{"id":20024,"date":"2026-10-23T05:15:02","date_gmt":"2026-10-23T05:15:02","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=myopathie-alcoolique-impact-neuromusculaire"},"modified":"2026-10-23T05:15:02","modified_gmt":"2026-10-23T05:15:02","slug":"myopathie-alcoolique-impact-neuromusculaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=myopathie-alcoolique-impact-neuromusculaire","title":{"rendered":"Myopathie alcoolique : Ravages musculaires de l&rsquo;\u00e9thylisme"},"content":{"rendered":"<p>La consommation chronique et excessive d&rsquo;\u00e9thanol induit des alt\u00e9rations syst\u00e9miques d\u00e9vastatrices qui d\u00e9passent largement les sph\u00e8res h\u00e9patique et c\u00e9r\u00e9brale traditionnellement document\u00e9es dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale. Au carrefour de la toxicologie, de la neurologie et de la psychiatrie des addictions, la <strong>myopathie alcoolique<\/strong> constitue l&rsquo;une des complications neuromusculaires les plus r\u00e9pandues mais paradoxalement les plus sous-diagnostiqu\u00e9es chez les personnes pr\u00e9sentant un trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool. Cette affection invalidante d\u00e9grade profond\u00e9ment l&rsquo;appareil locomoteur, \u00e9rode l&rsquo;autonomie fonctionnelle du patient et alt\u00e8re dramatiquement sa qualit\u00e9 de vie psychologique et relationnelle.<\/p>\n<h2>Myopathie alcoolique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>myopathie alcoolique<\/strong> d\u00e9signe une atteinte toxique directe et indirecte du tissu musculaire stri\u00e9 squelettique, provoqu\u00e9e par l&rsquo;exposition prolong\u00e9e ou massive \u00e0 l&rsquo;\u00e9thanol et \u00e0 ses m\u00e9tabolites interm\u00e9diaires. Elle se manifeste principalement sous deux formes distinctes : une variante chronique progressive caract\u00e9ris\u00e9e par une atrophie et une faiblesse insidieuse des ceintures musculaires proximales, et une variante aigu\u00eb fulgurante associ\u00e9e \u00e0 une n\u00e9crose cellulaire, des myalgies s\u00e9v\u00e8res et un risque l\u00e9tal de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rhabdomyolyse\">rhabdomyolyse<\/a>.<\/p>\n<p>Sur le plan histologique et biochimique, ce d\u00e9sordre neuromusculaire se d\u00e9finit par une rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie prot\u00e9ique intramusculaire, marqu\u00e9e par une inhibition drastique de la synth\u00e8se prot\u00e9ique translationnelle et une exacerbation des voies prot\u00e9olytiques. Contrairement aux neuropathies p\u00e9riph\u00e9riques d&rsquo;origine carentielle qui accompagnent fr\u00e9quemment le tableau clinique de l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance, la myopathie alcoolique affecte de mani\u00e8re intrins\u00e8que la machinerie contractile des myocytes, pr\u00e9f\u00e9rentiellement au niveau des fibres de type II dites glycolytiques ou rapides.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychiatrique et addictologique, cette pathologie incarne l&rsquo;interaction pernicieuse entre la d\u00e9t\u00e9rioration somatique induite par la substance et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique du sujet. La r\u00e9duction progressive des capacit\u00e9s motrices renforce le sentiment d&rsquo;impuissance, majore l&rsquo;isolement social et aggrave le cercle vicieux de la consommation addictive comme strat\u00e9gie inadapt\u00e9e d&rsquo;autom\u00e9dication contre la douleur physique et la d\u00e9tresse psychologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable <em>myopathie<\/em> puise ses racines dans le grec ancien. Il est constitu\u00e9 de l&rsquo;agglutination de deux \u00e9tymons fondamentaux : d&rsquo;une part, <em>mys<\/em> (\u03bc\u1fe6\u03c2), g\u00e9nitif <em>myos<\/em> (\u03bc\u03c5\u03cc\u03c2), qui d\u00e9signait initialement la souris en raison de la similitude visuelle entre le glissement d&rsquo;un rongeur sous la peau et le renflement d&rsquo;un muscle en contraction ; d&rsquo;autre part, <em>patheia<\/em> (\u03c0\u03ac\u03b8\u03b5\u03b9\u03b1), d\u00e9riv\u00e9 de <em>pathos<\/em> (\u03c0\u03ac\u03b8\u03bf\u03c2), signifiant la souffrance, l&rsquo;affection, l&rsquo;\u00e9preuve passive ou la maladie. La combinaison savante <em>myopathia<\/em> s&rsquo;est formalis\u00e9e au XIXe si\u00e8cle dans le lexique m\u00e9dical europ\u00e9en pour d\u00e9signer toute anomalie structurelle ou fonctionnelle intrins\u00e8que du muscle stri\u00e9 en dehors des anomalies primitives de la commande nerveuse motrice.<\/p>\n<p>Le qualificatif <em>alcoolique<\/em> d\u00e9coule du mot <em>alcool<\/em>, transposition lexicale de l&rsquo;arabe m\u00e9di\u00e9val <em>al-kohl<\/em> (\u0627\u0644\u0643\u062d\u0644), qui d\u00e9signait \u00e0 l&rsquo;origine une poudre min\u00e9rale tr\u00e8s fine d&rsquo;antimoine utilis\u00e9e comme collyre et fard cosm\u00e9tique. Par glissements successifs op\u00e9r\u00e9s par les alchimistes de la Renaissance, notamment sous l&rsquo;impulsion de Paracelse, le terme en est venu \u00e0 d\u00e9signer l&rsquo;essence quintessenci\u00e9e, purifi\u00e9e ou distill\u00e9e de toute mati\u00e8re organique, avant de s&rsquo;appliquer sp\u00e9cifiquement \u00e0 \u00ab l&rsquo;esprit-de-vin \u00bb, l&rsquo;\u00e9thanol. L&rsquo;adjonction de l&rsquo;adjectif au substantif m\u00e9dical s&rsquo;est cristallis\u00e9e dans la litt\u00e9rature clinique moderne pour sp\u00e9cifier l&rsquo;\u00e9tiologie toxique directe de cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence tissulaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du syntagme dans la nosographie neurologique contemporaine remonte aux observations pionni\u00e8res du milieu du XXe si\u00e8cle, moment o\u00f9 la communaut\u00e9 scientifique a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9tacher formellement les sympt\u00f4mes myopathiques des polyn\u00e9vrites nutritionnelles d&rsquo;origine b\u00e9rib\u00e9rique li\u00e9es au d\u00e9ficit en vitamine B1 (thiamine).