{"id":19969,"date":"2026-10-23T02:49:51","date_gmt":"2026-10-23T02:49:51","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=test-de-conduction-aerienne"},"modified":"2026-10-23T02:49:51","modified_gmt":"2026-10-23T02:49:51","slug":"test-de-conduction-aerienne","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=test-de-conduction-aerienne","title":{"rendered":"Conduction a\u00e9rienne : Mesure et seuils auditifs"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la sensibilit\u00e9 auditive constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de la psychophysique et des neurosciences cognitives, offrant un aper\u00e7u direct du fonctionnement des structures sensorielles p\u00e9riph\u00e9riques et centrales de l&rsquo;\u00eatre humain. Le test de conduction a\u00e9rienne repr\u00e9sente la pierre angulaire de l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire, permettant de quantifier avec une extr\u00eame rigueur la capacit\u00e9 d&rsquo;un individu \u00e0 d\u00e9tecter des stimuli acoustiques achemin\u00e9s par la voie a\u00e9rienne naturelle. En reliant la m\u00e9canique acoustique de l&rsquo;oreille externe et moyenne \u00e0 la transduction neurosensorielle cochl\u00e9aire, cet examen permet de cartographier la perception sonore et de diagnostiquer un large spectre de troubles auditifs et psychoacoustiques.<\/p>\n<h2>Test de conduction a\u00e9rienne<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>test de conduction a\u00e9rienne<\/strong> est une proc\u00e9dure psychophysique et audiom\u00e9trique standardis\u00e9e visant \u00e0 d\u00e9terminer le seuil auditif absolu d&rsquo;un individu pour diff\u00e9rentes fr\u00e9quences sonores pures achemin\u00e9es par l&rsquo;air jusqu&rsquo;au tympan. Ce protocole \u00e9value l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene auditive, englobant l&rsquo;oreille externe, l&rsquo;oreille moyenne, la cochl\u00e9e, le nerf auditif ainsi que les voies auditives centrales du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et psychologique, cette m\u00e9thode consiste \u00e0 diffuser des sons purs calibr\u00e9s via des transducteurs acoustiques (tels que des \u00e9couteurs supra-auriculaires, des \u00e9couteurs circum-auriculaires, des inserts \u00e0 embouts expansifs ou des haut-parleurs en champ libre) afin d&rsquo;identifier l&rsquo;intensit\u00e9 minimale perceptible par le sujet. Contrairement aux explorations directes du labyrinthe osseux, ce test requiert une participation active et une r\u00e9ponse cognitive explicite du patient, le situant au carrefour pr\u00e9cis de l&rsquo;acoustique physique, de la physiologie sensorielle et de la psychologie cognitive.<\/p>\n<p>L&rsquo;aboutissement de cette proc\u00e9dure est la construction d&rsquo;un trac\u00e9 graphique norm\u00e9, l&rsquo;audiogramme tonal, sur lequel les seuils de d\u00e9tection sont consign\u00e9s en d\u00e9cibels de niveau d&rsquo;audition (dB HL). L&rsquo;analyse de ces r\u00e9sultats fournit une estimation globale de la fonction auditive et sert de rep\u00e8re diagnostique indispensable avant toute comparaison avec la conduction osseuse.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab conduction a\u00e9rienne \u00bb est construite \u00e0 partir du substantif latin <em>conductio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>conducere<\/em> signifiant \u00ab rassembler \u00bb, \u00ab conduire \u00bb ou \u00ab guider \u00bb, qui a \u00e9volu\u00e9 dans le vocabulaire scientifique pour d\u00e9signer la transmission ou le transport d&rsquo;une \u00e9nergie \u00e0 travers un milieu physique. L&rsquo;adjectif \u00ab a\u00e9rienne \u00bb puise ses racines dans le grec ancien <em>\u1f00\u03ae\u03c1<\/em> (a\u00ear) et le latin <em>aer<\/em>, caract\u00e9risant le milieu gazeux qui enveloppe la Terre et qui sert de vecteur primordial \u00e0 la propagation des ondes longitudinales de pression acoustique.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab test \u00bb d\u00e9coule de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>test<\/em>, qui d\u00e9signait \u00e0 l&rsquo;origine une coupelle en terre cuite employ\u00e9e par les alchimistes et m\u00e9tallurgistes pour purifier et analyser les m\u00e9taux pr\u00e9cieux (issu du latin <em>testum<\/em>, r\u00e9cipient de terre). Emprunt\u00e9 par l&rsquo;anglais au XIXe si\u00e8cle sous l&rsquo;acception d&rsquo;\u00e9preuve ou d&rsquo;examen exp\u00e9rimental, il fut r\u00e9introduit dans la langue fran\u00e7aise au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer toute proc\u00e9dure standardis\u00e9e de mesure psychologique ou physiologique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale et psychoacoustique internationale, la locution \u00e9quivalente <em>air-conduction testing<\/em> s&rsquo;est formalis\u00e9e au tournant des ann\u00e9es 1920 et 1930, lors des travaux pionniers des laboratoires Bell et de la fondation des premi\u00e8res normes \u00e9lectroacoustiques pour les audiom\u00e8tres cliniques, s&rsquo;opposant explicitement \u00e0 la <em>bone-conduction testing<\/em> (mesure par conduction osseuse).