{"id":19945,"date":"2026-10-23T01:48:12","date_gmt":"2026-10-23T01:48:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hallucinations-auditives-psychopathologie-evaluation"},"modified":"2026-10-23T01:48:12","modified_gmt":"2026-10-23T01:48:12","slug":"hallucinations-auditives-psychopathologie-evaluation","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hallucinations-auditives-psychopathologie-evaluation","title":{"rendered":"Hallucinations auditives : Les voix de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne fascinant situ\u00e9 aux confins de la psychopathologie, des neurosciences cognitives et de la philosophie de l&rsquo;esprit, les hallucinations auditives constituent l&rsquo;une des exp\u00e9riences perceptuelles les plus d\u00e9routantes de l&rsquo;existence humaine. Qu&rsquo;elles se manifestent sous la forme de murmures indistincts, de bruits \u00e9l\u00e9mentaires ou de voix verbales complexes commentant les actions de l&rsquo;individu, elles interrogent directement les m\u00e9canismes de la conscience de soi et de l&rsquo;attribution de l&rsquo;agentivit\u00e9 psychique.<\/p>\n<h2>Hallucinations auditives (HA)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les <strong>hallucinations auditives<\/strong> se d\u00e9finissent classiquement en psychopathologie comme des perceptions auditives survenant en l&rsquo;absence de toute stimulation acoustique externe correspondante, tout en poss\u00e9dant pour le sujet un caract\u00e8re d&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 et de r\u00e9alit\u00e9 sensorielle indiscernable d&rsquo;une perception authentique. Contrairement aux simples repr\u00e9sentations mn\u00e9siques ou aux r\u00eaveries diurnes, le sujet attribue la source du signal sonore au monde ext\u00e9rieur ou \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 interne autonome qu&rsquo;il ne parvient pas \u00e0 contr\u00f4ler volontairement.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et clinique, cette anomalie perceptuelle englobe \u00e0 la fois les hallucinations acoustiques \u00e9l\u00e9mentaires, telles que des acouph\u00e8nes complexes, des bourdonnements, des sifflements ou des m\u00e9lodies musicales, et les hallucinations auditivo-verbales. Ces derni\u00e8res, fr\u00e9quemment observ\u00e9es au sein des troubles du spectre de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> et des \u00e9pisodes psychotiques aigus, impliquent l&rsquo;audition de voix parl\u00e9es, famili\u00e8res ou inconnues, qui s&rsquo;adressent directement \u00e0 la personne, conversent entre elles ou \u00e9mettent des jugements critiques continus sur son comportement.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du paradigme psychiatrique traditionnel, la recherche contemporaine envisage d\u00e9sormais les hallucinations auditives selon une approche dimensionnelle et transdiagnostique. Elles ne sont plus consid\u00e9r\u00e9es comme une signature exclusive de la folie, mais plut\u00f4t comme l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 d&rsquo;un continuum d&rsquo;exp\u00e9riences perceptuelles anormales pouvant \u00e9merger dans la population g\u00e9n\u00e9rale sans morbidit\u00e9 associ\u00e9e, en r\u00e9ponse \u00e0 une privation sensorielle, sous l&rsquo;effet du stress intense, ou dans le cadre de pathologies neurologiques av\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab hallucination \u00bb d\u00e9rive directement du verbe latin <em>hallucinari<\/em> (ou <em>alucinari<\/em>), signifiant \u00e9tymologiquement \u00ab errer en esprit \u00bb, \u00ab divaguer \u00bb, \u00ab se tromper \u00bb ou \u00ab avoir l&rsquo;esprit \u00e9gar\u00e9 \u00bb. La racine indo-europ\u00e9enne sous-jacente renvoie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;errance et d&rsquo;incertitude perceptive, traduisant originellement un \u00e9garement intellectuel plut\u00f4t qu&rsquo;une tromperie purement sensorielle.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab auditive \u00bb trouve son ancrage dans le latin classique <em>auditus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>audire<\/em>, qui signifie \u00ab \u00e9couter \u00bb, \u00ab entendre \u00bb ou \u00ab percevoir par l&rsquo;ou\u00efe \u00bb. Ce terme a donn\u00e9 naissance aux concepts relatifs \u00e0 l&rsquo;organe de l&rsquo;audition et \u00e0 la fonction sensorielle r\u00e9ceptrice des ondes sonores.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle que le m\u00e9decin et psychiatre fran\u00e7ais Jean-\u00c9tienne Esquirol a formellement introduit et codifi\u00e9 le terme \u00ab hallucination \u00bb dans le vocabulaire m\u00e9dical moderne en 1817. Esquirol l&rsquo;a rigoureusement distingu\u00e9 de l&rsquo;illusion perceptive en \u00e9non\u00e7ant son principe fondateur : \u00ab Un homme qui a la conviction intime d&rsquo;une sensation actuellement per\u00e7ue, alors que nul objet ext\u00e9rieur propre \u00e0 exciter cette sensation n&rsquo;est \u00e0 port\u00e9e de ses sens, est dans un \u00e9tat d&rsquo;hallucination : c&rsquo;est un visionnaire \u00bb. L&rsquo;association sp\u00e9cifique du qualificatif auditif s&rsquo;est ensuite consolid\u00e9e tout au long du