{"id":20051,"date":"2026-10-23T06:27:10","date_gmt":"2026-10-23T06:27:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=algorithme-psychologie-definition"},"modified":"2026-10-23T06:27:10","modified_gmt":"2026-10-23T06:27:10","slug":"algorithme-psychologie-definition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=algorithme-psychologie-definition","title":{"rendered":"Algorithme : Logique et cognition"},"content":{"rendered":"<p>Dans le champ des sciences cognitives, de la psychologie de la pens\u00e9e et de la psychom\u00e9trie, la notion d&rsquo;algorithme incarne l&rsquo;id\u00e9al formel de la rigueur computationnelle oppos\u00e9e aux raccourcis intuitifs de l&rsquo;esprit humain. Comprendre comment les structures algorithmiques op\u00e8rent au sein de l&rsquo;architecture mentale et des mod\u00e8les pr\u00e9dictifs du comportement permet de cartographier avec exactitude les fronti\u00e8res entre rationalit\u00e9 normative, traitement logique de l&rsquo;information et biais cognitifs.<\/p>\n<h2>Algorithme<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie cognitive, en sciences du comportement et en psychom\u00e9trie, un algorithme d\u00e9signe une s\u00e9quence finie, non ambigu\u00eb et ordonn\u00e9e d&rsquo;instructions ou de r\u00e8gles logico-math\u00e9matiques qui, lorsqu&rsquo;elle est ex\u00e9cut\u00e9e sur un ensemble d\u00e9termin\u00e9 de donn\u00e9es initiales, garantit l&rsquo;obtention syst\u00e9matique d&rsquo;une solution exacte ou optimale pour un probl\u00e8me donn\u00e9. Contrairement aux d\u00e9marches heuristiques, l&rsquo;algorithme \u00e9limine l&rsquo;al\u00e9a et l&rsquo;intuition subjective au profit d&rsquo;un d\u00e9terminisme proc\u00e9dural infaillible, pourvu que les r\u00e8gles soient scrupuleusement appliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel de l&rsquo;esprit et du traitement de l&rsquo;information, le terme renvoie \u00e9galement aux mod\u00e8les computationnels qui d\u00e9crivent le fonctionnement mental sous forme de programmes formels de manipulation de symboles ou de pond\u00e9ration de r\u00e9seaux connexionnistes. Il incarne le paradigme du calcul mental, o\u00f9 les repr\u00e9sentations cognitives sont transform\u00e9es selon des lois math\u00e9matiques invariantes permettant la perception, le raisonnement d\u00e9ductif, le jugement probabiliste et la prise de d\u00e9cision rationnelle.<\/p>\n<p>Enfin, dans les domaines de l&rsquo;\u00e9valuation psychologique moderne et de la psychiatrie computationnelle, l&rsquo;algorithme constitue l&rsquo;ossature m\u00e9thodologique des tests adaptatifs informatis\u00e9s, des arbres d\u00e9cisionnels nosologiques et des syst\u00e8mes d&rsquo;apprentissage automatique d\u00e9di\u00e9s au d\u00e9pistage diagnostique, formalisant les relations complexes entre variables psychologiques et profils comportementaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab algorithme \u00bb puise ses origines historiques directes dans la latinisation m\u00e9di\u00e9vale du nom du savant, astronome et math\u00e9maticien persan du IXe si\u00e8cle, Muhammad ibn Musa al-Khwarizmi (latinis\u00e9 sous la forme <em>Algorismus<\/em> ou <em>Algorithmi<\/em>), auteur du trait\u00e9 fondamental <em>Kitab al-Jabr wa-l-Muqabala<\/em> qui posa les jalons de l&rsquo;alg\u00e8bre syst\u00e9matique et de l&rsquo;arithm\u00e9tique d\u00e9cimale positionnelle. \u00c0 l&rsquo;origine, le terme <em>algorisme<\/em> d\u00e9signait l&rsquo;art d&rsquo;effectuer des calculs arithm\u00e9tiques au moyen des chiffres arabes et du z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Au fil des si\u00e8cles, la graphie fran\u00e7aise a \u00e9volu\u00e9 sous l&rsquo;influence savante du mot grec <em>arithmos<\/em> (qui signifie \u00ab nombre \u00bb), entra\u00eenant l&rsquo;adjonction de la terminaison \u00ab -thme \u00bb pour aboutir au terme contemporain \u00ab algorithme \u00bb. Cette alt\u00e9ration philologique a renforc\u00e9 l&rsquo;association s\u00e9mantique entre le nom propre du math\u00e9maticien et la notion d&rsquo;arithm\u00e9tique formelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans le lexique philosophique et psychologique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au milieu du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion conjointe de la cybern\u00e9tique de Norbert Wiener, des travaux de logique formelle d&rsquo;Alan Turing et de la naissance de la psychologie cognitive structuraliste. L&rsquo;esprit humain y a \u00e9t\u00e9 explicitement conceptualis\u00e9 comme un syst\u00e8me physique de symboles proc\u00e9dant par \u00e9tapes algorithmiques pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes et interagir avec l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/al.\u0261\u0254.\u0281itm\/<\/strong>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif masculin du registre soutenu et acad\u00e9mique, prenant la marque graphique du pluriel par l&rsquo;adjonction d&rsquo;un \u00ab s \u00bb muet (<em>algorithmes<\/em>, prononc\u00e9 de mani\u00e8re identique).