{"id":19683,"date":"2026-10-22T14:36:20","date_gmt":"2026-10-22T14:36:20","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-adjuvante-synergie-soins"},"modified":"2026-10-22T14:36:20","modified_gmt":"2026-10-22T14:36:20","slug":"therapie-adjuvante-synergie-soins","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=therapie-adjuvante-synergie-soins","title":{"rendered":"Th\u00e9rapie adjuvante : Renforcer le soin"},"content":{"rendered":"<p>En psychiatrie et en psychologie clinique, l&rsquo;optimisation des trajectoires de gu\u00e9rison repose fr\u00e9quemment sur l&rsquo;articulation coordonn\u00e9e de multiples leviers th\u00e9rapeutiques. Lorsqu&rsquo;une modalit\u00e9 d&rsquo;intervention primaire s&rsquo;av\u00e8re insuffisante pour induire une r\u00e9mission compl\u00e8te ou pr\u00e9venir les rechutes, l&rsquo;adjonction d&rsquo;une modalit\u00e9 compl\u00e9mentaire devient une n\u00e9cessit\u00e9 clinique imp\u00e9rieuse. La notion de th\u00e9rapie adjuvante incarne pr\u00e9cis\u00e9ment cette dynamique synergique, o\u00f9 des interventions pharmacologiques, psychoth\u00e9rapeutiques ou psychosociales s&rsquo;associent pour maximiser le pronostic global du patient.<\/p>\n<h2>Th\u00e9rapie adjuvante<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante d\u00e9signe une intervention th\u00e9rapeutique administr\u00e9e conjointement \u00e0 un traitement principal ou primaire dans le dessein d&rsquo;en potentialiser les effets b\u00e9n\u00e9fiques, de cibler des sympt\u00f4mes r\u00e9siduels sp\u00e9cifiques, d&rsquo;am\u00e9liorer l&rsquo;observance ou de pr\u00e9venir les r\u00e9cidives. Contrairement \u00e0 la monoth\u00e9rapie qui s&rsquo;appuie sur un agent unique, cette modalit\u00e9 repose sur une architecture combinatoire intentionnelle et m\u00e9thodique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 mentale contemporaine, l&rsquo;adjuvant peut consister en une mol\u00e9cule pharmacologique ajout\u00e9e \u00e0 un premier psychotrope (par exemple, un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration associ\u00e9 \u00e0 un antid\u00e9presseur), ou en une forme sp\u00e9cifique de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie\">psychoth\u00e9rapie<\/a> administr\u00e9e en parall\u00e8le d&rsquo;une prise en charge m\u00e9dicamenteuse conventionnelle. Elle ne constitue pas le socle fondamental initial de la prise en charge, mais un vecteur d&rsquo;amplification strat\u00e9gique con\u00e7u pour modifier favorablement l&rsquo;\u00e9volution clinique.<\/p>\n<p>Cette approche s&rsquo;inscrit au c\u0153ur du mod\u00e8le biopsychosocial, reconnaissant qu&rsquo;une pathologie psychiatrique complexe r\u00e9siste rarement \u00e0 une intervention unidimensionnelle. L&rsquo;adjonction m\u00e9thodique d&rsquo;un protocole adjuvant permet de moduler diff\u00e9rentes cibles neurobiologiques, comportementales et affectives simultan\u00e9ment, garantissant une flexibilit\u00e9 d&rsquo;adaptation face \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 symptomatique propre aux troubles mentaux s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab adjuvant \u00bb puise ses racines directement dans le latin classique, d\u00e9rivant du verbe <em>adjuvare<\/em> (ou <em>adiuvare<\/em>), compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (signifiant \u00ab vers \u00bb, \u00ab en direction de \u00bb ou \u00ab en soutien \u00bb) et de <em>juvare<\/em> (signifiant \u00ab aider \u00bb, \u00ab secourir \u00bb, \u00ab \u00eatre utile \u00bb). Dans la pharmacop\u00e9e traditionnelle et la m\u00e9decine gal\u00e9nique latine, l&rsquo;<em>adjuvans<\/em> d\u00e9signait la substance int\u00e9gr\u00e9e dans une composition magistrale pour seconder l&rsquo;action de la base curative principale (le principe actif premier) et des substances correctrices.<\/p>\n<p>Le vocable a d&rsquo;abord trouv\u00e9 une formalisation rigoureuse en oncologie au milieu du XXe si\u00e8cle, qualifiant les chimioth\u00e9rapies ou radioth\u00e9rapies administr\u00e9es apr\u00e8s une r\u00e9section chirurgicale pour \u00e9radiquer les microm\u00e9tastases potentielles. Par extension conceptuelle et analogie clinique, les champs de la neuropsychiatrie et de la psychopharmacologie ont adopt\u00e9 ce terme au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980 pour caract\u00e9riser les strat\u00e9gies dites d&rsquo;\u00ab augmentation \u00bb ou de combinaisons d&rsquo;agents th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;usage a consacr\u00e9 le substantif et adjectif \u00ab adjuvant \u00bb, fr\u00e9quemment articul\u00e9 aux substantifs \u00ab traitement \u00bb, \u00ab strat\u00e9gie \u00bb ou \u00ab th\u00e9rapie \u00bb. Le terme conserve invariablement son acception premi\u00e8re de force d&rsquo;appui subordonn\u00e9e mais d\u00e9terminante, soulignant que l&rsquo;adjuvant n&rsquo;a pas vocation \u00e0 se substituer au traitement pivot, mais \u00e0 enrichir son champ d&rsquo;action.