{"id":19982,"date":"2026-10-23T03:25:13","date_gmt":"2026-10-23T03:25:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=akinetique-definition-neuropsychologie"},"modified":"2026-10-23T03:25:13","modified_gmt":"2026-10-23T03:25:13","slug":"akinetique-definition-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=akinetique-definition-neuropsychologie","title":{"rendered":"Akin\u00e9tique : Le silence du mouvement explor\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la neurologie clinique, de la psychiatrie et des neurosciences cognitives, l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique repr\u00e9sente une rupture profonde dans l&rsquo;orchestration du comportement volontaire. Caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;impossibilit\u00e9 ou l&rsquo;extr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 initier et ex\u00e9cuter une action motrice en l&rsquo;absence de paralysie \u00e9l\u00e9mentaire, ce ph\u00e9nom\u00e8ne interroge les liens intimes unissant la motivation, les circuits dopaminergiques et l&rsquo;activation motrice. Comprendre la s\u00e9m\u00e9iologie de l&rsquo;akin\u00e9sie permet d&rsquo;\u00e9clairer les m\u00e9canismes les plus complexes qui gouvernent le passage de l&rsquo;intention \u00e0 l&rsquo;acte.<\/p>\n<h2>Akin\u00e9tique et Akin\u00e9sie en Neuropsychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le terme <strong>akin\u00e9tique<\/strong> qualifie un \u00e9tat pathologique ou un profil clinique marqu\u00e9 par l&rsquo;<strong>akin\u00e9sie<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;incapacit\u00e9, la perte ou l&rsquo;extr\u00eame lenteur de l&rsquo;initiation des mouvements volontaires, sans qu&rsquo;il existe de d\u00e9ficit moteur primaire attribuable \u00e0 une l\u00e9sion de la voie pyramidale. Dans le lexique neurologique et neuropsychologique, l&rsquo;adjectif s&rsquo;applique aussi bien au patient pr\u00e9sentant ce d\u00e9ficit qu&rsquo;aux manifestations syndromiques sp\u00e9cifiques, \u00e0 l&rsquo;instar du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mutisme_akin%C3%A9tique\">mutisme akin\u00e9tique<\/a> ou des formes akin\u00e9to-rigides des syndromes extrapyramidaux.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la stricte perturbation motrice, l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique englobe fr\u00e9quemment une dimension cognitive et affective. L&rsquo;individu akin\u00e9tique manifeste une r\u00e9duction drastique de la cin\u00e9tique spontan\u00e9e, touchant non seulement les gestes finalis\u00e9s des membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs, mais \u00e9galement l&rsquo;expression faciale (amimie), le clignement des yeux et les ajustements posturaux automatiques. Cette privation cin\u00e9tique ne r\u00e9sulte ni d&rsquo;une faiblesse musculaire intrins\u00e8que, ni d&rsquo;une incoordination c\u00e9r\u00e9belleuse ou d&rsquo;une atteinte sensitive p\u00e9riph\u00e9rique, mais d&rsquo;une d\u00e9sorganisation des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux sous-corticaux et frontaux responsables du d\u00e9clenchement moteur.<\/p>\n<p>En psychopathologie, la composante akin\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tend aux sph\u00e8res motivationnelle et conative : elle renvoie \u00e0 une inertie psychique et comportementale o\u00f9 la production spontan\u00e9e de pens\u00e9es, d&rsquo;affects et de paroles se trouve suspendue ou lourdement ralentie. L&rsquo;akin\u00e9sie constitue ainsi une fen\u00eatre d&rsquo;observation privil\u00e9gi\u00e9e sur l&rsquo;interface complexe qui lie la volont\u00e9 consciente, l&rsquo;\u00e9veil thalamo-cortical et la r\u00e9gulation des syst\u00e8mes neurochimiques centraux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tymologie du mot remonte directement au grec ancien. Le pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-), marquant l&rsquo;absence ou le manque, s&rsquo;associe au radical <em>kin\u0113sis<\/em> (\u03ba\u03af\u03bd\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2), qui signifie \u00ab mouvement \u00bb ou \u00ab action de mouvoir \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>kinein<\/em> (\u03ba\u03b9\u03bd\u03b5\u1fd6\u03bd), signifiant \u00ab mouvoir \u00bb ou \u00ab remuer \u00bb. Le suffixe adjectival <em>-ique<\/em> (du grec -\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2 \/ <em>-ikos<\/em>, relay\u00e9 par le latin tardif <em>-icus<\/em>) conf\u00e8re au mot sa fonction relationnelle, indiquant la nature ou l&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>Historiquement, le vocable \u00ab kin\u00e9sie \u00bb et ses d\u00e9riv\u00e9s sont apparus dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale occidentale au cours du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 mesure que la s\u00e9miologie neurologique descriptive se structurait en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Le terme <em>akin\u00e9sie<\/em> (ou <em>acinesia<\/em> dans les trait\u00e9s m\u00e9dicaux n\u00e9olatins et anglophones du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle) s&rsquo;est progressivement substitu\u00e9 aux descriptions vagues de \u00ab paralysie sans paralysie \u00bb ou d&rsquo;\u00ab inertie n\u00e9vropathique \u00bb pour d\u00e9signer un dysfonctionnement s\u00e9lectif des m\u00e9canismes d&rsquo;amor\u00e7age moteur.