{"id":19979,"date":"2026-10-23T03:16:06","date_gmt":"2026-10-23T03:16:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=akinesie-perte-initiation-mouvement"},"modified":"2026-10-23T03:16:06","modified_gmt":"2026-10-23T03:16:06","slug":"akinesie-perte-initiation-mouvement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=akinesie-perte-initiation-mouvement","title":{"rendered":"Akin\u00e9sie : Comprendre la perte de mouvement"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;incapacit\u00e9 soudaine ou progressive \u00e0 amorcer un geste volontaire constitue l&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus fascinantes et invalidantes de la neurologie et de la neuropsychologie contemporaines. Bien plus qu&rsquo;une simple faiblesse musculaire, l&rsquo;akin\u00e9sie incarne une rupture profonde dans l&rsquo;architecture volitionnelle du syst\u00e8me nerveux central, o\u00f9 l&rsquo;intention motrice se heurte \u00e0 une impossibilit\u00e9 physiologique d&rsquo;ex\u00e9cution. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, au carrefour de la motricit\u00e9, de la cognition et de la r\u00e9gulation dopaminergique, \u00e9claire d&rsquo;un jour singulier la mani\u00e8re dont le cerveau humain transforme la volont\u00e9 psychologique en action corporelle tangible.<\/p>\n<h2>Akin\u00e9sie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie d\u00e9signe la perte ou la r\u00e9duction s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;initiation et de l&rsquo;ex\u00e9cution des mouvements spontan\u00e9s et automatiques, survenant sans paralysie motrice p\u00e9riph\u00e9rique ni d\u00e9ficit sensoriel direct. Elle se caract\u00e9rise cliniquement par un retard ou une impossibilit\u00e9 totale \u00e0 commencer une action motrice planifi\u00e9e, ainsi que par une disparition progressive des gestes d&rsquo;accompagnement naturels tels que le balancement des bras lors de la marche ou les clignements palp\u00e9braux spontan\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie et de la neurologie cognitive, l&rsquo;akin\u00e9sie d\u00e9passe le strict cadre d&rsquo;un signe moteur primaire. Elle refl\u00e8te un dysfonctionnement complexe des circuits cortico-sous-corticaux, particuli\u00e8rement au sein des r\u00e9seaux striato-pallido-thalamo-corticaux. Ce trouble compromet non seulement la motricit\u00e9 cin\u00e9tique globale, mais modifie \u00e9galement l&rsquo;expressivit\u00e9 \u00e9motionnelle, la dynamique psychomotrice et la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 interagir de fa\u00e7on fluide et synchronis\u00e9e avec son environnement physique et social imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Il convient de souligner que l&rsquo;akin\u00e9sie ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une alt\u00e9ration de la force musculaire intrins\u00e8que ni d&rsquo;une l\u00e9sion de la voie pyramidale. Le patient conserve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de ses effecteurs musculaires et de ses nerfs moteurs, mais subit une d\u00e9connexion centrale qui emp\u00eache le d\u00e9clenchement effectif de la commande motrice. Cette dissociation fondamentale place l&rsquo;akin\u00e9sie au c\u0153ur de la s\u00e9miologie des <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a>, o\u00f9 convergent motivation, pr\u00e9paration temporelle de l&rsquo;acte moteur et d\u00e9livrance de l&rsquo;autorisation d&rsquo;action par les structures sous-corticales.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab akin\u00e9sie \u00bb tire son origine directement du grec ancien. Il est forg\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-), signifiant \u00ab absence de \u00bb ou \u00ab sans \u00bb, et du substantif <em>kin\u00easis<\/em> (\u03ba\u03af\u03bd\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2), qui renvoie au \u00ab mouvement \u00bb, \u00e0 \u00ab l&rsquo;agitation \u00bb ou au \u00ab d\u00e9placement \u00bb. Au sens litt\u00e9ral et \u00e9tymologique le plus strict, l&rsquo;akin\u00e9sie se traduit donc par \u00ab l&rsquo;absence totale de mouvement \u00bb ou \u00ab l&rsquo;immobilit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit dans le lexique m\u00e9dical occidental \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, p\u00e9riode faste pour la cartographie des troubles neuropsychiatriques et des syndromes c\u00e9r\u00e9braux. Utilis\u00e9 initialement par les fondateurs de la neurologie clinique fran\u00e7aise et germanique pour qualifier les \u00e9tats de prostration motrice observ\u00e9s en dehors des h\u00e9mipl\u00e9gies franches, il a rapidement acquis un statut nosologique sp\u00e9cifique pour distinguer les alt\u00e9rations extrapyramidales des paralysies par atteinte du motoneurone sup\u00e9rieur ou p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution s\u00e9mantique du terme a permis de s\u00e9parer l&rsquo;akin\u00e9sie pure d&rsquo;autres perturbations cin\u00e9tiques voisines issues de la m\u00eame racine hell\u00e9nique. Ainsi se sont structur\u00e9es des distinctions subtiles avec la dyskin\u00e9sie (mouvements anormaux involontaires), l&rsquo;hypokin\u00e9sie (diminution de l&rsquo;amplitude globale du geste) et la bradychin\u00e9sie (lenteur anormale de la dynamique d&rsquo;ex\u00e9cution motrice), conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;akin\u00e9sie une valeur s\u00e9miologique particuli\u00e8rement rigoureuse et focalis\u00e9e sur le verrouillage de l&rsquo;amorce motrice.