{"id":20005,"date":"2026-10-23T04:25:23","date_gmt":"2026-10-23T04:25:23","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=intoxication-alcoolique"},"modified":"2026-10-23T04:25:23","modified_gmt":"2026-10-23T04:25:23","slug":"intoxication-alcoolique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=intoxication-alcoolique","title":{"rendered":"Intoxication alcoolique : M\u00e9canismes et clinique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;ingestion excessive d&rsquo;\u00e9thanol constitue l&rsquo;une des perturbations neuropsychologiques et comportementales les plus r\u00e9pandues dans le monde contemporain. Si l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 a travers\u00e9 les civilisations humaines depuis l&rsquo;av\u00e8nement des premi\u00e8res techniques de fermentation, la biom\u00e9decine et la psychologie clinique appr\u00e9hendent d\u00e9sormais cette condition sous le prisme rigoureux de l&rsquo;intoxication alcoolique aigu\u00eb. Cette alt\u00e9ration transitoire des fonctions cognitives, motrices et affectives met en jeu une cascade complexe d&rsquo;interactions neurochimiques au sein du syst\u00e8me nerveux central, dont la compr\u00e9hension est primordiale tant pour l&rsquo;intervention d&rsquo;urgence que pour la pr\u00e9vention des conduites addictives.<\/p>\n<h2>Intoxication alcoolique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>intoxication alcoolique<\/strong>, couramment d\u00e9sign\u00e9e sous les termes d&rsquo;alcoolisation aigu\u00eb ou d&rsquo;ivresse \u00e9thylique, est un syndrome clinique transitoire r\u00e9sultant de l&rsquo;ingestion r\u00e9cente d&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 une dose exc\u00e9dant les capacit\u00e9s m\u00e9taboliques h\u00e9patiques de l&rsquo;organisme. Elle se caract\u00e9rise par un ensemble de perturbations cognitives, affectives, comportementales et physiologiques directement proportionnelles \u00e0 la concentration d&rsquo;alcool dans le sang et \u00e0 la sensibilit\u00e9 neurobiologique du sujet.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et psychiatrique, l&rsquo;intoxication se manifeste par une rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie psychologique normale, d\u00e9butant par une d\u00e9sinhibition \u00e9motionnelle et psychomotrice, pour \u00e9voluer, \u00e0 mesure que l&rsquo;alcool\u00e9mie s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, vers une alt\u00e9ration marqu\u00e9e du jugement, une incoordination motrice, un \u00e9moussement sensoriel, voire un \u00e9tat de stupeur ou de d\u00e9pression respiratoire potentiellement l\u00e9tal. Selon les classifications nosographiques internationales, elle constitue un trouble aigu induit par une substance, r\u00e9versible \u00e0 mesure que la clairance de l&rsquo;\u00e9thanol s&rsquo;effectue.<\/p>\n<p>Bien que son issue soit le plus souvent spontan\u00e9ment r\u00e9solutive sans s\u00e9quelles structurelles imm\u00e9diates lors d&rsquo;un \u00e9pisode isol\u00e9, sa r\u00e9currence ou son intensit\u00e9 extr\u00eame repr\u00e9sente un probl\u00e8me majeur de sant\u00e9 publique, fr\u00e9quemment associ\u00e9 \u00e0 des traumatismes physiques, des passages \u00e0 l&rsquo;acte h\u00e9t\u00e9ro- ou auto-agressifs, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e progressive dans un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alcoolisme\">trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool<\/a> chronique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et \u00e9volution linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab intoxication \u00bb est issu du latin m\u00e9di\u00e9val <em>intoxicare<\/em>, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab empoisonner \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du latin classique <em>toxicum<\/em>, d\u00e9signant une substance v\u00e9n\u00e9neuse, emprunt\u00e9 au grec ancien <em>toxikon<\/em> (en r\u00e9f\u00e9rence au poison dont les archers enduisaient leurs fl\u00e8ches). Dans le champ m\u00e9dical francophone, l&rsquo;intoxication s&rsquo;est progressivement distingu\u00e9e de l&#8217;empoisonnement criminel pour d\u00e9signer l&rsquo;effet morbide produit sur un organisme vivant par une substance chimique exog\u00e8ne introduite accidentellement, th\u00e9rapeutiquement ou volontairement.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab alcoolique \u00bb se rattache au substantif \u00ab alcool \u00bb, dont la trajectoire linguistique remonte \u00e0 une racine s\u00e9mitique m\u00e9di\u00e9vale parvenue en Europe par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique. \u00c0 l&rsquo;origine, ce vocable d\u00e9signait un minerai d&rsquo;antimoine finement pulv\u00e9ris\u00e9 utilis\u00e9 comme fard cosm\u00e9tique. Par glissement m\u00e9taphorique au cours des si\u00e8cles, les alchimistes de la Renaissance ont employ\u00e9 ce terme pour qualifier toute mati\u00e8re \u00e9pur\u00e9e, subtilis\u00e9e ou r\u00e9duite \u00e0 sa quintessence par sublimation ou distillation, avant de restreindre sa signification au produit de la distillation du vin, baptis\u00e9 \u00ab esprit-de-vin \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept d&rsquo;intoxication alcoolique dans le vocabulaire nosologique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au milieu du XIXe si\u00e8cle, rempla\u00e7ant