{"id":19714,"date":"2026-10-22T15:57:17","date_gmt":"2026-10-22T15:57:17","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=transition-genre-adolescent-clinique"},"modified":"2026-10-22T15:57:17","modified_gmt":"2026-10-22T15:57:17","slug":"transition-genre-adolescent-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=transition-genre-adolescent-clinique","title":{"rendered":"Transition chez l&rsquo;ado : Clinique et rep\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>La question des transitions de genre au cours de l&rsquo;adolescence constitue l&rsquo;un des champs les plus discut\u00e9s et complexes de la psychiatrie infanto-juv\u00e9nile, de la psychologie du d\u00e9veloppement et de l&rsquo;endocrinologie p\u00e9diatrique contemporaines. Entre qu\u00eate d&rsquo;identit\u00e9, d\u00e9tresse psychologique profonde et protocoles m\u00e9dicaux rigoureux, l&rsquo;affirmation de genre chez le sujet mineur requiert une grille de lecture interdisciplinaire, scientifique et \u00e9thique affranchie des simplifications id\u00e9ologiques.<\/p>\n<h2>Transition de genre \u00e0 l&rsquo;adolescence<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>transition de genre \u00e0 l&rsquo;adolescence<\/strong> (historiquement d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation populaire de \u00ab changement de sexe chez l&rsquo;adolescent \u00bb) renvoie \u00e0 l&rsquo;ensemble des processus sociaux, psychologiques, m\u00e9dico-l\u00e9gaux et parfois pharmacologiques par lesquels une personne pub\u00e8re ou pr\u00e9pub\u00e8re aligne son expression de genre, son r\u00f4le social ou ses caract\u00e9ristiques corporelles avec son <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Identit%C3%A9_de_genre\">identit\u00e9 de genre<\/a> ressentie, lorsque celle-ci diff\u00e8re de fa\u00e7on marqu\u00e9e et durable du sexe qui lui a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9 \u00e0 la naissance.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychopathologique et p\u00e9dopsychiatrique, ce parcours r\u00e9pond g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une situation de d\u00e9tresse cliniquement significative qualifi\u00e9e de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dysphorie_de_genre\">dysphorie de genre<\/a> selon le <em>Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/em> (DSM-5-TR) ou d&rsquo;\u00ab incongruence de genre \u00bb selon la Classification internationale des maladies (CIM-11) de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue r\u00e9ductrice assimilant ce processus \u00e0 une intervention chirurgicale imm\u00e9diate, l&rsquo;affirmation de genre chez le sujet mineur est un continuum temporel hautement \u00e9chelonn\u00e9, d\u00e9butant par des d\u00e9marches relationnelles et psychosociales, pouvant \u00e9ventuellement s&rsquo;accompagner de th\u00e9rapies hormonales r\u00e9versibles, sous r\u00e9serve d&rsquo;\u00e9valuations multidisciplinaires strictes.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescence repr\u00e9sentant une p\u00e9riode neurod\u00e9veloppementale charni\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par une plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale majeure, une maturation identitaire intense et des bouleversements pubertaires profonds, l&rsquo;accompagnement d&rsquo;un adolescent en questionnement de genre impose de distinguer les variations transitoires de l&rsquo;expression identitaire des d\u00e9tresses persistantes n\u00e9cessitant une prise en charge m\u00e9dicale sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab adolescent \u00bb tire ses racines lexicales du verbe latin <em>adolescere<\/em>, qui signifie \u00ab grandir \u00bb, \u00ab se d\u00e9velopper \u00bb ou \u00ab entrer dans la maturit\u00e9 \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du supin <em>adultum<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du pr\u00e9fixe inchoatif exprimant un devenir. L&rsquo;adolescence est donc, par d\u00e9finition m\u00eame de son \u00e9tymon, un \u00e9tat transitoire et dynamique d&rsquo;inach\u00e8vement et de transformation continue.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab transition \u00bb provient du latin <em>transitio<\/em>, form\u00e9 sur le supin <em>transitum<\/em> du verbe <em>transire<\/em> (\u00ab passer d&rsquo;un lieu \u00e0 un autre \u00bb, \u00ab traverser \u00bb). Initialement employ\u00e9 dans les domaines rh\u00e9torique et physique pour d\u00e9signer un passage graduel d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 un autre, il s&rsquo;est implant\u00e9 dans la litt\u00e9rature psycho-m\u00e9dicale anglophone (<em>gender transition<\/em>) dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle pour remplacer les notions jug\u00e9es trop mutilantes ou purement chirurgicales de <em>sex change<\/em> (\u00ab changement de sexe \u00bb). En fran\u00e7ais, l&rsquo;expression \u00ab changement de sexe \u00bb d\u00e9coule du latin <em>sexus<\/em> (probablement apparent\u00e9 \u00e0 <em>secare<\/em>, \u00ab couper \u00bb, \u00ab s\u00e9parer \u00bb), qui renvoyait strictement \u00e0 la