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/a.ki.ne.zi\/. En fran\u00e7ais standard, la syllabation est fluide, sans accent tonique fixe marqu\u00e9, la derni\u00e8re syllabe b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re prolongation terminale typique du rythme phrastique francophone.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, \u00ab akin\u00e9sie \u00bb est un substantif f\u00e9minin invariable au singulier (l&rsquo;akin\u00e9sie, une akin\u00e9sie) et accepte la forme plurielle r\u00e9guli\u00e8re \u00ab akin\u00e9sies \u00bb (\/a.ki.ne.zi\/), d\u00e9signant alors la diversit\u00e9 des manifestations ou des \u00e9pisodes d&rsquo;immobilit\u00e9 constat\u00e9s chez un m\u00eame individu ou \u00e0 travers diff\u00e9rentes entit\u00e9s pathologiques. L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 correspondant est \u00ab akin\u00e9tique \u00bb (au masculin comme au f\u00e9minin : un syndrome akin\u00e9tique, une crise akin\u00e9tique), dont le pluriel s&rsquo;accorde par l&rsquo;adjonction d&rsquo;un \u00ab s \u00bb muet (\u00ab akin\u00e9tiques \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et acad\u00e9mique francophone, l&rsquo;akin\u00e9sie s&#8217;emploie fr\u00e9quemment au sein de syntagmes consacr\u00e9s tels que \u00ab syndrome akin\u00e9to-rigide \u00bb, \u00ab akin\u00e9sie du r\u00e9veil \u00bb, \u00ab akin\u00e9sie de fin de dose \u00bb, ou encore \u00ab mutisme akin\u00e9tique \u00bb, illustrant son int\u00e9gration profonde dans la s\u00e9miologie des affections sous-corticales et frontales.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;akin\u00e9sie dans toute sa profondeur neurophysiologique, il est imp\u00e9ratif de diss\u00e9quer les m\u00e9canismes pr\u00e9sidant \u00e0 la gen\u00e8se du mouvement volontaire. Tout geste intentionnel prend naissance au sein des aires corticales associatives et pr\u00e9motrices, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9labore un plan d&rsquo;action fond\u00e9 sur les motivations, les repr\u00e9sentations mn\u00e9siques et les stimuli sensoriels actuels. Ce plan d&rsquo;action ne peut toutefois \u00eatre transmis directement au cortex moteur primaire pour ex\u00e9cution sans avoir pr\u00e9alablement re\u00e7u une validation fonctionnelle, un filtrage et une focalisation spatio-temporelle de la part des ganglions de la base.<\/p>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie correspond fondamentalement \u00e0 un d\u00e9faut d&rsquo;ouverture de la porte thalamocorticale. En temps normal, la voie directe striatale, facilit\u00e9e par les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D1, inhibe le complexe constitu\u00e9 par le globus pallidus interne et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e, levant ainsi l&rsquo;inhibition tonique que ces structures exercent sur le thalamus moteur. Dans l&rsquo;akin\u00e9sie, la disparition de l&rsquo;influence modulatrice phasique de la dopamine entra\u00eene une hyperactivit\u00e9 pathologique de la voie indirecte (m\u00e9di\u00e9e par les r\u00e9cepteurs D2 et le noyau sous-thalamique) et une surinhibition du thalamus. Ce dernier, priv\u00e9 de sa capacit\u00e9 \u00e0 stimuler le cortex moteur, laisse l&rsquo;intention motrice \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de projet virtuel, incapable de franchir le seuil d&rsquo;activation requis pour l&rsquo;action musculaire concr\u00e8te.<\/p>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie se d\u00e9ploie \u00e0 travers plusieurs sph\u00e8res d&rsquo;expression motrice et comportementale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;inhibition motrice d&rsquo;initiation :<\/strong> Une incapacit\u00e9 paroxystique ou constante \u00e0 d\u00e9clencher le premier temps d&rsquo;un mouvement programm\u00e9, observable par exemple lorsque le sujet tente de se lever d&rsquo;un fauteuil ou d&rsquo;esquisser le premier pas, restant fig\u00e9 sur place malgr\u00e9 une concentration intense.<\/li>\n<li><strong>La rar\u00e9faction des mouvements automatiques :<\/strong> La perte progressive des gestes r\u00e9flexes et non conscients qui accompagnent l&rsquo;existence quotidienne, incluant la r\u00e9duction dramatique du clignement des yeux, la perte du sourire spontan\u00e9 et l&rsquo;absence de r\u00e9ajustements posturaux inconscients lors de la station assise.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amimie faciale :<\/strong> La r\u00e9duction drastique de la mimique expressive naturelle, figeant les traits du visage dans un masque impassible (faci\u00e8s fig\u00e9 ou parkinsonien), cr\u00e9ant un contraste saisissant avec l&rsquo;activit\u00e9 affective interne qui demeure pourtant intacte.<\/li>\n<li><strong>Le gel de l&rsquo;action (freezing) :<\/strong> Une rupture subite et temporaire de la fluidit\u00e9 cin\u00e9tique en cours d&rsquo;ex\u00e9cution, le patient ayant la sensation que ses pieds sont coll\u00e9s au sol par un puissant aimant, particuli\u00e8rement lors du franchissement d&rsquo;un seuil de porte, d&rsquo;un demi-tour ou d&rsquo;un changement d&rsquo;environnement imm\u00e9diat.