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>\/mj\u0254.pa.ti al.k\u0254.lik\/<\/strong>. Sur le plan structural, le terme <em>myopathie<\/em> est un nom commun f\u00e9minin singulier (pluriel : <em>myopathies alcooliques<\/em>), dot\u00e9 d&rsquo;une voyelle atone finale et d&rsquo;un accent aigu sur la premi\u00e8re syllabe renfor\u00e7ant sa clart\u00e9 prosodique.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif <em>alcoolique<\/em> fonctionne comme un modificateur relationnel postpos\u00e9 invariable en genre mais s&rsquo;accordant en nombre. Dans les contextes m\u00e9dicaux et psychiatriques contemporains, certains praticiens et chercheurs privil\u00e9gient les p\u00e9riphrases nosologiques telles que \u00ab myopathie induite par l&rsquo;alcool \u00bb ou \u00ab myopathie li\u00e9e \u00e0 un trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool \u00bb afin d&rsquo;\u00e9viter la stigmatisation inh\u00e9rente au vocable \u00ab alcoolique \u00bb, tout en pr\u00e9servant l&rsquo;exactitude s\u00e9mantique n\u00e9cessaire \u00e0 la communication scientifique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La myopathie alcoolique repr\u00e9sente l&rsquo;une des affections musculaires acquises les plus pr\u00e9valentes dans le monde industrialis\u00e9, touchant approximativement quarante \u00e0 soixante pour cent des personnes pr\u00e9sentant un abus chronique et s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;alcool. Malgr\u00e9 cette fr\u00e9quence \u00e9pid\u00e9miologique alarmante, le concept souffre d&rsquo;une invisibilit\u00e9 paradoxale en pratique clinique courante en raison de son installation insidieuse, de la superposition fr\u00e9quente d&rsquo;une neuropathie p\u00e9riph\u00e9rique sous-jacente et de la tendance des patients \u00e0 rationaliser leur affaiblissement physique par une simple fatigue g\u00e9n\u00e9rale ou les effets du vieillissement.<\/p>\n<p>Le substrat physiopathologique de la forme chronique repose sur un d\u00e9s\u00e9quilibre biochimique prolong\u00e9. L&rsquo;\u00e9thanol et son m\u00e9tabolite d&rsquo;oxydation primaire, l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde, exercent des effets cytotoxiques directs sur le tissu musculaire squelettique. Le m\u00e9canisme cardinal implique une diminution majeure du taux de synth\u00e8se prot\u00e9ique musculaire, qui peut chuter de vingt \u00e0 trente pour cent apr\u00e8s une exposition soutenue. Ce d\u00e9ficit translationnel d\u00e9coule principalement d&rsquo;une perturbation de la voie de signalisation intracellulaire mTOR (<em>mammalian target of rapamycin<\/em>), essentielle \u00e0 l&rsquo;initiation de la traduction ribosomique et au maintien de la trophicit\u00e9 cellulaire.<\/p>\n<p>Concomitamment \u00e0 ce ralentissement anabolique, on observe une activation d\u00e9l\u00e9t\u00e8re des voies du catabolisme prot\u00e9ique, notamment le syst\u00e8me ubiquitine-prot\u00e9asome et les processus d&rsquo;autophagie non r\u00e9gul\u00e9e. Les radicaux libres de l&rsquo;oxyg\u00e8ne, produits massivement lors de l&rsquo;oxydation de l&rsquo;\u00e9thanol par le cytochrome P450 2E1 (CYP2E1), provoquent une p\u00e9roxydation lipidique des membranes des myocytes, endommagent l&rsquo;ADN mitochondrial et alt\u00e8rent les complexes de la cha\u00eene respiratoire. La d\u00e9pl\u00e9tion cons\u00e9cutive en ad\u00e9nosine triphosphate (ATP) prive la cellule contractile de l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire au fonctionnement des pompes ioniques sodium-potassium et calcium-ATPase, d\u00e9sorganisant l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9lectrolytique.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sordre cellulaire frappe de mani\u00e8re asym\u00e9trique les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de fibres musculaires. Les fibres de type IIb et IIx (fibres glycolytiques \u00e0 contraction rapide), dot\u00e9es d&rsquo;une capacit\u00e9 oxydative moindre et d&rsquo;un m\u00e9tabolisme prot\u00e9ique plus sensible aux agressions toxiques, subissent une atrophie \u00e9lective marqu\u00e9e. Les fibres de type I (fibres oxydatives lentes, riches en myoglobine et mitochondries) demeurent relativement \u00e9pargn\u00e9es durant les phases initiales. Cette s\u00e9lectivit\u00e9 explique la ph\u00e9nom\u00e9nologie clinique de la maladie : le patient conserve une endurance posturale de base mais perd la puissance motrice explosive requise pour monter des marches, se relever d&rsquo;une chaise basse ou soulever des charges au-dessus du plan des \u00e9paules.