si\u00e8cle pour circonscrire les troubles sp\u00e9cifiques de la perception acoustique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais contemporain, le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon la transcription phon\u00e9tique internationale : <strong>\/a.ly.si.na.sj\u0254\u0303 o.di.tiv\/<\/strong>. Dans le jargon clinique et hospitalier, il est fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9 sous l&rsquo;acronyme HA (ou HAV pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement les hallucinations auditivo-verbales), correspondant \u00e0 l&rsquo;anglo-saxon <em>AH<\/em> (<em>Auditory Hallucinations<\/em>) ou <em>AVH<\/em> (<em>Auditory Verbal Hallucinations<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin pluriel lorsqu&rsquo;il d\u00e9crit le sympt\u00f4me r\u00e9current dans son ensemble (\u00ab pr\u00e9senter des hallucinations auditives \u00bb), bien que l&rsquo;usage du singulier soit courant pour d\u00e9signer un \u00e9pisode particulier ou le ph\u00e9nom\u00e8ne th\u00e9orique (\u00ab l&rsquo;hallucination auditive comme perturbation du traitement de l&rsquo;information \u00bb). L&rsquo;adjectif qualificatif \u00ab auditif \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom noyau.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on retrouve diverses d\u00e9clinaisons lexicales : le verbe \u00ab halluciner \u00bb (intransitif ou transitif direct selon le contexte d&rsquo;usage), l&rsquo;adjectif \u00ab hallucinatoire \u00bb qualifiant tout processus ou \u00e9tat relatif \u00e0 ces manifestations, et le substantif \u00ab hallucin\u00e9 \u00bb, d\u00e9signant l&rsquo;individu qui fait l&rsquo;exp\u00e9rience active de cette d\u00e9sorganisation perceptuelle.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;hallucination auditive exige de diss\u00e9quer la fronti\u00e8re t\u00e9nue qui s\u00e9pare la cognition interne spontan\u00e9e de la perception sensorielle stimul\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Dans des conditions physiologiques normales, chaque \u00eatre humain maintient un monologue int\u00e9rieur continu, appel\u00e9 <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Langage_int%C3%A9rieur\">langage int\u00e9rieur<\/a> ou endophasie. Ce discours silencieux est imm\u00e9diatement reconnu comme \u00e9manant de soi gr\u00e2ce \u00e0 un sentiment fondamental d&rsquo;agentivit\u00e9 : nous savons implicitement que nous sommes les auteurs de nos pens\u00e9es. Dans l&rsquo;hallucination auditive verbale, cette signature d&rsquo;auto-g\u00e9n\u00e9ration est rompue, transformant la parole int\u00e9rieure en un \u00e9v\u00e9nement sonore \u00e9tranger per\u00e7u comme venant d&rsquo;une source tierce.<\/p>\n<p>L&rsquo;intensit\u00e9 et la complexit\u00e9 des hallucinations auditives varient consid\u00e9rablement selon les tableaux cliniques. Elles peuvent s&rsquo;\u00e9chelonner de sons non structur\u00e9s dits \u00ab acousmes \u00bb (bourdonnements, craquements, bruits d&rsquo;eau, sonneries t\u00e9l\u00e9phoniques) jusqu&rsquo;\u00e0 des phrases \u00e9labor\u00e9es, parfois polyphoniques, impliquant plusieurs interlocuteurs invisibles tenant un d\u00e9bat contradictoire sur le comportement de la personne. Le contenu \u00e9motionnel est fr\u00e9quemment n\u00e9gatif, dysthymique, anxiog\u00e8ne, voire violemment mena\u00e7ant et d\u00e9pr\u00e9ciatif dans les troubles psychotiques, bien que des hallucinations d&rsquo;allure mystique ou bienveillante soient \u00e9galement document\u00e9es.<\/p>\n<p>Un aspect crucial de la d\u00e9limitation conceptuelle r\u00e9side dans la localisation spatiale de la perception. Alors que la s\u00e9miologie classique exigeait que le son provienne de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel ou extrapersonnel pour \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo;hallucination authentique, les observations cliniques contemporaines r\u00e9v\u00e8lent que de nombreux patients localisent ces voix \u00ab dans leur t\u00eate \u00bb tout en maintenant la certitude absolue qu&rsquo;elles ne proviennent pas de leur propre esprit. La distinction historique entre pseudo-hallucination (intrapsychique) et hallucination vraie (extrapsychique) tend ainsi \u00e0 s&rsquo;estomper au profit d&rsquo;une analyse fine de l&rsquo;ali\u00e9nation de la pens\u00e9e et de la perte d&rsquo;agentivit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;hallucination auditive ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple aberration sensorielle passive. Elle s&rsquo;int\u00e8gre au sein d&rsquo;une dynamique psychologique active : l&rsquo;individu d\u00e9veloppe des croyances m\u00e9tacognitives sur l&rsquo;omnipotence, l&rsquo;omniscience et l&rsquo;identit\u00e9 de ses voix. Il engage fr\u00e9quemment des dialogues verbaux ou sub-vocaux avec elles, adoptant des strat\u00e9gies de coping allant de la soumission craintive \u00e0 la n\u00e9gociation rationnelle, ce qui d\u00e9montre le caract\u00e8re interactif et relationnel de l&rsquo;exp\u00e9rience hallucinatoire.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>\u00c0 travers l&rsquo;histoire humaine, l&rsquo;audition de voix invisibles a longtemps \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e sous un prisme religieux, th\u00e9ologique ou chamanique. Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, Socrate \u00e9voquait son c\u00e9l\u00e8bre <em>da\u00efm\u00f4n<\/em>, une voix int\u00e9rieure tut\u00e9laire qui l&rsquo;avertissait lorsqu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 commettre une erreur sans jamais lui dicter directement une action positive. De m\u00eame, les figures proph\u00e9tiques des religions abrahamiques et les r\u00e9cits de figures historiques comme Jeanne d&rsquo;Arc t\u00e9moignent de la valorisation sacr\u00e9e ou sacrificielle accord\u00e9e aux communications acoustiques transcendantes.<\/p>\n<p>Le grand tournant de la m\u00e9dicalisation s&rsquo;op\u00e8re aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles avec la naissance de l&rsquo;ali\u00e9nisme. Philippe Pinel, puis son \u00e9l\u00e8ve Jean-\u00c9tienne Esquirol, arrachent l&rsquo;hallucination au domaine de la possession d\u00e9moniaque pour l&rsquo;inscrire dans le champ de la nosographie m\u00e9dicale. En 1890, Jules Baillarger affine consid\u00e9rablement la s\u00e9miologie clinique en isolant les \u00ab hallucinations psychiques \u00bb (d\u00e9pourvues de caract\u00e8re sensoriel manifeste mais v\u00e9cues comme une intrusion mentale) des \u00ab hallucinations psychosensorielles \u00bb pures, posant ainsi les bases du diagnostic diff\u00e9rentiel des troubles perceptifs.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le psychiatre allemand <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kurt_Schneider\">Kurt Schneider<\/a> conf\u00e8re aux hallucinations auditives une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la nosologie psychiatrique en \u00e9tablissant ses fameux \u00ab sympt\u00f4mes de premier rang \u00bb de la schizophr\u00e9nie. Schneider isole trois manifestations auditives sp\u00e9cifiques jug\u00e9es alors pathognomoniques : les voix dialogu\u00e9es entre elles, les voix commentant en temps r\u00e9el les faits et gestes du patient, et l&rsquo;\u00e9cho de la pens\u00e9e (le sujet entendant ses propres pens\u00e9es r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 voix haute). Cette classification a profond\u00e9ment influenc\u00e9 les premi\u00e8res \u00e9ditions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).<\/p>\n<p>La fin du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle ont marqu\u00e9 une nouvelle r\u00e9volution gr\u00e2ce \u00e0 la psychologie cognitive et aux neurosciences. L&rsquo;\u00e9mergence des travaux de Chris Frith sur le monitoring de l&rsquo;action, l&rsquo;essor des techniques d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) capturant l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale au moment exact de l&rsquo;hallucination, et la naissance du Mouvement des Entendeurs de Voix (<em>Hearing Voices Network<\/em>) fond\u00e9 par Marius Romme et Sandra Escher ont d\u00e9pathologis\u00e9 partiellement l&rsquo;exp\u00e9rience en la repla\u00e7ant au c\u0153ur de la diversit\u00e9 psychologique humaine et du traumatisme psychique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs coexistent pour expliquer l&rsquo;\u00e9mergence et le maintien des hallucinations auditives. Le mod\u00e8le cognitif le plus influent est sans conteste celui du <strong>d\u00e9ficit du contr\u00f4le pr\u00e9dictif et de la copie d&rsquo;eff\u00e9rence<\/strong>, formalis\u00e9 notamment par Christopher Frith. En condition standard, chaque fois que le syst\u00e8me moteur g\u00e9n\u00e8re une action motrice \u2014 y compris la motricit\u00e9 fine des cordes vocales et du larynx lors du langage int\u00e9rieur \u2014, le cerveau \u00e9met un double du signal moteur appel\u00e9 copie d&rsquo;eff\u00e9rence. Cette commande permet au syst\u00e8me sensoriel de pr\u00e9dire les cons\u00e9quences acoustiques de l&rsquo;action et d&rsquo;att\u00e9nuer la r\u00e9ponse corticale correspondante (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;att\u00e9nuation sensorielle). Chez les personnes souffrant d&rsquo;hallucinations, cette att\u00e9nuation \u00e9choue : le langage int\u00e9rieur produit une activation corticale identique \u00e0 celle d&rsquo;une voix ext\u00e9rieure, et faute de signal d&rsquo;eff\u00e9rence fonctionnel, la pens\u00e9e est attribu\u00e9e \u00e0 une source ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Une seconde approche majeure rel\u00e8ve du <strong>mod\u00e8le bay\u00e9sien du codage pr\u00e9dictif<\/strong>. Selon ce paradigme en sciences cognitives, la perception n&rsquo;est pas une simple r\u00e9ception passive de signaux sensoriels ascendants (<em>bottom-up<\/em>), mais une inf\u00e9rence probabiliste constante confrontant les donn\u00e9es des sens aux pr\u00e9dictions descendantes (<em>top-down<\/em>) g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les mod\u00e8les internes du cerveau. Dans l&rsquo;hallucination auditive, le poids accord\u00e9 aux croyances <em>a priori<\/em> et aux attentes pr\u00e9dictives devient d\u00e9mesur\u00e9 par rapport aux signaux acoustiques r\u00e9els. En pr\u00e9sence d&rsquo;un simple bruit de fond ou d&rsquo;un silence relatif, le cerveau calcule une probabilit\u00e9 trop \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;entendre une voix, engendrant ainsi un faux percept d&rsquo;une nettet\u00e9 frappante.