{"id":20058,"date":"2026-10-23T06:47:13","date_gmt":"2026-10-23T06:47:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=alcalose-definition-physiologie-psychologie"},"modified":"2026-10-23T06:47:13","modified_gmt":"2026-10-23T06:47:13","slug":"alcalose-definition-physiologie-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=alcalose-definition-physiologie-psychologie","title":{"rendered":"Alcalose : Du M\u00e9tabolisme \u00e0 la Panique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9quilibre acido-basique constitue l&rsquo;un des piliers hom\u00e9ostatiques les plus rigoureusement r\u00e9gul\u00e9s de l&rsquo;organisme humain, conditionnant directement l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuronale, la perfusion c\u00e9r\u00e9brale et l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle. Une rupture de cette balance vers une alcalinit\u00e9 excessive engendre des r\u00e9percussions physiologiques et neuropsychiatriques majeures, illustrant l&rsquo;intrication indissociable entre m\u00e9tabolisme somatique et v\u00e9cu psychologique.<\/p>\n<h2>Alcalose<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>alcalose<\/strong> d\u00e9signe un \u00e9tat physiopathologique caract\u00e9ris\u00e9 par une diminution anormale de la concentration en ions hydrog\u00e8ne (H<sup>+<\/sup>) dans le milieu extracellulaire, se traduisant par une \u00e9l\u00e9vation du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_hydrog%C3%A8ne\">potentiel hydrog\u00e8ne<\/a> (pH) art\u00e9riel au-del\u00e0 des limites physiologiques normales de 7,45. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre r\u00e9sulte soit d&rsquo;une perte excessive d&rsquo;acides, soit d&rsquo;une accumulation primaire ou secondaire de bases dans les compartiments liquidiens de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, il convient de distinguer l&rsquo;alcalose, qui se r\u00e9f\u00e8re au processus dynamique pathologique tendant \u00e0 accro\u00eetre le pH, de l&rsquo;alcal\u00e9mie, qui correspond strictement \u00e0 la mesure objective d&rsquo;un pH sanguin d\u00e9passant 7,45. En psychologie clinique, en neuropsychologie et en m\u00e9decine psychosomatique, cette perturbation est particuli\u00e8rement examin\u00e9e sous sa forme respiratoire aigu\u00eb, o\u00f9 l&rsquo;hyperventilation d&rsquo;origine psychog\u00e8ne induit une hypocapnie brutale, modifiant l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Cette perturbation acido-basique modifie de mani\u00e8re critique la liaison des prot\u00e9ines plasmatiques aux \u00e9lectrolytes, d\u00e9clenchant une cascade d&rsquo;alt\u00e9rations neuromusculaires et c\u00e9r\u00e9brovasculaires. L&rsquo;alcalose n&rsquo;est donc pas uniquement un stigmate biologique de laboratoire, mais une condition syst\u00e9mique susceptible de pr\u00e9cipiter des sympt\u00f4mes anxieux intenses, des distorsions perceptuelles et des alt\u00e9rations de la conscience.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable <em>alcalose<\/em> plonge ses racines \u00e9tymologiques dans l&rsquo;histoire des sciences chimiques et pharmaceutiques. La racine \u00ab alcali \u00bb d\u00e9rive de l&rsquo;arabe classique <em>al-qaly<\/em> (\u0627\u0644\u0642\u0644\u064a), d\u00e9signant initialement les cendres calcin\u00e9es de plantes salines riches en carbonate de soude et de potassium employ\u00e9es par les alchimistes du Moyen \u00c2ge pour neutraliser les compos\u00e9s acides. Ce terme a travers\u00e9 le latin m\u00e9di\u00e9val sous la forme <em>alcali<\/em> avant d&rsquo;int\u00e9grer le lexique des langues vernaculaires europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Le suffixe m\u00e9dical \u00ab -ose \u00bb, emprunt\u00e9 au grec ancien -\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2 (<em>-\u00f4sis<\/em>), est universellement utilis\u00e9 en nosologie et en biologie pour d\u00e9noter un \u00e9tat chronique, une maladie non inflammatoire ou un processus pathologique \u00e9volutif. La fusion de cette racine et de ce suffixe a \u00e9merg\u00e9 dans la nomenclature m\u00e9dicale au cours du XIXe si\u00e8cle pour classifier les d\u00e9sordres biologiques caract\u00e9ris\u00e9s par un exc\u00e9dent de substances r\u00e9put\u00e9es alcalines au sein de la physiologie animale.<\/p>\n<p>Son introduction formelle dans le lexique clinique s&rsquo;est consolid\u00e9e avec la formalisation de la chimie du sang au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. C&rsquo;est \u00e0 la suite des travaux de pionniers de la physiologie respiratoire et r\u00e9nale que le terme est pass\u00e9 d&rsquo;une qualification purement chimique \u00e0 la d\u00e9signation d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre interne dynamique, englobant aussi bien des facteurs m\u00e9taboliques exog\u00e8nes qu&rsquo;une dysr\u00e9gulation neuro-respiratoire endog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le substantif <strong>alcalose<\/strong> est un nom commun f\u00e9minin se pronon\u00e7ant phon\u00e9tiquement \/al.ka.loz\/. Sa d\u00e9clinaison plurielle s&rsquo;\u00e9crit de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re \u00ab alcaloses \u00bb (\/al.ka.loz\/).