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 dans le contexte des syndromes extrapyramidaux gr\u00e2ce aux travaux fondateurs de cliniciens francophones et europ\u00e9ens \u00e9tudiant la s\u00e9quelle motrice de l&rsquo;enc\u00e9phalite l\u00e9thargique de von Economo et la description affin\u00e9e des affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. Aujourd&rsquo;hui, \u00ab akin\u00e9tique \u00bb demeure solidement ancr\u00e9 tant dans le vocabulaire biom\u00e9dical que dans les neurosciences comportementales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab akin\u00e9tique \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/a.ki.ne.tik\/. Le terme poss\u00e8de la double nature grammaticale d&rsquo;adjectif qualificatif \u00e9pic\u00e8ne (pr\u00e9sentant la m\u00eame terminaison orthographique au masculin et au f\u00e9minin) et de substantif lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 pour d\u00e9signer une personne affect\u00e9e : un akin\u00e9tique, une akin\u00e9tique.<\/p>\n<p>Au pluriel, l&rsquo;adjectif s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement par l&rsquo;adjonction d&rsquo;un \u00ab s \u00bb final : des patients akin\u00e9tiques, des crises akin\u00e9tiques. Les d\u00e9clinaisons morphologiques associ\u00e9es incluent le substantif f\u00e9minin <em>akin\u00e9sie<\/em> (\/a.ki.ne.zi\/), d\u00e9crivant le sympt\u00f4me ou le syndrome sous-jacent, ainsi que l&rsquo;adverbe d\u00e9riv\u00e9, quoique plus rare dans l&rsquo;usage courant, <em>akin\u00e9tiquement<\/em>.<\/p>\n<p>On rencontre \u00e9galement dans la litt\u00e9rature scientifique des termes compos\u00e9s ou associ\u00e9s, tels que \u00ab akin\u00e9to-rigide \u00bb pour d\u00e9finir un sous-type s\u00e9miologique cumulant perte de mouvement et hypertonie plastique, ou \u00ab akin\u00e9to-aboulique \u00bb pour souligner la co-occurrence d&rsquo;un d\u00e9ficit moteur et d&rsquo;un effondrement conatif. Les variantes graphiques anciennes int\u00e9grant un \u00ab c \u00bb (acin\u00e9tique, acin\u00e9sie) sont d\u00e9sormais devenues obsol\u00e8tes dans les publications contemporaines en fran\u00e7ais.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour cerner le concept d&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique, il convient de distinguer rigoureusement la puissance motrice brute de la commande d&rsquo;amor\u00e7age. Dans une paralysie pyramidale classique cons\u00e9cutive \u00e0 un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, le patient est incapable d&rsquo;actionner son membre en raison de la destruction des motoneurones centraux ; le signal eff\u00e9rent ne parvient pas aux muscles. Dans l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique, le syst\u00e8me moteur primaire est intact : la force musculaire th\u00e9orique est conserv\u00e9e, les r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux peuvent \u00eatre normaux ou mod\u00e9r\u00e9ment modifi\u00e9s, mais l&rsquo;ordre de mise en mouvement tarde \u00e0 \u00e9merger, peine \u00e0 s&rsquo;ex\u00e9cuter ou fait totalement d\u00e9faut.<\/p>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie traduit une d\u00e9faillance de la programmation et de l&rsquo;automatisation gestuelle sous-tendue par les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a> et les aires motrices pr\u00e9frontales. Le sujet akin\u00e9tique \u00e9prouve une dissociation fondamentale entre l&rsquo;intention et le d\u00e9clenchement : il formule consciemment le d\u00e9sir de se lever, d&rsquo;avancer la jambe ou de r\u00e9pondre verbalement \u00e0 un interlocuteur, mais son syst\u00e8me nerveux central ne parvient pas \u00e0 d\u00e9livrer la bouff\u00e9e d&rsquo;activation requise pour surmonter l&rsquo;inertie basale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se traduit par une r\u00e9duction de la motricit\u00e9 spontan\u00e9e (perte des gestes d&rsquo;accompagnement de la marche, disparition du balancement des bras) et par un blocage brutal \u00e0 l&rsquo;initiation du geste (ph\u00e9nom\u00e8ne de cong\u00e9lation ou \u00ab freezing \u00bb).<\/p>\n<p>Un autre aspect conceptuel fondamental r\u00e9side dans le r\u00f4le des aff\u00e9rences sensorielles externes sur la performance motrice. Alors que la g\u00e9n\u00e9ration motrice endog\u00e8ne (auto-initi\u00e9e) est lourdement compromise chez le sujet akin\u00e9tique, la pr\u00e9sentation d&rsquo;un indice visuel ou auditif externe peut soudainement d\u00e9bloquer le programme moteur. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne fascinant, d\u00e9nomm\u00e9 kin\u00e9sie paradoxale, met en \u00e9vidence la pr\u00e9servation de circuits alternatifs capables de court-circuiter les circuits striato-frontaux d\u00e9ficients en s&rsquo;appuyant sur des r\u00e9seaux parieto-moteurs guid\u00e9s par l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>Enfin, le spectre akin\u00e9tique s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la motricit\u00e9 somatique globale. L&rsquo;akin\u00e9sie oculaire se manifeste par un retard dans l&rsquo;initiation des saccades oculaires volontaires. L&rsquo;akin\u00e9sie phonatoire ou vocale se traduit par une voix monocorde, \u00e9touff\u00e9e et hypophone, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extinction compl\u00e8te de la voix. D\u00e8s lors, le concept d&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique ne doit pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une simple raideur articulaire, mais appr\u00e9hend\u00e9 comme une d\u00e9sactivation multidimensionnelle de l&rsquo;action intentionnelle.