{"id":19837,"date":"2026-10-22T21:18:02","date_gmt":"2026-10-22T21:18:02","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=structure-affective-cognitive"},"modified":"2026-10-22T21:18:02","modified_gmt":"2026-10-22T21:18:02","slug":"structure-affective-cognitive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=structure-affective-cognitive","title":{"rendered":"Structure affective-cognitive : Penser et ressentir"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement dynamique de l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle et du traitement rationnel des informations, la structure affective-cognitive repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9chafaudage fondamental par lequel l\u2019\u00eatre humain per\u00e7oit, \u00e9value et s\u2019adapte \u00e0 son environnement int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur. Loin d\u2019opposer st\u00e9rilement la raison aux passions, la psychologie contemporaine con\u00e7oit cette organisation intrapsychique comme une trame int\u00e9gr\u00e9e o\u00f9 les ressentis visc\u00e9raux et les sch\u00e9mas conceptuels s\u2019informent, se renforcent et se r\u00e9gulent mutuellement dans la gen\u00e8se des attitudes, des d\u00e9cisions et des traits de personnalit\u00e9.<\/p>\n<h2>Structure affective-cognitive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>structure affective-cognitive<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;organisation fonctionnelle et la configuration interconnect\u00e9e des composantes \u00e9motionnelles (affects, humeurs, valences sentimentales) et des composantes intellectuelles (croyances, repr\u00e9sentations s\u00e9mantiques, inf\u00e9rences logiques) sous-tendant une attitude, un sch\u00e9ma de soi ou un syst\u00e8me de personnalit\u00e9 donn\u00e9. Cette notion d\u00e9crit la mani\u00e8re dont les affects subjectifs et les cognitions propositionnelles sont encod\u00e9s, articul\u00e9s et pond\u00e9r\u00e9s au sein de la m\u00e9moire s\u00e9mantique et \u00e9pisodique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie sociale et de la psychologie cognitive, ce construit rend compte du degr\u00e9 d\u2019alignement ou de divergence entre ce qu&rsquo;un individu ressent envers un objet social et ce qu&rsquo;il en sait ou pense rationnellement. Une structure affective-cognitive hautement consistante se caract\u00e9rise par des croyances et des \u00e9motions de m\u00eame valence (par exemple, des pens\u00e9es positives associ\u00e9es \u00e0 une vive sympathie), tandis qu&rsquo;une configuration inconsistante engendre une ambivalence intra-attitudinale majeure.<\/p>\n<p>Au sens \u00e9largi de la psychologie de la personnalit\u00e9 et des neurosciences comportementales, la structure affective-cognitive renvoie \u00e0 un r\u00e9seau stable d&rsquo;unit\u00e9s cognitivo-affectives qui s&rsquo;activent r\u00e9ciproquement face \u00e0 des stimuli situationnels distincts. Elle d\u00e9termine ainsi la signature comportementale r\u00e9currente d\u2019un individu, fa\u00e7onnant sa propension \u00e0 interpr\u00e9ter les \u00e9v\u00e9nements sous un prisme particulier et \u00e0 y r\u00e9pondre par des patterns affectifs et comportementaux caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L\u2019expression \u00ab structure affective-cognitive \u00bb provient de la juxtaposition de trois termes ancr\u00e9s dans le lexique philosophique, psychologique et linguistique latin. Le substantif \u00ab structure \u00bb d\u00e9rive du latin <em>structura<\/em>, issu du verbe <em>struere<\/em> signifiant \u00ab assembler, disposer, b\u00e2tir, ordonner des parties en un ensemble coh\u00e9rent \u00bb. En psychologie, la structure renvoie \u00e0 la configuration sous-jacente et aux relations invariantes qui unissent les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un syst\u00e8me psychologique complexe.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab affectif \u00bb trouve sa source dans le latin <em>affectus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>afficere<\/em> (\u00ab toucher, \u00e9mouvoir, impressionner, mettre dans un certain \u00e9tat \u00bb), lui-m\u00eame form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (vers) et du radical <em>facere<\/em> (faire). Il renvoie \u00e0 la sph\u00e8re des \u00e9motions primaires, des sentiments durables, des humeurs et des impressions de plaisir ou de d\u00e9plaisir qui colorent l\u2019exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab cognitif \u00bb proc\u00e8de du latin <em>cognitio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>cognoscere<\/em> (\u00ab apprendre \u00e0 conna\u00eetre, examiner, savoir \u00bb), combinant <em>cum<\/em> (avec, ensemble) et <em>gnoscere<\/em> (savoir). Introduit dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique anglophone sous l&rsquo;\u00e9tiquette d\u2019<em>affective\u2013cognitive structure<\/em> dans le cadre des travaux s\u00e9minaux sur les composantes de l\u2019<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Attitude_(psychologie)\">attitude<\/a> durant la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, le concept a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 en fran\u00e7ais pour formaliser l&rsquo;interface indispensable liant la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle aux repr\u00e9sentations intellectuelles.