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab th\u00e9rapie adjuvante \u00bb se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/te.\u0281a.pi ad.\u0292y.v\u0251\u0303t\/. Le mot \u00ab adjuvant \u00bb se prononce \/ad.\u0292y.v\u0251\u0303\/ au masculin et \/ad.\u0292y.v\u0251\u0303t\/ au f\u00e9minin singulier.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab th\u00e9rapie adjuvante \u00bb est un syntagme nominal f\u00e9minin. Le mot \u00ab adjuvant \u00bb s&#8217;emploie \u00e0 la fois comme adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te (\u00ab un traitement adjuvant \u00bb, \u00ab une strat\u00e9gie adjuvante \u00bb) et comme substantif masculin (\u00ab un adjuvant \u00bb, \u00ab des adjuvants \u00bb). Dans les publications acad\u00e9miques francophones, il est d&rsquo;usage de rencontrer indiff\u00e9remment les expressions \u00ab th\u00e9rapie adjuvante \u00bb, \u00ab th\u00e9rapie d&rsquo;appoint \u00bb ou \u00ab traitement adjuvant \u00bb, bien que \u00ab traitement adjuvant \u00bb soit privil\u00e9gi\u00e9 dans le corpus psychopharmacologique et \u00ab th\u00e9rapie adjuvante \u00bb dans les contextes int\u00e9grant des pratiques psychosociales.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la th\u00e9rapie adjuvante dans toute sa subtilit\u00e9, il convient de tracer une ligne de d\u00e9marcation nette entre une simple polypharmacie non concert\u00e9e et une strat\u00e9gie d&rsquo;adjonction raisonn\u00e9e. La th\u00e9rapie adjuvante ne rel\u00e8ve pas de la superposition empirique de traitements, mais d&rsquo;une logique translationnelle guid\u00e9e par des hypoth\u00e8ses physiopathologiques ou ph\u00e9nom\u00e9nologiques solides. L&rsquo;objectif cardinal est d&rsquo;induire une synergie pharmacodynamique ou psycho-comportementale sup\u00e9rieure \u00e0 la simple somme arithm\u00e9tique des b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par chaque intervention dispens\u00e9e de mani\u00e8re isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre clinique de la th\u00e9rapie adjuvante s&rsquo;articule autour de quatre objectifs directeurs primordiaux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;induction de la r\u00e9mission :<\/strong> Transformer une r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique partielle en une r\u00e9solution compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e9pisode, \u00e9liminant ainsi les sympt\u00f4mes invalidants subsistants.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;action :<\/strong> Raccourcir le temps de latence n\u00e9cessaire pour observer les premiers b\u00e9n\u00e9fices cliniques tangibles, une dimension cruciale lors d&rsquo;\u00e9pisodes aigus ou de crises suicidaires.<\/li>\n<li><strong>La rem\u00e9diation des atteintes fonctionnelles :<\/strong> Restaurer la cognition sociale, la r\u00e9habilitation professionnelle et le fonctionnement interpersonnel, des aspects souvent peu modifi\u00e9s par les mol\u00e9cules pharmacologiques seules.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9duction des effets ind\u00e9sirables :<\/strong> Dans certaines configurations, un traitement adjuvant permet de diminuer la dose requise de la m\u00e9dication principale, limitant par cons\u00e9quent sa toxicit\u00e9 syst\u00e9mique et ses r\u00e9percussions m\u00e9taboliques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En pratique psychiatrique contemporaine, la th\u00e9rapie adjuvante est fr\u00e9quemment mobilis\u00e9e dans la prise en charge de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pression_(psychiatrie)\">d\u00e9pression<\/a> caract\u00e9ris\u00e9e r\u00e9sistante. Lorsqu&rsquo;un inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) ne permet pas de franchir le seuil de r\u00e9mission, l&rsquo;adjonction de lithium, de qu\u00e9tiapine, d&rsquo;aripiprazole ou de th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) constitue une d\u00e9marche adjuvante codifi\u00e9e par les recommandations internationales.<\/p>\n<p>Il importe \u00e9galement de situer la fronti\u00e8re entre \u00ab th\u00e9rapie adjuvante \u00bb et \u00ab traitement n\u00e9oadjuvant \u00bb. Si le traitement n\u00e9oadjuvant est administr\u00e9 en amont de l&rsquo;intervention principale pour en faciliter la r\u00e9ussite (une modalit\u00e9 rare mais \u00e9mergente en psychiatrie interventionnelle), le traitement adjuvant est introduit concomitamment ou cons\u00e9cutivement au traitement socle pour sceller et amplifier les gains obtenus.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la th\u00e9rapie adjuvante en sant\u00e9 mentale est intimement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la psychopharmacologie moderne et aux mutations \u00e9pist\u00e9mologiques de la nosographie psychiatrique. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;approche th\u00e9rapeutique \u00e9tait largement polaris\u00e9e entre les courants psychanalytiques purs et les interventions somatiques radicales telles que l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie ou la malariath\u00e9rapie, sans r\u00e9elle th\u00e9orisation des approches combin\u00e9es m\u00e9thodiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement des premiers psychotropes au cours des ann\u00e9es 1950 (d\u00e9couverte de la chlorpromazine par Jean Delay et Pierre Deniker, puis des premiers antid\u00e9presseurs tricycliques) a initialement fait \u00e9merger un dogme de la monoth\u00e9rapie. L&rsquo;id\u00e9al pharmacologique visait la \u00ab balle magique \u00bb capable de normaliser \u00e0 elle seule un d\u00e9r\u00e8glement neurochimique circonscrit. Cependant, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, les praticiens ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s aux limites intrins\u00e8ques de ce mod\u00e8le face aux \u00e9checs th\u00e9rapeutiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1970 et 1980 ont vu na\u00eetre les premiers protocoles syst\u00e9matiques d&rsquo;augmentation pharmacologique. Les travaux pionniers d&rsquo;Arthur Prange sur l&rsquo;adjonction de triiodothyronine (T3) aux antid\u00e9presseurs tricycliques, suivis par les recherches de Robert Prien et Paul Grof sur la potentialisation par les sels de lithium, ont pos\u00e9 les jalons th\u00e9oriques de la strat\u00e9gie adjuvante. L&rsquo;accent s&rsquo;est alors d\u00e9plac\u00e9 d&rsquo;un empirisme al\u00e9atoire vers une rationalisation des m\u00e9canismes de sensibilisation des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques et cat\u00e9cholaminergiques.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;essor de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves (EBM) a permis de formaliser l&rsquo;\u00e9valuation scientifique rigoureuse de ces strat\u00e9gies. De vastes essais multicentriques, tels que l&rsquo;\u00e9tude STAR*D (Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression) pilot\u00e9e par A. John Rush et ses collaborateurs, ont quantifi\u00e9 objectivement l&rsquo;efficacit\u00e9 compar\u00e9e des strat\u00e9gies de substitution (switch) versus les strat\u00e9gies adjuvantes d&rsquo;augmentation, validant la pertinence clinique de ces derni\u00e8res pour transformer des r\u00e9sistances th\u00e9rapeutiques tenaces.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la r\u00e9habilitation psychosociale et la psychoth\u00e9rapie empiriquement valid\u00e9e ont conquis un statut d&rsquo;adjuvant indispensable dans les troubles psychotiques et de l&rsquo;humeur. La th\u00e9rapie adjuvante n&rsquo;est plus exclusivement per\u00e7ue comme un ajout mol\u00e9culaire, mais comme l&rsquo;articulation structur\u00e9e de plusieurs registres du soin biopsychosocial.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La justification clinique des th\u00e9rapies adjuvantes repose sur plusieurs socles conceptuels issus des neurosciences cognitives, de la pharmacodynamie et de la psychologie int\u00e9grative.<\/p>\n<p>Sur le versant neurobiologique, le cadre de la th\u00e9orie des r\u00e9seaux complexes sugg\u00e8re que les troubles mentaux ne r\u00e9sultent pas du dysfonctionnement d&rsquo;un neuro-m\u00e9diateur isol\u00e9, mais d&rsquo;une alt\u00e9ration de circuits neuronaux distribu\u00e9s \u00e0 large \u00e9chelle (connectome fonctionnel). Une intervention pharmacologique primaire ciblant par exemple le transporteur de la s\u00e9rotonine modifie l&rsquo;\u00e9quilibre synaptique sans n\u00e9cessairement corriger les d\u00e9s\u00e9quilibres glutamatergiques ou gabaergiques sous-jacents. L&rsquo;introduction d&rsquo;un agent adjuvant permet d&rsquo;exercer une action mod\u00e9ratrice sur des r\u00e9cepteurs h\u00e9t\u00e9rologues ou d&rsquo;induire une plasticit\u00e9 synaptique via le facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF), contournant ainsi les blocages fonctionnels locaux.<\/p>\n<p>Sur le versant psychoth\u00e9rapeutique et cognitif, la th\u00e9orie du traitement de l&rsquo;information postule que les sch\u00e9mas cognitifs dysfonctionnels et les biais attentionnels s&rsquo;alimentent mutuellement avec les d\u00e9r\u00e9gulations neurochimiques. Si les psychotropes restaurent un niveau minimal d&rsquo;\u00e9nergie et de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle, ils ne modifient pas intrins\u00e8quement les postulats silencieux ou les strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation inadapt\u00e9es du sujet. Une th\u00e9rapie adjuvante comme la TCC apporte les comp\u00e9tences m\u00e9tacognitives et comportementales que le m\u00e9dicament ne peut conf\u00e9rer, cr\u00e9ant une boucle de r\u00e9troaction positive propice \u00e0 l&rsquo;autor\u00e9gulation durable.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le diath\u00e8se-stress stipule que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 intrins\u00e8que d&rsquo;un individu s&rsquo;exprime sous l&rsquo;effet de facteurs environnementaux d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. L&rsquo;action adjuvante des interventions de rem\u00e9diation cognitive ou de th\u00e9rapie de soutien familial vise \u00e0 abaisser la r\u00e9activit\u00e9 au stress psychosocial, pr\u00e9servant ainsi l&rsquo;individu des d\u00e9clencheurs qui viendraient submerger les m\u00e9canismes de protection induits par le traitement primaire.