{"id":19735,"date":"2026-10-22T16:53:10","date_gmt":"2026-10-22T16:53:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adreno-adren-definition-psychologie"},"modified":"2026-10-22T16:53:10","modified_gmt":"2026-10-22T16:53:10","slug":"adreno-adren-definition-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adreno-adren-definition-psychologie","title":{"rendered":"Adr\u00e9no- : Cl\u00e9 biologique du stress et de l&rsquo;action"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de l&rsquo;endocrinologie, des neurosciences comportementales et de la psychologie clinique, le pr\u00e9fixe <strong>adr\u00e9no-<\/strong> (ou sa variante syncop\u00e9e <em>adren-<\/em>) d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des structures, s\u00e9cr\u00e9tions et processus associ\u00e9s aux glandes surr\u00e9nales. Dans le paysage de la psychologie moderne, ce pr\u00e9fixe \u00e9voque imm\u00e9diatement l&rsquo;axe de survie de l&rsquo;organisme face aux menaces environnementales, la mobilisation m\u00e9tabolique d&rsquo;urgence et la modulation neurochimique de l&rsquo;\u00e9veil, de l&rsquo;attention et des souvenirs \u00e9motionnels.<\/p>\n<h2>Adr\u00e9no- (ou Adren-) : Racine neuroendocrinienne du comportement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le pr\u00e9fixe <strong>adr\u00e9no-<\/strong> (du latin <em>ad-<\/em>, \u00ab pr\u00e8s de \u00bb, et <em>ren<\/em>, \u00ab rein \u00bb) est un morph\u00e8me d&rsquo;origine savante utilis\u00e9 pour former des termes relatifs aux <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Glande_surr%C3%A9nale\">glandes surr\u00e9nales<\/a>, \u00e0 leurs s\u00e9cr\u00e9tions hormonales (notamment l&rsquo;adr\u00e9naline, la noradr\u00e9naline et les corticost\u00e9ro\u00efdes) ou aux structures nerveuses et r\u00e9cepteurs qui y r\u00e9pondent.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie et des neurosciences affectives, il qualifie prioritairement les \u00e9tats de r\u00e9activit\u00e9 psychophysiologique, les m\u00e9diateurs de la r\u00e9ponse au stress (comme le syst\u00e8me adr\u00e9nergique et l&rsquo;axe adr\u00e9nocortical) ainsi que les m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation comportementale face aux stresseurs aigus et chroniques. Il sert ainsi de vecteur conceptuel unissant la biologie organique de la surr\u00e9nale \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience subjective de l&rsquo;angoisse, de la vigilance et de la motivation.<\/p>\n<p>Par extension, tout processus qualifi\u00e9 par ce pr\u00e9fixe implique une m\u00e9diation somatique puissante o\u00f9 le syst\u00e8me nerveux central et la p\u00e9riph\u00e9rie glandulaire collaborent pour modifier drastiquement l&rsquo;hom\u00e9ostasie, orientant les ressources cognitives vers la survie imm\u00e9diate ou la r\u00e9solution de conflits environnementaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9tymologique, le terme tire sa substance de l&rsquo;assemblage n\u00e9olatin de la pr\u00e9position latine <em>ad<\/em>, exprimant la proximit\u00e9 ou la direction (\u00ab aupr\u00e8s de \u00bb, \u00ab vers \u00bb), et du substantif <em>ren<\/em> (au g\u00e9nitif <em>renis<\/em>), qui d\u00e9signe le \u00ab rein \u00bb. Litt\u00e9ralement, le compos\u00e9 signifie donc \u00ab ce qui se situe aupr\u00e8s du rein \u00bb, d\u00e9crivant la position anatomique coiffant le p\u00f4le sup\u00e9rieur de chaque rein chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du pr\u00e9fixe dans le vocabulaire m\u00e9dical remonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, parall\u00e8lement \u00e0 la d\u00e9couverte et \u00e0 l&rsquo;isolement des premiers extraits de la m\u00e9dullosurr\u00e9nale. En 1901, le chimiste am\u00e9ricano-japonais Jokichi Takamine brev\u00e8te le nom \u00ab Adrenalin \u00bb pour d\u00e9signer l&rsquo;extrait purifi\u00e9 qu&rsquo;il parvient \u00e0 cristalliser, consolidant l&rsquo;usage du radical dans la nomenclature physiologique internationale.<\/p>\n<p>Au fil du XXe si\u00e8cle, le morph\u00e8me s&rsquo;est d\u00e9clin\u00e9 en une multitude de d\u00e9riv\u00e9s fondamentaux pour les sciences du comportement : \u00ab adr\u00e9nergique \u00bb, cr\u00e9\u00e9 pour d\u00e9crire les fibres nerveuses transmettant l&rsquo;influx par des substances mimant l&rsquo;adr\u00e9naline ; \u00ab adr\u00e9nocorticotrope \u00bb, qualifiant l&rsquo;hormone hypophysaire stimulant le cortex surr\u00e9nalien ; ou encore \u00ab adr\u00e9narche \u00bb, d\u00e9signant l&rsquo;\u00e9veil hormonal pubertaire des surr\u00e9nales aux r\u00e9percussions psycho-affectives majeures.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le pr\u00e9fixe se prononce traditionnellement [a.d\u0281e.no] (<em>a-dr\u00e9-no<\/em>) devant une consonne (comme dans <em>adr\u00e9nocorticotrope<\/em> ou <em>adr\u00e9nolytique<\/em>) et tend \u00e0 s&rsquo;\u00e9lider en <em>adren-<\/em> ou \u00e0 s&rsquo;adapter selon les conventions phon\u00e9tiques devant certaines voyelles (par exemple <em>adr\u00e9naline<\/em>, prononc\u00e9 [a.d\u0281e.na.lin]).