienne originelle, l&rsquo;apprentissage repose sur la formation de connexions temporaires entre les repr\u00e9sentations corticales du stimulus neutre (l&rsquo;analyseur auditif) et celles du stimulus inconditionnel (l&rsquo;analyseur visuel). Le blocage alpha conditionn\u00e9 a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 pendant des d\u00e9cennies comme la manifestation neurophysiologique la plus directe de cette \u00ab fermeture de circuit \u00bb intrac\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Sur le versant physiologique, le cadre th\u00e9orique de l&rsquo;\u00e9veil (<em>arousal theory<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9 autour de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Formation_r%C3%A9ticul%C3%A9e\">formation r\u00e9ticul\u00e9e<\/a> fournit une explication neurodynamique essentielle. Lorsque le stimulus conditionnel est per\u00e7u, des collat\u00e9rales sensorielles activent le syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant (SRAA), lequel projette de mani\u00e8re diffuse vers les noyaux thalamiques intralaminaires et le n\u00e9ocortex. Cette d\u00e9charge r\u00e9ticulo-thalamique supprime le mode oscillatoire de repos du thalamus, imposant une d\u00e9polarisation tonique des couches corticales superficielles et provoquant l&rsquo;interruption du rythme alpha.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie du r\u00e9flexe d&rsquo;orientation d&rsquo;Evgeny Sokolov a \u00e9galement apport\u00e9 une contribution conceptuelle d\u00e9terminante. Sokolov postulait l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00ab mod\u00e8le neuronal du stimulus \u00bb dans le cortex : toute divergence entre l&rsquo;attente du sujet et l&rsquo;environnement sensoriel d\u00e9clenche une r\u00e9action d&rsquo;alerte caract\u00e9ris\u00e9e par le blocage alpha. Dans le conditionnement, l&rsquo;appariement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 SC-SI transforme le signal conditionnel en un d\u00e9clencheur d&rsquo;anticipation orient\u00e9e, int\u00e9grant la dimension cognitive de l&rsquo;esp\u00e9rance temporelle.<\/p>\n<p>Enfin, dans le prisme contemporain des neurosciences computationnelles et du codage pr\u00e9dictif (<em>predictive coding<\/em>), le conditionnement de la d\u00e9synchronisation alpha est r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 comme un ajustement de la pr\u00e9cision attentionnelle. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;onde alpha refl\u00e8te une inhibition fonctionnelle locale destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger le cortex contre le bruit de fond lorsque l&rsquo;information n&rsquo;est pas requise. La d\u00e9synchronisation conditionn\u00e9e correspond d\u00e8s lors \u00e0 une lev\u00e9e proactive de cette inhibition (<em>disinhibition<\/em>) ordonn\u00e9e par des structures fronto-pari\u00e9tales, pr\u00e9parant la circuiterie sensorielle locale \u00e0 recevoir un afflux attendu de signaux d&rsquo;erreur de pr\u00e9diction.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine du conditionnement du blocage alpha impose de d\u00e9composer ses \u00e9l\u00e9ments constitutifs et les diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons exp\u00e9rimentales par lesquelles il s&rsquo;exprime :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Stimulus conditionnel (SC) :<\/strong> Signal initialement inop\u00e9rant sur le syst\u00e8me visuel, le plus souvent une tonalit\u00e9 acoustique pure (par exemple, 1000 Hz \u00e0 60 dB) ou une stimulation somatosensorielle m\u00e9canique, rigoureusement calibr\u00e9e en intensit\u00e9 et en dur\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Stimulus inconditionnel (SI) :<\/strong> \u00c9v\u00e9nement physique d\u00e9clenchant infailliblement la d\u00e9synchronisation corticale, typiquement un \u00e9clair stroboscopique ou un flash lumineux continu dispens\u00e9 aux yeux ferm\u00e9s ou ouverts.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9ponse inconditionnelle (RI) :<\/strong> Effondrement spontan\u00e9 et imm\u00e9diat de l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde alpha cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;allumage de la source lumineuse, traduisant le traitement photonique primaire.