{"id":19973,"date":"2026-10-23T02:59:14","date_gmt":"2026-10-23T02:59:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=echelle-insomnie-athenes-ais"},"modified":"2026-10-23T02:59:14","modified_gmt":"2026-10-23T02:59:14","slug":"echelle-insomnie-athenes-ais","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=echelle-insomnie-athenes-ais","title":{"rendered":"AIS : \u00c9valuer la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse des troubles du sommeil repr\u00e9sente un enjeu capital de la psychiatrie moderne et de la psychologie clinique contemporaine. Parmi les instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s, l&rsquo;<strong>\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes<\/strong> (connue sous l&rsquo;acronyme <strong>AIS<\/strong> pour <em>Athens Insomnia Scale<\/em>) s&rsquo;impose comme une r\u00e9f\u00e9rence internationale incontournable pour d\u00e9pister et quantifier les perturbations du sommeil selon des crit\u00e8res nosologiques stricts. Con\u00e7ue pour concilier bri\u00e8vet\u00e9 d&rsquo;administration et pr\u00e9cision diagnostique, elle permet aux praticiens comme aux chercheurs d&rsquo;objectiver la d\u00e9tresse nocturne et ses r\u00e9percussions diurnes.<\/p>\n<h2>\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes (AIS)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes<\/strong> (AIS) est un auto-questionnaire psychom\u00e9trique standardis\u00e9 compos\u00e9 de huit items, con\u00e7u pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie chez l&rsquo;adulte en se fondant directement sur les crit\u00e8res diagnostiques de la Classification internationale des maladies (CIM-10). Elle \u00e9value la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 des difficult\u00e9s d&rsquo;endormissement, des r\u00e9veils nocturnes ou pr\u00e9coces, ainsi que l&rsquo;impact d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de ces perturbations sur le fonctionnement physique, cognitif et \u00e9motionnel diurne au cours du dernier mois.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;AIS ne se limite pas \u00e0 un simple d\u00e9compte quantitatif des heures de repos ; elle appr\u00e9hende l&rsquo;exp\u00e9rience subjective du dormeur en isolant la composante nocturne du sommeil de ses cons\u00e9quences physiologiques et psychologiques durant la journ\u00e9e. Les items ne comptabilisent que les difficult\u00e9s survenues au moins trois fois par semaine au cours des quatre derni\u00e8res semaines, garantissant ainsi que l&rsquo;\u00e9valuation porte sur un \u00e9tat d&rsquo;insomnie clinique av\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t que sur des fluctuations transitoires induites par un stress ponctuel.<\/p>\n<p>En recherche et en pratique hospitali\u00e8re, l&rsquo;AIS est largement salu\u00e9e pour son \u00e9quilibre entre exhaustivit\u00e9 s\u00e9miologique et rapidit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution. Gr\u00e2ce \u00e0 une version abr\u00e9g\u00e9e en cinq items (AIS-5) centr\u00e9e exclusivement sur les manifestations nocturnes et \u00e0 une version compl\u00e8te en huit items (AIS-8) int\u00e9grant le retentissement diurne, l&rsquo;outil s&rsquo;adapte aussi bien aux enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques de grande envergure qu&rsquo;au suivi longitudinal personnalis\u00e9 dans le cadre de th\u00e9rapies cognitivo-comportementales de l&rsquo;insomnie (TCC-I).<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme <strong>AIS<\/strong> provient de l&rsquo;anglais <em>Athens Insomnia Scale<\/em>. Le premier \u00e9l\u00e9ment, <em>Athens<\/em> (Ath\u00e8nes), renvoie \u00e0 la ville o\u00f9 l&rsquo;instrument a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 au sein du d\u00e9partement de psychiatrie de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes, sous la direction du professeur Constantin R. Soldatos, figure majeure de la m\u00e9decine du sommeil et r\u00e9dacteur des sections relatives aux troubles du sommeil pour l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le terme <em>insomnie<\/em> trouve ses racines dans le substantif latin <em>insomnia<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>in-<\/em> (marquant la n\u00e9gation, la privation ou l&rsquo;absence) et du radical <em>somnus<\/em> (\u00ab sommeil \u00bb), issu de la racine indo-europ\u00e9enne <em>*swep-<\/em> (\u00ab dormir \u00bb). Dans son acception \u00e9tymologique, l&rsquo;insomnie d\u00e9signe litt\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9tat de privation de sommeil ou l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir le repos nocturne. Le mot <em>scale<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du latin <em>scala<\/em> (\u00ab \u00e9chelle \u00bb, \u00ab degr\u00e9 \u00bb), \u00e9voque la gradation m\u00e9trique et la quantification ordinale propre aux instruments psychom\u00e9triques.