<\/p>\n<p>Sur le plan psychanalytique et psychodynamique, l&rsquo;hallucination est analys\u00e9e comme un retour dans le r\u00e9el d&rsquo;un contenu psychique rejet\u00e9. Sigmund Freud, notamment dans son analyse du cas du Pr\u00e9sident Schreber, a articul\u00e9 l&rsquo;hallucination au m\u00e9canisme du d\u00e9ni (<em>Verwerfung<\/em>, conceptualis\u00e9 plus tard par Jacques Lacan sous le terme de forclusion). Ce qui a \u00e9t\u00e9 aboli \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la psych\u00e9 et exclu de la symbolisation repara\u00eet de l&rsquo;ext\u00e9rieur sous une forme hallucinatoire hallucinante. L&rsquo;hallucination auditive appara\u00eet ainsi comme une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de gu\u00e9rison ou de reconstruction d&rsquo;un lien avec le monde objectal perdu.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le cognitivo-\u00e9motionnel et int\u00e9gratif souligne le r\u00f4le primordial des traumatismes infantiles et des sch\u00e9mas de dissociation. Selon des auteurs comme Richard Bentall et Tony Morrison, les voix sont fr\u00e9quemment des intrusions mn\u00e9siques dissoci\u00e9es de souvenirs traumatiques non int\u00e9gr\u00e9s. L&rsquo;hypervigilance induite par des abus pass\u00e9s abaisse le seuil de discrimination de la r\u00e9alit\u00e9 (<em>source monitoring error<\/em>), amenant le sujet \u00e0 externaliser ses pens\u00e9es mena\u00e7antes pour prot\u00e9ger son estime de soi face \u00e0 des affects intol\u00e9rables de honte et de culpabilit\u00e9.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse s\u00e9miologique rigoureuse d&rsquo;une hallucination auditive exige de d\u00e9composer le ph\u00e9nom\u00e8ne en plusieurs dimensions cliniques et structurelles bien d\u00e9finies :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Complexit\u00e9 phonologique :<\/strong> Distinction entre les hallucinations \u00e9l\u00e9mentaires (sons purs, cliquetis, grondements, appel\u00e9es acousmes) et les hallucinations auditivo-verbales complexes (mots isol\u00e9s, phrases syntaxiquement articul\u00e9es, monologues, conversations polyphoniques).<\/li>\n<li><strong>Localisation spatiale et perspectivisme :<\/strong> La source per\u00e7ue peut \u00eatre situ\u00e9e dans l&rsquo;espace physique externe (extrapersonnelle, avec une directionnalit\u00e9 et une distance pr\u00e9cises), dans la t\u00eate (intrapsychique), ou \u00e0 la fronti\u00e8re imm\u00e9diate du corps (au niveau de la peau ou des orifices corporels).<\/li>\n<li><strong>Niveau d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique :<\/strong> La clart\u00e9 subjective du stimulus oscille entre le chuchotement t\u00e9nu, la voix murmur\u00e9e \u00e0 peine perceptible, la tonalit\u00e9 conversationnelle normale et le cri strident ou assourdissant.<\/li>\n<li><strong>Typologie \u00e9nonciative :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>\u00c0 la deuxi\u00e8me personne (\u00ab Tu \u00bb) :<\/em> Voix imp\u00e9ratives dictant des ordres, insultant directement le patient ou lui enjoignant de commettre des actes auto- ou h\u00e9t\u00e9ro-agressifs.<\/li>\n<li><em>\u00c0 la troisi\u00e8me personne (\u00ab Il \/ Elle \u00bb) :<\/em> Voix commentant de mani\u00e8re continue les faits, pens\u00e9es et gestes de la personne, ou plusieurs voix conversant entre elles \u00e0 son sujet.<\/li>\n<li><em>\u00c9cho de la pens\u00e9e (Gedankenlautwerden) :<\/em> Sensation p\u00e9nible que les pens\u00e9es intimes sont \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 haute voix avant, pendant ou imm\u00e9diatement apr\u00e8s leur formulation mentale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Identit\u00e9 et caract\u00e9risation :<\/strong> Les voix peuvent \u00eatre attribu\u00e9es \u00e0 des personnes r\u00e9elles connues (proches, figures d&rsquo;autorit\u00e9), \u00e0 des inconnus, \u00e0 des entit\u00e9s surnaturelles (d\u00e9mons, divinit\u00e9s, anges), \u00e0 des forces technologiques (\u00e9metteurs, puces \u00e9lectroniques), avec un timbre masculin, f\u00e9minin, enfantin ou ind\u00e9termin\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Degr\u00e9 de contr\u00f4le per\u00e7u :<\/strong> Capacit\u00e9 ou incapacit\u00e9 du sujet \u00e0 faire taire les voix, \u00e0 modifier leur tonalit\u00e9, \u00e0 initier un dialogue ou \u00e0 s&rsquo;en distraire volontairement.<\/li>\n<li><strong>Teneur affective et congruence d&rsquo;humeur :<\/strong> Caract\u00e8re hostile, pers\u00e9cuteur, omnipotent et sadique, ou au contraire protecteur, apaisant, religieux ou po\u00e9tique. Dans les troubles de l&rsquo;humeur, elles sont congruentes \u00e0 la d\u00e9pression majeure (voix de d\u00e9valorisation, d&rsquo;incurabilit\u00e9) ou \u00e0 la manie (voix messianiques, flatteuses).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la variabilit\u00e9 clinique des hallucinations auditives, examinons trois situations embl\u00e9matiques issues de contextes pathologiques et non pathologiques distincts.