{"id":20021,"date":"2026-10-23T05:06:56","date_gmt":"2026-10-23T05:06:56","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=demence-alcoolique"},"modified":"2026-10-23T05:06:56","modified_gmt":"2026-10-23T05:06:56","slug":"demence-alcoolique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=demence-alcoolique","title":{"rendered":"D\u00e9mence alcoolique : Les ravages cognitifs"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9mence alcoolique repr\u00e9sente l&rsquo;une des cons\u00e9quences neuropsychiatriques les plus d\u00e9vastatrices d&rsquo;une exposition prolong\u00e9e et massive \u00e0 l&rsquo;\u00e9thanol sur le syst\u00e8me nerveux central. Longtemps controvers\u00e9e sur le plan nosographique, cette entit\u00e9 clinique se caract\u00e9rise par une alt\u00e9ration globale, progressive et persistante des fonctions cognitives et ex\u00e9cutives, perturbant significativement l&rsquo;autonomie socioprofessionnelle de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h2>D\u00e9mence alcoolique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>d\u00e9mence alcoolique<\/strong>, d\u00e9sormais d\u00e9sign\u00e9e dans les classifications nosologiques contemporaines sous l&rsquo;appellation de trouble neurocognitif majeur induit par l&rsquo;alcool, constitue un d\u00e9clin cognitif chronique, diffus et cliniquement significatif, r\u00e9sultant des effets neurotoxiques directs de l&rsquo;alcool combin\u00e9s \u00e0 des carences nutritionnelles secondaires, principalement en thiamine.<\/p>\n<p>Ce syndrome se distingue par une d\u00e9t\u00e9rioration marqu\u00e9e des capacit\u00e9s intellectuelles globales, touchant principalement les fonctions ex\u00e9cutives, la m\u00e9moire de travail, les capacit\u00e9s de jugement, la m\u00e9moire \u00e9pisodique ainsi que les r\u00e9gulations affectives et comportementales. Contrairement aux \u00e9tats confusionnels passagers ou \u00e0 l&rsquo;enc\u00e9phalopathie aigu\u00eb, ce tableau persiste bien au-del\u00e0 de la p\u00e9riode d&rsquo;intoxication aigu\u00eb ou du sevrage imm\u00e9diat, m\u00eame apr\u00e8s une p\u00e9riode prolong\u00e9e d&rsquo;abstinence.<\/p>\n<p>L&rsquo;alt\u00e9ration neurocognitive induite par l&rsquo;alcool se manifeste dans un continuum allant du d\u00e9clin cognitif l\u00e9ger jusqu&rsquo;\u00e0 une d\u00e9sorganisation majeure des capacit\u00e9s cognitives et fonctionnelles, n\u00e9cessitant une prise en charge institutionnelle. La caract\u00e9ristique d\u00e9terminante de cette entit\u00e9 r\u00e9side dans son potentiel de stabilisation, voire d&rsquo;am\u00e9lioration partielle, sous r\u00e9serve d&rsquo;un arr\u00eat complet et durable des intoxications \u00e9thyliques et d&rsquo;une suppl\u00e9mentation nutritionnelle appropri\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab d\u00e9mence \u00bb tire ses racines \u00e9tymologiques du latin classique <em>dementia<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>de-<\/em> (signifiant l&rsquo;\u00e9loignement, la privation ou l&rsquo;alt\u00e9ration) et du radical <em>mens, mentis<\/em> (d\u00e9signant l&rsquo;esprit, la raison ou l&rsquo;intelligence). Litt\u00e9ralement, le terme renvoie \u00e0 \u00ab l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une personne priv\u00e9e de raison \u00bb ou \u00ab sortie de son esprit \u00bb. Utilis\u00e9 initialement dans la rh\u00e9torique et le droit romain pour d\u00e9signer l&rsquo;ali\u00e9nation mentale, le terme a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans la s\u00e9miologie m\u00e9dicale moderne par Philippe Pinel et Jean-\u00c9tienne Esquirol au tournant du XIXe si\u00e8cle pour classifier les \u00e9tats acquis d&rsquo;affaiblissement intellectuel irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab alcoolique \u00bb d\u00e9rive du mot \u00ab alcool \u00bb, qui trouve son origine dans l&rsquo;arabe m\u00e9di\u00e9val <em>al-ku\u1e25l<\/em> (d\u00e9signant \u00e0 l&rsquo;origine une poudre fine d&rsquo;antimoine utilis\u00e9e comme fard ou obtenue par sublimation). Le mot a progressivement \u00e9volu\u00e9 dans le vocabulaire alchimique et scientifique europ\u00e9en pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00ab esprit-de-vin \u00bb purifi\u00e9 par distillation, avant de caract\u00e9riser le compos\u00e9 chimique \u00e9thanol. L&rsquo;association nosographique des deux termes est apparue dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone et germanique au milieu du XIXe si\u00e8cle afin d&rsquo;isoler les d\u00e9ch\u00e9ances cognitives sp\u00e9cifiques observ\u00e9es chez les buveurs chroniques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/de.m\u0251\u0303s al.k\u0254.lik\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun (\u00ab d\u00e9mence \u00bb) qualifi\u00e9 par un adjectif relationnel (\u00ab alcoolique \u00bb). Au pluriel, il prend la forme