{"id":19695,"date":"2026-10-22T15:09:10","date_gmt":"2026-10-22T15:09:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-adjuvante-synergie-clinique"},"modified":"2026-10-22T15:09:10","modified_gmt":"2026-10-22T15:09:10","slug":"therapie-adjuvante-synergie-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-adjuvante-synergie-clinique","title":{"rendered":"Th\u00e9rapie adjuvante : synergie et soutien clinique"},"content":{"rendered":"<p>Dans le champ contemporain de la psychologie clinique, de la psychiatrie et de la psycho-oncologie, les trajectoires de soin complexes requi\u00e8rent fr\u00e9quemment des approches multimodales articulant plusieurs niveaux d&rsquo;intervention. La <strong>th\u00e9rapie adjuvante<\/strong> s&rsquo;impose ainsi comme une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique compl\u00e9mentaire, administr\u00e9e en synergie avec un traitement primaire pour potentialiser son efficacit\u00e9, pr\u00e9venir les r\u00e9cidives et optimiser la qualit\u00e9 de vie globale du patient. En croisant les dimensions biologiques, comportementales et affectives de l&rsquo;individu, ce mod\u00e8le int\u00e9gratif transforme en profondeur la prise en charge des troubles psychologiques et somatopsychiques.<\/p>\n<h2>Th\u00e9rapie adjuvante<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante d\u00e9signe une intervention th\u00e9rapeutique non principale, planifi\u00e9e et administr\u00e9e conjointement ou cons\u00e9cutivement \u00e0 un traitement de premi\u00e8re intention (dit primaire ou index), dans le dessein d&rsquo;en accro\u00eetre l&rsquo;efficacit\u00e9 curative, de r\u00e9duire le risque de rechute, de moduler la r\u00e9sistance au traitement ou d&rsquo;att\u00e9nuer la symptomatologie r\u00e9siduelle. Dans la nomenclature des sciences psychologiques et comportementales, elle qualifie tout protocole psychoth\u00e9rapeutique, psycho\u00e9ducatif ou psychosocial int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 une intervention socle (pharmacologique, m\u00e9dicale ou psychoth\u00e9rapeutique majeure) pour en consolider les b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;adjonction d&rsquo;une th\u00e9rapie ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple addition de techniques disparates. Elle s&rsquo;inscrit dans une logique de potentialisation fonctionnelle : l&rsquo;intervention primaire vise g\u00e9n\u00e9ralement la r\u00e9duction imm\u00e9diate des sympt\u00f4mes aigus centraux (par exemple, la stabilisation neurochimique d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur par un antid\u00e9presseur, ou la r\u00e9mission chirurgicale d&rsquo;une tumeur en oncologie), tandis que la th\u00e9rapie adjuvante cible les processus de maintien cognitif, les d\u00e9ficits d&rsquo;adaptation \u00e9motionnelle, les facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 interpersonnelle et les m\u00e9canismes de r\u00e9silience \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, notamment inaugur\u00e9e par les travaux fondateurs de Steven Greer en psycho-oncologie avec l&rsquo;<em>Adjuvant Psychological Therapy<\/em> (APT), le terme s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement aux th\u00e9rapies psychologiques br\u00e8ves con\u00e7ues sp\u00e9cifiquement pour aider les patients souffrant d&rsquo;affections somatiques s\u00e9v\u00e8res \u00e0 mobiliser des strat\u00e9gies de coping adaptatives face au traumatisme du diagnostic et aux effets ind\u00e9sirables des th\u00e9rapeutiques invasives.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le qualificatif \u00ab adjuvant \u00bb tire ses racines \u00e9tymologiques directes du latin classique <em>adjuvans<\/em>, participe pr\u00e9sent du verbe <em>adjuvare<\/em>, lui-m\u00eame form\u00e9 du pr\u00e9fixe allatif <em>ad-<\/em> (\u00ab vers \u00bb, \u00ab en direction de \u00bb) et du radical verbal <em>juvare<\/em> signifiant \u00ab aider \u00bb, \u00ab seconder \u00bb, \u00ab secourir \u00bb ou \u00ab faire du bien \u00bb. Historiquement employ\u00e9 dans la pharmacop\u00e9e traditionnelle d\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle pour qualifier une substance inactive ou secondaire incorpor\u00e9e dans une formule magistrale afin de faciliter l&rsquo;action du principe actif (le rem\u00e8de \u00ab base \u00bb), le mot s&rsquo;est progressivement constitu\u00e9 en concept scientifique autonome.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle que le terme franchit une \u00e9tape d\u00e9cisive dans le lexique biom\u00e9dical avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;oncologie moderne, d\u00e9signant les chimioth\u00e9rapies ou radioth\u00e9rapies administr\u00e9es apr\u00e8s une r\u00e9section chirurgicale pour \u00e9radiquer les microm\u00e9tastases invisibles. Le terme anglais correspondant, <em>adjuvant therapy<\/em>, s&rsquo;est impos\u00e9 dans les publications m\u00e9dicales internationales avant d&rsquo;\u00eatre r\u00e9appropri\u00e9 par les sciences psychiatriques et psychologiques \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formalis\u00e9e du vocable en psychoth\u00e9rapie clinique est attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe du psychiatre britannique Steven Greer au Royal Marsden Hospital de Londres, qui th\u00e9orisa en 1989 l&rsquo;\u00ab Adjuvant Psychological Therapy \u00bb pour les personnes atteintes de cancer. D\u00e8s lors, le champ de la sant\u00e9 mentale a \u00e9largi la d\u00e9nomination aux techniques de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale<\/a>, de pleine conscience ou d&rsquo;entra\u00eenement m\u00e9tacognitif associ\u00e9es aux chimioth\u00e9rapies psychotropes dans les troubles psychiatriques chroniques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon la transcription phon\u00e9tique internationale suivante : \/te.