<\/p>\n<p>Dans le discours psychologique, le mot g\u00e9n\u00e8re plusieurs d\u00e9riv\u00e9s fonctionnels couramment employ\u00e9s : l&rsquo;adjectif \u00ab algorithmique \u00bb (qui se rapporte \u00e0 la d\u00e9marche pas-\u00e0-pas ou au calcul rigoureux), l&rsquo;adverbe \u00ab algorithmiquement \u00bb (de mani\u00e8re algorithmique), ainsi que le substantif compos\u00e9 \u00ab algorithmisation \u00bb (processus de formalisation d&rsquo;une t\u00e2che humaine en s\u00e9quence computationnelle). On l&#8217;emploie fr\u00e9quemment dans des syntagmes sp\u00e9cialis\u00e9s tels que \u00ab traitement algorithmique \u00bb, \u00ab algorithme d\u00e9cisionnel \u00bb, \u00ab pens\u00e9e algorithmique \u00bb ou \u00ab algorithme g\u00e9n\u00e9tique \u00bb appliqu\u00e9 \u00e0 la simulation de l&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;algorithme dans le champ psychologique, il convient d&rsquo;analyser son fonctionnement en opposition dialectique avec l&rsquo;heuristique. Tandis qu&rsquo;une heuristique repr\u00e9sente une strat\u00e9gie cognitive informelle, rapide, intuitive et frugale \u2013 souvent guid\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9rience pratique mais sujette \u00e0 des biais cognitifs syst\u00e9matiques \u2013, l&rsquo;algorithme constitue une proc\u00e9dure d&rsquo;investigation exhaustive et m\u00e9canique. Si un probl\u00e8me admet une solution et que les conditions d&rsquo;application de l&rsquo;algorithme sont r\u00e9unies, son ex\u00e9cution m\u00e9thodique garantit math\u00e9matiquement un r\u00e9sultat correct. En revanche, sa mise en \u0153uvre impose une charge cognitive colossale en mati\u00e8re de m\u00e9moire de travail, de concentration et de puissance computationnelle, ce qui le rend particuli\u00e8rement co\u00fbteux pour l&rsquo;organisme humain confront\u00e9 \u00e0 des contraintes de temps.<\/p>\n<p>Dans le paradigme computationnel de l&rsquo;esprit, popularis\u00e9 par des penseurs comme <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jerry_Fodor\">Jerry Fodor<\/a> et Allen Newell, la cognition est comprise comme une suite d&rsquo;op\u00e9rations algorithmiques op\u00e9r\u00e9es sur des repr\u00e9sentations mentales symboliques. Selon cette perspective, percevoir un stimulus visuel, extraire la structure syntaxique d&rsquo;une phrase entendue ou cat\u00e9goriser un objet requiert la mobilisation sous-jacente d&rsquo;algorithmes neurobiologiques inconscients. Ces m\u00e9canismes traduisent les entr\u00e9es sensorielles continues en repr\u00e9sentations discr\u00e8tes et ex\u00e9cutent des transformations formelles successives afin d&rsquo;extraire du sens, d&rsquo;inf\u00e9rer des probabilit\u00e9s bay\u00e9siennes et de guider l&rsquo;action motrice de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Un autre pan conceptuel majeur r\u00e9side dans la s\u00e9paration rigoureuse \u00e9tablie par David Marr entre les diff\u00e9rents niveaux d&rsquo;analyse des syst\u00e8mes cognitifs. L&rsquo;algorithme occupe pr\u00e9cis\u00e9ment le deuxi\u00e8me niveau dans cette hi\u00e9rarchie : le niveau algorithmique et repr\u00e9sentationnel. Ce palier \u00e9tablit le pont indispensable entre la th\u00e9orie computationnelle (le but du comportement, sa logique abstraite et la t\u00e2che \u00e0 accomplir) et l&rsquo;impl\u00e9mentation physique (les circuits neuronaux, les synapses et les neurom\u00e9diateurs qui soutiennent mat\u00e9riellement le calcul biologique). L&rsquo;algorithme d\u00e9crit formellement quelles repr\u00e9sentations mentales d&rsquo;entr\u00e9e et de sortie sont utilis\u00e9es, et quelle succession d&rsquo;op\u00e9rations m\u00e9caniques permet la transformation de l&rsquo;une en l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Enfin, au niveau du comportement observable et de l&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision, l&rsquo;algorithme s&rsquo;incarne sous la forme de r\u00e8gles d&rsquo;int\u00e9gration clinique m\u00e9canis\u00e9es. Dans ce contexte, il s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation purement clinique ou intuitive des praticiens. Paul Meehl a d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1950 qu&rsquo;une r\u00e8gle algorithmique simple combinant des scores psychom\u00e9triques de fa\u00e7on standardis\u00e9e surpassait presque invariablement le diagnostic intuitif des experts, inaugurant une r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique dans la validation des jugements diagnostiques et pronostiques en psychologie.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;algorithme au sein de la psychologie et des sciences humaines s&rsquo;articule autour de plusieurs r\u00e9volutions th\u00e9oriques majeures :<\/p>\n<p>Le premier jalon fondateur remonte aux travaux de logique math\u00e9matique des ann\u00e9es 1930. Les contributions d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alan_Turing\">Alan Turing<\/a> et d&rsquo;Alonzo Church, \u00e0 travers le concept de la \u00ab machine de Turing \u00bb et la th\u00e8se de Church-Turing, ont formalis\u00e9 de mani\u00e8re universelle la notion de calculabilit\u00e9. Turing a postul\u00e9 que tout processus de calcul d\u00e9terministe pouvait \u00eatre simul\u00e9 par un automate abstrait manipulant un ruban d&rsquo;instructions selon des r\u00e8gles strictes, posant la question audacieuse de savoir si l&rsquo;intelligence humaine et la pens\u00e9e elle-m\u00eame relevaient d&rsquo;un tel m\u00e9canisme algorithmique universel.