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, <strong>adr\u00e9no-<\/strong> fonctionne exclusivement comme un pr\u00e9fixe ou un \u00e9l\u00e9ment de composition savant ins\u00e9parable, li\u00e9 par soudure directe (agglutination) aux racines qu&rsquo;il modifie. Il ne s&#8217;emploie jamais de mani\u00e8re isol\u00e9e en tant que substantif autonome dans la litt\u00e9rature clinique francophone, bien qu&rsquo;il conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;adjectif ou au substantif r\u00e9sultant une valence morphologique pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Son orthographe respecte l&rsquo;accent aigu sur le premier \u00ab e \u00bb dans la majorit\u00e9 des termes scientifiques fran\u00e7ais contemporains (<em>adr\u00e9nocepteur<\/em>, <em>adr\u00e9nomim\u00e9tique<\/em>), bien que la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale anglo-saxonne conserve la graphie non accentu\u00e9e <em>adreno-<\/em>, souvent reprise telle quelle dans certaines nomenclatures biochimiques internationales.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e psychologique du pr\u00e9fixe <strong>adr\u00e9no-<\/strong>, il est imp\u00e9ratif de dissocier les deux compartiments morphologiques et fonctionnels de la glande surr\u00e9nale : la m\u00e9dullosurr\u00e9nale et la corticosurr\u00e9nale. Chacun de ces compartiments gouverne une temporalit\u00e9 et une modalit\u00e9 sp\u00e9cifiques de l&rsquo;adaptation psychologique de l&rsquo;individu \u00e0 son environnement.<\/p>\n<p>La m\u00e9dullosurr\u00e9nale, issue embryologiquement de la cr\u00eate neurale, fonctionne comme un ganglion sympathique modifi\u00e9. Elle est responsable de la s\u00e9cr\u00e9tion rapide des cat\u00e9cholamines, principalement l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Adrenaline\">adr\u00e9naline<\/a> et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Noradrenaline\">noradr\u00e9naline<\/a>. Lorsqu&rsquo;un sujet per\u00e7oit une menace psychologique ou physique, l&rsquo;activation sympathique d\u00e9clenche en quelques millisecondes une d\u00e9charge adr\u00e9nergique massive. Sur le plan cognitif et comportemental, ce pic adr\u00e9nalinien induit une focalisation attentionnelle intense (parfois qualifi\u00e9e de vision en tunnel), une \u00e9l\u00e9vation drastique de la vigilance et une inhibition temporaire des processus de pens\u00e9e r\u00e9flexive complexe au profit de r\u00e9ponses automatis\u00e9es de combat ou de fuite (<em>fight-or-flight<\/em>).<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, la corticosurr\u00e9nale, d&rsquo;origine m\u00e9sodermique, op\u00e8re sur une \u00e9chelle temporelle plus \u00e9tendue sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_hypothalamo-hypophyso-surr%C3%A9nalien\">axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien<\/a> (souvent d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;acronyme HPA ou HHS). La cascade commence par la lib\u00e9ration hypothalamique de corticolib\u00e9rine (CRH), incitant l&rsquo;hypophyse ant\u00e9rieure \u00e0 s\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo;hormone adr\u00e9nocorticotrope (ACTH). Cette derni\u00e8re stimule la corticosurr\u00e9nale pour synth\u00e9tiser les glucocortico\u00efdes, principalement le cortisol chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Les effets adr\u00e9nocorticaux sur le psychisme sont profonds et biphasiques. \u00c0 court terme, le cortisol favorise l&rsquo;adaptation en mobilisant les substrats \u00e9nerg\u00e9tiques c\u00e9r\u00e9braux et en modulant la consolidation des traces mn\u00e9siques au sein de l&rsquo;hippocampe et de l&rsquo;amygdale. Toutefois, lorsque l&rsquo;activit\u00e9 adr\u00e9nocorticale devient chronique en raison de stresseurs psychosociaux persistants, l&rsquo;exc\u00e8s prolong\u00e9 de glucocortico\u00efdes exerce une neurotoxicit\u00e9 d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, marqu\u00e9e par une atrophie dendritique dans l&rsquo;hippocampe et le cortex pr\u00e9frontal, pr\u00e9cipitant l&rsquo;\u00e9mergence de troubles d\u00e9pressifs, de d\u00e9ficits de la m\u00e9moire de travail et d&rsquo;une alt\u00e9ration de la flexibilit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>Ainsi, le champ conceptuel couvert par <strong>adr\u00e9no-<\/strong> ne se limite pas \u00e0 une simple machinerie endocrine : il incarne l&rsquo;interface psychosomatique par excellence, traduisant l&rsquo;\u00e9valuation cognitive d&rsquo;un danger en modifications physiologiques profondes, qui r\u00e9troagissent \u00e0 leur tour sur l&rsquo;\u00e9tat mental, la valence affective et le sentiment subjectif d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique des ph\u00e9nom\u00e8nes rattach\u00e9s au pr\u00e9fixe <strong>adr\u00e9no-<\/strong> s&rsquo;est construite \u00e0 travers plusieurs r\u00e9volutions th\u00e9oriques majeures au cours des deux derniers si\u00e8cles :<\/p>\n<p>Au milieu du XIXe si\u00e8cle, en 1855, le m\u00e9decin britannique Thomas Addison publie sa monographie s\u00e9minale d\u00e9crivant l&rsquo;insuffisance surr\u00e9nalienne chronique (\u00ab maladie d&rsquo;Addison \u00bb). Pour la premi\u00e8re fois, le dysfonctionnement d&rsquo;un tissu surr\u00e9nalien est formellement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 des alt\u00e9rations majeures du comportement, notamment une asth\u00e9nie profonde, une m\u00e9lancolie tenace et des perturbations de l&rsquo;humeur, posant les jalons de la psychoendocrinologie.