\u0281a.pi ad.\u0292y.v\u0251\u0303t\/. Le substantif \u00ab th\u00e9rapie \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier (pluriel : <em>th\u00e9rapies adjuvantes<\/em>), tandis que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00ab adjuvant \u00bb s&#8217;emploie ici en tant qu&rsquo;adjectif qualificatif relationnel \u00e9pith\u00e8te postpos\u00e9, s&rsquo;accordant en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il d\u00e9termine.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique et acad\u00e9mique, on rencontre \u00e9galement le syntagme synonyme \u00ab traitement adjuvant \u00bb (\/t\u0281\u025bt.m\u0251\u0303 ad.\u0292y.v\u0251\u0303\/, masculin singulier). Il convient de distinguer cet usage adjectival de l&#8217;emploi substantiv\u00e9 d&rsquo;\u00ab un adjuvant \u00bb, qui renvoie en immunologie \u00e0 une mol\u00e9cule stimulant la r\u00e9ponse immunitaire (comme l&rsquo;adjuvant vaccinal), ou en linguistique \u00e0 un actant facilitateur dans le sch\u00e9ma actantiel de Greimas.<\/p>\n<p>Au plan discursif, le terme s&#8217;emploie sans pr\u00e9position s\u00e9paratrice (\u00ab prescrire une th\u00e9rapie adjuvante \u00bb, \u00ab \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 de la th\u00e9rapie cognitive comme adjuvante aux thymor\u00e9gulateurs \u00bb). L&rsquo;adjectivation impose une rigueur d&rsquo;application : une th\u00e9rapeutique n&rsquo;est pas adjuvante par essence intrins\u00e8que, mais par positionnement fonctionnel et chronologique dans une strat\u00e9gie de prise en charge coordonn\u00e9e.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la th\u00e9rapie adjuvante dans sa profondeur th\u00e9orique, il est indispensable de clarifier la distinction \u00e9pist\u00e9mologique entre les diff\u00e9rentes phases d&rsquo;intervention th\u00e9rapeutique : n\u00e9oadjuvante, conjointe, adjuvante et de maintenance. Une intervention n\u00e9oadjuvante pr\u00e9c\u00e8de le traitement primaire pour r\u00e9duire la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du trouble ou am\u00e9liorer l&rsquo;observance ; une th\u00e9rapie d&rsquo;appoint conjointe s&rsquo;applique de mani\u00e8re strictement concomitante ; quant \u00e0 la th\u00e9rapie adjuvante, elle intervient pour compl\u00e9ter et parachever l&rsquo;action de l&rsquo;intervention nodale, comblant les zones aveugles du traitement de premi\u00e8re intention.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 psychologique, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un traitement adjuvant d\u00e9coule du constat d&rsquo;incompl\u00e9tude inh\u00e9rent \u00e0 la plupart des monoth\u00e9rapies. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des troubles de l&rsquo;humeur unipoaires, du trouble bipolaire, de la schizophr\u00e9nie ou des troubles anxieux s\u00e9v\u00e8res, les agents pharmacologiques r\u00e9tablissent des \u00e9quilibres synaptiques mais n&rsquo;enseignent pas au patient comment d\u00e9manteler ses sch\u00e9mas de pens\u00e9e dysfonctionnels, r\u00e9guler ses affects n\u00e9gatifs ou r\u00e9soudre ses conflits relationnels. R\u00e9ciproquement, face \u00e0 une crise psychotique ou un \u00e9pisode m\u00e9lancolique stuporeux, l&rsquo;approche psychologique isol\u00e9e s&rsquo;av\u00e8re initialement inop\u00e9rante sans le concours stabilisateur de la pharmacoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante op\u00e8re selon trois m\u00e9canismes psychologiques majeurs :<\/p>\n<p>Le premier m\u00e9canisme concerne la <em>restructuration cognitive et comportementale cibl\u00e9e<\/em>. L&rsquo;adjonction d&rsquo;une th\u00e9rapie psychologique permet au sujet d&rsquo;analyser les facteurs d\u00e9clencheurs de sa d\u00e9tresse et de modifier ses distorsions cognitives. Dans les protocoles de psycho-oncologie, par exemple, la th\u00e9rapie adjuvante aide les individus \u00e0 reformuler le sentiment d&rsquo;impuissance acquise g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le diagnostic en un esprit combatif (<em>fighting spirit<\/em>) ou en une acceptation sereine et lucide, diminuant significativement l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 existentielle et les manifestations d\u00e9pressives r\u00e9actionnelles.