<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et syntaxique, il s&#8217;emploie principalement avec des qualificatifs pr\u00e9cisant l&rsquo;origine du d\u00e9s\u00e9quilibre, donnant lieu aux syntagmes standardis\u00e9s \u00ab alcalose respiratoire \u00bb et \u00ab alcalose m\u00e9tabolique \u00bb, ou \u00e0 des qualificatifs temporels tels que \u00ab alcalose aigu\u00eb \u00bb et \u00ab alcalose chronique \u00bb. On observe \u00e9galement l&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 \u00ab alcalosique \u00bb (\/al.ka.l\u0254.zik\/), employ\u00e9 pour d\u00e9signer tout \u00e9tat, m\u00e9canisme ou sympt\u00f4me relatif \u00e0 cette affection (par exemple, un coma alcalosique, un \u00e9tat alcalosique).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;alcalose n\u00e9cessite de se pencher sur l&rsquo;\u00e9quation fondamentale r\u00e9gissant le transport des gaz du sang et la stabilit\u00e9 enzymatique des cellules. Chez l&rsquo;\u00eatre humain sain, le pH plasmatique est maintenu dans une fourchette extr\u00eamement \u00e9troite, entre 7,35 et 7,45, gr\u00e2ce au syst\u00e8me tampon bicarbonate-acide carbonique, compl\u00e9t\u00e9 par les syst\u00e8mes prot\u00e9iques et les r\u00e9gulations pulmonaire et r\u00e9nale. Lorsque la r\u00e9gulation fl\u00e9chit, deux grands m\u00e9canismes physiopathologiques peuvent conduire \u00e0 l&rsquo;alcalose : la perte de dioxyde de carbone gazeux dissous (alcalose respiratoire) ou la perte d&rsquo;ions non volatils coupl\u00e9e \u00e0 un gain de bicarbonates (alcalose m\u00e9tabolique).<\/p>\n<p>Dans le domaine psychologique et psychiatrique, l&rsquo;alcalose respiratoire rev\u00eat une importance majeure. Lors d&rsquo;un \u00e9pisode d&rsquo;activation sympathique intense, telle qu&rsquo;une crise de panique ou une terreur nocturne, l&rsquo;individu augmente dramatiquement sa ventilation alv\u00e9olaire au-del\u00e0 des exigences m\u00e9taboliques de production de dioxyde de carbone. Cette hyperventilation \u00e9vacue massivement le CO<sub>2<\/sub>, entra\u00eenant une chute abrupte de la pression partielle art\u00e9rielle en dioxyde de carbone (PaCO<sub>2<\/sub> < 35 mmHg). Cette hypocapnie d\u00e9place l'\u00e9quilibre chimique vers une baisse imm\u00e9diate des ions H<sup>+<\/sup> libres, engendrant une alcal\u00e9mie rapide.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact c\u00e9r\u00e9bral de ce ph\u00e9nom\u00e8ne est imm\u00e9diat et d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Le dioxyde de carbone est le vasodilatateur c\u00e9r\u00e9bral le plus puissant connu ; son effondrement plasmatique provoque une vasoconstriction art\u00e9riolaire c\u00e9r\u00e9brale aigu\u00eb, diminuant la perfusion corticale globale de 30 % \u00e0 40 %. Cette isch\u00e9mie fonctionnelle transitoire prive les neurones d&rsquo;un apport optimal en oxyg\u00e8ne et en glucose, tout en provoquant l&rsquo;effet Bohr (une affinit\u00e9 accrue de l&rsquo;h\u00e9moglobine pour l&rsquo;oxyg\u00e8ne \u00e0 pH \u00e9lev\u00e9, limitant le largage de ce dernier aux tissus). Les r\u00e9percussions psychologiques sont manifestes : \u00e9tourdissements, d\u00e9personnalisation, d\u00e9r\u00e9alisation, obnubilation cognitive et sentiment de menace imminente.<\/p>\n<p>Sur le versant neuromusculaire, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du pH sanguin modifie la charge \u00e9lectrique de l&rsquo;albumine s\u00e9rique. L&rsquo;albumine devenue plus n\u00e9gative capte davantage d&rsquo;ions calcium ionis\u00e9 (Ca<sup>2+<\/sup>), entra\u00eenant une hypocalc\u00e9mie ionis\u00e9e aigu\u00eb, sans modification du calcium total. Le calcium stabilisant ordinairement les canaux sodiques d\u00e9pendants du voltage, sa rar\u00e9faction ionique accro\u00eet la perm\u00e9abilit\u00e9 sodique neuronale, induisant une hyperexcitabilit\u00e9 membranaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Il en r\u00e9sulte des paresth\u00e9sies p\u00e9riorales, des engourdissements des extr\u00e9mit\u00e9s, des fasciculations et la classique crise de spasmophilie ou de t\u00e9tanie alcalosique.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;alcalose m\u00e9tabolique d\u00e9coule pour sa part de m\u00e9canismes visc\u00e9raux ind\u00e9pendants de la ventilation : pertes digestives d&rsquo;ions chlorure et hydrog\u00e8ne par vomissements incoercibles (observ\u00e9s par exemple dans les troubles du comportement alimentaire comme la boulimie nerveuse), abus de diur\u00e9tiques, ou d\u00e9sordres endocriniens comme l&rsquo;hyperaldost\u00e9ronisme. Bien que son d\u00e9clenchement ne soit pas li\u00e9 \u00e0 la fr\u00e9quence respiratoire, elle induit des perturbations de la vigilance, une apathie profonde, des acc\u00e8s confusionnels et des troubles du rythme cardiaque par hypokali\u00e9mie concomitante, soulignant l&rsquo;impact direct du milieu int\u00e9rieur sur l&rsquo;activit\u00e9 mentale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de l&rsquo;alcalose s&rsquo;est forg\u00e9e \u00e0 la crois\u00e9e de la physiologie d&rsquo;urgence, de la biochimie quantitative et de la psychiatrie moderne. Au cours du XIXe si\u00e8cle, Claude Bernard formule le concept unificateur de \u00ab milieu int\u00e9rieur \u00bb, postulant que la survie et la libert\u00e9 d&rsquo;action des organismes sup\u00e9rieurs reposent sur la constance rigoureuse de la composition de leurs fluides internes. Ce principe fonda les recherches sur l&rsquo;\u00e9quilibre acido-basique.