peu \u00e0 peu les termes vernaculaires d&rsquo;ivresse ou d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 par une nomenclature clinique soucieuse d&rsquo;objectivit\u00e9 physiologique et d&rsquo;\u00e9mancipation vis-\u00e0-vis des jugements exclusivement moraux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce \/\u025b\u0303.t\u0254k.si.ka.sj\u0254\u0303 al.k\u0254.lik\/ dans le syst\u00e8me phonologique fran\u00e7ais standard. Elle est compos\u00e9e de deux unit\u00e9s lexicales distinctes articul\u00e9es en liaison douce : le substantif f\u00e9minin \u00ab intoxication \u00bb et l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab alcoolique \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier (\u00ab une intoxication alcoolique \u00bb ; au pluriel : \u00ab des intoxications alcooliques \u00bb). Dans le discours m\u00e9dical, l&rsquo;adjectif \u00ab \u00e9thylique \u00bb est tr\u00e8s fr\u00e9quemment employ\u00e9 comme synonyme direct, tout comme la formulation substantiv\u00e9e \u00ab alcoolisation aigu\u00eb \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage contemporain requiert de bien distinguer les formes adjectivales : un patient se trouve dans un \u00e9tat \u00ab \u00e9brieux \u00bb ou \u00ab intoxiqu\u00e9 \u00bb, tandis que la pathologie en elle-m\u00eame est qualifi\u00e9e d&rsquo;alcoolique. Sur le plan de la syntaxe clinique, le terme se combine couramment avec des descripteurs de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 (\u00ab l\u00e9g\u00e8re \u00bb, \u00ab mod\u00e9r\u00e9e \u00bb, \u00ab s\u00e9v\u00e8re \u00bb, \u00ab profonde \u00bb) ou de sp\u00e9cificit\u00e9 syndromique (\u00ab compliqu\u00e9e \u00bb, \u00ab pathologique \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;intoxication alcoolique constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne neuro-comportemental complexe qui s&rsquo;\u00e9tend le long d&rsquo;un gradient dose-d\u00e9pendant. Lorsque l&rsquo;\u00e9thanol est ing\u00e9r\u00e9, il est rapidement absorb\u00e9 par le tractus gastro-intestinal (principalement au niveau de l&rsquo;estomac et de l&rsquo;intestin gr\u00eale) en raison de sa petite taille mol\u00e9culaire et de son amphiphilie, lui permettant de traverser avec une grande c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Une fois dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;\u00e9thanol agit comme un d\u00e9presseur non s\u00e9lectif du syst\u00e8me nerveux central, alt\u00e9rant la transmission synaptique par des m\u00e9canismes directs et indirects.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue et de la ph\u00e9nom\u00e9nologie cognitive, l&rsquo;intoxication commence g\u00e9n\u00e9ralement par une phase d&rsquo;apparente stimulation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, parfois qualifi\u00e9 de \u00ab stimulation paradoxale \u00bb, ne refl\u00e8te pas une excitation neuronale intrins\u00e8que, mais plut\u00f4t une d\u00e9pression pr\u00e9coce des circuits corticaux inhibiteurs situ\u00e9s au sein du cortex pr\u00e9frontal. Cette d\u00e9sinhibition lib\u00e8re temporairement les structures sous-corticales et limbiques, se traduisant chez l&rsquo;individu par une loquacit\u00e9 accrue, une diminution de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale, une euphorie subjective et une sous-estimation des risques environnementaux.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que la concentration plasmatique augmente, les effets d\u00e9presseurs submergent les r\u00e9seaux neuronaux int\u00e9grateurs. Le traitement de l&rsquo;information se ralentit de mani\u00e8re drastique, la vigilance d\u00e9cline et l&rsquo;attention s\u00e9lective se d\u00e9t\u00e9riore. Les fonctions ex\u00e9cutives sup\u00e9rieures \u2014 incluant la m\u00e9moire de travail, la flexibilit\u00e9 mentale, la planification prospective et l&rsquo;autor\u00e9gulation \u00e9motionnelle \u2014 subissent un effondrement fonctionnel. La personne intoxiqu\u00e9e pr\u00e9sente alors un r\u00e9tr\u00e9cissement progressif de son champ perceptif et conceptuel, r\u00e9agissant de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e aux stimuli imm\u00e9diats tout en ignorant les cons\u00e9quences futures de ses actes.<\/p>\n<p>Aux niveaux d&rsquo;intoxication les plus \u00e9lev\u00e9s, l&rsquo;action s\u00e9dative s&rsquo;\u00e9tend aux centres sous-corticaux, au cervelet et au tronc c\u00e9r\u00e9bral. L&rsquo;incoordination motrice et l&rsquo;ataxie t\u00e9moignent de l&rsquo;atteinte c\u00e9r\u00e9belleuse, tandis que l&rsquo;engourdissement sensoriel et les distorsions vestibulaires provoquent naus\u00e9es et vertiges. Lorsque les concentrations atteignent le seuil critique o\u00f9 les centres bulbaires r\u00e9gulant les automatismes vitaux sont inhib\u00e9s, le tableau clinique bascule vers le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coma_%C3%A9thylique\">coma \u00e9thylique<\/a>, caract\u00e9ris\u00e9 par une hypothermie, une hypotonie musculaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une hypoventilation alv\u00e9olaire et un risque imminent d&rsquo;arr\u00eat respiratoire ou de d\u00e9c\u00e8s par asphyxie cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;inhalation de s\u00e9cr\u00e9tions gastriques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La perception soci\u00e9tale et m\u00e9dicale de l&rsquo;intoxication alcoolique s&rsquo;est transform\u00e9e au fil des mill\u00e9naires. Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9, les traditions grecques et romaines oscillaient entre la c\u00e9l\u00e9bration rituelle de l&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 li\u00e9e au culte de Dionysos ou Bacchus et la condamnation philosophique de l&rsquo;intemp\u00e9rance par des penseurs comme Platon ou Aristote. Hippocrate lui-m\u00eame d\u00e9crivait les effets de l&rsquo;exc\u00e8s de vin sur le corps et proposait diverses interventions di\u00e9t\u00e9tiques pour en contrecarrer les d\u00e9sagr\u00e9ments.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge et au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re moderne, le d\u00e9veloppement des techniques de distillation a accru de mani\u00e8re exponentielle la puissance des spiritueux disponibles. L&rsquo;apparition de l&rsquo;eau-de-vie et sa d\u00e9mocratisation progressive ont confront\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 des formes d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 plus brutales et destructrices. N\u00e9anmoins, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;intoxication demeurait largement interpr\u00e9t\u00e9 sous un prisme moral, th\u00e9ologique ou judiciaire, relevant du p\u00e9ch\u00e9 de gourmandise ou de la faute volontaire.<\/p>\n<p>Le tournant clinique s&rsquo;est amorc\u00e9 au XIXe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion de pionniers de la nosographie m\u00e9dicale. En 1849, le m\u00e9decin su\u00e9dois Magnus Huss forge le concept d&rsquo;alcoolisme chronique (<em>Alcoholismus chronicus<\/em>), \u00e9tablissant une distinction fondamentale entre l&rsquo;intoxication aigu\u00eb \u00e9pisodique et les d\u00e9gradations tissulaires et psychiques durables induites par la consommation habituelle. En France, le psychiatre Valentin Magnan a poursuivi ces travaux en d\u00e9crivant avec minutie les d\u00e9lires alcooliques aigus et en s&rsquo;int\u00e9ressant aux pr\u00e9dispositions individuelles favorisant l&rsquo;ivresse pathologique.<\/p>\n<p>Au cours du XXe si\u00e8cle, la psychiatrie moderne a formalis\u00e9 ces distinctions au sein des manuels diagnostiques standardis\u00e9s. D\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9ditions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) publi\u00e9 par l&rsquo;American Psychiatric Association et de la Classification internationale des maladies (CIM) de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9, l&rsquo;intoxication alcoolique a \u00e9t\u00e9 rigoureusement codifi\u00e9e comme un \u00e9tat psychopathologique aigu r\u00e9versible, dissoci\u00e9 de la d\u00e9pendance physique mais constitutif de l&rsquo;un de ses crit\u00e8res diagnostiques majeurs lorsqu&rsquo;elle se r\u00e9p\u00e8te au d\u00e9triment des imp\u00e9ratifs vitaux du patient.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan neurobiologique, l&rsquo;\u00e9thanol ne poss\u00e8de pas de r\u00e9cepteur synaptique unique, mais agit comme un modulateur pharmacodynamique \u00e9tendu \u00e0 plusieurs syst\u00e8mes de neurotransmission. L&rsquo;effet d\u00e9presseur fondamental repose en premier lieu sur la facilitation allost\u00e9rique positive des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">acide gamma-aminobutyrique<\/a> de type A (GABA-A). En potentialisant l&rsquo;influx d&rsquo;ions chlorure \u00e0 travers la membrane neuronale postsynaptique, l&rsquo;alcool induit une hyperpolarisation membranaire, diminuant drastiquement la probabilit\u00e9 de gen\u00e8se d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action et freinant ainsi l&rsquo;excitabilit\u00e9 globale des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<p>Conjointement \u00e0 cette action gabaergique, l&rsquo;\u00e9thanol agit comme un antagoniste non comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs glutamatergiques ionotropes, en particulier les r\u00e9cepteurs N-m\u00e9thyl-D-aspartate (NMDA). Le glutamate \u00e9tant le principal neurotransmetteur excitateur du syst\u00e8me nerveux central, son inhibition entrave la plasticit\u00e9 synaptique, les processus de potentialisation \u00e0 long terme et les transferts d&rsquo;informations interneuronaux. Cette action conjointe (renforcement de l&rsquo;inhibition GABAergique et att\u00e9nuation de l&rsquo;excitation glutamatergique) explique la nature s\u00e9dative, myorelaxante, anxiolytique et amn\u00e9siante de l&rsquo;intoxication.<\/p>\n<p>Sur le plan des processus \u00e9motionnels et motivationnels, l&rsquo;alcool stimule indirectement la lib\u00e9ration de dopamine dans la voie m\u00e9socorticolimbique, sp\u00e9cifiquement depuis l&rsquo;aire tegmentale ventrale vers le noyau accumbens. Cette activation du circuit de la r\u00e9compense g\u00e9n\u00e8re les sensations d&rsquo;euphorie initiale et de renforcement positif qui incitent \u00e0 la poursuite de la consommation. De surcro\u00eet, la lib\u00e9ration d&rsquo;endorphines endog\u00e8nes et la modulation des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT3 amplifient le soulagement des affects n\u00e9gatifs.