{"id":20081,"date":"2026-10-23T07:45:09","date_gmt":"2026-10-23T07:45:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=allocortex-definition-neuropsychologie"},"modified":"2026-10-23T07:45:09","modified_gmt":"2026-10-23T07:45:09","slug":"allocortex-definition-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=allocortex-definition-neuropsychologie","title":{"rendered":"Allocortex : L&rsquo;\u00c9corce Ancestrale de l&rsquo;Esprit"},"content":{"rendered":"<p>Le cerveau humain abrite des strates \u00e9volutives qui t\u00e9moignent des \u00e9tapes majeures du d\u00e9veloppement phylog\u00e9n\u00e9tique des vert\u00e9br\u00e9s. Parmi ces structures, l&rsquo;allocortex repr\u00e9sente une architecture neuronale singuli\u00e8re dont l&rsquo;organisation laminaire et les connexions synaptiques sous-tendent les fonctions cognitives et \u00e9motionnelles les plus fondamentales, telles que la m\u00e9moire \u00e9pisodique, l&rsquo;orientation spatiale et l&rsquo;int\u00e9gration olfactive. Comprendre cette \u00e9corce ancestrale permet d&rsquo;\u00e9clairer les m\u00e9canismes sous-jacents aux pathologies neuropsychiatriques majeures, de la maladie d&rsquo;Alzheimer aux troubles anxieux chroniques.<\/p>\n<h2>Allocortex<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>allocortex<\/strong> d\u00e9signe la fraction phylog\u00e9n\u00e9tiquement la plus ancienne de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale des vert\u00e9br\u00e9s, caract\u00e9ris\u00e9e sur le plan cytoarchitectonique par un nombre r\u00e9duit de couches cellulaires, oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre trois et quatre strates distinctes, par opposition aux six couches caract\u00e9ristiques de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N%C3%A9ocortex\">isocortex<\/a> ou n\u00e9ocortex. Cette structure neuroanatomique constitue un \u00e9l\u00e9ment nodal du syst\u00e8me limbique, intervenant au premier plan dans la m\u00e9moire spatiale, la consolidation m\u00e9morielle et la perception des aff\u00e9rences olfactives primaires.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel et morphologique, l&rsquo;allocortex ne repr\u00e9sente qu&rsquo;environ dix pour cent de l&rsquo;ensemble de la surface corticale chez l&rsquo;\u00eatre humain contemporain. Malgr\u00e9 cette modeste proportion volum\u00e9trique en comparaison de l&rsquo;immense expansion n\u00e9ocorticale, il exerce une influence r\u00e9gulatrice pr\u00e9pond\u00e9rante sur les comportements adaptatifs, l&rsquo;affectivit\u00e9, le traitement chimiosensoriel et la survie de l&rsquo;organisme en articulant les signaux sensoriels bruts avec les repr\u00e9sentations cognitives sup\u00e9rieures. Il se subdivise classiquement en deux contingents anatomiques distincts : l&rsquo;archicortex, largement domin\u00e9 par la formation hippocampique, et le pal\u00e9ocortex, principalement allou\u00e9 aux voies olfactives directes et associ\u00e9es.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable <em>allocortex<\/em> d\u00e9rive de la juxtaposition du pr\u00e9fixe d&rsquo;origine grecque classique <em>allos<\/em> (\u1f04\u03bb\u03bb\u03bf\u03c2), signifiant \u00ab autre \u00bb, \u00ab diff\u00e9rent \u00bb ou \u00ab divergeant \u00bb, et du substantif latin <em>cortex<\/em>, qui se traduit litt\u00e9ralement par \u00ab \u00e9corce \u00bb ou \u00ab enveloppe externe \u00bb. Cette construction linguistique hybride, fr\u00e9quente dans le vocabulaire biom\u00e9dical du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e pour d\u00e9signer explicitement une portion corticale dont l&rsquo;architecture histologique s&rsquo;\u00e9carte du mod\u00e8le structural pr\u00e9dominant \u00e0 six couches rencontr\u00e9 dans le manteau c\u00e9r\u00e9bral des mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit formellement dans la litt\u00e9rature neuroanatomique par le neurologue et psychiatre allemand <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Korbinian_Brodmann\">Korbinian Brodmann<\/a> au cours de ses travaux pionniers sur la cytoarchitectonie c\u00e9r\u00e9brale au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, consolid\u00e9s notamment dans son trait\u00e9 s\u00e9minal de 1909. Parall\u00e8lement, des chercheurs comme C\u00e9cile et Oskar Vogt ont affin\u00e9 cette distinction morphologique en opposant rigoureusement l&rsquo;allocortex \u00e0 l&rsquo;isocortex (du grec <em>isos<\/em>, \u00ab \u00e9gal \u00bb ou \u00ab uniforme \u00bb), consacrant ainsi dans la terminologie internationale l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00e9corce atypique non uniforme dans le t\u00e9lenc\u00e9phale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le mot <strong>allocortex<\/strong> est un substantif masculin invariable en nombre, qui s&rsquo;orthographie sans accent sur le \u00ab a \u00bb initial et se prononce phon\u00e9tiquement [a.l\u0254.k\u0254\u0281.t\u025bks]. La finale \u00ab -tex \u00bb conserve une articulation consonantique distincte du \u00ab x \u00bb, prononc\u00e9 \u00ab ks \u00bb, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;usage anatomique traditionnel d\u00e9riv\u00e9 du latin.