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9ponse conditionn\u00e9e (RC) :<\/strong> Suppression, att\u00e9nuation significative ou raccourcissement de la latence du rythme alpha survenant durant la pr\u00e9sentation du SC, avant que le flash lumineux n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Conditionnement diff\u00e9r\u00e9 (<em>delay conditioning<\/em>) :<\/strong> Protocole dans lequel le SC est d\u00e9clench\u00e9 et maintenu actif jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le SI apparaisse, les deux stimuli se terminant souvent conjointement ; cette modalit\u00e9 produit l&rsquo;apprentissage le plus stable et rapide.<\/li>\n<li><strong>Conditionnement de trace (<em>trace conditioning<\/em>) :<\/strong> Modalit\u00e9 temporelle o\u00f9 un intervalle silencieux s\u00e9pare l&rsquo;extinction du SC de l&rsquo;apparition du SI, sollicitant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de structures mn\u00e9siques comme l&rsquo;hippocampe pour maintenir la repr\u00e9sentation du signal.<\/li>\n<li><strong>Conditionnement diff\u00e9rentiel (<em>differential conditioning<\/em>) :<\/strong> Sch\u00e9ma d&rsquo;apprentissage o\u00f9 deux stimuli distincts sont pr\u00e9sent\u00e9s (SC+ appari\u00e9 au flash lumineux et SC- pr\u00e9sent\u00e9 isol\u00e9ment) ; la RC ne doit id\u00e9alement \u00e9merger qu&rsquo;en pr\u00e9sence du SC+, attestant d&rsquo;une discrimination sensorielle fine.<\/li>\n<li><strong>Dynamique temporelle de l&rsquo;extinction :<\/strong> Diminution progressive puis disparition de la RC lorsque le SC est pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sans renforcement par le SI, prouvant la nature r\u00e9versible et r\u00e9gul\u00e9e de l&rsquo;apprentissage.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser ce paradigme, consid\u00e9rons l&rsquo;exp\u00e9rience classique d&rsquo;un sujet volontaire sain install\u00e9 dans une cabine insonoris\u00e9e et \u00e9lectromagn\u00e9tiquement blind\u00e9e, muni d&rsquo;un casque audio et d&rsquo;\u00e9lectrodes coll\u00e9es sur les zones occipitales O1 et O2. Dans la phase d&rsquo;habituation initiale, un son pur de 500 Hz est diffus\u00e9 \u00e0 dix reprises. Durant les premi\u00e8res pr\u00e9sentations, le son produit une l\u00e9g\u00e8re att\u00e9nuation de l&rsquo;alpha qui dispara\u00eet totalement d\u00e8s le troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me essai : le sujet est habitu\u00e9, le son est devenu physiologiquement transparent.<\/p>\n<p>Dans la phase d&rsquo;acquisition, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur envoie le son pendant 1,5 seconde, et \u00e0 la milli\u00e8me milliseconde (apr\u00e8s 1 seconde d&rsquo;\u00e9coute), un flash lumineux violent de 50 millisecondes est projet\u00e9. Durant les premiers appariements, l&rsquo;EEG montre une onde alpha continue et r\u00e9guli\u00e8re pendant la premi\u00e8re seconde de son, suivie d&rsquo;un effondrement brutal uniquement \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 le flash jaillit. Toutefois, apr\u00e8s une cinquantaine d&rsquo;essais combin\u00e9s, le trac\u00e9 change de morphologie : d\u00e8s les 200 premi\u00e8res millisecondes du son, le rythme alpha s&rsquo;\u00e9teint compl\u00e8tement, bien avant l&rsquo;apparition du flash. Le son a acquis la capacit\u00e9 propre d&rsquo;\u00e9teindre le rythme occipital.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant se trouve dans les protocoles de discrimination sensorielle. On pr\u00e9sente \u00e0 un participant deux sons de hauteurs diff\u00e9rentes : 400 Hz (SC+) et 1200 Hz (SC-). Seul le premier est suivi d&rsquo;un stimulus visuel. Au fur et \u00e0 mesure du conditionnement diff\u00e9rentiel, le chercheur observe que l&rsquo;\u00e9mission du son de 400 Hz induit un blocage alpha imm\u00e9diat et prolong\u00e9, tandis que le son de 1200 Hz permet au rythme alpha de poursuivre son oscillation de 10 Hz sans la moindre perturbation. Le cerveau d\u00e9montre ainsi sa capacit\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer un filtrage \u00e9lectrocortical pr\u00e9dictif s\u00e9lectif.