{"id":19784,"date":"2026-10-22T19:04:24","date_gmt":"2026-10-22T19:04:24","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-evoque-auditif-pea-aep"},"modified":"2026-10-22T19:04:24","modified_gmt":"2026-10-22T19:04:24","slug":"potentiel-evoque-auditif-pea-aep","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-evoque-auditif-pea-aep","title":{"rendered":"Potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif : L&rsquo;\u00e9cho c\u00e9r\u00e9bral du son"},"content":{"rendered":"<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif constitue l&rsquo;une des fen\u00eatres les plus pr\u00e9cises et fascinantes sur la chronom\u00e9trie des processus neurophysiologiques et cognitifs humains. En captant les infimes fluctuations de l&rsquo;activit\u00e9 bio\u00e9lectrique g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les structures nerveuses en r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus sonore, cette m\u00e9thode permet de retracer l&rsquo;acheminement de l&rsquo;information auditive, depuis la cochl\u00e9e p\u00e9riph\u00e9rique jusqu&rsquo;aux r\u00e9seaux corticaux les plus \u00e9labor\u00e9s. Comprendre les m\u00e9canismes sous-jacents aux potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs s&rsquo;av\u00e8re indispensable tant pour le clinicien traquant une anomalie de conduction que pour le chercheur en neurosciences cognitives explorant les bases neurales de l&rsquo;attention et de la conscience perceptive.<\/p>\n<h2>Potentiel \u00c9voqu\u00e9 Auditif (PEA \/ AEP)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif (souvent abr\u00e9g\u00e9 PEA en fran\u00e7ais ou AEP pour <em>Auditory Evoked Potential<\/em>) d\u00e9signe une modification transitoire et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e du signal \u00e9lectroenc\u00e9phalographique, survenant en r\u00e9ponse directe \u00e0 une stimulation auditive calibr\u00e9e. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une manifestation neuro\u00e9lectrique r\u00e9sultant de l&rsquo;activation synchrone d&rsquo;une population de neurones le long des voies auditives ascendantes et des aires c\u00e9r\u00e9brales associatives.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, cette r\u00e9ponse \u00e9lectrophysiologique est extraite du bruit de fond de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> spontan\u00e9e par des techniques de sommation et de moyennage synchronis\u00e9es sur l&rsquo;apparition du stimulus. L&rsquo;onde r\u00e9sultante se caract\u00e9rise par une morphologie complexe, compos\u00e9e d&rsquo;une succession de d\u00e9flections positives et n\u00e9gatives dont les latences s&rsquo;\u00e9chelonnent de moins d&rsquo;une milliseconde \u00e0 plusieurs centaines de millisecondes apr\u00e8s le stimulus sonore.<\/p>\n<p>En psychologie cognitive et en neuropsychologie, le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un simple trac\u00e9 de conduction acoustique ; il sert de marqueur objectif des diff\u00e9rentes \u00e9tapes du traitement de l&rsquo;information auditive. De l&rsquo;encodage sensoriel pr\u00e9coce dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral jusqu&rsquo;aux m\u00e9canismes attentionnels descendants, le PEA offre une d\u00e9composition temporelle in\u00e9gal\u00e9e des op\u00e9rations mentales intervenant dans la perception, la discrimination phonologique et la cat\u00e9gorisation s\u00e9mantique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif \u00bb tire ses racines \u00e9tymologiques du latin et de l&rsquo;histoire de la physiologie exp\u00e9rimentale du XIXe et du XXe si\u00e8cle. Le substantif \u00ab potentiel \u00bb d\u00e9rive du latin classique <em>potentialis<\/em>, lui-m\u00eame issu de <em>potentia<\/em> (\u00ab puissance \u00bb, \u00ab facult\u00e9 d&rsquo;agir \u00bb), concept emprunt\u00e9 par les physiciens pour qualifier une tension ou une force \u00e9lectrique capable de produire un travail au sein d&rsquo;un champ \u00e9lectrostatique.<\/p>\n<p>Le participe pass\u00e9 \u00ab \u00e9voqu\u00e9 \u00bb provient du latin <em>evocare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb, \u00ab \u00e0 partir de \u00bb) et du verbe <em>vocare<\/em> (\u00ab appeler \u00bb). Dans le lexique neurophysiologique, ce terme traduit l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e9lectrique qui n&rsquo;est point spontan\u00e9e, mais litt\u00e9ralement \u00ab appel\u00e9e au-dehors \u00bb ou suscit\u00e9e artificiellement par l&rsquo;introduction d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement externe rigoureusement contr\u00f4l\u00e9. L&rsquo;adjectif \u00ab auditif \u00bb prend racine dans le verbe latin <em>audire<\/em> (\u00ab entendre \u00bb, \u00ab \u00e9couter \u00bb), d\u00e9signant ainsi la modalit\u00e9 sensorielle stimul\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne dominante, l&rsquo;acronyme <strong>AEP<\/strong> pour <em>Auditory Evoked Potential<\/em> s&rsquo;est universalis\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960. Il c\u00f4toie l&rsquo;expression <em>Auditory Evoked Response<\/em> (AER). Dans l&rsquo;espace francophone, l&rsquo;abr\u00e9viation <strong>PEA<\/strong> s&rsquo;est impos\u00e9e dans le milieu m\u00e9dical et audiologique, bien que l&rsquo;acronyme international AEP demeure fr\u00e9quemment usit\u00e9 dans les publications acad\u00e9miques de psychophysiologie et d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie cognitive.