<\/p>\n<p>Introduite dans la litt\u00e9rature scientifique internationale en 2000, la d\u00e9signation \u00ab Athens Insomnia Scale \u00bb est entr\u00e9e dans le lexique de la psychom\u00e9trie francophone sous le vocable d&rsquo;\u00ab \u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes \u00bb, bien que l&rsquo;acronyme original AIS demeure quasi universellement employ\u00e9 dans les publications de psychiatrie, de neurobiologie et de psychologie clinique pour assurer une continuit\u00e9 terminologique standardis\u00e9e.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;acronyme AIS se prononce g\u00e9n\u00e9ralement en fran\u00e7ais sous la forme \u00e9pel\u00e9e \/a.i.\u025bs\/ (\u00ab A-I-S \u00bb), bien que certains praticiens anglophones ou bilingues le prononcent parfois sous forme d&rsquo;acronyme syllabique \/e\u026as\/. L&rsquo;expression nominale compl\u00e8te, \u00ab \u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes \u00bb, se transcrit phon\u00e9tiquement \/e.\u0283\u025bl d\u025b\u0303.s\u0254m.ni da.t\u025bn\/.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, lorsqu&rsquo;on emploie l&rsquo;acronyme AIS en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle, le genre est f\u00e9minin en fran\u00e7ais (une AIS, l&rsquo;AIS), par ellipse et accord avec le substantif f\u00e9minin \u00ab \u00e9chelle \u00bb (ex. : \u00ab l&rsquo;AIS pr\u00e9sente d&rsquo;excellentes qualit\u00e9s psychom\u00e9triques \u00bb). En revanche, lorsque le terme est employ\u00e9 pour d\u00e9signer le score global obtenu au test, l&rsquo;usage clinique h\u00e9site parfois avec le masculin (\u00ab le score \u00e0 l&rsquo;AIS \u00bb). Dans le milieu de la recherche francophone, la d\u00e9nomination \u00ab l&rsquo;AIS-8 \u00bb ou \u00ab l&rsquo;AIS-5 \u00bb conserve syst\u00e9matiquement le genre f\u00e9minin r\u00e9gulier.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;insomnie n&rsquo;est pas un sympt\u00f4me isol\u00e9, mais une perturbation multidimensionnelle de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Architecture_du_sommeil\">architecture du sommeil<\/a> qui affecte profond\u00e9ment l&rsquo;hom\u00e9ostasie biologique, la r\u00e9gulation neuro-\u00e9motionnelle et les fonctions ex\u00e9cutives. L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour d\u00e9passer les d\u00e9finitions purement chronom\u00e9triques de la dur\u00e9e du sommeil, lesquelles \u00e9chouent souvent \u00e0 rendre compte de la souffrance clinique. En effet, un individu dormant six heures peut se sentir pleinement restaur\u00e9, tandis qu&rsquo;un autre passant huit heures au lit peut \u00e9prouver une d\u00e9tresse aigu\u00eb li\u00e9e \u00e0 la fragmentation de son sommeil et \u00e0 l&rsquo;absence de sommeil profond r\u00e9parateur.<\/p>\n<p>Le cadre conceptuel de l&rsquo;AIS repose sur la distinction s\u00e9miologique entre les troubles nocturnes de l&rsquo;endormissement et du maintien, et les dysfonctionnements diurnes qui en d\u00e9coulent directement. L&rsquo;outil postule que l&rsquo;insomnie clinique ne peut \u00eatre diagnostiqu\u00e9e que si l&rsquo;alt\u00e9ration de la nuit engendre un co\u00fbt mesurable pour l&rsquo;organisme durant la veille. \u00c0 travers ses huit items, l&rsquo;\u00e9chelle couvre deux domaines fonctionnels interd\u00e9pendants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La dynamique nocturne du sommeil (items 1 \u00e0 5) :<\/strong> Cette premi\u00e8re dimension \u00e9value la latence d&rsquo;endormissement (temps requis pour sombrer dans le sommeil apr\u00e8s extinction des lumi\u00e8res), la fr\u00e9quence et la dur\u00e9e des \u00e9veils nocturnes intra-sommeil, le r\u00e9veil matinal pr\u00e9coce involontaire, l&rsquo;insuffisance per\u00e7ue de la dur\u00e9e totale de repos, et l&rsquo;appr\u00e9ciation globale et qualitative de la nuit \u00e9coul\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le retentissement diurne et fonctionnel (items 6 \u00e0 8) :<\/strong> Cette seconde dimension sonde la d\u00e9gradation du sentiment subjectif de bien-\u00eatre, l&rsquo;alt\u00e9ration des performances cognitives et physiques (capacit\u00e9s de concentration, m\u00e9moire de travail, efficacit\u00e9 motrice) et le degr\u00e9 de somnolence diurne anormale \u00e9prouv\u00e9e au cours des activit\u00e9s quotidiennes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En ancrant son \u00e9valuation sur une fr\u00e9quence minimale de trois \u00e9pisodes hebdomadaires au cours du mois \u00e9coul\u00e9, l&rsquo;AIS neutralise les faux positifs li\u00e9s aux \u00e9pisodes d&rsquo;insomnie situationnelle aigu\u00eb (tels que ceux caus\u00e9s par un d\u00e9calage horaire temporaire ou un \u00e9v\u00e9nement anxiog\u00e8ne circonscrit). Elle capture ainsi la chronicit\u00e9 et la stabilit\u00e9 temporelle du trouble, deux param\u00e8tres fondamentaux pour distinguer l&rsquo;insomnie primaire ou comorbide des perturbations banales du rythme circadien.