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Hallucinations auditivo-verbales dans la schizophr\u00e9nie parano\u00efde<\/strong><br \/>\nJulien, 24 ans, consulte \u00e0 la suite d&rsquo;un repli social progressif. Il rapporte entendre depuis six mois deux voix masculines distinctes localis\u00e9es derri\u00e8re son \u00e9paule gauche. L&rsquo;une d&rsquo;elles a un ton sarcastique et commente sans rel\u00e2che ses actes : \u00ab Regarde comme il marche mal, il va encore se ridiculiser \u00bb. La seconde voix, plus agressive, lui donne des ordres directs (\u00ab Ne mange pas cette nourriture, elle est empoisonn\u00e9e \u00bb). Julien tente de couvrir ces bruits en portant constamment un casque audio avec de la musique \u00e0 volume maximal, sans succ\u00e8s. La charge anxiog\u00e8ne est extr\u00eame car Julien est convaincu que ces voix proviennent d&rsquo;un dispositif d&rsquo;espionnage plac\u00e9 par des voisins malveillants.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Hallucination musicale neurologique (Syndrome d&rsquo;Oliver Sacks)<\/strong><br \/>\nMarguerite, 78 ans, souffrant d&rsquo;une presbyacousie bilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re, commence subitement \u00e0 entendre des chants patriotiques et des m\u00e9lodies d&rsquo;op\u00e9ra r\u00e9sonner dans son appartement avec une grande nettet\u00e9. Les morceaux tournent en boucle, nuit et jour, avec une fid\u00e9lit\u00e9 orchestrale remarquable. Marguerite conserve une critique lucide de son trouble : elle sait pertinemment qu&rsquo;aucun orchestre n&rsquo;est pr\u00e9sent dans son salon et ne d\u00e9veloppe aucun d\u00e9lire pers\u00e9cuteur. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une hallucination auditive musicale secondaire \u00e0 une d\u00e9saff\u00e9rentation sensorielle p\u00e9riph\u00e9rique, le cortex auditif s&rsquo;auto-activant pour compenser le manque de stimulation acoustique externe.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Hallucinations hypnagogiques physiologiques<\/strong><br \/>\nThomas, \u00e9tudiant de 21 ans en p\u00e9riode de r\u00e9vision intense et en dette chronique de sommeil, ressent fr\u00e9quemment, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il s&rsquo;endort, l&rsquo;impression fugace mais saisissante que quelqu&rsquo;un crie son pr\u00e9nom dans sa chambre ou fait claquer violemment une porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. R\u00e9veill\u00e9 en sursaut, il constate le silence complet de son environnement. Ces manifestations transitoires, appel\u00e9es hallucinations hypnagogiques (\u00e0 l&rsquo;endormissement) ou hypnopompiques (au r\u00e9veil), sont des ph\u00e9nom\u00e8nes b\u00e9nins r\u00e9sultant d&rsquo;une intrusion br\u00e8ve du sommeil paradoxal dans l&rsquo;\u00e9tat de veille.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique des hallucinations auditives combine une anamn\u00e8se m\u00e9dicale et psychiatrique m\u00e9ticuleuse avec des outils psychom\u00e9triques standardis\u00e9s afin de caract\u00e9riser la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, la d\u00e9tresse induite et les dimensions cognitives associ\u00e9es.<\/p>\n<p>Parmi les \u00e9chelles de r\u00e9f\u00e9rence internationale, la <strong>PSYRATS<\/strong> (<em>Psychotic Symptom Rating Scales<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9e par Haddock et ses collaborateurs, consacre une sous-\u00e9chelle sp\u00e9cifique aux hallucinations auditives (<em>Auditory Hallucinations Rating Scale<\/em>, AHRS). Cet instrument semi-structur\u00e9 en 11 items \u00e9value de mani\u00e8re multidimensionnelle la fr\u00e9quence, la dur\u00e9e, le volume sonore per\u00e7u, la localisation spatiale, la conviction quant \u00e0 l&rsquo;origine externe, le contenu n\u00e9gatif, le degr\u00e9 de menace, l&rsquo;interf\u00e9rence avec la vie quotidienne et le niveau de d\u00e9tresse psychologique \u00e9prouv\u00e9 par le sujet.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres instruments standardis\u00e9s sont couramment mobilis\u00e9s dans la recherche et la pratique hospitali\u00e8re :<\/p>\n<ul>\n<li>La <strong>PANSS<\/strong> (<em>Positive and Negative Syndrome Scale<\/em>) : \u00c9value les hallucinations au sein de son \u00e9chelle positive (item P3), mesurant la fr\u00e9quence globale et l&rsquo;impact comportemental du sympt\u00f4me sur une \u00e9chelle de 1 \u00e0 7.<\/li>\n<li>Le <strong>BAVQ-R<\/strong> (<em>Beliefs About Voices Questionnaire &#8211; Revised<\/em>) de Chadwick et Birchwood : Analyse pr\u00e9cis\u00e9ment les relations m\u00e9tacognitives et interpersonnelles entre le patient et ses voix, notamment la croyance en la malveillance ou la bienveillance de la voix, son omnipotence per\u00e7ue, et les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles ou comportementales (r\u00e9sistance ou engagement).