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [t\u025bst d\u0259 k\u0254\u0303.dyk.sj\u0254\u0303 a.e.\u0281j\u025bn]. La liaison entre \u00ab conduction \u00bb et \u00ab a\u00e9rienne \u00bb n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre prononc\u00e9e avec un son consonnantique dur, bien que la succession vocalique requi\u00e8re une articulation souple sans hiatus excessif.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab test de conduction a\u00e9rienne \u00bb est un syntagme nominal masculin singulier. Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab tests de conduction a\u00e9rienne \u00bb, le compl\u00e9ment du nom \u00ab conduction a\u00e9rienne \u00bb restant g\u00e9n\u00e9ralement au singulier puisqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence au ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique et physique de propagation du son. Les variantes synonymiques couramment observ\u00e9es dans la litt\u00e9rature francophone incluent \u00ab audiom\u00e9trie tonale par voie a\u00e9rienne \u00bb, \u00ab examen par conduction a\u00e9rienne \u00bb ou encore \u00ab \u00e9valuation auditive a\u00e9rienne \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du test de conduction a\u00e9rienne exige d&rsquo;analyser le voyage de l&rsquo;onde acoustique depuis sa gen\u00e8se jusqu&rsquo;\u00e0 sa repr\u00e9sentation mentale dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Lorsqu&rsquo;un signal sonore est \u00e9mis par le transducteur, l&rsquo;\u00e9nergie acoustique se propage sous la forme d&rsquo;ondes de condensation et de rar\u00e9faction de l&rsquo;air. Le pavillon de l&rsquo;oreille recueille ces ondes et les achemine le long du m\u00e9at acoustique externe, lequel agit comme un r\u00e9sonateur acoustique quart d&rsquo;onde accentuant naturellement les fr\u00e9quences comprises entre 2 000 et 4 000 Hz.<\/p>\n<p>Ces variations de pression mettent en vibration la membrane tympanique. Cette vibration m\u00e9canique est imm\u00e9diatement transmise \u00e0 la cha\u00eene des osselets de l&rsquo;oreille moyenne, compos\u00e9e du marteau (malleus), de l&rsquo;enclume (incus) et de l&rsquo;\u00e9trier (stapes). Cette structure osseuse remplit une fonction critique d&rsquo;adaptation d&rsquo;imp\u00e9dance entre le milieu a\u00e9rien de faible imp\u00e9dance acoustique et le milieu liquidien de forte imp\u00e9dance situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la cochl\u00e9e. Gr\u00e2ce au rapport de surface entre la membrane tympanique et la platine de l&rsquo;\u00e9trier ins\u00e9r\u00e9e dans la fen\u00eatre vestibulaire (fen\u00eatre ovale), ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effet de levier des osselets, la force acoustique est amplifi\u00e9e d&rsquo;environ 25 \u00e0 30 dB, \u00e9vitant ainsi une r\u00e9flexion massive du son.<\/p>\n<p>Le mouvement de la platine de l&rsquo;\u00e9trier induit des ondes hydrodynamiques progressives dans la p\u00e9rilymphe de la rampe vestibulaire et de la rampe tympanique. Ces ondes d\u00e9forment la membrane basilaire de la cochl\u00e9e selon une organisation tonotopique rigoureuse : les sons de haute fr\u00e9quence provoquent une d\u00e9flexion maximale de la membrane \u00e0 la base rigide et \u00e9troite de la cochl\u00e9e, tandis que les sons de basse fr\u00e9quence d\u00e9forment pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;apex plus large et souple. Ce d\u00e9placement microm\u00e9canique incline les st\u00e9r\u00e9ocils des cellules cili\u00e9es internes de l&rsquo;organe de Corti, provoquant l&rsquo;ouverture de canaux ioniques m\u00e9canosensibles, une d\u00e9polarisation cellulaire et la lib\u00e9ration de glutamate.<\/p>\n<p>Le potentiel d&rsquo;action ainsi d\u00e9clench\u00e9 chemine le long des axones du nerf cochl\u00e9aire (VIIIe paire cr\u00e2nienne) vers les noyaux cochl\u00e9aires du tronc c\u00e9r\u00e9bral, le complexe olivaire sup\u00e9rieur, le colliculus inf\u00e9rieur et le corps genouill\u00e9 m\u00e9dian du thalamus, avant d&rsquo;atteindre le cortex auditif primaire (aire de Heschl, aires de Brodmann 41 et 42). \u00c0 ce stade, le processus d\u00e9passe la simple transmission neurosensorielle pour engager des m\u00e9canismes cognitifs : le sujet doit mobiliser son attention s\u00e9lective, discriminer le son par rapport au bruit physiologique interne, \u00e9valuer sa certitude perceptive et \u00e9mettre une d\u00e9cision motrice (appuyer sur un bouton-poussoir ou lever la main). La conduction a\u00e9rienne \u00e9value donc la cha\u00eene sensorielle compl\u00e8te, ce qui signifie qu&rsquo;un d\u00e9ficit enregistr\u00e9 lors de ce test peut r\u00e9sulter d&rsquo;une anomalie m\u00e9canique, cellulaire, nerveuse ou cognitive.