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le concept sous-jacent \u00e0 l&rsquo;AIS s&rsquo;accorde avec les mod\u00e8les psychophysiologiques modernes : l&rsquo;insomnie y est per\u00e7ue non comme un simple manque de sommeil passif, mais comme un \u00e9tat d&rsquo;hyper\u00e9veil biologique et cognitif persistant. Les plaintes recueillies par l&rsquo;\u00e9chelle refl\u00e8tent \u00e0 la fois la d\u00e9synchronisation des m\u00e9canismes hypnog\u00e9niques centraux et l&rsquo;\u00e9puisement des ressources attentionnelles n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;adaptation quotidienne.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;AIS s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;effort international de standardisation nosologique engag\u00e9 \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle par l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a>. Jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1990, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;insomnie souffrait d&rsquo;un manque criant de consensus : chaque \u00e9quipe hospitali\u00e8re utilisait des grilles maison ou des journaux de sommeil non valid\u00e9s psychom\u00e9triquement, rendant les comparaisons internationales et les essais th\u00e9rapeutiques particuli\u00e8rement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, le professeur Constantin R. Soldatos et ses collaborateurs Dimitris G. Dikeos et Thomas J. Paparrigopoulos, exer\u00e7ant au centre de recherche sur le sommeil de l&rsquo;H\u00f4pital universitaire Eginition d&rsquo;Ath\u00e8nes, ont entrepris de concevoir un questionnaire auto-rapport\u00e9 dont les items correspondraient rigoureusement aux crit\u00e8res diagnostiques de l&rsquo;insomnie non organique de la dixi\u00e8me r\u00e9vision de la Classification internationale des maladies (CIM-10 \/ ICD-10). La publication princeps de validation a paru en l&rsquo;an 2000 dans le prestigieux <em>Journal of Psychosomatic Research<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;accueil par la communaut\u00e9 scientifique a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diat : d\u00e8s 2003, une seconde \u00e9tude majeure men\u00e9e par Soldatos et son \u00e9quipe a valid\u00e9 l&rsquo;AIS aupr\u00e8s de cohortes \u00e9largies, d\u00e9terminant des seuils diagnostiques pr\u00e9cis pour distinguer les bons dormeurs des sujets souffrant d&rsquo;insomnie clinique, tant en population g\u00e9n\u00e9rale que chez des patients psychiatriques non s\u00e9lectionn\u00e9s. Dans les d\u00e9cennies suivantes, l&rsquo;instrument a \u00e9t\u00e9 traduit, adapt\u00e9 transculturellement et valid\u00e9 dans plus d&rsquo;une trentaine de langues, notamment en espagnol, japonais, chinois, portugais, allemand et fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution la plus r\u00e9cente concerne l&rsquo;utilisation de l&rsquo;AIS dans des populations sp\u00e9cifiques au-del\u00e0 du cadre psychiatrique conventionnel. Des \u00e9tudes contemporaines ont adapt\u00e9 et valid\u00e9 des variantes destin\u00e9es \u00e0 la m\u00e9decine du travail, aux \u00e9tudiants universitaires confront\u00e9s au stress acad\u00e9mique, ainsi qu&rsquo;aux athl\u00e8tes d&rsquo;\u00e9lite, confirmant la remarquable stabilit\u00e9 structurelle de l&rsquo;instrument plus de deux d\u00e9cennies apr\u00e8s sa formulation initiale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes s&rsquo;articule autour de fondements th\u00e9oriques robustes combinant la nosographie psychiatrique descriptive et les mod\u00e8les cognitivo-comportementaux du sommeil.<\/p>\n<p>Sur le plan nosographique, l&rsquo;AIS prend directement racine dans les crit\u00e8res op\u00e9rationnels de la CIM-10 pour l&rsquo;insomnie non organique (code F51.0). Selon cette armature nosologique, l&rsquo;insomnie requiert : une difficult\u00e9 d&rsquo;endormissement, de maintien du sommeil ou une mauvaise qualit\u00e9 de sommeil ; survenant au moins trois fois par semaine depuis un mois au minimum ; associ\u00e9e \u00e0 une pr\u00e9occupation obs\u00e9dante envers le sommeil et \u00e0 un retentissement n\u00e9gatif sur le fonctionnement diurne. L&rsquo;AIS constitue la traduction op\u00e9rationnelle directe de chacun de ces crit\u00e8res en items psychom\u00e9triques ordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9tiologique et comportemental, l&rsquo;instrument r\u00e9sonne avec le c\u00e9l\u00e8bre <em>mod\u00e8le des 3P<\/em> formul\u00e9 par Arthur Spielman. Ce cadre th\u00e9orique postule que l&rsquo;insomnie chronique r\u00e9sulte de la conjonction de trois composantes :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Les facteurs pr\u00e9disposants :<\/strong> vuln\u00e9rabilit\u00e9s biologiques, g\u00e9n\u00e9tiques, temp\u00e9rament anxieux ou hyperr\u00e9activit\u00e9 physiologique.