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me m\u00e9canisme repose sur l&rsquo;<em>optimisation de l&rsquo;observance et de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique<\/em>. Dans les pathologies chroniques s\u00e9v\u00e8res comme le trouble bipolaire ou les troubles schizophr\u00e9niques, une part pr\u00e9pond\u00e9rante des rechutes est imputable aux ruptures th\u00e9rapeutiques ou aux effets secondaires intol\u00e9rables des m\u00e9dicaments. Une psychoth\u00e9rapie adjuvante int\u00e9grant des modules de psycho\u00e9ducation \u00e9claire le patient sur la nature de sa maladie, normalise ses ambivalences, explore ses r\u00e9sistances conscientes ou inconscientes et favorise une d\u00e9cision partag\u00e9e qui s\u00e9curise l&rsquo;adh\u00e9sion globale aux soins.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me m\u00e9canisme implique le <em>renforcement de la r\u00e9serve cognitive et de l&rsquo;autor\u00e9gulation \u00e9motionnelle<\/em>. L&rsquo;apprentissage de techniques de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, d&rsquo;affirmation de soi ou de rem\u00e9diation cognitive dans le cadre adjuvant permet de restaurer les fonctions ex\u00e9cutives d\u00e9grad\u00e9es par le trouble primaire. Ces acquis agissent comme un bouclier neurocognitif et affectif, diminuant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress psychosocial et rompant les boucles de r\u00e9troaction n\u00e9gative \u00e0 l&rsquo;origine des r\u00e9cidives syndromiques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la th\u00e9rapie adjuvante refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale des paradigmes de la m\u00e9decine et de la psychologie, passant d&rsquo;un mod\u00e8le biom\u00e9dical r\u00e9ducteur centr\u00e9 sur l&rsquo;agent causal unique \u00e0 un mod\u00e8le holistique, int\u00e9gratif et biopsychosocial formalis\u00e9 par George Engel \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Auparavant, les interventions \u00e9taient le plus souvent con\u00e7ues comme concurrentes ou exclusives : les partisans de la cure par la parole et les tenants des approches somatiques s&rsquo;opposaient dans des d\u00e9bats doctrinaux st\u00e9riles.<\/p>\n<p>Le point de bascule survient au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 avec les pionniers de la m\u00e9decine comportementale et de la psycho-oncologie. Le psychiatre Steven Greer, constatant la d\u00e9tresse psychologique extr\u00eame et le sentiment d&rsquo;abandon des femmes trait\u00e9es par chirurgie ou chimioth\u00e9rapie pour un cancer du sein, conceptualise l&rsquo;<em>Adjuvant Psychological Therapy<\/em> (Greer et al., 1989, 1992). Greer a structur\u00e9 un mod\u00e8le d&rsquo;intervention cognitivo-comportementale br\u00e8ve (g\u00e9n\u00e9ralement 6 \u00e0 12 s\u00e9ances), centr\u00e9 sur le pr\u00e9sent, mobilisant les proches et visant \u00e0 susciter des strat\u00e9gies de coping actives. Ses essais cliniques randomis\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois avec rigueur m\u00e9thodologique qu&rsquo;une intervention psychologique cibl\u00e9e, administr\u00e9e en compl\u00e9ment des soins oncologiques standards, r\u00e9duisait durablement l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et la d\u00e9pression tout en am\u00e9liorant la r\u00e9ponse globale per\u00e7ue par le patient.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1990 et 2000, le concept a migr\u00e9 avec succ\u00e8s vers la psychiatrie clinique pure. Des chercheurs comme David Miklowitz ont d\u00e9velopp\u00e9 la th\u00e9rapie familiale focalis\u00e9e (<em>Family-Focused Therapy<\/em>) comme adjuvant indispensable au lithium dans le trouble bipolaire, tandis que Frank et Kupfer ont valid\u00e9 la psychoth\u00e9rapie interpersonnelle et d&rsquo;am\u00e9nagement des rythmes sociaux (<em>IPSRT<\/em>). Simultan\u00e9ment, les \u00e9quipes de Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale ont mis au point la th\u00e9rapie cognitive bas\u00e9e sur la pleine conscience (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pleine_conscience\">th\u00e9rapie cognitive bas\u00e9e sur la pleine conscience<\/a>, MBCT), con\u00e7ue pr\u00e9cis\u00e9ment comme un traitement adjuvant chez des patients stabilis\u00e9s sur le plan pharmacologique, dans le but d&#8217;emp\u00eacher les rechutes r\u00e9currentes de d\u00e9pression majeure.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riode contemporaine, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cognitives et affectives a consolid\u00e9 l&rsquo;assise scientifique des th\u00e9rapies adjuvantes. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle permet d\u00e9sormais de visualiser comment la combinaison simultan\u00e9e ou s\u00e9quentielle d&rsquo;interventions pharmacologiques et d&rsquo;interventions psychoth\u00e9rapeutiques ou de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rem%C3%A9diation_cognitive\">rem\u00e9diation cognitive<\/a> induit des remaniements neuroplastiques plus profonds et p\u00e9rennes qu&rsquo;une monoth\u00e9rapie unilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture th\u00e9orique sous-tendant la th\u00e9rapie adjuvante puise \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs paradigmes majeurs des sciences du comportement :<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le diath\u00e8se-stress<\/strong> constitue la pierre angulaire de cette d\u00e9marche. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;expression d&rsquo;un trouble psychiatrique ou d&rsquo;une d\u00e9compensation psychologique r\u00e9sulte de l&rsquo;interaction dynamique entre une vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique ou psychologique pr\u00e9existante (diath\u00e8se) et des \u00e9v\u00e9nements de vie perturbateurs (stress). Si le traitement primaire (chimique ou somatique) modifie la sensibilit\u00e9 biologique imm\u00e9diate au stress, la th\u00e9rapie adjuvante intervient directement sur l&rsquo;\u00e9valuation cognitive de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et sur le r\u00e9pertoire des r\u00e9ponses adaptatives, r\u00e9duisant drastiquement l&rsquo;impact des stresseurs environnementaux futurs.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie cognitive de la d\u00e9pression et du stress<\/strong> (Beck, 1979 ; Lazarus &amp; Folkman, 1984) offre un second cadre conceptuel indispensable. Lazarus et Folkman distinguent l&rsquo;\u00e9valuation primaire (la gravit\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la menace) de l&rsquo;\u00e9valuation secondaire (les ressources personnelles mobilisables pour y faire face). La th\u00e9rapie adjuvante agit pr\u00e9cis\u00e9ment comme un levier sur l&rsquo;\u00e9valuation secondaire : en enrichissant l&rsquo;\u00e9ventail des strat\u00e9gies de coping (centr\u00e9es sur le probl\u00e8me ou sur la r\u00e9gulation de l&rsquo;affect), elle transforme l&rsquo;impuissance en agentivit\u00e9 active.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques complexes<\/strong> en psychopathologie soutient que les sympt\u00f4mes psychiatriques s&rsquo;organisent en r\u00e9seaux auto-entretenus plut\u00f4t qu&rsquo;en maladies statiques \u00e9manant d&rsquo;une cause unique. Dans un r\u00e9seau pathologique (comprenant insomnie, ruminations, retrait social et perturbation neurochimique), attaquer un seul n\u0153ud (par exemple l&rsquo;insomnie via un hypnotique) peut laisser intacts les n\u0153uds cognitifs et relationnels. L&rsquo;adjonction d&rsquo;une th\u00e9rapie cibl\u00e9e permet une frappe multidimensionnelle sur le graphe de sympt\u00f4mes, d\u00e9stabilisant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;attracteur pathologique pour restaurer l&rsquo;hom\u00e9ostasie psychologique.<\/p>\n<p>Enfin, la <strong>neuroplasticit\u00e9 adaptative d\u00e9pendante de l&rsquo;exp\u00e9rience<\/strong> justifie neurobiologiquement l&rsquo;approche adjuvante. Les psychotropes cr\u00e9ent une fen\u00eatre de plasticit\u00e9 synaptique permissive en augmentant par exemple l&rsquo;expression du facteur neurotrophique issu du cerveau (BDNF). Toutefois, cette plasticit\u00e9 demeure indiff\u00e9renci\u00e9e sans entra\u00eenement environnemental : c&rsquo;est l&rsquo;exercice psychoth\u00e9rapeutique adjuvant qui structure et stabilise ces nouvelles connexions synaptiques par le r\u00e9apprentissage cognitif et comportemental.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante englobe une diversit\u00e9 de modalit\u00e9s adapt\u00e9es aux besoins cliniques singuliers du patient. On peut classifier ces interventions selon leurs objectifs, leurs formats et leurs cibles psychopathologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;Adjuvant Psychological Therapy (APT) classique en psycho-oncologie :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e sp\u00e9cifiquement pour les pathologies oncologiques, elle combine restructuration cognitive, entra\u00eenement \u00e0 la r\u00e9solution de probl\u00e8mes, imagerie guid\u00e9e, clarification des priorit\u00e9s existentielles et expression \u00e9motionnelle cibl\u00e9e face aux limitations induites par la maladie.<\/li>\n<li><strong>La rem\u00e9diation cognitive adjuvante :<\/strong> Principalement mobilis\u00e9e dans la schizophr\u00e9nie, les s\u00e9quelles de traumatismes cr\u00e2niens ou les troubles bipolaires, elle propose des exercices informatis\u00e9s ou m\u00e9tacognitifs r\u00e9guliers visant \u00e0 restaurer la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;attention soutenue, la flexibilit\u00e9 mentale et les comp\u00e9tences de cognition sociale, potentialisant la r\u00e9insertion sociale au-del\u00e0 de la s\u00e9dation symptomatique.<\/li>\n<li><strong>Les th\u00e9rapies bas\u00e9es sur la pleine conscience (MBCT, MBSR) :<\/strong> Utilis\u00e9es comme adjuvants dans les troubles d\u00e9pressifs r\u00e9currents ou la gestion des douleurs chroniques. Elles enseignent la d\u00e9fusion cognitive, l&rsquo;observation sans jugement des pens\u00e9es automatiques et la d\u00e9sactivation des modes de rumination mentale qui pr\u00e9cipitent les rechutes.<\/li>\n<li><strong>La psycho\u00e9ducation structur\u00e9e :<\/strong> Programme didactique et interactif men\u00e9 en s\u00e9ances individuelles ou en groupe, offrant des connaissances scientifiques sur le trouble, les signaux d&rsquo;alerte de rechute, l&rsquo;hygi\u00e8ne du sommeil et la gestion active de la pharmacoth\u00e9rapie. Elle repr\u00e9sente l&rsquo;adjuvant standard dans les troubles bipolaires et les troubles du comportement alimentaire.