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l\u2019expression se prononce en fran\u00e7ais standard international [st\u0281yk.ty\u0281 a.f\u025bk.tiv k\u0254\u0261.ni.tiv]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un substantif recteur (\u00ab structure \u00bb) qualifi\u00e9 par deux adjectifs relationnels coordonn\u00e9s par un trait d&rsquo;union (\u00ab affective-cognitive \u00bb), qui s&rsquo;accordent tous deux en genre et en nombre avec le nom noyau.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique de langue fran\u00e7aise, on rel\u00e8ve \u00e9galement la variante coordonn\u00e9e sous la forme \u00ab structure cognitivo-affective \u00bb, o\u00f9 le premier \u00e9l\u00e9ment prend la marque de d\u00e9rivation n\u00e9oclassique en \u00ab -o \u00bb. Bien que les deux tournures soient fonctionnellement synonymes, l\u2019ordre des qualificatifs refl\u00e8te parfois une nuance de primaut\u00e9 : la formule \u00ab affective-cognitive \u00bb met traditionnellement l&rsquo;accent sur le r\u00f4le premier ou l\u2019\u00e9valuation \u00e9motionnelle de l&rsquo;objet, tandis que la d\u00e9signation \u00ab cognitivo-affective \u00bb s&rsquo;inscrit plus fr\u00e9quemment dans les mod\u00e8les computationnels du traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Au pluriel, la forme r\u00e9guli\u00e8re devient \u00ab structures affectives-cognitives \u00bb (ou \u00ab structures cognitivo-affectives \u00bb). L&rsquo;usage acad\u00e9mique proscrit l&rsquo;\u00e9lision ou la s\u00e9paration asym\u00e9trique de ces deux domaines, soulignant le caract\u00e8re indissociable des processus mentaux en jeu lors de l\u2019analyse des m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9valuation psychique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La conceptualisation de la structure affective-cognitive repose sur le constat empirique que toute \u00e9valuation d&rsquo;un objet \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une personne, d&rsquo;un groupe social, d&rsquo;une id\u00e9ologie politique ou d&rsquo;un choix de sant\u00e9 \u2014 proc\u00e8de d&rsquo;un double canal d&rsquo;informations. D&rsquo;une part, le canal affectif fournit des signaux exp\u00e9rientiels imm\u00e9diats, ancr\u00e9s corporellement, reposant sur des sentiments subjectifs d&rsquo;attirance, de r\u00e9pulsion, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou d&rsquo;enthousiasme. D&rsquo;autre part, le canal cognitif g\u00e9n\u00e8re des croyances propositionnelles, des arguments rationnels, des jugements de valeur fond\u00e9s sur l&rsquo;utilit\u00e9 per\u00e7ue et des inf\u00e9rences causales.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette architecture se trouve la notion de consistance structurelle. Selon la th\u00e9orie de la consistance affective-cognitive, une attitude gagne en stabilit\u00e9, en r\u00e9sistance au changement et en pouvoir pr\u00e9dictif sur les actes lorsque les sentiments \u00e9prouv\u00e9s concordent \u00e9troitement avec les croyances d\u00e9tenues. Par exemple, si une personne per\u00e7oit un travail comme intellectuellement stimulant (cognition positive) et y \u00e9prouve quotidiennement de la joie et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 (affect positif), sa structure affective-cognitive est harmonieuse et conf\u00e8re \u00e0 son engagement professionnel une robustesse remarquable face aux al\u00e9as conjoncturels.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;inconsistance affective-cognitive \u2014 couramment th\u00e9oris\u00e9e sous l&rsquo;angle de l&rsquo;ambivalence structurelle \u2014 se manifeste lorsqu&rsquo;il existe un clivage marqu\u00e9 entre le c\u0153ur et la raison. Un individu peut tout \u00e0 fait reconna\u00eetre rationnellement les vertus nutritionnelles d&rsquo;un aliment (cognition hautement favorable) tout en \u00e9prouvant un d\u00e9go\u00fbt visc\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de le consommer (affect d\u00e9favorable). Ce type de configuration structurelle asym\u00e9trique fragilise la certitude de l&rsquo;attitude, allonge les temps de latence d\u00e9cisionnels et pr\u00e9dispose le sujet \u00e0 une plus grande suggestibilit\u00e9 face aux communications persuasives ciblant l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des composantes.<\/p>\n<p>En outre, les chercheurs distinguent les structures \u00e0 dominance affective des structures \u00e0 dominance cognitive. Chez certains individus ou pour certaines cat\u00e9gories d&rsquo;objets, la balance \u00e9valuative est presque exclusivement dict\u00e9e par l&rsquo;affectivit\u00e9 ressentie, rel\u00e9guant les arguments logiques au rang de rationalisations secondaires. Pour d&rsquo;autres objets (tels que des produits d&rsquo;assurance ou des choix fiscaux), la structure repose de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante sur des analyses co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices hautement cognitives, l&rsquo;affect n&rsquo;intervenant qu&rsquo;\u00e0 titre r\u00e9siduel. Cette variabilit\u00e9 structurelle explique pourquoi deux personnes partageant une attitude de m\u00eame polarit\u00e9 (par exemple, deux avis favorables) peuvent r\u00e9agir de fa\u00e7on diam\u00e9tralement oppos\u00e9e face \u00e0 un m\u00eame message persuasif.