{"id":19983,"date":"2026-10-23T03:28:13","date_gmt":"2026-10-23T03:28:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=mutisme-akinetique"},"modified":"2026-10-23T03:28:13","modified_gmt":"2026-10-23T03:28:13","slug":"mutisme-akinetique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=mutisme-akinetique","title":{"rendered":"Mutisme akin\u00e9tique : L&rsquo;aboulie \u00e0 son paroxysme"},"content":{"rendered":"<p>Suspendu entre la veille vigilante et l&rsquo;inertie absolue, le mutisme akin\u00e9tique constitue l&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus fascinantes et d\u00e9routantes des neurosciences cliniques contemporaines. Dans cet \u00e9tat neuropsychiatrique singulier, le sujet pr\u00e9serve une vigilance apparente et un regard attentif, mais se trouve d\u00e9pouill\u00e9 de toute impulsion motrice ou verbale spontan\u00e9e. Cette dissociation tragique entre la capacit\u00e9 physique d&rsquo;agir et la volont\u00e9 motrice interroge les fondements m\u00eames de la conscience conative et de l&rsquo;initiation de l&rsquo;action.<\/p>\n<h2>Mutisme akin\u00e9tique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>mutisme akin\u00e9tique<\/strong> est un syndrome neurologique et neuropsychiatrique s\u00e9v\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;absence ou la r\u00e9duction drastique de la parole (mutisme) et des mouvements corporels spontan\u00e9s (akin\u00e9sie), survenant chez un individu dont l&rsquo;\u00e9tat de veille, les voies motrices pyramidales primaires et la vigilance sensorielle de base demeurent fondamentalement pr\u00e9serv\u00e9s. Le patient appara\u00eet pleinement conscient, suit fr\u00e9quemment du regard les stimuli environnementaux, mais manifeste une perte quasi totale de l&rsquo;initiative motrice, affective et verbale.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, cette affection repr\u00e9sente l&rsquo;extr\u00eame d&rsquo;un continuum d&rsquo;alt\u00e9ration de la motivation comportementale et de l&rsquo;activation psychique, souvent conceptualis\u00e9 \u00e0 travers la triade apathie-aboulie-mutisme akin\u00e9tique. Le patient ne formule aucune plainte, ne r\u00e9clame aucun soin et ne r\u00e9pond pas aux sollicitations habituelles, bien qu&rsquo;une stimulation sensorielle ou \u00e9motionnelle vigoureuse puisse parfois provoquer une r\u00e9ponse motrice ou verbale \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, br\u00e8ve et d\u00e9pourvue de pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p>Contrairement au coma ou aux \u00e9tats v\u00e9g\u00e9tatifs, le sujet atteint de mutisme akin\u00e9tique n&rsquo;est pas inconscient au sens clinique du terme. Ses cycles veille-sommeil sont maintenus, ses yeux s&rsquo;ouvrent spontan\u00e9ment et explorent l&rsquo;espace par des mouvements de poursuite oculaire fluides, cr\u00e9ant chez l&rsquo;observateur l&rsquo;illusion d&rsquo;une pr\u00e9sence attentive et r\u00e9ceptive, contredite par une inertie psychomotrice compl\u00e8te.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab mutisme akin\u00e9tique \u00bb d\u00e9rive d&rsquo;un croisement lexical gr\u00e9co-latin refl\u00e9tant avec pr\u00e9cision la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la condition. Le substantif \u00ab mutisme \u00bb est issu du latin classique <em>mutus<\/em>, signifiant \u00ab muet, silencieux, d\u00e9pourvu de parole articul\u00e9e \u00bb, combin\u00e9 au suffixe d&rsquo;origine grecque <em>-isme<\/em>, d\u00e9signant un \u00e9tat, une condition pathologique ou une doctrine clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab akin\u00e9tique \u00bb puise sa source dans le grec ancien. Il se compose du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-, marquant la n\u00e9gation ou la privation) et du substantif <em>kin\u0113sis<\/em> (\u03ba\u03af\u03bd\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2, signifiant \u00ab mouvement, action, agitation \u00bb), d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>kinein<\/em> (bouger). Ainsi, \u00ab akin\u00e9tique \u00bb d\u00e9signe litt\u00e9ralement l&rsquo;absence ou la privation de mouvement.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit pour la premi\u00e8re fois dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale anglophone sous la forme <em>akinetic mutism<\/em> en 1941 par le neurochirurgien australo-britannique Sir Hugh Cairns et ses collaborateurs. Ils d\u00e9crivirent l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une jeune patiente de quatorze ans porteuse d&rsquo;un kyste \u00e9pidermo\u00efde du troisi\u00e8me ventricule c\u00e9r\u00e9bral, dont l&rsquo;inertie motrice et le silence contrastaient radicalement avec l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil pr\u00e9serv\u00e9 et la disparition miraculeuse des sympt\u00f4mes apr\u00e8s d\u00e9compression ventriculaire.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [my.tism a.ki.ne.tik]. Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier form\u00e9 du substantif masculin \u00ab mutisme \u00bb qualifi\u00e9 par l&rsquo;adjectif relationnel postpos\u00e9 \u00ab akin\u00e9tique \u00bb. Au pluriel, il prend la forme \u00ab mutismes akin\u00e9tiques \u00bb, bien que le syndrome soit g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9sign\u00e9 au singulier en tant qu&rsquo;entit\u00e9 nosologique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique francophone, le terme s&#8217;emploie principalement comme un diagnostic syndromique (\u00ab Le patient pr\u00e9sente un mutisme akin\u00e9tique secondaire \u00e0 un AVC \u00bb) ou comme un descripteur s\u00e9miologique (\u00ab \u00e9volution vers un tableau de mutisme akin\u00e9tique \u00bb). On observe parfois l&rsquo;usage paronymique ou synonymique d&rsquo;expressions telles que \u00ab perte d&rsquo;auto-activation psychique \u00bb ou \u00ab athymhormie \u00bb, bien que ces derni\u00e8res renvoient \u00e0 des cadres conceptuels l\u00e9g\u00e8rement distincts d\u00e9velopp\u00e9s par l&rsquo;\u00e9cole neurologique fran\u00e7aise.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 du mutisme akin\u00e9tique, il est indispensable de dissocier les trois composantes fondamentales du comportement orient\u00e9 vers un but : la vigilance (ou niveau d&rsquo;\u00e9veil cortical), la capacit\u00e9 motrice d&rsquo;ex\u00e9cution (l&rsquo;appareil neuromusculaire et pyramidal) et l&rsquo;impulsion \u00e0 agir (la conation ou motivation motrice intrins\u00e8que). Dans le mutisme akin\u00e9tique, l&rsquo;appareil d&rsquo;ex\u00e9cution neuromusculaire est intact : il n&rsquo;existe ni t\u00e9trapl\u00e9gie, ni paralyse faciale bilat\u00e9rale, ni syndrome de d\u00e9saff\u00e9rentation motrice p\u00e9riph\u00e9rique. Le cortex moteur primaire et les voies pyramidales sont fonctionnels, et le syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant du tronc c\u00e9r\u00e9bral maintient l&rsquo;\u00e9tat de veille.<\/p>\n<p>Le dysfonctionnement fondamental r\u00e9side dans l&rsquo;extinction du g\u00e9n\u00e9rateur central de l&rsquo;action intentionnelle. Le cerveau conserve la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer des programmes moteurs et d&rsquo;analyser les informations sensorielles, mais il est incapable de franchir le seuil d&rsquo;amor\u00e7age qui convertit une repr\u00e9sentation interne en un acte comportemental manifeste. Ce d\u00e9ficit d&rsquo;auto-activation transforme le patient en un \u00eatre purement r\u00e9actif, chez qui seule une stimulation externe d&rsquo;intensit\u00e9 exceptionnelle peut parfois court-circuiter l&rsquo;inertie pour lib\u00e9rer un mot murmur\u00e9, une d\u00e9glutition d\u00e9clench\u00e9e ou un retrait de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie de la conscience dans ce syndrome soul\u00e8ve d&rsquo;immenses questions. Les rares patients ayant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un mutisme akin\u00e9tique transitoire d\u00e9crivent r\u00e9trospectivement un \u00e9tat caract\u00e9ris\u00e9 non pas par une angoisse insurmontable ou une paralysie claustrophobique, mais par un \u00ab vide mental \u00bb absolu. Interrog\u00e9s sur les raisons de leur silence prolong\u00e9 ou de leur immobilit\u00e9, ils rapportent souvent qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient \u00ab rien \u00e0 dire \u00bb et qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9prouvaient \u00ab aucune volont\u00e9 de bouger \u00bb. Il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;une volont\u00e9 emprisonn\u00e9e derri\u00e8re des membres r\u00e9calcitrants, mais d&rsquo;une abolition de la volont\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne illustre la rupture de la boucle fronto-striatale m\u00e9diane. Dans un fonctionnement neurotypique, l&rsquo;int\u00e9gration des signaux limbiques et dopaminergiques au sein du cortex cingulaire ant\u00e9rieur dorsal et de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire g\u00e9n\u00e8re un signal d&rsquo;\u00e9nergie psychique suffisant pour surmonter le co\u00fbt d&rsquo;effort associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action. Dans le mutisme akin\u00e9tique, ce calcul computationnel d&rsquo;effort-r\u00e9compense est r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant, maintenant le syst\u00e8me moteur dans un \u00e9tat de repos permanent.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de la conceptualisation du mutisme akin\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tend sur pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;observations cliniques minutieuses et d&rsquo;\u00e9volutions technologiques majeures :<\/p>\n<p>En 1941, Sir Hugh Cairns, neurochirurgien exer\u00e7ant \u00e0 Oxford, publie dans la revue <em>Brain<\/em> une observation princeps qui pose l&rsquo;acte de naissance du concept. Il relate le cas d&rsquo;une fillette op\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un kyste \u00e9pidermo\u00efde de la r\u00e9gion du troisi\u00e8me ventricule c\u00e9r\u00e9bral. Cairns forge l&rsquo;expression <em>akinetic mutism<\/em> pour d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;immobilit\u00e9 vigilante de la patiente et souligne le fait remarquable que la vidange p\u00e9riodique du kyste par ponction r\u00e9tablissait quasi instantan\u00e9ment la parole, la motricit\u00e9 spontan\u00e9e et la r\u00e9activit\u00e9 affective.