orthographique \u00ab d\u00e9mences alcooliques \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature contemporaine, plusieurs variantes terminologiques et nosographiques coexistent : \u00ab d\u00e9mence li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alcool \u00bb, \u00ab d\u00e9mence \u00e9thylique \u00bb, \u00ab enc\u00e9phalopathie alcoolique chronique \u00bb ou, selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM-5<\/a>), \u00ab trouble neurocognitif majeur induit par l&rsquo;alcool, de type persistant \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La d\u00e9mence alcoolique occupe une place complexe et singuli\u00e8re au sein des affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et secondaires. Elle ne correspond pas \u00e0 un processus d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif univoque \u00e0 l&rsquo;instar de la maladie d&rsquo;Alzheimer, mais d\u00e9coule d&rsquo;une agression multifactorielle associant la toxicit\u00e9 intrins\u00e8que de l&rsquo;\u00e9thanol et de ses m\u00e9tabolites, des d\u00e9sordres m\u00e9taboliques syst\u00e9miques, ainsi que des carences vitaminiques s\u00e9v\u00e8res, en particulier en vitamine B1 (thiamine).<\/p>\n<p>Sur le plan neuropathologique, l&rsquo;ingestion chronique et massive d&rsquo;\u00e9thanol induit une perte neuronale corticale et sous-corticale mesurable, une atrophie dendritique, ainsi qu&rsquo;une gliose r\u00e9active diffuse. Les zones c\u00e9r\u00e9brales les plus vuln\u00e9rables englobent le cortex pr\u00e9frontal, les structures limbiques, le dienc\u00e9phale, le cervelet et le corps calleux. Cette neurotoxicit\u00e9 directe perturbe l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, d\u00e9clenche un stress oxydatif majeur, exacerbe la lib\u00e9ration de cytokines pro-inflammatoires et inhibe la neurogen\u00e8se hippocampique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la toxicit\u00e9 m\u00e9tabolique perturbe la neurotransmission c\u00e9r\u00e9brale, notamment par la r\u00e9gulation n\u00e9gative des r\u00e9cepteurs <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABAergiques<\/a> et la suractivation des r\u00e9cepteurs glutamatergiques N-m\u00e9thyl-D-aspartate (NMDA). Lors des \u00e9pisodes r\u00e9currents de sevrage non m\u00e9dicalis\u00e9, ce d\u00e9s\u00e9quilibre engendre un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;excitotoxicit\u00e9 par afflux massif de calcium intracellulaire, conduisant \u00e0 l&rsquo;apoptose neuronale. Cette cascade destructrice explique la vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue des individus alternant alcoolisation aigu\u00eb massive (<em>binge drinking<\/em>) et privations brutales.<\/p>\n<p>Sur le versant neuropsychologique, le profil cognitif est majoritairement dysex\u00e9cutif et sous-cortico-frontal. Les patients manifestent une d\u00e9sinhibition comportementale, une apathie profonde, un \u00e9moussement affectif, des difficult\u00e9s s\u00e9v\u00e8res de planification, d&rsquo;abstraction et de flexibilit\u00e9 mentale, accompagn\u00e9s d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;attention soutenue et divis\u00e9e. Bien que des troubles mn\u00e9siques soient pr\u00e9sents, ils touchent principalement les m\u00e9canismes de r\u00e9cup\u00e9ration de l&rsquo;information plut\u00f4t que l&rsquo;encodage pur, ce qui diff\u00e9rencie cette affection des atteintes temporales m\u00e9siales amn\u00e9siques pures.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification des cons\u00e9quences c\u00e9r\u00e9brales d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de l&rsquo;alcool s&rsquo;est construite sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi d&rsquo;observations cliniques et de querelles nosographiques :<\/p>\n<p>D\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle, le m\u00e9decin su\u00e9dois Magnus Huss forge en 1849 le concept d&rsquo;\u00ab alcoolisme chronique \u00bb (<em>Alcoholismus chronicus<\/em>), regroupant pour la premi\u00e8re fois les atteintes syst\u00e9miques et neurologiques secondaires \u00e0 l&rsquo;usage continu de spiritueux. Huss d\u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 des \u00e9tats de torpeur intellectuelle, de confusion et de tremblements progressifs chez les ouvriers consommateurs de boissons distill\u00e9es.<\/p>\n<p>Vers la fin du XIXe si\u00e8cle, deux figures m\u00e9dicales majeures ont individualis\u00e9 des composantes fondamentales de l&rsquo;atteinte neurologique \u00e9thylique. En 1881, Carl Wernicke d\u00e9crit l&rsquo;enc\u00e9phalopathie aigu\u00eb portant son nom, associant ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse, ophtalmopl\u00e9gie et confusion mentale. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1887, le neuropsychiatre russe Sergue\u00ef Korsakoff documente le syndrome amn\u00e9sique polyneuropathique, caract\u00e9ris\u00e9 par une amn\u00e9sie ant\u00e9rograde massive, une amn\u00e9sie r\u00e9trograde \u00e0 gradient temporel, des fabulations compensatoires et des fausses reconnaissances, chez des patients souvent alcoolod\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Tout au long du XXe si\u00e8cle, un d\u00e9bat houleux a divis\u00e9 la communaut\u00e9 scientifique entre tenants de la neurotoxicit\u00e9 directe de l&rsquo;alcool et partisans de l&rsquo;origine exclusivement carentielle (carence thiaminique). Des auteurs renomm\u00e9s comme Maurice Victor et Raymond Adams ont longtemps soutenu que l&rsquo;ensemble des d\u00e9ficits cognitifs permanents observ\u00e9s chez les alcooliques chroniques n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une manifestation r\u00e9siduelle du complexe de Wernicke-Korsakoff. Il a fallu attendre les travaux de neuropathologie quantitative men\u00e9s dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, notamment par Clive Harper en Australie, pour prouver que l&rsquo;\u00e9thanol entra\u00eene une atrophie corticale frontale ind\u00e9pendante de la carence vitaminique pure.<\/p>\n<p>La publication par Oslin et ses collaborateurs en 1998 de crit\u00e8res diagnostiques op\u00e9rationnels pour la \u00ab d\u00e9mence induite par l&rsquo;alcool \u00bb a marqu\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la l\u00e9gitimation de ce trouble comme entit\u00e9 clinique distincte du syndrome amn\u00e9sique de Korsakoff pur.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture explicative de la d\u00e9mence alcoolique repose sur l&rsquo;intersection de multiples m\u00e9canismes physiopathologiques, synth\u00e9tis\u00e9s au sein du mod\u00e8le neurotoxique et nutritionnel :<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie neurotoxique directe<\/strong> stipule que l&rsquo;\u00e9thanol et son principal m\u00e9tabolite h\u00e9patique et c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tald%C3%A9hyde\">ac\u00e9tald\u00e9hyde<\/a>, exercent une action lytique et destructrice directe sur les lipides membranaires des neurones et des cellules gliales. L&rsquo;\u00e9thanol s&rsquo;ins\u00e8re dans les bicouches phospholipidiques neuronales, modifiant la fluidit\u00e9 membranaire, alt\u00e9rant la fonction des prot\u00e9ines canales et d\u00e9clenchant la production d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (stress oxydatif). Cette toxicit\u00e9 directe engendre la d\u00e9my\u00e9linisation de la substance blanche sous-corticale et l&rsquo;atrophie des axones corticaux.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie de la carence thiaminique et mitochondriale<\/strong> met en lumi\u00e8re le r\u00f4le central de la thiamine (vitamine B1) en tant que cofacteur d&rsquo;enzymes m\u00e9taboliques indispensables au cycle de Krebs et \u00e0 la voie des pentoses phosphates (notamment la transc\u00e9tolase, le complexe pyruvate d\u00e9shydrog\u00e9nase et l&rsquo;alpha-c\u00e9toglutarate d\u00e9shydrog\u00e9nase). L&rsquo;alcool alt\u00e8re l&rsquo;absorption intestinale active de la thiamine, inhibe son stockage intrah\u00e9patique et bloque sa phosphorylation en thiamine pyrophosphate active. Le manque d&rsquo;\u00e9nergie cellulaire entra\u00eene l&rsquo;accumulation de lactate, une acidose locale, une d\u00e9faillance de la pompe sodium-potassium et la mort cellulaire dans les corps mamillaires et les noyaux thalamiques.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le d&rsquo;atteinte cortico-striatale et fronto-c\u00e9r\u00e9belleuse<\/strong> postule que le cortex pr\u00e9frontal et ses boucles de r\u00e9troaction avec les noyaux gris centraux et le n\u00e9ocervelet pr\u00e9sentent une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux agressions chimiques combin\u00e9es. Cette susceptibilit\u00e9 diff\u00e9rentielle d\u00e9coule de la forte densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs NMDA et des exigences m\u00e9taboliques \u00e9lev\u00e9es de ces circuits impliqu\u00e9s dans la m\u00e9tacognition et le contr\u00f4le inhibiteur.<\/p>\n<p>Enfin, la composante <strong>microvasculaire et h\u00e9patoc\u00e9r\u00e9brale<\/strong> ne saurait \u00eatre occult\u00e9e : les fluctuations h\u00e9modynamiques chroniques, les micro-l\u00e9sions isch\u00e9miques induites par l&rsquo;hypertension art\u00e9rielle fr\u00e9quente chez le buveur, ainsi que les \u00e9pisodes infracliniques d&rsquo;enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique cons\u00e9cutifs \u00e0 la cirrhose participent de fa\u00e7on synergique \u00e0 l&rsquo;installation du tableau d\u00e9mentiel.