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration formelle des structures affectives-cognitives s&rsquo;est amorc\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1960 avec l&rsquo;essor du mod\u00e8le tripartite des attitudes propos\u00e9 par Milton J. Rosenberg et Carl I. Hovland. Jusqu&rsquo;alors, les th\u00e9oriciens de la psychologie sociale oscillaient entre une vision purement unidimensionnelle (l&rsquo;attitude comme simple affect favorable ou d\u00e9favorable) et des approches disparates. Rosenberg et Hovland ont d\u00e9montr\u00e9 que les r\u00e9ponses \u00e9valuatives se d\u00e9ploient \u00e0 travers trois registres distincts mais corr\u00e9l\u00e9s : l&rsquo;affect, la cognition et la conation (la composante comportementale). Rosenberg a ult\u00e9rieurement formul\u00e9 la th\u00e9orie de la consistance affective-cognitive, postulant que les individus s&rsquo;efforcent spontan\u00e9ment de maintenir une sym\u00e9trie \u00e9quilibr\u00e9e entre leurs affects profonds et leurs croyances conscientes.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le d\u00e9veloppement des sciences cognitives et des mod\u00e8les d&rsquo;association s\u00e9mantique a permis de formaliser ces structures en termes de r\u00e9seaux de m\u00e9moire. Les travaux de Russell H. Fazio sur l&rsquo;accessibilit\u00e9 attitudinale ont mis en lumi\u00e8re que la force des connexions liant l&rsquo;objet attitudinal \u00e0 son n\u0153ud affectif et \u00e0 ses n\u0153uds cognitifs d\u00e9termine la rapidit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;attitude est activ\u00e9e de mani\u00e8re automatique lors de la confrontation avec l&rsquo;objet social.<\/p>\n<p>Un tournant d\u00e9cisif a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 en 1995 par Walter Mischel et Yuichi Shoda avec la publication de leur th\u00e9orie du syst\u00e8me cognitivo-affectif de la personnalit\u00e9 (<em>Cognitive-Affective Personality System<\/em> ou CAPS). Mischel et Shoda ont d\u00e9montr\u00e9 que la personnalit\u00e9 ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une liste de traits statiques ind\u00e9pendants du contexte, mais constitue une structure d&rsquo;interconnexions stables entre des \u00ab unit\u00e9s cognitivo-affectives \u00bb (encodages, attentes, affects, buts et comp\u00e9tences autor\u00e9gulatrices). Ce mod\u00e8le a permis de r\u00e9concilier la variabilit\u00e9 des comportements selon les situations avec la stabilit\u00e9 longitudinale globale de la personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences affectives et cognitives, incarn\u00e9 notamment par Antonio Damasio et Joseph LeDoux, a apport\u00e9 un ancrage biologique fondamental \u00e0 la structure affective-cognitive. La th\u00e9orie des marqueurs somatiques de Damasio a d\u00e9finitivement r\u00e9fut\u00e9 la dichotomie cart\u00e9sienne en prouvant exp\u00e9rimentalement que les signaux \u00e9motionnels sont des pr\u00e9requis indispensables au fonctionnement optimal du raisonnement logique et de la prise de d\u00e9cision strat\u00e9gique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La structure affective-cognitive s&rsquo;enracine dans plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine. Le premier socle rel\u00e8ve de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dissonance_cognitive\">dissonance cognitive<\/a> de Leon Festinger et des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quilibre structural de Fritz Heider. Ces cadres th\u00e9oriques postulent l&rsquo;existence d&rsquo;une motivation psychique fondamentale vers l&rsquo;hom\u00e9ostasie : l&rsquo;esprit humain tol\u00e8re mal les contradictions entre ce qu&rsquo;il ressent et ce qu&rsquo;il con\u00e7oit intellectuellement. D\u00e8s lors qu&rsquo;une b\u00e9ance se creuse entre l&rsquo;\u00e9valuation affective et l&rsquo;analyse cognitive, un \u00e9tat de tension pousse l&rsquo;individu soit \u00e0 r\u00e9viser ses croyances, soit \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter ses \u00e9motions par un processus de rationalisation a posteriori.<\/p>\n<p>Le second fondement th\u00e9orique provient des mod\u00e8les \u00e0 double processus, notamment l&rsquo;approche de la th\u00e9orie du double syst\u00e8me d&rsquo;information formul\u00e9e par Daniel Kahneman (Syst\u00e8me 1 intuitif et affectif versus Syst\u00e8me 2 analytique et d\u00e9lib\u00e9ratif) et la th\u00e9orie du soi cognitif-exp\u00e9rientiel (CEST) de Seymour Epstein. Epstein avance que l&rsquo;esprit humain traite la r\u00e9alit\u00e9 au moyen de deux syst\u00e8mes parall\u00e8les et interconnect\u00e9s : un syst\u00e8me exp\u00e9rientiel pr\u00e9-rationnel, rapide, r\u00e9gi par le plaisir, la douleur et les m\u00e9taphores \u00e9motionnelles, et un syst\u00e8me rationnel verbal, logique, conscient et plus lent. La structure affective-cognitive repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;interface dialectique et l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique entre ces deux modes op\u00e9ratoires au sein de l&rsquo;appareil psychique.