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de la corr\u00e9lation anatomo-clinique post-mortem permet de distinguer diff\u00e9rentes localisations l\u00e9sionnelles responsables de ce tableau. Des neurologues comme C. Miller Fisher d\u00e9crivent des formes secondaires \u00e0 des isch\u00e9mies bilat\u00e9rales dans le territoire de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale ant\u00e9rieure. Parall\u00e8lement, des l\u00e9sions dienc\u00e9phaliques et m\u00e9senc\u00e9phaliques hautes sont reconnues comme g\u00e9n\u00e9ratrices de tableaux similaires, menant \u00e0 une premi\u00e8re dichotomie clinique entre formes m\u00e9senc\u00e9phalo-thalamiques et formes fronto-cingulaires.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, l&rsquo;\u00e9cole neurologique fran\u00e7aise, men\u00e9e notamment par Dominique Laplane et ses coll\u00e8gues \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re, enrichit le paradigme th\u00e9orique en introduisant le concept de \u00ab perte d&rsquo;auto-activation psychique \u00bb (ou athymhormie). Laplane d\u00e9montre que des l\u00e9sions bilat\u00e9rales des noyaux gris centraux, en particulier du globus pallidus et du striatum, produisent une inertie comportementale spectaculaire r\u00e9versible sous h\u00e9t\u00e9ro-activation verbale soutenue, ancrant d\u00e9finitivement le mutisme akin\u00e9tique au sein d&rsquo;une pathologie des circuits fronto-striataux sous-corticaux.<\/p>\n<p>Au XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et de l&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI) a permis de red\u00e9finir le mutisme akin\u00e9tique non plus comme une l\u00e9sion focale isol\u00e9e, mais comme un syndrome de d\u00e9connexion r\u00e9seau affectant les n\u0153uds cruciaux du r\u00e9seau de saillance et des boucles motivationnelles m\u00e9solimbiques et m\u00e9socorticales.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine du mutisme akin\u00e9tique repose sur l&rsquo;int\u00e9gration de plusieurs cadres conceptuels issus de la neuropsychiatrie, de la neurobiologie des syst\u00e8mes et des neurosciences computationnelles :<\/p>\n<p>Le principal fondement th\u00e9orique s&rsquo;articule autour des <strong>boucles fronto-striato-pallido-thalamo-corticales<\/strong> formalis\u00e9es par Alexander, DeLong et Strick. Parmi les cinq circuits parall\u00e8les identifi\u00e9s dans le cerveau humain, le circuit cingulaire ant\u00e9rieur joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la motivation motrice et la conation. Ce circuit na\u00eet dans le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (aires de Brodmann 24 et 32), projette sur le striatum ventral (dont le noyau accumbens), transite par le globus pallidus m\u00e9dial et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e, pour rejoindre le noyau thalamique m\u00e9diodorsal avant de boucler sur le cortex cingulaire. Une rupture structurelle ou fonctionnelle bilat\u00e9rale en un point quelconque de cette boucle supprime l&rsquo;impulsion motrice interne.<\/p>\n<p>Un second cadre th\u00e9orique fondamental est l&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se dopaminergique m\u00e9socorticolimbique<\/strong>. La dopamine n&rsquo;est pas uniquement un neurom\u00e9diateur de la r\u00e9compense h\u00e9donique ; elle constitue le carburant neurochimique principal de l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;action (l&rsquo;\u00ab effort-related choice \u00bb). Les projections dopaminergiques issues de l&rsquo;aire tegmentale ventrale vers le cortex frontal m\u00e9dial et le noyau accumbens permettent d&rsquo;\u00e9valuer le co\u00fbt de l&rsquo;effort par rapport au gain attendu. Dans le mutisme akin\u00e9tique, la d\u00e9nervation dopaminergique bilat\u00e9rale cr\u00e9e une barri\u00e8re infranchissable : le co\u00fbt subjectif de la moindre action motrice devient infiniment sup\u00e9rieur \u00e0 sa valeur incentive.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences computationnelles et du <em>predictive coding<\/em> (codage pr\u00e9dictif), l&rsquo;\u00e9tat peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un effondrement des \u00ab hyper-priors \u00bb intentionnels. Le syst\u00e8me nerveux central maintient continuellement des pr\u00e9dictions descendantes pour moduler l&rsquo;\u00e9tat des effecteurs moteurs. Dans le mutisme akin\u00e9tique, la machinerie pr\u00e9dictive g\u00e9n\u00e9rant l&rsquo;intention d&rsquo;agir est \u00e9teinte, laissant le syst\u00e8me sensoriel enregistrer fid\u00e8lement le monde ext\u00e9rieur sans jamais instancier de commande motrice active pour y r\u00e9pondre.