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif \u00bb est un groupe nominal masculin singulier (au pluriel : \u00ab potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs \u00bb). Sa prononciation phon\u00e9tique standardis\u00e9e en alphabet phon\u00e9tique international (API) se transcrit : \/p\u0254.t\u0251\u0303.sj\u025bl e.v\u0254.ke o.di.tif\/. L&rsquo;acronyme PEA se prononce \/pe.\u0153.a\/ ou phon\u00e9tiquement comme un mot unitaire selon les contextes cliniques, tandis que le sigle anglophone AEP est \u00e9pel\u00e9 \/a.e.pe\/ par les locuteurs francophones ou prononc\u00e9 selon l&rsquo;alphabet anglais (\/e\u026a i\u02d0 pi\u02d0\/) lors de colloques internationaux.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le terme s&#8217;emploie principalement comme nom comptable lorsqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence aux d\u00e9flexions d&rsquo;ondes sp\u00e9cifiques observ\u00e9es lors d&rsquo;un enregistrement (par exemple, \u00ab observer des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs anormaux \u00bb). Il peut \u00e9galement \u00eatre employ\u00e9 au singulier avec une valeur g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer la m\u00e9thode d&rsquo;investigation \u00e9lectrophysiologique dans son ensemble (\u00ab le recours au potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif en r\u00e9animation p\u00e9diatrique \u00bb). En clinique, il est fr\u00e9quemment qualifi\u00e9 par des adjectifs pr\u00e9cisant la latence ou la localisation anatomique pr\u00e9sum\u00e9e du signal : potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces (PEAP), semi-pr\u00e9coces ou tardifs (PEAT).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif dans toute son amplitude, il convient de concevoir le syst\u00e8me nerveux central comme un r\u00e9seau dynamique g\u00e9n\u00e9rant en continu des champs \u00e9lectriques oscillatoires. Lorsqu&rsquo;une onde sonore p\u00e9n\u00e8tre dans le conduit auditif externe, elle met en vibration la membrane tympanique et la cha\u00eene des osselets, induisant un d\u00e9placement m\u00e9canique du liquide cochl\u00e9aire. Ce mouvement entra\u00eene la d\u00e9polarisation des cellules cili\u00e9es internes de la cochl\u00e9e, transformant l&rsquo;\u00e9nergie m\u00e9canique en influx nerveux le long du nerf cochl\u00e9aire (VIIIe paire cr\u00e2nienne).<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que les vol\u00e9es d&rsquo;influx progressent de fa\u00e7on synchrone \u00e0 travers les relais synaptiques du tronc c\u00e9r\u00e9bral (noyaux cochl\u00e9aires, complexe olivaire sup\u00e9rieur, lemnisque lat\u00e9ral, colliculus inf\u00e9rieur) et du thalamus (corps genouill\u00e9 m\u00e9dial) pour atteindre le cortex auditif primaire (gyrus de Heschl) puis les aires associatives temporo-pari\u00e9tales, chaque transition g\u00e9n\u00e8re des micro-courants extracellulaires. Ces flux ioniques se propagent passivement par conduction volumique \u00e0 travers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral, le liquide c\u00e9phalo-rachidien, la bo\u00eete cr\u00e2nienne et le scalp, o\u00f9 ils peuvent \u00eatre enregistr\u00e9s par des \u00e9lectrodes de surface.<\/p>\n<p>L&rsquo;amplitude de ces signaux est infinit\u00e9simale, oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre 0,1 et 15 microvolts (\u00b5V), ce qui les rend totalement invisibles \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu sur un trac\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique standard, submerg\u00e9s qu&rsquo;ils sont par les ondes alpha, b\u00eata ou th\u00eata spontan\u00e9es de plusieurs dizaines de microvolts. Le principe fondamental de l&rsquo;extraction des PEA repose sur le postulat que le bruit de fond c\u00e9r\u00e9bral et environnemental fluctue de fa\u00e7on al\u00e9atoire par rapport \u00e0 l&rsquo;apparition du son, tandis que la r\u00e9ponse \u00e9voqu\u00e9e poss\u00e8de une forme d&rsquo;onde et une latence hautement reproductibles. En moyennant des centaines, voire des milliers d&rsquo;essais successifs, les composantes al\u00e9atoires s&rsquo;annulent math\u00e9matiquement vers z\u00e9ro, laissant \u00e9merger la signature \u00e9lectrophysiologique pure du stimulus auditif.<\/p>\n<p>La structure d&rsquo;un potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif se segmente temporellement en trois grandes fen\u00eatres d&rsquo;analyse, refl\u00e9tant une cascade d&rsquo;int\u00e9grations neurales croissantes :<\/p>\n<p>Les potentiels \u00e0 latence pr\u00e9coce (0 \u00e0 10 millisecondes), souvent appel\u00e9s potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC ou <em>Brainstem Auditory Evoked Potentials<\/em>, BAEP), traduisent l&rsquo;activation s\u00e9quentielle et hautement automatis\u00e9e des noyaux du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Ils sont ind\u00e9pendants de l&rsquo;\u00e9tat de vigilance, de l&rsquo;attention ou du sommeil du sujet, constituant un test d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique et structurelle d&rsquo;une fiabilit\u00e9 remarquable.