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En somme, l&rsquo;akin\u00e9sie ne traduit pas un effacement de la volont\u00e9 d&rsquo;agir, mais une d\u00e9faillance de la machinerie biologique charg\u00e9e d&rsquo;orchestrer la transition \u00e9nerg\u00e9tique du repos vers le mouvement. Elle isole le patient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son propre corps, cr\u00e9ant une disparit\u00e9 d\u00e9chirante entre une pens\u00e9e motrice lucide et un effecteur corporel silencieux.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La reconnaissance clinique de l&rsquo;akin\u00e9sie s&rsquo;est construite de mani\u00e8re progressive au fil des transformations des paradigmes neurologiques. En 1817, le m\u00e9decin britannique James Parkinson publie son c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 <em>An Essay on the Shaking Palsy<\/em>. S&rsquo;il d\u00e9crit avec une acuit\u00e9 remarquable la posture vo\u00fbt\u00e9e, le tremblement de repos et la d\u00e9marche festive, il regroupe une partie de l&rsquo;immobilit\u00e9 sous le terme impr\u00e9cis de paralysie faible. Il faudra attendre les travaux cliniques novateurs de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a> \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, pour que la nature non paralytique du trouble soit clairement affirm\u00e9e. Charcot met en \u00e9vidence la triade cardinale de la maladie \u2014 tremblement, rigidit\u00e9 et akin\u00e9sie\/lenteur motrice \u2014 et d\u00e9montre formellement que la force musculaire brute des patients est rigoureusement conserv\u00e9e.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les neuropathologistes Constantin Tretiakoff en 1919 et Fr\u00e9d\u00e9ric Lewy contribuent de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 l&rsquo;\u00e9lucidation anatomo-pathologique de ces sympt\u00f4mes en identifiant l&rsquo;atteinte s\u00e9lective du <em>locus niger<\/em> (substance noire) et la pr\u00e9sence d&rsquo;inclusions cellulaires caract\u00e9ristiques. Cette \u00e9tape fondamentale d\u00e9place d\u00e9finitivement l&rsquo;akin\u00e9sie du champ des n\u00e9vroses motrices ou de l&rsquo;asth\u00e9nie psychique vers celui des atteintes structurales des noyaux gris centraux.<\/p>\n<p>Une r\u00e9volution th\u00e9orique et th\u00e9rapeutique majeure \u00e9clate au tournant des ann\u00e9es 1950 et 1960. Les d\u00e9couvertes pharmacologiques d&rsquo;Arvid Carlsson en Su\u00e8de r\u00e9v\u00e8lent que la dopamine n&rsquo;est pas un simple pr\u00e9curseur de la noradr\u00e9naline, mais un neurotransmetteur c\u00e9r\u00e9bral autonome pr\u00e9pond\u00e9rant dans le contr\u00f4le de la motricit\u00e9. Oleg Hornykiewicz d\u00e9montre ensuite un effondrement massif des concentrations de dopamine dans le striatum de patients parkinsoniens d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. D\u00e8s 1961, George Cotzias et ses contemporains instaurent l&rsquo;usage clinique de la l\u00e9vodopa (L-DOPA), permettant pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine d&rsquo;inverser de fa\u00e7on spectaculaire l&rsquo;akin\u00e9sie chez des patients alit\u00e9s depuis des ann\u00e9es, confirmant de mani\u00e8re \u00e9blouissante le lien de causalit\u00e9 entre neurotransmission dopaminergique et initiation cin\u00e9tique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, en 1941, le neurologue Fred Plum et ses coll\u00e8gues isolent une forme extr\u00eame d&rsquo;inhibition psychomotrice qu&rsquo;ils baptisent \u00ab mutisme akin\u00e9tique \u00bb, caus\u00e9e par des l\u00e9sions bilat\u00e9rales du gyrus cingulaire ant\u00e9rieur ou du m\u00e9senc\u00e9phale ventral. Cette d\u00e9couverte ancre l&rsquo;akin\u00e9sie non seulement dans la neurologie motrice des ganglions de la base, mais \u00e9galement dans la neurobiologie de la conscience motrice, de l&rsquo;\u00e9veil et de la conation.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan neurobiologique moderne, l&rsquo;akin\u00e9sie s&rsquo;explique par les mod\u00e8les computationnels et fonctionnels des boucles sous-corticales reliant les aires motrices corticales au complexe striatopallidal. Le mod\u00e8le classique d&rsquo;Albin, Young et DeLong postule l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre deux voies antagonistes traversant le striatum :<\/p>\n<p>La <strong>voie directe<\/strong>, projetant monosynaptiquement du striatum vers le globus pallidus interne (GPi) et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e (SNr), met en jeu des neurones \u00e9pineux moyens exprimant majoritairement des r\u00e9cepteurs dopaminergiques facilitateurs de type D1. L&rsquo;activation de cette voie entra\u00eene une inhibition robuste des structures de sortie inhibitrices (GPi\/SNr), ce qui produit une d\u00e9sinhibition du thalamus ventrolat\u00e9ral et autorise la d\u00e9charge du cortex moteur primaire. Cette voie est qualifi\u00e9e de pro-cin\u00e9tique.