<\/p>\n<p>La forme aigu\u00eb, quant \u00e0 elle, proc\u00e8de d&rsquo;une n\u00e9crose myocytaire massive cons\u00e9cutive \u00e0 des \u00e9pisodes d&rsquo;intoxication massive (\u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Binge_drinking\">binge drinking<\/a> \u00bb) ou \u00e0 un coma prolong\u00e9 avec compression musculaire m\u00e9canique prolong\u00e9e. Les membranes cellulaires se rompent, lib\u00e9rant des quantit\u00e9s massives de myoglobine, de cr\u00e9atine phosphokinase (CPK) et d&rsquo;\u00e9lectrolytes intracellulaires comme le potassium dans la circulation sanguine. Cette surcharge myoglobin\u00e9mique d\u00e9passe les capacit\u00e9s de liaison de l&rsquo;haptoglobine, pr\u00e9cipite dans les tubules r\u00e9naux sous forme de cylindres pigment\u00e9s et induit une toxicit\u00e9 tubulaire directe potentialis\u00e9e par la d\u00e9shydratation, d\u00e9bouchant sur une insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb mena\u00e7ant le pronostic vital.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification de l&rsquo;atteinte musculaire chez le buveur d&rsquo;habitude a longtemps \u00e9t\u00e9 oblit\u00e9r\u00e9e par la d\u00e9couverte, au XIXe si\u00e8cle, des alt\u00e9rations du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique. Durant des d\u00e9cennies, toute faiblesse musculaire observ\u00e9e chez un individu alcoolod\u00e9pendant \u00e9tait imput\u00e9e sans nuance \u00e0 une polyn\u00e9vrite alcoolique ou \u00e0 la \u00ab paralysie alcoolique \u00bb d\u00e9crite par des ali\u00e9nistes et neurologues de l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise et britannique, \u00e0 l&rsquo;instar de James Jackson en 1822 ou de Robert Bentley Todd au milieu du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1950 gr\u00e2ce aux travaux du m\u00e9decin su\u00e9dois Carl-Magnus Hed et de ses collaborateurs (1955). Ces cliniciens ont d\u00e9crit des tableaux inexpliqu\u00e9s de myoglobinurie paroxystique et de douleurs musculaires aigu\u00ebs survenant chez des patients hospitalis\u00e9s pour intoxication alcoolique massive, en l&rsquo;absence de compression traumatique externe identifiable. Ces publications ont apport\u00e9 la preuve formelle que le muscle stri\u00e9 constituait une cible autonome de la toxicit\u00e9 \u00e9thanolique ind\u00e9pendante des axones moteurs.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, le neurologue am\u00e9ricain George T. Perkoff et son \u00e9quipe ont structur\u00e9 la nosographie de l&rsquo;affection en diff\u00e9renciant formellement l&rsquo;entit\u00e9 aigu\u00eb rhabdomyolytique de l&rsquo;entit\u00e9 chronique insidieuse. \u00c0 travers des s\u00e9ries biopsiques rigoureuses et des dosages enzymatiques de la cr\u00e9atine kinase s\u00e9rique, Perkoff a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;atrophie musculaire proximale survenait chez une proportion consid\u00e9rable de consommateurs r\u00e9guliers, m\u00eame en l&rsquo;absence de polyn\u00e9vrite clinique patente ou de d\u00e9nutrition prot\u00e9ino-\u00e9nerg\u00e9tique majeure.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1980 et 1990, des chercheurs comme Victor R. Preedy et Timothy J. Peters au Royaume-Uni ont diss\u00e9qu\u00e9 les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires intimes de la maladie. Leurs exp\u00e9rimentations rigoureuses sur des mod\u00e8les animaux et des lign\u00e9es cellulaires humaines ont permis d&rsquo;isoler l&rsquo;impact cytotoxique direct de l&rsquo;\u00e9thanol sur la synth\u00e8se de l&rsquo;actine et de la myosine, dissociant ainsi d\u00e9finitivement la myopathie alcoolique des simples d\u00e9ficits vitaminiques en thiamine ou en pyridoxine. Au XXIe si\u00e8cle, la recherche s&rsquo;est orient\u00e9e vers la g\u00e9nomique fonctionnelle, l&rsquo;impact de l&rsquo;inflammation syst\u00e9mique de bas grade issue de la translocation bact\u00e9rienne intestinale et la d\u00e9r\u00e9gulation des myokines, inscrivant la pathologie dans un dialogue complexe corps-esprit.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine de la myopathie alcoolique s&rsquo;articule autour de plusieurs paradigmes th\u00e9oriques interconnect\u00e9s issus de la m\u00e9decine mol\u00e9culaire, des neurosciences et de la psychologie de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le toxicologique direct postule que la toxicit\u00e9 du solvant \u00e9thanolique d\u00e9stabilise la fluidit\u00e9 des bicouches lipidiques du sarcolemme et du r\u00e9ticulum sarcoplasmique. Selon cette approche, l&rsquo;alt\u00e9ration de la pompe SERCA (<em>Sarco\/Endoplasmic Reticulum Ca2+-ATPase<\/em>) entra\u00eene une fuite continue de calcium dans le cytosol myocytaire. Cette surcharge calcique active de fa\u00e7on inappropri\u00e9e les prot\u00e9ases cytosoliques d\u00e9pendantes du calcium, notamment les calpa\u00efnes, qui hydrolysent les prot\u00e9ines du cytosquelette d&rsquo;ancrage (titine, n\u00e9buline) et les complexes dystrophine-glycoprot\u00e9ines, pr\u00e9cipitant la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence architecturale du sarcom\u00e8re.