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me moment charni\u00e8re s&rsquo;est produit dans les ann\u00e9es 1950 avec l&rsquo;\u00e9mergence de la r\u00e9volution cognitive, men\u00e9e par Herbert Simon, Allen Newell et Noam Chomsky. En 1956, Newell et Simon pr\u00e9sentent le <em>Logic Theorist<\/em>, puis con\u00e7oivent le <em>General Problem Solver<\/em> (GPS), d\u00e9montrant qu&rsquo;un programme informatique pouvait r\u00e9soudre des th\u00e9or\u00e8mes math\u00e9matiques ou le puzzle de la tour de Hano\u00ef en appliquant des algorithmes de recherche dans un espace d&rsquo;\u00e9tats mentaux. Parall\u00e8lement, Chomsky applique le formalisme algorithmique \u00e0 la linguistique, sugg\u00e9rant l&rsquo;existence d&rsquo;une grammaire universelle computationnelle log\u00e9e dans l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970, une rupture essentielle s&rsquo;op\u00e8re avec les recherches de Daniel Kahneman et Amos Tversky. En \u00e9tudiant la rationalit\u00e9 humaine sous incertitude, ils mettent en lumi\u00e8re le fait que l&rsquo;esprit humain s&rsquo;\u00e9carte radicalement des mod\u00e8les algorithmiques optimaux (tels que le th\u00e9or\u00e8me de Bayes ou les lois formelles des probabilit\u00e9s conditionnelles). Ils th\u00e9orisent la dichotomie fondamentale entre heuristiques exp\u00e9ditives, source de biais syst\u00e9matiques, et raisonnement algorithmique co\u00fbteux, une id\u00e9e ult\u00e9rieurement formalis\u00e9e dans le cadre des th\u00e9ories du double processus cognitif (Syst\u00e8me 1 intuitif et Syst\u00e8me 2 analytique).<\/p>\n<p>Depuis la fin du XXe si\u00e8cle et tout au long des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;\u00e9volution historique s&rsquo;est enrichie de l&rsquo;av\u00e8nement du connexionnisme et de la psychologie computationnelle bay\u00e9sienne. Les chercheurs n&rsquo;envisagent plus uniquement l&rsquo;algorithme sous l&rsquo;angle du symbolisme rigide, mais sous forme d&rsquo;algorithmes probabilistes d&rsquo;inf\u00e9rence active et de minimisation de l&rsquo;\u00e9nergie libre (notamment d\u00e9fendus par Karl Friston), reliant intimement le cerveau physique aux \u00e9quations math\u00e9matiques de la pr\u00e9diction statistique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique du concept d&rsquo;algorithme en psychologie repose sur un croisement de paradigmes issus de la philosophie de l&rsquo;esprit, de la th\u00e9orie du traitement de l&rsquo;information et des mod\u00e8les formels de la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie du computationnalisme (ou fonctionnalisme computationnel), d\u00e9fendue par Hilary Putnam et Jerry Fodor, constitue l&rsquo;\u00e9difice philosophique central. Selon ce cadre, les \u00e9tats mentaux se d\u00e9finissent non par leur substrat physique (biologique ou \u00e9lectronique), mais par leurs relations fonctionnelles et causales, qui sont intrins\u00e8quement de nature computationnelle. L&rsquo;esprit est \u00e0 la substance grise c\u00e9r\u00e9brale ce que le programme algorithmique est au mat\u00e9riel informatique. Cette m\u00e9taphore a permis d&rsquo;autonomiser l&rsquo;\u00e9tude scientifique des processus psychologiques en tant que manipulations formelles de symboles ob\u00e9issant \u00e0 des algorithmes syntaxiques autonomes.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la rationalit\u00e9 limit\u00e9e (<em>bounded rationality<\/em>), formul\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Herbert_Simon\">Herbert Simon<\/a>, fournit un contrepoint th\u00e9orique fondamental. Simon a mis en \u00e9vidence que les \u00eatres humains ne disposent ni des ressources temporelles, ni de la capacit\u00e9 m\u00e9morielle, ni de l&rsquo;acc\u00e8s informationnel n\u00e9cessaires pour ex\u00e9cuter des algorithmes d&rsquo;optimisation parfaits dans la vie r\u00e9elle. Les agents cognitifs doivent donc substituer aux algorithmes exhaustifs des strat\u00e9gies de \u00ab satisfaction \u00bb ou des heuristiques simplificatrices. Cela ne nie pas la nature algorithmique du cerveau, mais recadre son fonctionnement : le cerveau d\u00e9ploie des algorithmes adaptatifs frugaux visant un r\u00e9sultat suffisant plut\u00f4t qu&rsquo;absolument parfait.<\/p>\n<p>Enfin, les mod\u00e8les \u00e0 double processus (port\u00e9s par Jonathan Evans, Keith Stanovich, et Daniel Kahneman) structurent l&rsquo;utilisation psychologique du terme : le Syst\u00e8me 1 (automatique, implicite, peu co\u00fbteux) op\u00e8re selon des patrons heuristiques et associatifs, tandis que le Syst\u00e8me 2 (d\u00e9lib\u00e9ratif, s\u00e9quentiel, contr\u00f4l\u00e9) incarne l&rsquo;esprit algorithmique. Ce dernier requiert l&rsquo;inhibition des r\u00e9ponses spontan\u00e9es, la manipulation de r\u00e8gles propositionnelles explicites et la simulation mentale contrefactuelle selon des \u00e9tapes proc\u00e9durales rigoureuses.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La structure formelle et les d\u00e9clinaisons de l&rsquo;algorithme dans l&rsquo;espace psychologique s&rsquo;organisent autour de plusieurs composantes fondamentales et de typologies distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les composantes structurelles d&rsquo;un algorithme cognitif :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Les donn\u00e9es d&rsquo;entr\u00e9e (Inputs) :<\/em> Informations sensorielles per\u00e7ues ou donn\u00e9es m\u00e9morielles encod\u00e9es n\u00e9cessitant un traitement.