<\/li>\n<li><strong>Les facteurs pr\u00e9cipitants :<\/strong> \u00e9v\u00e9nements de vie stressants, ruptures, deuil ou pathologies somatiques aigu\u00ebs d\u00e9clenchant l&rsquo;\u00e9pisode initial.<\/li>\n<li><strong>Les facteurs perp\u00e9tuants :<\/strong> comportements inadapt\u00e9s (temps excessif pass\u00e9 au lit, siestes prolong\u00e9es, ruminations pr\u00e9-sommeil) qui installent le trouble dans la chronicit\u00e9. L&rsquo;AIS mesure pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;expression symptomatique de ces facteurs perp\u00e9tuants en captant l&rsquo;incapacit\u00e9 auto-entretenue \u00e0 trouver le sommeil et les perturbations diurnes associ\u00e9es.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Enfin, l&rsquo;AIS s&rsquo;aligne sur les th\u00e9ories cognitives de l&rsquo;insomnie, notamment les travaux d&rsquo;Allison Harvey sur l&rsquo;attention s\u00e9lective et les croyances dysfonctionnelles. En interrogeant l&rsquo;impact per\u00e7u sur le fonctionnement intellectuel et le bien-\u00eatre, l&rsquo;\u00e9chelle capture l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance li\u00e9e au sommeil : la crainte de ne pas \u00eatre op\u00e9rationnel le lendemain majore l&rsquo;hyper\u00e9veil cortical nocturne, alimentant un cercle vicieux psychopathologique parfaitement refl\u00e9t\u00e9 par les scores combin\u00e9s des items 5, 6 et 7.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes se structure sous deux formats officiels standardis\u00e9s, d\u00e9composables en items pr\u00e9cis cot\u00e9s sur une \u00e9chelle de Likert \u00e0 4 points (allant de 0 = \u00ab aucun probl\u00e8me \u00bb \u00e0 3 = \u00ab probl\u00e8me tr\u00e8s grave ou absence totale de sommeil \u00bb) :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;AIS-8 (version compl\u00e8te) :<\/strong> \u00c9value l&rsquo;ensemble du tableau clinique au moyen de 8 items gradu\u00e9s :\n<ul>\n<li><em>Item 1 &#8211; Induction du sommeil :<\/em> \u00c9value le d\u00e9lai d&rsquo;endormissement (latence) apr\u00e8s extinction de la lumi\u00e8re (de normal \u00e0 retard consid\u00e9rable ou nuit blanche).<\/li>\n<li><em>Item 2 &#8211; R\u00e9veils nocturnes :<\/em> Mesure la fr\u00e9quence et l&rsquo;impact des \u00e9veils intra-sommeil interrompant la continuit\u00e9 du repos.<\/li>\n<li><em>Item 3 &#8211; R\u00e9veil matinal pr\u00e9coce :<\/em> Quantifie le d\u00e9calage involontaire entre l&rsquo;heure de r\u00e9veil souhait\u00e9e et le r\u00e9veil d\u00e9finitif spontan\u00e9.<\/li>\n<li><em>Item 4 &#8211; Dur\u00e9e totale de sommeil :<\/em> Appr\u00e9cie si le temps effectif pass\u00e9 \u00e0 dormir est jug\u00e9 suffisant ou excessivement insuffisant par le sujet.<\/li>\n<li><em>Item 5 &#8211; Qualit\u00e9 globale du sommeil :<\/em> Enregistre la sensation subjective de profondeur, de satisfaction et de r\u00e9cup\u00e9ration offerte par la nuit.<\/li>\n<li><em>Item 6 &#8211; Sentiment de bien-\u00eatre pendant la journ\u00e9e :<\/em> \u00c9value l&rsquo;humeur, la vitalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et la sensation d&rsquo;\u00e9quilibre psychologique au cours de la veille.<\/li>\n<li><em>Item 7 &#8211; Fonctionnement physique et mental diurne :<\/em> Sonde les r\u00e9percussions sur la m\u00e9moire, l&rsquo;attention, l&rsquo;efficacit\u00e9 professionnelle et le tonus corporel.<\/li>\n<li><em>Item 8 &#8211; Somnolence pendant la journ\u00e9e :<\/em> Mesure la propension anormale \u00e0 s&rsquo;assoupir ou \u00e0 \u00e9prouver un sommeil irr\u00e9pressible durant les heures d&rsquo;\u00e9veil.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AIS-5 (version br\u00e8ve) :<\/strong> Comprend uniquement les items 1 \u00e0 5. Elle est d\u00e9di\u00e9e exclusivement aux manifestations nocturnes de l&rsquo;insomnie, ce qui en fait un outil de choix pour les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques compactes ou les consultations d&rsquo;urgence o\u00f9 le temps d&rsquo;administration est strictement limit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Sous-dimensions factorielles :<\/strong> Les analyses factorielles confirmatoires mettent r\u00e9guli\u00e8rement en \u00e9vidence deux facteurs sous-jacents distincts : le <em>facteur nocturne<\/em> (items 1 \u00e0 5, expliquant la majeure partie de la variance du sommeil pur) et le <em>facteur diurne<\/em> (items 6 \u00e0 8, traduisant la morbidit\u00e9 fonctionnelle et psychologique).