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le mutisme akin\u00e9tique ne constitue pas une entit\u00e9 monolithique uniforme, mais se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes variantes topographiques et dimensionnelles bien caract\u00e9ris\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Mutisme akin\u00e9tique ant\u00e9rieur (frontal ou cingulaire) :<\/strong> Cette forme r\u00e9sulte d&rsquo;une l\u00e9sion bilat\u00e9rale du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_cingulaire_ant%C3%A9rieur\">cortex cingulaire ant\u00e9rieur<\/a> ou de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire, le plus souvent cons\u00e9cutive \u00e0 un infarctus dans le territoire des art\u00e8res c\u00e9r\u00e9brales ant\u00e9rieures. Le patient pr\u00e9sente une akin\u00e9sie bilat\u00e9rale massive, un mutisme total ou quasi total, et une indiff\u00e9rence affective absolue. Les r\u00e9flexes d&rsquo;agrippement et les comportements d&rsquo;imitation ou d&rsquo;utilisation peuvent \u00eatre pr\u00e9sents en raison de la lev\u00e9e d&rsquo;inhibition des structures motrices post\u00e9rieures.<\/li>\n<li><strong>Mutisme akin\u00e9tique post\u00e9rieur (m\u00e9senc\u00e9phalo-dienc\u00e9phalique) :<\/strong> Cons\u00e9cutif \u00e0 des l\u00e9sions de la formation r\u00e9ticul\u00e9e m\u00e9senc\u00e9phalique sup\u00e9rieure, de la substance grise p\u00e9riaqueducale ou des noyaux param\u00e9dians du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thalamus\">thalamus<\/a>. Les patients pr\u00e9sentent une somnolence plus marqu\u00e9e, une fluctuation de l&rsquo;\u00e9tat de vigilance et fr\u00e9quemment des paralysies oculomotrices verticales (syndrome de Parinaud) associ\u00e9es, en raison de l&rsquo;atteinte concomitante des structures pr\u00e9tectales.<\/li>\n<li><strong>Mutisme akin\u00e9tique striatal (sous-cortical) :<\/strong> Caus\u00e9 par une n\u00e9crose bilat\u00e9rale des noyaux gris centraux (notamment apr\u00e8s anoxie c\u00e9r\u00e9brale ou intoxication au monoxyde de carbone). Il se manifeste par une perte d&rsquo;auto-activation psychique pure : le patient est totalement inerte spontan\u00e9ment, mais si une personne tierce lui donne des ordres simples et \u00e9nergiques de mani\u00e8re continue, il est capable de parler, de marcher et de manger, avant de replonger dans l&rsquo;inertie d\u00e8s l&rsquo;interruption des stimuli.<\/li>\n<li><strong>Formes partielles ou transitoires :<\/strong> Souvent qualifi\u00e9es d&rsquo;aboulie majeure, o\u00f9 le patient parvient \u00e0 \u00e9mettre quelques syllabes apr\u00e8s une tr\u00e8s longue p\u00e9riode de latence (parfois plusieurs dizaines de secondes d&rsquo;h\u00e9sitation apparente) et ex\u00e9cute des gestes rudimentaires lorsque la consigne est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir la r\u00e9alit\u00e9 de ce syndrome en pratique m\u00e9dicale, voici trois situations cliniques typiques :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;infarctus bicingulaire aigu.<\/strong> Une femme de 62 ans souffrant de fibrillation auriculaire sans anticoagulation efficace pr\u00e9sente une occlusion brutale du tronc commun des art\u00e8res c\u00e9r\u00e9brales ant\u00e9rieures (variante anatomique azygos). Du jour au lendemain, elle est retrouv\u00e9e immobile dans son lit. Aux urgences, ses yeux sont grands ouverts ; elle suit visuellement le neurologue qui se d\u00e9place dans la chambre. Cependant, elle ne prononce aucun mot, ne serre pas la main sur consigne et ne fait aucun geste pour chasser une compresse pos\u00e9e sur son front. Aucune paralysie focale n&rsquo;est retrouv\u00e9e lors de la mobilisation passive de ses membres, et ses r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux sont sym\u00e9triques. Lorsqu&rsquo;on lui pr\u00e9sente son t\u00e9l\u00e9phone portable en train de sonner avec le nom de son fils affich\u00e9, elle le regarde fixement sans amorcer le moindre geste pour d\u00e9crocher.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : La d\u00e9compression d&rsquo;un kyste collo\u00efde.<\/strong> Un homme de 35 ans d\u00e9veloppe des c\u00e9phal\u00e9es chroniques suivies d&rsquo;une apathie progressive aboutissant en quelques semaines \u00e0 un mutisme complet avec immobilit\u00e9 au lit. L&rsquo;imagerie r\u00e9v\u00e8le un volumineux kyste collo\u00efde du troisi\u00e8me ventricule entra\u00eenant une hydroc\u00e9phalie obstructive aigu\u00eb et une compression m\u00e9canique bilat\u00e9rale des colonnes du fornix et des parois thalamiques m\u00e9diales. Vingt-quatre heures apr\u00e8s la pose d&rsquo;une d\u00e9rivation ventriculaire externe et l&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se du kyste, le patient commence spontan\u00e9ment \u00e0 parler, demande de l&rsquo;eau et s&rsquo;\u00e9tonne d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Interrog\u00e9 sur son silence des semaines pass\u00e9es, il affirme : \u00ab Je savais que vous \u00e9tiez l\u00e0, mais je n&rsquo;avais rien \u00e0 penser, rien \u00e0 demander, c&rsquo;\u00e9tait le calme plat \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Les s\u00e9quelles anoxiques post-arr\u00eat cardiaque.