{"id":20068,"date":"2026-10-23T07:14:14","date_gmt":"2026-10-23T07:14:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=labyrinthe-a-couloirs-apprentissage-spatial"},"modified":"2026-10-23T07:14:14","modified_gmt":"2026-10-23T07:14:14","slug":"labyrinthe-a-couloirs-apprentissage-spatial","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=labyrinthe-a-couloirs-apprentissage-spatial","title":{"rendered":"Labyrinthe \u00e0 couloirs : Cl\u00e9 de la cognition"},"content":{"rendered":"<p>Le labyrinthe exp\u00e9rimental repr\u00e9sente l&rsquo;un des paradigmes m\u00e9thodologiques les plus embl\u00e9matiques et f\u00e9conds de l&rsquo;histoire des sciences du comportement et des neurosciences cognitives. En contraignant les trajectoires motrices au sein d&rsquo;itin\u00e9raires balis\u00e9s, il a permis de d\u00e9crypter les m\u00e9canismes fondamentaux de la prise de d\u00e9cision, de la formation des habitudes et de la navigation spatiale chez l&rsquo;animal comme chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h2>Labyrinthe \u00e0 couloirs<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>labyrinthe \u00e0 couloirs<\/strong> (souvent d\u00e9sign\u00e9 en anglais sous le terme d&rsquo;<em>alley maze<\/em>) est un dispositif exp\u00e9rimental ferm\u00e9 constitu\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9seau de voies, de couloirs d\u00e9limit\u00e9s par des parois verticales, d&rsquo;intersections et d&rsquo;impasses, con\u00e7u pour \u00e9tudier l&rsquo;apprentissage spatial, la m\u00e9moire et la r\u00e9solution de probl\u00e8mes chez des organismes vivants, principalement les rongeurs de laboratoire. L&rsquo;animal y est plac\u00e9 au point de d\u00e9part avec pour t\u00e2che d&rsquo;atteindre un compartiment d&rsquo;arriv\u00e9e contenant un renfor\u00e7ateur positif, tel que de la nourriture ou de l&rsquo;eau, en \u00e9vitant les culs-de-sac.<\/p>\n<p>Dans le paradigme classique de la psychologie compar\u00e9e et du comportementalisme, le labyrinthe \u00e0 couloirs se distingue nettement des ar\u00e8nes ouvertes ou des dispositifs sur\u00e9lev\u00e9s d\u00e9pourvus de cloisons. Les parois opaques ou transparentes isolent l&rsquo;animal des stimuli distaux ou structurent rigoureusement son champ perceptif imm\u00e9diat, contraignant sa cin\u00e9matique locomotrice \u00e0 une succession discr\u00e8te de choix directionnels au niveau des bifurcations. Ce cadre standardis\u00e9 permet d&rsquo;op\u00e9rationnaliser de mani\u00e8re robuste des concepts cognitifs abstraits, notamment l&rsquo;extinction, le renforcement diff\u00e9rentiel, la carte cognitive et la m\u00e9moire de travail spatiale.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du simple mod\u00e8le de conditionnement op\u00e9rant, le labyrinthe \u00e0 couloirs constitue une mod\u00e9lisation spatiale de la prise de d\u00e9cision s\u00e9quentielle. Il offre aux chercheurs un contr\u00f4le rigoureux sur les indices proximaux (textures au sol, odeurs r\u00e9siduelles, configuration des cloisons) et distaux (rep\u00e8res visuels dans la pi\u00e8ce d&rsquo;exp\u00e9rimentation), permettant d&rsquo;analyser comment le syst\u00e8me nerveux int\u00e8gre, m\u00e9morise et restitue des s\u00e9quences d&rsquo;actions orient\u00e9es vers un but.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab labyrinthe \u00bb d\u00e9rive du latin <em>labyrinthus<\/em>, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au grec ancien <em>\u03bb\u03b1\u03b2\u03cd\u03c1\u03b9\u03bd\u03b8\u03bf\u03c2<\/em> (<em>lab\u00farinthos<\/em>), terme pr\u00e9hell\u00e9nique d\u00e9signant initialement le palais l\u00e9gendaire cr\u00e9tois de Minos con\u00e7u par D\u00e9dale pour y enfermer le Minotaure. Dans la mythologie et l&rsquo;architecture antique, le terme renvoie \u00e0 une structure d\u00e9dal\u00e9enne complexe dont il est presque impossible de trouver l&rsquo;issue sans fil conducteur.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab couloir \u00bb provient de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>coureor<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>currere<\/em>, qui signifie \u00ab courir \u00bb. Dans le champ scientifique anglophone, l&rsquo;expression <em>alley maze<\/em> est introduite au tournant du XXe si\u00e8cle pour diff\u00e9rencier les dispositifs en tranch\u00e9es ou galeries closes des <em>open-field mazes<\/em> (labyrinthes en champ ouvert) et des dispositifs sur\u00e9lev\u00e9s comme les <em>elevated mazes<\/em>. En fran\u00e7ais, la terminologie acad\u00e9mique a retenu \u00ab labyrinthe \u00e0 couloirs \u00bb, \u00ab labyrinthe en all\u00e9es \u00bb ou parfois \u00ab labyrinthe ferm\u00e9 \u00bb, soulignant la pr\u00e9sence indispensable de parois lat\u00e9rales qui canalisent le flux de locomotion.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, \u00ab labyrinthe \u00e0 couloirs \u00bb est un syntagme nominal masculin compos\u00e9. La prononciation phon\u00e9tique standard en alphabet phon\u00e9tique international (API) s&rsquo;\u00e9crit \/la.bi.