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique de la d\u00e9mence alcoolique se d\u00e9cline en plusieurs dimensions cognitives, motrices et psycho-comportementales interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome dysex\u00e9cutif majeur :<\/strong> Alt\u00e9ration pr\u00e9coce des capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition cognitive et motrice, rigidit\u00e9 conceptuelle, pers\u00e9v\u00e9rations verbales ou motrices, d\u00e9ficit d&rsquo;organisation s\u00e9quentielle et effondrement des capacit\u00e9s de jugement dans les situations nouvelles ou complexes.<\/li>\n<li><strong>Atteinte des fonctions mn\u00e9siques :<\/strong> Troubles pr\u00e9dominants de la m\u00e9moire de travail et de la m\u00e9moire \u00e9pisodique, caract\u00e9ris\u00e9s par un d\u00e9faut des strat\u00e9gies de rappel spontan\u00e9, une sensibilit\u00e9 accrue aux interf\u00e9rences et une d\u00e9sorganisation temporelle des souvenirs, contrastant avec une relative pr\u00e9servation de la reconnaissance lorsque des indices sont fournis.<\/li>\n<li><strong>Troubles visuo-constructifs et visuo-spatiaux :<\/strong> Incapacit\u00e9 \u00e0 reproduire des figures g\u00e9om\u00e9triques complexes (dyspraxie constructive), d\u00e9sorientation spatiale dans des environnements inhabituels et perturbation de l&rsquo;int\u00e9gration visuo-perceptive globale.<\/li>\n<li><strong>Alt\u00e9rations psycho-comportementales et de la personnalit\u00e9 :<\/strong> Apathie, perte d&rsquo;initiative, n\u00e9gligence corporelle (syndrome de Diog\u00e8ne partiel), \u00e9moussement des affects ou, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, euphorie inappropri\u00e9e, d\u00e9sinhibition verbale, agressivit\u00e9 impulsive et anosognosie totale du trouble cognitif et de l&rsquo;addiction.<\/li>\n<li><strong>Signes neurologiques d&rsquo;accompagnement :<\/strong> Instabilit\u00e9 posturale et ataxie \u00e0 la marche d&rsquo;origine c\u00e9r\u00e9belleuse (touchant principalement les membres inf\u00e9rieurs), ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse distale en lien avec une polyneuropathie sensitivomotrice alcoolo-carentielle, et dysarthrie scand\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Variante avec amn\u00e9sie confabulante (spectre de Wernicke-Korsakoff) :<\/strong> Forme \u00e9volutive intriqu\u00e9e o\u00f9 le tableau d\u00e9mentiel global s&rsquo;associe aux stigmates irr\u00e9versibles de la l\u00e9sion dienc\u00e9phalique, marqu\u00e9s par l&rsquo;oubli \u00e0 mesure et la production de fabulations spontan\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de cette pathologie, deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques illustrent la diversit\u00e9 de pr\u00e9sentation et d&rsquo;\u00e9volution :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9clin ex\u00e9cutif chez un homme de 58 ans<\/strong><br \/>\nMarc, technicien sup\u00e9rieur de 58 ans, pr\u00e9sente des ant\u00e9c\u00e9dents de consommation continue de vin et d&rsquo;alcools forts (environ 120 grammes d&rsquo;\u00e9thanol par jour depuis plus de vingt ans). Amen\u00e9 en consultation g\u00e9riatrique et d&rsquo;addictologie par son \u00e9pouse, il montre une r\u00e9gression fonctionnelle majeure depuis deux ans. Marc a progressivement abandonn\u00e9 la gestion des finances familiales, commettant des erreurs budg\u00e9taires critiques. Au travail, il a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 suite \u00e0 des fautes d&rsquo;organisation et des comportements d\u00e9sinhib\u00e9s envers ses coll\u00e8gues. Au plan cognitif, les tests r\u00e9v\u00e8lent un effondrement des scores au test de classement de cartes de Wisconsin et une batterie d&rsquo;\u00e9valuation frontale (BREF) effondr\u00e9e \u00e0 8\/18. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale objective une leucoenc\u00e9phalopathie diffuse p\u00e9riventriculaire et un \u00e9largissement bifrontal important des sillons corticaux. Apr\u00e8s un sevrage encadr\u00e9 en milieu hospitalier, une suppl\u00e9mentation parent\u00e9rale intensive en vitamines B et une abstinence compl\u00e8te maintenue pendant douze mois dans un centre de soins de suite, Marc a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 une autonomie fonctionnelle partielle pour les actes de la vie quotidienne, bien que ses capacit\u00e9s de planification complexe demeurent d\u00e9finitivement alt\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Tableau mixte chez une femme de 64 ans avec pr\u00e9carit\u00e9 nutritionnelle<\/strong><br \/>\n\u00c9liane, 64 ans, isol\u00e9e socialement, est hospitalis\u00e9e en urgence apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e confuse et prostr\u00e9e \u00e0 son domicile jonch\u00e9 de d\u00e9tritus. Les examens initiaux excluent un traumatisme cr\u00e2nien aigu ou une m\u00e9ningite, mais objectivent une d\u00e9nutrition majeure (hypoalbumin\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re) et une alcool\u00e9mie nulle au moment de l&rsquo;admission avec signes de sevrage d\u00e9butant. Apr\u00e8s r\u00e9hydratation et perfusion intraveineuse de fortes doses de thiamine, la confusion aigu\u00eb r\u00e9gresse, d\u00e9masquant un d\u00e9ficit cognitif s\u00e9v\u00e8re et polymorphe : d\u00e9sorientation temporelle compl\u00e8te, incapacit\u00e9 d&rsquo;apprendre une liste de trois mots apr\u00e8s dix minutes, fabulations riches lors de l&rsquo;interrogatoire anamnestique, et d\u00e9marche \u00e9brieuse \u00e0 base \u00e9largie. Ce cas illustre le chevauchement intriqu\u00e9 entre la d\u00e9mence li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alcool et les s\u00e9quelles directes d&rsquo;un syndrome de Wernicke sous-jacent m\u00e9connu.