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me cadre fondamental s&rsquo;appuie sur le connexionnisme et les neurosciences syst\u00e9miques. Dans cette optique, une structure affective-cognitive correspond \u00e0 un patron distribu\u00e9 d&rsquo;activation neuronale unissant des structures sous-corticales pr\u00e9coces (l&rsquo;amygdale, l&rsquo;insula, le striatum ventral) et des aires corticales hautement int\u00e9gratives (le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian, le cortex orbitofrontal et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur). Loin d&rsquo;\u00eatre isol\u00e9s, ces r\u00e9seaux \u00e9changent des flux informationnels bidirectionnels permanents : les r\u00e9troactions visc\u00e9rales et \u00e9motionnelles guident l&rsquo;attention et orientent le jugement, tandis que le contr\u00f4le pr\u00e9frontal top-down r\u00e9gule, inhibe ou requalifie l&rsquo;intensit\u00e9 des affects ressentis.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine d&rsquo;une structure affective-cognitive exige d&rsquo;en d\u00e9composer les \u00e9l\u00e9ments constitutifs et d&rsquo;en \u00e9valuer les param\u00e8tres dimensionnels fondamentaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante affective :<\/strong> englobe l&rsquo;ensemble des r\u00e9ponses somatiques, des \u00e9tats de tension ou de d\u00e9tente, des r\u00e9actions neurophysiologiques et des ressentis h\u00e9doniques (valences positives ou n\u00e9gatives de plaisir\/d\u00e9plaisir) imm\u00e9diatement d\u00e9clench\u00e9s par l&rsquo;objet mental ou situationnel.<\/li>\n<li><strong>La composante cognitive :<\/strong> comprend les connaissances factuelles, les croyances d\u00e9claratives, les opinions inf\u00e9r\u00e9es, les sch\u00e9mas mentaux st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et les \u00e9valuations logiques de probabilit\u00e9 ou de pertinence fonctionnelle relatives \u00e0 l&rsquo;objet.<\/li>\n<li><strong>La dimension de consistance (ou coh\u00e9rence structurale) :<\/strong> correspond au degr\u00e9 de congruence \u00e9valuative entre l&rsquo;orientation des affects et la polarit\u00e9 des cognitions. Une forte consistance renforce la stabilit\u00e9 de l&rsquo;attitude, tandis qu&rsquo;une faible consistance g\u00e9n\u00e8re une fragilit\u00e9 structurale.<\/li>\n<li><strong>La dimension de centralit\u00e9 (ou saillance) :<\/strong> renvoie \u00e0 la dominance relative de l&rsquo;un des deux syst\u00e8mes. On distingue les structures \u00ab affect-dominantes \u00bb (o\u00f9 le ressenti dicte le jugement) des structures \u00ab cognito-dominantes \u00bb (o\u00f9 la d\u00e9lib\u00e9ration intellectuelle prime sur les impressions affectives).<\/li>\n<li><strong>La dimension de complexit\u00e9 structurale :<\/strong> d\u00e9signe le nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments distincts (multiplicit\u00e9 des croyances et diversit\u00e9 des nuances \u00e9motionnelles) et le niveau de sophistication des connexions logiques et associatives unissant ces \u00e9l\u00e9ments au sein de la m\u00e9moire.<\/li>\n<li><strong>La dimension de m\u00e9tacognition :<\/strong> qualifie le niveau de conscience qu&rsquo;a l&rsquo;individu de son propre fonctionnement structural, notamment sa lucidit\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;influence qu&rsquo;exercent ses \u00e9motions subjectives sur ses raisonnements pr\u00e9tendument objectifs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement le fonctionnement de la structure affective-cognitive, examinons le cas clinique d&rsquo;un individu souffrant d&rsquo;une phobie sp\u00e9cifique des voyages en avion (a\u00e9rophobie). Sur le plan cognitif, cet individu peut \u00eatre hautement \u00e9duqu\u00e9, exercer une profession scientifique et savoir parfaitement que l&rsquo;avion est statistiquement le moyen de transport le plus s\u00fbr au monde, avec un taux d&rsquo;accidents mortels infinit\u00e9simal par kilom\u00e8tre parcouru. Ses croyances rationnelles sont donc positives et rassurantes. Pourtant, d\u00e8s qu&rsquo;il p\u00e9n\u00e8tre dans la cabine, sa composante affective \u2014 gouvern\u00e9e par une hyperactivit\u00e9 du syst\u00e8me limbique \u2014 d\u00e9clenche une panique incontr\u00f4lable caract\u00e9ris\u00e9e par de la tachycardie, une sensation d&rsquo;enfermement et une terreur diffuse. Cette structure affective-cognitive pr\u00e9sente une inconsistance extr\u00eame : la composante affective domine totalement le syst\u00e8me et paralyse le comportement, rendant l&rsquo;argumentation logique totalement inefficace pour apaiser l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sans intervention th\u00e9rapeutique cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant se retrouve dans la psychologie de la consommation et le choix d&rsquo;un v\u00e9hicule automobile de prestige. Un acheteur peut poss\u00e9der une structure affective-cognitive hautement consistante mais enti\u00e8rement orient\u00e9e par l&rsquo;affect : il ressent une vive exaltation narcissique, un