\u0281\u025b\u0303t a ku.lwa\u0281\/. Le terme principal \u00ab labyrinthe \u00bb prend la marque du pluriel (\u00ab labyrinthes \u00e0 couloirs \u00bb), tandis que le compl\u00e9ment d\u00e9terminatif \u00ab \u00e0 couloirs \u00bb s&rsquo;accorde invariablement au pluriel en raison de la pluralit\u00e9 intrins\u00e8que des all\u00e9es composant le syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique contemporain francophone, le terme s&#8217;emploie principalement comme substantif technique au sein de sections m\u00e9thodologiques d&rsquo;articles de psychologie exp\u00e9rimentale, d&rsquo;\u00e9thologie et de neurobiologie. On le retrouve souvent associ\u00e9 \u00e0 des adjectifs relationnels pr\u00e9cisant sa g\u00e9om\u00e9trie (par exemple : \u00ab labyrinthe \u00e0 couloirs en T \u00bb, \u00ab labyrinthe \u00e0 couloirs multiples \u00bb ou \u00ab labyrinthe \u00e0 couloirs automatis\u00e9 \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le labyrinthe \u00e0 couloirs repose sur un principe fondamental d&rsquo;exp\u00e9rimentation comportementale : la r\u00e9duction de l&rsquo;environnement physique \u00e0 une topologie de choix bivalents ou multivalents. Lorsqu&rsquo;un animal se d\u00e9place dans un tel environnement, chaque intersection (ou embranchement) repr\u00e9sente un point nodal o\u00f9 doivent s&rsquo;exercer des processus attentionnels et d\u00e9cisionnels. L&rsquo;exp\u00e9rimentateur quantifie la capacit\u00e9 de l&rsquo;organisme \u00e0 \u00e9laborer des strat\u00e9gies comportementales adaptatives au fil des essais successifs.<\/p>\n<p>Le fonctionnement cognitif au sein d&rsquo;un labyrinthe \u00e0 couloirs mobilise deux grands syst\u00e8mes de navigation. Le premier repose sur des strat\u00e9gies \u00e9gocentriques (guidage proc\u00e9dural ou apprentissage de type stimulus-r\u00e9ponse), dans lesquelles l&rsquo;animal apprend une cha\u00eene motrice rigide (\u00ab tourner \u00e0 droite \u00e0 la premi\u00e8re intersection, puis \u00e0 gauche \u00e0 la seconde \u00bb), processus \u00e9troitement li\u00e9 au striatum et aux ganglions de la base. Le second syst\u00e8me fait appel \u00e0 des strat\u00e9gies allocentriques, o\u00f9 le sujet se rep\u00e8re par rapport \u00e0 une configuration spatiale globale ind\u00e9pendante de sa propre orientation corporelle, une fonction tributaire de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocampe_(anatomie)\">hippocampe<\/a> et du cortex entorhinal.<\/p>\n<p>La structure m\u00eame du labyrinthe \u00e0 couloirs g\u00e9n\u00e8re des contraintes \u00e9cologiques particuli\u00e8res. Contrairement \u00e0 un pr\u00e9dateur ou une proie \u00e9voluant en plaine, un rongeur dans un couloir ferm\u00e9 voit ses signaux visuels lointains occult\u00e9s ou fortement modul\u00e9s par la hauteur des parois. Ce confinement favorise l&rsquo;utilisation de rep\u00e8res tactiles (via les vibrisses frottant contre les parois), d&rsquo;informations proprioceptives (eff\u00e9rences motrices lors des virages) et de signaux olfactifs (d\u00e9p\u00f4t involontaire de traces ph\u00e9romonales ou d&rsquo;urine). La standardisation de ces canaux sensoriels est donc devenue un d\u00e9fi m\u00e9thodologique majeur de la discipline.<\/p>\n<p>Un autre aspect crucial r\u00e9side dans le gradient d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;exploration g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les impasses (<em>blind alleys<\/em>). Une impasse ne repr\u00e9sente pas seulement une erreur d&rsquo;aiguillage ; elle induit un arr\u00eat moteur, une r\u00e9orientation spatiale et un co\u00fbt temporel et \u00e9nerg\u00e9tique mesurable. L&rsquo;apprentissage dans un labyrinthe \u00e0 couloirs se caract\u00e9rise ainsi \u00e0 la fois par l&rsquo;attraction progressive vers l&rsquo;objectif gratifiant et par l&rsquo;extinction active de la tendance spontan\u00e9e \u00e0 explorer les embranchements menant \u00e0 des impasses.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acte de naissance du labyrinthe en psychologie exp\u00e9rimentale remonte aux travaux pionniers de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Willard_Stanton_Small\">Willard Stanton Small<\/a> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Clark entre 1899 et 1901. Inspir\u00e9 par les terriers naturels des rongeurs et impressionn\u00e9 par les jardins v\u00e9g\u00e9taux labyrinthiques, Small construisit une r\u00e9plique miniaturis\u00e9e en bois et grillage du c\u00e9l\u00e8bre labyrinthe royal de Hampton Court. En y observant des rats blancs (<em>Rattus norvegicus<\/em>), Small d\u00e9montra que l&rsquo;acquisition du trajet optimal s&rsquo;effectuait par essais et erreurs, sans n\u00e9cessiter de facult\u00e9s intellectuelles transcendantes.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Broadus_Watson\">John Broadus Watson<\/a>, le futur fondateur du b\u00e9haviorisme, entreprit une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences chirurgicales radicales en 1907 avec Harvey Carr. En privant exp\u00e9rimentalement des rats de la vue, de l&rsquo;ou\u00efe, de l&rsquo;odorat et de leurs vibrisses, Watson constata que les rongeurs parvenaient toujours \u00e0 parcourir le labyrinthe \u00e0 couloirs sans commettre d&rsquo;erreurs une fois l&rsquo;apprentissage stabilis\u00e9. Il en conclut, dans une posture purement m\u00e9caniste, que la navigation reposait quasi exclusivement sur des \u00ab sensations kinesth\u00e9siques \u00bb encha\u00een\u00e9es les unes aux autres sous la forme d&rsquo;un arc r\u00e9flexe moteur.