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le m\u00e9tabolique et endocrinien met l&rsquo;accent sur les perturbations hormonales globales induites par l&rsquo;alcoolod\u00e9pendance. L&rsquo;\u00e9thanol r\u00e9prime l&rsquo;axe somatotrope, r\u00e9duisant dramatiquement la s\u00e9cr\u00e9tion pulsatile d&rsquo;hormone de croissance (GH) et la synth\u00e8se h\u00e9patique et musculaire d&rsquo;<em>Insulin-like Growth Factor 1<\/em> (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Insulin-like_growth_factor\">IGF-1<\/a>). Cette baisse hormonale \u00e9touffe les signaux intracellulaires favorisant l&rsquo;anabolisme tout en augmentant la sensibilit\u00e9 tissulaire aux glucocortico\u00efdes circulants (cortisol), des st\u00e9ro\u00efdes catabolisants reconnus pour d\u00e9clencher l&rsquo;atrophie musculaire. Parall\u00e8lement, l&rsquo;hypogonadisme fr\u00e9quemment induit chez l&rsquo;homme par l&rsquo;\u00e9thylisme chronique abaisse les taux de testost\u00e9rone libre, privant le muscle de l&rsquo;un de ses stimulants trophiques les plus puissants.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le biopsychosocial et comportemental int\u00e8gre ces donn\u00e9es biologiques dans l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me global de la personne souffrant d&rsquo;une addiction. Selon ce cadre th\u00e9orique, la s\u00e9dentarit\u00e9 progressive, les troubles du comportement alimentaire (anorexie induite par l&rsquo;apport d&rsquo;\u00ab \u00e9nergies vides \u00bb via l&rsquo;alcool), le sentiment d&rsquo;abattement psychologique et les troubles d\u00e9pressifs majeurs agissent en synergie destructive avec le toxique chimique. La perte musculaire alt\u00e8re le sch\u00e9ma corporel, renforce les croyances d&rsquo;incomp\u00e9tence physique et perp\u00e9tue le cycle de d\u00e9tresse psychologique qui alimente la d\u00e9pendance.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique et pathologique de la myopathie alcoolique s&rsquo;ordonne selon plusieurs polarit\u00e9s nosologiques majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Myopathie alcoolique chronique (insidieuse) :<\/strong> Repr\u00e9sente plus de quatre-vingt-dix pour cent des atteintes musculaires li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alcool. Elle s&rsquo;installe sur plusieurs mois ou ann\u00e9es d&rsquo;impr\u00e9gnation \u00e9thylique r\u00e9guli\u00e8re. Elle se caract\u00e9rise par une fonte progressive bilat\u00e9rale et sym\u00e9trique des masses musculaires des ceintures pelvienne et scapulaire, une diminution progressive de la force d&rsquo;\u00e9jection motrice et l&rsquo;absence fr\u00e9quente de douleurs musculaires spontan\u00e9es durant les premiers stades.<\/li>\n<li><strong>Myopathie alcoolique aigu\u00eb n\u00e9crosante (rhabdomyolytique) :<\/strong> \u00c9v\u00e9nement m\u00e9dical s\u00e9v\u00e8re survenant brutalement apr\u00e8s un \u00e9pisode d&rsquo;alcoolisation aigu\u00eb massive ou lors d&rsquo;un sevrage brutal. Elle se manifeste par des tum\u00e9factions musculaires douloureuses pr\u00e9dominant sur les mollets et les cuisses, des crampes incoercibles, une impotence fonctionnelle totale et des urines de couleur \u00ab porto \u00bb ou \u00ab th\u00e9 fonc\u00e9 \u00bb r\u00e9v\u00e9latrices de la myoglobinurie.<\/li>\n<li><strong>Myopathie hypokali\u00e9mique aigu\u00eb r\u00e9versible :<\/strong> Forme sp\u00e9cifique d\u00e9clench\u00e9e par les d\u00e9sordres hydro-\u00e9lectrolytiques secondaires aux vomissements incoercibles, aux diarrh\u00e9es profuses ou aux d\u00e9r\u00e8glements tubulaires r\u00e9naux chez le consommateur d&rsquo;alcool. Elle associe une t\u00e9trapar\u00e9sie flasque ar\u00e9flexique rapidement r\u00e9versible apr\u00e8s restauration rigoureuse du pool potassique intracellulaire.<\/li>\n<li><strong>Dimension histopathologique s\u00e9lective :<\/strong> Pr\u00e9dominance absolue de l&rsquo;atrophie des fibres de type II (rapides), mise en \u00e9vidence par des colorations enzymatiques telles que l&rsquo;ATPase myofibrillaire ou la NADH-t\u00e9trazolium r\u00e9ductase, sans infiltration inflammatoire majeure, ce qui la distingue des myosites auto-immunes.<\/li>\n<li><strong>Dimension subclinique :<\/strong> Pr\u00e9sente chez une vaste cohorte d&rsquo;individus alcoolod\u00e9pendants asymptomatiques sur le plan subjectif, d\u00e9celable uniquement par dynamom\u00e9trie isocin\u00e9tique, imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique musculaire ou \u00e9chographie quantified montrant une perte de volume et une infiltration fibro-adipeuse pr\u00e9coce.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><em>Cas 1 : La forme chronique insidieuse.<\/em> Monsieur B., 52 ans, consultant dans un centre de soins, d&rsquo;accompagnement et de pr\u00e9vention en addictologie (CSAPA), rapporte une consommation quotidienne de 120 grammes d&rsquo;\u00e9thanol depuis plus de quinze ans. Depuis environ un an, il \u00e9prouve des difficult\u00e9s croissantes pour monter les escaliers menant \u00e0 son appartement au deuxi\u00e8me \u00e9tage sans s&rsquo;agripper fermement \u00e0 la rampe. Il mentionne \u00e9galement une incapacit\u00e9 progressive \u00e0 placer des valises dans les compartiments sup\u00e9rieurs d&rsquo;un train et \u00e0 se relever de ses toilettes sans l&rsquo;appui de ses bras. L&rsquo;examen physique r\u00e9v\u00e8le une fonte visible des quadriceps et des fessiers contrastant avec un volume des mollets relativement pr\u00e9serv\u00e9. Le signe du tabouret (incapacit\u00e9 de se relever de la position accroupie sans les mains) est nettement positif. Les enzymes CPK sont normales, mais l&rsquo;\u00e9lectromyogramme confirme un trac\u00e9 myog\u00e8ne riche en potentiels d&rsquo;action de courte dur\u00e9e et de faible amplitude dans les territoires proximaux.