sentiment de puissance et une jubilation esth\u00e9tique en contemplant la voiture (affects positifs massifs). Pour maintenir l&rsquo;harmonie interne de sa structure, son syst\u00e8me cognitif va rapidement forger des justifications instrumentales ad hoc, sur\u00e9valuant la s\u00e9curit\u00e9 technologique du v\u00e9hicule ou sa valeur de revente future (cognitions positives). La structure affective-cognitive s&rsquo;auto-renforce ici par un ph\u00e9nom\u00e8ne de rationalisation post-\u00e9motionnelle parfaitement coordonn\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;engagement id\u00e9ologique ou de l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 des causes humanitaires, la structure affective-cognitive se manifeste souvent par une synergie harmonieuse entre \u00e9thique et compassion. Un b\u00e9n\u00e9vole s&rsquo;investissant dans l&rsquo;accueil des personnes sans domicile fixe articule une conviction doctrinale forte sur les droits humains fondamentaux (cognition) avec un \u00e9lan d&#8217;empathie sinc\u00e8re et une souffrance partag\u00e9e face \u00e0 la d\u00e9tresse d&rsquo;autrui (affect). Cette conjonction produit une attitude d&rsquo;une robustesse exceptionnelle, hautement r\u00e9sistante \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>) et pr\u00e9dictive d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 associative sur le long terme.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique des structures affectives-cognitives constitue l&rsquo;un des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques les plus stimulants de la psychom\u00e9trie et de la psychologie exp\u00e9rimentale contemporaines. Pour mesurer la composante cognitive, les chercheurs et cliniciens emploient traditionnellement des \u00e9chelles de diff\u00e9rentiel s\u00e9mantique (par exemple, \u00e9valuer un objet sur des continuums bivalents tels que \u00ab utile\/inutile \u00bb, \u00ab b\u00e9n\u00e9fique\/n\u00e9faste \u00bb, \u00ab efficace\/inefficace \u00bb) ainsi que des questionnaires d&rsquo;inventaire de croyances sp\u00e9cifiques (mod\u00e8le de l&rsquo;esp\u00e9rance-valeur de Fishbein et Ajzen).<\/p>\n<p>La mesure de la composante affective fait quant \u00e0 elle appel \u00e0 deux grands registres instrumentaux. Le premier registre repose sur des auto-\u00e9valuations subjectives au moyen d&rsquo;\u00e9chelles diff\u00e9rentielles s\u00e9mantiques cibl\u00e9es sur les \u00e9motions ressenties (telles que \u00ab anxieux\/d\u00e9tendu \u00bb, \u00ab triste\/joyeux \u00bb, \u00ab d\u00e9go\u00fbt\u00e9\/attir\u00e9 \u00bb) ou de grilles standardis\u00e9es comme l&rsquo;\u00e9chelle PANAS (<em>Positive and Negative Affect Schedule<\/em>). Le second registre, destin\u00e9 \u00e0 contourner les biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale et les limites de l&rsquo;introspection verbale, sollicite des indicateurs psychophysiologiques directs : conductance cutan\u00e9e \u00e9lectrodermale, \u00e9lectromyographie faciale (activit\u00e9 des muscles corrugateur et zygomatique mesurant la valence \u00e9motionnelle implicite) et imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf).<\/p>\n<p>Pour mesurer la consistance ou l&rsquo;inconsistance structurale elle-m\u00eame, des formules math\u00e9matiques de corr\u00e9lation intra-individuelle et des indices d&rsquo;ambivalence (tels que la formule de Griffin ou l&rsquo;indice de Thompson) sont couramment appliqu\u00e9s. Parall\u00e8lement, les t\u00e2ches chronom\u00e9triques informatis\u00e9es, au premier rang desquelles figure le test d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Association_implicite\">association implicite<\/a> (IAT), permettent de mesurer la vitesse d&rsquo;association mentale automatique liant un concept cible \u00e0 des stimuli \u00e0 valence affective ou cognitive, r\u00e9v\u00e9lant ainsi l&rsquo;architecture latente de la structure en dehors du contr\u00f4le conscient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie des structures affectives-cognitives irrigue de nombreux champs appliqu\u00e9s de la psychologie, \u00e0 commencer par la psychoth\u00e9rapie et la psychiatrie clinique. Les th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC) de deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me vagues reposent pr\u00e9cis\u00e9ment sur la restructuration des sch\u00e9mas cognitivo-affectifs dysfonctionnels. Dans le traitement de la d\u00e9pression majeure ou des troubles anxieux, le travail th\u00e9rapeutique ne consiste pas seulement \u00e0 modifier des pens\u00e9es automatiques erron\u00e9es (recherche d&rsquo;erreurs logiques), mais \u00e0 r\u00e9parer l&rsquo;\u00e9cho \u00e9motionnel et somatique associ\u00e9 \u00e0 ces pens\u00e9es, favorisant l&rsquo;int\u00e9gration de nouvelles exp\u00e9riences correctrices \u00e9motionnellement signifiantes.