<\/p>\n<p>Cette vision purement r\u00e9ductionniste fut contest\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9cisive dans les ann\u00e9es 1930 et 1940 par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Edward_Tolman\">Edward C. Tolman<\/a> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley. \u00c0 travers des exp\u00e9riences m\u00e9ticuleuses utilisant des labyrinthes \u00e0 couloirs modifi\u00e9s comportant des d\u00e9tours, des blocages soudains et des passages radiaux, Tolman mit en \u00e9vidence le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab apprentissage latent \u00bb. Il d\u00e9montra que des rats plac\u00e9s dans des couloirs sans aucune r\u00e9compense alimentaire apprenaient n\u00e9anmoins la structure de l&rsquo;espace, manifestant instantan\u00e9ment ce savoir d\u00e8s l&rsquo;introduction d&rsquo;un renfor\u00e7ateur. Ces observations conduisirent \u00e0 la publication en 1948 de son article s\u00e9minal introduisant la notion fondamentale de \u00ab carte cognitive \u00bb (<em>cognitive map<\/em>).<\/p>\n<p>Au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, le labyrinthe \u00e0 couloirs s&rsquo;est sophistiqu\u00e9. Donald Hebb et Kenneth Williams ont mis au point en 1946 la batterie de tests d&rsquo;intelligence animale de Hebb-Williams, compos\u00e9e d&rsquo;une enceinte rectangulaire dont les cloisons amovibles permettent de cr\u00e9er des configurations vari\u00e9es de couloirs. Plus tard, avec l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences mol\u00e9culaires et comportementales des ann\u00e9es 1970 \u00e0 nos jours, le labyrinthe \u00e0 couloirs est devenu le th\u00e9\u00e2tre privil\u00e9gi\u00e9 des enregistrements \u00e9lectrophysiologiques unitaires, couronn\u00e9s par la d\u00e9couverte des cellules de lieu (<em>place cells<\/em>) par John O&rsquo;Keefe et Lynn Nadel, puis des cellules de grille (<em>grid cells<\/em>) par Edvard et May-Britt Moser.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Le labyrinthe \u00e0 couloirs a servi de champ de bataille conceptuel \u00e0 deux des courants les plus influents de la psychologie scientifique : le b\u00e9haviorisme associationniste et la psychologie cognitive.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00e9cole b\u00e9havioriste classique (repr\u00e9sent\u00e9e par Watson, Edward Thorndike et plus tard Clark Hull), le comportement d&rsquo;un organisme dans un labyrinthe s&rsquo;explique enti\u00e8rement par la force de l&rsquo;habitude (<em>habit strength<\/em>). Le passage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une section \u00e0 une autre, suivi d&rsquo;une r\u00e9duction de pulsion (la satiation alimentaire selon Hull), renforce les connexions motrices \u00e9l\u00e9mentaires. Dans ce cadre \u00e9pist\u00e9mologique, il n&rsquo;existe nulle repr\u00e9sentation interne : le labyrinthe est un encha\u00eenement lin\u00e9aire de stimuli proprioceptifs et visuels discrets d\u00e9clenchant des r\u00e9ponses musculaires automatiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, le courant n\u00e9o-b\u00e9havioriste purposif de Tolman et les sciences cognitives contemporaines postulent l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9tats internes repr\u00e9sentationnels. Dans cette perspective, l&rsquo;animal n&rsquo;engrange pas des mouvements, mais construit une g\u00e9om\u00e9trie interne des relations structurales du labyrinthe. Les couloirs ne sont plus seulement des d\u00e9clencheurs de r\u00e9flexes, mais des segments d&rsquo;un r\u00e9seau topologique encod\u00e9 au sein de circuits neuronaux d\u00e9di\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, la navigation en labyrinthe \u00e0 couloirs mobilise la th\u00e9orie du double syst\u00e8me d&rsquo;apprentissage (<em>dual-system learning<\/em>). Il y a une transition dynamique entre un contr\u00f4le hippocampique pr\u00e9coce et flexible, orient\u00e9 vers la d\u00e9couverte de l&rsquo;espace, et un contr\u00f4le dorsostriatal tardif, automatis\u00e9 et r\u00e9sistant aux interf\u00e9rences, typique de l&rsquo;encodage des habitudes motrices chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La conception physique d&rsquo;un labyrinthe \u00e0 couloirs repose sur des param\u00e8tres architecturaux standardis\u00e9s, calibr\u00e9s pour neutraliser les biais exp\u00e9rimentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La bo\u00eete de d\u00e9part (start box) :<\/strong> Compartiment initial muni d&rsquo;une porte guillotine, permettant de standardiser le d\u00e9but de l&rsquo;essai et de minimiser le stress de manipulation avant le l\u00e2cher de l&rsquo;animal.<\/li>\n<li><strong>Les couloirs (alleys \/ runways) :<\/strong> Voies rectilignes d\u00e9limit\u00e9es par des parois opaques ou translucides d&rsquo;une hauteur suffisante pour emp\u00eacher toute \u00e9vasion ou escalade (g\u00e9n\u00e9ralement 20 \u00e0 40 cm pour les rongeurs).