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en pratique de l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes, trois vignettes cliniques repr\u00e9sentatives \u00e9clairent son interpr\u00e9tation diagnostique :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Insomnie comorbide d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur<\/strong><br \/>Marc, 42 ans, cadre financier, consulte pour une fatigue accablante et un ralentissement psychomoteur. \u00c0 l&rsquo;AIS-8, il obtient un score total de 17\/24. Le profil des r\u00e9ponses r\u00e9v\u00e8le des r\u00e9veils matinaux pr\u00e9coces intenses (item 3 cot\u00e9 \u00e0 3 : r\u00e9veil \u00e0 4h du matin sans possibilit\u00e9 de se rendormir), une dur\u00e9e totale tr\u00e8s insuffisante (item 4 cot\u00e9 \u00e0 3), une alt\u00e9ration majeure du bien-\u00eatre (item 6 cot\u00e9 \u00e0 3) et un fonctionnement mental d\u00e9grad\u00e9 (item 7 cot\u00e9 \u00e0 3). En revanche, son endormissement initial est peu perturb\u00e9 (item 1 cot\u00e9 \u00e0 1). Ce profil d&rsquo;insomnie terminale avec fort retentissement sur l&rsquo;humeur oriente imm\u00e9diatement le clinicien vers une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pression_(psychiatrie)\">d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9e<\/a> n\u00e9cessitant une prise en charge psychiatrique conjointe.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Insomnie psychophysiologique primaire<\/strong><br \/>Clara, 29 ans, ing\u00e9nieure, consulte apr\u00e8s six mois d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 centr\u00e9e sur ses nuits. \u00c0 l&rsquo;AIS-8, son score est de 13\/24. L&rsquo;analyse d\u00e9taill\u00e9e montre une latence d&rsquo;endormissement tr\u00e8s retard\u00e9e (item 1 cot\u00e9 \u00e0 3 : plus de deux heures pour s&rsquo;endormir en raison de ruminations incessantes), une qualit\u00e9 de sommeil m\u00e9diocre (item 5 cot\u00e9 \u00e0 2) et un sentiment de fatigue physique diurne (item 7 cot\u00e9 \u00e0 2), mais une somnolence diurne quasi nulle (item 8 cot\u00e9 \u00e0 0 : impossible pour elle de faire une sieste le jour en raison de son hyper\u00e9veil). Ce pattern est typique de l&rsquo;insomnie psychophysiologique, candidate id\u00e9ale pour une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale ax\u00e9e sur la restriction du temps pass\u00e9 au lit et le contr\u00f4le du stimulus.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Suivi d&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique chez un athl\u00e8te<\/strong><br \/>Julien, nageur de comp\u00e9tition de 22 ans, pr\u00e9sente un score initial \u00e0 l&rsquo;AIS de 11\/24 en p\u00e9riode pr\u00e9-comp\u00e9titive, marqu\u00e9 par des r\u00e9veils nocturnes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s (item 2 cot\u00e9 \u00e0 2) et une baisse de vigilance diurne pr\u00e9judiciable \u00e0 ses entra\u00eenements (item 8 cot\u00e9 \u00e0 2). Apr\u00e8s quatre semaines d&rsquo;intervention ax\u00e9e sur l&rsquo;hygi\u00e8ne du sommeil, la d\u00e9connexion num\u00e9rique nocturne et des s\u00e9ances de relaxation guid\u00e9e, son score \u00e0 l&rsquo;AIS chute \u00e0 4\/24 (sous le seuil pathologique de 6), objectivant math\u00e9matiquement l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;accompagnement psychologique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La cotation de l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes est d&rsquo;une grande simplicit\u00e9 op\u00e9rationnelle, ce qui favorise son usage en routine clinique. Chaque item est not\u00e9 de 0 (absence de difficult\u00e9 ou \u00e9tat tout \u00e0 fait satisfaisant) \u00e0 3 (difficult\u00e9 maximale ou perturbation s\u00e9v\u00e8re). L&rsquo;examinateur calcule la somme arithm\u00e9tique des huit items pour obtenir un score total variant de 0 \u00e0 24 points (ou de 0 \u00e0 15 points pour l&rsquo;AIS-5).<\/p>\n<p>Le seuil d\u00e9cisionnel (<em>cut-off score<\/em>) canonique \u00e9tabli par les \u00e9tudes de validation de Soldatos et al. (2000, 2003) est fix\u00e9 \u00e0 <strong>6 points<\/strong> (un score sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 6 \u00e0 l&rsquo;AIS-8 indique la pr\u00e9sence d&rsquo;une insomnie cliniquement significative). \u00c0 ce seuil de coupure :<\/p>\n<ul>\n<li>La <strong>sensibilit\u00e9<\/strong> diagnostique atteint 91 % \u00e0 93 %, garantissant un rep\u00e9rage quasi exhaustif des individus souffrant d&rsquo;insomnie.<\/li>\n<li>La <strong>sp\u00e9cificit\u00e9<\/strong> oscille entre 85 % et 87 %, minimisant le risque de faux positifs chez les sujets sains ou pr\u00e9sentant de simples variations physiologiques b\u00e9nignes.<\/li>\n<li>La consistance interne de l&rsquo;\u00e9chelle est remarquable, avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre 0,87 et 0,90 selon les \u00e9tudes de validation transculturelle.<\/li>\n<li>La fid\u00e9lit\u00e9 test-retest \u00e0 court terme (intervalle d&rsquo;une \u00e0 deux semaines) affiche un coefficient de corr\u00e9lation intraclasse sup\u00e9rieur \u00e0 0,85, d\u00e9montrant la stabilit\u00e9 de la mesure en l&rsquo;absence d&rsquo;intervention.