<\/p>\n<p>Dans les contextes cliniques historiques d\u00e9crits par Charles Wells \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, l&rsquo;\u00e9tude de ce conditionnement chez des patients pr\u00e9sentant des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales focales a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des alt\u00e9rations notables : un patient souffrant d&rsquo;une l\u00e9sion temporale ou frontale pouvait maintenir une r\u00e9ponse inconditionnelle normale \u00e0 la lumi\u00e8re mais se r\u00e9v\u00e9ler totalement incapable d&rsquo;acqu\u00e9rir le blocage conditionn\u00e9 au son, fournissant un outil pr\u00e9coce pour localiser les d\u00e9ficits d&rsquo;int\u00e9gration cortico-sous-corticale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du conditionnement du blocage alpha repose sur des m\u00e9thodes d&rsquo;acquisition \u00e9lectrophysiologique rigoureuses et des proc\u00e9dures de quantification du signal de haute pr\u00e9cision. La disposition standardis\u00e9e des \u00e9lectrodes selon le syst\u00e8me international 10-20 cible prioritairement les d\u00e9rivations occipitales (O1, O2, Oz) et pari\u00e9to-occipitales (PO3, PO4, Pz), o\u00f9 le gradient de voltage du rythme alpha pr\u00e9sente sa puissance maximale. Une r\u00e9f\u00e9rence neutre (masto\u00efdes li\u00e9es ou lobe de l&rsquo;oreille) est indispensable pour limiter la contamination par les artefacts \u00e9lectromyographiques ou oculomoteurs.<\/p>\n<p>Historiquement, les chercheurs comptaient manuellement le nombre d&rsquo;ondes alpha r\u00e9siduelles ou mesuraient \u00e0 la r\u00e8gle millim\u00e9trique l&rsquo;amplitude cr\u00eate-\u00e0-cr\u00eate durant l&rsquo;intervalle SC-SI par rapport \u00e0 une \u00e9poque basale pr\u00e9-stimulus. Aujourd&rsquo;hui, le traitement repose sur la transform\u00e9e de Fourier rapide (FFT) appliqu\u00e9e sur des fen\u00eatres glissantes et sur l&rsquo;analyse temps-fr\u00e9quence par ondelettes de Morlet. Ces outils permettent de quantifier la <em>Event-Related Desynchronization<\/em> (ERD), qui mesure le pourcentage de d\u00e9croissance de la puissance spectrale dans la bande alpha (8-12 Hz) selon la formule classique : ERD% = [(A &#8211; R) \/ R] \u00d7 100, o\u00f9 A repr\u00e9sente la puissance spectrale pendant la fen\u00eatre post-stimulus et R la puissance durant l&rsquo;\u00e9poque de r\u00e9f\u00e9rence au repos.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;acceptation d&rsquo;une r\u00e9ponse conditionn\u00e9e exige que l&rsquo;att\u00e9nuation de l&rsquo;onde d\u00e9passe un seuil pr\u00e9d\u00e9fini (commun\u00e9ment une r\u00e9duction de 50 % de l&rsquo;amplitude basale ou une chute statistiquement significative de la densit\u00e9 de puissance) persistant pendant une dur\u00e9e minimale de 200 \u00e0 500 millisecondes durant la fen\u00eatre pr\u00e9c\u00e9dant le SI. L&rsquo;analyse conjointe des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces permet d&rsquo;exclure que le blocage soit imputable \u00e0 une alt\u00e9ration de la transduction sensorielle p\u00e9riph\u00e9rique, garantissant que la modification observ\u00e9e rel\u00e8ve exclusivement d&rsquo;un processus central associatif.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La port\u00e9e pratique du conditionnement du blocage alpha s&rsquo;\u00e9tend sur plusieurs domaines majeurs de la recherche translationnelle, du diagnostic fonctionnel et de la r\u00e9habilitation cognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Diagnostic neuropsychologique pr\u00e9coce :<\/strong> Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 acqu\u00e9rir ou \u00e0 \u00e9teindre le blocage alpha conditionn\u00e9 a servi de biomarqueur fonctionnel pour d\u00e9tecter des dysfonctionnements sous-corticaux, des atteintes de la formation r\u00e9ticul\u00e9e ou des troubles de la communication interh\u00e9misph\u00e9rique chez des patients comateux, \u00e9pileptiques ou c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tude des troubles de l&rsquo;attention (TDAH) :<\/strong> Le protocole offre une fen\u00eatre objective sur l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir un filtre attentionnel pr\u00e9paratoire. Les enfants ou adultes manifestant un d\u00e9ficit de l&rsquo;attention pr\u00e9sentent souvent une labilit\u00e9 de la d\u00e9synchronisation conditionn\u00e9e ou une habituation anormale, traduisant un d\u00e9ficit du contr\u00f4le attentionnel descendant.