<\/li>\n<li><em>Les \u00e9tats finis et \u00e9tapes s\u00e9quentielles :<\/em> Instructions \u00e9l\u00e9mentaires non ambigu\u00ebs, univoques et applicables pas \u00e0 pas.<\/li>\n<li><em>Les r\u00e8gles de transition d&rsquo;\u00e9tat :<\/em> Conditions logiques (de type \u00ab Si Condition A est vraie, Alors appliquer Op\u00e9ration B, Sinon passer \u00e0 C \u00bb).<\/li>\n<li><em>La condition d&rsquo;arr\u00eat et de terminaison :<\/em> Crit\u00e8re objectif signalant l&rsquo;atteinte du but ou l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;une issue, \u00e9vitant la boucle infinie.<\/li>\n<li><em>Les donn\u00e9es de sortie (Outputs) :<\/em> Jugement cat\u00e9goriel, choix comportemental, action motrice ou estimation num\u00e9rique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Typologie selon la finalit\u00e9 psychologique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Algorithmes d&rsquo;optimisation exhaustive :<\/em> Proc\u00e9dures passant en revue l&rsquo;ensemble de l&rsquo;arbre des possibilit\u00e9s (espace du probl\u00e8me) pour isoler la meilleure solution math\u00e9matique absolue (par exemple, la m\u00e9thode de la force brute).<\/li>\n<li><em>Algorithmes d&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne :<\/em> Calculs probabilistes formels r\u00e9\u00e9valuant la vraisemblance d&rsquo;une hypoth\u00e8se \u00e0 la lumi\u00e8re de nouvelles \u00e9vidences empiriques selon la r\u00e8gle de Bayes.<\/li>\n<li><em>Algorithmes psychom\u00e9triques adaptatifs :<\/em> Mod\u00e8les de la th\u00e9orie de la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;item (TRI) recalculant le niveau de trait latent du sujet apr\u00e8s chaque r\u00e9ponse pour s\u00e9lectionner l&rsquo;item suivant de difficult\u00e9 optimale.<\/li>\n<li><em>Algorithmes d&rsquo;apprentissage (connexionnistes) :<\/em> R\u00e8gles d&rsquo;ajustement synaptique (comme la r\u00e9tropropagation de l&rsquo;erreur dans les r\u00e9seaux artificiels ou les lois hebbiennes en neurobiologie cognitive).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions psychom\u00e9triques de la pens\u00e9e algorithmique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>La rigueur syntaxique :<\/em> Capacit\u00e9 \u00e0 maintenir la conformit\u00e9 aux r\u00e8gles sans interf\u00e9rence s\u00e9mantique.<\/li>\n<li><em>Le co\u00fbt attentionnel :<\/em> D\u00e9bit d&rsquo;utilisation des ressources de la m\u00e9moire de travail par unit\u00e9 de temps d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><em>La d\u00e9terminabilit\u00e9 :<\/em> Constance du r\u00e9sultat obtenu lorsque les conditions initiales restent rigoureusement identiques.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et \u00e9tudes de cas<\/h3>\n<p>L&rsquo;illustration concr\u00e8te de l&rsquo;approche algorithmique se manifeste dans plusieurs t\u00e2ches exp\u00e9rimentales et contextes d\u00e9cisionnels en laboratoire de psychologie.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons l&rsquo;\u00e9preuve classique du puzzle de la Tour de Hano\u00ef, fr\u00e9quemment utilis\u00e9e pour mesurer les fonctions ex\u00e9cutives et la planification chez l&rsquo;adulte et l&rsquo;enfant. Pour r\u00e9soudre ce casse-t\u00eate de trois disques d\u00e9plac\u00e9s d&rsquo;une tige source vers une tige cible selon des r\u00e8gles strictes, un individu peut proc\u00e9der par t\u00e2tonnements intuitifs (heuristique essai-erreur), ce qui m\u00e8ne fr\u00e9quemment \u00e0 des blocages ou des mouvements redondants. En revanche, l&rsquo;application d&rsquo;un algorithme r\u00e9cursif formalis\u00e9 (\u00ab Pour d\u00e9placer <em>n<\/em> disques de A vers C, d\u00e9placer d&rsquo;abord <em>n-1<\/em> disques de A vers B, d\u00e9placer le disque restant de A vers C, puis d\u00e9placer <em>n-1<\/em> disques de B vers C \u00bb) garantit la r\u00e9solution du probl\u00e8me dans le nombre minimal th\u00e9orique de d\u00e9placements (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"2^n - 1\">$2^n &#8211; 1$<\/span>). L&rsquo;observation clinique montre que le passage d&rsquo;un mode heuristique \u00e0 un mode algorithmique conscient co\u00efncide avec une activation massive du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique concerne le calcul des probabilit\u00e9s de maladie lors d&rsquo;un test de d\u00e9pistage m\u00e9dical (probl\u00e8me du mammotest ou du d\u00e9pistage s\u00e9rologique). Lorsqu&rsquo;on pr\u00e9sente \u00e0 des sujets une pr\u00e9valence de maladie de 1 %, avec un test ayant une sensibilit\u00e9 de 90 % et un taux de faux positifs de 9 %, l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des individus \u2013 y compris les m\u00e9decins \u2013 c\u00e8de au biais de n\u00e9gligence du taux de base et estime intuitivement qu&rsquo;une personne test\u00e9e positive a environ 80 \u00e0 90 % de risques d&rsquo;\u00eatre malade. Seul le d\u00e9ploiement rigoureux de l&rsquo;algorithme du th\u00e9or\u00e8me de Bayes permet d&rsquo;\u00e9tablir la probabilit\u00e9 r\u00e9elle (qui n&rsquo;est en fait que d&rsquo;environ 9 %). Cette divergence illustre dramatiquement l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;heuristique non r\u00e9gul\u00e9e face \u00e0 la rigueur de l&rsquo;algorithme normatif.