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Les th\u00e9rapies adjuvantes se d\u00e9clinent selon diverses polarit\u00e9s cliniques en fonction de la nature de l&rsquo;agent, du m\u00e9canisme de potentialisation recherch\u00e9 et des domaines cibl\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adjuvants pharmacologiques (Strat\u00e9gies d&rsquo;augmentation) :<\/strong> Int\u00e9gration d&rsquo;un second compos\u00e9 biochimique pour modifier la transmission synaptique. On distingue :\n<ul>\n<li><em>Les antipsychotiques atypiques \u00e0 faible dose :<\/em> Modulent les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2\/D3 et s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A\/5-HT1A (ex. aripiprazole, qu\u00e9tiapine).<\/li>\n<li><em>Les stabilisateurs de l&rsquo;humeur :<\/em> R\u00e9gulent les cascades de signalisation intracellulaire de l&rsquo;inositol et de la GSK-3 (ex. lithium).<\/li>\n<li><em>Les modulateurs endocriniens :<\/em> Action cibl\u00e9e sur l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-thyro\u00efdien (ex. liothyronine T3).<\/li>\n<li><em>Les agents glutamatergiques :<\/em> Favorisent la synaptogen\u00e8se rapide (ex. esk\u00e9tamine en inhalation dans la d\u00e9pression r\u00e9sistante).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Adjuvants psychoth\u00e9rapeutiques :<\/strong> Approches psychologiques structur\u00e9es adoss\u00e9es \u00e0 un suivi m\u00e9dicalis\u00e9 :\n<ul>\n<li><em>Th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) :<\/em> Restructuration des distorsions de la pens\u00e9e et exposition gradu\u00e9e.<\/li>\n<li><em>Th\u00e9rapie interpersonnelle et du rythme social (IPSRT) :<\/em> R\u00e9gularisation des synchroniseurs sociaux et circadiens.<\/li>\n<li><em>Psychoth\u00e9rapies bas\u00e9es sur la pleine conscience (MBCT) :<\/em> D\u00e9sengagement attentionnel vis-\u00e0-vis des ruminations d\u00e9pressives.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Adjuvants neurobiologiques non invasifs :<\/strong> Techniques de neurostimulation venant se greffer sur un programme de soins conventionnels :\n<ul>\n<li><em>Stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) :<\/em> Modulation corticale cibl\u00e9e du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral.<\/li>\n<li><em>Stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS) :<\/em> Induction de changements d&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Adjuvants hygi\u00e9no-di\u00e9t\u00e9tiques et psycho\u00e9ducatifs :<\/strong> Interventions sur le mode de vie :\n<ul>\n<li><em>Activit\u00e9 physique a\u00e9robie structur\u00e9e :<\/em> Stimulation de la neurogen\u00e8se hippocampique et r\u00e9duction des cytokines pro-inflammatoires.<\/li>\n<li><em>Chrono-th\u00e9rapie et luminoth\u00e9rapie :<\/em> Recalage de l&rsquo;horloge interne dans les troubles d\u00e9pressifs saisonniers ou unipolaires.<\/li>\n<li><em>Psycho\u00e9ducation formelle :<\/em> Renforcement des connaissances de la maladie pour maximiser l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alliance_th%C3%A9rapeutique\">alliance th\u00e9rapeutique<\/a> et l&rsquo;observance.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;op\u00e9rationnalisation de la th\u00e9rapie adjuvante s&rsquo;illustre particuli\u00e8rement bien \u00e0 travers des sc\u00e9narios cliniques repr\u00e9sentatifs des \u00e9cueils rencontr\u00e9s en psychiatrie ambulatoire et hospitali\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9pression majeure unipolaire avec r\u00e9ponse incompl\u00e8te.<\/strong> M. D., 42 ans, pr\u00e9sente un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9. Apr\u00e8s huit semaines d&rsquo;un traitement bien conduit par escitalopram \u00e0 dose maximale (20 mg\/jour), une am\u00e9lioration de 35 % sur l&rsquo;\u00e9chelle MADRS est observ\u00e9e. Cependant, une apathie s\u00e9v\u00e8re, des r\u00e9veils pr\u00e9coces et une anesth\u00e9sie affective persistent. Le psychiatre d\u00e9cide d&rsquo;instaurer une th\u00e9rapie adjuvante par aripiprazole \u00e0 2,5 mg\/jour, augment\u00e9e \u00e0 5 mg\/jour apr\u00e8s deux semaines. En parall\u00e8le, M. D. int\u00e8gre un cycle de TCC ax\u00e9 sur l&rsquo;activation comportementale. La synergie entre la r\u00e9gulation dopaminergique partielle conf\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;aripiprazole et l&rsquo;engagement progressif dans des activit\u00e9s valorisantes conduit \u00e0 une r\u00e9mission compl\u00e8te \u00e0 la douzi\u00e8me semaine.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Trouble bipolaire de type I et stabilisation thymique.