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Walter Bradford Cannon, physiologiste \u00e0 Harvard, introduit le concept fondamental d&rsquo;hom\u00e9ostasie et d\u00e9crit la \u00ab r\u00e9action d&rsquo;urgence \u00bb neuro-surr\u00e9nalienne. Cannon d\u00e9montre que la m\u00e9dullosurr\u00e9nale s&rsquo;active solidairement avec le syst\u00e8me nerveux orthosympathique pour pr\u00e9parer l&rsquo;organisme \u00e0 la confrontation violente ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9vasion rapide. Il forge ainsi le concept de syst\u00e8me \u00ab sympathico-adr\u00e9nalien \u00bb, \u00e9tablissant le lien direct entre \u00e9motion vive (peur, rage) et s\u00e9cr\u00e9tion surr\u00e9nalienne.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1930 \u00e0 1950, Hans Selye r\u00e9volutionne la m\u00e9decine et la psychologie en introduisant le concept de syndrome g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;adaptation (SGA). Selye place la r\u00e9ponse adr\u00e9nocorticale au c\u0153ur de sa th\u00e9orie : apr\u00e8s la phase d&rsquo;alarme initiale (domin\u00e9e par les cat\u00e9cholamines adr\u00e9naliniennes), l&rsquo;organisme entre dans une phase de r\u00e9sistance m\u00e9di\u00e9e par les hormones adr\u00e9nocorticales. L&rsquo;\u00e9puisement de ces ressources surr\u00e9naliennes est th\u00e9oris\u00e9 par Selye comme la source ultime de d\u00e9faillances psychosomatiques et psychopathologiques.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980, l&rsquo;av\u00e8nement des techniques de neuro-imagerie et des dosages radio-immunologiques pr\u00e9cis a permis \u00e0 des chercheurs tels que Bruce McEwen d&rsquo;affiner ces mod\u00e8les \u00e0 travers le concept de \u00ab charge allostatique \u00bb. L&rsquo;accent s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 de la glande isol\u00e9e vers les r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques et cortico\u00efdes centraux, d\u00e9montrant comment les mol\u00e9cules d&rsquo;origine adr\u00e9no-surr\u00e9nalienne sculptent litt\u00e9ralement la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale tout au long de la vie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le r\u00f4le des s\u00e9cr\u00e9tions et syst\u00e8mes pr\u00e9fix\u00e9s par <strong>adr\u00e9no-<\/strong> s&rsquo;articule autour de plusieurs paradigmes th\u00e9oriques fondamentaux en psychologie :<\/p>\n<p>La th\u00e9orie James-Lange et ses avatars contemporains (tels que l&rsquo;hypoth\u00e8se des marqueurs somatiques d&rsquo;Antonio Damasio) soutiennent que l&rsquo;\u00e9motion d\u00e9coule de la perception consciente des changements physiologiques corporels. Selon cette perspective, le d\u00e9clenchement sympathico-adr\u00e9nalien (tachycardie, sueur, tension musculaire) n&rsquo;est pas un simple corollaire passif du sentiment de terreur, mais en constitue la mati\u00e8re premi\u00e8re somatique. Le syst\u00e8me adr\u00e9nergique p\u00e9riph\u00e9rique transmet des signaux aff\u00e9rents au tronc c\u00e9r\u00e9bral et \u00e0 l&rsquo;insula, g\u00e9n\u00e9rant le sentiment visc\u00e9ral d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine des th\u00e9ories cognitives de l&rsquo;\u00e9motion, Stanley Schachter et Jerome Singer ont propos\u00e9 leur c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9orie bifactorielle de l&rsquo;\u00e9motion (1962). Leurs exp\u00e9riences manipulant les niveaux d&rsquo;adr\u00e9naline exog\u00e8ne ont mis en lumi\u00e8re le fait qu&rsquo;une activation adr\u00e9nergique physiologique diffuse est interpr\u00e9t\u00e9e cognitivement en fonction du contexte environnemental : le sujet \u00e9tiquette son activation interne comme de l&rsquo;euphorie ou de la col\u00e8re selon les indices sociaux pr\u00e9sents, illustrant la r\u00e9troaction constante entre physiologie adr\u00e9nalienne et attribution mentale.