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et neuroscientifique, le terme est principalement employ\u00e9 comme nom commun (\u00ab l&rsquo;allocortex temporal \u00bb, \u00ab les subdivisions de l&rsquo;allocortex \u00bb), mais il donne \u00e9galement lieu \u00e0 des d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux tels que \u00ab allocortical \u00bb (au masculin) et \u00ab allocorticale \u00bb (au f\u00e9minin, dont le pluriel s&rsquo;\u00e9tablit en \u00ab allocorticaux \u00bb et \u00ab allocorticales \u00bb). Ces formes d\u00e9riv\u00e9es permettent de qualifier pr\u00e9cis\u00e9ment des voies d&rsquo;association, des couches de substance grise ou des anomalies microstructurales sp\u00e9cifiques de cette r\u00e9gion enc\u00e9phalique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e conceptuelle de l&rsquo;allocortex au sein de la psychologie et des neurosciences cognitives, il convient de d\u00e9passer la simple dichotomie histologique entre trois et six couches. L&rsquo;allocortex incarne l&rsquo;interface par laquelle l&rsquo;organisme appr\u00e9hende le monde par des canaux primitifs essentiels \u2014 notamment le sens chimique olfactif et la cartographie \u00e9gocentrique puis allocentrique de l&rsquo;espace \u2014 pour b\u00e2tir des repr\u00e9sentations internes durables. Alors que le n\u00e9ocortex assure le calcul analytique, le langage, la m\u00e9tacognition et les fonctions ex\u00e9cutives complexes, l&rsquo;allocortex conserve la m\u00e9moire autobiographique et affective premi\u00e8re indispensable \u00e0 la coh\u00e9rence du soi dans le temps.<\/p>\n<p>La d\u00e9limitation structurale de l&rsquo;allocortex s&rsquo;articule traditionnellement autour de deux p\u00f4les anatomiques majeurs. D&rsquo;une part, l&rsquo;<strong>archicortex<\/strong> (ou archipallium) comprend la formation hippocampique au sens large, incluant le gyrus dent\u00e9 (fascia dentata), la corne d&rsquo;Ammon (subdivis\u00e9e en secteurs CA1, CA2, CA3 et CA4) et le subiculum. Cette formation pr\u00e9sente une disposition trilaminaire tr\u00e8s st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e : une couche mol\u00e9culaire superficielle, une couche cellulaire interm\u00e9diaire dense (compos\u00e9e de cellules pyramidales ou de grains selon la r\u00e9gion) et une couche polymorphe profonde. D&rsquo;autre part, le <strong>pal\u00e9ocortex<\/strong> (ou pal\u00e9opallium) englobe les structures olfactives primaires telles que le bulbe olfactif, le tubercule olfactif, le cortex piriforme et certaines zones du complexe amygdalien, illustrant une connexion directe et non relay\u00e9e par le thalamus entre l&rsquo;environnement physico-chimique et l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Au pourtour de ces zones typiquement trilaminaires s&rsquo;observe une zone de transition architecturale nomm\u00e9e <em>m\u00e9socortex<\/em> ou <em>p\u00e9riallocortex<\/em>. Cette bande corticale de transition, qui comprend notamment le cortex entorhinal, le cortex p\u00e9rirhinal, le cortex parahippocampique et le cortex cingulaire, pr\u00e9sente un gradient histologique progressif allant de trois couches vers six couches. Ce continuum cytoarchitectonique refl\u00e8te l&rsquo;adaptation \u00e9volutive du cerveau mammalien, permettant le pontage fonctionnel entre les aires sous-corticales v\u00e9g\u00e9tatives, les circuits allocorticaux de traitement \u00e9motionnel primaire et les vastes r\u00e9seaux n\u00e9ocorticaux associatifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tendue fonctionnelle de l&rsquo;allocortex s&rsquo;\u00e9tend donc de la gen\u00e8se de l&rsquo;\u00e9motion brute \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique requise pour l&rsquo;apprentissage \u00e0 long terme. C&rsquo;est en son sein que s&rsquo;op\u00e8rent des m\u00e9canismes \u00e9lectrophysiologiques primordiaux, tels que la potentialisation \u00e0 long terme (LTP), d\u00e9couverte initialement au sein de la synapse des voies perforantes de l&rsquo;hippocampe. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;allocortex n&rsquo;est pas un vestige passif de l&rsquo;\u00e9volution, mais un centre de calcul neural ultra-sp\u00e9cialis\u00e9 dont l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 conditionne la m\u00e9moire d\u00e9clarative, la flexibilit\u00e9 comportementale et la r\u00e9gulation du stress chez l&rsquo;humain contemporain.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9couverte et de la th\u00e9orisation de l&rsquo;allocortex s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neuroanatomie compar\u00e9e europ\u00e9enne \u00e0 la fin du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Les premi\u00e8res descriptions pr\u00e9cises de la structure laminaire de l&rsquo;hippocampe et des r\u00e9gions olfactives reviennent \u00e0 des anatomistes visionnaires comme Santiago Ram\u00f3n y Cajal, qui, gr\u00e2ce \u00e0 la coloration \u00e0 l&rsquo;argent mise au point par Camillo Golgi, d\u00e9crivit avec une pr\u00e9cision in\u00e9gal\u00e9e la morphologie des neurones pyramidaux et des cellules granulaires, mettant en \u00e9vidence les connexions s\u00e9rielles intrins\u00e8ques de la corne d&rsquo;Ammon.