<\/li>\n<li>La <strong>LSHS<\/strong> (<em>Launay-Slade Hallucination Scale<\/em>) : Con\u00e7ue pour mesurer la propension aux exp\u00e9riences hallucinatoires et pseudo-hallucinatoires au sein de la population g\u00e9n\u00e9rale, instrument fondamental pour la recherche sur le continuum psychotique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;investigation d&rsquo;une hallucination auditive d&rsquo;apparition r\u00e9cente n\u00e9cessite syst\u00e9matiquement une imagerie c\u00e9r\u00e9brale (IRM enc\u00e9phalique) afin d&rsquo;exclure un processus expansif intracr\u00e2nien (tumeur du lobe temporal), un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou une anomalie structurelle. Un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) permet d&rsquo;\u00e9liminer une <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89pilepsie\">\u00e9pilepsie<\/a> partielle temporale, tandis qu&rsquo;un audiogramme complet \u00e9value l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la cha\u00eene auditive p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique des hallucinations auditives a connu des avanc\u00e9es majeures ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, s&rsquo;\u00e9loignant d&rsquo;une approche exclusivement s\u00e9dative pour int\u00e9grer des protocoles psychoth\u00e9rapeutiques cibl\u00e9s et des techniques neurotechnologiques innovantes.<\/p>\n<p>Au niveau pharmacologique, les antipsychotiques de premi\u00e8re et seconde g\u00e9n\u00e9ration constituent le socle du traitement des hallucinations auditives survenant dans le cadre des psychoses aigu\u00ebs et chroniques. En bloquant les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 dans la voie m\u00e9solimbique, ils r\u00e9duisent l&rsquo;attribution aberrante de saillance aux stimuli internes. Toutefois, environ 25 \u00e0 30 % des patients schizophr\u00e8nes continuent d&rsquo;entendre des voix de mani\u00e8re r\u00e9fractaire malgr\u00e9 une posologie m\u00e9dicamenteuse optimale.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette pharmaco-r\u00e9sistance, la <strong>th\u00e9rapie cognitivo-comportementale appliqu\u00e9e aux psychoses (TCCp)<\/strong> a d\u00e9montr\u00e9 une efficacit\u00e9 solide. L&rsquo;objectif premier n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement de faire dispara\u00eetre les voix \u00e0 tout prix, mais de modifier les croyances dysfonctionnelles que l&rsquo;individu entretient \u00e0 leur sujet (croyance en leur pouvoir magique, sentiment d&rsquo;impuissance). En travaillant sur la restructuration cognitive, la d\u00e9sensibilisation \u00e9motionnelle et l&rsquo;apprentissage de comportements alternatifs de focalisation attentionnelle, la TCCp r\u00e9duit drastiquement la d\u00e9tresse subjective et restaure le fonctionnement psychosocial.<\/p>\n<p>Une modalit\u00e9 psychoth\u00e9rapeutique r\u00e9volutionnaire a vu le jour avec la <strong>Th\u00e9rapie Avatar<\/strong>, initi\u00e9e par le professeur Julian Leff \u00e0 Londres et d\u00e9velopp\u00e9e au Canada par Alexandre Dumais. Gr\u00e2ce \u00e0 un logiciel informatique sp\u00e9cialis\u00e9, le th\u00e9rapeute aide le patient \u00e0 recr\u00e9er virtuellement sur un \u00e9cran le visage et la voix exacte de son hallucination la plus d\u00e9rangeante. Le patient s&rsquo;assoit devant l&rsquo;ordinateur et engage un dialogue direct avec l&rsquo;avatar, lequel est contr\u00f4l\u00e9 en temps r\u00e9el par le clinicien. Au fil des s\u00e9ances, le th\u00e9rapeute modifie l&rsquo;attitude de l&rsquo;avatar, qui passe d&rsquo;une posture agressive et d\u00e9nigrante \u00e0 un comportement soumis et bienveillant, permettant au patient de reprendre l&rsquo;ascendant psychologique et de stopper les voix r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuromodulation, la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_magn%C3%A9tique_transcr%C3%A2nienne\">stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne<\/a> r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) \u00e0 basse fr\u00e9quence (1 Hz) ciblant la jonction temporo-pari\u00e9tale gauche (aire de Wernicke) permet de diminuer l&rsquo;hyperactivit\u00e9 corticale pathologique responsable des hallucinations acoustiques, offrant ainsi une alternative non invasive et prometteuse pour les patients en \u00e9chec th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration neurobiologique moderne des hallucinations auditives s&rsquo;appuie massivement sur la neuro-imagerie fonctionnelle pour d\u00e9coder les corr\u00e9lats c\u00e9r\u00e9braux de cette exp\u00e9rience subjective.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res de capture des sympt\u00f4mes en IRMf (o\u00f9 le patient signale par l&rsquo;appui sur un bouton le d\u00e9but et la fin de chaque hallucination auditive dans le scanner) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une activation anormale et spontan\u00e9e d&rsquo;un vaste r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral temporo-frontal. On observe une hyperactivation du cortex auditif primaire et secondaire (circonvolution de Heschl et aire de Wernicke), du cortex moteur et pr\u00e9-moteur du langage (aire de Broca), du gyrus cingulaire ant\u00e9rieur et de l&rsquo;insula. Ces constatations d\u00e9montrent objectivement que le cerveau de l&rsquo;entendeur de voix active les aires sensorielles de l&rsquo;audition de la m\u00eame fa\u00e7on que s&rsquo;il \u00e9coutait un locuteur physique r\u00e9el.