<\/p>\n<p>Dans le champ de la communication publique et du changement comportemental (campagnes de sant\u00e9, pr\u00e9vention routi\u00e8re, sensibilisation \u00e9cologique), la ma\u00eetrise de ces structures s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9terminante pour optimiser l&rsquo;efficacit\u00e9 des messages de persuasion. La recherche montre qu&rsquo;une strat\u00e9gie de persuasion doit imp\u00e9rativement respecter le principe de correspondance structurelle (<em>matching effect<\/em>) : un message purement factuel et statistique (cognitif) \u00e9choue lamentablement \u00e0 modifier une attitude dont la structure est \u00e0 dominante affective (comme l&rsquo;h\u00e9sitation vaccinale ou les peurs alimentaires), laquelle exige une r\u00e9ponse empathique et narrative ciblant l&rsquo;\u00e9motion pour \u00eatre r\u00e9orient\u00e9e.<\/p>\n<p>En psychologie du travail et des organisations, l&rsquo;\u00e9tude de la structure affective-cognitive \u00e9claire les m\u00e9canismes de l&rsquo;engagement organisationnel et de la satisfaction au travail. Un salari\u00e9 peut pr\u00e9senter un engagement de continuit\u00e9 purement cognitif et instrumental (rester dans l&rsquo;entreprise pour pr\u00e9server son salaire et ses avantages sociaux) tout en souffrant d&rsquo;une absence totale d&rsquo;engagement affectif (aucun sentiment d&rsquo;appartenance ni de fiert\u00e9). Identifier cette dissociation structurelle permet aux gestionnaires des ressources humaines d&rsquo;adapter leurs leviers motivationnels pour pr\u00e9venir le d\u00e9sengagement passif et l&rsquo;\u00e9puisement psychique.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude empirique des structures affectives-cognitives a connu un essor spectaculaire gr\u00e2ce aux travaux pionniers sur l&rsquo;effet de congruence persuasif. Les recherches men\u00e9es par Stephen Fabrigar et Richard Petty (1999) ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale que les attitudes dont la base structurale est majoritairement affective sont significativement plus vuln\u00e9rables \u00e0 une persuasion bas\u00e9e sur des \u00e9motions qu&rsquo;\u00e0 une argumentation intellectuelle, et inversement pour les attitudes \u00e0 base cognitive. Leurs protocoles ont confirm\u00e9 que la r\u00e9sistance d&rsquo;une attitude d\u00e9pend non pas de sa seule intensit\u00e9 globale, mais de la concordance fine entre le type d&rsquo;attaque persuasive re\u00e7ue et la structure interne du r\u00e9cepteur.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences sociocognitives, les investigations men\u00e9es par Matthew Lieberman et Kevin Ochsner sur la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle ont apport\u00e9 des preuves tangibles de la modulation top-down des structures affectives-cognitives. Leurs \u00e9tudes d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale ont \u00e9tabli que le r\u00e9\u00e9tiquetage cognitif d&rsquo;une situation anxiog\u00e8ne (<em>cognitive reappraisal<\/em>) active les cortex pr\u00e9frontaux dorsolat\u00e9ral et ventrolat\u00e9ral, ce qui entra\u00eene une r\u00e9duction imm\u00e9diate et mesurable de l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tabolique de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale<\/a>. Ces donn\u00e9es confirment la r\u00e9alit\u00e9 biologique des boucles interactives unissant la cognition \u00e0 l&rsquo;affect au sein d&rsquo;une seule et m\u00eame macro-structure int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux longitudinaux de Mischel, Shoda et Mendoza-Denton sur le syst\u00e8me CAPS ont permis de valider statistiquement le concept d&rsquo;invariance situationnelle conditionnelle (\u00ab si&#8230; alors \u00bb). Leurs observations en contextes r\u00e9els ont prouv\u00e9 que la variabilit\u00e9 apparente du comportement d&rsquo;un individu d&rsquo;une situation \u00e0 une autre n&rsquo;est pas le fruit du hasard ou d&rsquo;une inconsistance personnelle, mais le reflet fid\u00e8le d&rsquo;une structure interne stable de r\u00e8gles cognitivo-affectives qui s&rsquo;activent de fa\u00e7on hautement pr\u00e9visible en pr\u00e9sence d&rsquo;indices environnementaux sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La configuration et le fonctionnement des structures affectives-cognitives ne sont pas universellement identiques et varient significativement sous l&rsquo;effet des normes de socialisation culturelle. Les recherches en psychologie interculturelle, port\u00e9es notamment par Hazel Markus et Shinobu Kitayama, ont mis en \u00e9vidence des divergences substantielles entre les cultures individualistes occidentales et les cultures collectivistes interd\u00e9pendantes, typiques de l&rsquo;Asie de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales valorisant le soi ind\u00e9pendant, l&rsquo;accentuation de la rationalit\u00e9 instrumentale conduit souvent \u00e0 valoriser la coh\u00e9rence logique et la consistance structurelle stricte : l&rsquo;ambivalence affective-cognitive y est fr\u00e9quemment v\u00e9cue comme un inconfort psychologique inconciliable imposant une r\u00e9solution rapide. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans les cultures asiatiques marqu\u00e9es par la pens\u00e9e dialectique et holistique d&rsquo;inspiration confuc\u00e9enne ou tao\u00efste, la tol\u00e9rance \u00e0 la contradiction \u00e9motionnelle et cognitive est nettement plus \u00e9lev\u00e9e. Les individus y int\u00e8grent sans souffrance subjective majeure le fait d&rsquo;\u00e9prouver simultan\u00e9ment des \u00e9motions oppos\u00e9es ou de concevoir des aspects antinomiques vis-\u00e0-vis d&rsquo;une m\u00eame personne ou situation, ce qui transforme en profondeur la dynamique de leur structure affective-cognitive.