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois avec Korbinian Brodmann et, concomitamment, avec les travaux de Grafton Elliot Smith que la notion d&rsquo;une diff\u00e9renciation \u00e9volutive fondamentale de l&rsquo;\u00e9corce prend une forme conceptuelle rigoureuse. Elliot Smith introduit les concepts d&rsquo;archipallium et de n\u00e9opallium pour expliquer comment l&rsquo;\u00e9mergence des mammif\u00e8res s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;une pouss\u00e9e expansionnelle in\u00e9dite du manteau c\u00e9r\u00e9bral dorsal, repoussant m\u00e9dialement les structures hippocampiques et ventralement les structures olfactives. Brodmann formalisa ensuite cette partition microscopique en distinguant l&rsquo;isocortex homog\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;allocortex h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9tique dans son ouvrage de 1909.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, cette conceptualisation anatomique a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans les mod\u00e8les neuropsychologiques du comportement \u00e9motionnel. James Papez, en 1937, proposa son c\u00e9l\u00e8bre circuit pour expliquer le substrat anatomique des \u00e9motions, pla\u00e7ant l&rsquo;hippocampe (archicortex) au c\u0153ur de l&rsquo;expression affective. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1949 et 1952, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_D._MacLean\">Paul D. MacLean<\/a> popularisa le concept de \u00ab cerveau limbique \u00bb ou \u00ab syst\u00e8me limbique \u00bb, articulant l&rsquo;allocortex et les aires m\u00e9socorticales adjacentes au sein de sa th\u00e9orie du cerveau triunique, d\u00e9signant ces zones comme le \u00ab cerveau pal\u00e9omammalien \u00bb.<\/p>\n<p>Durant le dernier quart du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, la vision purement unitaire ou hi\u00e9rarchique simpliste de MacLean a \u00e9t\u00e9 largement r\u00e9vis\u00e9e par les neurosciences modernes. Les recherches men\u00e9es par des pionniers comme Brenda Milner sur le patient H.M. ont prouv\u00e9 de mani\u00e8re indiscutable que la r\u00e9section bilat\u00e9rale des structures m\u00e9diales temporales comprenant l&rsquo;allocortex hippocampique d\u00e9truisait irr\u00e9versiblement la m\u00e9moire d\u00e9clarative \u00e9pisodique tout en pr\u00e9servant la m\u00e9moire proc\u00e9durale et l&rsquo;intelligence g\u00e9n\u00e9rale. Plus r\u00e9cemment, les d\u00e9couvertes de John O&rsquo;Keefe ainsi que de May-Britt Moser et Edvard Moser concernant les cellules de lieu dans l&rsquo;allocortex et les cellules de grille dans le cortex entorhinal ont valu \u00e0 leurs auteurs le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 2014, consacrant la formation allocorticale comme un syst\u00e8me de positionnement et de navigation cognitive universel.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Les mod\u00e8les th\u00e9oriques actuels encadrant l&rsquo;allocortex reposent sur la th\u00e9orie computationnelle des circuits neuronaux et les mod\u00e8les de traitement parall\u00e8le distribu\u00e9. L&rsquo;hippocampe, prototype de l&rsquo;archicortex, est mod\u00e9lis\u00e9 par des th\u00e9oriciens tels que David Marr et James McClelland comme un r\u00e9seau neuronal auto-associatif capable de s\u00e9paration de motifs (<em>pattern separation<\/em>) et de compl\u00e9tion de motifs (<em>pattern completion<\/em>). Dans ce cadre th\u00e9orique, les couches allocorticales fournissent une circuiterie r\u00e9currente hautement efficace permettant d&rsquo;encoder des souvenirs distincts \u00e0 partir d&rsquo;entr\u00e9es sensorielles se chevauchant, \u00e9vitant ainsi les interf\u00e9rences mn\u00e9siques catastrophiques.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique, le circuit trineuronal classique de l&rsquo;archicortex illustre une logique fonctionnelle rigoureuse. Les aff\u00e9rences issues des aires associatives n\u00e9ocorticales convergent initialement vers le cortex entorhinal (m\u00e9socortex). De l\u00e0, la voie perforante projette massivement sur les cellules granulaires du gyrus dent\u00e9. Les axones de ces cellules, appel\u00e9s fibres moussues, transmettent l&rsquo;information aux cellules pyramidales du champ CA3 de la corne d&rsquo;Ammon, caract\u00e9ris\u00e9es par leurs vastes collat\u00e9rales r\u00e9currentes. Enfin, les collat\u00e9rales de Schaffer de CA3 projettent vers les neurones pyramidaux de CA1, qui constituent la voie de sortie principale vers le subiculum et, de l\u00e0, vers les structures sous-corticales et n\u00e9ocorticales.