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9veloppement du neurofeedback :<\/strong> La d\u00e9monstration pr\u00e9coce que le rythme alpha pouvait \u00eatre modul\u00e9 par des contingences environnementales a directement inspir\u00e9 les pionniers du biofeedback EEG dans les ann\u00e9es 1960 (notamment Joe Kamiya). L&rsquo;apprentissage du contr\u00f4le volontaire de l&rsquo;amplitude alpha chez l&rsquo;humain d\u00e9rive conceptuellement de ces premiers sch\u00e9mas de conditionnement cortical.<\/li>\n<li><strong>Psychopharmacologie exp\u00e9rimentale :<\/strong> L&rsquo;administration de substances modulant les r\u00e9cepteurs cholinergiques, adr\u00e9nergiques ou gabaergiques modifie profond\u00e9ment les cin\u00e9tiques d&rsquo;acquisition et d&rsquo;extinction de la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e alpha, permettant d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;impact cognitif et s\u00e9datif de nouvelles mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques sur des mod\u00e8les animaux et humains.<\/li>\n<li><strong>Interfaces Cerveau-Machine (ICM) :<\/strong> La ma\u00eetrise de la d\u00e9synchronisation volontaire ou conditionn\u00e9e de la bande alpha\/mu constitue l&rsquo;un des piliers technologiques des ICM motrices et visuelles actuelles, permettant \u00e0 des personnes paralys\u00e9es de commuter un signal de commande binaire par modulation de leurs rythmes c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques accumul\u00e9es depuis les exp\u00e9riences pionni\u00e8res de Durup et Fessard (1935) confirment la robustesse statistique du conditionnement du rythme alpha, tout en soulignant la finesse des conditions requises pour son \u00e9mergence. Dans leurs protocoles canoniques, Jasper et Shagass (1941) ont \u00e9tabli qu&rsquo;apr\u00e8s 20 \u00e0 40 essais d&rsquo;appariement son-lumi\u00e8re chez des sujets sains, une d\u00e9synchronisation conditionn\u00e9e apparaissait de fa\u00e7on constante, atteignant des taux de r\u00e9ponse stables exc\u00e9dant 70 % des essais non renforc\u00e9s intercal\u00e9s pour tester la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e.<\/p>\n<p>Une \u00e9tape m\u00e9thodologique cruciale a \u00e9t\u00e9 franchie dans les ann\u00e9es 1960 avec les travaux d&rsquo;Aurelio Torres (1968), qui a explor\u00e9 la fronti\u00e8re \u00e9pineuse entre le v\u00e9ritable apprentissage associatif et la pseudo-conditionnement. En utilisant des groupes contr\u00f4les randomis\u00e9s recevant des stimuli non appari\u00e9s (SC et SI d\u00e9coupl\u00e9s dans le temps), Torres a prouv\u00e9 que si une partie de la r\u00e9activit\u00e9 alpha est attribuable \u00e0 une sensibilisation g\u00e9n\u00e9rale li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de stimuli intenses, seule la contingence temporelle stricte permet d&rsquo;obtenir une r\u00e9ponse anticipatoire stable, diff\u00e9rentielle et reproductible.<\/p>\n<p>Les investigations ult\u00e9rieures de Putney (1973) ont r\u00e9examin\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;aide de mesures informatis\u00e9es onde par onde chez l&rsquo;humain. Putney a document\u00e9 que l&rsquo;amplitude moyenne des ondes individuelles d\u00e9croissait de mani\u00e8re lin\u00e9aire au fil des blocs d&rsquo;acquisition, avec une dynamique de r\u00e9-enrichissement spectrale rapide durant les phases d&rsquo;extinction. De surcro\u00eet, les travaux de Braggio et Putney (1980) ont apport\u00e9 la preuve que l&rsquo;instruction verbale pr\u00e9alable modifie significativement la magnitude de la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e, reliant d\u00e9finitivement le blocage alpha aux th\u00e9ories cognitives de la conscience de contingence et de l&rsquo;apprentissage dirig\u00e9.