<\/p>\n<p><em>Cas 2 : La forme aigu\u00eb dramatique.<\/em> Madame V., 38 ans, souffrant d&rsquo;un trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool s\u00e9v\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9 par des \u00e9pisodes intermittents d&rsquo;alcoolisation paroxystique massive, est retrouv\u00e9e par des proches \u00e0 son domicile apr\u00e8s un week-end de binge drinking solitaire. Elle est confuse mais consciente, geignant d&rsquo;intenses douleurs diffuses aux cuisses et aux mollets, qui sont indur\u00e9s, chauds et \u0153d\u00e9mati\u00e9s \u00e0 la palpation. Ses urines recueillies par sonde sont de couleur brune fonc\u00e9e. Le bilan d&rsquo;urgence montre une hyperkali\u00e9mie \u00e0 6,4 mmol\/L et une \u00e9l\u00e9vation fulgurante des CPK s\u00e9riques \u00e0 45 000 UI\/L (soit plus de deux cents fois la limite sup\u00e9rieure de la normale), signant une rhabdomyolyse aigu\u00eb majeure avec d\u00e9faillance r\u00e9nale imminente n\u00e9cessitant une h\u00e9modialyse en r\u00e9animation.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>La d\u00e9marche diagnostique de la myopathie alcoolique requiert une d\u00e9marche clinique rigoureuse, compl\u00e9t\u00e9e par des examens biologiques, \u00e9lectrophysiologiques, iconographiques et parfois histologiques :<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique initiale s&rsquo;appuie sur le <em>Medical Research Council (MRC) Muscle Scale<\/em>, qui grade la force musculaire segmentaire de 0 (absence de contraction) \u00e0 5 (force normale contre r\u00e9sistance maximale). L&rsquo;examinateur recherche m\u00e9thodiquement un d\u00e9ficit de force pr\u00e9dominant sur les psoas, les quadriceps, les adducteurs de la cuisse, les delto\u00efdes et les biceps brachiaux. La marche dandinante ou la d\u00e9marche \u00ab en canard \u00bb signe la d\u00e9faillance des muscles pelvitrochant\u00e9riens.<\/p>\n<p>Les examens de laboratoire montrent, dans la forme chronique, des taux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cr%C3%A9atine_kinase\">cr\u00e9atine kinase<\/a> (CPK) souvent paradoxalement normaux ou seulement tr\u00e8s discr\u00e8tement augment\u00e9s, refl\u00e9tant une atrophie progressive sans lyse membranaire brutale. En revanche, dans la forme aigu\u00eb, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des CPK (isoforme CK-MM) est vertigineuse, accompagn\u00e9e d&rsquo;une hyperkali\u00e9mie, d&rsquo;une hyperphosphat\u00e9mie, d&rsquo;une hyperuric\u00e9mie et d&rsquo;une pr\u00e9sence massive de myoglobine urinaire mise en \u00e9vidence par bandelette r\u00e9active et dosage spectrophotom\u00e9trique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9lectromyographie (EMG) constitue un jalon d\u00e9cisif. Dans les muscles proximaux atteints, elle objective un profil purement myopathique : absence de potentiels de fibrillation au repos (sauf dans les n\u00e9croses aigu\u00ebs), potentiels d&rsquo;action d&rsquo;unit\u00e9 motrice (PAUM) de br\u00e8ve dur\u00e9e, polyphasiques et de faible amplitude lors de la contraction volontaire, avec un recrutement pr\u00e9coce et complet contrastant avec la faiblesse de la force d\u00e9velopp\u00e9e. L&rsquo;EMG permet simultan\u00e9ment d&rsquo;\u00e9valuer la conduction nerveuse sensitive et motrice distale afin de cartographier une \u00e9ventuelle polyn\u00e9vrite associ\u00e9e, fr\u00e9quemment intriqu\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) musculaire de l&rsquo;ensemble du corps (s\u00e9quences T1, T2 et Dixon) objective une perte volum\u00e9trique pr\u00e9f\u00e9rentielle des loges musculaires ant\u00e9rieures de la cuisse, coupl\u00e9e \u00e0 une infiltration graisseuse inter- et intra-myocytaire dans les formes chroniques, ou un hypersignal T2\/STIR diffus traduisant un \u0153d\u00e8me interstitiel inflammatoire dans les formes aigu\u00ebs rhabdomyolytiques.<\/p>\n<p>La biopsie musculaire, bien que non indispensable en premi\u00e8re intention, demeure l&rsquo;examen de r\u00e9f\u00e9rence en cas d&rsquo;incertitude diagnostique. Elle met en relief une atrophie hautement s\u00e9lective des fibres de type II avec conservation relative du diam\u00e8tre des fibres de type I, une absence d&rsquo;infiltrat lymphocytaire p\u00e9rivasculaire significatif et des d\u00e9p\u00f4ts lipidiques micro-v\u00e9siculaires intracytoplasmiques observables au rouge carmin ou \u00e0 l&rsquo;Oil Red O.