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le chimiste danois S\u00f8ren S\u00f8rensen introduit l&rsquo;\u00e9chelle logarithmique du pH en 1909, offrant un cadre math\u00e9matique pour \u00e9valuer l&rsquo;acidit\u00e9 et l&rsquo;alcalinit\u00e9 des solutions biologiques. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1916, Lawrence Joseph Henderson puis Karl Albert Hasselbalch \u00e9laborent l&rsquo;\u00e9quation de Henderson-Hasselbalch, qui explicite le r\u00f4le tampon du couple bicarbonate\/dioxyde de carbone. Ces jalons conceptuels permettent pour la premi\u00e8re fois d&rsquo;identifier avec certitude les d\u00e9viations alcalines du plasma lors d&rsquo;\u00e9tudes cliniques.<\/p>\n<p>C&rsquo;est durant l&rsquo;entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale que la dimension neuropsychiatrique de l&rsquo;alcalose respiratoire fait irruption dans le champ acad\u00e9mique. L&rsquo;\u00e9tude du \u00ab syndrome d&rsquo;effort \u00bb chez les soldats, initialement document\u00e9 par Jacob Mendes Da Costa au XIXe si\u00e8cle sous le nom de \u00ab c\u0153ur irritable \u00bb, conduit des m\u00e9decins militaires comme Kerr, Dalton et Gliebe en 1937 \u00e0 formuler le concept clinique de \u00ab syndrome d&rsquo;hyperventilation \u00bb. Ils d\u00e9montrent que l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique d\u00e9clenche une respiration thoracique superficielle entra\u00eenant une alcalose respiratoire insidieuse, capable de mimer des cardiopathies ou des affections neurologiques invalidantes.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la psychiatrie biologique approfondit ce lien gr\u00e2ce aux travaux de Donald Klein sur l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Attaque_de_panique\">attaque de panique<\/a>. Klein et ses collaborateurs mettent en \u00e9vidence une sensibilit\u00e9 anormale des ch\u00e9mor\u00e9cepteurs centraux au CO<sub>2<\/sub> chez les individus souffrant de trouble panique, ouvrant la voie \u00e0 la \u00ab th\u00e9orie de la fausse alerte de suffocation \u00bb. L&rsquo;alcalose n&rsquo;appara\u00eet plus seulement comme une anomalie biologique secondaire, mais comme le reflet d&rsquo;une boucle de r\u00e9troaction psychophysiologique d\u00e9faillante entre le tronc c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;amygdale et le cortex insulaire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;alcalose dans les sciences de l&rsquo;esprit s&rsquo;articule autour de plusieurs th\u00e9ories neurobiologiques et cognitives interactives. Au niveau mol\u00e9culaire, le mod\u00e8le de la modulation des r\u00e9cepteurs membranaires postule que l&rsquo;augmentation du pH extracellulaire alt\u00e8re la neurotransmission centrale. Notamment, l&rsquo;alcalose sensibilise les r\u00e9cepteurs N-m\u00e9thyl-D-aspartate (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_NMDA\">r\u00e9cepteurs NMDA<\/a>) du glutamate, le principal neurotransmetteur excitateur du syst\u00e8me nerveux central, exacerbant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux stimuli anxiog\u00e8nes et r\u00e9duisant le seuil de convulsion corticale.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-anatomique, la th\u00e9orie du circuit de la peur de Donald Klein et Jack Gorman int\u00e8gre l&rsquo;alcalose respiratoire comme composante d&rsquo;un cercle vicieux autonome. Selon cette approche, une hyperactivation du locus coeruleus lib\u00e8re de la noradr\u00e9naline, stimulant les centres respiratoires bulbaires (complexe pr\u00e9-B\u00f6tzinger) pour augmenter la fr\u00e9quence respiratoire. La fuite de dioxyde de carbone et l&rsquo;alcalose r\u00e9sultante entra\u00eenent une vasoconstriction corticale et une cascade de dysfonctionnements somatosensoriels que le patient interpr\u00e8te comme une d\u00e9faillance physique fatale imminente.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le cognitif de l&rsquo;attaque de panique formalis\u00e9 par David M. Clark en 1986 vient compl\u00e9ter cette assise biologique. Clark stipule que l&rsquo;alcalose respiratoire induite par l&rsquo;hyperventilation engendre des sensations somatiques ambigu\u00ebs (vertiges, palpitations, sensation d&rsquo;\u00e9touffement). L&rsquo;individu anxieux applique \u00e0 ces signaux proprioceptifs des distorsions cognitives catastrophistes (\u00ab je fais une crise cardiaque \u00bb, \u00ab je perds la raison \u00bb), ce qui d\u00e9cuple la frayeur, acc\u00e9l\u00e8re encore la cadence ventilatoire et accentue l&rsquo;alcalose, scellant la boucle de panique.