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie combin\u00e9e EEG-IRM fonctionnelle ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ce blocage conditionn\u00e9 s&rsquo;accompagne d&rsquo;un d\u00e9sengagement du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN) et d&rsquo;une co-activation rapide du r\u00e9seau attentionnel dorsal (comprenant le sillon intrapari\u00e9tal et les champs oculaires frontaux), confirmant au niveau h\u00e9modynamique les observations \u00e9lectriques formul\u00e9es pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle plus t\u00f4t.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que le rythme alpha et sa d\u00e9synchronisation reposent sur des structures neuroanatomiques universelles chez l&rsquo;\u00eatre humain, l&rsquo;expression du conditionnement du blocage alpha peut pr\u00e9senter des modulations substantielles selon l&rsquo;environnement socioculturel, l&rsquo;\u00e9tat psychologique de base et les pratiques de r\u00e9gulation mentale.<\/p>\n<p>Les traditions m\u00e9ditatives orientales (telles que le bouddhisme Zen ou la m\u00e9ditation Vipassana) ont \u00e9t\u00e9 abondamment \u00e9tudi\u00e9es sous l&rsquo;angle de la r\u00e9activit\u00e9 alpha par des \u00e9quipes japonaises et occidentales (notamment Kasamatsu et Hirai dans les ann\u00e9es 1960). Chez les pratiquants experts, le rythme alpha pr\u00e9sente non seulement une puissance basale consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e et une distribution topographique \u00e9largie vers les zones frontales, mais il manifeste \u00e9galement une absence d&rsquo;habituation au blocage alpha sensoriel r\u00e9p\u00e9t\u00e9, ainsi qu&rsquo;une r\u00e9sistance remarquable au conditionnement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Ces r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que l&rsquo;encadrement cognitif et l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la pleine conscience modifient la sensibilit\u00e9 du thalamus aux automatismes associatifs.<\/p>\n<p>En outre, le niveau de stress, l&rsquo;angoisse contextuelle ou la familiarit\u00e9 avec le dispositif technologique exp\u00e9rimental varient fr\u00e9quemment selon les groupes culturels et les milieux sociaux. Un sujet anxieux, plac\u00e9 dans un environnement de laboratoire intimidant, pr\u00e9sentera un trac\u00e9 alpha pauvre ou fragment\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part (ph\u00e9nom\u00e8ne de trac\u00e9 \u00ab d\u00e9synchronis\u00e9 de tension \u00bb), ce qui ob\u00e8re math\u00e9matiquement la possibilit\u00e9 d&rsquo;observer un conditionnement du blocage par manque de signal oscillatoire disponible. Ces disparit\u00e9s rappellent l&rsquo;importance de contr\u00f4ler l&rsquo;\u00e9tat psycho-affectif et d&rsquo;\u00e9tablir des crit\u00e8res d&rsquo;inclusion physiologiques rigoureux dans toute comparaison transculturelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 son \u00e9l\u00e9gance conceptuelle, le conditionnement du blocage alpha a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques tout au long du XXe si\u00e8cle. La controverse la plus persistante concerne la nature exacte de la r\u00e9ponse observ\u00e9e : s&rsquo;agit-il d&rsquo;un apprentissage associatif authentique ou d&rsquo;une simple r\u00e9manence du r\u00e9flexe d&rsquo;orientation d\u00e9clench\u00e9e par un \u00e9tat de sensibilisation centrale ? Plusieurs chercheurs ont soulign\u00e9 que la pr\u00e9sentation r\u00e9currente d&rsquo;un flash lumineux puissant majore le tonus g\u00e9n\u00e9ral de la formation r\u00e9ticul\u00e9e, de sorte que n&rsquo;importe quel stimulus ult\u00e9rieur, m\u00eame non associ\u00e9, peut suffire \u00e0 d\u00e9synchroniser le cortex.<\/p>\n<p>Une seconde critique r\u00e9side dans l&rsquo;extr\u00eame labilit\u00e9 de la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e alpha. Contrairement aux r\u00e9flexes moteurs ou autonomes (comme le clignement palp\u00e9bral ou la r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale) qui peuvent persister sur des dizaines d&rsquo;essais sans renforcement, le blocage alpha conditionn\u00e9 s&rsquo;\u00e9teint avec une rapidit\u00e9 d\u00e9concertante, souvent apr\u00e8s seulement 3 \u00e0 5 pr\u00e9sentations du SC non renforc\u00e9. Cette fragilit\u00e9 a conduit certains auteurs \u00e0 contester son statut de v\u00e9ritable r\u00e9flexe conditionnel classique, pr\u00e9f\u00e9rant y voir une fluctuation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de l&rsquo;attention soutenue.