<\/strong> Mme S., 29 ans, diagnostiqu\u00e9e d&rsquo;un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_bipolaire\">trouble bipolaire<\/a>, est stabilis\u00e9e sur le versant maniaque par le carbonate de lithium. N\u00e9anmoins, elle continue de subir des oscillations sous-syndromiques invalidantes et fait preuve d&rsquo;une instabilit\u00e9 majeure de ses cycles veille-sommeil, ce qui menace son insertion professionnelle. Son \u00e9quipe soignante introduit la th\u00e9rapie interpersonnelle et du rythme social (IPSRT) en adjuvant. Cet accompagnement structur\u00e9 lui permet de caler scrupuleusement ses heures de lever, d&rsquo;alimentation et d&rsquo;interactions sociales, r\u00e9duisant le taux de micro-r\u00e9cidives thymiques sur un suivi de deux ans de fa\u00e7on significativement sup\u00e9rieure \u00e0 la monoth\u00e9rapie par lithium.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Schizophr\u00e9nie et rem\u00e9diation cognitive.<\/strong> M. K., 24 ans, vit avec un trouble du spectre de la schizophr\u00e9nie stabilis\u00e9 par un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration, sans d\u00e9lires florides ni hallucinations actives. Il demeure toutefois incapable de reprendre un cursus d&rsquo;\u00e9tudes en raison de d\u00e9ficits mn\u00e9siques et d&rsquo;un ralentissement de la vitesse de traitement de l&rsquo;information. Un programme de rem\u00e9diation cognitive assist\u00e9 par ordinateur (adjuvant non pharmacologique) lui est prescrit deux fois par semaine pendant six mois. Cette adjonction permet de r\u00e9habiliter la m\u00e9moire de travail et les fonctions ex\u00e9cutives, permettant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tudiant d&rsquo;int\u00e9grer une formation adapt\u00e9e.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante requiert un dispositif m\u00e9thodologique pr\u00e9cis fond\u00e9 sur des instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s et des bilans somatiques continus. Il convient d&rsquo;objectiver non seulement le gain symptomatique incr\u00e9mental, mais \u00e9galement le rapport b\u00e9n\u00e9fice\/risque propre \u00e0 l&rsquo;ajout th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>En recherche comme en clinique, l&rsquo;efficacit\u00e9 diff\u00e9rentielle est couramment monitor\u00e9e par des \u00e9chelles de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 administr\u00e9es \u00e0 intervalles r\u00e9guliers :<\/p>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9pression de Montgomery-\u00c5sberg (MADRS)<\/em> ou <em>l&rsquo;\u00e9chelle de Hamilton (HAM-D)<\/em> pour quantifier la diminution des scores d\u00e9pressifs. Une r\u00e9duction de plus de 50 % du score initial d\u00e9finit la r\u00e9ponse, tandis qu&rsquo;un score MADRS inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 10 signe la r\u00e9mission clinique.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;\u00e9chelle des sympt\u00f4mes positifs et n\u00e9gatifs (PANSS)<\/em> dans les psychoses, servant \u00e0 v\u00e9rifier si l&rsquo;adjuvant r\u00e9duit les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs ou cognitifs sans amplifier les sympt\u00f4mes positifs.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;impression clinique globale (CGI)<\/em>, en particulier le sous-score CGI-Improvement (CGI-I), qui mesure le degr\u00e9 de changement per\u00e7u par le clinicien depuis l&rsquo;adjonction de l&rsquo;intervention.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan fonctionnel et subjectif, la mesure d&rsquo;impact s&rsquo;appuie sur la <em>Sheehan Disability Scale (SDS)<\/em> ou le questionnaire de qualit\u00e9 de vie <em>WHOQOL-BREF<\/em>. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;adjuvant doit imp\u00e9rativement int\u00e9grer la tol\u00e9rance clinique : l&rsquo;apparition d&rsquo;un syndrome m\u00e9tabolique, de sympt\u00f4mes extrapyramidaux (via l&rsquo;\u00e9chelle SAS de Simpson-Angus ou l&rsquo;\u00e9chelle AIMS pour la dyskin\u00e9sie tardive) ou d&rsquo;une somnolence excessive peut annuler les b\u00e9n\u00e9fices th\u00e9oriques de l&rsquo;adjonction.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre des th\u00e9rapies adjuvantes innerve l&rsquo;ensemble des sous-disciplines psychiatriques, red\u00e9finissant les algorithmes d\u00e9cisionnels dans les guides de pratique clinique internationaux (tels que ceux du CANMAT, du NICE ou de l&rsquo;American Psychiatric Association).<\/p>\n<p>En p\u00e9dopsychiatrie, le principe de pr\u00e9caution impose souvent de limiter l&rsquo;escalade pharmacologique. La th\u00e9rapie adjuvante prend alors la forme de guidances parentales (ex. programme de Barkley dans le TDAH) ajout\u00e9es \u00e0 une dose minimale de psychostimulant, ou d&rsquo;am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques individualis\u00e9s permettant de temp\u00e9rer l&rsquo;expression des troubles neurod\u00e9veloppementaux en milieu scolaire.