<\/p>\n<p>Sur le plan des mod\u00e8les psychologiques, la th\u00e9orie de la \u00ab myopie alcoolique \u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par Claude Steele et Robert Josephs au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 postule que l&rsquo;intoxication restreint l&rsquo;allocation des ressources attentionnelles aux signaux saillants et imm\u00e9diats de l&rsquo;environnement, au d\u00e9triment des informations p\u00e9riph\u00e9riques, mod\u00e9ratrices ou inhibitrices. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;individu intoxiqu\u00e9 ne perd pas fondamentalement ses valeurs morales fondamentales, mais devient incapable de traiter simultan\u00e9ment l&rsquo;impulsion motrice ou affective imm\u00e9diate et les signaux abstraits de prudence ou de retenue sociale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, stades et typologies<\/h3>\n<p>L&rsquo;intoxication alcoolique peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en plusieurs phases s\u00e9quentielles corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alcool\u00e9mie (exprim\u00e9e en grammes d&rsquo;\u00e9thanol par litre de sang, g\/L), bien que la tol\u00e9rance individuelle puisse modifier le seuil d&rsquo;expression de chaque stade clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Stade d&rsquo;excitation psychomotrice et d&rsquo;euphorie (0,2 \u00e0 0,8 g\/L) :<\/strong> R\u00e9duction de la g\u00eane sociale, loquacit\u00e9 accentu\u00e9e, sensation subjective de bien-\u00eatre, l\u00e9ger ralentissement des r\u00e9flexes \u00e9l\u00e9mentaires, augmentation du temps de r\u00e9action psychomoteur et d\u00e9sinhibition \u00e9motionnelle discr\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Stade d&rsquo;incoordination et d&rsquo;instabilit\u00e9 (0,8 \u00e0 1,5 g\/L) :<\/strong> Dysarthrie (difficult\u00e9 d&rsquo;\u00e9locution), ataxie locomotrice (marche instable, perte d&rsquo;\u00e9quilibre), labilit\u00e9 de l&rsquo;humeur oscillant entre hilarit\u00e9 et irritabilit\u00e9, perturbation nette du jugement et allongement significatif du temps de r\u00e9action rendant la conduite automobile extr\u00eamement dangereuse.<\/li>\n<li><strong>Stade de confusion et d&rsquo;obnubilation (1,5 \u00e0 3,0 g\/L) :<\/strong> D\u00e9sorientation temporo-spatiale, diplopie (vision double) et alt\u00e9rations sensorielles majeures, somnolence prononc\u00e9e, naus\u00e9es et vomissements cons\u00e9cutifs \u00e0 l&rsquo;irritation gastrique et vestibulaire, amn\u00e9sie ant\u00e9rograde fragmentaire (\u00ab trou noir \u00bb cognitif).<\/li>\n<li><strong>Stade de coma et de d\u00e9pression vitale (au-del\u00e0 de 3,0 g\/L) :<\/strong> Perte de conscience profonde et ar\u00e9active, hypotonie musculaire flasque, ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse, mydriase ou myosis bilat\u00e9ral non r\u00e9actif, hypothermie s\u00e9v\u00e8re et risque imminent de d\u00e9faillance respiratoire par collapsus bulbaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan typologique, la psychiatrie clinique classique distingue traditionnellement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;ivresse simple (ou ordinaire) :<\/strong> D\u00e9roulement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et proportionnel \u00e0 la dose, r\u00e9gressant parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination m\u00e9tabolique de l&rsquo;\u00e9thanol, marqu\u00e9e par la trilogie classique excitation-confusion-sommeil r\u00e9parateur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ivresse pathologique (ou compliqu\u00e9e) :<\/strong> Survenue pour des doses parfois faibles d&rsquo;une d\u00e9sorganisation comportementale ou psychique majeure sans commune mesure avec la quantit\u00e9 absorb\u00e9e. On y range l&rsquo;ivresse excitomotrice (fureur agressive incoercible), l&rsquo;ivresse d\u00e9lirante (th\u00e8mes de pers\u00e9cution ou de jalousie aigu\u00eb avec hallucinations visuelles ou acoustico-verbales) et l&rsquo;ivresse d\u00e9pressive (effondrement m\u00e9lancolique fulgurant avec risque suicidaire impulsif majeur).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir la diversit\u00e9 clinique de l&rsquo;intoxication alcoolique, examinons trois vignettes repr\u00e9sentatives de la pratique m\u00e9dicale et psychiatrique contemporaine :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Alcoolisation paroxystique intermittente en milieu festif<\/strong><br \/>Julien, \u00e9tudiant de 21 ans sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux, participe \u00e0 une soir\u00e9e universitaire durant laquelle il consomme rapidement huit verres d&rsquo;alcool fort dans le cadre d&rsquo;un d\u00e9fi convivial de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Binge_drinking\">binge drinking<\/a>. Initialement tr\u00e8s volubile et confiant, son comportement devient progressivement inad\u00e9quat deux heures plus tard : sa parole est emp\u00e2t\u00e9e, sa d\u00e9marche chancelante, et il se montre incapable d&rsquo;estimer les dangers imm\u00e9diats lorsqu&rsquo;il tente d&rsquo;escalader la balustrade d&rsquo;un balcon. Pris en charge par ses pairs puis par les secours, son alcool\u00e9mie est mesur\u00e9e \u00e0 1,8 g\/L. Le lendemain matin, apr\u00e8s un sommeil profond de dix heures, Julien pr\u00e9sente une veisalgie intense (maux de t\u00eate, soif inextinguible, asth\u00e9nie) ainsi qu&rsquo;une amn\u00e9sie lacunaire partielle relative aux \u00e9v\u00e9nements de la seconde moiti\u00e9 de la nuit, illustrant l&rsquo;alt\u00e9ration classique de l&rsquo;encodage mn\u00e9sique hippocampique sous impr\u00e9gnation toxique.