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Bien que l&rsquo;AIS repose sur une auto-\u00e9valuation subjective, elle pr\u00e9sente une excellente validit\u00e9 concurrente lorsqu&rsquo;elle est confront\u00e9e \u00e0 des mesures instrumentales objectives telles que la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polysomnographie\">polysomnographie<\/a> ou l&rsquo;actim\u00e9trie, tout en int\u00e9grant la dimension indispensable de l&rsquo;inconfort psychologique que les appareils de laboratoire ne peuvent mesurer directement.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence psychom\u00e9trique de l&rsquo;AIS en fait un outil d&rsquo;usage courant dans de multiples champs de la psychologie et de la m\u00e9decine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>En psychiatrie clinique et psychoth\u00e9rapie :<\/strong> L&rsquo;AIS est employ\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9valuation initiale pour d\u00e9pister les troubles comorbides dans la d\u00e9pression, les troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s et l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique. Elle sert d&rsquo;indicateur objectif de r\u00e9sultat pour mesurer l&rsquo;efficacit\u00e9 des protocoles de TCC-I ou des r\u00e9ajustements psychopharmacologiques.<\/li>\n<li><strong>En m\u00e9decine du travail et sant\u00e9 organisationnelle :<\/strong> Les entreprises et les services de sant\u00e9 au travail utilisent l&rsquo;AIS pour \u00e9valuer la fatigue chronique chez les travailleurs post\u00e9s, les \u00e9quipes de nuit ou les pilotes de ligne, chez qui la dette de sommeil engendre des risques majeurs de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;accidents du travail.<\/li>\n<li><strong>En recherche \u00e9pid\u00e9miologique et clinique :<\/strong> L&rsquo;AIS constitue l&rsquo;un des crit\u00e8res d&rsquo;inclusion et d&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;efficacit\u00e9 les plus r\u00e9currents dans les essais cliniques randomis\u00e9s testant de nouvelles mol\u00e9cules hypnotiques, des th\u00e9rapies par luminoth\u00e9rapie ou des applications de th\u00e9rapie num\u00e9rique.<\/li>\n<li><strong>En psychologie du sport de haut niveau :<\/strong> Les pr\u00e9parateurs mentaux administrent l&rsquo;AIS pour monitorer la r\u00e9cup\u00e9ration physique et psychique des athl\u00e8tes, la mauvaise qualit\u00e9 du sommeil \u00e9tant corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une hausse spectaculaire des risques de blessures musculo-squelettiques et au surentra\u00eenement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La solidit\u00e9 psychom\u00e9trique de l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par une abondante litt\u00e9rature empirique internationale au fil des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Dans une m\u00e9ta-analyse devenue c\u00e9l\u00e8bre, Chiu et ses coll\u00e8gues (2016) ont compar\u00e9 les performances diagnostiques de trois instruments d&rsquo;auto-\u00e9valuation majeurs : l&rsquo;AIS, l&rsquo;Indice de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie (ISI) et l&rsquo;Index de qualit\u00e9 du sommeil de Pittsburgh (PSQI). Leurs conclusions ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;AIS pr\u00e9sentait une exactitude diagnostique globale exceptionnelle, avec une sensibilit\u00e9 regroup\u00e9e de 91 % et une sp\u00e9cificit\u00e9 de 87 %, surpassant le PSQI en termes de sp\u00e9cificit\u00e9 pour la d\u00e9tection clinique de l&rsquo;insomnie nosologique.<\/p>\n<p>Des recherches ont \u00e9galement analys\u00e9 la structure factorielle de l&rsquo;AIS. Si l&rsquo;\u00e9chelle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de mani\u00e8re unidimensionnelle \u00e0 travers son score composite global, la plupart des analyses factorielles confirmatoires modernes (comme les travaux de validation en langue fran\u00e7aise men\u00e9s par Baize et ses collaborateurs en 2023 aupr\u00e8s de sportifs et de populations actives) appuient l&rsquo;existence de deux composantes distinctes mais fortement corr\u00e9l\u00e9es : un facteur nocturne (sympt\u00f4mes nocturnes) et un facteur diurne (sympt\u00f4mes fonctionnels de jour). Ces recherches confirment que la d\u00e9t\u00e9rioration diurne est indissociable de la dynamique du sommeil bris\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des \u00e9tudes longitudinales men\u00e9es chez des patients souffrant de douleurs chroniques ou de fibromyalgie ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;AIS \u00e9tait particuli\u00e8rement sensible au changement th\u00e9rapeutique : une r\u00e9duction de seulement 3 points au score global traduit une am\u00e9lioration cliniquement perceptible de la qualit\u00e9 de vie globale et une diminution conjointe des scores d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9chelle STAI (<em>State-Trait Anxiety Inventory<\/em>).