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es de connectivit\u00e9 fonctionnelle et structurelle, notamment obtenues par tractographie en imagerie du tenseur de diffusion (DTI), r\u00e9v\u00e8lent des alt\u00e9rations majeures du <strong>faisceau arqu\u00e9<\/strong>, le cordon de substance blanche reliant l&rsquo;aire de Broca (g\u00e9n\u00e9ration du langage) et l&rsquo;aire de Wernicke (compr\u00e9hension auditive). Cette rupture d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique et fonctionnelle \u00e9taye la th\u00e9orie d&rsquo;un d\u00e9saccouplement fronto-temporal : les zones frontales g\u00e9n\u00e8rent une parole int\u00e9rieure sans en avertir \u00e0 temps les aires r\u00e9ceptrices temporales, qui d\u00e9codent alors le signal linguistique comme une intrusion d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique, outre le r\u00f4le central de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 dopaminergique m\u00e9solimbique, les recherches actuelles mettent en lumi\u00e8re un d\u00e9s\u00e9quilibre fondamental entre les syst\u00e8mes de neurotransmission glutamatergique (excitateur) et gabaergique (inhibiteur). Une hypofonction des r\u00e9cepteurs NMDA sur les interneurones GABAergiques corticaux entra\u00eenerait une d\u00e9sinhibition des r\u00e9seaux pyramidaux du lobe temporal, provoquant des d\u00e9charges neuronales spontan\u00e9es per\u00e7ues subjectivement sous forme de sons ou de paroles.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;anthropologie m\u00e9dicale et l&rsquo;ethnopsychiatrie ont d\u00e9montr\u00e9 que la ph\u00e9nom\u00e9nologie et la valence \u00e9motionnelle des hallucinations auditives sont profond\u00e9ment modul\u00e9es par le contexte culturel et soci\u00e9tal dans lequel elles \u00e9mergent.<\/p>\n<p>Les travaux marquants de l&rsquo;anthropologue Tanya Luhrmann (Universit\u00e9 de Stanford) ont compar\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;individus entendant des voix diagnostiqu\u00e9s avec une schizophr\u00e9nie aux \u00c9tats-Unis, au Ghana et en Inde. Les r\u00e9sultats ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des divergences ph\u00e9nom\u00e9nologiques saisissantes :<\/p>\n<ul>\n<li>Aux <strong>\u00c9tats-Unis<\/strong>, les voix sont massivement d\u00e9crites comme violentes, intrusives, haineuses et mena\u00e7antes, v\u00e9cues comme une violation intol\u00e9rable de l&rsquo;intimit\u00e9 et de l&rsquo;autonomie individuelle, souvent domin\u00e9es par des injonctions au meurtre ou au suicide.<\/li>\n<li>En <strong>Inde<\/strong> (Chennai), les sujets rapportent majoritairement des voix de membres de la famille, d&rsquo;anc\u00eatres ou d&rsquo;anciens, leur prodiguant des conseils sur leur conduite, r\u00e9gulant leurs devoirs domestiques ou les r\u00e9primandant avec affection, avec un niveau d&rsquo;agressivit\u00e9 ressenti infiniment plus bas.<\/li>\n<li>Au <strong>Ghana<\/strong> (Accra), les hallucinations auditives sont presque syst\u00e9matiquement attribu\u00e9es \u00e0 la sph\u00e8re spirituelle, interpr\u00e9t\u00e9es comme la voix de Dieu ou d&rsquo;esprits locaux. L&rsquo;exp\u00e9rience est fr\u00e9quemment v\u00e9cue comme une comp\u00e9tence spirituelle puissante, voire un privil\u00e8ge religieux, suscitant peu de d\u00e9tresse psychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces disparit\u00e9s transculturelles indiquent que si la machinerie biologique sous-jacente est universelle, la structuration cognitive, l&rsquo;attribution causale et la tol\u00e9rance affective des voix d\u00e9pendent intimement des conceptions culturelles du Soi (conception individualiste occidentale versus conception relationnelle et interd\u00e9pendante non occidentale).<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>La conception biom\u00e9dicale traditionnelle des hallucinations auditives fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique et des associations d&rsquo;usagers de la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>La critique la plus radicale provient du <strong>Mouvement des Entendeurs de Voix (Hearing Voices Network &#8211; Intervoice)<\/strong>. Ce courant conteste vigoureusement la r\u00e9duction de l&rsquo;audition de voix \u00e0 un sympt\u00f4me de maladie c\u00e9r\u00e9brale ou \u00e0 un signe in\u00e9luctable de folie. Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques montrent qu&rsquo;environ 5 \u00e0 10 % de la population g\u00e9n\u00e9rale adulte entend des voix \u00e0 un moment de sa vie sans jamais d\u00e9velopper de trouble psychiatrique ni n\u00e9cessiter de soins m\u00e9dicaux. Le mouvement postule que l&rsquo;audition de voix est une variation normale de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, fr\u00e9quemment d\u00e9clench\u00e9e par des traumatismes psychiques, des deuils non r\u00e9solus ou des stress existentiels majeurs, et pr\u00e9conise l&rsquo;acceptation des voix et l&rsquo;exploration de leur sens m\u00e9taphorique plut\u00f4t que leur suppression chimique syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Une autre controverse porte sur la validit\u00e9 conceptuelle des \u00ab sympt\u00f4mes de premier rang \u00bb de Kurt Schneider. Les r\u00e9visions nosographiques du DSM-5 ont supprim\u00e9 le statut privil\u00e9gi\u00e9 accord\u00e9 aux voix dialogu\u00e9es ou commentatrices, qui permettaient auparavant de poser le diagnostic de schizophr\u00e9nie sur la base d&rsquo;un seul crit\u00e8re pr\u00e9sent. Les m\u00e9ta-analyses contemporaines ont prouv\u00e9 que ces hallucinations ne poss\u00e8dent ni la sensibilit\u00e9 ni la sp\u00e9cificit\u00e9 diagnostique autrefois postul\u00e9es, se retrouvant fr\u00e9quemment dans les troubles bipolaires, le trouble de stress post-traumatique complexe ou les troubles de la personnalit\u00e9 borderline.