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9rapie comportementale dialectique (TCD) adjuvante :<\/strong> Souvent adjointe aux traitements psychiatriques classiques dans les troubles de la personnalit\u00e9 borderline, elle d\u00e9veloppe l&rsquo;efficacit\u00e9 interpersonnelle, la tol\u00e9rance \u00e0 la d\u00e9tresse et la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle par des entra\u00eenements en comp\u00e9tences hautement ritualis\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Les th\u00e9rapies m\u00e9diatis\u00e9es et psychomotrices :<\/strong> Art-th\u00e9rapie, musicoth\u00e9rapie, ergoth\u00e9rapie et activit\u00e9 physique adapt\u00e9e, qui interviennent en th\u00e9rapie adjuvante pour r\u00e9activer les circuits de la motivation, r\u00e9investir le sch\u00e9ma corporel et r\u00e9duire les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs ou d&rsquo;anh\u00e9donie r\u00e9sistants aux traitements primaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir le fonctionnement d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante en situation r\u00e9elle, examinons deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques illustrant son potentiel int\u00e9gratif.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : Psycho-oncologie et cancer du sein<\/strong><br \/>Claire, 44 ans, cadre d&rsquo;entreprise, a subi une tumorectomie mammaire suivie d&rsquo;une chimioth\u00e9rapie adjuvante lourde. Bien que la r\u00e9section chirurgicale ait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e optimale, Claire d\u00e9veloppe des attaques de panique avant chaque s\u00e9ance de perfusion, une anh\u00e9donie profonde et des ruminations catastrophistes permanentes concernant une r\u00e9cidive fatale imminente. Une psychoth\u00e9rapie adjuvante d&rsquo;orientation cognitivo-comportementale (selon le protocole APT de Greer) lui est prescrite \u00e0 raison de 8 s\u00e9ances bimensuelles. L&rsquo;intervention permet \u00e0 Claire de cartographier ses pens\u00e9es automatiques (\u00ab Mon corps m&rsquo;a trahie, je ne serai plus jamais en s\u00e9curit\u00e9 \u00bb), de pratiquer la relaxation musculaire progressive pour court-circuiter l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, et de restructurer ses croyances relatives au contr\u00f4le. \u00c0 l&rsquo;issue des s\u00e9ances, son score sur l&rsquo;\u00e9chelle HAD (Hospital Anxiety and Depression Scale) a chut\u00e9 de moiti\u00e9, et son observance des protocoles oncologiques ult\u00e9rieurs s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e sans faille.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Trouble bipolaire de type I et th\u00e9rapie des rythmes sociaux<\/strong><br \/>Marc, 29 ans, a connu deux hospitalisations sous contrainte pour des \u00e9pisodes maniaques avec caract\u00e9ristiques psychotiques. Malgr\u00e9 une prescription stabilis\u00e9e de carbonate de lithium (le traitement primaire) maintenant sa lith\u00e9mie dans la fourchette th\u00e9rapeutique, Marc pr\u00e9sente un sommeil fragment\u00e9, un isolement professionnel et un sentiment permanent de vuln\u00e9rabilit\u00e9 identitaire. Une th\u00e9rapie interpersonnelle et d&rsquo;am\u00e9nagement des rythmes sociaux (IPSRT) est introduite comme traitement adjuvant. Le clinicien aide Marc \u00e0 surveiller la r\u00e9gularit\u00e9 de ses rythmes circadiens (heure du lever, repas, contacts sociaux quotidiens) et \u00e0 anticiper les d\u00e9synchronisations provoqu\u00e9es par le travail post\u00e9. La prise en charge adjuvante permet une baisse significative de l&rsquo;instabilit\u00e9 thymique infraliminique et pr\u00e9vient tout nouvel \u00e9pisode maniaque sur un suivi de 36 mois.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;impact d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante constitue un enjeu majeur en recherche translationnelle et en pratique clinique. Elle impose une m\u00e9thodologie rigoureuse afin d&rsquo;isoler l&rsquo;effet propre de l&rsquo;intervention adjuvante des effets spontan\u00e9s, de l&rsquo;\u00e9volution naturelle de l&rsquo;affection ou de l&rsquo;action du traitement primaire.<\/p>\n<p>Parmi les instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s les plus largement document\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9valuation des th\u00e9rapies psychologiques adjuvantes, citons :<\/p>\n<p>Le <em>Mental Adjustment to Cancer<\/em> (MAC scale), \u00e9labor\u00e9 par Watson et Greer (1989), qui quantifie les r\u00e9ponses de coping sp\u00e9cifiques face \u00e0 l&rsquo;affection somatique (esprit combatif, impuissance-d\u00e9sespoir, \u00e9vitement cognitif, acceptation r\u00e9sign\u00e9e, pr\u00e9occupation anxieuse). Cet outil permet de calibrer les cibles de l&rsquo;intervention adjuvante et d&rsquo;\u00e9valuer la restructuration des attitudes d&rsquo;adaptation.