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;akin\u00e9sie s&rsquo;entrem\u00eale avec la naissance de la nosographie neurologique moderne. En 1817, le m\u00e9decin britannique James Parkinson publie son c\u00e9l\u00e8bre essai sur la paralysie agitante (<em>An Essay on the Shaking Palsy<\/em>). S&rsquo;il met en exergue le tremblement de repos, il observe d\u00e9j\u00e0 avec acuit\u00e9 la lenteur d&rsquo;action et la tendance \u00e0 la propulsion, esquissant les contours de ce que la neurologie nommera ult\u00e9rieurement la triade parkinsonienne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re et de figures majeures telles que Jean-Martin Charcot puis \u00c9douard Brissaud, que la s\u00e9miologie des affections sous-corticales commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9manciper du mod\u00e8le exclusivement pyramidal. Les neurologues identifient formellement que l&rsquo;inertie motrice n&rsquo;est pas synonyme de par\u00e9sie musculaire. L&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie mondiale d&rsquo;enc\u00e9phalite l\u00e9thargique (1916-1930) d\u00e9crite par Constantin von Economo constitue un tournant dramatique et d\u00e9cisif : des milliers de patients d\u00e9veloppent des formes aigu\u00ebs et post-enc\u00e9phalitiques de parkinsonisme s\u00e9v\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9es par une akin\u00e9sie stuporeuse massive, figeant des individus jeunes dans un immobilisme quasi catatonique.<\/p>\n<p>En 1941, le neurochirurgien \u00e9cossais Fred Plum et ses coll\u00e8gues, puis plus particuli\u00e8rement le neuropsychiatre am\u00e9ricain Fred Cairns, introduisent le concept de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mutisme_akin%C3%A9tique\">mutisme akin\u00e9tique<\/a>. Cairns d\u00e9crit le cas d&rsquo;une jeune fille porteuse d&rsquo;un kyste \u00e9pidermo\u00efde du troisi\u00e8me ventricule c\u00e9r\u00e9bral, plong\u00e9e dans une immobilit\u00e9 totale, incapable d&rsquo;\u00e9mettre un son ou d&rsquo;esquisser un geste, tout en gardant les yeux ouverts et en conservant une vigilance apparente. Cette d\u00e9couverte relie formellement l&rsquo;akin\u00e9sie aux l\u00e9sions des structures m\u00e9dianes dienc\u00e9phaliques et cingulaires ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle est marqu\u00e9e par la r\u00e9volution biochimique. Au tournant des ann\u00e9es 1960, le pharmacologue autrichien Oleh Hornykiewicz d\u00e9montre l&rsquo;effondrement critique des concentrations de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\">dopamine<\/a> striatale dans les cerveaux parkinsoniens post-mortem. Cette d\u00e9couverte ouvre la voie aux essais pionniers de George Cotzias avec la l\u00e9vodopa (L-DOPA), permettant pour la premi\u00e8re fois de lever de mani\u00e8re spectaculaire l&rsquo;akin\u00e9sie chez des patients immobilis\u00e9s depuis des ann\u00e9es. Ces \u00e9v\u00e9nements historiques ont d\u00e9finitivement scell\u00e9 l&rsquo;origine biochimique et structurelle du dysfonctionnement akin\u00e9tique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan neuroanatomique et fonctionnel, l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique trouve son origine dans le d\u00e9r\u00e8glement des boucles cortico-striato-thalamo-corticales, lesquelles assurent la s\u00e9lection, la pr\u00e9paration et l&rsquo;ex\u00e9cution harmonieuse des actes moteurs volontaires. Le striatum (compos\u00e9 du noyau caud\u00e9 et du putamen) re\u00e7oit d&rsquo;abondantes projections glutamatergiques excitatrices provenant du cortex c\u00e9r\u00e9bral et des projections dopaminergiques originaires de la substance noire pars compacta (SNc).<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le classique d&rsquo;organisation fonctionnelle des ganglions de la base distingue la voie directe de la voie indirecte :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie directe :<\/strong> Exprimant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D1, cette voie exerce une inhibition sur le complexe de sortie des ganglions de la base (globus pallidus interne [GPi] et substance noire pars reticulata [SNr]). Cette d\u00e9sinhibition permet au thalamus ventrolat\u00e9ral d&rsquo;activer les aires corticales motrices (aire motrice suppl\u00e9mentaire et cortex moteur primaire), facilitant ainsi le d\u00e9clenchement de l&rsquo;action motrice.<\/li>\n<li><strong>La voie indirecte :<\/strong> Exprimant principalement les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, cette voie transite par le globus pallidus externe (GPe) et le noyau sous-thalamique (NST) pour exciter le complexe GPi\/SNr. L&rsquo;activation de cette voie amplifie le freinage inhibiteur gabaergique sur le thalamus, bloquant les programmes moteurs comp\u00e9titifs ou inappropri\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans la gen\u00e8se de l&rsquo;akin\u00e9sie, particuli\u00e8rement observ\u00e9e dans la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\">maladie de Parkinson<\/a>, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des neurones dopaminergiques de la substance noire rompt l&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostasique : l&rsquo;activit\u00e9 de la voie directe faiblit dramatiquement tandis que la voie indirecte devient hyperactive. Il en r\u00e9sulte un surcro\u00eet d&rsquo;inhibition tonique projet\u00e9e par le GPi et la SNr sur le thalamus moteur. Ce dernier, musel\u00e9, ne transmet plus l&rsquo;influx dynamique indispensable \u00e0 l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire (AMS) pour amorcer l&rsquo;action.