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Avant l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectronique moderne, l&rsquo;investigation de la conduction a\u00e9rienne reposait sur des m\u00e9thodes acoustiques rudimentaires telles que la voix chuchot\u00e9e, le tic-tac d&rsquo;une montre ou l&rsquo;usage de diapasons. Au milieu du XIXe si\u00e8cle, des m\u00e9decins et physiologistes allemands comme Heinrich Adolf Rinne et Ernst Heinrich Weber ont con\u00e7u des tests au diapason afin de comparer la transmission a\u00e9rienne et la transmission osseuse. L&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_de_Rinne\">\u00e9preuve de Rinne<\/a>, introduite en 1855, d\u00e9montra qu&rsquo;un individu sain entend plus longtemps un diapason vibrant tenu devant l&rsquo;oreille que pos\u00e9 sur l&rsquo;os masto\u00efde, \u00e9tablissant le principe selon lequel la conduction a\u00e9rienne est le m\u00e9canisme de captation le plus efficace de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>L&rsquo;invention de la triode et l&rsquo;essor de la t\u00e9l\u00e9phonie au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle ont permis la cr\u00e9ation de g\u00e9n\u00e9rateurs de sons purs \u00e9lectroniques. En 1922, le physicien am\u00e9ricain Harvey Fletcher et son \u00e9quipe aux <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Laboratoires_Bell\">Laboratoires Bell<\/a>, en collaboration avec l&rsquo;otologiste Edmund Prince Fowler, ont d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;audiom\u00e8tre Western Electric 1-A. Cet appareil a pos\u00e9 les bases de l&rsquo;audiom\u00e9trie moderne en permettant la d\u00e9livrance de tonalit\u00e9s sinuso\u00efdales pr\u00e9cises et calibr\u00e9es en intensit\u00e9 et en fr\u00e9quence via des r\u00e9cepteurs t\u00e9l\u00e9phoniques appliqu\u00e9s sur l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1940 et 1950, Raymond Carhart, souvent d\u00e9sign\u00e9 comme le p\u00e8re de l&rsquo;audiologie contemporaine, formalisa les protocoles cliniques et int\u00e9gra l&rsquo;\u00e9valuation psychoacoustique dans la prise en charge des soldats traumatis\u00e9s acoustiques de la Seconde Guerre mondiale. En 1944, Hughson et Westlake publi\u00e8rent un algorithme de recherche de seuil par paliers ascendants et descendants, qui fut ensuite modifi\u00e9 par Carhart et Jerger en 1959 pour devenir la m\u00e9thode Hughson-Westlake modifi\u00e9e, norme internationale encore appliqu\u00e9e de nos jours.<\/p>\n<p>La fin du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par la num\u00e9risation des \u00e9quipements, le perfectionnement des \u00e9couteurs \u00e0 insertion en mousse polym\u00e8re et la standardisation rigoureuse par l&rsquo;Organisation internationale de normalisation (ISO) et l&rsquo;American National Standards Institute (ANSI). Ces avanc\u00e9es ont drastiquement r\u00e9duit les variabilit\u00e9s inter-appareils et optimis\u00e9 le contr\u00f4le du bruit ambiant lors des mesures cliniques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le test de conduction a\u00e9rienne s&rsquo;enracine dans la <strong>psychophysique classique<\/strong>, une branche de la psychologie exp\u00e9rimentale fond\u00e9e par Gustav Fechner en 1860. La psychophysique postule qu&rsquo;il existe une relation math\u00e9matique et fonctionnelle entre l&rsquo;\u00e9nergie physique d&rsquo;un stimulus (en l&rsquo;occurrence, la pression acoustique mesur\u00e9e en pascals) et l&rsquo;exp\u00e9rience psychologique subjective de ce stimulus (l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue ou la sonie). La recherche du seuil absolu dans ce test d\u00e9coule directement de la m\u00e9thode des limites et de la m\u00e9thode des stimuli constants.<\/p>\n<p>Une seconde assise th\u00e9orique essentielle r\u00e9side dans la <strong>th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal<\/strong> (TDS), formul\u00e9e par David Green et John Swets dans les ann\u00e9es 1960. Selon cette th\u00e9orie, la d\u00e9tection d&rsquo;un signal proche du seuil n&rsquo;est pas un processus binaire absolu, mais un arbitrage probabiliste en pr\u00e9sence de bruit de fond (bruit physiologique cardiovasculaire, respiratoire ou bruit r\u00e9siduel de la cabine audiom\u00e9trique). La d\u00e9cision de l&rsquo;individu d\u00e9pend de deux facteurs distincts :<\/p>\n<ul>\n<li>La <em>sensibilit\u00e9 sensorielle<\/em> intrins\u00e8que (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"d&#039;\">$d&rsquo;$<\/span>), refl\u00e9tant l&rsquo;efficacit\u00e9 biologique de l&rsquo;appareil auditif \u00e0 distinguer le signal du bruit.<\/li>\n<li>Le <em>crit\u00e8re de r\u00e9ponse<\/em> ou biais d\u00e9cisionnel (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\beta\">$\beta$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"c\">$c$<\/span>), qui correspond \u00e0 la disposition psychologique du sujet \u00e0 affirmer la pr\u00e9sence du stimulus en cas d&rsquo;incertitude (crit\u00e8re conservateur chez les personnes perfectionnistes ou craintives de faire de fausses alertes, crit\u00e8re lib\u00e9ral chez d&rsquo;autres sujets).