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de la r\u00e9gulation autonomique psychosomatique met en \u00e9vidence le r\u00f4le de la balance sympatho-vagale. Une hypoventilation compensatrice r\u00e9flexe survient parfois de fa\u00e7on paradoxale apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode alcalosique aigu, provoquant des variations brutales de pression art\u00e9rielle et une dysr\u00e9gulation baror\u00e9flexe prolong\u00e9e. L&rsquo;alcalose sert ainsi de paradigme de choix pour d\u00e9montrer comment une perturbation biochimique p\u00e9riph\u00e9rique est capable d&rsquo;enclencher une d\u00e9structuration cognitive et affective majeure.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La classification et la d\u00e9composition de l&rsquo;alcalose s&rsquo;organisent selon la source primaire du d\u00e9sordre, la temporalit\u00e9 de son installation et ses r\u00e9percussions fonctionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Alcalose respiratoire aigu\u00eb :<\/strong> Baisse brutale et marqu\u00e9e de la PaCO<sub>2<\/sub> (< 35 mmHg) provoqu\u00e9e par une hyperventilation alv\u00e9olaire d'apparition rapide, le plus souvent d'origine psychog\u00e8ne, angoisse aigu\u00eb, sevrage de substances d\u00e9pressives ou choc \u00e9motionnel. Le rein n'ayant pas eu le temps d'\u00e9liminer les bicarbonates, le pH s'\u00e9l\u00e8ve rapidement au-del\u00e0 de 7,50.<\/li>\n<li><strong>Alcalose respiratoire chronique :<\/strong> Diminution prolong\u00e9e de la PaCO<sub>2<\/sub> observ\u00e9e chez des individus souffrant de troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s persistants, d&rsquo;adaptation \u00e0 la haute altitude ou de pathologies pulmonaires chroniques. La compensation r\u00e9nale s&rsquo;est install\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par une excr\u00e9tion accrue de bicarbonates (HCO<sub>3<\/sub><sup>&#8211;<\/sup>), ramenant le pH plasmatique \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de la normale, bien que la marge d&rsquo;adaptation soit r\u00e9duite.<\/li>\n<li><strong>Alcalose m\u00e9tabolique chlorosensible :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une \u00e9l\u00e9vation primitive des bicarbonates plasmatiques et une d\u00e9pl\u00e9tion concomitante en ions chlorure et potassium. Classiquement induite par des vomissements provoqu\u00e9s r\u00e9p\u00e9t\u00e9s chez des patientes atteintes de boulimie ou d&rsquo;anorexie sous-type purgatif, ou par l&rsquo;usage inappropri\u00e9 de laxatifs et de diur\u00e9tiques. La natriur\u00e8se et la chlorurie y sont effondr\u00e9es (< 10-20 mmol\/L).<\/li>\n<li><strong>Alcalose m\u00e9tabolique chloror\u00e9sistante :<\/strong> Caus\u00e9e par une surproduction d&rsquo;aldost\u00e9rone ou de min\u00e9ralocortico\u00efdes (ad\u00e9nome de Conn, syndrome de Cushing), stimulant l&rsquo;\u00e9limination r\u00e9nale d&rsquo;ions H<sup>+<\/sup> et la r\u00e9absorption excessive de bicarbonates ind\u00e9pendamment du statut hydrique ou chlor\u00e9. La chlorurie y est \u00e9lev\u00e9e (> 20 mmol\/L).<\/li>\n<li><strong>Composante psychologique et cognitive :<\/strong> Regroupe les manifestations subjectives induites par l&rsquo;hypoxie c\u00e9r\u00e9brale relative li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alcalose, comprenant l&rsquo;apragmatisme cognitif, l&rsquo;angoisse de mort, le sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de soi ou de l&rsquo;environnement (d\u00e9r\u00e9alisation), et l&rsquo;incapacit\u00e9 de concentration.<\/li>\n<li><strong>Composante somato-neurologique :<\/strong> Ensemble des sympt\u00f4mes d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique et central cons\u00e9cutifs \u00e0 l&rsquo;alcalinisation et \u00e0 l&rsquo;hypocalc\u00e9mie ionis\u00e9e, incluant les contractures musculaires (signe de Chvostek, signe de Trousseau), le tr\u00e9moussement digital, les vertiges vestibulaires et la dysphagie motrice.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de l&rsquo;alcalose en milieu psychologique et psychiatrique, l&rsquo;examen de cas concrets s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement \u00e9clairant.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une \u00e9tudiante de 22 ans sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux somatiques, se pr\u00e9sentant aux urgences hospitali\u00e8res en proie \u00e0 une angoisse extr\u00eame. Lors d&rsquo;un examen universitaire d\u00e9cisif, elle a ressenti une oppression thoracique brutale, suivie d&rsquo;une respiration saccad\u00e9e et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. En moins de dix minutes, elle s&rsquo;est plainte de picotements autour des l\u00e8vres, d&rsquo;une sensation de voile visuel et de doigts recroquevill\u00e9s en spasme invincible (\u00ab main d&rsquo;accoucheur \u00bb). \u00c0 l&rsquo;admission, sa gazom\u00e9trie sanguine r\u00e9v\u00e8le un pH \u00e0 7,56, une PaCO<sub>2<\/sub> effondr\u00e9e \u00e0 22 mmHg et un taux de bicarbonates normaux \u00e0 24 mmol\/L, confirmant une <strong>alcalose respiratoire aigu\u00eb d&rsquo;origine psychog\u00e8ne<\/strong>. L&rsquo;explication rassurante des m\u00e9canismes de l&rsquo;hyperventilation et l&rsquo;application d&rsquo;exercices de respiration lente \u00e0 l\u00e8vres pinc\u00e9es permettent la normalisation des gaz du sang et la s\u00e9dation compl\u00e8te des sympt\u00f4mes en vingt minutes.