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, les recherches en \u00e9lectrophysiologie ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;akin\u00e9sie s&rsquo;accompagne d&rsquo;une synchronisation oscillatoire pathologique anormale dans la bande de fr\u00e9quence b\u00eata (13-30 Hz) au sein du noyau sous-thalamique et du cortex moteur. Cette rythmicit\u00e9 b\u00eata excessive fige le syst\u00e8me moteur dans un \u00e9tat stationnaire, emp\u00eachant la d\u00e9synchronisation n\u00e9cessaire \u00e0 la transition vers le mouvement. \u00c0 cela s&rsquo;ajoutent les atteintes du cortex cingulaire ant\u00e9rieur (impliqu\u00e9 dans la motivation motrice et le circuit limbique) et de la formation r\u00e9ticul\u00e9e m\u00e9senc\u00e9phalique, qui expliquent la dimension comportementale de l&rsquo;inertie globale observ\u00e9e dans le mutisme akin\u00e9tique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique de l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique exige de d\u00e9composer ses multiples manifestations s\u00e9miologiques. Bien que le terme soit parfois utilis\u00e9 de fa\u00e7on globale, la nosographie neuropsychiatrique moderne en identifie plusieurs composantes et variantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie d&rsquo;initiation :<\/strong> Retard pathologique ou impossibilit\u00e9 temporaire \u00e0 d\u00e9marrer un mouvement programm\u00e9 (h\u00e9sitation au d\u00e9marrage, pi\u00e9tinement sur place, blocage de la parole \u00e0 l&rsquo;attaque de la phrase).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie d&rsquo;ex\u00e9cution (ou hypokin\u00e9sie) :<\/strong> R\u00e9duction de l&rsquo;amplitude globale des mouvements lors de leur d\u00e9roulement continu, se traduisant notamment par une micrographie (l&rsquo;\u00e9criture devient minuscule au fil de la ligne) ou un pas raccourci.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie posturale et automatique :<\/strong> Disparition des ajustements corporels non conscients, tels que le balancement des membres sup\u00e9rieurs lors de la d\u00e9ambulation, la compensation spontan\u00e9e des d\u00e9s\u00e9quilibres, ou les changements fr\u00e9quents de position sur un si\u00e8ge.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie faciale (amimie) :<\/strong> Rar\u00e9faction ou abolition des mimiques expressives, donnant au visage un aspect fig\u00e9, impassible ou cireux, avec une diminution spectaculaire du taux spontan\u00e9 de clignement palp\u00e9bral.<\/li>\n<li><strong>Le mutisme akin\u00e9tique :<\/strong> Forme extr\u00eame et dissociative caract\u00e9ris\u00e9e par une immobilit\u00e9 corporelle compl\u00e8te et un silence absolu, contrastant avec un \u00e9tat de veille conserv\u00e9 (les yeux du patient sont ouverts et peuvent suivre lentement une cible visuelle).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie psychique (athymhormie ou perte d&rsquo;auto-activation psychique) :<\/strong> \u00c9moussement conatif profond marqu\u00e9 par un vide mental subjectif, une incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer spontan\u00e9ment des pens\u00e9es, des d\u00e9sirs ou des projets, tout en retrouvant des capacit\u00e9s quasi normales lorsqu&rsquo;une stimulation externe directive est fournie.<\/li>\n<li><strong>La crise akin\u00e9tique aigu\u00eb :<\/strong> \u00c9pisode brutal d&rsquo;immobilisme s\u00e9v\u00e8re, souvent d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;interruption inopin\u00e9e d&rsquo;un traitement antiparkinsonien ou par un stress intercurrent (infection, chirurgie), constituant une urgence m\u00e9dicale vitale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations concr\u00e8tes<\/h3>\n<p>Pour illustrer la r\u00e9alit\u00e9 pratique de l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique, examinons le cas de Monsieur D., 68 ans, suivi pour un syndrome parkinsonien idiopathique \u00e9volu\u00e9. Assis dans le fauteuil du cabinet de consultation, le patient adopte une posture vo\u00fbt\u00e9e, les mains pos\u00e9es sur les genoux. Son visage ne traduit aucune \u00e9motion (facies fig\u00e9) et ses yeux ne cillent qu&rsquo;une \u00e0 deux fois par minute. Lorsque l&rsquo;examinateur lui demande de se lever pour marcher, le patient acquiesce verbalement d&rsquo;une voix basse, presque inaudible (hypophonie), mais demeure parfaitement immobile pendant de longues secondes. Ses pieds semblent coll\u00e9s au sol ; apr\u00e8s un effort manifeste de concentration, son tronc esquisse de l\u00e9g\u00e8res oscillations sans qu&rsquo;aucun pas ne soit amorc\u00e9. Pourtant, d\u00e8s que le clinicien trace une ligne contrast\u00e9e au sol \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un ruban adh\u00e9sif et lui demande d&rsquo;enjamber ce rep\u00e8re, Monsieur D. franchit l&rsquo;obstacle sans h\u00e9sitation, illustrant ainsi le ph\u00e9nom\u00e8ne de kin\u00e9sie paradoxale par indi\u00e7age externe.