<\/p>\n<p>Contrairement au n\u00e9ocortex, o\u00f9 les signaux thalamocortiques subissent une int\u00e9gration s\u00e9quentielle \u00e0 travers six couches laminaires hautement diff\u00e9renci\u00e9es, le pal\u00e9ocortex olfactif pr\u00e9sente une architecture minimale mais d&rsquo;une rapidit\u00e9 de traitement exceptionnelle. Le cortex piriforme re\u00e7oit des axones directement issus du bulbe olfactif par le tractus olfactif lat\u00e9ral sans passer par le relais thalamique obligatoire propre aux autres modalit\u00e9s sensorielles (visuelle, auditive ou somatosensorielle). Cette particularit\u00e9 neurobiologique conf\u00e8re aux stimuli olfactifs une capacit\u00e9 unique \u00e0 d\u00e9clencher de mani\u00e8re quasi instantan\u00e9e des r\u00e9actions \u00e9motionnelles, des r\u00e9ponses neurov\u00e9g\u00e9tatives et des r\u00e9miniscences autobiographiques intenses via des connexions directes avec l&rsquo;amygdale et l&rsquo;hippocampe.<\/p>\n<p>Un autre fondement th\u00e9orique majeur r\u00e9side dans la plasticit\u00e9 synaptique et la neurogen\u00e8se adulte. L&rsquo;allocortex, singuli\u00e8rement au niveau de la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe, est l&rsquo;un des tr\u00e8s rares sites du syst\u00e8me nerveux central des mammif\u00e8res o\u00f9 la production de nouveaux neurones fonctionnels (neurogen\u00e8se adulte) persiste tout au long de l&rsquo;existence. Cette plasticit\u00e9 structurale continue soutient les capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation cognitive, la r\u00e9gulation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien face au stress et la modulation des \u00e9tats de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;allocortex se d\u00e9cline en structures anatomiques et couches histologiques pr\u00e9cis\u00e9ment r\u00e9pertori\u00e9es, qui constituent un r\u00e9seau interd\u00e9pendant de traitement de l&rsquo;information :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;Archicortex (Archipallium) :<\/strong> Composante dorsom\u00e9diale la plus repr\u00e9sentative, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire spatiale et relationnelle. Il comprend le gyrus dent\u00e9, les champs de la corne d&rsquo;Ammon (CA1, CA2, CA3, CA4) et le subiculum. Son organisation trilaminaire \u00e9l\u00e9mentaire comprend la couche mol\u00e9culaire (contenant les synapses et dendrites apicales), la couche cellulaire pyramidale ou granulaire (contenant les corps cellulaires principaux) et la couche polymorphe ou plexiforme (contenant les interneurones inhibiteurs GABAergiques et les cellules d&rsquo;association).<\/li>\n<li><strong>Le Pal\u00e9ocortex (Pal\u00e9opallium) :<\/strong> Composante ventrobasale d\u00e9di\u00e9e au traitement chimiosensoriel olfactif et aux r\u00e9ponses comportementales instinctives. Il englobe le bulbe olfactif, le tubercule olfactif, le cortex piriforme, le cortex pr\u00e9piriforme et l&rsquo;aire p\u00e9riamygdalienne. Son agencement histologique \u00e0 trois couches comprend la couche mol\u00e9culaire superficielle (couche I), la couche de cellules pyramidales interm\u00e9diaires (couche II) et la couche polymorphe profonde (couche III).<\/li>\n<li><strong>Le M\u00e9socortex ou P\u00e9riallocortex :<\/strong> Zone de transition cytoarchitectonique entre l&rsquo;allocortex trilaminaire et l&rsquo;isocortex hexalaminaire. Il comprend principalement le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_entorhinal\">cortex entorhinal<\/a>, le cortex p\u00e9rirhinal, le cortex pr\u00e9subiculaire, le cortex parasubiculaire et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Il pr\u00e9sente une structure \u00e0 quatre ou cinq couches, agissant comme un filtre et un compresseur de donn\u00e9es entre le manteau associatif n\u00e9ocortical et les centres allocorticaux.<\/li>\n<li><strong>Les Syst\u00e8mes de Fibres Aff\u00e9rentes et Eff\u00e9rentes :<\/strong> R\u00e9seaux axonaux majeurs assurant l&rsquo;interconnexion allocorticale, incluant la strie terminale, la strie longitudinale m\u00e9diale, le fornix (trigone c\u00e9r\u00e9bral), la commissure hippocampique et le faisceau uncin\u00e9, reliant l&rsquo;allocortex temporal aux aires pr\u00e9frontales r\u00e9gulatrices.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour concr\u00e9tiser l&rsquo;impact de l&rsquo;allocortex sur le fonctionnement cognitif et psychologique, l&rsquo;\u00e9tude de cas neurocliniques embl\u00e9matiques s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement \u00e9clairante. Le cas du patient H.M. (Henry Molaison), op\u00e9r\u00e9 en 1953 par le neurochirurgien William Scoville pour soulager une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire d\u00e9bilitante, constitue la pierre angulaire de la neuropsychologie moderne. L&rsquo;intervention consista en une ablation bilat\u00e9rale des portions m\u00e9diales des lobes temporaux, amputant une grande part de l&rsquo;archicortex hippocampique et des aires m\u00e9socorticales associ\u00e9es. Suite \u00e0 cette r\u00e9section allocorticale, H.M. pr\u00e9senta une amn\u00e9sie ant\u00e9rograde absolue et irr\u00e9versible, incapable d&rsquo;enregistrer de nouveaux faits ou \u00e9v\u00e9nements conscients, bien que sa m\u00e9moire \u00e0 court terme imm\u00e9diate et ses comp\u00e9tences motrices apprises fussent remarquablement conserv\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre exemple clinique frappant est document\u00e9 dans