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de l&rsquo;allostasie et de la charge allostatique d\u00e9velopp\u00e9 par Bruce McEwen conceptualise le syst\u00e8me adr\u00e9no-m\u00e9dullaire et l&rsquo;axe adr\u00e9nocortical comme des m\u00e9diateurs primaires indispensables \u00e0 la survie (\u00ab l&rsquo;allostasie \u00bb \u00e9tant la capacit\u00e9 d&rsquo;atteindre la stabilit\u00e9 \u00e0 travers le changement). Cependant, une surutilisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ou prolong\u00e9e de ces effecteurs adr\u00e9no-d\u00e9pendants engendre une usure syst\u00e9mique qui d\u00e9t\u00e9riore les circuits neuronaux pr\u00e9frontaux et hippocampiques, modifiant de mani\u00e8re permanente la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La nomenclature scientifique construite autour du morph\u00e8me <strong>adr\u00e9no-<\/strong> regroupe des structures, des mol\u00e9cules et des syst\u00e8mes r\u00e9cepteurs aux fonctions psychologiques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syst\u00e8me adr\u00e9nergique :<\/strong> R\u00e9seau neuronal et hormonal employant l&rsquo;adr\u00e9naline et la noradr\u00e9naline comme transmetteurs. Dans le syst\u00e8me nerveux central, le <em>locus coeruleus<\/em> constitue le noyau adr\u00e9nergique\/noradr\u00e9nergique majeur, r\u00e9gulant l&rsquo;arousal, l&rsquo;\u00e9veil cortical et la vigilance s\u00e9lective.<\/li>\n<li><strong>Adr\u00e9nocepteurs (ou r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques) :<\/strong> Prot\u00e9ines membranaires coupl\u00e9es aux prot\u00e9ines G, r\u00e9parties en sous-types alpha (\u03b11, \u03b12) et b\u00eata (\u03b21, \u03b22, \u03b23). Les b\u00eata-adr\u00e9nocepteurs, particuli\u00e8rement pr\u00e9sents dans l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale, sont cruciaux pour l&rsquo;encodage et la potentialisation des m\u00e9moires traumatiques.<\/li>\n<li><strong>Axe adr\u00e9nocorticotrope (axe HPA) :<\/strong> Cha\u00eene neuroendocrinienne r\u00e9gulatrice int\u00e9grant l&rsquo;hypothalamus, l&rsquo;hypophyse et la corticosurr\u00e9nale. Cet axe gouverne la production de cortisol et orchestre la r\u00e9ponse d&rsquo;adaptation m\u00e9tabolique, immunitaire et psychique au stress prolong\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Adr\u00e9narche :<\/strong> \u00c9tape d\u00e9veloppementale interm\u00e9diaire survenant g\u00e9n\u00e9ralement entre 6 et 9 ans, caract\u00e9ris\u00e9e par une maturation de la zone r\u00e9ticul\u00e9e du cortex surr\u00e9nalien et une augmentation des androg\u00e8nes surr\u00e9naliens (DHEA, DHEA-S). Elle pr\u00e9c\u00e8de la pubert\u00e9 gonadique et participe aux premi\u00e8res transformations comportementales, \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;attirance interpersonnelle et \u00e0 la r\u00e9organisation affective de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9dicaments adr\u00e9nolytiques et adr\u00e9nomim\u00e9tiques :<\/strong> Agents pharmacologiques ciblant le syst\u00e8me adr\u00e9nergique. Les adr\u00e9nolytiques (comme les b\u00eatabloquants) bloquent l&rsquo;action des cat\u00e9cholamines et sont couramment prescrits pour juguler les manifestations somatiques de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance (trac), tandis que les adr\u00e9nomim\u00e9tiques stimulent ces m\u00eames r\u00e9cepteurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour observer la mise en \u0153uvre clinique de ces m\u00e9canismes adr\u00e9no-d\u00e9pendants, consid\u00e9rons le cas de Julien, un musicien professionnel de 32 ans souffrant d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance s\u00e9v\u00e8re avant de monter sur sc\u00e8ne. Quelques minutes avant son entr\u00e9e, la simple visualisation du public induit une cascade sympathico-adr\u00e9nergique : son c\u0153ur s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re violemment, ses mains tremblent et sa bouche s&rsquo;ass\u00e8che sous l&rsquo;effet de l&rsquo;adr\u00e9naline. Cette temp\u00eate corporelle amplifie ses pens\u00e9es catastrophistes. L&rsquo;administration ponctuelle d&rsquo;un b\u00eatabloquant (un antagoniste adr\u00e9nergique agissant en p\u00e9riph\u00e9rie) interrompt cette boucle de r\u00e9troaction somatosensorielle : son rythme cardiaque reste stable, ce qui permet \u00e0 ses fonctions ex\u00e9cutives pr\u00e9frontales de reprendre le contr\u00f4le cognitif sans \u00eatre submerg\u00e9es par le signal d&rsquo;alarme visc\u00e9ral.<\/p>\n<p>Un second exemple embl\u00e9matique concerne le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> (TSPT). Lors d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement traumatique majeur, tel qu&rsquo;un accident grave ou une agression, la d\u00e9charge massive de cat\u00e9cholamines adr\u00e9no-m\u00e9dullaires stimule intens\u00e9ment les b\u00eata-adr\u00e9nocepteurs de l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale. Cette suractivation produit une hyper-consolidation de la trace mn\u00e9sique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, gravant les d\u00e9tails sensoriels (sons, odeurs) avec une force ind\u00e9l\u00e9bile. Chez ces patients, la r\u00e9activit\u00e9 adr\u00e9nergique demeure d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e pendant des ann\u00e9es : le moindre stimulus rappelant le trauma d\u00e9clenche un afflux adr\u00e9nergique brutal, r\u00e9activant le souvenir sous forme de reviviscences paniques incontr\u00f4lables.