<\/p>\n<p>Dans le domaine organisationnel et clinique, un exemple embl\u00e9matique est celui du score d&rsquo;Apgar, invent\u00e9 par Virginia Apgar pour \u00e9valuer la vitalit\u00e9 des nouveau-n\u00e9s. Plut\u00f4t que de s&rsquo;en remettre \u00e0 l&rsquo;impression globale et subjective de l&rsquo;obst\u00e9tricien, ce score constitue un algorithme d&rsquo;\u00e9valuation comportementale simple, standardis\u00e9 et reproductible bas\u00e9 sur cinq crit\u00e8res (rythme cardiaque, respiration, tonus, r\u00e9flexes, coloration). L&rsquo;application syst\u00e9matique de cette r\u00e8gle algorithmique \u00e9l\u00e9mentaire a permis de r\u00e9duire drastiquement la mortalit\u00e9 n\u00e9onatale \u00e0 travers le monde, validant de facto la sup\u00e9riorit\u00e9 de la formalisation algorithmique sur l&rsquo;intuition non outill\u00e9e.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et mod\u00e9lisation<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre et les capacit\u00e9s d&rsquo;ex\u00e9cution algorithmique chez un individu sont mesur\u00e9es \u00e0 travers un \u00e9ventail d&rsquo;instruments neuropsychologiques et psychom\u00e9triques valid\u00e9s.<\/p>\n<p>En neuropsychologie clinique, les tests \u00e9valuant la planification strat\u00e9gique et la manipulation de r\u00e8gles proc\u00e8dent \u00e0 une analyse quantitative de l&rsquo;efficience algorithmique. Le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_de_classement_de_cartes_de_Wisconsin\">test de classement de cartes de Wisconsin<\/a> (WCST) mesure la capacit\u00e9 du patient \u00e0 inf\u00e9rer, appliquer et alterner des algorithmes de cat\u00e9gorisation (couleur, forme, nombre) en fonction des r\u00e9troactions de l&rsquo;examinateur, tout en quantifiant les erreurs de pers\u00e9v\u00e9ration \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 interrompre un algorithme devenu obsol\u00e8te. De m\u00eame, les \u00e9preuves de la Tour de Londres de Shallice \u00e9valuent sp\u00e9cifiquement l&rsquo;aptitude \u00e0 d\u00e9composer un probl\u00e8me complexe en une s\u00e9rie d&rsquo;op\u00e9rations pr\u00e9liminaires algorithmiques ordonn\u00e9es dans le temps.<\/p>\n<p>Au niveau de la psychom\u00e9trie pure, la mod\u00e9lisation computationnelle recourt massivement aux algorithmes pour estimer les comp\u00e9tences des r\u00e9pondants. Les plateformes de tests adaptatifs informatis\u00e9s (CAT, pour <em>Computerized Adaptive Testing<\/em>) reposent sur l&rsquo;algorithme du maximum de vraisemblance ou sur des estimateurs bay\u00e9siens (EAP, MAP). \u00c0 chaque item administr\u00e9, l&rsquo;algorithme r\u00e9\u00e9value instantan\u00e9ment le param\u00e8tre $\theta$ (aptitude du sujet), calcule la fonction d&rsquo;information de l&rsquo;ensemble des items disponibles dans la banque de donn\u00e9es, et s\u00e9lectionne l&rsquo;item maximisant l&rsquo;information statistique pour ce niveau sp\u00e9cifique de trait latent, minimisant ainsi l&rsquo;erreur standard de mesure avec un nombre r\u00e9duit de questions.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les tests d&rsquo;intelligence g\u00e9n\u00e9rale et de raisonnement fluide, tels que les Matrices Progressives de Raven ou les subtests de raisonnement matriciel de l&rsquo;\u00e9chelle de Wechsler (WAIS-IV), sollicitent directement le d\u00e9ploiement d&rsquo;algorithmes mentaux d&rsquo;induction et de d\u00e9duction logique, o\u00f9 le sujet doit identifier les r\u00e8gles sous-jacentes r\u00e9gissant la variation horizontale et verticale des stimuli g\u00e9om\u00e9triques.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;introduction et l&rsquo;\u00e9tude des d\u00e9marches algorithmiques s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 de multiples branches de la pratique psychologique contemporaine :<\/p>\n<p><strong>En psychologie clinique et psychiatrie computationnelle :<\/strong> L&rsquo;approche algorithmique structure d\u00e9sormais les syst\u00e8mes de diagnostic d&rsquo;aide informatis\u00e9e. L&rsquo;utilisation d&rsquo;arbres d\u00e9cisionnels algorithmiques bas\u00e9s sur les crit\u00e8res du DSM-5 ou de la CIM-11 permet de guider l&rsquo;entretien clinique standardis\u00e9, r\u00e9duisant significativement la variabilit\u00e9 inter-\u00e9valuateurs. En outre, le d\u00e9veloppement d&rsquo;algorithmes de traitement du signal de la voix et des expressions faciales permet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;identifier des biomarqueurs comportementaux pr\u00e9coces de la d\u00e9pression majeure ou des d\u00e9compensations psychotiques.