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression en milieu hospitalier (<em>Hospital Anxiety and Depression Scale<\/em>, HADS) de Zigmond et Snaith, sp\u00e9cifiquement con\u00e7ue pour \u00e9liminer les biais d&rsquo;\u00e9valuation li\u00e9s aux sympt\u00f4mes somatiques (fatigue, perte de poids) induits par le traitement m\u00e9dical primaire, afin de mesurer fid\u00e8lement la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle r\u00e9siduelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine psychiatrique, l&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;appuie sur la passation longitudinale d&rsquo;\u00e9chelles de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 globale et de fonctionnement social, telles que l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale du fonctionnement (<em>Global Assessment of Functioning<\/em>, GAF) ou la WHODAS 2.0 d\u00e9velopp\u00e9e par l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\">Organisation mondiale de la Sant\u00e9<\/a>. On \u00e9value \u00e9galement l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique au moyen de l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;adh\u00e9sion m\u00e9dicamenteuse de Morisky (<em>Morisky Medication Adherence Scale<\/em>, MMAS), permettant de quantifier l&rsquo;effet m\u00e9diateur de la th\u00e9rapie adjuvante sur la prise rigoureuse du traitement de premi\u00e8re ligne.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante d\u00e9ploie sa pertinence au sein d&rsquo;une multitude d&rsquo;environnements cliniques et institutionnels :<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale de secteur et hospitali\u00e8re<\/strong>, les th\u00e9rapies adjuvantes repr\u00e9sentent d\u00e9sormais le standard de bonne pratique recommand\u00e9 par les agences sanitaires internationales pour les affections r\u00e9currentes. Dans le traitement de la schizophr\u00e9nie, la combinaison d&rsquo;une mol\u00e9cule antipsychotique avec une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale des hallucinations ou une rem\u00e9diation neurocognitive am\u00e9liore les taux d&rsquo;autonomie fonctionnelle bien plus efficacement qu&rsquo;un rel\u00e8vement des doses de neuroleptiques, tout en \u00e9vitant les surcharges iatrog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Dans les <strong>services d&rsquo;oncologie, de cardiologie et de soins palliatifs<\/strong>, l&rsquo;int\u00e9gration de psycho-oncologues proposant des th\u00e9rapies adjuvantes br\u00e8ves et personnalis\u00e9es au chevet du malade transforme l&rsquo;exp\u00e9rience du soin. Les patients b\u00e9n\u00e9ficiant de ces interventions pr\u00e9sentent une r\u00e9duction document\u00e9e de la perception de la douleur, un meilleur contr\u00f4le des naus\u00e9es anticipatoires li\u00e9es aux chimioth\u00e9rapies et une mobilisation plus active de leur r\u00e9seau de soutien social.<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine de premier recours et prise en charge des maladies chroniques<\/strong> (diab\u00e8te de type 2, polyarthrite rhumato\u00efde, maladies inflammatoires chroniques de l&rsquo;intestin), l&rsquo;adjonction d&rsquo;interventions psychologiques br\u00e8ves centr\u00e9es sur l&rsquo;entretien motivationnel et la gestion du stress permet d&rsquo;am\u00e9liorer l&rsquo;\u00e9quilibre glyc\u00e9mique ou immunitaire par une modification durable des comportements de sant\u00e9 (alimentation, activit\u00e9 physique, adh\u00e9sion aux rendez-vous de suivi).<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 empirique des th\u00e9rapies adjuvantes s&rsquo;appuie sur un corpus volumineux d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) et de m\u00e9ta-analyses m\u00e9thodologiquement rigoureuses. D\u00e8s les ann\u00e9es 1990, les travaux randomis\u00e9s pionniers de Steven Greer et de ses collaborateurs ont prouv\u00e9 que les patients canc\u00e9reux randomis\u00e9s dans le bras \u00ab traitement m\u00e9dical usuel + APT \u00bb pr\u00e9sentaient une am\u00e9lioration statistiquement et cliniquement significative de l&rsquo;esprit combatif et une diminution de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de la d\u00e9tresse globale par rapport au groupe recevant uniquement les soins m\u00e9dicaux de routine.<\/p>\n<p>Dans le champ des troubles de l&rsquo;humeur, une m\u00e9ta-analyse majeure men\u00e9e par Craighead et Miklowitz (2000) ainsi que les \u00e9tudes de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.apa.org\">American Psychological Association<\/a> ont \u00e9tabli que l&rsquo;association d&rsquo;une psychoth\u00e9rapie structur\u00e9e (TCC, th\u00e9rapie interpersonnelle ou th\u00e9rapie familiale) au traitement m\u00e9dicamenteux diminuait de 30 % \u00e0 40 % le risque de rechute \u00e0 deux ans dans le trouble d\u00e9pressif majeur r\u00e9current et le trouble bipolaire, en comparaison de la pharmacoth\u00e9rapie seule.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la schizophr\u00e9nie, les m\u00e9ta-analyses de Wykes et collaborateurs (2011) sur la rem\u00e9diation cognitive adjuvante ont d\u00e9montr\u00e9 des tailles d&rsquo;effet mod\u00e9r\u00e9es mais durables sur le fonctionnement cognitif global (d = 0,45) et sur les comp\u00e9tences psychosociales quotidiennes, \u00e0 condition que l&rsquo;entra\u00eenement soit coupl\u00e9 \u00e0 une prise en charge de r\u00e9habilitation psychiatrique globale.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es de recherche ont conduit les organismes d&rsquo;\u00e9valuation en sant\u00e9, tels que la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) en France ou le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) au Royaume-Uni, \u00e0 inscrire formellement les th\u00e9rapies adjuvantes dans leurs recommandations et algorithmes de prise en charge pour les pathologies chroniques invalidantes.