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas clinique \u00e9vocateur est celui de Madame B., 52 ans, admise en r\u00e9animation neurovasculaire \u00e0 la suite d&rsquo;un an\u00e9vrisme rompu de l&rsquo;art\u00e8re communicante ant\u00e9rieure, ayant entra\u00een\u00e9 un infarctus bilat\u00e9ral du gyrus cingulaire ant\u00e9rieur. Quelques jours apr\u00e8s l&rsquo;intervention chirurgicale, les soignants observent un tableau de mutisme akin\u00e9tique typique. Madame B. est \u00e9veill\u00e9e, ses yeux suivent les mouvements du personnel soignant dans la pi\u00e8ce, mais elle ne formule aucune plainte, ne demande ni \u00e0 boire ni \u00e0 manger, et n&rsquo;effectue aucun geste spontan\u00e9 vers son environnement. Interrog\u00e9e avec insistance par ses proches, elle ne produit aucune r\u00e9ponse verbale. Plusieurs semaines plus tard, alors qu&rsquo;une am\u00e9lioration clinique commence \u00e0 se profiler, la patiente rapporte r\u00e9trospectivement qu&rsquo;elle comprenait ce qui se disait autour d&rsquo;elle, mais qu&rsquo;elle ne ressentait \u00ab rien \u00e0 dire, aucune envie de bouger, comme si le moteur int\u00e9rieur \u00e9tait \u00e9teint \u00bb.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple concerne la catatonie akin\u00e9tique observ\u00e9e en psychiatrie. Un jeune homme de 24 ans pr\u00e9sentant un \u00e9pisode psychotique aigu reste immobile au lit, refusant toute alimentation et maintenant des postures inconfortables sans manifester de fatigue apparente (catalepsie). Ses membres offrent une r\u00e9sistance cireuse lors des mobilisations passives. L&rsquo;administration d&rsquo;une dose test de loraz\u00e9pam par voie intraveineuse l\u00e8ve l&rsquo;akin\u00e9sie en moins de trente minutes : le patient commence spontan\u00e9ment \u00e0 parler, \u00e0 exprimer son angoisse d\u00e9lirante sous-jacente et accepte de s&rsquo;hydrater. Cet exemple montre combien les d\u00e9r\u00e8glements fonctionnels cortico-sous-corticaux peuvent mimer une atteinte neurologique l\u00e9sionnelle.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et outils diagnostiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un syndrome akin\u00e9tique repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse, combinant l&rsquo;observation syst\u00e9matique, des \u00e9chelles quantitatives valid\u00e9es et des examens compl\u00e9mentaires de neuroimagerie.<\/p>\n<p>L&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence mondial en neurologie demeure la <em>MDS-Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale<\/em> (MDS-UPDRS), sp\u00e9cifiquement sa partie III consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;examen moteur. Cette \u00e9chelle explore minutieusement diff\u00e9rentes manifestations akin\u00e9tiques cot\u00e9es de 0 (normal) \u00e0 4 (s\u00e9v\u00e8re) :<\/p>\n<ul>\n<li>Les tapotements des doigts (finger tapping) : le patient doit ex\u00e9cuter des contacts index-pouce r\u00e9p\u00e9t\u00e9s aussi vite et amplement que possible pour mesurer l&rsquo;interruption du rythme et la r\u00e9duction d&rsquo;amplitude.<\/li>\n<li>L&rsquo;ouverture et la fermeture r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des mains, ainsi que la pronation-supination rapide des avant-bras.<\/li>\n<li>Le battement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 du talon au sol (leg agility) pour \u00e9valuer la motricit\u00e9 distale des membres inf\u00e9rieurs.<\/li>\n<li>Le temps et l&rsquo;autonomie requis pour se lever d&rsquo;une chaise les bras crois\u00e9s sur le torse.<\/li>\n<li>L&rsquo;analyse dynamique de la marche et la recherche de blocages \u00e0 l&rsquo;initiation (freezing).<\/li>\n<\/ul>\n<p>En psychiatrie, l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un tableau akin\u00e9tique s&rsquo;appuie sur la <em>Bush-Francis Catatonia Rating Scale<\/em> (BFCRS), qui \u00e9value la pr\u00e9sence d&rsquo;immobilit\u00e9, de mutisme, de regard fixe et de catalepsie. L&rsquo;examen neuropsychologique, quant \u00e0 lui, mobilise des batteries d&rsquo;\u00e9valuation de la fluence verbale (diminution drastique de la production de mots en temps limit\u00e9), des temps de r\u00e9action simples et de choix, ainsi que l&rsquo;\u00c9chelle de Ralentissement Psychomoteur de Widl\u00f6cher.<\/p>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;\u00e9valuation recourt \u00e0 la scintigraphie c\u00e9r\u00e9brale des transporteurs de la dopamine (DaT-SCAN \/ SPECT \u00e0 l&rsquo;ioflupane) pour quantifier la perte des terminaisons dopaminergiques pr\u00e9synaptiques dans le putamen et le caud\u00e9, distinguant ainsi une akin\u00e9sie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;un trouble fonctionnel ou psychog\u00e8ne. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) enc\u00e9phalique permet de rechercher des l\u00e9sions isch\u00e9miques, des tumeurs du troisi\u00e8me ventricule ou des anomalies de signal dans les noyaux gris centraux et le cortex frontal m\u00e9dian.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection pr\u00e9cise de la composante akin\u00e9tique conditionne la prise en charge m\u00e9dicale, th\u00e9rapeutique et humaine du patient. Dans la maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens apparent\u00e9s (atrophie multisyst\u00e9matis\u00e9e, paralysie supranucl\u00e9aire progressive), la gestion de l&rsquo;akin\u00e9sie dicte l&rsquo;ajustement pharmacologique. Les agonistes dopaminergiques et la l\u00e9vodopa constituent les piliers de cette intervention, dont l&rsquo;efficacit\u00e9 s&rsquo;amenuise toutefois avec la survenue de fluctuations motrices (ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;\u00e9puisement de fin de dose dits \u00ab phases OFF \u00bb akin\u00e9tiques).