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le versant addictologique et psychiatrique, la d\u00e9tection pr\u00e9coce de la myopathie alcoolique offre un levier motivationnel puissant lors des entretiens th\u00e9rapeutiques. De nombreux patients minimisent les risques h\u00e9patiques abstraits ou lointains, mais se r\u00e9v\u00e8lent hautement r\u00e9ceptifs \u00e0 l&rsquo;explication somatique de leur incapacit\u00e9 physique concr\u00e8te et quotidienne. R\u00e9v\u00e9ler au patient que sa perte de force n&rsquo;est pas une d\u00e9ch\u00e9ance irr\u00e9versible li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge mais une agression toxique r\u00e9versible ouvre une br\u00e8che constructive dans le d\u00e9ni de la d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>La prise en charge nutritionnelle et m\u00e9dicale globale doit intervenir imm\u00e9diatement d\u00e8s l&rsquo;instauration de l&rsquo;abstinence. L&rsquo;administration syst\u00e9matique de thiamine (vitamine B1) par voie parent\u00e9rale avant tout apport glucidique pr\u00e9vient l&rsquo;enc\u00e9phalopathie de Wernicke, tandis qu&rsquo;une suppl\u00e9mentation calorico-azot\u00e9e cibl\u00e9e (1,2 \u00e0 1,5 g\/kg\/jour de prot\u00e9ines de haute valeur biologique, acides amin\u00e9s branch\u00e9s comme la leucine) favorise la r\u00e9activation de la voie mTOR et la r\u00e9plication des cellules satellites indispensables \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des myofibrilles.<\/p>\n<p>Le versant r\u00e9\u00e9ducatif mobilise la masso-kin\u00e9sith\u00e9rapie et l&rsquo;activit\u00e9 physique adapt\u00e9e (APA). Des programmes d&rsquo;entra\u00eenement en r\u00e9sistance musculaire progressive contre charge mod\u00e9r\u00e9e, combin\u00e9s \u00e0 des exercices proprioceptifs, d\u00e9montrent une efficacit\u00e9 spectaculaire pour stimuler l&rsquo;hypertrophie des fibres de type II survivantes. Cette restauration motrice renforce le sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9, diminue les sympt\u00f4mes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression et consolide le maintien du sevrage alcoolique \u00e0 moyen et long termes.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es par Victor R. Preedy et ses collaborateurs au King&rsquo;s College de Londres ont repr\u00e9sent\u00e9 une perc\u00e9e d\u00e9terminante dans la quantification de la synth\u00e8se prot\u00e9ique musculaire sous \u00e9thanol. Leurs donn\u00e9es exp\u00e9rimentales ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;injection aigu\u00eb ou le gavage chronique d&rsquo;\u00e9thanol diminue le taux fractionnaire de synth\u00e8se prot\u00e9ique (fractional synthetic rate &#8211; FSR) de mani\u00e8re dose-d\u00e9pendante, jusqu&rsquo;\u00e0 35 % dans les muscles gastrocn\u00e9miens et plantaires, sans modifier de fa\u00e7on proportionn\u00e9e la synth\u00e8se prot\u00e9ique myocardique, d\u00e9montrant la sensibilit\u00e9 extraordinaire du muscle squelettique p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Des recherches fondamentales dirig\u00e9es par Charles H. Lang \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9tat de Pennsylvanie ont \u00e9lucid\u00e9 les rouages mol\u00e9culaires fins r\u00e9gissant cette suppression anabolique. Ses travaux ont prouv\u00e9 que l&rsquo;alcool inhibe la phosphorylation de la prot\u00e9ine p70S6 kinase (p70S6K) et de la prot\u00e9ine r\u00e9gulatrice 4E-BP1, deux effecteurs cl\u00e9s situ\u00e9s en aval du complexe mTORC1. L&rsquo;inhibition de la formation du complexe d&rsquo;initiation eIF4E-eIF4G emp\u00eache l&rsquo;assemblage des ribosomes le long des ARN messagers musculaires, verrouillant ainsi la n\u00e9osynth\u00e8se d&rsquo;actine et de myosine.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel humain, des \u00e9tudes de cohorte scandinaves et nord-am\u00e9ricaines ont quantifi\u00e9 la r\u00e9versibilit\u00e9 de ces alt\u00e9rations apr\u00e8s arr\u00eat total de la substance toxique. Les travaux longitudinaux ont document\u00e9 qu&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;abstinence rigoureuse de six \u00e0 douze mois permettait une r\u00e9cup\u00e9ration objective de la force musculaire de l&rsquo;ordre de 40 \u00e0 60 % chez la grande majorit\u00e9 des patients, corrobor\u00e9e par une normalisation partielle du calibre moyen des fibres de type II sur les biopsies de contr\u00f4le, \u00e0 condition qu&rsquo;une cirrhose h\u00e9patique terminale avec cachexie d\u00e9compens\u00e9e ne soit pas d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>La perception et la d\u00e9tection de la myopathie alcoolique fluctuent consid\u00e9rablement selon les normes culturelles de consommation et les st\u00e9r\u00e9otypes soci\u00e9taux attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9thylisme. Dans les cultures d&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9diterran\u00e9enne o\u00f9 la consommation r\u00e9guli\u00e8re de vin et de bi\u00e8re est banalis\u00e9e au sein de la sph\u00e8re conviviale, la faiblesse motrice est fr\u00e9quemment occult\u00e9e par le patient et son entourage sous les vocables euph\u00e9misants de \u00ab s\u00e9dentarit\u00e9 \u00bb, \u00ab rhumatismes \u00bb ou \u00ab manque de tonus \u00bb, diff\u00e9rant de plusieurs ann\u00e9es la consultation m\u00e9dicale sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Le genre introduit un gradient de vuln\u00e9rabilit\u00e9 clinique et sociale d&rsquo;une importance capitale. Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines confirment que les femmes d\u00e9veloppent une myopathie alcoolique plus rapidement et pour des doses cumulatives d&rsquo;alcool significativement plus faibles que les hommes. Cette sensibilit\u00e9 f\u00e9minine accrue d\u00e9coule d&rsquo;une plus faible proportion d&rsquo;eau corporelle totale, d&rsquo;une moindre activit\u00e9 de l&rsquo;alcool d\u00e9shydrog\u00e9nase (ADH) gastrique entra\u00eenant un pic d&rsquo;alcool\u00e9mie plus pr\u00e9coce, et d&rsquo;un environnement hormonal distinct modulant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress oxydatif.