<\/li>\n<li><strong>Les points de bifurcation (choice points) :<\/strong> Intersections g\u00e9om\u00e9triques (en T, en Y ou en croix) imposant une prise de d\u00e9cision angulaire pr\u00e9cise.<\/li>\n<li><strong>Les culs-de-sac ou impasses (blind alleys) :<\/strong> Segments ferm\u00e9s sans issue dont l&rsquo;entr\u00e9e par l&rsquo;animal est comptabilis\u00e9e comme une erreur spatiale ou d\u00e9cisionnelle.<\/li>\n<li><strong>La chambre de but (goal box) :<\/strong> Zone terminale abritant la mangeoire, la pipette d&rsquo;eau ou le renfor\u00e7ateur social, souvent munie d&rsquo;une valve antiretour pour emp\u00eacher la r\u00e9exploration r\u00e9trograde.<\/li>\n<li><strong>Les cloisons amovibles et portes unilat\u00e9rales :<\/strong> Dispositifs techniques permettant de reconfigurer dynamiquement les circuits ou de tester la m\u00e9moire de travail sans perturber l&rsquo;animal.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan typologique, plusieurs d\u00e9clinaisons majeures ont marqu\u00e9 la litt\u00e9rature :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le labyrinthe en T \u00e0 couloirs :<\/strong> La forme la plus \u00e9l\u00e9mentaire, consistant en une all\u00e9e centrale d\u00e9bouchant sur deux branches perpendiculaires, id\u00e9ale pour l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alternance spontan\u00e9e ou des discriminations simples.<\/li>\n<li><strong>Le labyrinthe en Y :<\/strong> Variante sym\u00e9trique du labyrinthe en T pr\u00e9sentant trois bras d&rsquo;\u00e9gale longueur \u00e0 120 degr\u00e9s, r\u00e9duisant les asym\u00e9tries de virage.<\/li>\n<li><strong>Le labyrinthe de Hampton Court :<\/strong> Configuration complexe originelle d&rsquo;inspiration historique, comportant de multiples circuits imbriqu\u00e9s et de fausses pistes imbriqu\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Le labyrinthe de Hebb-Williams :<\/strong> Dispositif rectangulaire \u00e0 parois int\u00e9rieures amovibles permettant de pr\u00e9senter jusqu&rsquo;\u00e0 12 probl\u00e8mes standardis\u00e9s de complexit\u00e9 croissante pour \u00e9valuer la plasticit\u00e9 cognitive et les capacit\u00e9s de r\u00e9solution de probl\u00e8mes.<\/li>\n<li><strong>Le labyrinthe \u00e0 choix multiples (Multiple T-maze) :<\/strong> Succession lin\u00e9aire d&rsquo;intersections en T reli\u00e9es les unes aux autres, servant \u00e0 \u00e9valuer l&rsquo;apprentissage de longues s\u00e9quences s\u00e9rielles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs exp\u00e9rimentaux<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement l&rsquo;usage du labyrinthe \u00e0 couloirs, consid\u00e9rons l&rsquo;exp\u00e9rience classique d&rsquo;alternance spatiale spontan\u00e9e chez le rat de laboratoire (<em>Rattus norvegicus<\/em>) dans un labyrinthe en T ferm\u00e9. Lorsqu&rsquo;un rat na\u00eff est plac\u00e9 \u00e0 la base du couloir principal et parcourt l&rsquo;appareil, il choisit librement d&rsquo;entrer dans le bras droit ou le bras gauche. Si on le replace imm\u00e9diatement au point de d\u00e9part pour un second essai sans r\u00e9compense, l&rsquo;animal choisira dans environ 80 \u00e0 85 % des cas le bras qu&rsquo;il n&rsquo;a pas visit\u00e9 au premier essai. Ce comportement naturel d\u00e9montre l&rsquo;existence d&rsquo;une m\u00e9moire de travail intacte et d&rsquo;une propension biologique inn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exploration syst\u00e9matique de zones inconnues.<\/p>\n<p>Un autre cas embl\u00e9matique est celui de l&rsquo;exp\u00e9rience dite de \u00ab fermeture de chemin \u00bb de Tolman et Honzik (1930). Les chercheurs ont plac\u00e9 des rats dans un labyrinthe \u00e0 couloirs comportant trois chemins d&rsquo;in\u00e9gales longueurs menant tous \u00e0 la m\u00eame zone de nourriture : le chemin 1 (le plus court), le chemin 2 (interm\u00e9diaire) et le chemin 3 (le plus long). Les chemins 1 et 2 partageaient un tron\u00e7on commun avant l&rsquo;arriv\u00e9e. Apr\u00e8s que les rats eurent appris la hi\u00e9rarchie des chemins, une barri\u00e8re infranchissable fut ins\u00e9r\u00e9e sur le segment commun. Les rats b\u00e9havioristes traditionnels, guid\u00e9s par la seule force des connexions musculaires, auraient d\u00fb se rabattre sur le chemin 2 (le deuxi\u00e8me plus renforc\u00e9). Or, les rongeurs choisirent imm\u00e9diatement le chemin 3, d\u00e9montrant qu&rsquo;ils comprenaient que le blocage affectait simultan\u00e9ment les chemins 1 et 2. Ils manipulaient mentalement une repr\u00e9sentation int\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;espace global.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la pharmacologie pr\u00e9clinique, le labyrinthe \u00e0 couloirs sert fr\u00e9quemment \u00e0 tester les mol\u00e9cules pro-cognitives ou amn\u00e9siantes. Par exemple, l&rsquo;administration intrap\u00e9riton\u00e9ale de scopolamine (un antagoniste non s\u00e9lectif des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine) induit une augmentation massive des erreurs d&rsquo;insertion dans les culs-de-sac au sein d&rsquo;un labyrinthe de Hebb-Williams, r\u00e9pliquant temporairement chez le rongeur sain les d\u00e9ficits d&rsquo;apprentissage spatial observ\u00e9s dans les stades pr\u00e9coces de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>.