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception du sommeil, ses horaires acceptables et la tol\u00e9rance soci\u00e9tale aux r\u00e9veils nocturnes varient consid\u00e9rablement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre. L&rsquo;un des atouts majeurs de l&rsquo;AIS r\u00e9side dans son invariance transculturelle av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes comparatives men\u00e9es en Asie (notamment au Japon et \u00e0 Ta\u00efwan) et en Europe ont valid\u00e9 le m\u00eame seuil diagnostic de coupure de 5,5 \u00e0 6 points pour identifier l&rsquo;insomnie clinique, ce qui est exceptionnel en psychom\u00e9trie o\u00f9 les seuils doivent souvent \u00eatre r\u00e9\u00e9talonn\u00e9s selon les pays. Cette stabilit\u00e9 s&rsquo;explique par le fait que l&rsquo;AIS s&rsquo;appuie sur la g\u00eane per\u00e7ue et le retentissement fonctionnel plut\u00f4t que sur un nombre absolu d&rsquo;heures de sommeil prescrit par une norme socioculturelle particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Toutefois, certaines nuances d&rsquo;interpr\u00e9tation doivent \u00eatre soulign\u00e9es. Dans les cultures valorisant les siestes diurnes structur\u00e9es (comme le repos m\u00e9ridien dans certains pays m\u00e9diterran\u00e9ens ou le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;<em>inemuri<\/em> au Japon), l&rsquo;item 8 portant sur la somnolence diurne doit \u00eatre administr\u00e9 avec pr\u00e9caution pour s&rsquo;assurer que la somnolence rapport\u00e9e d\u00e9coule bien d&rsquo;une privation involontaire et non d&rsquo;une habitude culturelle accept\u00e9e de repos interm\u00e9diaire. Les protocoles de r\u00e9tro-traduction rigoureux ont permis d&rsquo;harmoniser ces subtilit\u00e9s linguistiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses ind\u00e9niables qualit\u00e9s m\u00e9triques, l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques l\u00e9gitimes qu&rsquo;il convient de garder \u00e0 l&rsquo;esprit :<\/p>\n<p>En premier lieu, l&rsquo;AIS est un outil d&rsquo;auto-\u00e9valuation subjective. Comme toute \u00e9chelle auto-administr\u00e9e, elle est vuln\u00e9rable aux biais mn\u00e9siques, \u00e0 la surestimation de la latence d&rsquo;endormissement et au ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab insomnie paradoxale \u00bb (ou mauvaise perception de l&rsquo;\u00e9tat de sommeil, anciennement appel\u00e9e pseudo-insomnie), o\u00f9 le patient sous-estime drastiquement son temps de sommeil r\u00e9el objectiv\u00e9 par polysomnographie en raison d&rsquo;un hyper\u00e9veil micro-structurel.<\/p>\n<p>En second lieu, l&rsquo;instrument ne comporte pas d&rsquo;item explorant sp\u00e9cifiquement les distorsions cognitives et les ruminations anticipatoires avant le coucher, contrairement \u00e0 l&rsquo;Indice de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie (ISI) qui \u00e9value explicitement l&rsquo;inqui\u00e9tude et la d\u00e9tresse engendr\u00e9es par le sommeil. L&rsquo;AIS privil\u00e9gie les manifestations fonctionnelles et physiques (somnolence, baisse d&rsquo;\u00e9nergie, efficacit\u00e9 cognitive) au d\u00e9triment de l&rsquo;\u00e9valuation ph\u00e9nom\u00e9nologique fine des obsessions li\u00e9es au sommeil.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan nosologique, l&rsquo;AIS a \u00e9t\u00e9 \u00e9talonn\u00e9e sur les crit\u00e8res de la CIM-10. Bien que ces principes fondamentaux demeurent valides avec l&rsquo;av\u00e8nement de la CIM-11 et du DSM-5-TR, ces manuels plus r\u00e9cents ont raffin\u00e9 les seuils de dur\u00e9e (exigeant une persistance d&rsquo;au moins 3 mois pour l&rsquo;insomnie chronique et dissociant l&rsquo;insomnie primaire des comorbidit\u00e9s secondaires sous le concept unifi\u00e9 de \u00ab trouble insomnie \u00bb). Certains cliniciens recommandent donc de compl\u00e9ter syst\u00e9matiquement l&rsquo;AIS par un entretien clinique semi-structur\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique, il convient de diff\u00e9rencier l&rsquo;AIS d&rsquo;autres concepts et instruments voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>AIS vs ISI (<em>Insomnia Severity Index<\/em>) :<\/strong> Si les deux outils mesurent la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie, l&rsquo;ISI int\u00e8gre davantage la composante cognitive (l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 du patient quant \u00e0 sa perte de sommeil), tandis que l&rsquo;AIS accorde une place plus nette aux manifestations physiologiques et \u00e0 la baisse d&rsquo;efficience globale selon les crit\u00e8res CIM-10.<\/li>\n<li><strong>AIS vs PSQI (<em>Pittsburgh Sleep Quality Index<\/em>) :<\/strong> Le PSQI est un instrument plus lourd (19 items) \u00e9valuant la qualit\u00e9 du sommeil au sens large sur le mois \u00e9coul\u00e9, incluant l&rsquo;usage de somnif\u00e8res et les troubles respiratoires du sommeil, tandis que l&rsquo;AIS est sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9e au syndrome d&rsquo;insomnie.