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;expression et la priorit\u00e9 accord\u00e9e aux composantes affectives par rapport aux composantes cognitives lors de la prise de d\u00e9cision publique ob\u00e9issent \u00e0 des codes culturels stricts. Tandis que certaines soci\u00e9t\u00e9s encouragent la suppression ou le filtrage cognitif rigoureux des impulsions affectives dans le discours public pour pr\u00e9server une neutralit\u00e9 rationnelle de bon ton, d&rsquo;autres contextes culturels per\u00e7oivent l&rsquo;effusion \u00e9motionnelle partag\u00e9e comme le garant indispensable de la sinc\u00e9rit\u00e9 morale, conf\u00e9rant \u00e0 la composante affective un statut \u00e9pist\u00e9mique prioritaire dans l&rsquo;\u00e9valuation de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa f\u00e9condit\u00e9 explicative, le concept de structure affective-cognitive a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et th\u00e9oriques au sein de la communaut\u00e9 scientifique. L&rsquo;une des controverses les plus c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;histoire de la psychologie contemporaine a oppos\u00e9 Robert Zajonc et Richard Lazarus au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 quant \u00e0 la primaut\u00e9 respective de l&rsquo;affect ou de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cognition\">cognition<\/a>. Zajonc soutenait que \u00ab les pr\u00e9f\u00e9rences n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;inf\u00e9rences \u00bb (<em>preferences need no inferences<\/em>), affirmant que l&rsquo;\u00e9valuation affective peut se produire de mani\u00e8re instantan\u00e9e, automatique et totalement ind\u00e9pendante de tout traitement cognitif pr\u00e9alable. Lazarus d\u00e9fendait quant \u00e0 lui la position inverse, arguant qu&rsquo;une \u00e9motion ne peut \u00e9merger sans une appr\u00e9ciation cognitive minimale (<em>appraisal<\/em>), m\u00eame ultra-rapide et inconsciente, de la situation par rapport aux buts vitaux de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Une seconde critique, d&rsquo;ordre m\u00e9thodologique, porte sur le risque de circularit\u00e9 tautologique inh\u00e9rent \u00e0 certains mod\u00e8les cognitivo-affectifs. Certains auteurs reprochent au concept de cr\u00e9er une distinction nominale artificielle entre deux entit\u00e9s psychologiques qui, sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nologique et neurologique, ne constituent que deux facettes ind\u00e9m\u00ealables d&rsquo;un flux de conscience unique. Il s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement ardu, dans les protocoles en laboratoire, d&rsquo;isoler une \u00ab cognition pure \u00bb exempte de toute teinte affective subliminale, ou inversement de mesurer un \u00ab affect brut \u00bb qui ne soit pas d\u00e9j\u00e0 impr\u00e9gn\u00e9 de sens et de repr\u00e9sentations pr\u00e9alables.<\/p>\n<p>Enfin, certains th\u00e9oriciens contemporains de la cognition incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>) et \u00e9nactive d\u00e9noncent le r\u00e9ductionnisme computationnel des mod\u00e8les structuraux classiques. Ils soutiennent que concevoir la structure affective-cognitive comme un simple r\u00e9seau de stockage mn\u00e9sique n\u00e9glige la mani\u00e8re dont les interactions vivantes, le corps en action et l&rsquo;environnement mat\u00e9riel d\u00e9terminent en temps r\u00e9el la dynamique \u00e9valuative, transformant une organisation qui se voulait statique en un flux adaptatif ouvert, contingent et en constante reconfiguration.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle, il importe de distinguer avec pr\u00e9cision la structure affective-cognitive de notions voisines fr\u00e9quemment employ\u00e9es dans la litt\u00e9rature psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sch\u00e9ma cognitif :<\/strong> repr\u00e9sente une structure cognitive pure de connaissances organis\u00e9es en m\u00e9moire servant de filtre d&rsquo;interpr\u00e9tation pour les nouvelles informations ; il int\u00e8gre l&rsquo;affect de mani\u00e8re p\u00e9riph\u00e9rique, \u00e0 l&rsquo;inverse de la structure affective-cognitive o\u00f9 l&rsquo;\u00e9motion poss\u00e8de un statut ontologique et fonctionnel \u00e9gal \u00e0 la cognition.<\/li>\n<li><strong>Dissonance cognitive :<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9tat motivationnel d&rsquo;inconfort aversif provoqu\u00e9 par la prise de conscience d&rsquo;une contradiction entre deux \u00e9l\u00e9ments cognitifs ou entre une croyance et un comportement ; la structure affective-cognitive est le r\u00e9ceptacle architectural et organisationnel dans lequel cette dissonance ou cette consistance peut advenir.