<\/p>\n<h3>9. Mesure, protocoles et \u00e9valuation comportementale<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des performances au sein d&rsquo;un labyrinthe \u00e0 couloirs s&rsquo;appuie sur une batterie de variables quantitatives d\u00e9pendantes rigoureusement codifi\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La latence de course :<\/strong> Temps total \u00e9coul\u00e9 entre l&rsquo;ouverture de la porte de d\u00e9part et l&rsquo;entr\u00e9e dans le compartiment terminal. Une diminution progressive de la latence au cours des sessions quotidiennes refl\u00e8te l&rsquo;acquisition de la t\u00e2che et l&rsquo;assurance cin\u00e9matique du rongeur.<\/li>\n<li><strong>Le nombre d&rsquo;erreurs (ou visites d&rsquo;impasses) :<\/strong> Nombre de franchissements de la ligne marquant le d\u00e9but d&rsquo;un cul-de-sac. L&rsquo;analyse s\u00e9pare souvent les erreurs d&rsquo;entr\u00e9e compl\u00e8te (les quatre pattes dans l&rsquo;impasse) des explorations partielles (insertion seule de la t\u00eate ou des vibrisses).<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9moire de travail spatiale versus m\u00e9moire de r\u00e9f\u00e9rence :<\/strong> L&rsquo;erreur de r\u00e9f\u00e9rence correspond \u00e0 la visite d&rsquo;une impasse qui n&rsquo;a jamais contenu de nourriture au cours des essais ; l&rsquo;erreur de travail correspond \u00e0 la revisite d&rsquo;un bras qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 et vid\u00e9 de sa r\u00e9compense au cours d&rsquo;un m\u00eame essai quotidien.<\/li>\n<li><strong>La vitesse moyenne et les pauses d&rsquo;h\u00e9sitation :<\/strong> Gr\u00e2ce aux syst\u00e8mes modernes de vid\u00e9otracking automatis\u00e9, les chercheurs calculent la v\u00e9locit\u00e9, les \u00e9pisodes de freezing (immobilisme de peur) et les mouvements d&rsquo;h\u00e9sitation vicieuse (<em>vicarious trial and error<\/em>, VTE), durant lesquels le rongeur balaie alternativement du regard les deux branches d&rsquo;un embranchement avant de s&rsquo;engager.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les protocoles exp\u00e9rimentaux imposent des contr\u00f4les m\u00e9thodologiques stricts. Avant toute session, l&rsquo;animal fait l&rsquo;objet d&rsquo;une habituation progressive au manipulateur et au dispositif pour \u00e9liminer la composante n\u00e9ophobique. Entre chaque passage d&rsquo;un sujet, l&rsquo;ensemble des parois et du plancher des couloirs est nettoy\u00e9 m\u00e9ticuleusement avec une solution d&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 70 % ou d&rsquo;acide ac\u00e9tique dilu\u00e9 pour effacer les pistes olfactives homosp\u00e9cifiques qui fausseraient les prises de d\u00e9cision.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Bien que con\u00e7u initialement comme un instrument fondamental de laboratoire, le labyrinthe \u00e0 couloirs poss\u00e8de un vaste spectre d&rsquo;applications scientifiques et appliqu\u00e9es :<\/p>\n<p>En <strong>neurobiologie et neurosciences translationnelles<\/strong>, il est le dispositif de pr\u00e9dilection pour le ph\u00e9notypage comportemental des lign\u00e9es de souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es (animaux transg\u00e9niques knock-out ou knock-in) mod\u00e9lisant des pathologies humaines telles que la d\u00e9mence de type Alzheimer, le syndrome de Down, la schizophr\u00e9nie ou le trouble du spectre de l&rsquo;autisme. Il permet de corr\u00e9ler des alt\u00e9rations synaptiques sp\u00e9cifiques (comme une baisse de la potentialisation \u00e0 long terme hippocampique) avec des d\u00e9faillances mesurables de la navigation s\u00e9quentielle.<\/p>\n<p>En <strong>pharmacologie et toxicologie environnementale<\/strong>, le labyrinthe \u00e0 couloirs permet d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;innocuit\u00e9 ou la toxicit\u00e9 centrale de nouveaux candidats m\u00e9dicaments, de m\u00e9taux lourds (plomb, mercure) ou de pesticides neurotoxiques sur les capacit\u00e9s de m\u00e9morisation spatiale \u00e0 court et long termes.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie compar\u00e9e et \u00e9thologie<\/strong>, il permet d&rsquo;\u00e9tudier les capacit\u00e9s cognitives de taxons extr\u00eamement vari\u00e9s. Des variantes du labyrinthe \u00e0 couloirs ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9es avec succ\u00e8s pour analyser le comportement d&rsquo;invert\u00e9br\u00e9s comme la fourmi, l&rsquo;abeille domestique ou le poulpe, d\u00e9montrant que les principes de guidage spatial et d&rsquo;apprentissage par bifurcation franchissent de nombreuses barri\u00e8res phylog\u00e9n\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Enfin, en <strong>robotique autonome et intelligence artificielle<\/strong>, les dynamiques d&rsquo;exploration observ\u00e9es dans les labyrinthes \u00e0 couloirs ont servi de mod\u00e8le bio-inspir\u00e9 direct pour concevoir des algorithmes d&rsquo;apprentissage par renforcement (<em>reinforcement learning<\/em>, Q-learning) appliqu\u00e9s \u00e0 la cartographie et localisation simultan\u00e9es (SLAM) de robots mobiles civils ou de sauvetage.