<\/p>\n<p>Enfin, chez un cadre d&rsquo;entreprise soumis \u00e0 un harc\u00e8lement manag\u00e9rial quotidien pendant deux ans, la sollicitation adr\u00e9nocorticale permanente m\u00e8ne \u00e0 une alt\u00e9ration du r\u00e9trocontr\u00f4le de l&rsquo;axe HPA. L&rsquo;hypercortisol\u00e9mie initiale fait progressivement place \u00e0 un effondrement de la r\u00e9ponse adr\u00e9nocorticale (hypocortisolisme fonctionnel), fr\u00e9quemment observ\u00e9 dans les phases terminales du syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel (burnout), o\u00f9 l&rsquo;individu pr\u00e9sente une incapacit\u00e9 totale \u00e0 mobiliser l&rsquo;\u00e9nergie psychologique et biologique minimale requise pour faire face aux exigences quotidiennes.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychophysiologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des fonctions adr\u00e9no-surr\u00e9naliennes en psychologie et en psychiatrie biologique requiert des m\u00e9thodologies sophistiqu\u00e9es croisant biologie mol\u00e9culaire et psychophysiologie :<\/p>\n<p>Le dosage des cat\u00e9cholamines libres et de leurs m\u00e9tabolites (comme l&rsquo;acide vanillylmand\u00e9lique ou la m\u00e9tan\u00e9phrine) dans les urines de 24 heures ou dans le plasma sanguin offre un aper\u00e7u de l&rsquo;activit\u00e9 basale et r\u00e9active de la m\u00e9dullosurr\u00e9nale. Toutefois, la demi-vie plasmatique extr\u00eamement courte de l&rsquo;adr\u00e9naline (quelques minutes seulement) rend son pr\u00e9l\u00e8vement d\u00e9licat en situation de passation de tests psychologiques, l&rsquo;acte de la ponction veineuse constituant lui-m\u00eame un stresseur adr\u00e9nergique induisant un art\u00e9fact de mesure.<\/p>\n<p>Pour contourner ces obstacles, la psychologie exp\u00e9rimentale contemporaine a recours \u00e0 l&rsquo;alpha-amylase salivaire, consid\u00e9r\u00e9e comme un biomarqueur indirect fiable, non invasif et sensible de l&rsquo;activit\u00e9 nerveuse sympathico-adr\u00e9nergique. Sa concentration salivaire augmente en quasi-temps r\u00e9el lors d&rsquo;une t\u00e2che d&rsquo;\u00e9valuation sociale stressante (comme le <em>Trier Social Stress Test<\/em> &#8211; TSST).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la corticosurr\u00e9nale, l&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9ponse adr\u00e9nocorticale s&rsquo;effectue principalement par le profil de cortisol salivaire. Les protocoles psychophysiologiques mesurent fr\u00e9quemment la r\u00e9ponse de r\u00e9veil du cortisol (CAR, pour <em>Cortisol Awakening Response<\/em>), qui quantifie l&rsquo;ascension abrupte du cortisol dans les 30 \u00e0 45 minutes suivant le r\u00e9veil matinal. Une CAR \u00e9mouss\u00e9e ou excessive constitue un indicateur pr\u00e9cieux de d\u00e9r\u00e8glement de l&rsquo;axe corticotrope dans les troubles affectifs. De plus, le test de freinage \u00e0 la dexam\u00e9thasone permet d&rsquo;\u00e9valuer la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes et l&rsquo;efficacit\u00e9 du r\u00e9trocontr\u00f4le inhibiteur exerc\u00e9 par l&rsquo;hippocampe sur l&rsquo;axe adr\u00e9nocortical.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des dynamiques adr\u00e9no-surr\u00e9naliennes a permis des avanc\u00e9es th\u00e9rapeutiques et pr\u00e9ventives substantielles en sant\u00e9 mentale et en psychologie appliqu\u00e9e :<\/p>\n<p>En psychopharmacologie et psychiatrie clinique, les th\u00e9rapies ciblant le syst\u00e8me adr\u00e9nergique ont montr\u00e9 des r\u00e9sultats remarquables dans la prise en charge du stress post-traumatique. L&rsquo;utilisation de la prazosine, un antagoniste des r\u00e9cepteurs alpha-1-adr\u00e9nergiques qui traverse la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, r\u00e9duit consid\u00e9rablement la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 des cauchemars d&rsquo;origine traumatique en att\u00e9nuant l&rsquo;hyperactivit\u00e9 noradr\u00e9nergique nocturne centrale.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychoth\u00e9rapie assist\u00e9e, le protocole de reconsolidation mn\u00e9sique utilisant le propranolol (un antagoniste b\u00eata-adr\u00e9nergique) d\u00e9velopp\u00e9 par le psychologue Alain Brunet permet d&rsquo;att\u00e9nuer la charge \u00e9motionnelle associ\u00e9e aux souvenirs traumatiques. En administrant la mol\u00e9cule juste avant la r\u00e9activation guid\u00e9e du souvenir, le blocage des adr\u00e9nocepteurs amygdaliens emp\u00eache la r\u00e9-enregistrement de la force \u00e9motionnelle du trauma, d\u00e9couplant le r\u00e9cit biographique de la panique physiologique.