<\/p>\n<p><strong>En psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) :<\/strong> Les protocoles th\u00e9rapeutiques s&rsquo;inspirent explicitement de structures algorithmiques. La restructuration cognitive enseigne au patient une s\u00e9quence formalis\u00e9e et reproductible d&rsquo;\u00e9tapes d&rsquo;auto-questionnement : identification de la situation activatrice $<br \/>\nightarrow$ rep\u00e9rage de la pens\u00e9e automatique $<br \/>\nightarrow$ d\u00e9tection des distorsions cognitives $<br \/>\nightarrow$ recherche de preuves contraires $<br \/>\nightarrow$ formulation d&rsquo;une pens\u00e9e alternative \u00e9quilibr\u00e9e. Cette d\u00e9marche substitue un algorithme m\u00e9tacognitif explicite aux automatismes \u00e9motionnels dysfonctionnels et anxiog\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>En psychologie du travail et des organisations :<\/strong> Les algorithmes de s\u00e9lection et de recrutement automatis\u00e9 analysent les profils de comp\u00e9tences, les tests de personnalit\u00e9 et les parcours professionnels pour pr\u00e9dire la r\u00e9ussite au poste et l&rsquo;ad\u00e9quation organisationnelle. Bien que prometteurs pour standardiser les recrutements, ils soul\u00e8vent des imp\u00e9ratifs \u00e9thiques concernant la reproduction involontaire de biais discriminatoires pr\u00e9sents dans les donn\u00e9es d&rsquo;apprentissage historiques.<\/p>\n<p><strong>En ergonomie cognitive et design d&rsquo;interaction :<\/strong> L&rsquo;analyse algorithmique des flux de travail mentaux permet d&rsquo;optimiser les interfaces homme-machine (mod\u00e8les GOMS : <em>Goals, Operators, Methods, Selection rules<\/em>). L&rsquo;ergonome mod\u00e9lise la charge cognitive requise par les algorithmes mentaux de l&rsquo;op\u00e9rateur humain afin de concevoir des postes de commande (a\u00e9ronautique, nucl\u00e9aire, m\u00e9decine d&rsquo;urgence) r\u00e9duisant le risque de saturation m\u00e9morielle sous stress aigu.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es scientifiques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique en psychologie cognitive et exp\u00e9rimentale abonde en travaux empiriques examinant l&rsquo;interaction entre la pens\u00e9e humaine et les processus algorithmiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des axes les plus robustes d\u00e9coule des travaux pionniers de Paul Meehl (1954), prolong\u00e9s par les m\u00e9ta-analyses contemporaines de Grove et Meehl (1996) ainsi que de Dawes, Faust et Meehl (1989). En comparant syst\u00e9matiquement les pr\u00e9dictions cliniques (jugements subjectifs d&rsquo;experts fond\u00e9s sur des entretiens et des observations) aux pr\u00e9dictions m\u00e9caniques ou algorithmiques (\u00e9quations de r\u00e9gression combinant des pr\u00e9dicteurs objectifs), les chercheurs ont constat\u00e9 que l&rsquo;algorithme surpasse ou \u00e9gale le jugement humain dans environ 90 % \u00e0 95 % des cas, dans des domaines aussi divers que la r\u00e9cidive criminelle, la r\u00e9ussite universitaire ou le diagnostic psychiatrique. La sup\u00e9riorit\u00e9 algorithmique r\u00e9side dans la constance : l&rsquo;algorithme n&rsquo;est soumis ni \u00e0 la fatigue, ni aux fluctuations d&rsquo;humeur, ni aux biais de repr\u00e9sentativit\u00e9, ni au sur-poids accord\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements rares r\u00e9cents.<\/p>\n<p>Dans le domaine du raisonnement probabiliste, les travaux de Gerd Gigerenzer et de son \u00e9quipe ont explor\u00e9 empiriquement ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;\u00ab algorithme adaptatif \u00bb (ou heuristique rapide et frugale). Gigerenzer a d\u00e9montr\u00e9 que, dans des environnements incertains et changeants, des algorithmes de d\u00e9cision non compensatoires et simplifi\u00e9s (comme l&rsquo;algorithme <em>Take-The-Best<\/em>, qui ne consulte qu&rsquo;un seul indice discriminant avant de trancher) peuvent rivaliser avec, voire surpasser, des algorithmes statistiques complexes et exhaustifs comme les r\u00e9gressions multiples, en vertu du compromis biais-variance. Ces donn\u00e9es d\u00e9montrent que le cerveau humain a \u00e9volu\u00e9 pour utiliser des heuristiques qui sont elles-m\u00eames des algorithmes \u00e9cologiques optimis\u00e9s pour la survie.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, les \u00e9tudes en neuro-imagerie fonctionnelle men\u00e9es notamment par Stanislas Dehaene ont \u00e9clair\u00e9 les bases c\u00e9r\u00e9brales du calcul algorithmique s\u00e9quentiel chez l&rsquo;\u00eatre humain. L&rsquo;apprentissage du calcul arithm\u00e9tique ou de la syntaxe du langage met en jeu un r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral sp\u00e9cifique impliquant le sillon intrapari\u00e9tal, le cortex pr\u00e9frontal inf\u00e9rieur et les aires motrices suppl\u00e9mentaires, orchestrant le d\u00e9roulement pas-\u00e0-pas des instructions internes et la d\u00e9tection d&rsquo;erreurs en temps r\u00e9el.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La primaut\u00e9 accord\u00e9e au raisonnement algorithmique n&rsquo;est pas uniforme \u00e0 travers les cultures humaines et r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;importantes variations sociocognitives.<\/p>\n<p>Les recherches en psychologie interculturelle, en particulier celles men\u00e9es par Richard Nisbett et ses coll\u00e8gues sur la g\u00e9ographie de la pens\u00e9e, soulignent une divergence marqu\u00e9e entre les styles cognitifs dits \u00ab analytiques \u00bb et \u00ab holistiques \u00bb. Les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, h\u00e9riti\u00e8res de la logique aristot\u00e9licienne et de la tradition cart\u00e9sienne, ont institutionnalis\u00e9 une valorisation de la pens\u00e9e analytique et algorithmique. Dans ces contextes, la r\u00e9solution de probl\u00e8mes valorise l&rsquo;isolement de r\u00e8gles abstraites universelles, la cat\u00e9gorisation stricte des objets selon des propri\u00e9t\u00e9s n\u00e9cessaires et suffisantes, et la d\u00e9composition s\u00e9quentielle lin\u00e9aire des t\u00e2ches.