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;impl\u00e9mentation d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;une lecture transculturelle rigoureuse. Les mod\u00e8les occidentaux de th\u00e9rapie adjuvante postulent souvent une communication transparente sur le pronostic vital, l&rsquo;autonomie d\u00e9cisionnelle de l&rsquo;individu et l&rsquo;adoption d&rsquo;un esprit combatif assertif face \u00e0 la pathologie. Or, ces pr\u00e9suppos\u00e9s axiologiques se heurtent parfois \u00e0 d&rsquo;autres visions du monde.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s collectivistes ou communautaires (notamment en Asie orientale, en Afrique subsaharienne ou au Moyen-Orient), la maladie n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme une affaire exclusivement individuelle, mais comme un d\u00e9s\u00e9quilibre engageant le groupe familial, la lign\u00e9e ou les forces spirituelles. Dans ces contextes, imposer une th\u00e9rapie adjuvante ultra-individualiste centr\u00e9e sur l&rsquo;autod\u00e9termination peut \u00eatre per\u00e7u comme ali\u00e9nant ou g\u00e9n\u00e9rateur de tensions intrafamiliales. La dissimulation protectrice du diagnostic de cancer par la famille au patient, fr\u00e9quente dans certaines cultures traditionnelles, exige des th\u00e9rapeutes adjuvants une flexibilit\u00e9 clinique majeure pour ne pas rompre l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique avec le syst\u00e8me familial \u00e9largi.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les modes d&rsquo;expression de la d\u00e9tresse psychologique varient consid\u00e9rablement : la somatisation (maux de t\u00eate, oppression thoracique, sensation de br\u00fblure) constitue souvent un langage de souffrance culturellement plus acceptable que l&rsquo;aveu d&rsquo;une d\u00e9pression ou d&rsquo;une angoisse existentielle. Une th\u00e9rapie adjuvante culturellement adapt\u00e9e doit savoir int\u00e9grer ces m\u00e9taphores somatiques et corporelles plut\u00f4t que de chercher d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 imposer une psychologisation abrupte du sympt\u00f4me.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son efficacit\u00e9 attest\u00e9e, le paradigme de la th\u00e9rapie adjuvante suscite plusieurs controverses cliniques et \u00e9pist\u00e9mologiques substantielles :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique concerne le risque d&rsquo;une <strong>hi\u00e9rarchisation implicite et subordonn\u00e9e<\/strong> de l&rsquo;intervention psychologique face au savoir biom\u00e9dical. Qualifier une psychoth\u00e9rapie d&rsquo;\u00ab adjuvante \u00bb revient linguistiquement et symboliquement \u00e0 rel\u00e9guer l&rsquo;\u00e9coute du sujet, sa subjectivit\u00e9 et son histoire de vie \u00e0 une position d&rsquo;auxiliaire ou de servante du traitement m\u00e9dical deemed \u00ab noble \u00bb et central. Pour certains cliniciens d&rsquo;orientation psychanalytique, ce statut ancillaire d\u00e9nature l&rsquo;essence m\u00eame de la relation clinique en la r\u00e9duisant \u00e0 un simple instrument d&rsquo;optimisation de la compliance pharmacologique ou m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9bat porte sur le <strong>fardeau th\u00e9rapeutique<\/strong> (<em>treatment burden<\/em>). La multiplication des consultations (chimioth\u00e9rapie, radioth\u00e9rapie, s\u00e9ances de kin\u00e9sith\u00e9rapie, auxquelles s&rsquo;ajoutent des s\u00e9ances obligatoires de psycho\u00e9ducation, de rem\u00e9diation cognitive ou de TCC adjuvante) peut conduire \u00e0 une surcharge mentale et physique chez un patient d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9. Chez certains individus vuln\u00e9rables, l&rsquo;obligation implicite d&rsquo;adopter un \u00ab esprit combatif \u00bb ou une \u00ab pens\u00e9e positive \u00bb promus par certains protocoles adjuvants peut susciter un sentiment intense de culpabilit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9chec personnel lorsque la maladie progresse malgr\u00e9 leurs efforts psychiques.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan organisationnel et \u00e9conomique, l&rsquo;acc\u00e8s r\u00e9el aux th\u00e9rapies adjuvantes demeure dramatiquement in\u00e9galitaire. Si les centres hospitaliers universitaires de pointe disposent d&rsquo;\u00e9quipes pluridisciplinaires structur\u00e9es, la p\u00e9nurie de psychologues cliniciens form\u00e9s dans les zones rurales ou les institutions de proximit\u00e9 cantonne trop souvent la th\u00e9rapie adjuvante \u00e0 un privil\u00e8ge th\u00e9orique r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une minorit\u00e9 de patients, cr\u00e9ant d&rsquo;importantes disparit\u00e9s socio-\u00e9conomiques de sant\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>La d\u00e9limitation pr\u00e9cise de la th\u00e9rapie adjuvante exige de la confronter \u00e0 d&rsquo;autres concepts voisins avec lesquels elle est fr\u00e9quemment confondue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Traitement n\u00e9oadjuvant vs Traitement adjuvant :<\/strong> L&rsquo;intervention n\u00e9oadjuvante est d\u00e9livr\u00e9e <em>avant<\/em> le traitement principal pour en maximiser la faisabilit\u00e9 ou r\u00e9duire la masse l\u00e9sionnelle\/symptomatique ; la th\u00e9rapie adjuvante intervient <em>apr\u00e8s<\/em> ou <em>pendant<\/em> le traitement principal pour en consolider les effets et pr\u00e9venir les rechutes.