<\/p>\n<p>En ergonomie et en psychologie du travail, la surveillance des cycles adr\u00e9no-s\u00e9cr\u00e9toires guide l&rsquo;am\u00e9nagement des rythmes de travail post\u00e9 et la pr\u00e9vention des risques psychosociaux. Identifier les phases de d\u00e9compensation adr\u00e9nocorticale permet d&rsquo;intervenir en amont de l&rsquo;effondrement psychologique par des restructurations environnementales et des programmes d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la r\u00e9gulation vagale (coh\u00e9rence cardiaque, biofeedback) visant \u00e0 restaurer l&rsquo;\u00e9quilibre entre freins parasympathiques et acc\u00e9l\u00e9rateurs adr\u00e9nergiques.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es empiriques soutenant l&rsquo;implication des m\u00e9canismes adr\u00e9no-d\u00e9pendants dans la cognition et l&rsquo;affectivit\u00e9 s&rsquo;est consid\u00e9rablement enrichi ces derni\u00e8res d\u00e9cennies :<\/p>\n<p>Les travaux pionniers de James L. McGaugh au <em>Center for the Neurobiology of Learning and Memory<\/em> ont d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on irr\u00e9futable le r\u00f4le modulateur critique des hormones adr\u00e9naliennes dans la m\u00e9moire \u00e9motionnelle. Dans des s\u00e9ries d&rsquo;exp\u00e9riences chez l&rsquo;animal et chez l&rsquo;humain, l&rsquo;\u00e9quipe de McGaugh a prouv\u00e9 que l&rsquo;injection d&rsquo;agonistes adr\u00e9nergiques imm\u00e9diatement apr\u00e8s un apprentissage renforce la r\u00e9tention mn\u00e9sique \u00e0 long terme, tandis que le blocage adr\u00e9nergique l&rsquo;annule. Ces recherches ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que bien que l&rsquo;adr\u00e9naline s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par la m\u00e9dullosurr\u00e9nale ne franchisse que tr\u00e8s faiblement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, elle stimule les r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques p\u00e9riph\u00e9riques du nerf vague, qui projette via le noyau du faisceau solitaire sur le <em>locus coeruleus<\/em>, d\u00e9clenchant ainsi la lib\u00e9ration centrale de noradr\u00e9naline dans l&rsquo;amygdale.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes longitudinales men\u00e9es par des pionniers de la psycho-neuro-immunologie tels que George Chrousos ont cartographi\u00e9 les cons\u00e9quences ph\u00e9notypiques d&rsquo;une hyperactivation prolong\u00e9e de l&rsquo;axe corticotrope. Ces recherches confirment qu&rsquo;une exposition chronique \u00e0 l&rsquo;ACTH et au cortisol alt\u00e8re l&rsquo;expression du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF), inhibe la neurogen\u00e8se dans le gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe et favorise la plasticit\u00e9 hypertrophique de l&rsquo;amygdale, cr\u00e9ant ainsi un substrat neurobiologique auto-entretenu pour l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u00e9pressive.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique comportementale men\u00e9es par Michael Meaney et ses coll\u00e8gues ont \u00e9galement d\u00e9montr\u00e9 que les soins maternels pr\u00e9coces chez les rongeurs modifient durablement la m\u00e9thylation du promoteur du g\u00e8ne du r\u00e9cepteur aux glucocortico\u00efdes dans l&rsquo;hippocampe, calibrant pour toute la vie adulte la sensibilit\u00e9 et la r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;axe adr\u00e9nocortical face aux menaces.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>La perception et l&rsquo;expression des \u00e9tats adr\u00e9no-m\u00e9di\u00e9s varient largement selon les cultures, bien que le substrat neurobiologique universel demeure identique chez tous les repr\u00e9sentants de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, le concept d&rsquo;activation adr\u00e9nergique a \u00e9t\u00e9 largement vulgaris\u00e9 sous le vocable m\u00e9taphorique de \u00ab d\u00e9charge d&rsquo;adr\u00e9naline \u00bb. Cette formulation populaire est souvent valoris\u00e9e positivement dans le contexte des sports extr\u00eames, du culte de la performance manag\u00e9riale ou de la recherche de sensations fortes (<em>sensation seeking<\/em>), refl\u00e9tant un id\u00e9al soci\u00e9tal glorifiant l&rsquo;intensit\u00e9, l&rsquo;hyper-productivit\u00e9 et la ma\u00eetrise de l&rsquo;excitation.<\/p>\n<p>En revanche, dans de nombreuses cultures orientales valorisant l&rsquo;harmonie int\u00e9rieure et l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle, les manifestations corporelles de l&rsquo;activation adr\u00e9no-sympathique (palpitations, rougeur, tension motrice) sont per\u00e7ues comme des indicateurs d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre spirituel ou relationnel plut\u00f4t que comme des troph\u00e9es de combativit\u00e9. Certaines ethnopsychiatries ont d\u00e9crit des syndromes li\u00e9s \u00e0 la culture (<em>culture-bound syndromes<\/em>), comme l&rsquo;<em>Ataque de nervios<\/em> dans les populations hispanophones ou le <em>Hwabyung<\/em> en Cor\u00e9e, qui traduisent des somatisations explosives de la d\u00e9charge sympathico-adr\u00e9nalienne cons\u00e9cutives \u00e0 des frustrations interpersonnelles r\u00e9prim\u00e9es.