<\/p>\n<p>Un autre exemple repr\u00e9sentatif concerne une femme de 28 ans suivie en p\u00e9dopsychiatrie puis en service de psychiatrie de l&rsquo;adulte pour une boulimie nerveuse \u00e9voluant depuis six ans. Elle rapporte plusieurs crises de boulimie par semaine suivies de vomissements auto-induits r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Les bilans biochimiques r\u00e9guliers r\u00e9v\u00e8lent un pH plasmatique \u00e0 7,51, des bicarbonates \u00e0 34 mmol\/L, une hypokali\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re \u00e0 2,8 mmol\/L et une hypochlor\u00e9mie prononc\u00e9e, signant une <strong>alcalose m\u00e9tabolique hypochlor\u00e9mique chronique<\/strong>. Cette patiente souffre d&rsquo;une fatigue psychique permanente, d&rsquo;un ralentissement id\u00e9omoteur et de phases de confusion fluctuante, directement imputables aux perturbations m\u00e9taboliques de son \u00e9quilibre interne.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>La confirmation diagnostique d&rsquo;une alcalose et l&rsquo;estimation de sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;appuient sur des outils biologiques stricts compl\u00e9t\u00e9s par des \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique des sympt\u00f4mes neurov\u00e9g\u00e9tatifs.<\/p>\n<p>Le gold standard diagnostique demeure la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gazom%C3%A9trie_art%C3%A9rielle\">gazom\u00e9trie art\u00e9rielle<\/a> (ponction de l&rsquo;art\u00e8re radiale ou f\u00e9morale), permettant la d\u00e9termination directe et simultan\u00e9e du pH sanguin, de la pression partielle art\u00e9rielle en dioxyde de carbone (PaCO<sub>2<\/sub>), de la pression art\u00e9rielle en oxyg\u00e8ne (PaO<sub>2<\/sub>), ainsi que le calcul des bicarbonates r\u00e9els et standardis\u00e9s. Une PaCO<sub>2<\/sub> inf\u00e9rieure \u00e0 35 mmHg oriente formellement vers une origine respiratoire, tandis qu&rsquo;une concentration de bicarbonates sup\u00e9rieure \u00e0 26-28 mmol\/L confirme la composante m\u00e9tabolique.<\/p>\n<p>Au plan clinique imm\u00e9diat, les praticiens recherchent les signes d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 neuromusculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;hypocalc\u00e9mie ionis\u00e9e cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;alcalose :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le signe de Chvostek :<\/strong> Contraction r\u00e9flexe involontaire des muscles de la l\u00e8vre sup\u00e9rieure et de la joue d\u00e9clench\u00e9e par la percussion directe du nerf facial en avant du tragus auriculaire.<\/li>\n<li><strong>Le signe de Trousseau :<\/strong> D\u00e9clenchement d&rsquo;un spasme carpop\u00e9dal (la \u00ab main d&rsquo;accoucheur \u00bb associant flexion du poignet et des articulations m\u00e9tacarpo-phalangiennes avec extension des doigts) lors de l&rsquo;occlusion temporaire de l&rsquo;art\u00e8re hum\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un brassard tensionnel gonfl\u00e9 au-dessus de la pression systolique pendant trois minutes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En psychopathologie et m\u00e9decine psychosomatique, l&rsquo;\u00e9valuation du versant subjectif et comportemental repose sur des instruments valid\u00e9s tels que l&rsquo;<strong>Inventaire de Nijmegen<\/strong> (Nijmegen Questionnaire). Cet auto-questionnaire en 16 items \u00e9value la fr\u00e9quence et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes typiques de l&rsquo;hyperventilation et de l&rsquo;alcalose respiratoire induite (sensations de souffle court, oppression thoracique, instabilit\u00e9 locomotrice, froideur distale, paresth\u00e9sies). Des scores \u00e9lev\u00e9s signalent une propension anormale \u00e0 l&rsquo;alcalinisation psychog\u00e8ne et guident l&rsquo;orientation vers des protocoles de biofeedback respiratoire.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;alcalose trouve des applications de premier plan dans de multiples sph\u00e8res m\u00e9dicales et psychologiques, influen\u00e7ant directement la pratique diagnostique et th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Dans le domaine des <strong>th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC)<\/strong> appliqu\u00e9es aux troubles anxieux, la compr\u00e9hension de l&rsquo;alcalose respiratoire est au c\u0153ur des modules de psycho\u00e9ducation. Informer le patient sur le fait que ses \u00e9tourdissements, sa vision trouble et ses fourmillements ne signalent pas une mort c\u00e9r\u00e9brale ou une crise cardiaque, mais proviennent d&rsquo;une banale \u00e9l\u00e9vation du pH sanguin caus\u00e9e par sa respiration pr\u00e9cipit\u00e9e, modifie radicalement ses attributions cognitives. Cette d\u00e9mystification d\u00e9samorce la spirale phobique.