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la d\u00e9mence alcoolique est \u00e9minemment clinique et requiert une d\u00e9marche rigoureuse d&rsquo;exclusion et de corr\u00e9lation temporelle. Il ne peut \u00eatre pos\u00e9 avec certitude durant une phase d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9, de sevrage aigu ou dans les semaines suivant la cessation de l&rsquo;alcoolisation.<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res op\u00e9rationnels propos\u00e9s par Oslin et ses collaborateurs (1998) constituent la r\u00e9f\u00e9rence clinique :<\/p>\n<ul>\n<li>Pr\u00e9sence d&rsquo;un diagnostic clinique de d\u00e9mence document\u00e9 au moins 60 jours apr\u00e8s la derni\u00e8re prise d&rsquo;alcool.<\/li>\n<li>Histoire document\u00e9e d&rsquo;une consommation importante et prolong\u00e9e d&rsquo;alcool (d\u00e9finie g\u00e9n\u00e9ralement comme une consommation sup\u00e9rieure \u00e0 35 unit\u00e9s standard par semaine pour les hommes et 28 unit\u00e9s pour les femmes pendant au moins trois ans).<\/li>\n<li>Association temporelle prouv\u00e9e o\u00f9 le d\u00e9but du d\u00e9clin cognitif s&rsquo;inscrit au cours ou dans les trois ans suivant la p\u00e9riode d&rsquo;abus majeur.<\/li>\n<li>Exclusion des autres causes de d\u00e9mence primitive ou secondaire (maladie d&rsquo;Alzheimer, d\u00e9mence vasculaire pure, h\u00e9matome sous-dural chronique r\u00e9current, neurosyphilis ou carences vitaminiques isol\u00e9es d&rsquo;origine non \u00e9thylique).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le bilan paraclinique indispensable comprend une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">IRM<\/a>) c\u00e9r\u00e9brale afin d&rsquo;\u00e9liminer une pathologie compressive, de quantifier l&rsquo;atrophie fronto-corticale et vermienne c\u00e9r\u00e9belleuse, et d&rsquo;\u00e9valuer la charge vasculaire isch\u00e9mique. Le bilan biologique complet \u00e9value la fonction h\u00e9patocellulaire, la coagulation, les taux de vitamine B1, B6, B9 et B12, la fonction thyro\u00efdienne et s\u00e9rologique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique formelle, men\u00e9e \u00e0 distance du sevrage (id\u00e9alement apr\u00e8s 4 \u00e0 8 semaines d&rsquo;abstinence confirm\u00e9e), objective le profil sp\u00e9cifique du d\u00e9ficit \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles globales (MoCA, MMSE) et de tests sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e9valuant la flexibilit\u00e9 (Trail Making Test), l&rsquo;inhibition (test de Stroop) et les m\u00e9moires \u00e9pisodiques (test des 16 items de Grober et Buschke).<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La distinction nosologique et l&rsquo;identification pr\u00e9coce de la d\u00e9mence alcoolique rev\u00eatent un enjeu clinique, \u00e9thique et m\u00e9dico-\u00e9conomique d\u00e9terminant :<\/p>\n<p>Contrairement aux d\u00e9mences neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives primitives telles que la maladie d&rsquo;Alzheimer ou la d\u00e9mence fronto-temporale, dont l&rsquo;\u00e9volution est inexorablement progressive vers l&rsquo;aggravation continue, la d\u00e9mence alcoolique pr\u00e9sente un pronostic fondamentalement diff\u00e9rent. Elle est consid\u00e9r\u00e9e, au moins en partie, comme une d\u00e9mence \u00ab partiellement r\u00e9versible \u00bb ou \u00ab stabilisable \u00bb. L&rsquo;obtention d&rsquo;une abstinence p\u00e9renne permet de stopper la destruction neuronale active et favorise une repousse dendritique partielle, une augmentation du volume c\u00e9r\u00e9bral c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 l&rsquo;IRM et une r\u00e9cup\u00e9ration mesurable de certaines capacit\u00e9s de m\u00e9moire de travail et de vitesse de traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, la prise en charge repose sur l&rsquo;association indissociable du sevrage complet s\u00e9curis\u00e9, d&rsquo;une vitaminoth\u00e9rapie intensive parent\u00e9rale pr\u00e9coce (thiamine \u00e0 fortes doses pour pr\u00e9venir l&rsquo;enc\u00e9phalopathie de Wernicke) et d&rsquo;un accompagnement addictologique multidisciplinaire. L&rsquo;ergoth\u00e9rapie cognitive et la r\u00e9habilitation neuropsychologique adapt\u00e9e permettent d&rsquo;optimiser les capacit\u00e9s cognitives pr\u00e9serv\u00e9es et de structurer l&rsquo;environnement quotidien pour compenser les d\u00e9ficits d&rsquo;organisation.