l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89pilepsie_du_lobe_temporal\">\u00e9pilepsie du lobe temporal<\/a> m\u00e9sial avec scl\u00e9rose hippocampique. Les patients souffrant de cette affection pr\u00e9sentent des d\u00e9charges \u00e9pileptog\u00e8nes prenant naissance directement au sein des circuits neuronaux de l&rsquo;archicortex. Durant la phase prodromique ou ictale de ces crises, les sujets \u00e9prouvent fr\u00e9quemment des auras olfactives intenses (cacosmie ou perception d&rsquo;odeurs f\u00e9tides inexistantes sans objet stimulant, li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;implication du pal\u00e9ocortex piriforme) associ\u00e9es \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de \u00ab d\u00e9j\u00e0-vu \u00bb, d&rsquo;angoisses paroxystiques inexpliqu\u00e9es ou d&rsquo;exp\u00e9riences extatiques, d\u00e9montrant le r\u00f4le de l&rsquo;allocortex dans la tonalit\u00e9 affective et le sentiment d&rsquo;authenticit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue.<\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab madeleine de Proust \u00bb illustre de mani\u00e8re \u00e9loquente le c\u00e2blage direct du pal\u00e9ocortex. Lorsqu&rsquo;un individu inhale une odeur singuli\u00e8re associ\u00e9e \u00e0 son enfance, une cascade de souvenirs visuels, affectifs et autobiographiques ressurgit instantan\u00e9ment avec une vivacit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e par rapport aux stimuli visuels ou auditifs. Cette r\u00e9surgence mn\u00e9sique foudroyante d\u00e9coule directement de l&rsquo;anatomie de l&rsquo;allocortex olfactif, dont les projections synaptiques rejoignent sans interm\u00e9diaire thalamique le r\u00e9seau hippocampique et l&rsquo;amygdale, court-circuitant les filtres n\u00e9ocorticaux r\u00e9flexifs habituels.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et m\u00e9thodes d&rsquo;exploration<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration fine de l&rsquo;allocortex mobilise un large \u00e9ventail de m\u00e9thodologies issues de la neuroimagerie structurelle, fonctionnelle et des bilans neuropsychologiques sp\u00e9cialis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Imagerie par R\u00e9sonance Magn\u00e9tique (IRM) Volum\u00e9trique \u00e0 Haut Champ :<\/strong> L&rsquo;IRM \u00e0 3 Tesla et \u00e0 ultra-haut champ (7 Tesla) permet d&rsquo;obtenir des coupes millim\u00e9triques et submillim\u00e9triques pond\u00e9r\u00e9es en T1 et T2 du lobe temporal m\u00e9dial. Gr\u00e2ce \u00e0 la volum\u00e9trie automatis\u00e9e ou manuelle guid\u00e9e par des atlas cytoarchitectoniques, les cliniciens mesurent l&rsquo;atrophie sp\u00e9cifique des sous-champs de l&rsquo;archicortex (CA1, CA3, subiculum) et du cortex entorhinal, des biomarqueurs cruciaux de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.<\/li>\n<li><strong>Imagerie par Tenseur de Diffusion (DTI) :<\/strong> Cette technique \u00e9value la micro-int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche allocorticale et des faisceaux d&rsquo;association limbiques, comme le fornix et le cingulum, en quantifiant l&rsquo;anisotropie fractionnelle de l&rsquo;eau, d\u00e9tectant les ruptures pr\u00e9coces de connectivit\u00e9 synaptique.<\/li>\n<li><strong>Tomographie par \u00c9mission de Positons (TEP) :<\/strong> L&rsquo;utilisation de radiotraceurs sp\u00e9cifiques, comme le 18F-FDG pour \u00e9valuer le m\u00e9tabolisme glucidique c\u00e9r\u00e9bral, ou des ligands ciblant les d\u00e9p\u00f4ts de prot\u00e9ines tau hyperphosphoryl\u00e9es et de plaques amylo\u00efdes (comme le 18F-Florbetapir), met en \u00e9vidence un hypom\u00e9tabolisme pr\u00e9coce ou une pathologie prot\u00e9inique si\u00e9geant pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;allocortex temporal.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectroenc\u00e9phalographie Intracr\u00e2nienne (St\u00e9r\u00e9o-EEG) :<\/strong> Dans le bilan pr\u00e9chirurgical des \u00e9pilepsies pharmaco-r\u00e9sistantes, des micro-\u00e9lectrodes sont implant\u00e9es directement dans l&rsquo;hippocampe et l&rsquo;amygdale afin d&rsquo;enregistrer en continu l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique allocorticale et localiser pr\u00e9cis\u00e9ment la zone \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation Neuropsychologique Standardis\u00e9e :<\/strong> L&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;allocortex est mesur\u00e9e par des batteries de tests mn\u00e9siques sensibles, tels que le test de rappel libre\/rappel indic\u00e9 \u00e0 16 items (RL\/RI-16 de Grober et Buschke), le test des figures de Rey, ainsi que des \u00e9preuves sp\u00e9cifiques de discrimination olfactive (comme le Sniffin&rsquo; Sticks Test) et de navigation spatiale dans des environnements virtuels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les connaissances relatives \u00e0 la physiologie et \u00e0 la pathologie de l&rsquo;allocortex rev\u00eatent une importance majeure dans la pratique m\u00e9dicale contemporaine. Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;accumulation neurofibrillaire de la prot\u00e9ine tau commence invariablement dans le cortex transentorhinal et entorhinal (m\u00e9socortex) avant d&rsquo;envahir massivement l&rsquo;archicortex hippocampique selon la stadification neuropathologique de Braak. Ainsi, les sympt\u00f4mes inauguraux de cette d\u00e9mence \u2014 la perte de la m\u00e9moire \u00e9pisodique r\u00e9cente, la d\u00e9sorientation spatio-temporelle et l&rsquo;anosmie partielle \u2014 r\u00e9sultent directement de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective des neurones de l&rsquo;allocortex.<\/p>\n<p>En psychiatrie clinique, l&rsquo;allocortex constitue un \u00e9l\u00e9ment central dans la physiopathologie du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et de la d\u00e9pression majeure r\u00e9currente. Chez les patients expos\u00e9s \u00e0 un stress chronique intense, l&rsquo;hypercortisol\u00e9mie prolong\u00e9e induit une excitotoxicit\u00e9 glutamatergique et une atrophie dendritique significative des neurones pyramidaux du secteur CA3 de l&rsquo;hippocampe, accompagn\u00e9e d&rsquo;un effondrement de la neurogen\u00e8se adulte dans le gyrus dent\u00e9. Cette d\u00e9gradation structurale allocorticale emp\u00eache l&rsquo;extinction normale des peurs conditionn\u00e9es et favorise l&rsquo;irruption de reviviscences traumatiques incontr\u00f4l\u00e9es, car le sujet ne parvient plus \u00e0 contextualiser ses souvenirs dans le temps et l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Au niveau neurochirurgical, la compr\u00e9hension exacte des limites anatomiques de l&rsquo;allocortex conditionne la r\u00e9ussite des amygdalo-hippocampectomies s\u00e9lectives chez les sujets souffrant d&rsquo;\u00e9pilepsie r\u00e9fractaire. L&rsquo;objectif th\u00e9rapeutique consiste \u00e0 r\u00e9s\u00e9quer pr\u00e9cis\u00e9ment les structures allocorticales l\u00e9s\u00e9es g\u00e9n\u00e9ratrices de crises tout en \u00e9pargnant les faisceaux n\u00e9ocorticaux adjacents impliqu\u00e9s dans le langage (notamment l&rsquo;aire de Wernicke dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re dominant) et la vision (radiations optiques de Meyer).<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Le corpus de recherches empiriques portant sur l&rsquo;allocortex s&rsquo;est consid\u00e9rablement enrichi au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, apportant des donn\u00e9es probantes sur sa dynamique cellulaire. Les \u00e9tudes men\u00e9es par Gage et ses collaborateurs \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 ont formellement d\u00e9montr\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 de la neurogen\u00e8se hippocampique chez l&rsquo;\u00eatre humain adulte au moyen du marquage \u00e0 la bromod\u00e9soxyuridine (BrdU), renversant le dogme neurobiologique centenaire selon lequel le cerveau mature ne pouvait plus g\u00e9n\u00e9rer de nouveaux neurones. Cette d\u00e9couverte a ouvert la voie \u00e0 des recherches d\u00e9montrant que l&rsquo;exercice physique a\u00e9robie et l&rsquo;enrichissement environnemental stimulent la prolif\u00e9ration des cellules souches neurales dans l&rsquo;allocortex via la s\u00e9cr\u00e9tion du facteur neurotrophique issu du cerveau (BDNF).<\/p>\n<p>Sur le versant des neurosciences cognitives computationnelles, les travaux de recherche translationnelle combinant la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont confirm\u00e9 le r\u00f4le des circuits allocorticaux dans la formation de cartes cognitives. Des protocoles exp\u00e9rimentaux inspir\u00e9s des labyrinthes aquatiques de Morris ont mis en \u00e9vidence que les patients pr\u00e9sentant des micro-l\u00e9sions de l&rsquo;archicortex droit \u00e9chouent syst\u00e9matiquement dans les t\u00e2ches de navigation allocentrique (fond\u00e9e sur les rep\u00e8res distaux ind\u00e9pendants du corps), tout en conservant des aptitudes relatives de navigation \u00e9gocentrique (fond\u00e9e sur la position de leur propre corps, sous-tendue par les noyaux gris centraux).<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;olfaction, les investigations par IRMf men\u00e9es par Gottfried et collaborateurs ont attest\u00e9 que le cortex piriforme humain n&rsquo;agit pas seulement comme un r\u00e9cepteur passif des mol\u00e9cules odorantes, mais encode des repr\u00e9sentations perceptives configur\u00e9es capables de se r\u00e9organiser sous l&rsquo;effet de l&rsquo;apprentissage associatif. L&rsquo;allocortex olfactif pr\u00e9sente ainsi une capacit\u00e9 de plasticit\u00e9 synaptique aussi remarquable que l&rsquo;allocortex hippocampique, validant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une matrice computationnelle commune propre \u00e0 l&rsquo;ensemble du manteau allocortical.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations comparatives et \u00e9volutives<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude compar\u00e9e de l&rsquo;allocortex chez les vert\u00e9br\u00e9s \u00e9claire la trajectoire \u00e9volutive de l&rsquo;esprit animal et humain. Chez les reptiles et les amphibiens, le t\u00e9lenc\u00e9phale est quasi exclusivement compos\u00e9 de structures allocorticales primitives (cortex m\u00e9dial, dorsal et lat\u00e9ral), sans aucune pr\u00e9sence d&rsquo;isocortex hexalaminaire. Chez ces esp\u00e8ces ancestrales, ces cortex rudimentaires g\u00e8rent l&rsquo;ensemble des comportements d&rsquo;orientation spatiale basique, de d\u00e9tection de nourriture par la chimiotaxie et de reproduction.