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan biophysique, la th\u00e9orie tonotopique de Georg von B\u00e9k\u00e9sy (laur\u00e9at du prix Nobel en 1961) fournit l&rsquo;explication m\u00e9caniste de la r\u00e9ponse fr\u00e9quentielle. Von B\u00e9k\u00e9sy a d\u00e9montr\u00e9 exp\u00e9rimentalement que la membrane basilaire de la cochl\u00e9e agit comme un analyseur spectral de Fourier m\u00e9canique, associant chaque bande de fr\u00e9quence spatiale \u00e0 un groupe distinct de neurones aff\u00e9rents.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre et l&rsquo;interpr\u00e9tation du test de conduction a\u00e9rienne s&rsquo;articulent autour de multiples param\u00e8tres techniques, physiologiques et m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quences test\u00e9es :<\/strong> L&rsquo;exploration standard balaye les fr\u00e9quences discr\u00e8tes de 250, 500, 1 000, 2 000, 4 000 et 8 000 Hz. Les fr\u00e9quences semi-octaves (125, 750, 1 500, 3 000 et 6 000 Hz) sont examin\u00e9es lorsqu&rsquo;un \u00e9cart de plus de 20 dB s\u00e9pare deux octaves adjacentes ou lors de contextes m\u00e9dico-l\u00e9gaux. L&rsquo;audiom\u00e9trie \u00e0 haute fr\u00e9quence explore la plage de 9 000 \u00e0 20 000 Hz pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce de l&rsquo;ototoxicit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Plage d&rsquo;intensit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;\u00e9chelle s&rsquo;\u00e9tend de -10 dB HL (pour les oreilles exceptionnellement sensibles) jusqu&rsquo;\u00e0 un maximum de 110 ou 120 dB HL selon les fr\u00e9quences et les limites de distorsion des transducteurs.<\/li>\n<li><strong>Transducteurs acoustiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>\u00c9couteurs supra-auriculaires<\/em> (ex. Telephonics TDH-39\/TDH-50) : mod\u00e8les historiques entourant le pavillon mais exer\u00e7ant une pression pouvant collaber le conduit auditif chez les personnes \u00e2g\u00e9es.<\/li>\n<li><em>\u00c9couteurs \u00e0 insertion<\/em> (ex. Etymotic ER-3A\/ER-5A) : embouts en mousse introduits dans le conduit m\u00e9atique, offrant une meilleure att\u00e9nuation des bruits ambiants et limitant fortement l&rsquo;att\u00e9nuation interaurale crois\u00e9e.<\/li>\n<li><em>Champ libre<\/em> : \u00e9valuation via haut-parleurs orient\u00e9s \u00e0 0\u00b0 ou 45\u00b0 face au sujet dans une pi\u00e8ce \u00e9talonn\u00e9e, principalement utilis\u00e9e pour tester l&rsquo;apport d&rsquo;aides auditives ou d&rsquo;implants chez les jeunes enfants.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Proc\u00e9dure de recherche du seuil (Hughson-Westlake modifi\u00e9e) :<\/strong> Algorithme ascendant standardis\u00e9 stipulant une baisse de 10 dB apr\u00e8s chaque r\u00e9ponse positive et une hausse de 5 dB apr\u00e8s chaque non-r\u00e9ponse. Le seuil est d\u00e9fini comme l&rsquo;intensit\u00e9 la plus faible \u00e0 laquelle au moins 50 % des pr\u00e9sentations (au moins 2 r\u00e9ponses sur 3 mont\u00e9es) sont d\u00e9tect\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Masquage controlat\u00e9ral (bruit \u00e0 bande \u00e9troite) :<\/strong> Proc\u00e9dure consistant \u00e0 envoyer un bruit masquant dans l&rsquo;oreille non test\u00e9e afin d&rsquo;\u00e9viter la perception crois\u00e9e (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;ombre auditive cr\u00e2nienne) lorsque le niveau de conduction a\u00e9rienne d\u00e9passe le seuil osseux controlat\u00e9ral d&rsquo;une valeur \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;att\u00e9nuation interaurale (environ 40 dB pour des \u00e9couteurs supra-auriculaires, 60 \u00e0 70 dB pour des inserts).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique montre comment les seuils de conduction a\u00e9rienne se modifient en fonction des pathologies et des conditions psychologiques du sujet.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Otite s\u00e9romuqueuse unilat\u00e9rale chez un enfant d&rsquo;\u00e2ge scolaire.<\/strong> Un gar\u00e7on de 7 ans pr\u00e9sente des difficult\u00e9s attentionnelles en classe signal\u00e9es par son enseignant. L&rsquo;\u00e9valuation audiom\u00e9trique par conduction a\u00e9rienne r\u00e9v\u00e8le une baisse d&rsquo;audition d&rsquo;environ 30 \u00e0 35 dB HL sur l&rsquo;oreille droite, principalement sur les basses fr\u00e9quences (250 et 500 Hz), alors que l&rsquo;oreille gauche pr\u00e9sente des seuils normaux \u00e0 10 dB HL. La comparaison ult\u00e9rieure avec la conduction osseuse montre des seuils osseux normaux (0 \u00e0 5 dB HL), mat\u00e9rialisant un \u00ab \u00e9cart conduction a\u00e9rienne &#8211; conduction osseuse \u00bb (<em>air-bone gap<\/em>). Cette surdit\u00e9 de transmission r\u00e9sulte de la pr\u00e9sence de liquide inflammatoire visqueux dans la caisse tympanique, bloquant le libre mouvement des osselets sans alt\u00e9rer la fonction cochl\u00e9aire.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Traumatisme sonore professionnel chez un travailleur industriel.