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques majeures<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique consacr\u00e9e au labyrinthe \u00e0 couloirs est prodigieuse et a produit plusieurs perc\u00e9es paradigmatiques dans notre compr\u00e9hension des bases biologiques de la cognition spatiale.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des jalons les plus monumentaux a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 par Karl Lashley dans sa monographie classique de 1929 intitul\u00e9e <em>Brain Mechanisms and Intelligence<\/em>. En pratiquant des l\u00e9sions corticales d&rsquo;\u00e9tendues et de localisations diverses chez des rats avant ou apr\u00e8s l&rsquo;apprentissage de trois labyrinthes de complexit\u00e9 diff\u00e9rente, Lashley a formul\u00e9 deux lois c\u00e9l\u00e8bres : la loi d&rsquo;action de masse (le d\u00e9ficit d&rsquo;apprentissage est proportionnel au volume total de cortex d\u00e9truit, ind\u00e9pendamment de sa localisation) et la loi d&rsquo;\u00e9quipotentialit\u00e9 (toutes les r\u00e9gions corticales participent de fa\u00e7on interchangeable aux performances complexes). Bien que ces lois aient \u00e9t\u00e9 affin\u00e9es et partiellement remises en cause par la d\u00e9couverte ult\u00e9rieure de circuits modulaires sp\u00e9cialis\u00e9s, l&rsquo;utilisation du labyrinthe \u00e0 couloirs a permis de poser les fondements de la neuropsychologie moderne.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, John O&rsquo;Keefe a utilis\u00e9 des enregistrements unitaires par micro\u00e9lectrodes implant\u00e9es chez des rats explorant des couloirs labyrinthiques pour identifier des neurones pyramidaux du champ CA1 de l&rsquo;hippocampe dont la fr\u00e9quence de d\u00e9charge s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re dramatiquement uniquement lorsque l&rsquo;animal se situe dans un secteur spatial pr\u00e9cis du couloir, ind\u00e9pendamment de son orientation corporelle. Ces \u00ab cellules de lieu \u00bb ont apport\u00e9 la preuve \u00e9lectrophysiologique directe de l&rsquo;existence mat\u00e9rielle de la carte cognitive th\u00e9oris\u00e9e par Tolman pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes plus r\u00e9centes men\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Edvard et May-Britt Moser sur des labyrinthes \u00e0 couloirs interconnect\u00e9s ont permis de caract\u00e9riser les propri\u00e9t\u00e9s des \u00ab cellules de grille \u00bb du cortex entorhinal m\u00e9dial, qui g\u00e9n\u00e8rent une grille hexagonale m\u00e9trique p\u00e9riodique servant de syst\u00e8me de coordonn\u00e9es internes pour mesurer les distances et les directions au cours du d\u00e9placement dans les couloirs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations \u00e9cologiques et comparatives<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation des donn\u00e9es recueillies au sein d&rsquo;un labyrinthe \u00e0 couloirs soul\u00e8ve d&rsquo;importantes interrogations quant \u00e0 sa validit\u00e9 \u00e9cologique. Pour un animal fouisseur tel que le rat brun (<em>Rattus norvegicus<\/em>), \u00e9voluer au sein de passages \u00e9troits d\u00e9limit\u00e9s par des parois verticales correspond fid\u00e8lement \u00e0 son r\u00e9pertoire \u00e9thologique ancestral, fait de galeries souterraines, d&rsquo;\u00e9gouts et d&rsquo;interstices muraux. Ce confinement procure \u00e0 l&rsquo;animal un sentiment relatif de s\u00e9curit\u00e9 (ph\u00e9nom\u00e8ne de thigmotaxie positive, c&rsquo;est-\u00e0-dire la propension naturelle \u00e0 maintenir le contact corporel avec les parois pour se pr\u00e9munir d&rsquo;\u00e9ventuels pr\u00e9dateurs).<\/p>\n<p>En revanche, pour d&rsquo;autres esp\u00e8ces animales moins adapt\u00e9es aux biotopes confin\u00e9s, comme certaines esp\u00e8ces d&rsquo;oiseaux, de primates non humains ou de rongeurs de milieux semi-d\u00e9sertiques ouverts (par exemple le rat-kangourou), l&rsquo;imposition de parois rigides peut g\u00e9n\u00e9rer un niveau de d\u00e9tresse psychologique ou de d\u00e9sorientation susceptible d&rsquo;inhiber les capacit\u00e9s normales de prise de d\u00e9cision spatiale. L&rsquo;environnement contraint du labyrinthe \u00e0 couloirs peut ainsi artificiellement masquer des comp\u00e9tences spatiales de haut niveau qui ne s&rsquo;expriment que dans des espaces tridimensionnels ouverts.<\/p>\n<p>M\u00eame chez l&rsquo;\u00eatre humain, lorsqu&rsquo;il est test\u00e9 dans des versions virtuelles immersives de labyrinthes \u00e0 couloirs en 3D (via des casques de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle), des diff\u00e9rences notables \u00e9mergent selon le genre, l&rsquo;\u00e2ge et la culture. Les individus occidentaux urbanis\u00e9s ont tendance \u00e0 s&rsquo;appuyer massivement sur des rep\u00e8res visuels g\u00e9om\u00e9triques d&rsquo;inspiration cart\u00e9sienne (murs, angles droits), tandis que des populations autochtones habitu\u00e9es \u00e0 des environnements naturels non quadrill\u00e9s adoptent pr\u00e9f\u00e9rentiellement des rep\u00e8res g\u00e9ocentriques absolus (points cardinaux, position du soleil, relief lointain), des indices souvent absents des labyrinthes \u00e0 couloirs clos conventionnels.