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dicol\u00e9gal, la survenue d&rsquo;un d\u00e9clin cognitif majeur chez un sujet alcoolod\u00e9pendant soul\u00e8ve fr\u00e9quemment la question de la protection juridique des majeurs vuln\u00e9rables (mise sous curatelle renforc\u00e9e ou tutelle), de l&rsquo;aptitude l\u00e9gale \u00e0 la conduite automobile et de la capacit\u00e9 \u00e0 consentir aux soins m\u00e9dicaux ou \u00e0 signer des actes patrimoniaux.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle et neuro-\u00e9pid\u00e9miologique a apport\u00e9 des \u00e9clairages cruciaux sur l&rsquo;impact c\u00e9r\u00e9bral de l&rsquo;alcool au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies :<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes longitudinales d&rsquo;imagerie structurelle et fonctionnelle ont d\u00e9montr\u00e9 que le cortex pr\u00e9frontal subit une perte de volume de substance grise plus marqu\u00e9e que les autres r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales chez les buveurs chroniques, corr\u00e9l\u00e9e directement \u00e0 la dose totale d&rsquo;alcool consomm\u00e9e sur la vie enti\u00e8re. Les travaux fondateurs de Sullivan et Pfefferbaum (2005) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Stanford ont mis en \u00e9vidence la d\u00e9sorganisation de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 microstructurale de la substance blanche, notamment dans le corps calleux et les faisceaux associatifs fronto-temporaux, par le biais de l&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de suivi neuropsychologique au cours de l&rsquo;abstinence (notamment les cohortes coordonn\u00e9es par H\u00e9l\u00e8ne Beaunieux et Anne-Lise Pitel \u00e0 l&rsquo;Inserm de Caen) ont apport\u00e9 des preuves robustes : si les alt\u00e9rations ex\u00e9cutives s&rsquo;am\u00e9liorent de fa\u00e7on significative durant la premi\u00e8re ann\u00e9e d&rsquo;abstinence sans alcool, une proportion substantielle de patients conserve des s\u00e9quelles cognitives irr\u00e9versibles, confirmant l&rsquo;existence d&rsquo;une toxicit\u00e9 organique persistante ne pouvant \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une simple ivresse chronique prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Des recherches \u00e9pid\u00e9miologiques men\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle en France sur plus de 31 millions de patients hospitalis\u00e9s (Schwarzinger et al., 2018, publi\u00e9e dans <em>The Lancet Public Health<\/em>) ont conclu que les troubles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool constituaient le facteur de risque modifiable le plus important pour tous les types de d\u00e9mence, en particulier pour les d\u00e9mences pr\u00e9coces survenant avant l&rsquo;\u00e2ge de 65 ans, o\u00f9 l&rsquo;alcool intervenait de fa\u00e7on contributive dans plus de la moiti\u00e9 des diagnostics.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension nosologique et soci\u00e9tale de la d\u00e9mence alcoolique est profond\u00e9ment influenc\u00e9e par les repr\u00e9sentations collectives de l&rsquo;alcoolisme et les contextes socio-\u00e9conomiques r\u00e9gionaux :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales traditionnellement viticoles ou brassicoles (France, Italie, Espagne), la consommation r\u00e9guli\u00e8re et ritualis\u00e9e d&rsquo;alcool b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une forte acceptabilit\u00e9 sociale, ce qui retarde consid\u00e9rablement la d\u00e9tection de l&rsquo;addiction et des premiers signes de d\u00e9clin intellectuel. Le dysfonctionnement ex\u00e9cutif est souvent tol\u00e9r\u00e9 au sein du cercle familial ou attribu\u00e9 \u00e0 la s\u00e9nescence physiologique, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement critique (accident de la voie publique, fugue, d\u00e9compensation somatique aigu\u00eb) n&rsquo;impose une \u00e9valuation m\u00e9dicale en catastrophe.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les pays o\u00f9 s&rsquo;exerce une politique prohibitionniste ou une stricte r\u00e9probation religieuse (certaines r\u00e9gions du Moyen-Orient ou d&rsquo;Asie du Sud), la stigmatisation morale entourant l&rsquo;usage de boissons alcoolis\u00e9es entra\u00eene une clandestinit\u00e9 absolue de la consommation. Les patients souffrant de d\u00e9gradation neurocognitive alcoolique y sont rarement diagnostiqu\u00e9s avec pr\u00e9cision, le d\u00e9clin \u00e9tant fr\u00e9quemment \u00e9tiquet\u00e9 comme une maladie d&rsquo;Alzheimer atypique ou un trouble psychiatrique primitif afin d&rsquo;\u00e9pargner l&rsquo;opprobre familial.