<\/p>\n<p>Les potentiels \u00e0 latence interm\u00e9diaire (10 \u00e0 50 millisecondes), comprenant les ondes Na, Pa, Nb et Pb, proviennent principalement des voies thalamo-corticales et de l&rsquo;activation initiale du cortex auditif primaire situ\u00e9 dans le lobe temporal. Ils repr\u00e9sentent l&rsquo;interface cruciale o\u00f9 le codage sensoriel commence \u00e0 \u00eatre modul\u00e9 par les circuits corticaux sous-tendant la perception.<\/p>\n<p>Enfin, les potentiels \u00e0 latence tardive ou ondes corticales (au-del\u00e0 de 50 millisecondes et jusqu&rsquo;\u00e0 600 ms ou plus), tels que le complexe P1-N1-P2, la n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (<em>Mismatch Negativity<\/em> ou MMN) et l&rsquo;onde P300, refl\u00e8tent des processus cognitifs d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur. Ces composantes tardives ne d\u00e9pendent pas uniquement des caract\u00e9ristiques physiques du son (fr\u00e9quence, intensit\u00e9), mais \u00e9galement de la signification attribu\u00e9e au stimulus, de l&rsquo;\u00e9tat attentionnel de l&rsquo;individu, de la m\u00e9moire de travail sensorielle et de l&rsquo;attente perceptive.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs est intimement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des instruments de mesure \u00e9lectrique et de l&rsquo;informatique biom\u00e9dicale. Bien que l&rsquo;Allemand <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hans_Berger\">Hans Berger<\/a> ait d\u00e9couvert l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie humaine en 1924, les oscillations spontan\u00e9es du cerveau masquaient alors toute possibilit\u00e9 de d\u00e9celer des r\u00e9ponses sensorielles discr\u00e8tes avec les galvanom\u00e8tres de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res observations directes d&rsquo;une r\u00e9ponse c\u00e9r\u00e9brale au son chez l&rsquo;humain sont attribu\u00e9es \u00e0 Hallowell Davis et \u00e0 ses collaborateurs \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Harvard. Davis identifia sur des trac\u00e9s EEG des d\u00e9flections amples survenant au sommet du cr\u00e2ne apr\u00e8s des bruits soudains, composante que l&rsquo;on nommera plus tard la \u00ab r\u00e9ponse au vertex \u00bb (le complexe P1-N1-P2). Cependant, ces enregistrements manquaient de fid\u00e9lit\u00e9 et exigeaient des stimuli tr\u00e8s intenses pour se distinguer du trac\u00e9 vigile.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution m\u00e9thodologique intervient en 1947 gr\u00e2ce aux travaux du physiologiste britannique George Dawson. Confront\u00e9 aux m\u00eames limites dans l&rsquo;\u00e9tude des potentiels somesth\u00e9siques, Dawson con\u00e7oit un syst\u00e8me \u00e9lectrom\u00e9canique r\u00e9volutionnaire d&rsquo;int\u00e9gration photographique et de commutation m\u00e9canique permettant d&rsquo;additionner des dizaines de trac\u00e9s synchronis\u00e9s. Cette invention donne naissance au concept moderne de moyennage des signaux (<em>signal averaging<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1950 et 1960, l&rsquo;av\u00e8nement des calculateurs digitaux de laboratoire, notamment le c\u00e9l\u00e8bre ordinateur PDP-12 puis les processeurs de signaux d\u00e9di\u00e9s, permet d&rsquo;appliquer des algorithmes math\u00e9matiques complexes en temps r\u00e9el. C&rsquo;est dans ce contexte technologique fertile qu&rsquo;en 1970 et 1971, Don L. Jewett et James S. Williston publient des travaux pionniers d\u00e9crivant avec une clart\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent la s\u00e9rie de sept ondes rapides survenant dans les 10 premi\u00e8res millisecondes suivant un clic sonore chez l&rsquo;humain. Jewett \u00e9tablit la nomenclature en chiffres romains (ondes I \u00e0 VII) qui demeure le standard universel de l&rsquo;audiom\u00e9trie objective et de la neurologie contemporaine.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la psychologie cognitive s&#8217;empare de ces outils. En 1965, Samuel Sutton et ses coll\u00e8gues d\u00e9couvrent l&rsquo;onde P300, d\u00e9montrant qu&rsquo;une d\u00e9flexion c\u00e9r\u00e9brale positive tardive \u00e9merge lorsqu&rsquo;un son transmet une information inattendue ou pertinente pour la t\u00e2che du sujet. En 1978, le chercheur finlandais Risto N\u00e4\u00e4t\u00e4nen met en \u00e9vidence la n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (<em>Mismatch Negativity<\/em>), ouvrant une \u00e8re nouvelle dans l&rsquo;\u00e9tude des m\u00e9canismes pr\u00e9-attentionnels et de la m\u00e9moire auditive \u00e0 court terme.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques issus des neurosciences int\u00e9gratives, de la physique biophysique et de la psychologie du traitement de l&rsquo;information. Sur le plan biophysique, la th\u00e9orie du dip\u00f4le de courant constitue le mod\u00e8le explicatif pr\u00e9dominant. Les d\u00e9flexions enregistr\u00e9es \u00e0 la surface du scalp ne proviennent pas de la d\u00e9charge tout-ou-rien des potentiels d&rsquo;action axonaux (dont la dur\u00e9e d&rsquo;une milliseconde et l&rsquo;orientation spatiale divergente tendent \u00e0 s&rsquo;annuler), mais de la sommation spatio-temporelle des potentiels postsynaptiques excitateurs et inhibiteurs se produisant sur les arbres dendritiques des neurones pyramidaux orient\u00e9s perpendiculairement \u00e0 la surface corticale.