<\/strong> Un op\u00e9rateur d&rsquo;usine m\u00e9tallurgique de 48 ans subit une audiom\u00e9trie de contr\u00f4le. Le test par conduction a\u00e9rienne montre des seuils strictement pr\u00e9serv\u00e9s de 250 \u00e0 2 000 Hz (entre 10 et 15 dB HL), suivis d&rsquo;un effondrement prononc\u00e9 \u00e0 4 000 Hz atteignant 65 dB HL, avec une remont\u00e9e partielle \u00e0 8 000 Hz (40 dB HL). Cette encoche acoustique caract\u00e9ristique \u00e0 4 000 Hz signe une atteinte sensorineurale typique par d\u00e9t\u00e9rioration irr\u00e9versible des cellules cili\u00e9es externes basales, soumises de mani\u00e8re chronique \u00e0 des niveaux de pression acoustique d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sans protection auditive adapt\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Pseudohypoacousie (trouble fonctionnel ou non organique).<\/strong> Une patiente de 35 ans r\u00e9clame une indemnisation \u00e0 la suite d&rsquo;un accident de la circulation sans traumatisme cr\u00e2nien objectivable, all\u00e9guant une surdit\u00e9 totale unilat\u00e9rale. Lors du test de conduction a\u00e9rienne sans masquage sur l&rsquo;oreille pr\u00e9tendument anacousique, la patiente affirme ne percevoir aucun son, m\u00eame \u00e0 100 dB HL. Or, les lois physiques de la propagation acoustique d\u00e9montrent que l&rsquo;att\u00e9nuation interaurale pour des \u00e9couteurs supra-auriculaires n&rsquo;exc\u00e8de pas 40 \u00e0 50 dB. Le son aurait donc d\u00fb stimuler l&rsquo;oreille controlat\u00e9rale saine par voie osseuse transcr\u00e2nienne. Cette absence totale de r\u00e9ponse \u00ab d&rsquo;ombre \u00bb met en \u00e9vidence un refus conscient ou inconscient de r\u00e9pondre, orientant le diagnostic vers une composante psychog\u00e8ne ou une simulation m\u00e9dicol\u00e9gale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La r\u00e9alisation du test de conduction a\u00e9rienne requiert une infrastructure rigoureuse afin d&rsquo;assurer la validit\u00e9 et la reproductibilit\u00e9 m\u00e9trologique des mesures. Le patient est install\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une cabine audiom\u00e9trique insonoris\u00e9e conforme aux normes <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_internationale_de_normalisation\">ISO<\/a> 8253-1, r\u00e9duisant les niveaux sonores r\u00e9siduels ambiants pour pr\u00e9venir tout masquage accidentel des sons de basse intensit\u00e9 par les bruits environnementaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;appareil audiom\u00e9trique fait l&rsquo;objet d&rsquo;un \u00e9talonnage p\u00e9riodique \u00e9lectroacoustique rigide sur oreille artificielle ou coupleur acoustique conform\u00e9ment aux normes ISO 389-1 et 389-2. Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique (0 dB HL) ne correspond pas \u00e0 une absence physique d&rsquo;onde sonore (0 Pa), mais au niveau moyen de pression acoustique \u00e9quivalent de r\u00e9f\u00e9rence (RETSPL, <em>Reference Equivalent Threshold Sound Pressure Level<\/em>) d\u00e9termin\u00e9 sur de larges \u00e9chantillons de jeunes adultes sains sans ant\u00e9c\u00e9dents otologiques. \u00c0 1 000 Hz, 0 dB HL correspond \u00e0 environ 7,5 dB SPL dans un \u00e9couteur TDH-39, tandis qu&rsquo;\u00e0 250 Hz, il \u00e9quivaut \u00e0 environ 27 dB SPL en raison de la moindre sensibilit\u00e9 naturelle de l&rsquo;oreille humaine aux sons graves.<\/p>\n<p>Les symboles graphiques port\u00e9s sur l&rsquo;audiogramme r\u00e9pondent \u00e0 des conventions internationales strictes :<\/p>\n<ul>\n<li>Pour l&rsquo;oreille droite, trac\u00e9e conventionnellement en <strong>rouge<\/strong> : un cercle rouge (O) pour la conduction a\u00e9rienne non masqu\u00e9e, et un triangle rouge pour la conduction a\u00e9rienne masqu\u00e9e.<\/li>\n<li>Pour l&rsquo;oreille gauche, trac\u00e9e en <strong>bleu<\/strong> : une croix bleue (X) pour la conduction a\u00e9rienne non masqu\u00e9e, et un carr\u00e9 bleu pour la conduction a\u00e9rienne masqu\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation qualitative des degr\u00e9s de perte auditive repose g\u00e9n\u00e9ralement sur la moyenne des seuils tonals (PTA, <em>Pure Tone Average<\/em>) calcul\u00e9e sur les fr\u00e9quences conversationnelles (500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz) selon la classification du Bureau International d&rsquo;Audio-Phonologie (BIAP) ou de l&rsquo;Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 : audition normale (0 \u00e0 20 dB), perte l\u00e9g\u00e8re (21 \u00e0 40 dB), perte moyenne (41 \u00e0 70 dB), perte s\u00e9v\u00e8re (71 \u00e0 90 dB) et perte profonde (sup\u00e9rieure \u00e0 91 dB).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Le test de conduction a\u00e9rienne intervient dans une pluralit\u00e9 de champs m\u00e9dicaux, chirurgicaux, psychologiques et ergonomiques. En oto-rhino-laryngologie, il constitue l&rsquo;examen d&rsquo;orientation indispensable guidant la prescription d&rsquo;imagerie m\u00e9dicale, d&rsquo;actes chirurgicaux de restauration ossiculaire (tympanoplastie, stap\u00e9dotomie) ou de th\u00e9rapeutiques pharmacologiques d&rsquo;urgence (comme dans le cas de la surdit\u00e9 brusque idiopathique trait\u00e9e par corticoth\u00e9rapie).