<\/p>\n<p>La <strong>voie indirecte<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;inverse, recourt \u00e0 une cha\u00eene polysynaptique impliquant le globus pallidus externe (GPe) et le noyau sous-thalamique (NST), sous l&rsquo;influence modulatrice inhibitrice des r\u00e9cepteurs D2. Son excitation aboutit \u00e0 une excitation glutamatergique massive du complexe GPi\/SNr, renfor\u00e7ant l&rsquo;inhibition tonique exerc\u00e9e sur le thalamus et freinant l&rsquo;activation corticale. L&rsquo;akin\u00e9sie appara\u00eet d\u00e8s lors que la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des neurones dopaminergiques de la substance noire <em>pars compacta<\/em> rompt cet \u00e9quilibre : la voie indirecte devient hyperactive et la voie directe hypoactive, plongeant le thalamus moteur dans un \u00e9tat de silence fonctionnel qui interdit l&rsquo;\u00e9mergence des commandes cin\u00e9tiques volontaires.<\/p>\n<p>Les avanc\u00e9es de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie humaine ont compl\u00e9t\u00e9 ce mod\u00e8le anatomique par la mise en \u00e9vidence d&rsquo;anomalies de synchronisation oscillatoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du r\u00e9seau. Chez les sujets pr\u00e9sentant une akin\u00e9sie prononc\u00e9e, on observe une sur-synchronisation pathologique des populations neuronales du noyau sous-thalamique dans la bande de fr\u00e9quence b\u00eata (13-30 Hz). Cette activit\u00e9 b\u00eata excessive agit comme un \u00ab frein \u00e9lectrophysiologique \u00bb rigide qui fige l&rsquo;\u00e9tat moteur pr\u00e9sent et emp\u00eache la r\u00e9organisation dynamique des r\u00e9seaux n\u00e9cessaire au d\u00e9clenchement d&rsquo;un nouveau comportement moteur. L&rsquo;administration d&rsquo;agonistes dopaminergiques ou la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_c%C3%A9r%C3%A9brale_profonde\">stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde<\/a> supprime cette synchronisation b\u00eata pathologique, restaurant la flexibilit\u00e9 spectrale du r\u00e9seau et levant ainsi l&rsquo;akin\u00e9sie clinique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des tableaux akin\u00e9tiques impose une d\u00e9composition s\u00e9miologique minutieuse, articul\u00e9e autour de dimensions neuro-anatomiques et ph\u00e9nom\u00e9nologiques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Akin\u00e9sie primaire d&rsquo;initiation :<\/strong> Difficult\u00e9 sp\u00e9cifique, disproportionn\u00e9e et isol\u00e9e \u00e0 amorcer un sch\u00e9ma moteur volontaire, en d\u00e9pit d&rsquo;une planification cognitive pr\u00e9serv\u00e9e et de l&rsquo;absence de raideur musculaire majeure.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie automatique ou spontan\u00e9e :<\/strong> Rar\u00e9faction ou disparition des mouvements semi-automatiques qui ponctuent les activit\u00e9s quotidiennes (balancement des bras \u00e0 la marche, gestuelle discursive, clignements de paupi\u00e8res, ajustements posturaux inconscients).<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie paradoxale (kin\u00e9sie paradoxale) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable durant lequel un patient lourdement akin\u00e9tique recouvre subitement une motricit\u00e9 rapide, fluide et normale pendant une br\u00e8ve fen\u00eatre temporelle, sous l&rsquo;effet d&rsquo;une \u00e9motion aigu\u00eb (panique, urgence vitale) ou de rep\u00e8res sensoriels saillants (lignes trac\u00e9es au sol, signaux sonores cadenc\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>Mutisme akin\u00e9tique :<\/strong> \u00c9tat neuropsychiatrique de vigilance apparente sans r\u00e9activit\u00e9 motrice ni verbale spontan\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9 par une inertie comportementale absolue cons\u00e9cutive \u00e0 une interruption bilat\u00e9rale des circuits cingulaires ant\u00e9rieurs ou pr\u00e9frontaux m\u00e9diaux.<\/li>\n<li><strong>Akin\u00e9sie unilat\u00e9rale (h\u00e9miakin\u00e9sie) :<\/strong> N\u00e9gligence ou absence d&rsquo;utilisation motrice spontan\u00e9e d&rsquo;un h\u00e9micorps, survenant classiquement apr\u00e8s une l\u00e9sion frontale ou pari\u00e9tale unilat\u00e9rale droite sans atteinte motrice primaire, le sujet sous-utilisant son membre oppos\u00e9 \u00e0 la l\u00e9sion.<\/li>\n<li><strong>Gel de la marche (Freezing of Gait &#8211; FoG) :<\/strong> Forme paroxystique d&rsquo;akin\u00e9sie brisant brutalement la cin\u00e9tique de la locomotion, se manifestant par une oscillation inefficace des jambes sur place d&rsquo;une dur\u00e9e variable allant de quelques secondes \u00e0 plusieurs minutes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique directe permet de saisir la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue et l&rsquo;expression concr\u00e8te de l&rsquo;akin\u00e9sie dans le quotidien des patients :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : L&rsquo;akin\u00e9sie parkinsonienne classique au r\u00e9veil matinal.<\/strong> Un homme de 64 ans, suivi depuis sept ann\u00e9es pour une maladie de Parkinson idiopathique, rapporte une incapacit\u00e9 motrice quasi absolue lors du lever du lit avant la premi\u00e8re prise m\u00e9dicamenteuse de l&rsquo;aube. \u00c9veill\u00e9, parfaitement conscient et lucide, il d\u00e9crit la sensation d\u00e9routante d&rsquo;un \u00ab corps de plomb \u00bb d\u00e9connect\u00e9 de ses ordres mentaux. Il ne parvient ni \u00e0 repousser les draps ni \u00e0 faire pivoter son bassin pour poser les pieds au sol. Apr\u00e8s l&rsquo;ingestion de son traitement par L-DOPA dispersible, l&rsquo;inhibition c\u00e8de au bout de vingt minutes : le visage retrouve sa mobilit\u00e9, les mouvements de d\u00e9ambulation reprennent avec une aisance remarquable, illustrant la d\u00e9pendance neurochimique directe de ce blocage moteur.