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Ivresse excitomotrice et m\u00e9dico-l\u00e9gale<\/strong><br \/>Marc, 38 ans, consomme trois verres de spiritueux lors d&rsquo;une dispute conjugale. Tr\u00e8s rapidement, il d\u00e9veloppe une fureur motrice spectaculaire caract\u00e9ris\u00e9e par des destructions d&rsquo;objets, des impr\u00e9cations mena\u00e7antes et une agitation physique extr\u00eame totalement d\u00e9synchronis\u00e9e par rapport \u00e0 son temp\u00e9rament habituel r\u00e9serv\u00e9. Les forces de l&rsquo;ordre interviennent pour s\u00e9curiser la situation. Conduit aux urgences hospitali\u00e8res, Marc est confus, incapable de nommer le jour de la semaine et prof\u00e8re des propos incoh\u00e9rents sur un complot tram\u00e9 par son entourage. Apr\u00e8s une contention s\u00e9curis\u00e9e et l&rsquo;administration prudente d&rsquo;un neuroleptique s\u00e9datif, le patient s&rsquo;endort profond\u00e9ment pour se r\u00e9veiller douze heures plus tard sans aucun souvenir de la crise, t\u00e9moignant d&rsquo;une ivresse pathologique avec amn\u00e9sie r\u00e9tro-ant\u00e9rograde compl\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Intoxication s\u00e9v\u00e8re avec engagement du pronostic vital<\/strong><br \/>Clara, 17 ans, est retrouv\u00e9e inconsciente sur la voie publique en p\u00e9riode hivernale apr\u00e8s une consommation massive et rapide de vodka. \u00c0 l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale mobile, son score sur l&rsquo;\u00e9chelle de Glasgow est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 5 (aucune r\u00e9ponse verbale, ouverture des yeux \u00e0 la douleur seulement, r\u00e9ponse motrice st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e). Elle pr\u00e9sente une hypothermie \u00e0 33,8 \u00b0C, une fr\u00e9quence respiratoire \u00e0 8 cycles par minute et une p\u00e2leur cutan\u00e9e marqu\u00e9e. Sa glyc\u00e9mie capillaire r\u00e9v\u00e8le une hypoglyc\u00e9mie \u00e0 2,8 mmol\/L, complication classique de l&rsquo;intoxication p\u00e9diatrique ou chez le sujet jeune par \u00e9puisement du glycog\u00e8ne h\u00e9patique et inhibition de la n\u00e9oglucogen\u00e8se. Transf\u00e9r\u00e9e d&rsquo;urgence en r\u00e9animation, elle n\u00e9cessite une intubation orotrach\u00e9ale transitoire, une perfusion de s\u00e9rum glucos\u00e9 et un r\u00e9chauffement progressif, soulignant le p\u00e9ril mortel de l&rsquo;intoxication massive.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de l&rsquo;intoxication alcoolique repose sur l&rsquo;\u00e9valuation conjointe de crit\u00e8res cliniques, s\u00e9miologiques et paracliniques. Dans le DSM-5-TR, les crit\u00e8res diagnostiques exigent la pr\u00e9sence d&rsquo;une ingestion r\u00e9cente d&rsquo;alcool, accompagn\u00e9e de modifications comportementales ou psychologiques cliniquement significatives et inadapt\u00e9es (conduites agressives, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, alt\u00e9ration du jugement) survenues pendant ou peu de temps apr\u00e8s l&rsquo;ingestion.<\/p>\n<p>Ces modifications doivent s&rsquo;accompagner d&rsquo;au moins un (et le plus souvent plusieurs) des signes cliniques suivants, se d\u00e9veloppant au cours de l&rsquo;alcoolisation :<\/p>\n<ul>\n<li>Dysarthrie (\u00e9locution p\u00e2teuse ou incoh\u00e9rente) ;<\/li>\n<li>Incoordination motrice et gestuelle ;<\/li>\n<li>D\u00e9marche \u00e9brieuse et perte d&rsquo;\u00e9quilibre postural (signe de Romberg perturb\u00e9) ;<\/li>\n<li>Nystagmus (mouvements oscillatoires involontaires des globes oculaires) ;<\/li>\n<li>Alt\u00e9ration de l&rsquo;attention s\u00e9lective ou de la m\u00e9moire imm\u00e9diate ;<\/li>\n<li>Stupeur, torpeur ou coma dans les formes \u00e9volu\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation paraclinique objective comprend la mesure de l&rsquo;alcool\u00e9mie par pr\u00e9l\u00e8vement sanguin (m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence exprim\u00e9e en g\/L ou mg\/dL) ou l&rsquo;estimation par \u00e9thylom\u00e8tre mesurant l&rsquo;alcool dans l&rsquo;air expir\u00e9 (exprim\u00e9 en mg\/L d&rsquo;air). Dans le contexte de l&rsquo;urgence, le clinicien doit imp\u00e9rativement r\u00e9aliser une glyc\u00e9mie capillaire pour \u00e9carter une hypoglyc\u00e9mie concomitante induite par le blocage enzymatique de la n\u00e9oglucogen\u00e8se par le NADH exc\u00e9dentaire g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;oxydation de l&rsquo;\u00e9thanol.<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel implique l&rsquo;exclusion d&rsquo;autres affections m\u00e9dicales aigu\u00ebs susceptibles de mimer une ivresse \u00e9thylique : traumatisme cr\u00e2nien (h\u00e9matome sous-dural), accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, intoxication par d&rsquo;autres d\u00e9presseurs centraux (benzodiaz\u00e9pines, barbituriques, opio\u00efdes, GHB), enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique ou acidoc\u00e9tose diab\u00e9tique.