partition biologique m\u00e2le\/femelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du vocable \u00ab genre \u00bb (du latin <em>genus<\/em>, <em>generis<\/em>, \u00ab race \u00bb, \u00ab esp\u00e8ce \u00bb, \u00ab cat\u00e9gorie \u00bb) dans le champ de la sant\u00e9 mentale d\u00e9coule des travaux pionniers du sexologue John Money dans les ann\u00e9es 1950, puis de Robert Stoller \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. La substitution progressive dans le discours clinique de \u00ab changement de sexe \u00bb par \u00ab transition d&rsquo;affirmation de genre \u00bb illustre le passage d&rsquo;une vision binaire et anatomique exclusive vers un paradigme int\u00e9gratif, distinguant les dimensions ph\u00e9notypiques, gonadiques, psychologiques et sociologiques de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme principal se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : \/t\u0281\u0251\u0303.zi.sj\u0254\u0303 d\u0259 \u0292\u0251\u0303\u0281 a l\u203fa.d\u0254.l\u025b.s\u0251\u0303s\/. L&rsquo;expression historique \u00ab changement de sexe chez l&rsquo;adolescent \u00bb se prononce quant \u00e0 elle : \/\u0283\u0251\u0303\u0292.m\u0251\u0303 d\u0259 s\u025bks \u0283e l\u203fa.d\u0254.l\u025b.s\u0251\u0303\/.<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, \u00ab transition de genre \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine, combinant un nom commun f\u00e9minin singulier (\u00ab transition \u00bb), une pr\u00e9position (\u00ab de \u00bb) et un nom masculin singulier (\u00ab genre \u00bb). Au pluriel, la formule devient \u00ab des transitions de genre chez les adolescents \u00bb. L&rsquo;usage clinique contemporain pr\u00e9f\u00e8re employer des syntagmes participiaux ou adjectivaux qualificatifs tels que \u00ab parcours de transition \u00bb, \u00ab d\u00e9marches d&rsquo;affirmation de genre \u00e0 l&rsquo;adolescence \u00bb ou \u00ab prise en charge m\u00e9dicale des mineurs transgenres et de genre divers \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone contemporaine, l&rsquo;expression populaire \u00ab changement de sexe \u00bb est devenue obsol\u00e8te dans le lexique p\u00e9dopsychiatrique officiel, car elle induit une confusion conceptuelle en sugg\u00e9rant que le sexe chromosomique peut \u00eatre modifi\u00e9 et en occultant la pr\u00e9pond\u00e9rance des dimensions psychosociales et d\u00e9veloppementales au cours de cette \u00e9tape de vie.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;accompagnement des adolescents manifestant une discordance entre leur genre v\u00e9cu et leur sexe d&rsquo;assignation repose sur un mod\u00e8le d&rsquo;affirmation gradu\u00e9 et pluridisciplinaire. Loin d&rsquo;\u00eatre un \u00e9v\u00e9nement ponctuel ou purement chirurgical, la transition \u00e0 l&rsquo;adolescence s&rsquo;articule autour de trois paliers distincts : la transition sociale, la suppression pubertaire temporaire et l&rsquo;hormonoth\u00e9rapie d&rsquo;affirmation, chaque palier r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9, d&rsquo;\u00e2ge et de temporalit\u00e9 sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>La <strong>transition sociale<\/strong> repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9tape inaugurale. Elle implique l&rsquo;adoption d&rsquo;un pr\u00e9nom d&rsquo;usage correspondant au genre affirm\u00e9, de nouveaux pronoms personnels, une modification du style vestimentaire, de la coupe de cheveux et de la posture relationnelle dans les cercles familiaux, scolaires et amicaux. Cette dimension ne comporte aucun aspect m\u00e9dical ou irr\u00e9versible, mais poss\u00e8de une port\u00e9e psychodynamique consid\u00e9rable. Pour de nombreux jeunes, elle permet une baisse imm\u00e9diate de l&rsquo;angoisse sociale et un soulagement de la souffrance psychique en r\u00e9tablissant une coh\u00e9rence intersubjective.<\/p>\n<p>Sur le versant m\u00e9dical, la premi\u00e8re \u00e9tape envisageable apr\u00e8s le d\u00e9clenchement effectif de la pubert\u00e9 biologique consiste en l&rsquo;administration d&rsquo;analogues de la gonadolib\u00e9rine (GnRHa), couramment appel\u00e9s <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bloqueur_de_pubert%C3%A9\">bloqueurs de pubert\u00e9<\/a>. Introduits d\u00e8s le stade II de la classification de Tanner, ces agents suspendent temporairement la production p\u00e9riph\u00e9rique d&rsquo;\u0153strog\u00e8nes ou de testost\u00e9rone. L&rsquo;objectif fondamental de cette suspension n&rsquo;est pas d&rsquo;induire une transformation corporelle active, mais d&rsquo;interrompre l&rsquo;apparition de caract\u00e9ristiques sexuelles secondaires non d\u00e9sir\u00e9es (mue vocale, pilosit\u00e9 faciale, d\u00e9veloppement mammaire, redistribution osseuse et graisseuse), souvent v\u00e9cues comme de v\u00e9ritables traumatismes corporels par les adolescents souffrant de dysphorie s\u00e9v\u00e8re. Cette approche offre une \u00ab pause temporelle \u00bb permettant d&rsquo;approfondir le travail d&rsquo;exploration psychologique sans l&rsquo;angoisse de la virilisation ou de la f\u00e9minisation biologique progressive.