<\/p>\n<p>Dans les formes avanc\u00e9es r\u00e9fractaires aux th\u00e9rapies orales conventionnelles, la neurochirurgie fonctionnelle par stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (SCP) du noyau sous-thalamique ou du globus pallidus interne repr\u00e9sente une avanc\u00e9e majeure. En d\u00e9livrant des impulsions \u00e9lectriques \u00e0 haute fr\u00e9quence, la SCP supprime les oscillations pathologiques en bande b\u00eata, restaurant une fluidit\u00e9 motrice spectaculaire et all\u00e9geant l&rsquo;akin\u00e9sie invalidante du quotidien.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la m\u00e9decine curative, la prise en charge de l&rsquo;akin\u00e9sie mobilise la kin\u00e9sith\u00e9rapie, la r\u00e9\u00e9ducation orthophonique et l&rsquo;ergoth\u00e9rapie. Les th\u00e9rapeutes apprennent aux patients \u00e0 recourir \u00e0 des strat\u00e9gies de compensation cognitive : utiliser des m\u00e9tronomes rythmiques pour cadencer la marche, coller des rep\u00e8res visuels sur le sol de leur domicile ou subdiviser mentalement les gestes complexes en \u00e9tapes \u00e9l\u00e9mentaires pour en faciliter l&rsquo;initiation.<\/p>\n<p>Dans les contextes d&rsquo;akin\u00e9sie cons\u00e9cutive \u00e0 des traumatismes cr\u00e2niens ou \u00e0 des arr\u00eats cardiaques anoxiques, la reconnaissance d&rsquo;un \u00e9tat akin\u00e9tique sous-jacent pr\u00e9vient des erreurs d&rsquo;interpr\u00e9tation tragiques. Trop souvent, ces patients impassibles sont \u00e9tiquet\u00e9s \u00e0 tort comme inconscients, l\u00e9thargiques ou atteints de d\u00e9mence terminale, alors qu&rsquo;ils conservent des capacit\u00e9s d&rsquo;analyse environnementale et souffrent d&rsquo;une d\u00e9connexion d&rsquo;ex\u00e9cution qui appelle une stimulation sensorielle cibl\u00e9e et des soutiens pharmacologiques (par exemple, des agents dopaminergiques d&rsquo;\u00e9veil comme l&rsquo;amantadine).<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine s&rsquo;attache \u00e0 mod\u00e9liser la dynamique computationnelle du contr\u00f4le moteur et motivationnel. Les travaux conduits par des neurobiologistes comme Mathias Pessiglione ou Okihide Hikosaka ont d\u00e9montr\u00e9 que les ganglions de la base agissent comme une balance co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices mesurant l&rsquo;effort exig\u00e9 par rapport \u00e0 la r\u00e9compense escompt\u00e9e. Chez le sujet akin\u00e9tique, cette pond\u00e9ration de la valeur de l&rsquo;effort est alt\u00e9r\u00e9e : le cerveau estime que le co\u00fbt m\u00e9tabolique et attentionnel de l&rsquo;action est disproportionn\u00e9, conduisant \u00e0 une retenue motrice involontaire.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres avanc\u00e9es majeures concernent l&rsquo;interface cerveau-machine (ICM) et la stimulation adaptative en boucle ferm\u00e9e (closed-loop deep brain stimulation). Au lieu d&rsquo;administrer une neurostimulation continue susceptible d&rsquo;induire des effets secondaires cognitifs ou d&rsquo;\u00e9puiser pr\u00e9matur\u00e9ment les g\u00e9n\u00e9rateurs, des \u00e9quipes de recherche de premier plan d\u00e9veloppent des neurostimulateurs intelligents. Ces dispositifs analysent en temps r\u00e9el les potentiels de champ local (LFP) dans le noyau sous-thalamique et n&rsquo;envoient des impulsions que lorsqu&rsquo;ils d\u00e9tectent l&rsquo;\u00e9mergence anormale d&rsquo;ondes b\u00eata pr\u00e9dictives d&rsquo;un blocage akin\u00e9tique imminent.<\/p>\n<p>En neuro-imagerie fonctionnelle, des \u00e9tudes d&rsquo;IRMf au repos (resting-state fMRI) ont confirm\u00e9 que le mutisme akin\u00e9tique et l&rsquo;akin\u00e9sie psychique ne d\u00e9pendent pas uniquement d&rsquo;une structure focale isol\u00e9e, mais de la d\u00e9synchronisation du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (Default Mode Network) et des r\u00e9seaux de saillance fronto-insulaires. Ces investigations jettent les bases de protocoles novateurs de neuromodulation non invasive par stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) ciblant le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral ou l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;inertie motrice varient consid\u00e9rablement selon les contextes culturels et sociologiques. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es occidentales, fortement polaris\u00e9es autour de la rapidit\u00e9, de l&rsquo;efficacit\u00e9 productive et de l&rsquo;expressivit\u00e9 communicative continue, la lenteur akin\u00e9tique et l&rsquo;amimie faciale sont per\u00e7ues de mani\u00e8re particuli\u00e8rement p\u00e9jorative. Les patients sont fr\u00e9quemment per\u00e7us comme distants, indiff\u00e9rents, antipathiques ou intellectuellement diminu\u00e9s, ce qui majore leur isolement social et induit un fardeau \u00e9motionnel lourd pour les aidants.