<\/p>\n<p>Sur le versant des sciences cognitives, les PEA s&rsquo;inscrivent dans le paradigme du traitement s\u00e9quentiel et hi\u00e9rarchique de l&rsquo;information formul\u00e9 par Donald Broadbent et enrichi par Michael Posner. Selon ce cadre, le traitement auditif s&rsquo;effectue selon deux flux compl\u00e9mentaires : les processus ascendants (<em>bottom-up<\/em>), automatiques et dict\u00e9s par les propri\u00e9t\u00e9s acoustiques brutes du signal physique, et les processus descendants (<em>top-down<\/em>), gouvern\u00e9s par les repr\u00e9sentations mn\u00e9siques, les intentions du sujet et l&rsquo;allocation volontaire de l&rsquo;attention.<\/p>\n<p>Dans les mod\u00e8les de neurobiologie computationnelle, notamment la th\u00e9orie du codage pr\u00e9dictif formalis\u00e9e par Karl Friston, le cerveau est conceptualis\u00e9 comme une machine d&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne active. Dans ce cadre \u00e9pist\u00e9mologique, les diff\u00e9rentes composantes du potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif ne sont pas de simples \u00e9chos passifs du stimulus, mais traduisent des signaux d&rsquo;erreur de pr\u00e9diction (<em>prediction error<\/em>). Lorsque l&rsquo;environnement acoustique est r\u00e9gulier, le cortex sensoriel inhibe les signaux redondants ; d\u00e8s qu&rsquo;une d\u00e9viation survient, une onde \u00e9lectrophysiologique robuste (telle que la MMN) est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e pour actualiser le mod\u00e8le interne du monde auditif.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La taxonomie des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs repose traditionnellement sur la latence de survenue des pics \u00e9lectrophysiologiques, leur polarit\u00e9 (positive P ou n\u00e9gative N) et leur localisation topographique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC \/ BAEP, 0 \u00e0 10 ms) :<\/strong> Constitu\u00e9 de cinq \u00e0 sept ondes num\u00e9rot\u00e9es en chiffres romains. L&rsquo;onde I refl\u00e8te le potentiel d&rsquo;action du nerf cochl\u00e9aire distal ; l&rsquo;onde II, le nerf cochl\u00e9aire proximal et les noyaux cochl\u00e9aires ; l&rsquo;onde III provient du complexe olivaire sup\u00e9rieur ; les ondes IV et V sont issues du lemnisque lat\u00e9ral et du colliculus inf\u00e9rieur. L&rsquo;onde V est la plus robuste et sert d&rsquo;\u00e9talon clinique pour d\u00e9terminer les seuils auditifs et la conduction r\u00e9tro-cochl\u00e9aire.<\/li>\n<li><strong>Potentiels auditifs \u00e0 latence moyenne (MLR, 10 \u00e0 50 ms) :<\/strong> Comprennent les ondes Na (16-20 ms), Pa (25-30 ms), Nb (35-40 ms) et Pb (50 ms). Ils refl\u00e8tent l&rsquo;activation du corps genouill\u00e9 m\u00e9dial du thalamus et l&rsquo;afflux synaptique vers le gyrus de Heschl dans le cortex auditif primaire.<\/li>\n<li><strong>Complexe cortical pr\u00e9coce N100-P200 (70 \u00e0 200 ms) :<\/strong> L&rsquo;onde N1 (ou N100) est une d\u00e9flection n\u00e9gative culminant autour de 100 millisecondes au vertex. Elle encode les caract\u00e9ristiques physiques \u00e9l\u00e9mentaires du son (fr\u00e9quence, intensit\u00e9, dur\u00e9e) et constitue le t\u00e9moin majeur de l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;information auditive dans les aires corticales secondaires. L&rsquo;onde P2 (ou P200) refl\u00e8te quant \u00e0 elle les premi\u00e8res \u00e9tapes de la classification perceptive et de l&rsquo;habituation sensorielle.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9gativit\u00e9 de discordance (<em>Mismatch Negativity<\/em> ou MMN, 150 \u00e0 250 ms) :<\/strong> Onde n\u00e9gative fronto-centrale obtenue par soustraction entre la r\u00e9ponse \u00e0 un son rare ou d\u00e9viant et la r\u00e9ponse \u00e0 un son standard r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Elle se d\u00e9clenche automatiquement, m\u00eame en l&rsquo;absence totale d&rsquo;attention consciente, mesurant la finesse de la m\u00e9moire auditive \u00e9cho\u00efque.<\/li>\n<li><strong>Potentiel P300 (P3a et P3b, 250 \u00e0 450 ms) :<\/strong> Grande onde positive pari\u00e9to-centrale. La sous-composante P3a traduit la capture involontaire de l&rsquo;attention par un son inattendu ou saillant (r\u00e9flexe d&rsquo;orientation), tandis que la sous-composante P3b refl\u00e8te la d\u00e9tection active d&rsquo;une cible pr\u00e9d\u00e9finie, l&rsquo;\u00e9valuation du stimulus et la mise \u00e0 jour de la m\u00e9moire de travail.<\/li>\n<li><strong>Potentiel de pr\u00e9paration motrice et N400 auditive :<\/strong> Dans les t\u00e2ches linguistiques ou communicatives complexes, la pr\u00e9sentation d&rsquo;un mot incongru au sein d&rsquo;une phrase d\u00e9clenche une composante N400 acoustique refl\u00e9tant le co\u00fbt cognitif de l&rsquo;int\u00e9gration s\u00e9mantique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e diagnostique et exp\u00e9rimentale de ces mesures, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un nourrisson de trois jours ayant \u00e9chou\u00e9 au d\u00e9pistage audiologique n\u00e9onatal par oto\u00e9missions acoustiques dans une maternit\u00e9. Un enregistrement des PEATC est r\u00e9alis\u00e9 en sommeil naturel. Si l&rsquo;ensemble des ondes de I \u00e0 V pr\u00e9sente des latences et des seuils normaux d\u00e8s 30 dB de pression acoustique, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la cha\u00eene auditive neuro-sensorielle est confirm\u00e9e, \u00e9cartant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une surdit\u00e9 de perception s\u00e9v\u00e8re et sugg\u00e9rant une simple obstruction transitoire du conduit externe par des d\u00e9bris amniotiques.