<\/p>\n<p>L&rsquo;apparition du n\u00e9ocortex chez les premiers mammif\u00e8res a profond\u00e9ment transform\u00e9 le r\u00f4le de l&rsquo;allocortex sans pour autant le rendre obsol\u00e8te. Alors que le n\u00e9ocortex subissait une croissance exponentielle chez les primates et les hominid\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 recouvrir presque enti\u00e8rement l&rsquo;enc\u00e9phale, l&rsquo;allocortex s&rsquo;est trouv\u00e9 invagin\u00e9 et repli\u00e9 vers les profondeurs de la scissure temporo-m\u00e9siale. Cette transformation morphologique a permis une sp\u00e9cialisation extr\u00eame : plut\u00f4t que de traiter directement l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es motrices et sensorielles du corps, l&rsquo;allocortex s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9 en superviseur m\u00e9ta-analytique de la m\u00e9moire et des \u00e9tats int\u00e9roceptifs.<\/p>\n<p>Sur le plan intersp\u00e9cifique, la taille relative de l&rsquo;allocortex olfactif varie drastiquement selon le mode d&rsquo;adaptation sensorielle des esp\u00e8ces. Chez les mammif\u00e8res dits macrosmatiques (tels que les rongeurs, les canid\u00e9s ou les ongul\u00e9s), le pal\u00e9ocortex et les bulbes olfactifs repr\u00e9sentent une fraction volum\u00e9trique colossale du t\u00e9lenc\u00e9phale, servant de vecteur principal de survie et de communication sociale par les ph\u00e9romones. \u00c0 l&rsquo;inverse, chez les primates sup\u00e9rieurs et singuli\u00e8rement chez l&rsquo;humain \u2014 esp\u00e8ce microsmatique ayant privil\u00e9gi\u00e9 la vision binoculaire st\u00e9r\u00e9oscopique \u2014 l&rsquo;allocortex olfactif a subi une r\u00e9duction relative, sans perdre sa connectivit\u00e9 fonctionnelle intime avec le syst\u00e8me limbique \u00e9motionnel.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que le terme <em>allocortex<\/em> soit universellement admis dans les manuels d&rsquo;anatomie, son emploi et ses limites font l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques parmi les neurobiologistes contemporains. La premi\u00e8re critique r\u00e9currente concerne la fronti\u00e8re floue et parfois arbitraire entre le \u00ab vrai \u00bb allocortex (trilaminaire strict) et le m\u00e9socortex (cortex de transition). Des anatomistes soulignent que subdiviser l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale en fronti\u00e8res tranch\u00e9es masque la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un continuum neurod\u00e9veloppemental continu, o\u00f9 les densit\u00e9s neuronales et les couches changent graduellement sans rupture brutale le long de l&rsquo;axe rostro-caudal et m\u00e9dio-lat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans la p\u00e9rennit\u00e9 de la th\u00e9orie du \u00ab syst\u00e8me limbique \u00bb et du mod\u00e8le du cerveau triunique de MacLean. De nombreux neuroscientifiques contemporains consid\u00e8rent ce concept d&rsquo;\u00ab \u00e9corce primitive \u00bb oppos\u00e9e \u00e0 une \u00ab \u00e9corce rationnelle \u00bb comme une simplification excessive, voire n\u00e9o-cart\u00e9sienne. Les donn\u00e9es modernes d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique et de tractographie montrent que l&rsquo;allocortex hippocampique travaille en boucle permanente avec le n\u00e9ocortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, battant en br\u00e8che l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une s\u00e9paration fonctionnelle nette entre un cerveau \u00e9motionnel ancestral et un cerveau cognitif moderne.<\/p>\n<p>Enfin, la question de la persistance de la neurogen\u00e8se adulte dans l&rsquo;allocortex humain fait l&rsquo;objet d&rsquo;une controverse m\u00e9thodologique internationale intense. Si certaines \u00e9quipes de recherche de premier plan confirment la production continue de neurones dans le gyrus dent\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s avanc\u00e9, d&rsquo;autres travaux publi\u00e9s dans des revues prestigieuses soutiennent que la neurogen\u00e8se s&rsquo;effondre drastiquement apr\u00e8s la petite enfance chez l&rsquo;humain pour devenir quasi ind\u00e9tectable chez l&rsquo;adulte, attribuant les marquages observ\u00e9s \u00e0 des art\u00e9facts techniques de fixation post-mortem.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute confusion terminologique en neurosciences cognitives et en neuroanatomie, il importe de distinguer l&rsquo;allocortex des notions voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Isocortex (N\u00e9ocortex) :<\/strong> Partie du manteau c\u00e9r\u00e9bral constitu\u00e9e de six couches histologiques superpos\u00e9es, apparue plus tardivement dans la phylogen\u00e8se. Contrairement \u00e0 l&rsquo;allocortex trilaminaire, l&rsquo;isocortex h\u00e9berge les aires sensorielles et motrices primaires ainsi que les vastes zones associatives responsables du langage et de la pens\u00e9e abstraite.