<\/p>\n<p>Sur le plan psychosocial, la stigmatisation attach\u00e9e \u00e0 la perte d&rsquo;autonomie motrice chez un sujet d\u00e9pendant aggrave le sentiment d&rsquo;indignit\u00e9 et la honte. Dans certains milieux socioprofessionnels valorisant la force physique et l&rsquo;endurance au travail (b\u00e2timent, m\u00e9tallurgie, milieu maritime), admettre une perte de force aux jambes ou aux \u00e9paules \u00e9quivaut \u00e0 un d\u00e9classement identitaire majeur, poussant l&rsquo;individu \u00e0 dissimuler son handicap par des strat\u00e9gies compensatoires d\u00e9l\u00e9t\u00e8res jusqu&rsquo;au point de rupture fonctionnelle irr\u00e9versible.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le d\u00e9bat \u00e9tiologique historique majeur a longtemps oppos\u00e9 les partisans de la \u00ab th\u00e9orie nutritionnelle \u00bb aux d\u00e9fenseurs de la \u00ab toxicit\u00e9 directe \u00bb. Pendant des d\u00e9cennies, de nombreux neurologues soutenaient que l&rsquo;atrophie musculaire des alcooliques r\u00e9sultait uniquement d&rsquo;une carence d&rsquo;apport en micronutriments (vitamines B, zinc, magn\u00e9sium) et d&rsquo;une sous-alimentation prot\u00e9ique g\u00e9n\u00e9rale. Bien que la d\u00e9nutrition aggrave incontestablement l&rsquo;\u00e9tat du patient, les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux o\u00f9 les animaux re\u00e7oivent des r\u00e9gimes isocaloriques parfaitement \u00e9quilibr\u00e9s suppl\u00e9ment\u00e9s en vitamines ont prouv\u00e9 de mani\u00e8re indiscutable la toxicit\u00e9 myocellulaire propre de l&rsquo;\u00e9thanol.<\/p>\n<p>Une controverse persistante concerne l&rsquo;intrication physiopathologique exacte entre la myopathie alcoolique et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuropathie_p%C3%A9riph%C3%A9rique\">neuropathie p\u00e9riph\u00e9rique<\/a> axonale d&rsquo;origine alcoolo-carentielle. \u00c9tant donn\u00e9 que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des patients atteints de myopathie pr\u00e9sentent \u00e9galement des signes \u00e9lectrophysiologiques de d\u00e9nervation motrice et sensitive distale, d\u00e9terminer quelle proportion de l&rsquo;atrophie proximale rel\u00e8ve d&rsquo;une myopathie vraie ou d&rsquo;une atrophie neurog\u00e8ne secondaire demeure un d\u00e9fi s\u00e9miologique r\u00e9current en clinique quotidienne.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00f4le respectif de l&rsquo;\u00e9thanol par rapport \u00e0 son premier m\u00e9tabolite tr\u00e8s r\u00e9actif, l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde, continue d&rsquo;alimenter les discussions scientifiques. Si l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde poss\u00e8de une cytotoxicit\u00e9 intrins\u00e8que sup\u00e9rieure en formant des adduits prot\u00e9iques stables qui d\u00e9naturent la structure sarcom\u00e9rique, certaines lign\u00e9es cellulaires d\u00e9pourvues d&rsquo;enzyme alcool d\u00e9shydrog\u00e9nase subissent n\u00e9anmoins une chute de synth\u00e8se prot\u00e9ique lorsqu&rsquo;elles sont incub\u00e9es avec de l&rsquo;\u00e9thanol pur, attestant que la mol\u00e9cule m\u00e8re et son m\u00e9tabolite exercent tous deux des actions d\u00e9l\u00e9t\u00e8res compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, plusieurs affections neuromusculaires doivent \u00eatre scrupuleusement distingu\u00e9es de la myopathie alcoolique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuropathie alcoolique :<\/strong> Atteinte axonale progressive du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique caract\u00e9ris\u00e9e par des paresth\u00e9sies en chaussettes ou en gants, une abolition des r\u00e9flexes achill\u00e9ens et une faiblesse pr\u00e9dominant sur les muscles distaux des membres inf\u00e9rieurs (releveurs du pied), contrastant avec la pr\u00e9dominance proximale (cuisses, hanches) de la myopathie alcoolique pure.<\/li>\n<li><strong>Polymyosite et dermatomyosite :<\/strong> Myopathies inflammatoires auto-immunes associ\u00e9es \u00e0 des infiltrats de lymphocytes cytotoxiques T CD8+ ou \u00e0 une microangiopathie m\u00e9di\u00e9e par le compl\u00e9ment, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation massive et constante des CPK s\u00e9riques et d&rsquo;auto-anticorps circulants sp\u00e9cifiques (anti-Jo1, anti-Mi2), totalement absents dans la myopathie alcoolique chronique.<\/li>\n<li><strong>Myopathie cortisonique :<\/strong> Atrophie musculaire induite par les st\u00e9ro\u00efdes de synth\u00e8se ou par un hypercorticisme endog\u00e8ne (syndrome de Cushing), ciblant \u00e9galement les fibres de type II. Le diagnostic diff\u00e9rentiel repose sur l&rsquo;anamn\u00e8se pharmacologique et l&rsquo;absence d&rsquo;impr\u00e9gnation \u00e9thylique significative, bien que les deux m\u00e9canismes puissent coexister chez un patient cirrhotique recevant des cortico\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>Rhabdomyolyse traumatique par \u00e9crasement (Crush syndrome) :<\/strong> Destruction aigu\u00eb des myocytes due \u00e0 une compression isch\u00e9mique prolong\u00e9e des masses musculaires chez un sujet inconscient allong\u00e9 sur un plan dur. Elle partage avec la forme aigu\u00eb d&rsquo;alcoolisation son tableau biologique, mais d\u00e9coule d&rsquo;un m\u00e9canisme de compression m\u00e9canique extrins\u00e8que plut\u00f4t que d&rsquo;une n\u00e9crose toxique m\u00e9tabolique pure.