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension rigoureuse de l&rsquo;intoxication alcoolique irrigue de multiples domaines op\u00e9rationnels de la m\u00e9decine, de la s\u00e9curit\u00e9 civile et des sciences judiciaires. En m\u00e9decine d&rsquo;urgence, la prise en charge d&rsquo;un patient intoxiqu\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple surveillance d&rsquo;attente. Elle requiert une veille attentive des fonctions vitales (saturation puls\u00e9e en oxyg\u00e8ne, fr\u00e9quence respiratoire, position lat\u00e9rale de s\u00e9curit\u00e9 pour \u00e9viter le syndrome de Mendelson par inhalation gastrique), la pr\u00e9vention de l&rsquo;hypothermie et la prescription syst\u00e9matique de thiamine (vitamine B1) par voie parent\u00e9rale avant toute perfusion glucos\u00e9e chez les buveurs chroniques afin de pr\u00e9venir l&rsquo;apparition de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalopathie_de_Wernicke\">enc\u00e9phalopathie de Wernicke<\/a>.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dico-l\u00e9gal et juridique, la mesure de l&rsquo;intoxication est au centre de la r\u00e9gulation de la circulation routi\u00e8re et de la s\u00e9curit\u00e9 au travail. Les l\u00e9gislations nationales \u00e9tablissent des seuils l\u00e9gaux stricts d&rsquo;alcool\u00e9mie au-del\u00e0 desquels la conduite d&rsquo;engins motoris\u00e9s ou l&rsquo;exercice de certaines fonctions sensibles constitue une infraction p\u00e9nale majeure, ind\u00e9pendamment de la perception subjective de vigilance du conducteur.<\/p>\n<p>En psychologie clinique et en addictologie, l&rsquo;\u00e9pisode d&rsquo;intoxication aigu\u00eb repr\u00e9sente souvent une fen\u00eatre d&rsquo;opportunit\u00e9 th\u00e9rapeutique d\u00e9terminante. Le mod\u00e8le du rep\u00e9rage pr\u00e9coce et de l&rsquo;intervention br\u00e8ve (RPIB) recommande d&rsquo;aborder la question de la consommation lors du retour \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sobre, en s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;entretien motivationnel pour explorer l&rsquo;ambivalence du patient vis-\u00e0-vis de ses habitudes de consommation sans posture moralisatrice culpabilisante.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche neuroscientifique contemporaine s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9chiffrer avec une pr\u00e9cision accrue les alt\u00e9rations micro-structurelles et fonctionnelles g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les \u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d&rsquo;intoxication aigu\u00eb. Les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es notamment par des \u00e9quipes internationales de neuro-imagerie ont d\u00e9montr\u00e9 que m\u00eame une intoxication mod\u00e9r\u00e9e d\u00e9synchronise la connectivit\u00e9 fonctionnelle entre le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et l&rsquo;amygdale. Cette rupture de connectivit\u00e9 explique pourquoi les sujets intoxiqu\u00e9s \u00e9prouvent des difficult\u00e9s accrues \u00e0 inhiber leurs r\u00e9ponses affectives primaires face \u00e0 des stimuli per\u00e7us comme mena\u00e7ants.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux empiriques, conduits sous l&rsquo;angle de la psychopharmacologie cognitive par des chercheurs sp\u00e9cialistes de l&rsquo;amn\u00e9sie alcoolique (comme Aaron White), ont \u00e9lucid\u00e9 les m\u00e9canismes fins des \u00ab blackouts \u00bb induits par l&rsquo;alcool. Ces amn\u00e9sies ant\u00e9rogrades ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;un effacement a posteriori des souvenirs emmagasin\u00e9s, mais d&rsquo;une incapacit\u00e9 neurobiologique compl\u00e8te de l&rsquo;hippocampe \u00e0 consolider l&rsquo;information re\u00e7ue depuis la m\u00e9moire \u00e0 court terme vers la m\u00e9moire \u00e0 long terme, en raison d&rsquo;un blocage s\u00e9lectif des r\u00e9cepteurs NMDA et des potentiels d&rsquo;action calciques n\u00e9cessaires \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9tude \u00e9pid\u00e9miologique des modes de consommation des adolescents et jeunes adultes a mis en \u00e9vidence la toxicit\u00e9 sp\u00e9cifique des alcoolisations massives intermittentes. La r\u00e9p\u00e9tition de phases d&rsquo;intoxication brutale suivies d&rsquo;un sevrage spontan\u00e9 induit un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab kindling \u00bb (embrasement neuronal) caract\u00e9ris\u00e9 par une hyperexcitabilit\u00e9 glutamatergique r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, particuli\u00e8rement n\u00e9faste pour la my\u00e9linisation et la maturation du cortex c\u00e9r\u00e9bral chez les sujets de moins de 25 ans.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;intoxication alcoolique ne constitue pas uniquement un \u00e9v\u00e9nement neurotoxique universel ; son interpr\u00e9tation, son acceptabilit\u00e9 et ses manifestations d\u00e9pendent \u00e9troitement du contexte culturel au sein duquel elle s&rsquo;inscrit. Les travaux des anthropologues et sociologues de la sant\u00e9, tels que Dwight Heath, distinguent les \u00ab cultures humides \u00bb (ou m\u00e9diterran\u00e9ennes) des \u00ab cultures s\u00e8ches \u00bb (ou nordiques et anglo-saxonnes).<\/p>\n<p>Dans les cultures dites humides, le vin ou les boissons ferment\u00e9es font traditionnellement partie du r\u00e9gime alimentaire quotidien lors des repas ; la consommation est fr\u00e9quente mais \u00e9tal\u00e9e dans le temps, et l&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 manifeste sur la place publique y est g\u00e9n\u00e9ralement frapp\u00e9e de r\u00e9probation sociale. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures dites s\u00e8ches, l&rsquo;alcool est historiquement moins pr\u00e9sent dans la vie quotidienne mais sa consommation se concentre sur des temps festifs sp\u00e9cifiques durant lesquels l&rsquo;intoxication aigu\u00eb d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e est tol\u00e9r\u00e9e, voire valoris\u00e9e comme un rite de transition, de socialisation ou de l\u00e2cher-prise \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique et interethnique, il existe d&rsquo;importants polymorphismes enzymatiques modulant l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;intoxication. Une proportion notable d&rsquo;individus originaires d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est pr\u00e9sente une variante all\u00e9lique du g\u00e8ne codant pour l&rsquo;ald\u00e9hyde d\u00e9shydrog\u00e9nase mitochondriale (ALDH2*2), caract\u00e9ris\u00e9e par une tr\u00e8s faible activit\u00e9 enzymatique. L&rsquo;oxydation de l&rsquo;\u00e9thanol en ac\u00e9tald\u00e9hyde toxique se poursuit normalement sous l&rsquo;action de l&rsquo;alcool d\u00e9shydrog\u00e9nase (ADH), mais l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde s&rsquo;accumule rapidement dans l&rsquo;organisme faute d&rsquo;\u00eatre promptement d\u00e9grad\u00e9 en ac\u00e9tate. Il en r\u00e9sulte un syndrome de flush imm\u00e9diat associant \u00e9ryth\u00e8me facial violent, palpitations, tachycardie, c\u00e9phal\u00e9es et naus\u00e9es, qui limite naturellement le risque d&rsquo;intoxication profonde en rendant la poursuite de l&rsquo;ingestion p\u00e9nible.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites nosographiques<\/h3>\n<p>Le statut nosographique de l&rsquo;intoxication alcoolique suscite d&rsquo;importants d\u00e9bats conceptuels au sein de la psychiatrie et de la philosophie de la m\u00e9decine. La principale critique porte sur la m\u00e9dicalisation potentiellement excessive d&rsquo;un comportement d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 r\u00e9cr\u00e9ative : en classant l&rsquo;intoxication ordinaire parmi les troubles mentaux au sein du DSM et de la CIM, les nomenclatures m\u00e9dicales risquent de pathologiser un \u00e9tat transitoire et volontaire partag\u00e9 par des centaines de millions d&rsquo;individus sans vis\u00e9e curative demand\u00e9e.<\/p>\n<p>Une seconde controverse p\u00e9renne concerne la validit\u00e9 scientifique du diagnostic d&rsquo;\u00ab ivresse pathologique \u00bb. Initialement introduite dans la psychiatrie europ\u00e9enne pour qualifier des acc\u00e8s de fureur hallucinatoire ou agressive survenant apr\u00e8s de tr\u00e8s faibles doses d&rsquo;alcool chez des sujets pr\u00e9dispos\u00e9s, cette entit\u00e9 clinique est souvent contest\u00e9e par les pharmacologues contemporains. Beaucoup y voient une commodit\u00e9 diagnostique utilis\u00e9e devant les cours d&rsquo;assises pour plaider l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale temporaire, attribuant plut\u00f4t ces comportements extr\u00eames \u00e0 la d\u00e9compensation de troubles de la personnalit\u00e9 sous-jacents (notamment antisociale ou limite) combin\u00e9e \u00e0 une intoxication r\u00e9elle mais sous-d\u00e9clar\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la notion de responsabilit\u00e9 morale et juridique relative aux actes commis en \u00e9tat d&rsquo;intoxication fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9volutions l\u00e9gislatives complexes. Alors que le droit romain et certaines doctrines anciennes pouvaient consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 comme une circonstance att\u00e9nuante affaiblissant le libre arbitre, les syst\u00e8mes judiciaires modernes tendent \u00e0 requalifier l&rsquo;intoxication alcoolique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e en circonstance aggravante lors de violences ou d&rsquo;homicides involontaires, estimant que l&rsquo;individu avait l&rsquo;obligation morale et l\u00e9gale d&rsquo;anticiper la perte de contr\u00f4le inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;absorption de toxiques.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer une rigueur terminologique indispensable \u00e0 la pratique clinique, l&rsquo;intoxication alcoolique doit \u00eatre minutieusement diff\u00e9renci\u00e9e des concepts voisins suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool (alcoolod\u00e9pendance) :<\/strong> Pathologie chronique caract\u00e9ris\u00e9e par une perte durable du contr\u00f4le de la consommation, une tol\u00e9rance accrue et des sympt\u00f4mes de sevrage \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. L&rsquo;intoxication aigu\u00eb est un \u00e9v\u00e9nement ponctuel qui peut survenir chez une personne d\u00e9pendante comme chez un consommateur tout \u00e0 fait occasionnel.<\/li>\n<li><strong>Sevrage alcoolique (syndrome de sevrage) :<\/strong> \u00c9tat physiopathologique oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intoxication, survenant lors de la baisse rapide ou de l&rsquo;arr\u00eat complet de la consommation chez un individu d\u00e9pendant. Il se manifeste par une hyperexcitabilit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux autonome (sueurs, tremblements, tachycardie, anxi\u00e9t\u00e9, voire delirium tremens et crises comitiales).