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <strong>th\u00e9rapie d&rsquo;exposition int\u00e9roceptive<\/strong>, le th\u00e9rapeute utilise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;hyperventilation volontaire contr\u00f4l\u00e9e en s\u00e9ance pour induire une alcalose respiratoire transitoire l\u00e9g\u00e8re. En invitant le sujet \u00e0 ventiler rapidement pendant 60 \u00e0 90 secondes, le praticien r\u00e9active d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les manifestations somatiques de l&rsquo;alcalose (vertiges, d\u00e9r\u00e9alisation). Le patient apprend ainsi \u00e0 tol\u00e9rer ces \u00e9prouv\u00e9s corporels sans recourir \u00e0 des comportements d&rsquo;\u00e9vitement, favorisant l&rsquo;extinction de la r\u00e9ponse de peur conditionn\u00e9e.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie de liaison et d&rsquo;urgence<\/strong>, l&rsquo;alcalose m\u00e9tabolique constitue un biomarqueur critique d&rsquo;alerte pour le d\u00e9pistage de comportements de purge cach\u00e9s. Chez un patient consultant pour une asth\u00e9nie s\u00e9v\u00e8re, une angoisse diffuse ou une d\u00e9pression atypique, la d\u00e9couverte biologique fortuite d&rsquo;une alcalose m\u00e9tabolique avec hypokali\u00e9mie et hypochlor\u00e9mie doit syst\u00e9matiquement orienter le clinicien vers la recherche d&rsquo;un trouble du comportement alimentaire masqu\u00e9 par le secret ou la honte.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique et neurobiologique a document\u00e9 avec pr\u00e9cision les effets de l&rsquo;alcalose sur le fonctionnement du cerveau humain. Les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRMf) et tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) ont confirm\u00e9 qu&rsquo;une hypocapnie mod\u00e9r\u00e9e (PaCO<sub>2<\/sub> diminu\u00e9e de 10 \u00e0 15 mmHg) suffit \u00e0 induire une chute significative de 30 % du d\u00e9bit sanguin c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9gional, particuli\u00e8rement visible dans les aires corticales pr\u00e9frontales et temporales r\u00e9gulant le jugement critique et la vigilance.<\/p>\n<p>Les travaux conduits par Jack Gorman, Michael Liebowitz et leurs collaborateurs \u00e0 l&rsquo;Institut Psychiatrique de New York ont d\u00e9montr\u00e9 la pertinence des tests de provocation respiratoire. Leurs recherches ont mis en \u00e9vidence qu&rsquo;un pourcentage significatif de patients diagnostiqu\u00e9s avec un trouble panique r\u00e9agissent avec une d\u00e9tresse disproportionn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;inhalation de m\u00e9langes gazeux modifiant le pH sanguin, mettant en exergue une hyperr\u00e9activit\u00e9 des r\u00e9cepteurs ch\u00e9mosensibles du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Dans le champ des neurosciences cognitives, les recherches de Ronald Ley ont analys\u00e9 de fa\u00e7on approfondie le \u00ab paradoxe de l&rsquo;hyperventilation \u00bb. Ley a document\u00e9 comment l&rsquo;alcalose respiratoire aigu\u00eb d\u00e9grade de mani\u00e8re reproductible la m\u00e9moire de travail spatiale, r\u00e9duit la vitesse de traitement de l&rsquo;information et accentue les distorsions visuo-spatiales. Ces exp\u00e9rimentations d\u00e9montrent que les impressions de d\u00e9r\u00e9alisation v\u00e9cues par les sujets paniqu\u00e9s ne rel\u00e8vent pas uniquement de d\u00e9fenses psychanalytiques de dissociation, mais poss\u00e8dent un ancrage biophysique direct dans l&rsquo;alcalinisation du tissu c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes men\u00e9es en milieu hospitalier sur des cohortes d&rsquo;anorexie et de boulimie mentale (notamment par Philip Mehler et son \u00e9quipe au Denver Health Medical Center) ont soulign\u00e9 la morbidit\u00e9 cardiovasculaire induite par l&rsquo;alcalose m\u00e9tabolique. Leurs r\u00e9sultats montrent une corr\u00e9lation directe entre le degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du pH plasmatique, l&rsquo;allongement de l&rsquo;intervalle QTc sur l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme et le risque de survenue de torsades de pointes et d&rsquo;arythmies ventriculaires mortelles.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation des manifestations symptomatiques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alcalose respiratoire varient largement selon les contextes socioculturels, bien que la machinerie biologique demeure universelle.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s non occidentales, les syndromes d&rsquo;angoisse s&rsquo;exprimant par une hyperventilation et les stigmates de l&rsquo;alcalose (contractures musculaires, \u00e9tourdissements, sensations de suffocation) sont formalis\u00e9s sous forme de concepts de d\u00e9tresse idiomatiques reconnus par l&rsquo;anthropologie m\u00e9dicale. C&rsquo;est le cas du syndrome de l&rsquo;<strong>\u00ab ataque de nervios \u00bb<\/strong> dans les populations hispaniques et latino-am\u00e9ricaines, caract\u00e9ris\u00e9 par des tremblements violents, des cris, une respiration effr\u00e9n\u00e9e menant \u00e0 la t\u00e9tanie alcalosique et parfois \u00e0 des \u00e9tats stuporeux transitoires, souvent interpr\u00e9t\u00e9s comme une intrusion spirituelle ou un d\u00e9bordement familial l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>De m\u00eame, dans certaines cultures asiatiques, le concept de <strong>\u00ab Shenjing shuairuo \u00bb<\/strong> (neurasth\u00e9nie en Chine) ou le <strong>\u00ab Hwa-byung \u00bb<\/strong> (maladie du feu en Cor\u00e9e) int\u00e8gre des phases d&rsquo;excitation neurov\u00e9g\u00e9tative avec essoufflement et spasmes p\u00e9riph\u00e9riques caus\u00e9s par des respirations courtes et rapides lors de col\u00e8res rentr\u00e9es ou d&rsquo;humiliations subies. Le clinicien doit faire preuve de sensibilit\u00e9 transculturelle pour ne pas r\u00e9duire ces tableaux \u00e0 une simple hyst\u00e9rie ou \u00e0 un caprice fonctionnel, tout en sachant identifier la r\u00e9alit\u00e9 somatique du d\u00e9s\u00e9quilibre acido-basique sous-jacent.