<\/p>\n<p>En g\u00e9rontopsychiatrie, le d\u00e9fi de la polym\u00e9dication et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 pharmacocin\u00e9tique des patients \u00e2g\u00e9s exigent une vigilance aigu\u00eb. L&rsquo;adjonction d&rsquo;interventions non m\u00e9dicamenteuses (comme la stimulation cognitive, les activit\u00e9s motrices adapt\u00e9es ou la zooth\u00e9rapie) est privil\u00e9gi\u00e9e en th\u00e9rapie adjuvante aux inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase dans les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, retardant la perte d&rsquo;autonomie tout en limitant les interactions d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;addictologie, l&rsquo;efficacit\u00e9 des traitements de substitution aux opiac\u00e9s ou des modulateurs du craving alcoolique (comme l&rsquo;acamprosate ou le naltrexone) est grandement amplifi\u00e9e lorsqu&rsquo;ils sont coupl\u00e9s de mani\u00e8re adjuvante \u00e0 l&rsquo;entretien motivationnel ou aux th\u00e9rapies d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT). L&rsquo;adjuvant permet ici de traiter la souffrance \u00e9motionnelle \u00e0 la racine de la compulsion de consommation.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale abonde en donn\u00e9es validant la sup\u00e9riorit\u00e9 de multiples approches adjuvantes par rapport aux monoth\u00e9rapies isol\u00e9es dans les troubles psychiatriques complexes. Le cadre m\u00e9thodologique privil\u00e9gi\u00e9 demeure l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essai_clinique\">essai clinique<\/a> randomis\u00e9 en double aveugle contr\u00f4l\u00e9 contre placebo.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai clinique embl\u00e9matique STAR*D (Rush et al., 2006) a d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re probante que chez les patients non r\u00e9pondeurs \u00e0 un premier antid\u00e9presseur, les strat\u00e9gies d&rsquo;augmentation par un adjuvant pharmacologique (comme le bupropion ou le buspirone) engendraient des taux de r\u00e9mission significatifs, comparables voire sup\u00e9rieurs \u00e0 un changement complet d&rsquo;antid\u00e9presseur, tout en \u00e9vitant le ph\u00e9nom\u00e8ne de sevrage li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;interruption de la premi\u00e8re mol\u00e9cule.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse majeure publi\u00e9e dans <em>The Lancet<\/em> par Cipriani et al. a \u00e9galement confirm\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 robuste de l&rsquo;adjonction d&rsquo;antipsychotiques atypiques (notamment la qu\u00e9tiapine et l&rsquo;aripiprazole) chez les sujets souffrant de d\u00e9pression unipolaire r\u00e9sistante, avec des tailles d&rsquo;effet mod\u00e9r\u00e9es mais statistiquement significatives quant aux taux de r\u00e9pondeurs globaux.<\/p>\n<p>Dans le champ psychoth\u00e9rapeutique, les m\u00e9ta-analyses conduites par Cuijpers et ses collaborateurs (2014, 2020) ont examin\u00e9 de fa\u00e7on extensive la combinaison psychoth\u00e9rapie plus pharmacoth\u00e9rapie comparativement aux th\u00e9rapies m\u00e9dicamenteuses seules. Leurs conclusions indiquent de mani\u00e8re constante que la psychoth\u00e9rapie adjuvante conf\u00e8re une protection nettement sup\u00e9rieure contre les rechutes \u00e0 moyen et long terme, particuli\u00e8rement apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat progressif du traitement pharmacologique de fond.<\/p>\n<p>De r\u00e9centes recherches translationnelles s&rsquo;orientent vers des biomarqueurs pr\u00e9dictifs de la r\u00e9ponse aux th\u00e9rapies adjuvantes. L&rsquo;identification de profils inflammatoires sp\u00e9cifiques (comme une \u00e9l\u00e9vation de la prot\u00e9ine C-r\u00e9active ultra-sensible) ou de polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques du cytochrome P450 ouvre la voie \u00e0 des adjonctions personnalis\u00e9es, r\u00e9duisant l&rsquo;errance th\u00e9rapeutique par t\u00e2tonnements empiriques successifs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mise en pratique et l&rsquo;acceptabilit\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante varient substantiellement selon les contextes culturels, les mod\u00e8les explicatifs de la maladie mentale et l&rsquo;organisation des syst\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s non occidentales, o\u00f9 la dichotomie cart\u00e9sienne entre le corps et l&rsquo;esprit n&rsquo;est pas pr\u00e9dominante, les fronti\u00e8res de ce qui constitue un \u00ab adjuvant l\u00e9gitime \u00bb diff\u00e8rent profond\u00e9ment. Dans les approches m\u00e9dicales traditionnelles (telles que la m\u00e9decine traditionnelle chinoise ou l&rsquo;ayurveda en Inde), l&rsquo;adjonction de pr\u00e9parations phytoth\u00e9rapeutiques, d&rsquo;acupuncture ou de disciplines psychocorporelles (m\u00e9ditation, yoga) n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme secondaire mais intrins\u00e8que \u00e0 l&rsquo;harmonie th\u00e9rapeutique. Les psychiatres transculturels travaillant aupr\u00e8s de populations migrantes int\u00e8grent fr\u00e9quemment ces croyances culturelles en autorisant l&rsquo;intervention de m\u00e9diateurs communautaires ou de pratiques spirituelles comme adjuvants symboliques, renfor\u00e7ant l&rsquo;alliance sans interf\u00e9rer n\u00e9gativement avec les psychotropes prescrits.