<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;audioproth\u00e8se et de la r\u00e9adaptation auditive, les courbes de conduction a\u00e9rienne d\u00e9terminent les r\u00e9glages algorithmiques de gain et de compression dynamique des proth\u00e8ses auditives num\u00e9riques. Les formules de prescription prescriptive modernes (telles que NAL-NL2 ou DSL v5.0) exploitent les seuils pr\u00e9cis en conduction a\u00e9rienne pour restituer l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole tout en pr\u00e9servant le confort acoustique vis-\u00e0-vis des sons forts.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psycho\u00e9ducatif, l&rsquo;\u00e9valuation auditive par voie a\u00e9rienne est un pr\u00e9requis incontournable face \u00e0 des retards de langage oral ou \u00e9crit chez l&rsquo;enfant, des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture ou des soup\u00e7ons de trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH). De nombreux enfants \u00e9tiquet\u00e9s \u00e0 tort comme inattentifs ou agit\u00e9s souffrent en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une perte auditive intermittente li\u00e9e \u00e0 des otites s\u00e9romuqueuses r\u00e9cidivantes non diagnostiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>En psychologie du vieillissement et en g\u00e9riatrie, la mesure des seuils a\u00e9riens joue un r\u00f4le pivot dans la compr\u00e9hension du d\u00e9clin cognitif. Des recherches majeures ont d\u00e9montr\u00e9 que la presbyacousie non compens\u00e9e majore consid\u00e9rablement l&rsquo;effort d&rsquo;\u00e9coute et la charge cognitive, r\u00e9duisant les ressources c\u00e9r\u00e9brales disponibles pour les fonctions ex\u00e9cutives et la m\u00e9moire de travail, tout en favorisant le retrait social et la d\u00e9pression chez la personne \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique et fondamentale a abondamment \u00e9prouv\u00e9 la validit\u00e9 du test de conduction a\u00e9rienne. Dans les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales de r\u00e9f\u00e9rence conduites par le professeur Frank Lin et ses collaborateurs \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins, la perte auditive mesur\u00e9e par conduction a\u00e9rienne s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre un facteur de risque ind\u00e9pendant et modifiable de d\u00e9mence incidente et de d\u00e9clin cognitif acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 (Lin et al., 2011, 2013). Leurs donn\u00e9es indiquent qu&rsquo;une surdit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re double le risque d&rsquo;alt\u00e9ration cognitive, tandis qu&rsquo;une perte s\u00e9v\u00e8re multiplie ce risque par cinq.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes psychoacoustiques approfondies men\u00e9es par des pionniers comme Brian C. J. Moore ont explor\u00e9 la relation entre les seuils d&rsquo;audition tonale par conduction a\u00e9rienne et la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des filtres auditifs cochl\u00e9aires. Moore a mis en \u00e9vidence que l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des seuils a\u00e9riens s&rsquo;accompagne d&rsquo;un \u00e9largissement des bandes critiques auditives, diminuant drastiquement la r\u00e9solution en fr\u00e9quence et expliquant pourquoi les patients malentendants peinent \u00e0 discriminer la parole dans le bruit, ind\u00e9pendamment du simple niveau sonore.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux portant sur la neurobiologie de la \u00ab surdit\u00e9 cach\u00e9e \u00bb (<em>hidden hearing loss<\/em>) ou synaptopathie cochl\u00e9aire, introduits par Liberman et Kujawa en 2009, ont red\u00e9fini la port\u00e9e empirique du test de conduction a\u00e9rienne. Ces chercheurs ont prouv\u00e9 que des expositions \u00e0 des bruits r\u00e9cr\u00e9atifs intenses peuvent d\u00e9truire irr\u00e9versiblement jusqu&rsquo;\u00e0 50 % des synapses entre les cellules cili\u00e9es internes et les neurones du nerf auditif sans alt\u00e9rer les seuils de conduction a\u00e9rienne conventionnels. Ainsi, un sujet peut pr\u00e9senter un audiogramme tonal par conduction a\u00e9rienne strictement normal tout en \u00e9prouvant des d\u00e9ficits majeurs de traitement auditif complexe en environnement bruyant.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que le test de conduction a\u00e9rienne s&rsquo;appuie sur des stimuli physiques universels (des sons purs sinuso\u00efdaux standardis\u00e9s en hertz), son administration n&rsquo;\u00e9chappe pas aux variables socioculturelles, linguistiques et environnementales. La compr\u00e9hension des consignes d\u00e9livr\u00e9es avant l&rsquo;examen constitue une premi\u00e8re barri\u00e8re potentielle. Les instructions exigent souvent une formulation adapt\u00e9e chez les populations allophones, immigr\u00e9es ou analphab\u00e8tes, pour lesquelles des strat\u00e9gies non verbales (mimiques, guidage gestuel) doivent \u00eatre mobilis\u00e9es pour pr\u00e9venir les faux positifs.