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat relatif au r\u00f4le de la conscience et de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 a \u00e9galement divis\u00e9 les sp\u00e9cialistes. Alors que le mod\u00e8le b\u00e9havioriste orthodoxe postulait une liaison sous-corticale m\u00e9canique et automatique, les recherches modernes d\u00e9montrent que si le sujet est inform\u00e9 que le flash ne sera plus administr\u00e9, la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e de blocage alpha dispara\u00eet quasi instantan\u00e9ment. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne prouve que le conditionnement alpha humain n&rsquo;est pas un automatisme purement v\u00e9g\u00e9tatif ou spinal, mais qu&rsquo;il est assujetti au contr\u00f4le cognitif descendant et \u00e0 la repr\u00e9sentation explicite des r\u00e8gles environnementales.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan technique, la variabilit\u00e9 interindividuelle constitue une limite majeure : environ 10 \u00e0 15 % de la population g\u00e9n\u00e9rale saine pr\u00e9sente un rythme alpha tr\u00e8s faible, voire inexistant sur le cuir chevelu en raison de configurations morphologiques du cr\u00e2ne ou de l&rsquo;orientation spatiale des dip\u00f4les corticaux dans les scissures calcarines, rendant impossible l&rsquo;application de ce paradigme chez l&rsquo;ensemble des sujets.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir les confusions terminologiques fr\u00e9quentes dans la litt\u00e9rature des neurosciences cliniques et de la psychologie de l&rsquo;apprentissage, il importe de distinguer le conditionnement du blocage alpha d&rsquo;autres concepts \u00e9lectrophysiologiques apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9action d&rsquo;arr\u00eat de Berger :<\/strong> R\u00e9ponse physiologique inconditionnelle et r\u00e9flexe caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;inhibition du rythme alpha lors de l&rsquo;ouverture volontaire des yeux ou de l&rsquo;impact d&rsquo;une lumi\u00e8re soudaine. Le conditionnement du blocage en est la r\u00e9plication pr\u00e9dictive m\u00e9di\u00e9e par un apprentissage.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9synchronisation li\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement (ERD) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique contemporain d\u00e9signant toute diminution de puissance spectrale dans une bande de fr\u00e9quence d\u00e9finie cons\u00e9cutive \u00e0 une stimulation sensorielle, une intention motrice ou un traitement cognitif. Le blocage alpha conditionn\u00e9 est une variante sp\u00e9cifique d&rsquo;ERD induite par une contingence pavlovienne.<\/li>\n<li><strong>Neurofeedback alpha :<\/strong> Modalit\u00e9 de conditionnement op\u00e9rant ou instrumental dans laquelle le sujet re\u00e7oit un renforcement imm\u00e9diat (visuel ou auditif) en fonction de l&rsquo;amplitude de ses propres ondes c\u00e9r\u00e9brales, apprenant activement \u00e0 les augmenter ou les r\u00e9duire. \u00c0 l&rsquo;inverse, le conditionnement du blocage alpha est strictement pavlovien et ne repose pas sur une r\u00e9compense contingente \u00e0 une action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Potentiel \u00e9voqu\u00e9 visuel (PEV) :<\/strong> D\u00e9flexions de potentiel transitoires \u00e0 synchronisation de phase directe apparaissant quelques dizaines de millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;impact photonique sur la r\u00e9tine. Le blocage alpha repr\u00e9sente quant \u00e0 lui un changement d&rsquo;\u00e9tat oscillatoire global, non cal\u00e9 en phase avec l&rsquo;onde incidente.<\/li>\n<li><strong>Rythme mu (rythme rolandique) :<\/strong> Oscillation de 8 \u00e0 12 Hz enregistr\u00e9e au niveau des aires motrices et sensorimotrices fronto-pari\u00e9tales, bloqu\u00e9e non pas par la lumi\u00e8re, mais par le mouvement corporel effectif ou imagin\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le conditionnement du blocage alpha demeure une \u00e9tape monumentale dans la gen\u00e8se de la psychophysiologie moderne. D\u00e9couvert accidentellement par Durup et Fessard en 1935 et syst\u00e9matis\u00e9 par Jasper et Shagass en 1941, ce paradigme a apport\u00e9 la d\u00e9monstration d\u00e9finitive que les circuits oscillatoires du cerveau humain peuvent \u00eatre remodel\u00e9s par les lois de l&rsquo;apprentissage associatif pavlovien.