<\/p>\n<p>La seconde \u00e9tape m\u00e9dicale \u00e9ventuelle correspond \u00e0 l&rsquo;<strong>hormonoth\u00e9rapie partiellement r\u00e9versible ou crois\u00e9e<\/strong>, consistant en l&rsquo;administration d&rsquo;hormones st\u00e9ro\u00efdiennes sexuelles (testost\u00e9rone chez les adolescents transmasculins ; \u0153strog\u00e8nes coupl\u00e9s ou non \u00e0 des antiandrog\u00e8nes chez les adolescentes transf\u00e9minines). Cette phase induit des modifications physiques significatives et durables. Elle n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement propos\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 partir de 16 ans (ou exceptionnellement plus t\u00f4t dans des cadres protocolaires tr\u00e8s sp\u00e9cifiques), apr\u00e8s un suivi p\u00e9dopsychiatrique prolong\u00e9 et le recueil d&rsquo;un consentement \u00e9clair\u00e9 formalis\u00e9 de l&rsquo;adolescent et de ses tuteurs l\u00e9gaux.<\/p>\n<p>Enfin, les interventions chirurgicales sur les organes g\u00e9nitaux (vaginoplastie, phalloplastie, m\u00e9to\u00efdioplastie) sont formellement proscrites chez les personnes mineures dans la quasi-totalit\u00e9 des juridictions et consensus internationaux. Seule la mastectomie bilat\u00e9rale (ou torsoplastie) d&rsquo;affirmation transmasculine fait l&rsquo;objet de d\u00e9rogations exceptionnelles chez des adolescents \u00e2g\u00e9s de 16 ou 17 ans dans certains pays, apr\u00e8s une d\u00e9tresse thoracique invalidante et document\u00e9e par plusieurs comit\u00e9s d&rsquo;experts.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la prise en charge m\u00e9dicale des transitions chez les mineurs est relativement r\u00e9cente comparativement \u00e0 celle des adultes. Alors que les premi\u00e8res chirurgies de r\u00e9assignation g\u00e9nitale chez l&rsquo;adulte remontent aux ann\u00e9es 1930 en Allemagne (notamment au sein de l&rsquo;Institut de sexologie de Magnus Hirschfeld), les mineurs ont longtemps \u00e9t\u00e9 exclus de toute intervention biom\u00e9dicale, \u00e9tant cantonn\u00e9s \u00e0 des approches psychanalytiques ou comportementales visant le r\u00e9alignement de l&rsquo;identit\u00e9 sur l&rsquo;anatomie.<\/p>\n<p>Le tournant clinique d\u00e9cisif s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 aux Pays-Bas. Une \u00e9quipe pionni\u00e8re de p\u00e9dopsychiatres et d&rsquo;endocrinologues de l&rsquo;Universit\u00e9 libre d&rsquo;Amsterdam, dirig\u00e9e par Peggy Cohen-Kettenis et Henriette Delemarre-van de Waal, a formul\u00e9 ce qui est d\u00e9sormais connu sous le nom de <strong>Protocole d&rsquo;Amsterdam<\/strong> (ou <em>Dutch Protocol<\/em>). Face aux taux alarmants de d\u00e9pressions majeures et de conduites suicidaires observ\u00e9s chez les adolescents pub\u00e8res souffrant d&rsquo;une dysphorie de genre pr\u00e9coce et tenace, ces cliniciens ont propos\u00e9 l&rsquo;usage novateur des analogues de la GnRH pour stopper la pubert\u00e9 endog\u00e8ne, suivi plus tardivement d&rsquo;hormones crois\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans et de la chirurgie \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte (18 ans).<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 2000 et 2010, ce protocole s&rsquo;est progressivement diffus\u00e9 \u00e0 travers le monde occidental, int\u00e9gr\u00e9 dans les recommandations de la <em>World Professional Association for Transgender Health<\/em> (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Association_professionnelle_mondiale_pour_la_sant%C3%A9_des_personnes_transgenres\">WPATH<\/a>) et de l&rsquo;<em>Endocrine Society<\/em>. La reconnaissance de la d\u00e9tresse li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;incongruence a \u00e9galement favoris\u00e9 une d\u00e9psychiatrisation terminologique : passage du \u00ab transsexualisme \u00bb (CIM-10) au \u00ab trouble de l&rsquo;identit\u00e9 de genre \u00bb (DSM-IV), puis \u00e0 la \u00ab dysphorie de genre \u00bb (DSM-5 en 2013) et enfin \u00e0 l&rsquo;\u00ab incongruence de genre \u00bb class\u00e9e parmi les conditions relatives \u00e0 la sant\u00e9 sexuelle dans la CIM-11 adopt\u00e9e en 2019.<\/p>\n<p>Toutefois, les ann\u00e9es 2020 marquent une inflexion critique majeure dans plusieurs pays europ\u00e9ens pionniers (Su\u00e8de, Finlande, Royaume-Uni). L&rsquo;augmentation exponentielle des demandes de consultation, la modification spectaculaire du profil \u00e9pid\u00e9miologique (pr\u00e9pond\u00e9rance in\u00e9dite d&rsquo;adolescentes n\u00e9es de sexe f\u00e9minin) et la publication de revues syst\u00e9matiques soulignant la faible qualit\u00e9 m\u00e9thodologique des preuves initiales ont conduit \u00e0 un r\u00e9examen prudentiel des protocoles et \u00e0 une restriction de l&rsquo;acc\u00e8s aux traitements pharmacologiques pour les mineurs.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension clinique de la transition \u00e0 l&rsquo;adolescence repose sur la convergence et la confrontation de plusieurs paradigmes th\u00e9oriques majeurs de la psychologie, de la biologie du d\u00e9veloppement et de la sociologie.