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, de nombreuses traditions cognitives d&rsquo;Asie orientale privil\u00e9gient un style de pens\u00e9e holistique, caract\u00e9ris\u00e9 par une attention globale port\u00e9e aux relations dialectiques entre les composantes, au contexte situationnel mouvant et \u00e0 la tol\u00e9rance pour la contradiction apparente. Dans ces cadres socioculturels, forcer une d\u00e9cision au sein d&rsquo;un algorithme binaire et rigide peut \u00eatre per\u00e7u comme artificiel, insuffisant ou r\u00e9ducteur face \u00e0 la fluidit\u00e9 et \u00e0 la complexit\u00e9 des dynamiques humaines et relationnelles.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, \u00e0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique contemporaine, l&rsquo;omnipr\u00e9sence des algorithmes de recommandation (r\u00e9seaux sociaux, moteurs de recherche) engendre des ph\u00e9nom\u00e8nes psychosociaux in\u00e9dits : \u00ab bulles de filtres \u00bb cognitives, renforcement du biais de confirmation et alt\u00e9ration des dynamiques d&rsquo;attention collective. Ces syst\u00e8mes ext\u00e9riorisent une part croissante de nos choix d\u00e9lib\u00e9ratifs, induisant des changements profonds dans la fa\u00e7on dont les individus construisent leur identit\u00e9 sociale, valident leurs croyances et exercent leur esprit critique au quotidien.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le statut de l&rsquo;algorithme fait l&rsquo;objet de vives contestations \u00e9pist\u00e9mologiques, cliniques et ph\u00e9nom\u00e9nologiques au sein de la discipline psychologique.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des critiques th\u00e9oriques les plus c\u00e9l\u00e8bres provient du philosophe John Searle et de son exp\u00e9rience de pens\u00e9e de la \u00ab Chambre Chinoise \u00bb (1980). Searle argumente que l&rsquo;ex\u00e9cution parfaite d&rsquo;un algorithme syntaxique ne constitue pas une preuve de compr\u00e9hension ou d&rsquo;esprit v\u00e9ritable. Une personne anglophone enferm\u00e9e dans une pi\u00e8ce et manipulant m\u00e9caniquement des symboles chinois selon un livre de r\u00e8gles algorithmiques complexes peut fournir des r\u00e9ponses parfaitement sens\u00e9es \u00e0 un observateur ext\u00e9rieur sans comprendre un seul mot de chinois. Pour Searle, l&rsquo;algorithme manipule la syntaxe, mais demeure aveugle \u00e0 la s\u00e9mantique et \u00e0 l&rsquo;intentionnalit\u00e9 consciente intrins\u00e8que aux \u00e9tats mentaux humains.<\/p>\n<p>Dans la pratique clinique, le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab aversion pour l&rsquo;algorithme \u00bb (<em>algorithm aversion<\/em>), identifi\u00e9 et \u00e9tudi\u00e9 par Dietvorst, Simmons et Massey (2015), constitue une limite psychologique majeure \u00e0 l&rsquo;adoption des outils m\u00e9canis\u00e9s. Les chercheurs ont montr\u00e9 que les individus, y compris les professionnels de sant\u00e9 mentale, pardonnent beaucoup plus facilement une erreur commise par un praticien humain qu&rsquo;une erreur d&rsquo;amplitude \u00e9quivalente commise par un algorithme. Cette r\u00e9sistance psychologique s&rsquo;enracine dans la croyance en l&rsquo;unicit\u00e9 clinique du patient et dans une m\u00e9fiance instinctive envers les syst\u00e8mes per\u00e7us comme des \u00ab bo\u00eetes noires \u00bb d\u00e9nu\u00e9es d&#8217;empathie et de flexibilit\u00e9 humaniste.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan psychopathologique, l&rsquo;hyper-algorithmisation cognitive peut devenir une source de souffrance. Dans le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">trouble obsessionnel compulsif<\/a> (TOC) ou le trouble de la personnalit\u00e9 obsessionnelle-compulsive, le patient s&rsquo;enferme dans des s\u00e9quences rigides, formalis\u00e9es et it\u00e9ratives de rituels mentaux ou comportementaux visant \u00e0 conjurer l&rsquo;angoisse. Cette rigidit\u00e9 algorithmique pathologique abolit toute souplesse adaptative face aux al\u00e9as de la vie, illustrant le fait que l&rsquo;adh\u00e9sion dogmatique et inflexible \u00e0 la r\u00e8gle algorithmique peut devenir le fossoyeur de la sant\u00e9 psychologique.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9limiter rigoureusement le concept d&rsquo;algorithme, il est imp\u00e9ratif de le comparer \u00e0 plusieurs notions voisines du champ psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Heuristique :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;algorithme qui applique une proc\u00e9dure syst\u00e9matique garantissant math\u00e9matiquement une solution exacte, l&rsquo;heuristique est un raccourci mental probabiliste, pragmatique et incomplet. Elle sacrifie la pr\u00e9cision et la garantie d&rsquo;optimalit\u00e9 au profit de la rapidit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution et de l&rsquo;\u00e9conomie de ressources cognitives.<\/li>\n<li><strong>Programme moteur :<\/strong> En psychologie motrice et en neurosciences, un programme moteur est une structure de commande neuronale pr\u00e9programm\u00e9e qui organise \u00e0 l&rsquo;avance une s\u00e9quence d&rsquo;actions musculaires coordonn\u00e9es (par exemple, le mouvement de frappe au tennis). Alors que l&rsquo;algorithme cognitif rel\u00e8ve du traitement symbolique conscient ou computationnel abstrait, le programme moteur s&rsquo;incarne dans les automatismes sensori-moteurs sous-corticaux et c\u00e9r\u00e9belleux.