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : La kin\u00e9sie paradoxale en situation d&rsquo;alarme.<\/strong> Une patiente de 78 ans, confin\u00e9e \u00e0 un fauteuil roulant en raison d&rsquo;un syndrome parkinsonien vasculaire \u00e9volu\u00e9 et incapable d&rsquo;effectuer le moindre transfert sans assistance physique majeure, se trouve seule dans une pi\u00e8ce o\u00f9 un d\u00e9tecteur de fum\u00e9e d\u00e9clenche une alarme stridente \u00e0 la suite d&rsquo;un court-circuit. Stimul\u00e9e par le signal acoustique imp\u00e9ratif et l&rsquo;\u00e9motion de panique, la patiente se l\u00e8ve instantan\u00e9ment, traverse le couloir d&rsquo;un pas assur\u00e9 et descend plusieurs marches avant de s&rsquo;arr\u00eater brutalement d\u00e8s que l&rsquo;alarme cesse, se retrouvant \u00e0 nouveau totalement p\u00e9trifi\u00e9e et incapable d&rsquo;avancer. Cet exemple met en lumi\u00e8re la mobilisation des voies vestibulospinales et colliculaires d&rsquo;urgence, qui contournent le circuit striatal d\u00e9faillant.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : L&rsquo;akin\u00e9sie iatrog\u00e8ne induite par neuroleptiques.<\/strong> Un jeune adulte de 28 ans hospitalis\u00e9 pour un \u00e9pisode psychotique aigu re\u00e7oit un traitement par neuroleptique incisif \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e (antagoniste des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2). En l&rsquo;espace de 48 heures, il d\u00e9veloppe une amimie faciale marqu\u00e9e, marche \u00e0 petits pas tra\u00eenants sans balancement des membres sup\u00e9rieurs et r\u00e9pond aux questions avec un temps de latence prolong\u00e9 de plusieurs dizaines de secondes. L&rsquo;introduction d&rsquo;un anticholinergique et la r\u00e9duction de la posologie de l&rsquo;antipsychotique permettent la r\u00e9gression compl\u00e8te de ce tableau akin\u00e9to-rigide secondaire induit par le blocage pharmacologique striatal.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification et la quantification de l&rsquo;akin\u00e9sie reposent sur une analyse s\u00e9miologique rigoureuse adoss\u00e9e \u00e0 des \u00e9chelles de mesure valid\u00e9es internationalement. L&rsquo;examen neurologique au lit du patient \u00e9value en premier lieu la vitesse d&rsquo;initiation et l&rsquo;amplitude des mouvements r\u00e9p\u00e9titifs alternatifs. Les \u00e9preuves de frappe index-pouce (<em>finger tapping<\/em>), d&rsquo;ouverture-fermeture r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la main, de pronation-supination rapide des avant-bras et de battement du talon au sol constituent le socle de l&rsquo;examen clinique extrapyramidal.<\/p>\n<p>Le gold standard de l&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e est la <em>Mouvement Disorder Society-Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale<\/em> (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/MDS-UPDRS\">MDS-UPDRS<\/a>), plus pr\u00e9cis\u00e9ment sa troisi\u00e8me partie consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;examen moteur. Cette \u00e9chelle note chaque segment corporel sur une gradation ordinale allant de 0 (normal) \u00e0 4 (atteinte s\u00e9v\u00e8re, mouvement \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9 ou impossible). Les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation int\u00e8grent la latence d&rsquo;initiation, les arr\u00eats involontaires du geste (h\u00e9sitations ou gels) et la d\u00e9gradation progressive de l&rsquo;amplitude au cours de la r\u00e9p\u00e9tition m\u00e9canique (d\u00e9cr\u00e9ment d&rsquo;amplitude cin\u00e9tique).<\/p>\n<p>Sur le plan technologique, la cin\u00e9m\u00e9trie informatis\u00e9e, l&rsquo;utilisation de capteurs inertiels portables (acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tres et gyroscopes triaxiaux) et l&rsquo;analyse optique du mouvement en trois dimensions permettent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;objectiver les temps de r\u00e9action pr\u00e9moteurs et moteurs avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique et milliseconde. En imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle, la scintigraphie c\u00e9r\u00e9brale des transporteurs de la dopamine (DaTscan) et la tomographie par \u00e9mission de positons au 18F-DOPA permettent de corr\u00e9ler l&rsquo;intensit\u00e9 du d\u00e9ficit akin\u00e9tique avec le degr\u00e9 de perte des terminaisons axonales dopaminergiques dans le putamen.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation pr\u00e9cise de l&rsquo;akin\u00e9sie rev\u00eat une port\u00e9e clinique capitale dans une multitude de domaines m\u00e9dicaux et th\u00e9rapeutiques :<\/p>\n<p>En <strong>neurologie adulte<\/strong>, la distinction entre une akin\u00e9sie dopa-sensible (typique de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\">maladie de Parkinson<\/a>) et une akin\u00e9sie dopa-r\u00e9sistante oriente le diagnostic vers des syndromes parkinsoniens atypiques, tels que la paralysie supranucl\u00e9aire progressive (PSP), l&rsquo;atrophie multisyst\u00e9matis\u00e9e (AMS) ou la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence corticobasale (DCB), dont les pronostics fonctionnels et vitaux diff\u00e8rent radicalement.