<\/p>\n<p>La s\u00e9mantique et la m\u00e9taphore corporelle employ\u00e9es par le patient d\u00e9pendent \u00e9galement de son milieu d&rsquo;origine : alors que les individus occidentaux instruits d\u00e9crivent fr\u00e9quemment une angoisse mentale (\u00ab j&rsquo;ai peur de mourir d&rsquo;un infarctus \u00bb), d&rsquo;autres groupes formulent leur alcalose sous forme de chaleur ascendante, de vent interne bloqu\u00e9 ou d&rsquo;\u00e9touffement par une force ext\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>La place accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alcalose respiratoire comme cause premi\u00e8re des manifestations paniques a suscit\u00e9 d&rsquo;\u00e2pres controverses th\u00e9oriques durant les quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le courant m\u00e9dical m\u00e9caniste men\u00e9 par des physiologistes respiratoires tendait \u00e0 poser l&rsquo;hyperventilation et l&rsquo;alcalose comme l&rsquo;\u00e9tiologie exclusive du trouble panique, d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 tort sous le seul label de \u00ab syndrome d&rsquo;hyperventilation \u00bb. Cette approche r\u00e9ductrice a \u00e9t\u00e9 vivement critiqu\u00e9e par les psychopathologues cognitivistes et les psychiatres hospitaliers. En effet, de multiples \u00e9tudes ont subs\u00e9quemment prouv\u00e9 que l&rsquo;induction exp\u00e9rimentale d&rsquo;une alcalose respiratoire chez des sujets t\u00e9moins sains produit des paresth\u00e9sies et des vertiges, mais ne d\u00e9clenche que tr\u00e8s rarement une attaque de panique authentique. L&rsquo;alcalose est donc un facteur facilitateur ou amplificateur somatique, mais non le d\u00e9clencheur suffisant de la panique, laquelle requiert une vuln\u00e9rabilit\u00e9 cognitive ou neurobiologique pr\u00e9existante.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne la fameuse technique du <strong>\u00ab r\u00e9-respirer dans un sac en papier \u00bb<\/strong>, longtemps vulgaris\u00e9e comme le traitement d&rsquo;urgence absolu de l&rsquo;alcalose respiratoire aigu\u00eb d&rsquo;angoisse dans la culture populaire et les manuels de secourisme. Si le principe physique (r\u00e9inhaler l&rsquo;air enrichi en CO<sub>2<\/sub> pour corriger l&rsquo;hypocapnie et faire baisser le pH) est scientifiquement valide, son utilisation est d\u00e9sormais formellement d\u00e9conseill\u00e9e ou s\u00e9v\u00e8rement restreinte en m\u00e9decine d&rsquo;urgence moderne. En effet, l&rsquo;application d&rsquo;un sac \u00e9tanche chez un patient pr\u00e9sentant une dyspn\u00e9e due en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une embolie pulmonaire, un asthme s\u00e9v\u00e8re, un pneumothorax ou un infarctus du myocarde peut entra\u00eener une hypoxie dramatique et causer un arr\u00eat cardiorespiratoire.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan psychiatrique, la fronti\u00e8re entre alcalose m\u00e9tabolique fonctionnelle et simulation ou dissimulation demeure complexe. Dans le cadre du syndrome de M\u00fcnchhausen ou de troubles factices s\u00e9v\u00e8res, l&rsquo;ingestion clandestine de diur\u00e9tiques ou de laxatifs alcalinisants pour induire des bilans anormaux d\u00e9fie r\u00e9guli\u00e8rement la perspicacit\u00e9 des \u00e9quipes soignantes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil s\u00e9mantique ou diagnostique, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9marquer l&rsquo;alcalose d&rsquo;autres entit\u00e9s m\u00e9dicales et psychiatriques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acidose :<\/strong> Processus pathologique rigoureusement inverse, caract\u00e9ris\u00e9 par une accumulation excessive d&rsquo;ions H<sup>+<\/sup> dans le sang ou une perte de bases, entra\u00eenant un pH art\u00e9riel inf\u00e9rieur \u00e0 7,35. Elle se manifeste par une d\u00e9pression du syst\u00e8me nerveux central, une l\u00e9thargie et une respiration ample et profonde de type Kussmaul.<\/li>\n<li><strong>Alcal\u00e9mie :<\/strong> Mesure objective et statique d&rsquo;un pH sanguin d\u00e9passant 7,45. Bien que les termes soient souvent employ\u00e9s comme synonymes dans le langage courant, une alcalose (le processus) peut coexister avec un pH normal si un m\u00e9canisme compensateur est d\u00e9j\u00e0 pleinement d\u00e9ploy\u00e9 (par exemple lors d&rsquo;un d\u00e9sordre mixte).