<\/li>\n<li><strong>R\u00e8gle de production :<\/strong> Dans les architectures cognitives (telles que ACT-R de John Anderson), une r\u00e8gle de production est une unit\u00e9 unitaire de connaissance proc\u00e9durale formul\u00e9e sous la forme \u00ab Condition $<br \/>\nightarrow$ Action \u00bb. Un algorithme se compose d&rsquo;un ensemble ordonn\u00e9 et structur\u00e9 de telles r\u00e8gles de production assembl\u00e9es dans un but global.<\/li>\n<li><strong>Script (ou sc\u00e9nario cognitif) :<\/strong> Introduit par Schank et Abelson, le script est un sch\u00e9ma mn\u00e9sique d\u00e9crivant la suite chronologique d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s attendus dans un contexte social familier (ex. \u00ab le script du restaurant \u00bb). Contrairement \u00e0 l&rsquo;algorithme, le script admet une flexibilit\u00e9 substantielle, tol\u00e8re des omissions et refl\u00e8te des attentes normatives plut\u00f4t qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 logique absolue.<\/li>\n<li><strong>Intuition :<\/strong> Mode de connaissance imm\u00e9diate qui acc\u00e8de directement \u00e0 une conclusion ou \u00e0 une impression sans conscience des \u00e9tapes discursives de calcul ou de d\u00e9duction logique, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 absolu de la transparence s\u00e9quentielle de l&rsquo;algorithme.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;algorithme en psychologie et en sciences comportementales repr\u00e9sente \u00e0 la fois un id\u00e9al normatif de rationalit\u00e9 formelle, un mod\u00e8le d&rsquo;architecture computationnelle de l&rsquo;esprit et un instrument m\u00e9thodologique central pour l&rsquo;\u00e9valuation et la clinique :<\/p>\n<ul>\n<li>Un algorithme se d\u00e9finit comme une s\u00e9quence finie, standardis\u00e9e et univoque d&rsquo;op\u00e9rations garantissant une solution exacte \u00e0 un probl\u00e8me donn\u00e9, contrastant diam\u00e9tralement avec l&rsquo;heuristique intuitive.<\/li>\n<li>Dans l&rsquo;histoire des sciences cognitives, il a servi de m\u00e9taphore fondatrice (l&rsquo;esprit comme ordinateur de Turing manipulant des symboles) et constitue le niveau algorithmique fondamental d\u00e9crit par David Marr entre th\u00e9orie abstraite et biologie c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li>Sur le plan de la d\u00e9cision clinique et psychom\u00e9trique, les r\u00e8gles algorithmiques surpassent syst\u00e9matiquement les jugements intuitifs humains en \u00e9liminant les biais cognitifs, le bruit al\u00e9atoire et l&rsquo;inconstance temporelle des \u00e9valuateurs.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00eatre humain dispose d&rsquo;une capacit\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e algorithmique via les fonctions ex\u00e9cutives et le Syst\u00e8me 2 d\u00e9lib\u00e9ratif, bien que ce mode de pens\u00e9e demeure cognitivement lourd, \u00e9nergivore et naturellement restreint par les limites de notre m\u00e9moire de travail.<\/li>\n<li>L&rsquo;adh\u00e9sion rigide \u00e0 des r\u00e8gles algorithmiques trouve ses limites dans les contextes hautement incertains et peut, sous forme pathologique, engendrer les sch\u00e9mas comportementaux obsessionnels et inflexibles.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Dawes, R. M., Faust, D., &amp; Meehl, P. E. (1989). Clinical versus actuarial judgment. <em>Science<\/em>, 243(4899), 1668-1674. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2648573\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.2648573<\/a><\/li>\n<li>Gigerenzer, G., &amp; Gaissmaier, W. (2011). Heuristic decision making. <em>Annual Review of Psychology<\/em>, 62, 451-482. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-psych-120709-145346\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-psych-120709-145346<\/a><\/li>\n<li>Kahneman, D. (2011). <em>Thinking, fast and slow<\/em>. Farrar, Straus and Giroux.<\/li>\n<li>Marr, D. (1982). <em>Vision: A computational investigation into the human representation and processing of visual information<\/em>. W. H. Freeman.<\/li>\n<li>Meehl, P. E. (1954). <em>Clinical versus statistical prediction: A theoretical analysis and a review of the evidence<\/em>. University of Minnesota Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/11281-000\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/11281-000<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la d\u00e9finition approfondie de l&rsquo;algorithme en psychologie cognitive, psychom\u00e9trie et sciences du comportement : rationalit\u00e9, calcul mental et aide \u00e0 la d\u00e9cision.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,2,1486],"tags":[9777,24857,10486,176,93,16,11111],"class_list":["post-20051","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychometrie","category-sciences-cognitives","tag-algorithme","tag-computationnalisme","tag-heuristique","tag-prise-de-decision","tag-psychologie-cognitive","tag-psychometrie","tag-rationalite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20051\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}