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son r\u00f4le historique de premier plan, le labyrinthe \u00e0 couloirs a fait l&rsquo;objet de vives contestations th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques tout au long du XXe si\u00e8cle :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique majeure concerne l&rsquo;<strong>interf\u00e9rence des signaux olfactifs non contr\u00f4l\u00e9s<\/strong>. Durant des d\u00e9cennies, de nombreux chercheurs ont attribu\u00e9 l&rsquo;am\u00e9lioration des trajectoires des rongeurs \u00e0 une m\u00e9morisation spatiale abstraite, alors que les animaux ne faisaient souvent que suivre des traces chimiques laiss\u00e9es lors de passages ant\u00e9rieurs par leurs propres pattes ou par des cong\u00e9n\u00e8res. La d\u00e9monstration que le nettoyage rigoureux ou la rotation du labyrinthe pouvait an\u00e9antir les performances a oblig\u00e9 la communaut\u00e9 \u00e0 standardiser drastiquement ses protocoles.<\/p>\n<p>Une seconde limite tient \u00e0 la <strong>contrainte physique excessive<\/strong> impos\u00e9e par les couloirs. En restreignant la locomotion \u00e0 des axes rigides pr\u00e9d\u00e9finis, le labyrinthe \u00e0 couloirs emp\u00eache l&rsquo;animal de prendre des trajectoires directes ou des diagonales, biaisant l&rsquo;analyse de sa v\u00e9ritable g\u00e9om\u00e9trie cognitive. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour surmonter cette entrave que Richard Morris a d\u00e9velopp\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 le c\u00e9l\u00e8bre <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Labyrinthe_aquatique_de_Morris\">labyrinthe aquatique de Morris<\/a> (<em>Morris water maze<\/em>), une piscine circulaire ouverte o\u00f9 les rongeurs nagent librement sans parois directrices pour localiser une plateforme immerg\u00e9e invisible en s&rsquo;orientant uniquement gr\u00e2ce aux indices visuels distaux.<\/p>\n<p>Une controverse persistante oppose \u00e9galement les partisans des tests en couloirs ferm\u00e9s \u00e0 ceux des <strong>labyrinthes sur\u00e9lev\u00e9s non cloisonn\u00e9s<\/strong>, comme le labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 (<em>elevated plus maze<\/em>) ou le labyrinthe radial sur\u00e9lev\u00e9 de David Olton (<em>radial arm maze<\/em>). Dans ces dispositifs sans parois, le risque de chute introduit une composante anxiog\u00e8ne modul\u00e9e qui permet de mesurer conjointement l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et la m\u00e9moire spatiale, ce que les parois protectrices d&rsquo;un labyrinthe \u00e0 couloirs traditionnel tendent \u00e0 occulter.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00e9ductionnisme inh\u00e9rent au labyrinthe \u00e0 couloirs ignore souvent les composantes sociales, \u00e9motionnelles et motivationnelles de l&rsquo;apprentissage naturel. Un rat priv\u00e9 de nourriture pour atteindre 85 % de son poids vif de base afin de le motiver \u00e0 courir dans des all\u00e9es exp\u00e9rimentales se trouve dans un \u00e9tat physiologique de privation intense, qui peut alt\u00e9rer profond\u00e9ment le fonctionnement normal de ses circuits de r\u00e9compense dopaminergiques et fausser la port\u00e9e \u00e9cologique des conclusions tir\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec exactitude la place du labyrinthe \u00e0 couloirs dans la taxonomie des outils comportementaux, il convient de le distinguer conceptuellement des notions connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Labyrinthe \u00e0 couloirs vs Labyrinthe aquatique de Morris :<\/strong> Le labyrinthe \u00e0 couloirs comporte des voies physiques rigides guidant la motricit\u00e9 terrestre sous renforcement par r\u00e9compense (ou \u00e9vitement de chocs), tandis que le labyrinthe de Morris est une ar\u00e8ne aquatique ouverte continue o\u00f9 la motivation repose sur l&rsquo;\u00e9chappement \u00e0 l&rsquo;eau sans aucune cloison impos\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Labyrinthe \u00e0 couloirs vs Labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 (Elevated Plus-Maze) :<\/strong> Si le labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 poss\u00e8de des bras, deux d&rsquo;entre eux sont totalement d\u00e9pourvus de parois et suspendus au-dessus du sol. Son but principal n&rsquo;est pas l&rsquo;apprentissage spatial, mais l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 par le conflit entre exploration spontan\u00e9e et peur du vide.<\/li>\n<li><strong>Labyrinthe \u00e0 couloirs vs Labyrinthe radial (Radial Arm Maze) :<\/strong> Le labyrinthe radial de David Olton comprend une ar\u00e8ne centrale d&rsquo;o\u00f9 rayonnent typiquement 8 ou 12 bras ouverts ou semi-ouverts. Il est sp\u00e9cifiquement optimis\u00e9 pour dissocier de fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante et standardis\u00e9e la m\u00e9moire de travail (visites r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;un bras d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9) de la m\u00e9moire de r\u00e9f\u00e9rence (visites d&rsquo;un bras jamais r\u00e9compens\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Labyrinthe \u00e0 couloirs vs Ar\u00e8ne de champ ouvert (Open-Field Test) :<\/strong> Le champ ouvert consiste en une enceinte vide rectangulaire ou circulaire exempte de toute cloison interne, destin\u00e9e \u00e0 mesurer l&rsquo;activit\u00e9 locomotrice spontan\u00e9e, la s\u00e9dentarit\u00e9 thigmotaxique et l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;animal, sans t\u00e2che d&rsquo;aiguillage ni d&rsquo;apprentissage s\u00e9quentiel.