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme repose sur l&rsquo;association r\u00e9p\u00e9t\u00e9e entre un stimulus neutre auditif (SC) et un stimulus inconditionnel visuel (SI). Avec l&rsquo;entra\u00eenement, le syst\u00e8me d&rsquo;alerte et de focalisation sensorielle anticipe la survenue de la lumi\u00e8re, entra\u00eenant une d\u00e9synchronisation pr\u00e9ventive des neurones visuels occipitaux d\u00e8s l&rsquo;audition du son. Cette transition traduit une lev\u00e9e de l&rsquo;inhibition corticale orchestr\u00e9e par les voies thalamo-corticales et la formation r\u00e9ticul\u00e9e.<\/p>\n<p>Bien que soumis \u00e0 des limites intrins\u00e8ques telles que la rapidit\u00e9 de son extinction, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux facteurs cognitifs descendants et la d\u00e9pendance au profil \u00e9lectrophysiologique individuel, ce protocole conserve une valeur heuristique inestimable. Il a ouvert la voie \u00e0 la quantification objective des \u00e9tats attentionnels, au d\u00e9veloppement du neurofeedback et \u00e0 l&rsquo;essor des interfaces cerveau-machine qui constituent aujourd&rsquo;hui le fer de lance des neurosciences appliqu\u00e9es.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Berger, H. (1929). \u00dcber das Elektrenkephalogramm des Menschen. <em>Archiv f\u00fcr Psychiatrie und Nervenkrankheiten<\/em>, 87(1), 527\u2013570. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01797193\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01797193<\/a><\/li>\n<li>Durup, G., &#038; Fessard, A. (1935). L&rsquo;\u00e9lectrenc\u00e9phalogramme de l&rsquo;homme : Donn\u00e9es quantitatives sur l&rsquo;arr\u00eat s\u00e9lectif du rythme de Berger. <em>L&rsquo;Ann\u00e9e Psychologique<\/em>, 36(1), 1\u201332. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/psy.1935.5273\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/psy.1935.5273<\/a><\/li>\n<li>Jasper, H., &#038; Shagass, C. (1941). Conditioning the occipital alpha rhythm in man. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 28(5), 373\u2013388. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0056156\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0056156<\/a><\/li>\n<li>Knott, J. R., &#038; Henry, C. E. (1941). The conditioning of the blocking of the alpha rhythm of the human electroencephalogram. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 28(2), 134\u2013144. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0057038\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0057038<\/a><\/li>\n<li>Pfurtscheller, G., &#038; Lopes da Silva, F. H. (1999). Event-related EEG\/MEG synchronization and desynchronization: basic principles. <em>Clinical Neurophysiology<\/em>, 110(11), 1842\u20131857. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1388-2457(99)00141-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1388-2457(99)00141-8<\/a><\/li>\n<li>Putney, R. T. (1973). Conditioned alpha blocking re-examined with the measurement of individual wave amplitudes. <em>Electroencephalography and Clinical Neurophysiology<\/em>, 34(5), 485\u2013493. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0013-4694(73)90066-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0013-4694(73)90066-7<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le conditionnement du blocage alpha est un protocole d&rsquo;apprentissage associatif dans lequel un stimulus neutre d\u00e9clenche la d\u00e9synchronisation du rythme c\u00e9r\u00e9bral occipital.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,2411],"tags":[7045,4655,6797,5043,6878,33021],"class_list":["post-20125","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-psychophysiologie","tag-apprentissage-associatif","tag-conditionnement-classique","tag-electroencephalographie","tag-ondes-cerebrales","tag-psychophysiologie","tag-rythme-alpha"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20125\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}