<\/strong> Un jeune homme de 22 ans survit \u00e0 une r\u00e9animation cardiopulmonaire prolong\u00e9e apr\u00e8s noyade. \u00c0 la phase de r\u00e9veil en r\u00e9animation, il \u00e9merge du coma mais s&rsquo;installe dans un \u00e9tat akin\u00e9tique s\u00e9v\u00e8re. L&rsquo;IRM montre une hypersignal bilat\u00e9ral sym\u00e9trique des t\u00eates des noyaux caud\u00e9s et des globus pallidus. En l&rsquo;absence de sollicitation, il reste les yeux ouverts sans cligner ni bouger. Si sa m\u00e8re s&rsquo;assoit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et lui dit d&rsquo;un ton direct et rythm\u00e9 : \u00ab Ouvre la bouche, prends la cuill\u00e8re, m\u00e2che \u00bb, il ex\u00e9cute la s\u00e9quence sans faillir. D\u00e8s que sa m\u00e8re s&rsquo;arr\u00eate de parler, il s&rsquo;immobilise la cuill\u00e8re \u00e0 mi-chemin de la bouche, incapable de finaliser l&rsquo;action de mani\u00e8re autonome.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du mutisme akin\u00e9tique est \u00e9minemment clinique et s&rsquo;appuie sur une d\u00e9marche rigoureuse visant \u00e0 quantifier le d\u00e9ficit conatif et \u00e0 exclure les diagnostics diff\u00e9rentiels :<\/p>\n<p>Sur le plan comportemental, l&rsquo;examinateur utilise des outils standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation des d\u00e9sordres de la conscience et de l&rsquo;initiation motrice. L&rsquo;\u00e9chelle de r\u00e9cup\u00e9ration du coma (<em>Coma Recovery Scale-Revised<\/em> ou CRS-R) est fr\u00e9quemment mobilis\u00e9e dans les phases initiales pour distinguer le mutisme akin\u00e9tique d&rsquo;un \u00e9tat de conscience minimale ou d&rsquo;un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_d%27%C3%A9veil_non_r%C3%A9pondant\">\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil non r\u00e9pondant<\/a>. La pr\u00e9sence d&rsquo;une fixation et d&rsquo;une poursuite visuelle reproductible sans commande motrice volontaire est un \u00e9l\u00e9ment cardinal scor\u00e9 sur cette \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Dans les formes chroniques ou incompl\u00e8tes, les praticiens recourent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;apathie de Starkstein ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;apathie de Marin (<em>Apathy Evaluation Scale<\/em>, AES). Ces outils mesurent l&rsquo;impact du d\u00e9ficit motivationnel dans les sph\u00e8res cognitive, affective et comportementale, objectivant une r\u00e9duction majeure de la production spontan\u00e9e de comportements guid\u00e9s par des objectifs internes.<\/p>\n<p>Le bilan d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale multimodale constitue la pierre angulaire de l&rsquo;exploration \u00e9tiologique. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale de haute r\u00e9solution avec s\u00e9quences de diffusion, T2 FLAIR et susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique permet d&rsquo;identifier les l\u00e9sions bilat\u00e9rales indispensables \u00e0 la gen\u00e8se du syndrome : isch\u00e9mies bicingulaires, infarctus bithalamiques param\u00e9dians de l&rsquo;art\u00e8re de Percheron, l\u00e9sions de la substance noire ou contusions frontales internes post-traumatiques. La tomographie par \u00e9mission de positons au 18F-fluorod\u00e9soxyglucose (TEP-FDG) objective quant \u00e0 elle un hypom\u00e9tabolisme profond et sym\u00e9trique du cortex frontal m\u00e9dial et des structures striatales.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La reconnaissance pr\u00e9cise du mutisme akin\u00e9tique porte des implications cliniques et th\u00e9rapeutiques cruciales pour le pronostic et la qualit\u00e9 de vie des patients :<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <strong>pharmacoth\u00e9rapie cibl\u00e9e<\/strong>, l&rsquo;identification du m\u00e9canisme sous-jacent a permis l&rsquo;exp\u00e9rimentation d&rsquo;approches dopaminergiques r\u00e9paratrices. Plusieurs publications rapportent des succ\u00e8s spectaculaires avec des agonistes dopaminergiques directs comme la bromocriptine ou le pramipexole, ainsi qu&rsquo;avec des pr\u00e9curseurs m\u00e9taboliques comme la l\u00e9vodopa. L&rsquo;amantadine, par son action combin\u00e9e dopaminergique et antagoniste des r\u00e9cepteurs NMDA, est largement employ\u00e9e pour restaurer l&rsquo;\u00e9veil motivationnel. De mani\u00e8re plus surprenante mais bien document\u00e9e, l&rsquo;administration de zolpidem (un modulateur allost\u00e9rique des r\u00e9cepteurs GABA-A) peut lever paradoxalement l&rsquo;inhibition motrice chez certains patients en restaurant le d\u00e9bit sanguin c\u00e9r\u00e9bral dans les circuits fronto-striataux l\u00e9s\u00e9s.<\/p>\n<p>En <strong>neuror\u00e9habilitation<\/strong>, la prise en charge n\u00e9cessite un encadrement hautement sp\u00e9cialis\u00e9. Contrairement \u00e0 la r\u00e9\u00e9ducation classique qui sollicite l&rsquo;autonomie et l&rsquo;auto-initiation du patient, la prise en charge d&rsquo;un mutisme akin\u00e9tique requiert un guidage externe constant (<em>cueing<\/em> auditif, tactile et rythmique). Les \u00e9quipes soignantes et les aidants familiaux doivent \u00eatre form\u00e9s \u00e0 fournir des invites verbales fermes et cadenc\u00e9es pour stimuler les r\u00e9seaux d&rsquo;activation extrins\u00e8que sans interpr\u00e9ter \u00e0 tort l&rsquo;immobilit\u00e9 du patient comme un refus de coop\u00e9ration ou un \u00e9tat d\u00e9pressif passif.