<\/p>\n<p>Un second exemple clinique paradigmatique concerne le diagnostic du neurinome de l&rsquo;acoustique (schwannome vestibulaire). Un patient adulte consulte pour des acouph\u00e8nes unilat\u00e9raux et des vertiges l\u00e9gers. L&rsquo;examen par potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral met en \u00e9vidence un allongement s\u00e9lectif de l&rsquo;intervalle entre les ondes I et III du c\u00f4t\u00e9 pathologique, avec une onde V retard\u00e9e ou absente. Ce retard de conduction inter-pics traduit la compression m\u00e9canique exerc\u00e9e par la tumeur b\u00e9nigne sur les fibres nerveuses du VIIIe nerf au niveau de l&rsquo;angle ponto-c\u00e9r\u00e9belleux, guidant imm\u00e9diatement la prescription d&rsquo;une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie et du coma, les PEA apportent un \u00e9clairage pronostique d\u00e9cisif. Soit un patient victime d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien s\u00e9v\u00e8re, hospitalis\u00e9 en unit\u00e9 de soins intensifs sous s\u00e9dation profonde. L&rsquo;enregistrement des PEATC r\u00e9v\u00e8le une onde V bien conserv\u00e9e, attestant du maintien fonctionnel du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Lors de l&rsquo;all\u00e8gement de la s\u00e9dation, la diffusion d&rsquo;un protocole sonore de type <em>oddball<\/em> met en \u00e9vidence une onde MMN nette en r\u00e9ponse \u00e0 des variations tonales. Cette pr\u00e9sence prouve que le cortex du patient conserve une capacit\u00e9 r\u00e9siduelle de discrimination sensorielle inconsciente, ce qui constitue selon les donn\u00e9es empiriques un indicateur statistique fort d&rsquo;une probabilit\u00e9 accrue de r\u00e9veil et de r\u00e9cup\u00e9ration neurologique.<\/p>\n<h3>9. Mesure, instrumentation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La capture rigoureuse d&rsquo;un potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif exige un \u00e9quipement biom\u00e9dical de haute pr\u00e9cision et une ma\u00eetrise rigoureuse de la cha\u00eene d&rsquo;acquisition. Le sujet est confortablement install\u00e9 dans une cabine insonoris\u00e9e et blind\u00e9e contre les interf\u00e9rences \u00e9lectromagn\u00e9tiques (cage de Faraday). Des \u00e9lectrodes de surface chlorur\u00e9es (Ag\/AgCl) sont appliqu\u00e9es sur des rep\u00e8res cr\u00e2niens standardis\u00e9s selon le syst\u00e8me international 10-20 : typiquement, une \u00e9lectrode active au vertex (Cz) ou sur le front (Fz), une \u00e9lectrode de r\u00e9f\u00e9rence plac\u00e9e sur le lobe de l&rsquo;oreille ou sur la masto\u00efde ipsilat\u00e9rale ou controlat\u00e9rale (A1, A2 ou M1, M2), et une \u00e9lectrode de terre sur le front.<\/p>\n<p>Les stimuli acoustiques sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ordinateur et d\u00e9livr\u00e9s au moyen d&rsquo;\u00e9couteurs \u00e0 insertion \u00e9talonn\u00e9s ou de casques supra-auriculaires blind\u00e9s. Plusieurs types de signaux sonores sont employ\u00e9s selon l&rsquo;objectif vis\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les clics acoustiques :<\/strong> Stimuli transitoires ultrabrefs (environ 100 microsecondes) pr\u00e9sentant un large spectre de fr\u00e9quences, id\u00e9aux pour stimuler de mani\u00e8re hautement synchrone les fibres de haute fr\u00e9quence (2 000 \u00e0 4 000 Hz) et g\u00e9n\u00e9rer les ondes nettes des PEATC.<\/li>\n<li><strong>Les bouff\u00e9es tonales (<em>Tone Bursts<\/em> ou <em>Tone Pips<\/em>) :<\/strong> Sons purs brefs envelopp\u00e9s (avec un temps de mont\u00e9e et de descente calibr\u00e9) permettant une \u00e9valuation \u00e9lectrophysiologique fr\u00e9quentielle sp\u00e9cifique (par exemple \u00e0 500 Hz, 1 000 Hz ou 4 000 Hz) pour dresser un audiogramme objectif.<\/li>\n<li><strong>Les stimuli complexes et phon\u00e8mes :<\/strong> Voyelles synth\u00e9tiques, consonnes ou contrastes phon\u00e9miques (comme la paire \/ba\/ &#8211; \/da\/) utilis\u00e9s en recherche pour quantifier l&rsquo;encodage neural de la parole (<em>Frequency-Following Response<\/em> ou FFR).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;amplification du signal biologique requiert un gain \u00e9lev\u00e9 (entre 50 000 et 100 000 pour les r\u00e9ponses de tronc c\u00e9r\u00e9bral) et un taux de r\u00e9jection du mode commun tr\u00e8s important pour \u00e9liminer les bruits ambiants (notamment le 50 Hz du secteur \u00e9lectrique). Un filtrage analogique puis num\u00e9rique est appliqu\u00e9 en fonction de la composante recherch\u00e9e : par exemple, une bande passante de 100 \u00e0 3 000 Hz pour les PEATC, de 10 \u00e0 300 Hz pour les potentiels \u00e0 latence moyenne, et de 0,1 \u00e0 30 Hz pour les ondes cognitives lentes (MMN, P300). Enfin, un syst\u00e8me automatique de rejet des art\u00e9facts \u00e9limine les \u00e9poques pollu\u00e9es par les clignements oculaires ou les contractions musculaires de la m\u00e2choire.