<\/li>\n<li><strong>Ambivalence attitudinale :<\/strong> correspond \u00e0 la pr\u00e9sence simultan\u00e9e d&rsquo;\u00e9valuations oppos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un m\u00eame objet ; elle repr\u00e9sente une modalit\u00e9 ou un \u00e9tat sp\u00e9cifique de la structure affective-cognitive (l&rsquo;inconsistance structurelle) et non la structure dans sa globalit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me cognitivo-affectif de la personnalit\u00e9 (CAPS) :<\/strong> constitue une th\u00e9orie globale de la personnalit\u00e9 formalis\u00e9e par Mischel et Shoda qui utilise le concept d&rsquo;unit\u00e9s cognitivo-affectives dynamiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du fonctionnement individuel macroscopique.<\/li>\n<li><strong>Intelligence \u00e9motionnelle :<\/strong> qualifie l&rsquo;ensemble des comp\u00e9tences et aptitudes \u00e0 percevoir, comprendre, int\u00e9grer et r\u00e9guler les \u00e9motions personnelles et interpersonnelles ; la structure affective-cognitive constitue le substrat psychologique structurel sur lequel ces comp\u00e9tences prennent appui.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La structure affective-cognitive constitue l&rsquo;un des mod\u00e8les les plus robustes et les plus f\u00e9conds de la psychologie int\u00e9grative moderne. En synth\u00e9tisant les donn\u00e9es issues de la psychologie sociale, de la neuropsychologie clinique et des sciences de la personnalit\u00e9, ce concept rappelle que le comportement humain ne proc\u00e8de ni d&rsquo;une pure m\u00e9canique logique ni d&rsquo;une r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle aveugle, mais de leur dialogue structural permanent.<\/p>\n<p>Les points cardinaux \u00e0 retenir pour appr\u00e9hender ce construit s&rsquo;articulent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Une structure affective-cognitive est un syst\u00e8me dynamique et organis\u00e9 unissant les v\u00e9cus \u00e9motionnels et les repr\u00e9sentations rationnelles sous-tendant un jugement, une attitude ou un pattern de personnalit\u00e9.<\/li>\n<li>Le degr\u00e9 de congruence entre les sentiments ressentis et les croyances intellectuelles (consistance affective-cognitive) pr\u00e9dit la stabilit\u00e9, la force et la r\u00e9sistance au changement de l&rsquo;attitude observ\u00e9e.<\/li>\n<li>L&rsquo;efficacit\u00e9 des strat\u00e9gies de communication et des interventions th\u00e9rapeutiques d\u00e9pend du respect du principe de correspondance : modifier une structure \u00e0 dominante affective exige un registre \u00e9motionnel, tandis qu&rsquo;une base cognitive requiert une argumentation rationnelle.<\/li>\n<li>Les neurosciences contemporaines confirment que l&rsquo;architecture neurale sous-jacente repose sur des boucles de r\u00e9troaction bidirectionnelles intenses entre les centres limbiques \u00e9motionnels pr\u00e9coces et les r\u00e9gions corticales pr\u00e9frontales r\u00e9gulatrices.<\/li>\n<li>La tol\u00e9rance face aux d\u00e9calages structuraux et la primaut\u00e9 accord\u00e9e au c\u0153ur ou \u00e0 la raison sont profond\u00e9ment modul\u00e9es par les contextes culturels et les matrices philosophiques dans lesquels les individus sont socialis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cacioppo, J. T., &amp; Gardner, W. L. (1999). Emotion. <em>Annual Review of Psychology<\/em>, 50(1), 191-214. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.psych.50.1.191\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.psych.50.1.191<\/a><\/li>\n<li>Damasio, A. R. (1994). <em>Descartes&rsquo; error: Emotion, reason, and the human brain<\/em>. G.P. Putnam&rsquo;s Sons.<\/li>\n<li>Fabrigar, L. R., &amp; Petty, R. E. (1999). The role of the affective and cognitive bases of attitudes in susceptibility to affectively and cognitively based persuasion. <em>Personality and Social Psychology Bulletin<\/em>, 25(3), 363-381. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0146167299025003008\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0146167299025003008<\/a><\/li>\n<li>Mischel, W., &amp; Shoda, Y. (1995). A cognitive-affective system theory of personality: Reconceptualizing situations, dispositions, dynamics, and invariance in personality structure. <em>Psychological Review<\/em>, 102(2), 246-268. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.102.2.246\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.102.2.246<\/a><\/li>\n<li>Rosenberg, M. J., &amp; Hovland, C. I. (1960). Cognitive, affective, and behavioral components of attitudes. In C. I. Hovland &amp; M. J. Rosenberg (Eds.), <em>Attitude organization and change: An analysis of consistency among attitude components<\/em> (pp. 1-14). Yale University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La structure affective-cognitive d\u00e9crit l&rsquo;organisation interconnect\u00e9e unissant les \u00e9motions et les croyances intellectuelles au sein des attitudes, des d\u00e9cisions et de la personnalit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,154,32380],"tags":[2827,2162,32382,93,32381],"class_list":["post-19837","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-sociale","category-theorie-de-la-personnalite","tag-attitude","tag-consistance-cognitive","tag-emotion-et-raison","tag-psychologie-cognitive","tag-structure-affective-cognitive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19837\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}