<\/p>\n<p>La perception de la perte auditive et l&rsquo;attitude envers le handicap varient largement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre. Dans certaines communaut\u00e9s rurales ou pays \u00e0 revenu faible et interm\u00e9diaire, le d\u00e9clin auditif est per\u00e7u comme une fatalit\u00e9 biologique inh\u00e9rente au vieillissement ne justifiant aucun recours m\u00e9dical, limitant consid\u00e9rablement l&rsquo;acc\u00e8s aux tests audiom\u00e9triques. De plus, la pr\u00e9valence des pathologies influen\u00e7ant la conduction a\u00e9rienne pr\u00e9sente des disparit\u00e9s g\u00e9ographiques notables : le manque d&rsquo;acc\u00e8s aux antibiotiques de premi\u00e8re ligne favorise les perforations tympaniques chroniques et les s\u00e9quelles d&rsquo;otites moyennes suppur\u00e9es dans les pays en d\u00e9veloppement, alors que les pathologies professionnelles ou r\u00e9cr\u00e9atives dominent dans les pays industrialis\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;adaptation transculturelle concerne \u00e9galement le mat\u00e9riel d&rsquo;examen. Les cabines insonoris\u00e9es stationnaires standardis\u00e9es \u00e9tant co\u00fbteuses et rares dans les r\u00e9gions isol\u00e9es, la recherche contemporaine d\u00e9veloppe des outils d&rsquo;audiom\u00e9trie par conduction a\u00e9rienne mobiles, calibr\u00e9s sur tablettes num\u00e9riques ou smartphones avec \u00e9couteurs \u00e0 att\u00e9nuation passive ou active, valid\u00e9s en Afrique subsaharienne et en Am\u00e9rique latine (Margolis et al., 2011).<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la pratique clinique, le test de conduction a\u00e9rienne fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques et conceptuelles substantielles au sein de la communaut\u00e9 psychoacoustique et neurologique.<\/p>\n<p>La critique majeure r\u00e9side dans son caract\u00e8re <strong>\u00e9minemment subjectif<\/strong>. \u00c9tant un test comportemental, il est enti\u00e8rement tributaire de l&rsquo;\u00e9tat de vigilance du sujet, de sa vitesse de r\u00e9action motrice, de sa motivation, de sa compr\u00e9hension de la t\u00e2che et de son niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Chez les tr\u00e8s jeunes enfants, les patients atteints de troubles neurocognitifs majeurs, d&rsquo;enc\u00e9phalopathies ou d&rsquo;aphasie s\u00e9v\u00e8re, la conduction a\u00e9rienne standardis\u00e9e est souvent irr\u00e9alisable ou peu fiable, n\u00e9cessitant le recours \u00e0 des mesures \u00e9lectrophysiologiques objectives telles que les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC) ou les oto\u00e9missions acoustiques automatis\u00e9es.<\/p>\n<p>Une seconde limite concerne le <strong>manque d&rsquo;exhaustivit\u00e9 \u00e9cologique<\/strong>. Un audiogramme tonal normal en conduction a\u00e9rienne n&rsquo;est pas synonyme d&rsquo;audition fonctionnelle parfaite. Le test examine des tonalit\u00e9s pures isol\u00e9es dans un silence absolu, une condition acoustique totalement artificielle qui n&rsquo;a aucun \u00e9quivalent dans la vie r\u00e9elle. Il \u00e9choue \u00e0 quantifier les troubles du traitement auditif central (APD, <em>Auditory Processing Disorders<\/em>), l&rsquo;agnosie auditive, les alt\u00e9rations de la localisation spatiale du son et les difficult\u00e9s majeures de compr\u00e9hension de la parole en milieu polyphonique ou r\u00e9verb\u00e9rant.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9canique, des risques d&rsquo;artefacts existent, notamment l&rsquo;\u00e9crasement ou collapsus du conduit auditif externe sous la pression des \u00e9couteurs supra-auriculaires, cr\u00e9ant une fausse surdit\u00e9 de transmission pouvant induire des erreurs chirurgicales. De surcro\u00eet, le dilemme du masquage (situation o\u00f9 le bruit de masquage appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oreille controlat\u00e9rale est si \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;il traverse le cr\u00e2ne et surmasque l&rsquo;oreille test\u00e9e) complique l&rsquo;examen lors de surdit\u00e9s de transmission bilat\u00e9rales s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender pleinement le r\u00f4le de ce test, il convient de le situer au sein des diff\u00e9rents concepts et outils de l&rsquo;audiologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Test de conduction osseuse (<em>Bone-conduction testing<\/em>) :<\/strong> Proc\u00e9dure qui transmet le son directement aux os du cr\u00e2ne via un vibreur masto\u00efdien ou frontal, court-circuitant l&rsquo;oreille externe et moyenne. La comparaison entre la conduction a\u00e9rienne et la conduction osseuse permet de diff\u00e9rencier une surdit\u00e9 de transmission (conduction osseuse normale, conduction a\u00e9rienne abaiss\u00e9e), une surdit\u00e9 de perception (conduction osseuse et conduction a\u00e9rienne abaiss\u00e9es au m\u00eame niveau) et une surdit\u00e9 mixte.