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la qualit\u00e9 nutritionnelle de base des populations joue un r\u00f4le modulateur crucial. Dans les pays \u00e0 faibles revenus ou dans les populations tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9es des m\u00e9tropoles industrielles, la malnutrition calorico-prot\u00e9ique pr\u00e9existante abaisse le seuil de toxicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale de l&rsquo;alcool : la pr\u00e9valence de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie carentielle et des formes graves de d\u00e9mence y est nettement plus pr\u00e9coce que chez des buveurs b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un statut socio-\u00e9conomique garantissant un apport minimal en micronutriments.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa description clinique courante, le concept de d\u00e9mence alcoolique demeure l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique internationale :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne son autonomie nosographique pure par rapport au <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Korsakoff\">syndrome de Korsakoff<\/a>. Certains auteurs soutiennent que la d\u00e9mence alcoolique n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un continuum du syndrome de Korsakoff associ\u00e9 \u00e0 des atteintes microvasculaires ou \u00e0 des traumatismes cr\u00e2niens non identifi\u00e9s (tr\u00e8s fr\u00e9quents lors des chutes chez le sujet alcoolod\u00e9pendant). Ils all\u00e8guent que l&rsquo;atrophie corticale est largement asp\u00e9cifique et r\u00e9versible chez le sujet abstinent bien nourri, rendant l&rsquo;utilisation du mot \u00ab d\u00e9mence \u00bb trompeuse.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me controverse porte sur la s\u00e9mantique m\u00eame du mot \u00ab d\u00e9mence \u00bb. Par d\u00e9finition historique, une d\u00e9mence impliquait une d\u00e9ch\u00e9ance intellectuelle in\u00e9luctable et irr\u00e9versible. Or, le fait qu&rsquo;une part significative des patients alcooliques stabilisent voire r\u00e9cup\u00e8rent leurs fonctions sous abstinence stricte a pouss\u00e9 les comit\u00e9s de l&rsquo;American Psychiatric Association \u00e0 remplacer ce terme par celui de \u00ab trouble neurocognitif majeur \u00bb dans le DSM-5, \u00e9liminant la connotation d&rsquo;incurabilit\u00e9 d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic r\u00e9trospectif d&rsquo;imputabilit\u00e9 pose un d\u00e9fi m\u00e9thodologique constant : la quantification exacte des doses d&rsquo;alcool absorb\u00e9es durant les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes repose sur des d\u00e9clarations subjectives souvent alt\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;anosognosie ou le d\u00e9ni du malade et de ses proches. De plus, il est fr\u00e9quemment impossible d&rsquo;exclure formellement l&rsquo;intrication d\u00e9butante d&rsquo;une authentique pathologie amylo\u00efde ou tau (maladie d&rsquo;Alzheimer pr\u00e9coce) coexistant avec l&rsquo;intoxication alcoolique au sein d&rsquo;une m\u00eame tranche d&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Il est indispensable de discriminer rigoureusement la d\u00e9mence alcoolique de plusieurs affections neuropsychiatriques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de Korsakoff :<\/strong> Trouble amn\u00e9sique pur et disproportionn\u00e9 (amn\u00e9sie ant\u00e9rograde massive et fabulations) li\u00e9 \u00e0 la destruction des corps mamillaires et des noyaux dorsom\u00e9dians du thalamus, sans alt\u00e9ration globale des autres fonctions cognitives ou du QI verbal, alors que la d\u00e9mence alcoolique pr\u00e9sente un d\u00e9ficit diffus et pr\u00e9dominant sur le versant ex\u00e9cutif et frontal.<\/li>\n<li><strong>Enc\u00e9phalopathie de Wernicke :<\/strong> Urgence m\u00e9dicale aigu\u00eb associant confusion mentale fluctuante, ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse et paralysie oculomotrice r\u00e9versible sous thiamine parent\u00e9rale imm\u00e9diate, repr\u00e9sentant l&rsquo;\u00e9tape aigu\u00eb pr\u00e9c\u00e9dant les l\u00e9sions chroniques potentielles.<\/li>\n<li><strong>Maladie d&rsquo;Alzheimer :<\/strong> Trouble neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif progressif caract\u00e9ris\u00e9 par une atteinte inaugurale du stockage mn\u00e9sique hippocampique (oubli acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 sans am\u00e9lioration par l&rsquo;indi\u00e7age) et des fonctions instrumentales (aphasie, apraxie, agnosie), sans plateau de stabilisation ni lien de causalit\u00e9 avec l&rsquo;arr\u00eat des toxiques.