<\/p>\n<p>Sur le plan neurod\u00e9veloppemental et biologique, l&rsquo;hypoth\u00e8se de la diff\u00e9renciation sexuelle c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9natale sugg\u00e8re que l&rsquo;identit\u00e9 de genre se consolide sous l&rsquo;influence des concentrations hormonales in utero pendant le deuxi\u00e8me trimestre de gestation, tandis que la diff\u00e9renciation des organes g\u00e9nitaux externes s&rsquo;effectue plus pr\u00e9cocement durant le premier trimestre. Des th\u00e9oriciens comme Dick Swaab ont postul\u00e9 que des variations dans la r\u00e9ceptivit\u00e9 des r\u00e9cepteurs aux androg\u00e8nes au niveau hypothalamique pourraient engendrer une organisation neuronale dissonante par rapport au sexe ph\u00e9notypique, cr\u00e9ant ainsi les bases neurobiologiques de l&rsquo;incongruence de genre ressentie plus tardivement.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychodynamique et du d\u00e9veloppement infantile, la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement et les travaux sur la construction du sch\u00e9ma corporel (notamment chez Donald Winnicott et Fran\u00e7oise Dolto) \u00e9clairent la mani\u00e8re dont le corps pub\u00e8re peut devenir le r\u00e9ceptacle d&rsquo;angoisses de morcellement ou de rejet lorsque l&rsquo;incorporation des transformations physiologiques \u00e9choue. L&rsquo;adolescence r\u00e9active les conflits identificatoires primaires ; l&rsquo;\u00e9mergence des caract\u00e8res sexuels confronte brutalement le sujet \u00e0 la perte de la neutralit\u00e9 ou de l&rsquo;indiff\u00e9renciation infantile, pr\u00e9cipitant parfois une rupture d\u00e9fensive avec l&rsquo;anatomie per\u00e7ue.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les cadres socioconstructivistes et queer, inspir\u00e9s notamment des \u00e9crits de Judith Butler sur la performativit\u00e9 du genre, r\u00e9futent tout d\u00e9terminisme strictement biologique ou psychiatrique. Selon cette perspective, le binarisme strict des genres est une matrice normative contraignante. La d\u00e9tresse des adolescents ne proviendrait pas d&rsquo;un dysfonctionnement intrins\u00e8que de leur psychisme, mais de la stigmatisation sociale, du rejet familial et du carcan h\u00e9t\u00e9ronormatif, concept formalis\u00e9 par Ilan Meyer sous le vocable de <strong>th\u00e9orie du stress des minorit\u00e9s<\/strong> (<em>minority stress theory<\/em>).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse clinique d&rsquo;une trajectoire d&rsquo;affirmation de genre chez l&rsquo;adolescent distingue plusieurs composantes et typologies fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La transition sociale :<\/strong> modification du pr\u00e9nom, des pronoms (f\u00e9minins, masculins ou neutres), de l&rsquo;habillement, de l&rsquo;utilisation des vestiaires et sanitaires, ainsi que la r\u00e9gulation de l&rsquo;identit\u00e9 dans les \u00e9tablissements scolaires et sportifs.<\/li>\n<li><strong>La transition l\u00e9gale et administrative :<\/strong> changement officiel du pr\u00e9nom et, dans les juridictions qui l&rsquo;autorisent pour les mineurs avec accord parental, modification de la mention du sexe sur les registres d&rsquo;\u00e9tat civil et les documents d&rsquo;identit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La transition m\u00e9dicale de stade I (Suppression pubertaire) :<\/strong> prescription d&rsquo;analogues de l&rsquo;hormone de lib\u00e9ration des gonadotrophines (GnRHa), tels que la triptor\u00e9line ou la leupror\u00e9line, administr\u00e9s par injections intramusculaires ou implants sous-cutan\u00e9s pour bloquer l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-gonadique.<\/li>\n<li><strong>La transition m\u00e9dicale de stade II (Hormonoth\u00e9rapie crois\u00e9e) :<\/strong> administration de testost\u00e9rone exog\u00e8ne (voie intramusculaire ou transdermique) pour induire une virilisation, ou de 17-b\u00eata-\u0153stradiol (voie transdermique ou orale) associ\u00e9 \u00e0 un bloqueur d&rsquo;androg\u00e8nes pour favoriser une f\u00e9minisation corporelle.<\/li>\n<li><strong>La dimension psychoth\u00e9rapeutique d&rsquo;accompagnement :<\/strong> espace clinique neutre et exploratoire, centr\u00e9 sur le traitement des comorbidit\u00e9s anxio-d\u00e9pressives, l&rsquo;\u00e9valuation des dynamiques familiales et la clarification du sentiment identitaire en dehors de toute pression de confirmation ou de conversion.<\/li>\n<li><strong>Typologie temporelle de l&rsquo;apparition :<\/strong> distinction classique entre la dysphorie \u00e0 d\u00e9but pr\u00e9coce (d\u00e8s la petite enfance, caract\u00e9ris\u00e9e par une constance et une persistance \u00e9lev\u00e9es \u00e0 travers la pubert\u00e9) et la dysphorie \u00e0 d\u00e9but adolescent (\u00e9mergeant post-pubert\u00e9, souvent associ\u00e9e \u00e0 un tableau psychiatrique complexe et \u00e0 une forte proportion d&rsquo;assign\u00e9es femmes).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique met en lumi\u00e8re l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 prononc\u00e9e des situations v\u00e9cues par les jeunes et leurs familles.