<\/p>\n<p>Inversement, dans certains pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 marqu\u00e9s par une sur-m\u00e9dicalisation, la pression temporelle et les contraintes \u00e9conomiques peuvent conduire \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;adjonction d&rsquo;une seconde pilule (polypharmacie rapide) au d\u00e9triment d&rsquo;une th\u00e9rapie adjuvante psychologique ou psychosociale, plus co\u00fbteuse en temps et en ressources sp\u00e9cialis\u00e9es. L&rsquo;acc\u00e8s aux th\u00e9rapies cognitivo-comportementales adjuvantes demeure ainsi tr\u00e8s in\u00e9gal \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du globe, d\u00e9pendant largement des politiques de remboursement et de la disponibilit\u00e9 des professionnels form\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que s\u00e9duisante et souvent salvatrice, la th\u00e9rapie adjuvante soul\u00e8ve d&rsquo;importants d\u00e9bats m\u00e9thodologiques, \u00e9thiques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>La critique majeure concerne le glissement fr\u00e9quent de la th\u00e9rapie adjuvante vers la polypharmacie non ma\u00eetris\u00e9e ou inappropri\u00e9e. Dans la pratique courante \u00ab en vie r\u00e9elle \u00bb, il n&rsquo;est pas rare de voir un patient recevoir un traitement primaire, puis un adjuvant pour renforcer l&rsquo;efficacit\u00e9, suivi d&rsquo;un second adjuvant pour traiter les effets ind\u00e9sirables du premier, cr\u00e9ant une \u00ab cascade th\u00e9rapeutique \u00bb n\u00e9faste. Ce cumul augmente drastiquement le risque d&rsquo;interactions m\u00e9dicamenteuses d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, aggrave les troubles cardiom\u00e9taboliques (notamment avec les antipsychotiques atypiques) et complique l&rsquo;observance en raison de la multiplication des prises journali\u00e8res.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente porte sur la dur\u00e9e de maintien du traitement adjuvant. Si les recommandations stipulent clairement les crit\u00e8res d&rsquo;instauration, les donn\u00e9es probantes quant au calendrier de sevrage d&rsquo;un adjuvant demeurent fragmentaires. Les cliniciens sont souvent r\u00e9ticents \u00e0 suspendre un agent qui a permis la r\u00e9mission, exposant les patients \u00e0 des prises m\u00e9dicamenteuses ind\u00e9finies sans b\u00e9n\u00e9fice incr\u00e9mental prouv\u00e9 au long cours.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des biais de publication substantiels ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s dans les \u00e9tudes sponsoris\u00e9es par l&rsquo;industrie pharmaceutique concernant les strat\u00e9gies d&rsquo;augmentation. L&rsquo;ampleur r\u00e9elle de l&rsquo;effet clinique a parfois \u00e9t\u00e9 surestim\u00e9e par rapport au risque de toxicit\u00e9 ou de prise de poids massive, incitant des associations de patients et des \u00e9pid\u00e9miologistes ind\u00e9pendants \u00e0 r\u00e9clamer une r\u00e9\u00e9valuation critique des protocoles d&rsquo;autorisation de mise sur le march\u00e9 pour les indications adjuvantes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir toute confusion s\u00e9mantique dans l&rsquo;analyse clinique, il convient de diff\u00e9rencier la th\u00e9rapie adjuvante de plusieurs concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Monoth\u00e9rapie :<\/strong> Utilisation exclusive d&rsquo;une seule approche th\u00e9rapeutique (mol\u00e9cule ou m\u00e9thode unique) pour traiter une affection. C&rsquo;est l&rsquo;antith\u00e8se formelle du sch\u00e9ma adjuvant.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapie n\u00e9oadjuvante :<\/strong> Intervention dispens\u00e9e avant la modalit\u00e9 principale pour en optimiser les conditions d&rsquo;application (ex. sevrage pr\u00e9alable en milieu hospitalier avant d&rsquo;initier une psychoth\u00e9rapie intensive).<\/li>\n<li><strong>Polypharmacie \/ Polym\u00e9dication :<\/strong> Prescription simultan\u00e9e de multiples m\u00e9dicaments chez un m\u00eame individu. Si la th\u00e9rapie adjuvante pharmacologique est une forme de polypharmacie, elle s&rsquo;en distingue par son caract\u00e8re rigoureusement rationnel, cibl\u00e9 et valid\u00e9 par des protocoles, l\u00e0 o\u00f9 la polym\u00e9dication g\u00e9n\u00e9rale peut \u00eatre anarchique et iatrog\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Strat\u00e9gie de substitution (Switching) :<\/strong> Arr\u00eat d&rsquo;un traitement inefficace ou mal tol\u00e9r\u00e9 pour le remplacer par une mol\u00e9cule d&rsquo;une autre classe th\u00e9rapeutique. Contrairement \u00e0 l&rsquo;adjonction qui capitalise sur le traitement en cours, la substitution repart d&rsquo;une nouvelle monoth\u00e9rapie.