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 la fronti\u00e8re s\u00e9miologique r\u00e9elle entre illusion auditive, fausse perception, pens\u00e9e intrusive obs\u00e9dante et hallucination authentique. Les mod\u00e8les dimensionnels sugg\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un spectre continu plut\u00f4t que de cat\u00e9gories nosologiques \u00e9tanches.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement les hallucinations auditives de plusieurs entit\u00e9s psychopathologiques et neurophysiologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acouph\u00e8nes :<\/strong> Perceptions sonores parasites (sifflements, bourdonnements, tintements) prenant leur source dans des anomalies du syst\u00e8me auditif p\u00e9riph\u00e9rique ou central (l\u00e9sions de la cochl\u00e9e, traumatisme sonore). Contrairement aux acousmes psychiatriques, l&rsquo;acouph\u00e8ne est reconnu par le patient comme un bruit physique d\u00e9nu\u00e9 de toute signification psychologique, verbale ou symbolique.<\/li>\n<li><strong>Illusions auditives :<\/strong> D\u00e9formation ou mauvaise interpr\u00e9tation perceptuelle d&rsquo;un stimulus sonore r\u00e9el pr\u00e9existant (par exemple, entendre son nom chuchot\u00e9 dans le bruit d&rsquo;une cascade d&rsquo;eau ou le ronronnement d&rsquo;un moteur). L&rsquo;hallucination, elle, survient sans stimulus externe d\u00e9clencheur.<\/li>\n<li><strong>Pens\u00e9es intrusives et obsessions (TOC) :<\/strong> Id\u00e9es, impulsions ou images mentales angoissantes reconnues comme \u00e9manant de la propre psych\u00e9 du patient, qui s&rsquo;efforce de les neutraliser. Elles conservent leur nature de pens\u00e9e silencieuse et ne poss\u00e8dent jamais le caract\u00e8re d&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 acoustique des hallucinations auditivo-verbales.<\/li>\n<li><strong>Hallucinations hypnagogiques et hypnopompiques :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8nes perceptifs acoustiques ou visuels survenant aux transitions entre la veille et le sommeil. Bien qu&rsquo;identiques ph\u00e9nom\u00e9nologiquement \u00e0 des hallucinations, elles sont strictement physiologiques, fugaces et d\u00e9pourvues de valeur nosographique pathologique.<\/li>\n<li><strong>Hallucinose auditive :<\/strong> Perception de voix ou de bruits sans objet, mais dont le patient critique imm\u00e9diatement et totalement la fausset\u00e9 ou le caract\u00e8re irr\u00e9el (comme dans l&rsquo;hallucinose alcoolique subaigu\u00eb ou certaines atteintes du tronc c\u00e9r\u00e9bral). Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;adh\u00e9sion d\u00e9lirante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration approfondie des hallucinations auditives met en lumi\u00e8re les points fondamentaux suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Une hallucination auditive est une perception sonore sans objet externe correspondant, per\u00e7ue avec la force et le r\u00e9alisme d&rsquo;une sensation physique authentique.<\/li>\n<li>Les formes auditivo-verbales r\u00e9sultent principalement d&rsquo;une rupture du monitoring de l&rsquo;action : le discours int\u00e9rieur de l&rsquo;individu n&rsquo;est plus reconnu comme auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9 suite \u00e0 une d\u00e9faillance de la copie d&rsquo;eff\u00e9rence et du contr\u00f4le pr\u00e9dictif.<\/li>\n<li>Les neurosciences r\u00e9v\u00e8lent une hyperactivation concomitante des aires temporales du langage r\u00e9cepteur (Wernicke), des aires frontales motrices (Broca) et une d\u00e9sorganisation du faisceau arqu\u00e9.<\/li>\n<li>L&rsquo;exp\u00e9rience des voix s&rsquo;inscrit sur un continuum transdiagnostique s&rsquo;\u00e9tendant de la population g\u00e9n\u00e9rale saine jusqu&rsquo;aux pathologies psychiatriques et neurologiques s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>La culture fa\u00e7onne de mani\u00e8re d\u00e9terminante le contenu, l&rsquo;attribution causale et la d\u00e9tresse associ\u00e9e aux voix, les contextes collectivistes et spirituels favorisant des relations plus apais\u00e9es avec les voix.<\/li>\n<li>Les prises en charge modernes combinent la pharmacoth\u00e9rapie antipsychotique avec des approches psychosociales innovantes telles que la TCC pour psychose, la Th\u00e9rapie Avatar et la stimulation c\u00e9r\u00e9brale non invasive (rTMS).<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bentall, R. 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