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Trajectoire persistante pr\u00e9coce (Adolescent transmasculin).<\/strong> Lucas, 15 ans, n\u00e9 de sexe f\u00e9minin, exprime un d\u00e9calage identitaire document\u00e9 depuis l&rsquo;\u00e2ge de 4 ans, refusant cat\u00e9goriquement les v\u00eatements f\u00e9minins et affirmant spontan\u00e9ment son identit\u00e9 masculine. Lors des premi\u00e8res manifestations pubertaires (th\u00e9larche \u00e0 11 ans), il a d\u00e9velopp\u00e9 un \u00e9tat d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re avec automutilations et d\u00e9scolarisation. Accompagn\u00e9 d\u00e8s ses 12 ans par une \u00e9quipe hospitali\u00e8re pluridisciplinaire, il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une transition sociale compl\u00e8te, suivie d&rsquo;une mise sous analogues de la GnRH \u00e0 13 ans ayant stabilis\u00e9 son humeur. \u00c0 16 ans, apr\u00e8s trois ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuation continue et avec l&rsquo;assentiment plein de ses parents, une hormonoth\u00e9rapie par \u00e9nanthate de testost\u00e9rone a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e \u00e0 doses progressives, permettant une r\u00e9int\u00e9gration scolaire r\u00e9ussie et la disparition compl\u00e8te des id\u00e9ations suicidaires.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : \u00c9mergence post-pubertaire complexe avec neuroatypie.<\/strong> Clara, 14 ans, assign\u00e9e fille \u00e0 la naissance, sans aucun ant\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;incongruence durant l&rsquo;enfance, annonce subitement \u00e0 ses parents son identit\u00e9 masculine sous le pr\u00e9nom d&rsquo;Alex, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 de multiples contenus sur les r\u00e9seaux sociaux. Clara pr\u00e9sente un trouble du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) diagnostiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, associ\u00e9 \u00e0 une phobie sociale majeure et \u00e0 des difficult\u00e9s de mentalisation corporelle. Dans ce contexte, l&rsquo;\u00e9quipe p\u00e9dopsychiatrique ne pr\u00e9conise pas de transition m\u00e9dicale h\u00e2tive. Elle propose une psychoth\u00e9rapie individuelle ax\u00e9e sur l&rsquo;exploration de l&rsquo;inconfort pubertaire, la dissociation corporelle et les relations interpersonnelles. Au bout de dix-huit mois d&rsquo;accompagnement, Clara identifie son malaise comme une difficult\u00e9 d&rsquo;adaptation aux attentes genr\u00e9es pesant sur les adolescentes plut\u00f4t que comme une identit\u00e9 transgenre p\u00e9renne, choisissant d&rsquo;abandonner la d\u00e9marche de transition m\u00e9dicale sans regret.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et mesure diagnostique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation diagnostique chez l&rsquo;adolescent ne repose sur aucun biomarqueur sanguin, g\u00e9n\u00e9tique ou d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale. Elle constitue une d\u00e9marche clinique longitudinale, qualitative et multidimensionnelle, s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs mois, voire plusieurs ann\u00e9es, au sein de centres de r\u00e9f\u00e9rence hospitaliers sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res op\u00e9rationnels du DSM-5-TR pour la dysphorie de genre chez l&rsquo;adolescent exigent la pr\u00e9sence d&rsquo;une inad\u00e9quation marqu\u00e9e entre le genre ressenti et le sexe assign\u00e9 depuis au moins six mois, manifest\u00e9e par au moins deux des crit\u00e8res suivants : un d\u00e9sir puissant d&rsquo;appartenir \u00e0 l&rsquo;autre genre ou de se d\u00e9barrasser de ses caract\u00e8res sexuels primaires\/secondaires, une conviction d&rsquo;\u00e9prouver les sentiments typiques de l&rsquo;autre genre, et une d\u00e9tresse cliniquement significative ou une alt\u00e9ration majeure du fonctionnement social, scolaire ou familial.<\/p>\n<p>L&rsquo;investigation clinique s&rsquo;appuie sur des entretiens semi-structur\u00e9s conduits s\u00e9par\u00e9ment et conjointement avec le jeune et ses repr\u00e9sentants l\u00e9gaux. Les praticiens utilisent fr\u00e9quemment des outils standardis\u00e9s d&rsquo;appoint tels que l&rsquo;<em>Utrecht Gender Dysphoria Scale<\/em> (UGDS) ou le <em>Gender Identity\/Gender Dysphoria Questionnaire for Adolescents and Adults<\/em> (GIDYQ-AA). N\u00e9anmoins, une part pr\u00e9pond\u00e9rante du bilan consiste en un diagnostic diff\u00e9rentiel approfondi : rep\u00e9rage syst\u00e9matique des troubles du spectre de l&rsquo;autisme (via l&rsquo;ADOS-2 ou l&rsquo;ADI-R), des troubles de la personnalit\u00e9 \u00e9mergents (notamment l&rsquo;\u00e9tat-limite), des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, des traumatismes sexuels ant\u00e9rieurs non m\u00e9tabolis\u00e9s et des troubles des conduites alimentaires (anorexie mentale avec rejet des formes f\u00e9minines pub\u00e8res).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge des transitions \u00e0 l&rsquo;adolescence s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 du colloque singulier m\u00e9decin-patient pour mobiliser l&rsquo;ensemble des institutions \u00e9ducatives, judiciaires et m\u00e9dico-sociales.