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapie compl\u00e9mentaire \/ alternative (CAM) :<\/strong> Pratiques souvent non conventionnelles choisies par le patient en marge ou en dehors de la m\u00e9decine acad\u00e9mique. La th\u00e9rapie adjuvante, au sens m\u00e9dical strict, repose sur une prescription int\u00e9gr\u00e9e et fond\u00e9e sur des donn\u00e9es probantes, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle emprunte des techniques issues de la relaxation ou de l&rsquo;activit\u00e9 physique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La th\u00e9rapie adjuvante repr\u00e9sente un paradigme d&rsquo;intervention essentiel de la m\u00e9decine et de la psychiatrie contemporaines. Loin de constituer un simple am\u00e9nagement empirique, elle incarne une vision synergique, adaptative et personnalis\u00e9e de la clinique humaine.<\/p>\n<p>Les points cardinaux \u00e0 retenir sont :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle consiste \u00e0 ajouter une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique secondaire (m\u00e9dicament, psychoth\u00e9rapie, neurostimulation ou modification du mode de vie) \u00e0 un traitement de base d\u00e9j\u00e0 en place.<\/li>\n<li>Ses vis\u00e9es fondamentales sont l&rsquo;obtention de la r\u00e9mission compl\u00e8te, la r\u00e9duction de la latence d&rsquo;action, le ciblage de sympt\u00f4mes r\u00e9siduels invalidants et la minimisation du risque de rechute.<\/li>\n<li>Les preuves scientifiques soutiennent massivement son recours dans les pathologies r\u00e9sistantes, \u00e0 l&rsquo;instar des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs r\u00e9fractaires ou des troubles de l&rsquo;humeur bipolaires.<\/li>\n<li>Elle requiert une surveillance rigoureuse pour \u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;une polypharmacie chaotique et ma\u00eetriser le co\u00fbt iatrog\u00e8ne cumul\u00e9 des interactions pharmacodynamiques.<\/li>\n<li>Son succ\u00e8s durable repose sur une alliance th\u00e9rapeutique solide et une compr\u00e9hension holistique des dimensions biologiques, psychologiques et sociales du patient.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2010). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/psychiatryonline.org\/pb\/assets\/raw\/sitewide\/practice_guidelines\/guidelines\/mdd.pdf\">Practice guideline for the treatment of patients with major depressive disorder (3rd ed.)<\/a>. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 167(10), 1-152.<\/li>\n<li>Cipriani, A., Furukawa, T. A., Salanti, G., Chaimani, A., Atkinson, L. Z., Ogawa, Y., Leucht, S., Ruhe, H. G., Turner, E. H., Higgins, J. P. T., Egger, M., &#038; Geddes, J. R. (2018). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(17)32802-7\">Comparative efficacy and acceptability of 21 antidepressant drugs for the acute treatment of adults with major depressive disorder: A systematic review and network meta-analysis<\/a>. <em>The Lancet<\/em>, 391(10128), 1357-1366.<\/li>\n<li>Cuijpers, P., Sijbrandij, M., Koole, S. L., Andersson, G., Beekman, A. T., &#038; Reynolds, C. F. (2014). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20092\">Adding psychotherapy to antidepressant medication in depression and anxiety disorders: A meta-analysis<\/a>. <em>World Psychiatry<\/em>, 13(1), 56-67.<\/li>\n<li>Rush, A. J., Trivedi, M. H., Wisniewski, S. R., Nierenberg, A. A., Stewart, J. W., Warden, D., Niederehe, G., Thase, M. E., Lavori, P. W., Lebowitz, B. D., McGrath, P. J., Rosenbaum, J. F., Sackeim, H. A., Kupfer, D. J., Luther, J., &#038; Fava, M. (2006). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa052963\">Acute and longer-term outcomes in depressed outpatients requiring one or several treatment steps: A STAR*D report<\/a>. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 163(11), 1905-1917.<\/li>\n<li>Yatham, L. N., Kennedy, S. H., Parikh, S. V., Schaffer, A., Bond, D. J., Frey, B. N., Sharma, V., Goldstein, B. I., Rej, S., Beaulieu, S., Alda, M., MacQueen, G., Milev, R. V., Ravindran, A., O&rsquo;Donovan, C., McIntosh, D., Lam, R. W., Vazquez, G., Kapczinski, F., &#8230; Berk, M. (2018). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/bdi.12609\">Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) 2018 guidelines for the management of patients with bipolar disorder<\/a>. <em>Bipolar Disorders<\/em>, 20(2), 97-170.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La th\u00e9rapie adjuvante d\u00e9signe une intervention ajout\u00e9e \u00e0 un traitement principal afin d&rsquo;en maximiser l&rsquo;efficacit\u00e9, de traiter les sympt\u00f4mes r\u00e9siduels et de pr\u00e9venir les rechutes dans les troubles psychiatriques et psychologiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,1399],"tags":[6985,9041,2223,32044,32033,32032],"class_list":["post-19683","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychotherapie","tag-depression-resistante","tag-psychopharmacologie","tag-psychotherapie","tag-strategie-therapeutique","tag-therapie-adjuvante","tag-traitement-adjuvant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19683\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}