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9thique et m\u00e9dico-l\u00e9gal, le diagnostic de mutisme akin\u00e9tique modifie substantiellement l&rsquo;\u00e9valuation des directives anticip\u00e9es et des d\u00e9cisions de limitation ou d&rsquo;arr\u00eat des th\u00e9rapeutiques actives. Puisque le patient pr\u00e9sente des yeux ouverts et un regard vigilant, l&rsquo;entourage peut croire \u00e0 une souffrance consciente intense ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, \u00e0 une r\u00e9cup\u00e9ration imminente. La clarification de la dissociation conative permet d&rsquo;accompagner les familles avec une objectivit\u00e9 scientifique empreinte d&#8217;empathie.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche moderne sur le mutisme akin\u00e9tique s&rsquo;est intensifi\u00e9e avec le d\u00e9ploiement de la connectomique fonctionnelle et des \u00e9tudes l\u00e9sionnelles par cartographie de r\u00e9seau (<em>lesion network mapping<\/em>) :<\/p>\n<p>Une \u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence men\u00e9e par Michael D. Fox et ses coll\u00e8gues \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine de Harvard a d\u00e9montr\u00e9 que les l\u00e9sions focales provoquant le mutisme akin\u00e9tique, bien que distribu\u00e9es en des sites anatomiques distincts (cortex cingulaire ant\u00e9rieur, thalamus param\u00e9dian, tegmentum m\u00e9senc\u00e9phalique, striatum), sont toutes connect\u00e9es fonctionnellement \u00e0 un circuit c\u00e9r\u00e9bral unique. En cartographiant ces l\u00e9sions sur le connectome humain sain, les auteurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ce r\u00e9seau convergeait sp\u00e9cifiquement vers le cortex cingulaire ant\u00e9rieur dorsal et le striatum ventral, validant scientifiquement l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00ab circuit de la volont\u00e9 \u00bb ou de l&rsquo;initiation de l&rsquo;action.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux en neurosciences cognitives conduits par des chercheurs comme Mathias Pessiglione ont analys\u00e9 la dissociation effort-r\u00e9compense \u00e0 l&rsquo;aide de paradigmes neurophysiologiques chez des patients souffrant de l\u00e9sions sous-corticales bilat\u00e9rales. Leurs donn\u00e9es empiriques d\u00e9montrent que ces sujets per\u00e7oivent parfaitement la valeur mon\u00e9taire ou sensorielle d&rsquo;une r\u00e9compense, mais que le syst\u00e8me d&rsquo;int\u00e9gration dopaminergique striato-cingulaire est d\u00e9faillant pour convertir cette valeur en force motrice, confirmant que le mutisme akin\u00e9tique repr\u00e9sente la forme ultime d&rsquo;\u00e9puisement de la r\u00e9serve d&rsquo;\u00e9nergie motivationnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que le mutisme akin\u00e9tique d\u00e9coule d&rsquo;alt\u00e9rations neuroanatomiques universelles, sa reconnaissance, son interpr\u00e9tation soci\u00e9tale et sa prise en charge varient sensiblement selon les contextes culturels et les syst\u00e8mes de soins de sant\u00e9 :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, marqu\u00e9es par une valorisation extr\u00eame de l&rsquo;autonomie individuelle, de l&rsquo;expression verbale et de l&rsquo;agentivit\u00e9 personnelle, l&rsquo;\u00e9tat de mutisme akin\u00e9tique est v\u00e9cu par les familles et les soignants comme une d\u00e9shumanisation dramatique. L&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 initier la parole est souvent interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 tort comme une d\u00e9tresse existentielle silencieuse ou une angoisse de r\u00e9clusion interne (<em>locked-in<\/em>), engendrant un d\u00e9sarroi psychologique majeur chez les proches.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes culturels o\u00f9 les manifestations corporelles de la conscience sont interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers des prismes spirituels ou traditionnels, l&rsquo;immobilit\u00e9 vigilante peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 des \u00e9tats de transe m\u00e9ditative profonde, \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de possession spirituelle ou \u00e0 des ruptures de l&rsquo;\u00e2me avec le corps. De telles repr\u00e9sentations peuvent retarder le recours aux services de r\u00e9animation ou de neurochirurgie, privant parfois le patient d&rsquo;un traitement \u00e9tiologique d&rsquo;urgence (comme la lev\u00e9e d&rsquo;une hydroc\u00e9phalie compressive ou la revascularisation d&rsquo;une thrombose vasculaire r\u00e9versible).<\/p>\n<p>Dans les environnements hospitaliers \u00e0 ressources limit\u00e9es, la distinction technique entre coma vigil, \u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil non r\u00e9pondant et mutisme akin\u00e9tique est rendue difficile par le manque d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;IRM ou \u00e0 la TEP. Dans ces conditions, les patients risquent d&rsquo;\u00eatre class\u00e9s pr\u00e9matur\u00e9ment dans des cat\u00e9gories d&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une formation s\u00e9miologique clinique rigoureuse au chevet du malade.