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs occupent une place centrale dans de multiples sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales et psychologiques en raison de leur caract\u00e8re non invasif et de leur objectivit\u00e9 absolue, ne r\u00e9clamant aucune collaboration verbale ou motrice du patient :<\/p>\n<p>En audiologie et oto-rhino-laryngologie (ORL), les PEA repr\u00e9sentent la m\u00e9thode reine d&rsquo;audiom\u00e9trie objective. Chez le nourrisson, le jeune enfant ou les personnes pr\u00e9sentant un handicap intellectuel rendant l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale comportementale impossible, ils permettent d&rsquo;\u00e9valuer le seuil auditif \u00e0 quelques d\u00e9cibels pr\u00e8s et d&rsquo;orienter pr\u00e9cocement l&rsquo;appareillage acoustique ou la pose d&rsquo;un implant cochl\u00e9aire avant la fermeture de la fen\u00eatre critique d&rsquo;acquisition du langage.<\/p>\n<p>En neurologie et neurochirurgie, ils sont utilis\u00e9s pour le monitoring perop\u00e9ratoire lors d&rsquo;interventions d\u00e9licates touchant la fosse post\u00e9rieure ou l&rsquo;angle ponto-c\u00e9r\u00e9belleux. La surveillance continue de la latence de l&rsquo;onde V avertit le chirurgien en temps r\u00e9el de tout \u00e9tirement ou isch\u00e9mie du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du nerf acoustique, \u00e9vitant des s\u00e9quelles auditives ou neurologiques irr\u00e9versibles. Ils jouent \u00e9galement un r\u00f4le diagnostique dans les maladies d\u00e9my\u00e9linisantes telles que la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scl%C3%A9rose_en_plaques\">scl\u00e9rose en plaques<\/a>, o\u00f9 le ralentissement de la vitesse de propagation de l&rsquo;influx axonal se traduit par un allongement pathologique des intervalles inter-pics.<\/p>\n<p>En psychiatrie et psychopathologie cognitive, les marqueurs \u00e9lectrophysiologiques tardifs constituent des endoph\u00e9notypes pr\u00e9cieux. Une r\u00e9duction significative de l&rsquo;amplitude de la P300 et une alt\u00e9ration de la MMN sont document\u00e9es de mani\u00e8re constante chez les patients atteints de schizophr\u00e9nie, refl\u00e9tant des perturbations pr\u00e9coces du filtrage sensoriel (<em>sensory gating<\/em>) et des anomalies des r\u00e9cepteurs glutamatergiques NMDA. Dans les troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) et les troubles d\u00e9ficitaires de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH), les PEA mettent en \u00e9vidence des profils atypiques d&rsquo;habituation et de discrimination sonore.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines sur les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs mobilisent des m\u00e9thodologies coupl\u00e9es \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et \u00e0 la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG). La MEG, en particulier, permet d&rsquo;enregistrer les \u00e9quivalents magn\u00e9tiques des potentiels (les champs \u00e9voqu\u00e9s auditifs ou AEF, tels que la M100 et la MMNm), fournissant une r\u00e9solution spatiale millim\u00e9trique sans la distorsion provoqu\u00e9e par la travers\u00e9e des os du cr\u00e2ne.<\/p>\n<p>Un pan majeur de la recherche s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la plasticit\u00e9 neuronale induite par l&rsquo;entra\u00eenement musical ou l&rsquo;apprentissage de langues \u00e9trang\u00e8res. Les travaux de Nina Kraus et de son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Northwestern ont largement d\u00e9montr\u00e9 que la pratique intensive d&rsquo;un instrument de musique affine l&rsquo;encodage \u00e9lectrophysiologique subcortical des harmoniques sonores (r\u00e9ponse de suivi de fr\u00e9quence ou FFR). Les musiciens pr\u00e9sentent des r\u00e9ponses auditives de tronc c\u00e9r\u00e9bral plus pr\u00e9cises et plus r\u00e9sistantes au bruit masquant, d\u00e9montrant une modulation descendante de la p\u00e9riph\u00e9rie sensorielle par l&rsquo;exp\u00e9rience cognitive.<\/p>\n<p>Des avanc\u00e9es consid\u00e9rables concernent \u00e9galement le domaine de l&rsquo;intelligence artificielle et du traitement du signal. Des algorithmes d&rsquo;apprentissage automatique (<em>machine learning<\/em>) entra\u00een\u00e9s sur des banques de donn\u00e9es massives de PEA parviennent d\u00e9sormais \u00e0 classifier automatiquement des signatures \u00e9lectrophysiologiques pathologiques invisibles \u00e0 l&rsquo;analyse visuelle classique, facilitant le diagnostic pr\u00e9coce de troubles neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs comme la maladie d&rsquo;Alzheimer \u00e0 un stade pr\u00e9clinique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et diversit\u00e9<\/h3>\n<p>Bien que les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral reposent sur une machinerie neuroanatomique universelle partag\u00e9e par l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, les composantes corticales interm\u00e9diaires et tardives sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9es par l&rsquo;environnement linguistique, culturel et acoustique de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur le versant linguistique, l&rsquo;exposition continue \u00e0 une langue maternelle tonale (comme le mandarin ou le vietnamien) ou non tonale module directement la sensibilit\u00e9 pr\u00e9-attentionnelle mesur\u00e9e par la MMN. Les locuteurs natifs du mandarin manifestent des r\u00e9ponses de discordance \u00e9lectrophysiologiques distinctes lorsqu&rsquo;ils sont confront\u00e9s \u00e0 des modulations subtiles de hauteur tonale lexicale, modulations qui ne d\u00e9clenchent aucune MMN chez des sujets unilingues francophones ou anglophones, illustrant le ph\u00e9nom\u00e8ne de crible phonologique d\u00e9crit par la linguistique structurale.