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9mence fronto-temporale (DFT) :<\/strong> D\u00e9mence pr\u00e9coce domin\u00e9e par des troubles du comportement et des conduites sociales tr\u00e8s st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es (souvent confondues avec la d\u00e9sinhibition \u00e9thylique), mais caus\u00e9e par une prot\u00e9inopathie g\u00e9n\u00e9tique ou sporadique autonome, sans notion d&rsquo;imputabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la dose d&rsquo;alcool.<\/li>\n<li><strong>Enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique chronique :<\/strong> Fluctuation de l&rsquo;\u00e9tat de vigilance, ast\u00e9rixis (<em>flapping tremor<\/em>) et hyperammoni\u00e9mie r\u00e9sultant d&rsquo;une insuffisance h\u00e9patocellulaire avanc\u00e9e avec shunts portosyst\u00e9miques, distincte de la toxicit\u00e9 neuronale directe.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9mence vasculaire :<\/strong> D\u00e9clin cognitif secondaire \u00e0 des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux ou \u00e0 une art\u00e9riolopathie c\u00e9r\u00e9brale profonde (leucoara\u00efose), souvent favoris\u00e9 par l&rsquo;alcool comme facteur de risque cardiovasculaire, mais caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00e9volution en marches d&rsquo;escalier et des signes neurologiques focaux nets.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La d\u00e9mence alcoolique est une r\u00e9alit\u00e9 clinique grave mais trop souvent m\u00e9connue et sous-diagnostiqu\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle r\u00e9sulte de la toxicit\u00e9 directe de l&rsquo;\u00e9thanol combin\u00e9e \u00e0 des carences nutritionnelles (principalement en vitamine B1) et \u00e0 des l\u00e9sions microvasculaires c\u00e9r\u00e9brales apr\u00e8s des d\u00e9cennies de consommation excessive.<\/li>\n<li>Le profil cognitif typique est domin\u00e9 par un syndrome dysex\u00e9cutif fronto-sous-cortical, caract\u00e9ris\u00e9 par une perte de la flexibilit\u00e9 mentale, des troubles de l&rsquo;inhibition, une apathie et une perturbation de l&rsquo;organisation s\u00e9quentielle.<\/li>\n<li>Elle se distingue de la maladie d&rsquo;Alzheimer par son potentiel unique de stabilisation, voire d&rsquo;am\u00e9lioration partielle, si une abstinence totale, d\u00e9finitive et accompagn\u00e9e sur le plan addictologique est instaur\u00e9e.<\/li>\n<li>La pr\u00e9vention repose imp\u00e9rativement sur le rep\u00e9rage pr\u00e9coce de l&rsquo;usage nocif d&rsquo;alcool et la suppl\u00e9mentation thiaminique syst\u00e9matique chez tout patient alcoolod\u00e9pendant en rupture nutritionnelle ou en cours de sevrage.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Harper, C. (2009). The neuropathology of alcohol-related brain damage. <em>Alcohol and Alcoholism<\/em>, 44(2), 136-140. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agn102\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/alcalc\/agn102<\/a><\/li>\n<li>Oslin, D., Atkinson, R. M., Smith, D. M., &amp; Hendrie, H. (1998). Alcohol-related dementia: proposed clinical criteria. <em>International Journal of Geriatric Psychiatry<\/em>, 13(4), 203-212. <a https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(15)00196-1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/(SICI)1099-1166(199804)13:4203::AID-GPS7343.0.CO;2-B\u00a0\u00bb%20target=\u00a0\u00bb_blank\u00a0\u00bb%20rel=\u00a0\u00bbnoopener%20noreferrer\u00a0\u00bbhttps:\/\/doi.org\/10.1002\/(SICI)1099-1166(199804)13:4&lt;203::AID-GPS734&gt;3.0.CO;2-B\/a\/liliPitel,%20A.-L.,%20Zahr,%20N.%20M.,%20Jackson,%20K.,%20Sugden,%20D.%20E.,%20Sullivan,%20E.%20V.,%20&#038;%20Pfefferbaum,%20A.%20(2015).%20Signs%20of%20preclinical%20and%20clinical%20brain%20damage%20in%20alcohol-dependent%20individuals.%20emLancet%20Psychiatry\/em,%202(9),%20834-845.%20a%20href=\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(15)00196-1<\/a><\/li>\n<li>Schwarzinger, M., Pollock, B. G., Hasan, O. S. M., Dufouil, C., &amp; Rehm, J. (2018). Contribution of alcohol use disorders to the burden of dementia in France 2008\u201313: a nationwide retrospective cohort study. <em>The Lancet Public Health<\/em>, 3(3), e124-e132. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2468-2667(18)30022-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2468-2667(18)30022-7<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9mence alcoolique d\u00e9signe un d\u00e9clin cognitif persistant provoqu\u00e9 par la neurotoxicit\u00e9 chronique de l&rsquo;\u00e9thanol et les carences en thiamine, marqu\u00e9 par un syndrome dysex\u00e9cutif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,46,476],"tags":[32802,32816,27849,32803,32798,30539],"class_list":["post-20021","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neuropsychologie","category-psychiatrie","tag-demence-alcoolique","tag-neurotoxicite-ethanol","tag-syndrome-de-korsakoff","tag-syndrome-dysexecutif","tag-thiamine","tag-troubles-neurocognitifs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20021\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}