<\/p>\n<p>En milieu scolaire, les directives minist\u00e9rielles (comme la circulaire de 2021 de l&rsquo;\u00c9ducation nationale en France) encouragent la prise en compte du pr\u00e9nom d&rsquo;usage et des pronoms choisis au sein des registres internes, l&rsquo;adaptation de l&rsquo;acc\u00e8s aux sanitaires et des dispositions bienveillantes pour les cours d&rsquo;\u00e9ducation physique et sportive, afin de pr\u00e9venir le d\u00e9crochage scolaire et le harc\u00e8lement entre pairs. Ces am\u00e9nagements visent \u00e0 cr\u00e9er un climat protecteur tout en maintenant le dialogue avec les familles.<\/p>\n<p>Dans la pratique m\u00e9dicale et endocrinologique, la surveillance clinique des adolescents sous traitement requiert un suivi somatique rigoureux : monitorage trimestriel de la tension art\u00e9rielle, de la masse corporelle, du bilan lipidique, de la fonction h\u00e9patique, de la formule sanguine (h\u00e9matocrite sous testost\u00e9rone) et r\u00e9alisation d&rsquo;ost\u00e9odensitom\u00e9tries annuelles pour surveiller la min\u00e9ralisation osseuse, fr\u00e9quemment ralentie lors de la mise sous bloqueurs de pubert\u00e9 prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>La question \u00e9thique de la pr\u00e9servation de la fertilit\u00e9 repr\u00e9sente un autre pan pratique primordial. Tout traitement hormonal crois\u00e9 comportant un risque substantiel de st\u00e9rilit\u00e9 temporaire ou d\u00e9finitive, les \u00e9quipes m\u00e9dicales doivent syst\u00e9matiquement orienter le jeune et ses parents vers un Centre d&rsquo;\u00c9tude et de Conservation des \u0152ufs et du Sperme (CECOS) pour discuter de la cryoconservation des gam\u00e8tes (ovocytes ou spermatozo\u00efdes) avant toute th\u00e9rapeutique modificatrice irr\u00e9versible.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es scientifiques concernant les retomb\u00e9es des interventions m\u00e9dicales chez l&rsquo;adolescent a connu des r\u00e9\u00e9valuations m\u00e9thodologiques profondes au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes initiales hollandaises men\u00e9es par Annelou de Vries et ses collaborateurs (2011, 2014) avaient rapport\u00e9 une r\u00e9duction notable de la dysphorie de genre, une am\u00e9lioration substantielle du fonctionnement psychologique global et une absence de regrets chez une cohorte soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9e de jeunes ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du protocole s\u00e9quentiel d&rsquo;Amsterdam. Ces r\u00e9sultats ont servi de socle aux recommandations de consensus de la WPATH pour promouvoir le mod\u00e8le affirmatif.<\/p>\n<p>Toutefois, la rigueur de ces donn\u00e9es a \u00e9t\u00e9 questionn\u00e9e. En 2024, le rapport de synth\u00e8se ind\u00e9pendant command\u00e9 par le National Health Service britannique, connu sous le nom de <strong>Revue Cass<\/strong> (<em>Cass Review<\/em>), dirig\u00e9 par la p\u00e9diatre Hilary Cass, a r\u00e9alis\u00e9 une m\u00e9ta-\u00e9valuation m\u00e9thodique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Ce travail d&rsquo;envergure a mis en lumi\u00e8re que la grande majorit\u00e9 des \u00e9tudes soutenant l&rsquo;efficacit\u00e9 des bloqueurs de pubert\u00e9 et des hormones crois\u00e9es chez les mineurs reposaient sur un niveau de preuve jug\u00e9 m\u00e9thodologiquement faible \u00e0 tr\u00e8s faible (absence de groupes contr\u00f4les randomis\u00e9s, \u00e9chantillons r\u00e9duits, biais de suivi, dur\u00e9e d&rsquo;observation \u00e0 long terme insuffisante).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques confirment par ailleurs une surrepr\u00e9sentation hautement significative des troubles neurod\u00e9veloppementaux : entre 15 % et 25 % des adolescents consultant pour incongruence de genre r\u00e9pondent aux crit\u00e8res formels d&rsquo;un trouble du spectre de l&rsquo;autisme, une pr\u00e9valence trois \u00e0 six fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la population g\u00e9n\u00e9rale, sans que les m\u00e9canismes de cette corr\u00e9lation (rigidit\u00e9 cognitive, moindre sensibilit\u00e9 aux normes sociales, hypersensibilit\u00e9 sensorielle corporelle) soient encore totalement \u00e9lucid\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et le v\u00e9cu de l&rsquo;incongruence identitaire chez l&rsquo;adolescent sont indissociables des contextes culturels, g\u00e9opolitiques et historiques dans lesquels ils \u00e9mergent.