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La nosologie du mutisme akin\u00e9tique continue de susciter d&rsquo;importants d\u00e9bats th\u00e9oriques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique :<\/p>\n<p>Le principal point de friction r\u00e9side dans la d\u00e9limitation floue entre le mutisme akin\u00e9tique et l&rsquo;<strong>aboulie s\u00e9v\u00e8re<\/strong>. Certains auteurs soutiennent que le mutisme akin\u00e9tique n&rsquo;est pas une entit\u00e9 nosologique ind\u00e9pendante, mais simplement le stade terminal quantitatif d&rsquo;un continuum unique de l&rsquo;apathie. D&rsquo;autres sp\u00e9cialistes, en revanche, avancent qu&rsquo;il existe une diff\u00e9rence qualitative : l&rsquo;abolition compl\u00e8te du comportement moteur spontan\u00e9 et l&rsquo;absence totale de r\u00e9action \u00e9motionnelle face au danger physique justifient une classification diagnostique distincte.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat concerne le statut de la <strong>conscience ph\u00e9nom\u00e9nale<\/strong> chez ces patients. Alors que certains cliniciens postulent que l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue est totalement annihil\u00e9e (le \u00ab vide mental \u00bb d\u00e9crit \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration), d&rsquo;autres chercheurs soulignent que des enregistrements \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques (EEG) et des potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs (comme l&rsquo;onde P300) montrent des r\u00e9ponses corticales pr\u00e9serv\u00e9es face \u00e0 des stimuli environnementaux signifiants. La question de savoir s&rsquo;il existe une forme de conscience silencieuse et non ext\u00e9riorisable demeure ouverte, soulevant des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>Enfin, le recouvrement diagnostique avec la <strong>catatonie<\/strong> fait l&rsquo;objet de discussions persistantes. Plusieurs psychiatres soulignent que les formes l\u00e9thargiques ou stuporeuses de la catatonie partagent des caract\u00e9ristiques cliniques et pharmacologiques troublantes avec le mutisme akin\u00e9tique (notamment l&rsquo;immobilit\u00e9, le mutisme et la r\u00e9activit\u00e9 au zolpidem ou aux benzodiaz\u00e9pines). Pour certains chercheurs, le mutisme akin\u00e9tique d&rsquo;origine frontale et la catatonie organique repr\u00e9senteraient deux lectures disciplinaires diff\u00e9rentes d&rsquo;un m\u00eame dysfonctionnement des circuits moteurs frontaux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer un diagnostic diff\u00e9rentiel sans faille, le clinicien doit distinguer avec rigueur le mutisme akin\u00e9tique de plusieurs affections neuropsychiatriques et comateuses adjacentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_d%27enfermement\">Syndrome d&rsquo;enfermement (Locked-in syndrome)<\/a> :<\/strong> Contrairement au mutisme akin\u00e9tique o\u00f9 l&rsquo;appareil d&rsquo;ex\u00e9cution est intact mais la volont\u00e9 \u00e9teinte, le syndrome d&rsquo;enfermement r\u00e9sulte d&rsquo;une l\u00e9sion motrice pure (le plus souvent un infarctus bilat\u00e9ral de la calotte protub\u00e9rante). Le patient est totalement conscient, ressent des \u00e9motions intenses et veut communiquer, mais il est quadripl\u00e9gique et anarthrique. Il utilise les mouvements oculaires verticaux et le clignement palp\u00e9bral pour dialoguer de mani\u00e8re active et volontaire.<\/li>\n<li><strong><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catatonie\">Catatonie<\/a> :<\/strong> La catatonie s&rsquo;accompagne typiquement de signes moteurs extrapyramidaux particuliers absents dans le mutisme akin\u00e9tique pur : catalepsie (flexibilit\u00e9 cireuse), maintien prolong\u00e9 de postures impos\u00e9es, n\u00e9gativisme actif (r\u00e9sistance physique aux consignes), \u00e9choph\u00e9nom\u00e8nes (\u00e9cholalie, \u00e9chopraxie) et acc\u00e8s soudains d&rsquo;agitation motrice st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. De plus, elle r\u00e9pond de mani\u00e8re quasi sp\u00e9cifique aux benzodiaz\u00e9pines et \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tat d&rsquo;\u00e9veil non r\u00e9pondant (\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif) :<\/strong> Les patients conservent des cycles veille-sommeil et ouvrent les yeux, mais ils ne manifestent aucune fixation visuelle soutenue, aucune poursuite oculaire coordonn\u00e9e et aucun signe de conscience de soi ou de l&rsquo;environnement, t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9connexion corticale diffuse beaucoup plus globale que dans le mutisme akin\u00e9tique.<\/li>\n<li><strong>Aboulie et athymhormie :<\/strong> L&rsquo;aboulie est une forme mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;inertie o\u00f9 le patient conserve la capacit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter des actes simples avec un temps de latence prolong\u00e9. L&rsquo;athymhormie (d\u00e9crite par Laplane) met l&rsquo;accent sur l&rsquo;\u00e9moussement affectif global et la disparition des d\u00e9sirs et des passions, tout en autorisant une activation motrice efficace lorsque le patient est stimul\u00e9 par une consigne ext\u00e9rieure continue.