<\/li>\n<li><strong>Sarcop\u00e9nie du cirrhotique :<\/strong> Perte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la masse et de la fonction musculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;insuffisance h\u00e9patique terminale, \u00e0 l&rsquo;hypertension portale, \u00e0 l&rsquo;hyperammoni\u00e9mie et aux perturbations du m\u00e9tabolisme des acides amin\u00e9s ramifi\u00e9s, constituant une entit\u00e9 mixte o\u00f9 la composante h\u00e9patocellulaire pr\u00e9vaut sur la toxicit\u00e9 directe du toxique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La myopathie alcoolique est une complication majeure, fr\u00e9quente mais fr\u00e9quemment sous-estim\u00e9e, de l&rsquo;exposition chronique et aigu\u00eb \u00e0 des doses excessives d&rsquo;\u00e9thanol. Elle s&rsquo;exprime \u00e9lectivement sous la forme d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence musculaire chronique proximale avec atrophie pr\u00e9f\u00e9rentielle des fibres rapides de type II, ou plus rarement sous la forme d&rsquo;un tableau aigu n\u00e9crosant engageant le pronostic vital par rhabdomyolyse et insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9canistique, l&rsquo;affection proc\u00e8de d&rsquo;une inhibition drastique de la synth\u00e8se prot\u00e9ique d\u00e9pendante de la cascade mTOR, d&rsquo;une suractivation des syst\u00e8mes prot\u00e9olytiques cellulaires, d&rsquo;un stress oxydatif mitochondrial intense et d&rsquo;une perturbation du recyclage du calcium sarcoplasmique. Ces anomalies structurales se traduisent par une impotence motrice insidieuse compliquant la vie quotidienne, une perte d&rsquo;autonomie et un affaiblissement de l&rsquo;estime de soi favorisant la p\u00e9rennisation du comportement addictif.<\/p>\n<p>Le diagnostic repose sur une anamn\u00e8se addictive minutieuse, l&rsquo;examen moteur proximal, des dosages d&rsquo;enzymes musculaires, un examen \u00e9lectromyographique complet et, si n\u00e9cessaire, une biopsie musculaire. La pierre angulaire du traitement repose imp\u00e9rativement sur l&rsquo;arr\u00eat complet et d\u00e9finitif de l&rsquo;intoxication \u00e9thylique, soutenu par une renutrition cibl\u00e9e et une r\u00e9\u00e9ducation physique adapt\u00e9e. L&rsquo;abstinence pr\u00e9coce permet une r\u00e9cup\u00e9ration remarquable de la trophicit\u00e9 et de la force musculaire, soulignant l&rsquo;importance d&rsquo;un d\u00e9pistage pr\u00e9coce au sein des fili\u00e8res m\u00e9dicales et addictologiques.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Hed, C. M., Lundmark, C., Fahlgren, H., &amp; Orell, S. (1955). Acute muscular syndrome in chronic alcoholism. <em>Acta Medica Scandinavica<\/em>, 152(4), 270-280.<\/li>\n<li>Lang, C. H., Frost, R. A., Deshpande, N., &amp; Kumar, V. (2003). Alcohol impairs leucine-mediated phosphorylation of 4E-BP1, S6K1, eIF4G, and mTOR in skeletal muscle. <em>American Journal of Physiology-Endocrinology and Metabolism<\/em>, 285(6), E1205-E1215. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/ajpendo.00282.2003\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/ajpendo.00282.2003<\/a><\/li>\n<li>Perkoff, G. T., Dioso, M. M., Sanchez, V., &amp; Askanas, V. (1967). A spectrum of myopathy associated with alcoholism. I. Clinical and laboratory features. <em>Annals of Internal Medicine<\/em>, 67(3), 481-492. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7326\/0003-4819-67-3-481\">https:\/\/doi.org\/10.7326\/0003-4819-67-3-481<\/a><\/li>\n<li>Preedy, V. R., Adachi, J., Ueno, Y., Ahmed, S., Mantle, D., Mullatti, N., Rajendram, R., &amp; Peters, T. J. (2001). Alcoholic skeletal muscle myopathy: Definitions, features, contribution of neuropathy, impact and diagnosis. <em>European Journal of Neurology<\/em>, 8(6), 677-687. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1468-1331.2001.00303.x\">https:\/\/doi.org\/10.1046\/j.1468-1331.2001.00303.x<\/a><\/li>\n<li>Simon, L., Jolley, S. E., &amp; Molina, P. E. (2017). Alcoholic myopathy: Pathophysiologic mechanisms and clinical implications. <em>Alcohol Research: Current Reviews<\/em>, 38(2), 207-217.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse clinique approfondie de la myopathie alcoolique : formes aigu\u00eb et chronique, alt\u00e9rations mol\u00e9culaires de la voie mTOR, diagnostic diff\u00e9rentiel et r\u00e9versibilit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,32817],"tags":[15530,32818,32819,31776,32820,31777],"class_list":["post-20024","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-psychiatrie-des-addictions","tag-addictologie","tag-alcoolisme-chronique","tag-faiblesse-musculaire","tag-myopathie-alcoolique","tag-neuropathie-alcoolique","tag-rhabdomyolyse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20024","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20024\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20024"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}