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, les variations d&rsquo;identit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es depuis des si\u00e8cles au sein de tiers-genres institutionnalis\u00e9s et ritualis\u00e9s, n&rsquo;impliquant historiquement aucune modification biom\u00e9dicale du corps : que ce soit les <em>Mahu<\/em> en Polyn\u00e9sie, les <em>Fa&rsquo;afafine<\/em> aux \u00eeles Samoa, les <em>Hijras<\/em> dans le sous-continent indien ou les <em>Two-Spirit<\/em> (Deux-Esprits) parmi les Premi\u00e8res Nations d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord. Chez ces peuples, le r\u00f4le assign\u00e9 d\u00e9pend d&rsquo;une fonction spirituelle ou sociale accept\u00e9e par la communaut\u00e9, et non d&rsquo;une revendication d&rsquo;alt\u00e9ration anatomique individuelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines industrialis\u00e9es et connect\u00e9es, l&rsquo;exp\u00e9rience de la transition s&rsquo;articule autour d&rsquo;une culture num\u00e9rique globale. Les plateformes sociales (TikTok, YouTube, Discord) ont d\u00e9mocratis\u00e9 le vocabulaire sp\u00e9cialis\u00e9 et fourni des espaces de socialisation vitaux pour des jeunes souvent isol\u00e9s g\u00e9ographiquement. Cependant, des sociologues et cliniciens s&rsquo;interrogent \u00e9galement sur les dynamiques de contagion intragroupe et la construction d&rsquo;identit\u00e9s collectives rigides \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 la suggestibilit\u00e9 et le besoin d&rsquo;appartenance paritaire sont \u00e0 leur apog\u00e9e.<\/p>\n<p>Les disparit\u00e9s l\u00e9gislatives mondiales sont consid\u00e9rables : tandis que certains pays autorisent l&rsquo;autod\u00e9termination administrative d\u00e8s 14 ou 16 ans sans avis m\u00e9dical (comme en Espagne), d&rsquo;autres criminalisent toute forme de transition pour les mineurs, voire sanctionnent p\u00e9nalement les praticiens et les parents prescripteurs, comme c&rsquo;est le cas dans plus d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;\u00c9tats aux \u00c9tats-Unis ou en Russie.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le traitement de la dysphorie de genre chez l&rsquo;adolescent fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 m\u00e9dico-scientifique internationale, polaris\u00e9e autour de visions \u00e9thiques divergentes.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse porte sur le concept de <strong>dysphorie de genre \u00e0 d\u00e9clenchement rapide<\/strong> (<em>Rapid-Onset Gender Dysphoria<\/em> ou ROGD), formul\u00e9 par la chercheuse Lisa Littman en 2018. Cette hypoth\u00e8se postule l&rsquo;existence d&rsquo;une sous-population sp\u00e9cifique d&rsquo;adolescentes, sans ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;enfance, pr\u00e9sentant une \u00e9mergence brutale d&rsquo;une identit\u00e9 transgenre sous l&rsquo;influence combin\u00e9e de la contagion paritaire, des r\u00e9seaux sociaux et de m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9vitement face \u00e0 des souffrances psychiatriques sous-jacentes. Bien que ce concept ait \u00e9t\u00e9 vigoureusement contest\u00e9 par des associations militantes pour son manque de validation clinique prospective directe, il demeure largement d\u00e9battu parmi les cliniciens de terrain constatant l&rsquo;explosion des demandes f\u00e9minines post-pub\u00e8res.<\/p>\n<p>La seconde inqui\u00e9tude concerne les effets somatiques \u00e0 long terme des analogues de la GnRH et de l&rsquo;hormonoth\u00e9rapie crois\u00e9e. Les d\u00e9tracteurs soulignent les risques potentiels sur la densit\u00e9 min\u00e9rale osseuse (ost\u00e9op\u00e9nie pr\u00e9coce), le d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral (les r\u00e9cepteurs sexuels jouant un r\u00f4le dans la my\u00e9linisation et l&rsquo;\u00e9lagage synaptique frontal durant l&rsquo;adolescence) et la perte d\u00e9finitive de la fertilit\u00e9 ainsi que de la fonction \u00e9rectile ou orgasmique adulte lorsque les bloqueurs sont introduits pr\u00e9cocement au stade II de Tanner sans que la pubert\u00e9 biologique n&rsquo;ait pu s&rsquo;accomplir.<\/p>\n<p>Enfin, le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9mergent de la <strong>d\u00e9transition<\/strong> \u2014 situation o\u00f9 des individus interrompent ou inversent leur transition m\u00e9dicale et r\u00e9adoptent leur sexe assign\u00e9 \u00e0 la naissance \u2014 suscite des interrogations profondes. Des \u00e9tudes qualitatives sur les personnes d\u00e9transitionneuses r\u00e9v\u00e8lent souvent un sentiment de pr\u00e9cipitation clinique initiale, un manque d&rsquo;exploration des ant\u00e9c\u00e9dents traumatiques ou de l&rsquo;homosexualit\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9e, ainsi qu&rsquo;une prise en charge guid\u00e9e par une adh\u00e9sion inconditionnelle au mod\u00e8le affirmatif sans neutralit\u00e9 \u00e9valuative suffisante.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil s\u00e9mantique, il convient de distinguer rigoureusement la transition de genre d&rsquo;autres concepts voisins du champ psycho-m\u00e9dical :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Identit\u00e9 de genre :<\/strong> conviction intime, profonde et subjective qu&rsquo;a un individu d&rsquo;\u00eatre un homme, une femme, ou d&rsquo;appartenir \u00e0 une autre modalit\u00e9 de genre (non-binaire), ind\u00e9pendamment de son anatomie initiale.<\/li>\n<li><strong>Expression de genre :<\/strong> manifestations ext\u00e9rieures de l&rsquo;individualit\u00e9 (v\u00eatements, coiffure, comportements, voix) per\u00e7ues \u00e0 travers le prisme des normes culturelles de masculinit\u00e9 ou de f\u00e9minit\u00e9 ; une non-conformit\u00e9 de genre n&rsquo;implique pas obligatoirement une identit\u00e9 transgenre ni un d\u00e9sir de transition.