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pression m\u00e9lancolique stuporeuse :<\/strong> Bien que le tableau d&rsquo;inhibition psychomotrice puisse ressembler \u00e0 un mutisme akin\u00e9tique, l&rsquo;examen psychiatrique et l&rsquo;histoire clinique r\u00e9v\u00e8lent des \u00e9l\u00e9ments de souffrance morale extr\u00eame, des th\u00e8mes d\u00e9lirants d&rsquo;incurabilit\u00e9, de culpabilit\u00e9 ou de ruine, et un faci\u00e8s fig\u00e9 dans une expression de douleur morale (signe du pli om\u00e9ga) bien diff\u00e9rent du regard neutre et impassible du mutisme akin\u00e9tique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le mutisme akin\u00e9tique illustre les fronti\u00e8res les plus complexes de la neurophysiologie humaine en s\u00e9parant radicalement l&rsquo;action de la conscience \u00e9l\u00e9mentaire :<\/p>\n<p>Le syndrome associe une immobilit\u00e9 motrice compl\u00e8te et un silence absolu \u00e0 la pr\u00e9servation de la vigilance, de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil et des r\u00e9flexes d&rsquo;orientation visuelle, en l&rsquo;absence de tout d\u00e9ficit moteur p\u00e9riph\u00e9rique ou pyramidal primaire.<\/p>\n<p>Il proc\u00e8de d&rsquo;une atteinte structurelle ou fonctionnelle bilat\u00e9rale des circuits cortico-sous-corticaux de la motivation et de l&rsquo;initiation motrice, particuli\u00e8rement le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, les noyaux gris centraux (striatum, pallidum) ou les projections param\u00e9dianes du dienc\u00e9phale et du m\u00e9senc\u00e9phale.<\/p>\n<p>Les patients ayant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un \u00e9pisode aigu d\u00e9crivent une vacuit\u00e9 mentale et une extinction totale de l&rsquo;impulsion \u00e0 agir, prouvant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un trouble primitif de la conation et non d&rsquo;une impossibilit\u00e9 m\u00e9canique d&rsquo;ext\u00e9riorisation motrice.<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel imp\u00e9ratif impose de le distinguer sans d\u00e9lai du syndrome de d\u00e9saff\u00e9rentation motrice (locked-in), de la catatonie motrice, des \u00e9tats de conscience minimale et de la stupeur m\u00e9lancolique.<\/p>\n<p>Les approches th\u00e9rapeutiques reposent sur le traitement \u00e9tiologique en urgence (neurochirurgical ou vasculaire) compl\u00e9t\u00e9, dans les formes adapt\u00e9es, par l&rsquo;utilisation de mol\u00e9cules dopaminergiques pro-motivationnelles (amantadine, bromocriptine, l\u00e9vodopa) et un accompagnement cognitif bas\u00e9 sur l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-activation externe soutenue.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cairns, H., Oldfield, R. C., Pennybacker, J. B., &amp; Whitteridge, D. (1941). Akinetic mutism with an epidermoid cyst or the 3rd ventricle. <em>Brain<\/em>, 64(4), 273-290. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/64.4.273\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/64.4.273<\/a><\/li>\n<li>Laplane, D., Baulac, M., Widl\u00f6cher, D., &amp; Dubois, B. (1984). Pure psychic akinesia with bilateral lesions of the basal ganglia. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 47(4), 377-385. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.47.4.377\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.47.4.377<\/a><\/li>\n<li>Darby, R. R., Joutsa, J., Burke, M. J., &amp; Fox, M. D. (2018). Lesion network localization of free will. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 115(42), 10792-10797. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1814197115\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1814197115<\/a><\/li>\n<li>Barris, M. C., &amp; Schuman, H. R. (1953). Bilateral anterior cingulate gyrus lesions: Syndrome of the anterior cingulate gyri. <em>Neurology<\/em>, 3(1), 44-52. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.3.1.44\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.3.1.44<\/a><\/li>\n<li>Arnts, H., van Erp, W. S., Lavrijsen, J. C., van Gaal, S., Groenewegen, H. J., &amp; van den Munckhof, P. (2020). On the pathophysiology and treatment of akinetic mutism. <em>Neuroscience &amp; Biobehavioral Reviews<\/em>, 112, 270-278. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2020.02.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2020.02.006<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mutisme akin\u00e9tique est un syndrome neuropsychiatrique s\u00e9v\u00e8re marqu\u00e9 par une immobilit\u00e9 et un mutisme vigilants cons\u00e9cutifs \u00e0 des l\u00e9sions fronto-cingulaires ou dienc\u00e9phaliques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,46,476],"tags":[30784,30928,3722,13145,32728,1434],"class_list":["post-19983","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neuropsychologie","category-psychiatrie","tag-aboulie","tag-apathie","tag-conation","tag-cortex-cingulaire-anterieur","tag-mutisme-akinetique","tag-neuropsychiatrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19983\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}