<\/li>\n<li><strong>Hypoxie :<\/strong> Insuffisance de l&rsquo;apport en oxyg\u00e8ne aux tissus et organes cellulaires. L&rsquo;alcalose respiratoire peut provoquer une hypoxie tissulaire relative par effet Bohr et vasoconstriction, mais l&rsquo;hypoxie elle-m\u00eame n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement un milieu alcalin (elle induit souvent une acidose lactique en milieu ana\u00e9robie).<\/li>\n<li><strong>Spasmophilie :<\/strong> Terme nosologique d&rsquo;usage surtout francophone d\u00e9signant un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de sympt\u00f4mes neuromusculaires et anxieux d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9. La spasmophilie est largement consid\u00e9r\u00e9e aujourd&rsquo;hui comme l&rsquo;expression clinique de l&rsquo;alcalose respiratoire d&rsquo;hyperventilation chez des sujets anxieux, plut\u00f4t que comme une entit\u00e9 nosologique ind\u00e9pendante.<\/li>\n<li><strong>T\u00e9tanie :<\/strong> Syndrome neurologique caract\u00e9ris\u00e9 par des spasmes musculaires soutenus, cloniques ou toniques, secondaire soit \u00e0 une hypocalc\u00e9mie vraie (organique, parathyro\u00efdienne), soit \u00e0 une hypocalc\u00e9mie ionis\u00e9e induite par une alcalose aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>Hyperventilation :<\/strong> Comportement ventilatoire caract\u00e9ris\u00e9 par une ventilation alv\u00e9olaire excessive par rapport aux besoins m\u00e9taboliques. Elle constitue le m\u00e9canisme moteur causatif de l&rsquo;alcalose respiratoire, mais ne doit pas \u00eatre confondue avec la cons\u00e9quence biochimique qu&rsquo;est l&rsquo;alcalose elle-m\u00eame.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;alcalose est un \u00e9tat physiologique d&rsquo;alcalinisation excessive des liquides corporels caract\u00e9ris\u00e9 par un pH art\u00e9riel sup\u00e9rieur \u00e0 7,45, cons\u00e9cutif soit \u00e0 une perte d&rsquo;acides volatils (alcalose respiratoire), soit \u00e0 une dysr\u00e9gulation ionique et r\u00e9nale (alcalose m\u00e9tabolique). Elle se situe au confluent exact de la m\u00e9decine physique et de la psychopathologie.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;alcalose respiratoire psychog\u00e8ne, d\u00e9clench\u00e9e par l&rsquo;hyperventilation lors d&rsquo;\u00e9pisodes de panique ou d&rsquo;angoisse vive, induit une hypocapnie brutale. Cette derni\u00e8re engendre une vasoconstriction c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9duisant le flux sanguin cortical, coupl\u00e9e \u00e0 une hypocalc\u00e9mie ionis\u00e9e responsable d&rsquo;une hyperexcitabilit\u00e9 neuromusculaire (paresth\u00e9sies, contractures, signe de Trousseau). Ces \u00e9prouv\u00e9s corporels alimentent \u00e0 leur tour la terreur du patient dans une boucle r\u00e9troactive de panique.<\/p>\n<p>L&rsquo;alcalose m\u00e9tabolique, pour sa part, doit syst\u00e9matiquement \u00eatre investigu\u00e9e lors des suspicions de troubles du comportement alimentaire avec purges r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Dans la prise en charge int\u00e9grative de l&rsquo;angoisse, la psycho\u00e9ducation relative aux effets biochimiques de l&rsquo;alcalose et l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la r\u00e9gulation du rythme ventilatoire s&rsquo;imposent comme des strat\u00e9gies non m\u00e9dicamenteuses fondamentales, restituant au sujet le contr\u00f4le de son hom\u00e9ostasie corporelle et \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Clark, D. M. (1986). A cognitive approach to panic. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 24(4), 461-470. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(86)90011-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(86)90011-2<\/a><\/li>\n<li>Gorman, J. M., Kent, J. M., Sullivan, G. M., &#038; Coplan, J. D. (2000). Neuroanatomical hypothesis of panic disorder, revised. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 157(4), 493-505. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.157.4.493\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.157.4.493<\/a><\/li>\n<li>Ley, R. (1985). Agoraphobia, the panic attack and the hyperventilation syndrome. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 23(1), 79-81. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(85)90145-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(85)90145-7<\/a><\/li>\n<li>Mehler, P. S., &#038; Brown, C. (2015). Anorexia nervosa \u2013 medical complications. <em>Journal of Eating Disorders<\/em>, 3(1), Article 11. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1186\/s40337-015-0048-7\">https:\/\/doi.org\/10.1186\/s40337-015-0048-7<\/a><\/li>\n<li>Van den Hout, M. A., &#038; Griez, E. (1984). Panic symptoms after inhalation of carbon dioxide. <em>The British Journal of Psychiatry<\/em>, 144(5), 503-507. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.144.5.503\">https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.144.5.503<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;alcalose est un trouble de l&rsquo;\u00e9quilibre acido-basique caract\u00e9ris\u00e9 par un pH sanguin sup\u00e9rieur \u00e0 7,45. 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