<\/li>\n<li><strong>AIS vs ESS (<em>Epworth Sleepiness Scale<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;\u00c9chelle de somnolence d&rsquo;Epworth mesure la probabilit\u00e9 d&rsquo;assoupissement dans diverses situations passives de la vie quotidienne pour rep\u00e9rer une somnolence diurne excessive (fr\u00e9quente dans l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apn%C3%A9e_du_sommeil\">apn\u00e9e du sommeil<\/a> ou la narcolepsie), alors que l&rsquo;insomnie \u00e9valu\u00e9e par l&rsquo;AIS se caract\u00e9rise paradoxalement par une incapacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;endormir m\u00eame en journ\u00e9e (hyper\u00e9veil).<\/li>\n<li><strong>Distinction homonymique &#8211; Syndrome d&rsquo;insensibilit\u00e9 aux androg\u00e8nes (SIA \/ AIS) :<\/strong> En endocrinologie et psycho-endocrinologie, l&rsquo;acronyme AIS d\u00e9signe l&rsquo;<em>Androgen Insensitivity Syndrome<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une variation g\u00e9n\u00e9tique du d\u00e9veloppement sexuel li\u00e9e au chromosome X qui n&rsquo;a aucun rapport avec l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes.<\/li>\n<li><strong>Distinction homonymique &#8211; \u00c9chelle d&rsquo;acceptation de la maladie (AIS) :<\/strong> En psychologie de la sant\u00e9, le sigle AIS renvoie \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;<em>Acceptance of Illness Scale<\/em> (Felton et al.), qui mesure le degr\u00e9 d&rsquo;ajustement psychologique d&rsquo;un patient \u00e0 une maladie chronique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;insomnie d&rsquo;Ath\u00e8nes constitue un instrument de premier plan en psychom\u00e9trie et en clinique des troubles du sommeil. Les praticiens retiendront les points cardinaux suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Objectif :<\/strong> D\u00e9pister et \u00e9valuer la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;insomnie au cours du dernier mois selon les crit\u00e8res officiels de la CIM-10.<\/li>\n<li><strong>Format :<\/strong> 8 items (AIS-8) cot\u00e9s de 0 \u00e0 3, avec une version courte en 5 items (AIS-5) focalis\u00e9e uniquement sur la nuit.<\/li>\n<li><strong>Seuil critique :<\/strong> Un score total \u00e9gal ou sup\u00e9rieur \u00e0 <strong>6<\/strong> indique une insomnie cliniquement av\u00e9r\u00e9e avec une sensibilit\u00e9 de plus de 90 %.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 s\u00e9miologique :<\/strong> Mesure conjointe des sympt\u00f4mes nocturnes (latence, r\u00e9veils, dur\u00e9e, qualit\u00e9) et du retentissement diurne (bien-\u00eatre, efficience, somnolence).<\/li>\n<li><strong>Validit\u00e9 :<\/strong> Excellentes propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques, consistance interne \u00e9lev\u00e9e (alpha de Cronbach ~0,89) et stabilit\u00e9 transculturelle d\u00e9montr\u00e9e dans de nombreuses langues.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baize, D., Meriaux-Scoffier, S., Chr\u00e9tien, A., Hayotte, M., Piponnier, E., &#038; d&rsquo;Arripe-Longueville, F. (2023). Sleep assessment in competitive athletes: Development and validation of French versions of the Athens Insomnia Scale and the Athlete Sleep Behavior Questionnaire. <em>Sleep Science<\/em>, 16(2), e1-e12.<\/li>\n<li>Chiu, H. Y., Chang, L. Y., Hsieh, Y. J., &#038; Tsai, P. S. (2016). A meta-analysis of diagnostic accuracy of three screening tools for insomnia: The Insomnia Severity Index, the Athens Insomnia Scale, and the Pittsburgh Sleep Quality Index. <em>Sleep Medicine Reviews<\/em>, 30, 80-89. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/26792372\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/26792372\/<\/a><\/li>\n<li>Harvey, A. G. (2002). A cognitive model of insomnia. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 40(8), 869-893. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12186352\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12186352\/<\/a><\/li>\n<li>Soldatos, C. R., Dikeos, D. G., &#038; Paparrigopoulos, T. J. (2000). Athens Insomnia Scale: Validation of an instrument based on ICD-10 criteria. <em>Journal of Psychosomatic Research<\/em>, 48(6), 555-560. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11033168\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11033168\/<\/a><\/li>\n<li>Soldatos, C. R., Dikeos, D. G., &#038; Paparrigopoulos, T. J. (2003). The diagnostic validity of the Athens Insomnia Scale. <em>Journal of Psychosomatic Research<\/em>, 55(3), 263-267. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12932941\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/12932941\/<\/a><\/li>\n<li>Spielman, A. J., Caruso, L. S., &#038; Glovinsky, P. B. (1987). 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