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie vocale (<em>Speech audiometry<\/em>) :<\/strong> \u00c9valuation de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 phon\u00e9tique employant des listes de mots dissyllabiques ou monosyllabiques calibr\u00e9s. Alors que la conduction a\u00e9rienne tonale renseigne sur la <em>d\u00e9tection<\/em> fr\u00e9quentielle, l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale \u00e9value la <em>reconnaissance<\/em> et l&rsquo;int\u00e9gration linguistique centrale.<\/li>\n<li><strong>Tympanom\u00e9trie et imp\u00e9dancem\u00e9trie :<\/strong> Mesures physiques objectives de la compliance tympanique et du r\u00e9flexe stap\u00e9dien en fonction des variations de pression dans le conduit m\u00e9atique, fournissant un bilan structural de l&rsquo;oreille moyenne sans solliciter la r\u00e9ponse consciente de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces (PEAP \/ ABR) :<\/strong> Enregistrement \u00e9lectrophysiologique de l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse du tronc c\u00e9r\u00e9bral en r\u00e9ponse \u00e0 des clics ou des bouff\u00e9es tonales (tone bursts). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une mesure objective ne n\u00e9cessitant aucune coop\u00e9ration active du patient, utilis\u00e9e en n\u00e9onatalogie ou chez les simulateurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le test de conduction a\u00e9rienne demeure l&rsquo;outil psychophysique de r\u00e9f\u00e9rence pour d\u00e9terminer les seuils auditifs liminaires sur l&rsquo;ensemble du spectre audible essentiel \u00e0 la communication humaine. En stimulant conjointement l&rsquo;appareil de transmission fibro-cartilagineux et ossiculaire ainsi que l&rsquo;appareil neurosensoriel cochl\u00e9aire et r\u00e9trocochl\u00e9aire, il dresse un \u00e9tat des lieux global de l&rsquo;efficacit\u00e9 de la voie auditive naturelle.<\/p>\n<p>Son ex\u00e9cution rigoureuse repose sur la m\u00e9thode des limites modifi\u00e9e de Hughson-Westlake, l&#8217;emploi de transducteurs \u00e9talonn\u00e9s dans un environnement insonoris\u00e9 et l&rsquo;application stricte de r\u00e8gles de masquage controlat\u00e9ral pour pr\u00e9venir les erreurs de perception transcranienne. Bien qu&rsquo;il requi\u00e8re la participation active du sujet et ne capture pas les alt\u00e9rations du traitement auditif central ou les atteintes synaptiques infra-liminaires, ses donn\u00e9es forment la fondation diagnostique incontournable guidant l&rsquo;otologie, l&rsquo;orthophonie, l&rsquo;audioproth\u00e8se et la neuropsychologie moderne.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Carhart, R., &amp; Jerger, J. F. (1959). Preferred method for clinical determination of pure-tone thresholds. <em>Journal of Speech and Hearing Disorders<\/em>, 24(4), 330\u2013345. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1044\/jshd.2404.330\">https:\/\/doi.org\/10.1044\/jshd.2404.330<\/a><\/li>\n<li>Hughson, W., &amp; Westlake, H. (1944). Manual for program outline for rehabilitation of aural casualties both military and civilian. <em>Transactions of the American Academy of Ophthalmology and Otolaryngology<\/em>, 48(Suppl), 1\u201315.<\/li>\n<li>Kujawa, S. G., &amp; Liberman, M. C. (2009). Adding insult to injury: Cochlear nerve degeneration after \u00ab\u00a0temporary\u00a0\u00bb noise-induced hearing loss. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 29(45), 14077\u201314085. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009<\/a><\/li>\n<li>Lin, F. R., Metter, E. J., O&rsquo;Brien, R. J., Resnick, S. M., Zonderman, A. B., &amp; Ferrucci, L. (2011). Hearing loss and incident dementia. <em>Archives of Neurology<\/em>, 68(2), 214\u2013220. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362<\/a><\/li>\n<li>Moore, B. C. J. (2012). <em>An introduction to the psychology of hearing<\/em> (6e \u00e9d.). Brill. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252424\">https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252424<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le test de conduction a\u00e9rienne est une proc\u00e9dure audiom\u00e9trique et psychophysique mesurant les seuils de d\u00e9tection auditive \u00e0 travers l&rsquo;oreille externe, moyenne et interne.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[26703,46,5106],"tags":[32702,32700,32691,31422,5217,32701],"class_list":["post-19969","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-audiologie","category-neuropsychologie","category-psychophysique","tag-audiogramme","tag-audiometrie-tonale","tag-conduction-aerienne","tag-perte-auditive","tag-psychoacoustique","tag-seuil-auditif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19969","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19969\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19969"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19969"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19969"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}