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes traditionnels ou orientaux, o\u00f9 la retenue gestuelle, le calme et la raret\u00e9 du verbe peuvent \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 la sagesse ou au vieillissement digne, l&rsquo;amimie et l&rsquo;hypokin\u00e9sie initiale sont parfois tol\u00e9r\u00e9es plus longtemps au sein de la cellule familiale sans \u00eatre identifi\u00e9es d&#8217;embl\u00e9e comme des processus pathologiques. Ce d\u00e9calage d&rsquo;interpr\u00e9tation peut retarder significativement la consultation m\u00e9dicale et la mise en route d&rsquo;un traitement antiparkinsonien salutaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans les zones g\u00e9ographiques o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la neuroimagerie et aux biomarqueurs est pr\u00e9caire, la distinction s\u00e9miologique entre un tableau d&rsquo;akin\u00e9sie s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;origine infectieuse (s\u00e9quelles de m\u00e9ningo-enc\u00e9phalites, tuberculomes c\u00e9r\u00e9braux) et des manifestations psychiatriques (stup\u00e9faction m\u00e9lancolique, troubles dissociatifs) soul\u00e8ve des d\u00e9fis diagnostiques majeurs. L&rsquo;interpr\u00e9tation socioculturelle des \u00e9tats d&rsquo;immobilit\u00e9 y oscille parfois entre l&rsquo;attribution magico-religieuse d&rsquo;un \u00ab envoutement \u00bb ou d&rsquo;une possession et le diagnostic m\u00e9dical formel.<\/p>\n<h3>13. Controverses, limites et d\u00e9bats th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats conceptuels les plus anim\u00e9s de la neurologie moderne porte sur les fronti\u00e8res exactes s\u00e9parant l&rsquo;akin\u00e9sie de la bradykin\u00e9sie. Si de nombreux auteurs emploient ces termes de mani\u00e8re interchangeable dans la pratique quotidienne, l&rsquo;\u00e9cole s\u00e9miologique rigoureuse insiste sur leur distinction :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;<em>akin\u00e9sie<\/em> r\u00e9f\u00e8re strictement au retard ou \u00e0 l&rsquo;absence totale d&rsquo;initiation motrice.<\/li>\n<li>La <em>bradykin\u00e9sie<\/em> correspond au ralentissement de la vitesse de d\u00e9placement pendant l&rsquo;ex\u00e9cution m\u00eame de l&rsquo;action.<\/li>\n<li>L&rsquo;<em>hypokin\u00e9sie<\/em> renvoie \u00e0 la diminution de l&rsquo;amplitude spatiale du mouvement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Confondre ces trois entit\u00e9s au sein d&rsquo;un descripteur g\u00e9n\u00e9rique nuit \u00e0 la pr\u00e9cision des protocoles de recherche clinique et \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation fine de nouveaux agents pharmacologiques.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans l&rsquo;intrication de l&rsquo;akin\u00e9sie motrice et des troubles de la motivation (abulie, apathie). S&rsquo;agit-il de deux manifestations dissociables d&rsquo;un m\u00eame spectre physiopathologique le long d&rsquo;un continuum anatomo-fonctionnel allant des aires motrices aux aires limbiques des ganglions de la base, ou de deux pathologies radicalement distinctes ? Pour certains chercheurs, l&rsquo;akin\u00e9sie n&rsquo;est que la traduction somatique d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;\u00e9nergie psychique d&rsquo;amor\u00e7age. Pour d&rsquo;autres, les r\u00e9seaux moteurs primaires et les syst\u00e8mes motivationnels corticostriataux demeurent suffisamment \u00e9tanches pour justifier une s\u00e9paration nosologique stricte.<\/p>\n<p>Enfin, la question des \u00ab faux n\u00e9gatifs \u00bb dans les comas et les \u00e9tats de conscience alt\u00e9r\u00e9e suscite d&rsquo;intenses r\u00e9flexions bio\u00e9thiques. Des patients \u00e9tiquet\u00e9s comme non conscients ou en \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif ont parfois \u00e9t\u00e9 requalifi\u00e9s, apr\u00e8s \u00e9valuation par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie haute densit\u00e9 ou IRMf active, en \u00e9tats akin\u00e9tiques massifs cons\u00e9cutifs \u00e0 des d\u00e9connexions sous-corticales complexes, posant des dilemmes majeurs quant aux d\u00e9cisions d&rsquo;arr\u00eat ou de maintien des th\u00e9rapeutiques de suppl\u00e9ance vitale.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>La rigueur clinique impose de diff\u00e9rencier le statut akin\u00e9tique de plusieurs entit\u00e9s symptomatiques ou nosologiques partageant une pr\u00e9sentation superficielle d&rsquo;immobilit\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Akin\u00e9sie vs Paralysie \/ Par\u00e9sie :<\/strong> La paralysie r\u00e9sulte d&rsquo;une l\u00e9sion du motoneurone sup\u00e9rieur (faisceau pyramidal) ou inf\u00e9rieur (corne ant\u00e9rieure de la moelle, nerf p\u00e9riph\u00e9rique) entra\u00eenant une perte de force contractile mesurable. Dans l&rsquo;akin\u00e9sie, la force musculaire est fondamentalement conserv\u00e9e, mais son d\u00e9ploiement volontaire est bloqu\u00e9 au stade de la programmation.