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie<\/strong>, l&rsquo;akin\u00e9sie pose un probl\u00e8me diagnostique majeur de recoupement avec la catatonie, la d\u00e9pression m\u00e9lancolique s\u00e9v\u00e8re et le ralentissement psychomoteur psychotique. La mise en place de th\u00e9rapeutiques adapt\u00e9es \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de benzodiaz\u00e9pines \u00e0 fortes doses ou de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie pour la catatonie, ou de l&rsquo;ajustement des psychotropes pour les effets extrapyramidaux \u2014 requiert une diff\u00e9rentiation s\u00e9miologique sans \u00e9quivoque.<\/p>\n<p>En <strong>r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle et kin\u00e9sith\u00e9rapie<\/strong>, la compr\u00e9hension des d\u00e9clencheurs de l&rsquo;akin\u00e9sie permet d&rsquo;\u00e9laborer des strat\u00e9gies d&rsquo;indi\u00e7age sensoriel (<em>cueing<\/em>). L&#8217;emploi de m\u00e9tronomes rythmiques, de faisceaux laser projet\u00e9s au sol ou de consignes verbales cadenc\u00e9es permet d&rsquo;exploiter les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux visuels et auditifs pr\u00e9serv\u00e9s afin de contourner l&rsquo;akin\u00e9sie striatale et de restaurer une dynamique de marche fluide et s\u00e9curis\u00e9e, r\u00e9duisant significativement le risque d&rsquo;accidents par chute.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle et clinique contemporaine a apport\u00e9 des \u00e9clairages cruciaux sur les m\u00e9canismes physiopathologiques intimes de l&rsquo;akin\u00e9sie. Les travaux pionniers de Mahlon DeLong et de ses successeurs ont d\u00e9montr\u00e9 que les neurones du globus pallidus interne d\u00e9chargent \u00e0 une fr\u00e9quence anormalement \u00e9lev\u00e9e et selon un motif d&rsquo;activit\u00e9 en bouff\u00e9es d\u00e9synchronis\u00e9es chez les mod\u00e8les primates rendus akin\u00e9tiques par l&rsquo;administration de neurotoxines dopaminergiques (MPTP). Ces observations ont directement fond\u00e9 l&rsquo;essor de la neurochirurgie fonctionnelle moderne par stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde \u00e0 haute fr\u00e9quence du noyau sous-thalamique ou du globus pallidus interne, une intervention valid\u00e9e par de vastes essais randomis\u00e9s d\u00e9montrant une r\u00e9duction spectaculaire de l&rsquo;akin\u00e9sie motrice et une diminution majeure des fluctuations d&rsquo;immobilit\u00e9.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et enregistrements de potentiels de champ locaux (LFP) men\u00e9es chez l&rsquo;humain ont confirm\u00e9 le r\u00f4le central des interactions cortico-sous-corticales dans l&rsquo;akin\u00e9sie. Les donn\u00e9es publi\u00e9es par Brown et al. mettent en lumi\u00e8re une corr\u00e9lation directe entre la puissance des oscillations dans la bande b\u00eata et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du d\u00e9ficit d&rsquo;initiation cin\u00e9tique. L&rsquo;introduction de modulateurs dopaminergiques ou la fermeture de boucle par stimulation adaptative (<em>closed-loop DBS<\/em>) permet de rompre s\u00e9lectivement cette hypersynchronie, lib\u00e9rant instantan\u00e9ment le syst\u00e8me moteur du blocage akin\u00e9tique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les recherches men\u00e9es en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) au cours de t\u00e2ches de prise de d\u00e9cision motrice r\u00e9v\u00e8lent que l&rsquo;akin\u00e9sie n&rsquo;affecte pas seulement la motricit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution, mais \u00e9galement le calcul probabiliste du \u00ab co\u00fbt de l&rsquo;effort \u00bb moteur. Les travaux en neuro-\u00e9conomie translationnelle indiquent que la d\u00e9pl\u00e9tion dopaminergique striatale induit une surestimation syst\u00e9matique du co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;action par rapport \u00e0 la r\u00e9compense attendue, incitant les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux pr\u00e9fronto-striataux \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;immobilit\u00e9 et le repos par d\u00e9faut.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception et l&rsquo;impact psychosocial de l&rsquo;akin\u00e9sie s&rsquo;inscrivent dans un contexte culturel et environnemental pr\u00e9gnant. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrielles contemporaines hautement valorisantes de la vitesse, de l&rsquo;efficience r\u00e9active et de l&rsquo;expressivit\u00e9 faciale extravertie, l&rsquo;akin\u00e9sie et l&rsquo;amimie faciale induisent fr\u00e9quemment des jugements erron\u00e9s p\u00e9joratifs. Les patients akin\u00e9tiques sont fr\u00e9quemment per\u00e7us \u00e0 tort par leur entourage ou leurs interlocuteurs comme d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, apathiques, intellectuellement d\u00e9grad\u00e9s ou \u00e9motionnellement froids, en raison de l&rsquo;absence de mimiques dynamiques de synchronisation sociale.