<\/p>\n<p>De plus, les contextes de pr\u00e9carit\u00e9 socio-\u00e9conomique chronique ou de racisme structurel imposent aux minorit\u00e9s une activation permanente de l&rsquo;axe adr\u00e9nocortical. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;usure allostatique pr\u00e9matur\u00e9e, conceptualis\u00e9 comme une cons\u00e9quence directe des in\u00e9galit\u00e9s sociales de sant\u00e9, d\u00e9montre que la r\u00e9ponse adr\u00e9no-surr\u00e9nalienne n&rsquo;est pas un isolat biologique mais le r\u00e9ceptacle biologique direct des violences structurelles v\u00e9cues par les populations marginalis\u00e9es.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son \u00e9l\u00e9gance explicative, l&rsquo;approche biologique centr\u00e9e sur les m\u00e9canismes adr\u00e9no-surr\u00e9naliens fait l&rsquo;objet de plusieurs r\u00e9serves conceptuelles et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil r\u00e9side dans le r\u00e9ductionnisme biologique. R\u00e9duire des \u00e9tats psychologiques complexes, tels que la terreur existentielle, la col\u00e8re morale ou l&rsquo;\u00e9tat de panique, \u00e0 de simples \u00ab d\u00e9charges adr\u00e9nergiques \u00bb ou \u00e0 des \u00ab mont\u00e9es de cortisol \u00bb oblit\u00e8re la richesse du traitement cognitif, de l&rsquo;histoire subjective du sujet et du contexte s\u00e9mantique de l&rsquo;exp\u00e9rience. L&rsquo;activation somatique p\u00e9riph\u00e9rique est remarquablement similaire lors d&rsquo;un effort physique intense, d&rsquo;un acte sexuel passionn\u00e9 ou d&rsquo;une menace de mort ; c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9valuation subjective et l&rsquo;attribution de sens qui d\u00e9terminent l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel r\u00e9sultant.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure concerne le diagnostic populaire d&rsquo;\u00ab \u00e9puisement surr\u00e9nalien \u00bb (<em>adrenal fatigue<\/em>), abondamment promu par les m\u00e9decines alternatives et certains segments de la naturopathie. Les soci\u00e9t\u00e9s internationales d&rsquo;endocrinologie r\u00e9futent vigoureusement cette entit\u00e9 nosologique non valid\u00e9e, rappelant que les glandes surr\u00e9nales ne s&rsquo;\u00ab \u00e9puisent \u00bb pas de mani\u00e8re m\u00e9canique hors de pathologies auto-immunes av\u00e9r\u00e9es (comme la maladie d&rsquo;Addison). La dysr\u00e9gulation observ\u00e9e dans le stress chronique concerne le syst\u00e8me nerveux central et le calibrage de l&rsquo;axe hypothalamique, et non une banale d\u00e9faillance de production de la glande surr\u00e9nale elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Enfin, la variabilit\u00e9 interindividuelle et intra-individuelle massive des dosages de cortisol et d&rsquo;adr\u00e9naline pose d&rsquo;immenses d\u00e9fis de reproductibilit\u00e9. Des facteurs confondants comme l&rsquo;alimentation, le cycle circadien, la qualit\u00e9 du sommeil, la prise de contraceptifs oraux ou l&rsquo;indice de masse corporelle peuvent masquer ou distordre les corr\u00e9lations recherch\u00e9es avec les variables psychologiques pures, imposant une extr\u00eame prudence dans l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9tudes psychoendocriniennes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de naviguer avec rigueur dans la taxonomie neuroendocrinienne et psychologique, il convient d&rsquo;expliciter les distinctions conceptuelles fondamentales reliant et s\u00e9parant les termes affili\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adr\u00e9nergique vs Noradr\u00e9nergique :<\/strong> Si l&rsquo;adr\u00e9nergique se rapporte prioritairement \u00e0 l&rsquo;adr\u00e9naline (s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en vaste majorit\u00e9 par la m\u00e9dullosurr\u00e9nale pour une action corporelle p\u00e9riph\u00e9rique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e), le noradr\u00e9nergique concerne la noradr\u00e9naline, qui op\u00e8re avant tout comme un neurotransmetteur synaptique central orchestr\u00e9 par le <em>locus coeruleus<\/em> dans le cerveau.<\/li>\n<li><strong>Adr\u00e9naline vs Cortisol :<\/strong> L&rsquo;adr\u00e9naline est une amine d\u00e9riv\u00e9e de la tyrosine \u00e0 action foudroyante (demi-vie br\u00e8ve, r\u00e9ponse d&rsquo;alarme imm\u00e9diate), tandis que le cortisol est une hormone st\u00e9ro\u00efde synth\u00e9tis\u00e9e \u00e0 partir du cholest\u00e9rol, agissant de mani\u00e8re plus lente mais durable via la r\u00e9gulation de la transcription g\u00e9nique dans les cellules cibles.<\/li>\n<li><strong>Sympathico-adr\u00e9nalien vs Hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA) :<\/strong> Le premier repr\u00e9sente un syst\u00e8me neuro-m\u00e9dullaire \u00e0 transmission rapide (voies nerveuses spinales innervant la m\u00e9dullosurr\u00e9nale pour lib\u00e9rer des cat\u00e9cholamines), tandis que le second est un axe neuroendocrinien \u00e0 plusieurs relais hormonaux sanguins guidant la r\u00e9ponse corticosurr\u00e9nalienne.