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie vs Apraxie :<\/strong> L&rsquo;apraxie correspond \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter un geste complexe appris (par exemple, allumer une allumette, faire le signe de croix) malgr\u00e9 une motricit\u00e9 de base intacte, li\u00e9e \u00e0 une l\u00e9sion pari\u00e9tale ou pr\u00e9motrice d\u00e9truisant le sch\u00e9ma conceptuel du geste. Le patient akin\u00e9tique sait comment faire le geste et n&rsquo;a pas perdu son plan d&rsquo;action, mais son initiation est gel\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie vs Catatonie :<\/strong> Bien que la catatonie comprenne une akin\u00e9sie clinique marqu\u00e9e, elle s&rsquo;accompagne de signes psychomoteurs distinctifs majeurs (catalepsie, flexibilit\u00e9 cireuse, n\u00e9gativisme actif, \u00e9choph\u00e9nom\u00e8nes) et r\u00e9pond rapidement aux benzodiaz\u00e9pines ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie vs Abulie \/ Apathie :<\/strong> L&rsquo;abulie se d\u00e9finit par une perte de la volont\u00e9 et de la capacit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions sans atteinte de la commande motrice intrins\u00e8que. L&rsquo;akin\u00e9tique conserve la volont\u00e9 d&rsquo;agir, mais son corps ne relaie pas l&rsquo;ordre int\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie vs Locked-in syndrome :<\/strong> Dans le syndrome de d\u00e9aff\u00e9rentation motrice (atteinte du pied de la protub\u00e9rance annulaire), le patient est totalement t\u00e9trapl\u00e9gique et anarthrique avec motilit\u00e9 oculaire verticale pr\u00e9serv\u00e9e. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une interruption physique totale de la voie pyramidale bilat\u00e9rale et non d&rsquo;une anomalie du syst\u00e8me extrapyramidal d&rsquo;amor\u00e7age.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie et l&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique constituent un domaine carrefour fondamental pour appr\u00e9hender les liens entre la cognition, la biochimie c\u00e9r\u00e9brale et l&rsquo;acte moteur. Les \u00e9l\u00e9ments cardinaux \u00e0 retenir s&rsquo;articulent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature du trouble :<\/strong> Perte ou retard de l&rsquo;initiation et de l&rsquo;automatisation du mouvement volontaire, distincte de toute paralysie pyramidale, faiblesse musculaire ou incoordination ataxique.<\/li>\n<li><strong>Substrats neurobiologiques :<\/strong> Dysfonctionnement pr\u00e9dominant des circuits cortico-striato-thalamo-corticaux, cons\u00e9cutif \u00e0 un d\u00e9ficit de r\u00e9gulation dopaminergique (voie directe amoindrie, voie indirecte hyperactive) et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;oscillations synchrones excessives en bande b\u00eata.<\/li>\n<li><strong>Formes cliniques :<\/strong> De l&rsquo;hypokin\u00e9sie quotidienne du patient parkinsonien jusqu&rsquo;aux formes extr\u00eames de mutisme akin\u00e9tique et d&rsquo;athymhormie cons\u00e9cutives \u00e0 des atteintes cingulaires et bi-frontales.<\/li>\n<li><strong>Sensibilit\u00e9 aux indices :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable de kin\u00e9sie paradoxale, au cours duquel un signal externe (visuel ou auditif) permet de d\u00e9bloquer temporairement le programme moteur gel\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Approches th\u00e9rapeutiques :<\/strong> R\u00e9tablissement de l&rsquo;\u00e9quilibre dopaminergique (L-DOPA, agonistes), neuromodulation par stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde et strat\u00e9gies r\u00e9\u00e9ducatives bas\u00e9es sur l&rsquo;indi\u00e7age sensoriel et l&rsquo;ergonomie comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Berardelli, A., Rothwell, J. C., Thompson, P. D., &amp; Hallett, M. (2001). Pathophysiology of bradykinesia in Parkinson&rsquo;s disease. <em>Brain<\/em>, 124(11), 2131-2146. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article\/124\/11\/2131\/300435\">https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article\/124\/11\/2131\/300435<\/a><\/li>\n<li>Cairns, H., Oldfield, R. C., Pennybacker, J. B., &amp; Whitteridge, D. (1941). Akinetic mutism with an epidermoid cyst of the 3rd ventricle (with a discussion of the stuporose state). <em>Brain<\/em>, 64(4), 273-290. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article-abstract\/64\/4\/273\/423237\">https:\/\/academic.oup.com\/brain\/article-abstract\/64\/4\/273\/423237<\/a><\/li>\n<li>DeLong, M. R., &amp; Wichmann, T. (2007). Circuits and circuit disorders of the basal ganglia. <em>Archives of Neurology<\/em>, 64(1), 20-24. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamaneurology\/fullarticle\/793136\">https:\/\/jamanetwork.com\/journals\/jamaneurology\/fullarticle\/793136<\/a><\/li>\n<li>Goetz, C. G., Tilley, B. C., Shaftman, S. R., Stebbins, G. T., Fahn, S., Martinez-Martin, P., &#8230; &amp; Movement Disorder Society UPDRS Revision Task Force. (2007). Movement Disorder Society-sponsored revision of the Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale (MDS-UPDRS): Process, format, and clinimetric testing plan. <em>Movement Disorders<\/em>, 22(1), 41-47. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/movementdisorders.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1002\/mds.21198\">https:\/\/movementdisorders.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1002\/mds.21198<\/a><\/li>\n<li>Hornykiewicz, O. (2006). The discovery of dopamine deficiency in the parkinsonian brain: A historical review. <em>Journal of Neural Transmission. Supplementum<\/em>, (70), 9-15. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/link.springer.com\/chapter\/10.1007\/978-3-211-45295-0_3\">https:\/\/link.springer.com\/chapter\/10.1007\/978-3-211-45295-0_3<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9tat akin\u00e9tique d\u00e9signe l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;amorcer le mouvement volontaire en l&rsquo;absence de paralysie motrice. 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