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9lectrophysiologique dans des populations diverses doit imp\u00e9rativement tenir compte des facteurs biologiques tels que le sexe et la taille cr\u00e2nienne : en moyenne, les femmes pr\u00e9sentent des latences de tronc c\u00e9r\u00e9bral l\u00e9g\u00e8rement plus courtes et des amplitudes l\u00e9g\u00e8rement plus amples que les hommes, une diff\u00e9rence principalement attribu\u00e9e \u00e0 des distances anatomiques plus courtes entre les noyaux du tronc c\u00e9r\u00e9bral et \u00e0 des facteurs hormonaux modulant la vitesse de conduction axonale. Ignorer ces variables d\u00e9mographiques lors de l&rsquo;\u00e9tablissement des normes cliniques risquerait de conduire \u00e0 des erreurs d&rsquo;interpr\u00e9tation diagnostique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur clinique inestimable, la m\u00e9thode des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs se heurte \u00e0 des limites physiques et \u00e9pist\u00e9mologiques intrins\u00e8ques qui nourrissent des d\u00e9bats soutenus au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re limitation majeure concerne le fameux \u00ab probl\u00e8me inverse \u00bb en \u00e9lectrophysiologie. S&rsquo;il est ais\u00e9 de calculer le champ \u00e9lectrique de surface produit par une source dipolaire connue (probl\u00e8me direct), il est math\u00e9matiquement impossible de d\u00e9terminer avec certitude la configuration exacte des g\u00e9n\u00e9rateurs intrac\u00e9r\u00e9braux \u00e0 partir des seuls enregistrements du scalp, car une infinit\u00e9 de configurations de sources diff\u00e9rentes peut produire rigoureusement la m\u00eame distribution de potentiel de surface. Bien que les algorithmes de localisation de sources (tels que LORETA ou les mod\u00e8les dipolaires \u00e9quivalents BESA) offrent des approximations utiles, ils reposent sur des contraintes a priori qui demeurent sujettes \u00e0 caution.<\/p>\n<p>Une seconde controverse m\u00e9thodologique r\u00e9side dans le rapport signal sur bruit et la sensibilit\u00e9 extr\u00eame aux art\u00e9facts. Chez les patients agit\u00e9s, spastiques ou peu coop\u00e9rants, l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectromyographique (EMG) g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les muscles temporaux et cervicaux peut totalement noyer les micro-potentiels recherch\u00e9s, conduisant \u00e0 des faux positifs de surdit\u00e9 ou d&rsquo;atteinte neurologique. De plus, les substances pharmacologiques s\u00e9datives ou anesth\u00e9siques affectent diff\u00e9remment les diverses composantes : si les PEATC sont remarquablement r\u00e9fractaires aux agents anesth\u00e9siques, les composantes corticales moyennes et tardives sont profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9es, limitant leur interpr\u00e9tation en milieu de r\u00e9animation.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan th\u00e9orique, certains neuroscientifiques critiquent l&rsquo;approche r\u00e9ductionniste consistant \u00e0 isoler des \u00ab pics \u00bb ou des \u00ab ondes \u00bb individualis\u00e9s. Ils soutiennent que le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif ne refl\u00e8te pas une s\u00e9quence d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements discrets et ind\u00e9pendants, mais l&rsquo;expression superficielle d&rsquo;un r\u00e9alignement de phase (<em>phase resetting<\/em>) d&rsquo;oscillations neuronales continues pr\u00e9existantes dans les bandes th\u00eata, alpha et gamma, remettant en cause l&rsquo;interpr\u00e9tation classique de l&rsquo;onde comme une simple r\u00e9ponse additive lin\u00e9aire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions fondamentales<\/h3>\n<p>Il est essentiel de ne pas confondre le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif avec d&rsquo;autres notions et examens couramment rencontr\u00e9s en neurophysiologie et en audiologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9lectroenc\u00e9phalogramme spontan\u00e9 (EEG) :<\/strong> L&rsquo;EEG enregistre les fluctuations globales et spontan\u00e9es de l&rsquo;activit\u00e9 bio\u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale sans synchronisation temporelle sur un stimulus ext\u00e9rieur, tandis que le PEA isole la r\u00e9ponse temporelle sp\u00e9cifique induite par une stimulation sonore calibr\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Oto\u00e9missions acoustiques (OEA \/ OAE) :<\/strong> Les oto\u00e9missions sont des sons r\u00e9els \u00e9mis par les cellules cili\u00e9es externes de l&rsquo;oreille interne et capt\u00e9s par un microphone dans le conduit auditif externe ; elles \u00e9valuent la m\u00e9canique cochl\u00e9aire p\u00e9riph\u00e9rique, alors que les PEA enregistrent des signaux \u00e9lectriques neuronaux le long du nerf auditif et des structures centrales.