<\/p>\n<p>Dans certaines traditions culturelles o\u00f9 la r\u00e9serve corporelle, la posture impassible et la lenteur gestuelle sont associ\u00e9es \u00e0 la dignit\u00e9, au recueillement philosophique ou \u00e0 l&rsquo;exercice d&rsquo;une autorit\u00e9 sereine, les premiers signes de l&rsquo;akin\u00e9sie peuvent demeurer inaper\u00e7us ou \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s favorablement pendant des p\u00e9riodes prolong\u00e9es, retardant d&rsquo;autant la consultation m\u00e9dicale et la mise en place d&rsquo;une prise en charge neurologique ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;acc\u00e8s aux th\u00e9rapeutiques de pointe capables de pallier l&rsquo;akin\u00e9sie varie consid\u00e9rablement selon les contextes socio-\u00e9conomiques mondiaux. Alors que les pays \u00e0 haut revenu d\u00e9ploient des pompes \u00e0 perfusion continue d&rsquo;apomorphine ou de gel intestinal de L-DOPA et la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde, de nombreuses r\u00e9gions d\u00e9favoris\u00e9es font face \u00e0 des ruptures chroniques d&rsquo;approvisionnement en l\u00e9vodopa de base, condamnant les patients akin\u00e9tiques \u00e0 un \u00e9tat de d\u00e9pendance motrice et de grabatisation pr\u00e9coce \u00e9vitable.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>La d\u00e9limitation th\u00e9orique de l&rsquo;akin\u00e9sie demeure sujette \u00e0 d&rsquo;intenses controverses au sein de la communaut\u00e9 neuropsychologique et neurologique :<\/p>\n<p>Un d\u00e9bat historique persistant concerne la fronti\u00e8re nosologique entre akin\u00e9sie, bradychin\u00e9sie et hypokin\u00e9sie. Si les \u00e9coles de pens\u00e9e anglo-saxonnes tendent fr\u00e9quemment \u00e0 employer le terme de \u00ab bradychin\u00e9sie \u00bb comme un vocable chapeau englobant la lenteur, la baisse d&rsquo;amplitude et les blocages, la tradition s\u00e9miologique francophone insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer rigoureusement le d\u00e9faut d&rsquo;initiation pure (akin\u00e9sie) de la cin\u00e9tique ralentie du geste d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 (bradychin\u00e9sie) et de la r\u00e9duction dimensionnelle de l&rsquo;espace gestuel (hypokin\u00e9sie). L&rsquo;amalgame de ces composantes dans certaines \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques nuit parfois \u00e0 la comparabilit\u00e9 fine des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure touche \u00e0 la s\u00e9paration entre akin\u00e9sie motrice et apathie cognitive ou \u00e9motionnelle. L&rsquo;apathie se d\u00e9finissant comme une perte de motivation et d&rsquo;auto-initiation du comportement dirig\u00e9 vers un but, il est souvent ardu d&rsquo;\u00e9tablir chez un patient porteur d&rsquo;une l\u00e9sion fronto-striatale si son immobilit\u00e9 d\u00e9coule d&rsquo;une impossibilit\u00e9 neuromotrice \u00e0 d\u00e9clencher l&rsquo;action (akin\u00e9sie primaire) ou d&rsquo;un d\u00e9ficit primaire de la volont\u00e9 et de la valorisation de l&rsquo;objectif (abulie ou apathie). L&rsquo;existence de zones de transition comme le mutisme akin\u00e9tique prouve que ces deux dimensions s&rsquo;entrelacent intimement dans les territoires ant\u00e9rieurs du cerveau.<\/p>\n<p>Enfin, la notion de \u00ab kin\u00e9sie paradoxale \u00bb remet en cause une conception purement m\u00e9canique et irr\u00e9versible de l&rsquo;akin\u00e9sie. Si un sujet th\u00e9oriquement incapable de mobiliser ses membres peut subitement courir pour fuir un incendie, l&rsquo;akin\u00e9sie ne saurait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme un blocage structurel permanent du syst\u00e8me effecteur, mais plut\u00f4t comme un dysfonctionnement adaptatif de seuils d&rsquo;activation interne, contournable par la stimulation de r\u00e9seaux neuronaux parall\u00e8les d&rsquo;urgence.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Une s\u00e9miologie diff\u00e9rentielle exigeante requiert de d\u00e9marquer l&rsquo;akin\u00e9sie de concepts connexes avec lesquels les confusions cliniques sont fr\u00e9quentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Bradychin\u00e9sie :<\/strong> Ralentissement de la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement volontaire une fois celui-ci amorc\u00e9. Contrairement \u00e0 l&rsquo;akin\u00e9sie qui cible le franchissement du seuil initial, la bradychin\u00e9sie concerne la dynamique continue du d\u00e9roulement temporel de l&rsquo;action.<\/li>\n<li><strong>Hypokin\u00e9sie :<\/strong> Diminution globale de l&rsquo;amplitude motrice (exprim\u00e9e par exemple dans la micrographie ou la r\u00e9duction du polygone de sustentation), l&rsquo;amorce pouvant \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e mais le geste restant restreint dans l&rsquo;espace.<\/li>\n<li><strong>Paralysie et par\u00e9sie :<\/strong> Perte compl\u00e8te ou partielle de la force musculaire cons\u00e9cutive \u00e0 une interruption de la commande nerveuse au niveau des voies pyramidales corticales, du motoneurone m\u00e9dullaire ou de la jonction neuromusculaire. Dans l&rsquo;akin\u00e9sie, la force musculaire brute est intacte.