<\/li>\n<li><strong>Veisalgie (ou \u00ab gueule de bois \u00bb) :<\/strong> Constellation de sympt\u00f4mes d\u00e9sagr\u00e9ables (c\u00e9phal\u00e9es, naus\u00e9es, soif, hypersensibilit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re) qui se d\u00e9veloppent lorsque l&rsquo;alcool\u00e9mie redevient nulle ou quasi nulle apr\u00e8s une intoxication aigu\u00eb ant\u00e9rieure, r\u00e9sultant de la d\u00e9shydratation, de la toxicit\u00e9 de l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde et de l&rsquo;hypoglyc\u00e9mie relative.<\/li>\n<li><strong>Ivresse pathologique :<\/strong> R\u00e9action psychiatrique explosive, atypique et disproportionn\u00e9e survenant pour des concentrations minimes d&rsquo;\u00e9thanol, marqu\u00e9e par une violence impulsive ou des d\u00e9lires aigus suivis d&rsquo;une amn\u00e9sie compl\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;alcool :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne neuro-adaptatif par lequel l&rsquo;organisme diminue sa sensibilit\u00e9 aux effets de l&rsquo;\u00e9thanol, n\u00e9cessitant des doses croissantes pour obtenir le m\u00eame degr\u00e9 d&rsquo;intoxication subjective ou comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;intoxication alcoolique constitue un syndrome clinique aigu majeur caus\u00e9 par l&rsquo;action s\u00e9dative et neurotoxique de l&rsquo;\u00e9thanol sur le syst\u00e8me nerveux central. Ses implications touchent la neurobiologie, la m\u00e9decine d&rsquo;urgence, la sant\u00e9 publique et le droit criminel. Les points essentiels \u00e0 retenir incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9canismes neurochimiques :<\/strong> L&rsquo;alcool agit comme un d\u00e9presseur central par potentialisation de la transmission inhibitrice GABAergique et inhibition de la transmission excitatrice glutamatergique (NMDA), tout en activant la voie dopaminergique m\u00e9solimbique responsable des sensations de r\u00e9compense.<\/li>\n<li><strong>Profil clinique dose-d\u00e9pendant :<\/strong> Le tableau \u00e9volue le long d&rsquo;un continuum d\u00e9butant par une d\u00e9sinhibition et une euphorie l\u00e9g\u00e8re, progressant vers l&rsquo;ataxie motrice, la dysarthrie, la confusion cognitive, pour culminer dans les cas s\u00e9v\u00e8res vers le coma \u00e9thylique et la d\u00e9faillance respiratoire fatale.<\/li>\n<li><strong>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 cognitive :<\/strong> La d\u00e9t\u00e9rioration des fonctions ex\u00e9cutives et le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab myopie alcoolique \u00bb alt\u00e8rent gravement la prise de d\u00e9cision, favorisant les conduites \u00e0 risque, les actes violents et les traumatismes accidentels.<\/li>\n<li><strong>Amn\u00e9sie induite :<\/strong> Les \u00e9pisodes de \u00ab blackout \u00bb r\u00e9sultent d&rsquo;une inhibition fonctionnelle temporaire de l&rsquo;hippocampe, bloquant l&rsquo;encodage et la consolidation des souvenirs \u00e0 long terme.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge m\u00e9dicale :<\/strong> Elle requiert le maintien des fonctions vitales, la pr\u00e9vention de l&rsquo;hypoglyc\u00e9mie et de l&rsquo;hypothermie, ainsi que l&rsquo;administration syst\u00e9matique de vitamine B1 chez les buveurs chroniques afin de pr\u00e9venir des atteintes neurologiques irr\u00e9versibles.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm<\/a><\/li>\n<li>Babor, T. F., Higgins-Biddle, J. C., Saunders, J. B., &#038; Monteiro, M. G. (2001). <em>AUDIT: The Alcohol Use Disorders Identification Test: Guidelines for use in primary care<\/em> (2nd ed.). World Health Organization. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/apps.who.int\/iris\/handle\/10665\/67205\">https:\/\/apps.who.int\/iris\/handle\/10665\/67205<\/a><\/li>\n<li>Inserm. (2021). <em>Alcool : Expertise collective<\/em>. \u00c9ditions Inserm. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/expertise-collective\/alcool-effets-sante\/\">https:\/\/www.inserm.fr\/expertise-collective\/alcool-effets-sante\/<\/a><\/li>\n<li>Steele, C. M., &#038; Josephs, R. A. (1990). Alcohol myopia: Its prized and dangerous effects. <em>American Psychologist<\/em>, 45(8), 921\u2013933. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.45.8.921\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.45.8.921<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (2019). <em>International Classification of Diseases for Mortality and Morbidity Statistics<\/em> (11th rev.; ICD-11). World Health Organization. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/icd.who.int\/\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;intoxication alcoolique aigu\u00eb est un syndrome clinique transitoire caract\u00e9ris\u00e9 par des perturbations neurocognitives, motrices et affectives dose-d\u00e9pendantes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,459,476,3],"tags":[15530,32790,31781,15574,32791,419,26310],"class_list":["post-20005","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neurosciences","category-psychiatrie","category-psychologie-clinique","tag-addictologie","tag-alcoolisation-aigue","tag-coma-ethylique","tag-intoxication-alcoolique","tag-ivresse-ethylique","tag-sante-mentale","tag-trouble-de-lusage-de-lalcool"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20005\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}