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9dale (ou labyrinthe unicursal) vs Labyrinthe exp\u00e9rimental (multicursal) :<\/strong> Dans la terminologie mythologique et architecturale, un d\u00e9dale ne comporte qu&rsquo;une seule voie continue sans impasses menant inexorablement au centre, tandis que le labyrinthe de laboratoire est multicursal, comprenant une multitude de carrefours, d&rsquo;alternatives dichotomiques et de culs-de-sac strat\u00e9giques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le labyrinthe \u00e0 couloirs demeure l&rsquo;un des piliers m\u00e9thodologiques historiques les plus d\u00e9terminants de la psychologie exp\u00e9rimentale et des neurosciences. Ses caract\u00e9ristiques cl\u00e9s peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Outil exp\u00e9rimental canonique :<\/strong> Dispositif spatial compartiment\u00e9 en all\u00e9es closes et intersections, con\u00e7u pour diss\u00e9quer l&rsquo;apprentissage locomoteur, la m\u00e9moire et la navigation.<\/li>\n<li><strong>Pivot \u00e9pist\u00e9mologique :<\/strong> Il a constitu\u00e9 le terrain d&rsquo;affrontement fondamental entre le mod\u00e8le m\u00e9caniste stimulus-r\u00e9ponse du b\u00e9haviorisme radical (Watson, Hull) et la th\u00e9orie repr\u00e9sentationnelle cognitive des cartes mentales (Tolman).<\/li>\n<li><strong>Double substrat neurobiologique :<\/strong> Il engage dynamiquement deux structures c\u00e9r\u00e9brales majeures chez les mammif\u00e8res : l&rsquo;hippocampe pour la m\u00e9moire d\u00e9clarative, spatiale et allocentrique, et le striatum pour les automatismes moteurs \u00e9gocentriques.<\/li>\n<li><strong>Mesures standardis\u00e9es :<\/strong> Les latences de parcours, le taux d&rsquo;erreurs d&rsquo;entr\u00e9e dans les impasses et les analyses de trajectoires fournissent des indices quantitatifs robustes et reproductibles des performances cognitives.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9ritage contemporain :<\/strong> Bien que compl\u00e9t\u00e9 par des ar\u00e8nes ouvertes sans parois et par des simulations de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle immersive, le labyrinthe \u00e0 couloirs reste activement utilis\u00e9 dans le criblage de mol\u00e9cules neuroprotectrices et la mod\u00e9lisation des troubles neuropsychiatriques chez l&rsquo;animal.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Hebb, D. O., &amp; Williams, K. (1946). A method of rating animal intelligence for a fair test. <em>The Journal of General Psychology<\/em>, 34(2), 261-265. https:\/\/doi.org\/10.1080\/00221309.1946.10544535<\/li>\n<li>Hull, C. L. (1943). <em>Principles of behavior: An introduction to behavior theory<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<li>Lashley, K. S. (1929). <em>Brain mechanisms and intelligence: A quantitative study of injuries to the brain<\/em>. University of Chicago Press.<\/li>\n<li>O&rsquo;Keefe, J., &amp; Nadel, L. (1978). <em>The hippocampus as a cognitive map<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Small, W. S. (1901). Experimental study of the mental processes of the rat. II. <em>The American Journal of Psychology<\/em>, 12(2), 206-239. https:\/\/doi.org\/10.2307\/1412534<\/li>\n<li>Tolman, E. C. (1948). Cognitive maps in rats and men. <em>Psychological Review<\/em>, 55(4), 189-208. https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0061626<\/li>\n<li>Watson, J. B. (1907). Kinaesthetic and organic sensations: Their role in the reactions of the white rat to the maze. <em>The Psychological Review: Monograph Supplements<\/em>, 8(2), i-100. https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0093070<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le labyrinthe \u00e0 couloirs est un dispositif exp\u00e9rimental cl\u00e9 en psychologie et neurosciences, con\u00e7u pour \u00e9tudier la navigation spatiale et la m\u00e9moire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32928,3800,1994],"tags":[7104,4657,4696,32929,1894,6411,7099],"class_list":["post-20068","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-apprentissage-et-cognition","category-neurosciences-comportementales","category-psychologie-experimentale","tag-apprentissage-spatial","tag-behaviorisme","tag-carte-cognitive","tag-labyrinthe-a-couloirs","tag-memoire-de-travail","tag-neurobiologie","tag-tolman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20068","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20068\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20068"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20068"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20068"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}