<\/li>\n<li><strong>Adr\u00e9naline vs \u00c9pin\u00e9phrine :<\/strong> Il s&rsquo;agit de stricts synonymes d\u00e9signant la m\u00eame mol\u00e9cule chimique (C9H13NO3). Le terme \u00ab adr\u00e9naline \u00bb est issu de la racine latine (pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dans la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne et francophone), tandis qu&rsquo;\u00ab \u00e9pin\u00e9phrine \u00bb d\u00e9rive du grec ancien (<em>epi-<\/em> \u00ab sur \u00bb, <em>nephros<\/em> \u00ab rein \u00bb), adopt\u00e9 comme d\u00e9nomination commune internationale officielle aux \u00c9tats-Unis.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le pr\u00e9fixe <strong>adr\u00e9no-<\/strong> condense l&rsquo;architecture biologique de la confrontation adaptative de l&rsquo;organisme face au monde ext\u00e9rieur :<\/p>\n<p>Il unifie deux dynamiques compl\u00e9mentaires au sein des glandes surr\u00e9nales : la r\u00e9activit\u00e9 imm\u00e9diate de la m\u00e9dullosurr\u00e9nale par les cat\u00e9cholamines (adr\u00e9naline) orchestrant la r\u00e9ponse d&rsquo;urgence <em>fight-or-flight<\/em>, et la r\u00e9gulation m\u00e9tabolique et comportementale au long cours port\u00e9e par la corticosurr\u00e9nale via les glucocortico\u00efdes (cortisol).<\/p>\n<p>En psychologie clinique et cognitive, les syst\u00e8mes pr\u00e9fix\u00e9s par <strong>adr\u00e9no-<\/strong> sont les acteurs centraux de la charge allostatique, de l&rsquo;encodage \u00e9motionnel des traumatismes au sein de l&rsquo;amygdale, et de l&rsquo;adaptation neurobiologique \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9.<\/p>\n<p>Leur \u00e9tude d\u00e9montre avec une clart\u00e9 exemplaire l&rsquo;indivisibilit\u00e9 du corps et de l&rsquo;esprit, o\u00f9 une variation endocrine p\u00e9riph\u00e9rique modifie imm\u00e9diatement l&rsquo;\u00e9tat de conscience, l&rsquo;\u00e9valuation de la menace et la tonalit\u00e9 affective de l&rsquo;existence humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brunet, A., Orr, S. P., Tremblay, J., Robertson, K., Nader, K., &amp; Pitman, R. K. (2008). Effect of post-retrieval propranolol on psychophysiologic and emotional responses in posttraumatic stress disorder: A randomized controlled trial. <em>Journal of Psychiatric Research<\/em>, 42(6), 503-506. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpsychires.2007.05.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jpsychires.2007.05.006<\/a><\/li>\n<li>Cannon, W. B. (1915). <em>Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage: An Account of Recent Researches into the Function of Emotional Excitement<\/em>. D. Appleton and Company. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/bodilychangesin00cann\">https:\/\/archive.org\/details\/bodilychangesin00cann<\/a><\/li>\n<li>Chrousos, G. P. (2009). Stress and disorders of the stress system. <em>Nature Reviews Endocrinology<\/em>, 5(7), 374-381. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrendo.2009.106\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrendo.2009.106<\/a><\/li>\n<li>McEwen, B. S. (1998). Protective and damaging effects of stress mediators. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 338(3), 171-179. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM199801153380307\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM199801153380307<\/a><\/li>\n<li>McGaugh, J. L. (2000). Memory\u2014a century of consolidation. <em>Science<\/em>, 287(5451), 248-251. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.287.5451.248\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.287.5451.248<\/a><\/li>\n<li>Selye, H. (1956). <em>The Stress of Life<\/em>. McGraw-Hill. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/archive.org\/details\/stressoflife00sely\">https:\/\/archive.org\/details\/stressoflife00sely<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la signification neuroendocrinienne et psychologique du pr\u00e9fixe adr\u00e9no-, moteur biologique de la r\u00e9ponse au stress, de l&rsquo;\u00e9veil et de la survie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,6870,3],"tags":[31827,32150,6687,32151,31969,32152,32149],"class_list":["post-19735","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychobiologie","category-psychologie-clinique","tag-adrenaline","tag-adreno","tag-cortisol","tag-glandes-surrenales","tag-psychoendocrinologie","tag-reponse-au-stress","tag-systeme-adrenergique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19735","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19735\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19735"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19735"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19735"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}