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s somesth\u00e9siques (PES) et visuels (PEV) :<\/strong> Ces examens explorent d&rsquo;autres voies sensorielles aff\u00e9rentes (la sensibilit\u00e9 tactile et proprioceptive pour les PES, la r\u00e9tine et les voies optiques pour les PEV), partageant la m\u00eame m\u00e9thodologie de moyennage mais diff\u00e9rant par leurs g\u00e9n\u00e9rateurs anatomiques et leurs latences caract\u00e9ristiques.<\/li>\n<li><strong>Microphonique cochl\u00e9aire :<\/strong> Potentiel \u00e9lectrique r\u00e9cepteur pr\u00e9coce g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les cellules cili\u00e9es de l&rsquo;organe de Corti qui reproduit fid\u00e8lement la forme d&rsquo;onde du stimulus sonore, distinct des potentiels d&rsquo;action neuraux des PEA qui ob\u00e9issent \u00e0 la loi du tout-ou-rien.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif (PEA ou AEP) s&rsquo;affirme comme une passerelle privil\u00e9gi\u00e9e reliant la physiologie sensorielle \u00e9l\u00e9mentaire aux fonctions psychologiques sup\u00e9rieures. Les \u00e9l\u00e9ments capitaux \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<p>Le PEA est une r\u00e9ponse bio\u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale de tr\u00e8s faible amplitude extraite de l&rsquo;EEG par moyennage temporel synchronis\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;un stimulus acoustique.<\/p>\n<p>Sa structure temporelle refl\u00e8te une hi\u00e9rarchie neuroanatomique stricte : les ondes tr\u00e8s pr\u00e9coces (PEATC, 0-10 ms) \u00e9manent du tronc c\u00e9r\u00e9bral et t\u00e9moignent de la perm\u00e9abilit\u00e9 des voies sous-corticales ; les ondes moyennes (10-50 ms) refl\u00e8tent les relais thalamo-corticaux ; les ondes tardives (N1, P2, MMN, P300, au-del\u00e0 de 50 ms) signent les \u00e9tapes du traitement cognitif, mn\u00e9sique et attentionnel de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Inestimable en pratique m\u00e9dicale, il permet le d\u00e9pistage n\u00e9onatal objectif de la surdit\u00e9, le diagnostic des pathologies r\u00e9tro-cochl\u00e9aires et d\u00e9my\u00e9linisantes, le monitoring de la fosse c\u00e9r\u00e9brale en neurochirurgie et l&rsquo;\u00e9valuation du pronostic d&rsquo;\u00e9veil chez les patients comateux.<\/p>\n<p>En sciences cognitives, des composantes comme la MMN et la P300 servent de sondes exp\u00e9rimentales majeures pour diss\u00e9quer les m\u00e9canismes de la pr\u00e9diction perceptive, de la saillance attentionnelle et des dysfonctionnements du filtrage sensoriel dans les troubles psychiatriques majeurs.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Davis, H. (1939). Electrical potentials of the human brain. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 2(6), 531\u2013553. https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1939.2.6.531<\/li>\n<li>Dawson, G. D. (1947). Cerebral potentials of electrical shock to nerve in human subjects. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 10(3), 137\u2013140. https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.10.3.137<\/li>\n<li>Friston, K. (2005). A theory of cortical responses. <em>Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences<\/em>, 360(1456), 815\u2013836. https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.2005.1622<\/li>\n<li>Jewett, D. L., &amp; Williston, J. S. (1971). Auditory-evoked far fields averaged from the scalp of humans. <em>Brain<\/em>, 94(4), 681\u2013696. https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/94.4.681<\/li>\n<li>Kraus, N., &amp; Chandrasekaran, B. (2010). Music training for the development of auditory skills. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 11(8), 599\u2013605. https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2882<\/li>\n<li>N\u00e4\u00e4t\u00e4nen, R., Gaillard, A. W., &amp; M\u00e4ntysalo, S. (1978). Early selective-attention effect on evoked potential reinterpreted. <em>Acta Psychologica<\/em>, 42(4), 313\u2013329. https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(78)90006-9<\/li>\n<li>Picton, T. W. (2011). <em>Human auditory evoked potentials<\/em>. Plural Publishing.<\/li>\n<li>Sutton, S., Braren, M., Zubin, J., &amp; John, E. R. (1965). Evoked-potential correlates of stimulus uncertainty. <em>Science<\/em>, 150(3700), 1187\u20131188. https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.150.3700.1187<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif (PEA ou AEP) est une mesure neurophysiologique cl\u00e9 captant la r\u00e9ponse bio\u00e9lectrique du syst\u00e8me nerveux \u00e0 une stimulation sonore, de la cochl\u00e9e au cortex cognitif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[8595,46,2411],"tags":[19335,32278,6371,4757,5036,32277,32276],"class_list":["post-19784","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodes-de-recherche-en-psychologie","category-neuropsychologie","category-psychophysiologie","tag-aep","tag-audiometrie-objective","tag-electrophysiologie","tag-neurosciences-cognitives","tag-p300","tag-pea","tag-potentiel-evoque-auditif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19784\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}