<\/li>\n<li><strong>Orientation sexuelle :<\/strong> patron durable d&rsquo;attirance affective, romantique et sexuelle envers des personnes d&rsquo;un sexe ou d&rsquo;un genre donn\u00e9 (h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, homosexualit\u00e9, bisexualit\u00e9, asexualit\u00e9). L&rsquo;identit\u00e9 de genre concerne le \u00ab qui je suis \u00bb, tandis que l&rsquo;orientation sexuelle concerne le \u00ab qui j&rsquo;aime \u00bb.<\/li>\n<li><strong>Dysmorphophobie (ou Trouble Dysmorphophobique) :<\/strong> pr\u00e9occupation obsessionnelle et d\u00e9lirante ou sub-d\u00e9lirante concernant un d\u00e9faut imaginaire ou minime de l&rsquo;apparence physique (nez, peau, silhouette), distincte de l&rsquo;incongruence globale li\u00e9e aux caract\u00e8res sexuels secondaires et au r\u00f4le de genre.<\/li>\n<li><strong>Dysphorie de genre vs Incongruence de genre :<\/strong> la dysphorie d\u00e9signe sp\u00e9cifiquement la d\u00e9tresse affective et la souffrance psychique caus\u00e9es par l&rsquo;\u00e9cart entre le genre v\u00e9cu et le sexe assign\u00e9, tandis que l&rsquo;incongruence d\u00e9crit simplement le d\u00e9calage anatomique et identitaire, qui peut exister en l&rsquo;absence de souffrance invalidante si l&rsquo;environnement est pleinement soutenant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La transition de genre \u00e0 l&rsquo;adolescence constitue un processus complexe, multidimensionnel et hautement singulier, requ\u00e9rant une \u00e9coute clinique empathique adoss\u00e9e \u00e0 une rigueur diagnostique exemplaire. Loin des raccourcis binaires opposant une n\u00e9gation dogmatique de la souffrance des jeunes \u00e0 une m\u00e9dicalisation syst\u00e9matique et pr\u00e9coce, les donn\u00e9es contemporaines convergent vers la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;accompagnement nuanc\u00e9 et \u00e9chelonn\u00e9.<\/p>\n<p>La transition sociale demeure une mesure d&rsquo;accompagnement r\u00e9versible mais puissante, dont le rythme doit respecter l&rsquo;\u00e9volution psychologique de l&rsquo;adolescent. Les interventions pharmacologiques (bloqueurs de pubert\u00e9, hormonoth\u00e9rapie crois\u00e9e) comportent des implications physiques, osseuses, m\u00e9taboliques et reproductives majeures qui exigent un discernement \u00e9clair\u00e9, une \u00e9valuation prudente des comorbidit\u00e9s psychiatriques et neurod\u00e9veloppementales associ\u00e9es, et le maintien d&rsquo;une alliance th\u00e9rapeutique solide entre le mineur, ses parents et une \u00e9quipe soignante interdisciplinaire d\u00e9di\u00e9e.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders<\/a><\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing.<\/li>\n<li>Cass, H. (2024). <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/cass.independent-review.uk\/home\/publications\/final-report\/\">The Cass Review: Independent review of gender identity services for children and young people<\/a><\/em>. National Health Service England.<\/li>\n<li>Coleman, E., Radix, A. E., Bouman, W. P., Brown, G. R., de Vries, A. L. C., Deutsch, M. B., &#8230; &amp; Arcelus, J. (2022). Standards of Care for the Health of Transgender and Gender Diverse People, Version 8. <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/26895269.2022.2100644\">International Journal of Transgender Health<\/a><\/em>, 23(S1), S1-S259.<\/li>\n<li>de Vries, A. L., McGuire, J. K., Steensma, T. D., Wagenaar, E. C., Doreleijers, T. A., &amp; Cohen-Kettenis, P. T. (2014). Young adult psychological outcome after puberty suppression and gender reassignment. <em>Pediatrics<\/em>, 134(4), 696-704.<\/li>\n<li>Hembree, W. C., Cohen-Kettenis, P. T., Gooren, L., Hannema, S. E., Meyer, W. J., Murad, M. H., &#8230; &amp; T&rsquo;Sjoen, G. G. (2017). Endocrine treatment of gender-dysphoric\/gender-incongruent persons: An Endocrine Society clinical practice guideline. <em><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/jcem\/article\/102\/11\/3869\/4157558\">The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/a><\/em>, 102(11), 3869-3903.<\/li>\n<li>World Health Organization. (2019). <em>International Classification of Diseases for Mortality and Morbidity Statistics<\/em> (11th Revision; ICD-11). World Health Organization.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse clinique approfondie de la transition de genre chez l&rsquo;adolescent : protocoles m\u00e9dicaux, \u00e9valuation diagnostique, d\u00e9bats \u00e9thiques et donn\u00e9es probantes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32102,32101,3],"tags":[57,32105,32104,27091,32106,14490,32103],"class_list":["post-19714","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-endocrinologie-pediatrique","category-psychiatrie-infanto-juvenile","category-psychologie-clinique","tag-adolescence","tag-affirmation-de-genre","tag-bloqueurs-de-puberte","tag-dysphorie-de-genre","tag-revue-cass","tag-sante-mentale-adolescent","tag-transition-de-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19714\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}