<\/li>\n<li><strong>Apraxie motrice :<\/strong> Incapacit\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter un geste appris, complexe et finalis\u00e9 (comme utiliser un outil ou saluer), due \u00e0 une perte du sch\u00e9ma gestuel c\u00e9r\u00e9bral cortical pari\u00e9tal ou pr\u00e9moteur, sans akin\u00e9sie, ni pl\u00e9gie, ni ataxie.<\/li>\n<li><strong>Catatonie :<\/strong> Syndrome neuropsychiatrique caract\u00e9ris\u00e9 par une inertie motrice majeure associ\u00e9e \u00e0 des signes psychomoteurs distinctifs tels que la catalepsie (maintien passif des postures impos\u00e9es), le n\u00e9gativisme, l&rsquo;\u00e9cholalie ou le flexibilitas cerea (flexibilit\u00e9 cireuse), r\u00e9pondant favorablement au loraz\u00e9pam.<\/li>\n<li><strong>Apathie et abulie :<\/strong> Perturbation motivationnelle conduisant \u00e0 un d\u00e9ficit d&rsquo;engagement comportemental spontan\u00e9 par carence conative interne, alors que la machinerie motrice intrins\u00e8que est pleinement op\u00e9rationnelle si l&rsquo;ordre est formul\u00e9 par autrui.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;akin\u00e9sie constitue un trouble fondamental de l&rsquo;initiation et de l&rsquo;automatisation du mouvement, r\u00e9sultant d&rsquo;une alt\u00e9ration majeure des voies de signalisation dopaminergiques et des boucles fonctionnelles striato-corticales. Elle se distingue formellement des d\u00e9ficits moteurs d\u00e9ficitaires tels que les paralysies, le sujet conservant la force musculaire requise mais se trouvant priv\u00e9 de la capacit\u00e9 neurobiologique \u00e0 d\u00e9clencher l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, elle associe l&rsquo;inhibition motrice d&rsquo;initiation, la r\u00e9duction drastique des gestes automatiques et de l&rsquo;expressivit\u00e9 faciale, et des \u00e9pisodes paroxystiques de gel de l&rsquo;action. Sa sensibilit\u00e9 spectaculaire aux th\u00e9rapies dopaminergiques constitue \u00e0 la fois un marqueur diagnostique central et une d\u00e9monstration \u00e9clatante de la neurochimie du comportement volontaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration clinique de l&rsquo;akin\u00e9sie moderne ne se borne plus \u00e0 une simple \u00e9valuation m\u00e9canique : elle prend en compte les interfaces subtiles entre pr\u00e9paration cin\u00e9tique, r\u00e9gulation oscillatoire c\u00e9r\u00e9brale, perception de l&rsquo;effort mental et adaptation psychosociale, r\u00e9affirmant son statut d&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude cardinal pour la compr\u00e9hension des relations fondamentales entre le cerveau, l&rsquo;esprit et le mouvement.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Albin, R. L., Young, A. B., &amp; Penney, J. B. (1989). The functional anatomy of basal ganglia disorders. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 12(10), 366-375. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(89)90074-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(89)90074-X<\/a><\/p>\n<p>Brown, P. (2007). Abnormal oscillatory activity in the basal ganglia of patients with Parkinson&rsquo;s disease. <em>Neuroscientist<\/em>, 13(3), 268-276. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073858406296377\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073858406296377<\/a><\/p>\n<p>Charcot, J.-M. (1877). <em>Le\u00e7ons sur les maladies du syst\u00e8me nerveux faites \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re<\/em>. Delahaye et Lecrosnier.<\/p>\n<p>DeLong, M. R. (1990). Primate models of movement disorders of basal ganglia origin. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 13(7), 281-285. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(90)90110-V\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(90)90110-V<\/a><\/p>\n<p>Goetz, C. G., Tilley, B. C., Shaftman, S. R., Stebbins, G. T., Fahn, S., Martinez-Martin, P., &#8230; &amp; Movement Disorder Society UPDRS Revision Task Force. (2007). Movement Disorder Society-sponsored revision of the Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale (MDS-UPDRS): Process, format, and clinimetric testing plan. <em>Movement Disorders<\/em>, 22(1), 41-47. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.21198\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.21198<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;akin\u00e9sie d\u00e9signe l&rsquo;impossibilit\u00e9 ou la difficult\u00e9 extr\u00eame \u00e0 initier un mouvement volontaire en l&rsquo;absence de toute paralysie motrice. D\u00e9couvrez ses bases neurobiologiques, ses manifestations cliniques et ses traitements.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,46,31585],"tags":[30442,32717,1377,7228,1152,30801],"class_list":["post-19979","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neuropsychologie","category-troubles-du-mouvement","tag-akinesie","tag-bradychinesie","tag-dopamine","tag-ganglions-de-la-base","tag-maladie-de-parkinson","tag-semiologie-neurologique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19979","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19979\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19979"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19979"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19979"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}