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapie conjointe \/ combin\u00e9e vs Th\u00e9rapie adjuvante :<\/strong> Une th\u00e9rapie combin\u00e9e met sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 conceptuel deux modalit\u00e9s \u00e9quivalentes (par exemple, TCC + antid\u00e9presseur d\u00e8s l&rsquo;initiation d&rsquo;un trouble panique) ; la th\u00e9rapie adjuvante d\u00e9signe sp\u00e9cifiquement une modalit\u00e9 compl\u00e9mentaire venant soutenir un socle th\u00e9rapeutique pr\u00e9existant ou dominant.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapies compl\u00e9mentaires et alternatives (CAM) vs Th\u00e9rapie adjuvante :<\/strong> Les th\u00e9rapies compl\u00e9mentaires ou douces (m\u00e9ditation sauvage, phytoth\u00e9rapie) sont souvent auto-administr\u00e9es sans validation empirique stricte ; la th\u00e9rapie adjuvante est un protocole de soin rigoureusement \u00e9valu\u00e9 scientifiquement, int\u00e9gr\u00e9 dans la strat\u00e9gie m\u00e9dicale globale de l&rsquo;\u00e9quipe soignante.<\/li>\n<li><strong>Traitement de maintenance \/ d&rsquo;entretien :<\/strong> Le traitement de maintenance vise la pr\u00e9servation \u00e0 tr\u00e8s long terme de la r\u00e9mission chez des patients asymptomatiques, alors que la th\u00e9rapie adjuvante peut \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e en phase active de maladie ou de transition pour traiter des sympt\u00f4mes r\u00e9siduels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante repr\u00e9sente un mod\u00e8le int\u00e9gratif fondamental de la clinique contemporaine, visant \u00e0 articuler harmonieusement les dimensions somatiques, pharmacologiques et subjectives du soin :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle d\u00e9signe toute modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique structur\u00e9e administr\u00e9e en compl\u00e9ment d&rsquo;un traitement principal pour maximiser l&rsquo;efficacit\u00e9, \u00e9radiquer la symptomatologie r\u00e9siduelle et pr\u00e9venir les rechutes \u00e0 long terme.<\/li>\n<li>Originaire de l&rsquo;oncologie m\u00e9dicale, elle a \u00e9t\u00e9 conceptualis\u00e9e en psychologie par Steven Greer sous la forme de l&rsquo;<em>Adjuvant Psychological Therapy<\/em> (APT), avant de se g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 l&rsquo;ensemble de la psychiatrie et de la psycho-oncologie.<\/li>\n<li>Ses m\u00e9canismes reposent sur la restructuration cognitive, le d\u00e9veloppement de strat\u00e9gies de coping adaptatives, l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique et la stimulation de la neuroplasticit\u00e9 adaptative.<\/li>\n<li>Elle englobe la psycho\u00e9ducation, les TCC cibl\u00e9es, la pleine conscience (MBCT), la rem\u00e9diation cognitive et l&rsquo;entra\u00eenement aux comp\u00e9tences psychosociales.<\/li>\n<li>Valid\u00e9e par une vaste litt\u00e9rature empirique, son d\u00e9ploiement exige toutefois de veiller \u00e0 ne pas surcharger le patient, de respecter ses repr\u00e9sentations socioculturelles de la maladie et de pr\u00e9server la pleine dignit\u00e9 subjective de la d\u00e9marche psychoth\u00e9rapeutique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Beck, A. T., Rush, A. J., Shaw, B. F., &amp; Emery, G. (1979). <em>Cognitive therapy of depression<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Craighead, W. E., &amp; Miklowitz, D. J. (2000). Psychosocial interventions for bipolar disorder. <em>Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 61(Suppl 13), 58\u201364.<\/li>\n<li>Greer, S., Moorey, S., Baruch, J. D., Watson, M., Robertson, B. M., Mason, A., Rowden, L., Law, M. G., &amp; Bliss, J. M. (1989). Adjuvant psychological therapy for patients with cancer: A prospective randomised trial. <em>BMJ<\/em>, 299(6706), 1023\u20131026. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.299.6706.1023\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.299.6706.1023<\/a><\/li>\n<li>Greer, S., Moorey, S., &amp; Watson, M. (1992). Adjuvant psychological therapy for cancer patients. <em>General Hospital Psychiatry<\/em>, 14(2), 81\u201390. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0163-8343(92)90033-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0163-8343(92)90033-5<\/a><\/li>\n<li>Lazarus, R. S., &amp; Folkman, S. (1984). <em>Stress, appraisal, and coping<\/em>. Springer Publishing Company.<\/li>\n<li>Miklowitz, D. J., &amp; George, E. L. (2008). <em>The bipolar disorder survival guide: What you and your family need to know<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Segal, Z. V., Williams, J. M. G., &amp; Teasdale, J. D. (2018). <em>Mindfulness-based cognitive therapy for depression<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Watson, M., Greer, S., Young, J., Inayat, Q., Burgess, C., &amp; Robertson, B. (1988). 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