<\/li>\n<li><strong>Archicortex :<\/strong> Subdivision majeure de l&rsquo;allocortex, caract\u00e9ris\u00e9e par une disposition trilaminaire localis\u00e9e au niveau de la formation hippocampique. L&rsquo;archicortex ne doit pas \u00eatre confondu avec le pal\u00e9ocortex, qui r\u00e9pond \u00e0 des aff\u00e9rences olfactives et pr\u00e9sente une morphogen\u00e8se distincte.<\/li>\n<li><strong>Pal\u00e9ocortex :<\/strong> Autre branche de l&rsquo;allocortex, structuralement primitive et fonctionnellement assign\u00e9e au traitement olfactif et aux relations synaptiques avec l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9socortex (P\u00e9riallocortex) :<\/strong> \u00c9corce de transition interm\u00e9diaire entre l&rsquo;allocortex et l&rsquo;isocortex, comportant entre quatre et cinq strates neuronales (exemples : cortex entorhinal et cingulaire). Il sert de passerelle cytoarchitectonique entre les deux grands types de manteaux c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me Limbique :<\/strong> Concept anatomo-fonctionnel large englobant des structures corticales (allocortex, m\u00e9socortex) et des noyaux sous-corticaux profonds (amygdale, septum, hypothalamus, noyaux ant\u00e9rieurs du thalamus). L&rsquo;allocortex n&rsquo;est que la composante corticale la plus ancienne de ce syst\u00e8me complexe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;allocortex repr\u00e9sente un carrefour neuroanatomique inestimable o\u00f9 s&rsquo;articulent la m\u00e9moire, l&rsquo;espace, l&rsquo;olfaction et l&rsquo;\u00e9motion brute :<\/p>\n<ul>\n<li>Il se compose d&rsquo;une \u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale ancestrale \u00e0 <strong>trois couches cellulaires<\/strong> (ou quatre), contrastant avec les six couches de l&rsquo;isocortex n\u00e9ocortical dominant.<\/li>\n<li>Il regroupe deux contingents majeurs : l&rsquo;<strong>archicortex<\/strong> (formation hippocampique, gyrus dent\u00e9, subiculum) et le <strong>pal\u00e9ocortex<\/strong> (bulbe et cortex piriforme olfactif).<\/li>\n<li>Il constitue le si\u00e8ge fondamental de la <strong>m\u00e9moire d\u00e9clarative \u00e9pisodique<\/strong>, de la navigation spatiale allocentrique et de l&rsquo;int\u00e9gration chimiosensorielle directe non thalamique.<\/li>\n<li>Il h\u00e9berge des processus de <strong>plasticit\u00e9 synaptique majeure<\/strong> (LTP) et est l&rsquo;un des si\u00e8ges pr\u00e9sum\u00e9s de la neurogen\u00e8se post-natale chez les mammif\u00e8res.<\/li>\n<li>Il pr\u00e9sente une <strong>vuln\u00e9rabilit\u00e9 clinique s\u00e9lective<\/strong> pr\u00e9coce dans des pathologies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et psychiatriques d&rsquo;envergure, notamment la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;\u00e9pilepsie du lobe temporal m\u00e9sial et le trouble de stress post-traumatique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brodmann, K. (1909). <em>Vergleichende Lokalisationslehre der Grosshirnrinde in ihren Prinzipien dargestellt auf Grund des Zellenbaues<\/em>. Johann Ambrosius Barth.<\/li>\n<li>Moser, E. I., Kropff, E., &amp; Moser, M.-B. (2008). Place cells, grid cells, and the brain&rsquo;s spatial representation system. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 31, 69\u201389. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.31.061307.090723<\/a><\/li>\n<li>Scoville, W. B., &amp; Milner, B. (1957). Loss of recent memory after bilateral hippocampal lesions. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 20(1), 11\u201321. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.20.1.11\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.20.1.11<\/a><\/li>\n<li>Squire, L. R., &amp; Wixted, J. T. (2011). The cognitive neuroscience of human memory since H.M. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 34, 259\u2013288. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.051508.135540\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.051508.135540<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;allocortex est la fraction ancestrale de l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale caract\u00e9ris\u00e9e par trois couches cellulaires, jouant un r\u00f4le central dans la m\u00e9moire et l&rsquo;\u00e9motion.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6756,459,647],"tags":[32954,32955,4698,4156,32956,12626],"class_list":["post-20081","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuroanatomie","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-allocortex","tag-archicortex","tag-hippocampe","tag-memoire-episodique","tag-paleocortex","tag-systeme-limbique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20081","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20081\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20081"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20081"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20081"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}