{"id":19649,"date":"2026-10-22T13:07:59","date_gmt":"2026-10-22T13:07:59","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=methode-des-facteurs-additifs"},"modified":"2026-10-22T13:07:59","modified_gmt":"2026-10-22T13:07:59","slug":"methode-des-facteurs-additifs","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=methode-des-facteurs-additifs","title":{"rendered":"Facteurs additifs : chronom\u00e9trie du temps mental"},"content":{"rendered":"<p>La chronom\u00e9trie mentale constitue l&rsquo;un des piliers les plus f\u00e9conds de la psychologie cognitive exp\u00e9rimentale, offrant une fen\u00eatre rigoureuse sur l&rsquo;architecture invisible de l&rsquo;esprit humain. Au c\u0153ur de cette discipline d&rsquo;investigation se trouve la m\u00e9thode des facteurs additifs, un paradigme m\u00e9thodologique r\u00e9volutionnaire con\u00e7u pour d\u00e9composer le temps de r\u00e9action en stades discrets et successifs de traitement de l&rsquo;information. En analysant la mani\u00e8re dont des variables exp\u00e9rimentales distinctes interagissent ou s&rsquo;additionnent sur la dur\u00e9e globale d&rsquo;une t\u00e2che, cette approche permet d&rsquo;inf\u00e9rer l&rsquo;organisation modulaire des op\u00e9rations cognitives sans avoir \u00e0 ouvrir physiquement la bo\u00eete noire c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h2>M\u00e9thode des facteurs additifs<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>m\u00e9thode des facteurs additifs<\/strong> (en anglais, <em>additive-factors method<\/em> ou <em>additive factor method<\/em>) est un paradigme exp\u00e9rimental de chronom\u00e9trie mentale d\u00e9velopp\u00e9 par le psychologue cognitiviste Saul Sternberg \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. Elle repose sur l&rsquo;analyse statistique des effets de deux ou plusieurs facteurs exp\u00e9rimentaux manipul\u00e9s simultan\u00e9ment sur les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temps_de_r%C3%A9action\">temps de r\u00e9action<\/a> observ\u00e9s lors d&rsquo;une t\u00e2che cognitive. Le postulat fondamental de cette m\u00e9thode est que si deux facteurs influencent des \u00e9tapes distinctes et successives de traitement de l&rsquo;information au sein d&rsquo;une cha\u00eene s\u00e9quentielle, leurs effets sur la latence de r\u00e9ponse seront strictement additifs (absence d&rsquo;interaction statistique). \u00c0 l&rsquo;inverse, si deux variables affectent une seule et m\u00eame \u00e9tape computationnelle commune, leurs effets interagiront de mani\u00e8re significative.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la psychologie cognitive g\u00e9n\u00e9rale, cette m\u00e9thodologie offre un cadre de mod\u00e9lisation formel pour tester empiriquement la modularit\u00e9 des processus mentaux. Plut\u00f4t que de postuler arbitrairement l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9tapes cognitives telles que l&rsquo;encodage sensoriel, la comparaison mn\u00e9sique, la d\u00e9cision ou la programmation motrice, la m\u00e9thode des facteurs additifs fournit un crit\u00e8re falsifiable et math\u00e9matiquement structur\u00e9 pour valider la r\u00e9alit\u00e9 fonctionnelle et l&rsquo;ind\u00e9pendance de ces diff\u00e9rents stades. Elle a ainsi permis de d\u00e9passer les apories de la m\u00e9thode soustractive classique de Donders, en introduisant une logique de modulation de la difficult\u00e9 plut\u00f4t que d&rsquo;insertion pure de nouveaux processus mentaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab m\u00e9thode des facteurs additifs \u00bb est la traduction directe du syntagme anglo-am\u00e9ricain <em>additive-factor method<\/em> ou <em>additive-factors method<\/em>, forg\u00e9 et popularis\u00e9 par Saul Sternberg dans son article s\u00e9minal de 1969 intitul\u00e9 <em>\u00ab The discovery of processing stages: Extensions of Donders&rsquo; method \u00bb<\/em>. Le terme \u00ab facteur \u00bb d\u00e9rive du latin <em>factor<\/em>, signifiant \u00ab celui qui fait, cr\u00e9ateur ou agent \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>facere<\/em> (\u00ab faire \u00bb). En statistique et en psychologie exp\u00e9rimentale, il d\u00e9signe une variable ind\u00e9pendante manipul\u00e9e par le chercheur pour en \u00e9tudier l&rsquo;impact sur une variable d\u00e9pendante.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab additif \u00bb provient du bas-latin <em>additivus<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe classique <em>addere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (\u00ab vers, \u00e0 \u00bb) et de <em>dare<\/em> (\u00ab donner \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab joindre, ajouter \u00bb. En math\u00e9matiques et en analyse de variance, une propri\u00e9t\u00e9 est dite additive lorsque l&rsquo;effet combin\u00e9 de plusieurs \u00e9l\u00e9ments \u00e9quivaut exactement \u00e0 la somme arithm\u00e9tique de leurs effets individuels isol\u00e9s. L&rsquo;association de ces termes traduit pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;intuition conceptuelle de Sternberg : d\u00e9terminer si les charges temporelles induites par diff\u00e9rentes contraintes exp\u00e9rimentales s&rsquo;additionnent alg\u00e9briquement le long de l&rsquo;axe temporel de la cognition.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement \/me.t\u0254d de fak.t\u0153\u0281 z\u203fa.di.tif\/. Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin complexe compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin singulier (\u00ab m\u00e9thode \u00bb), d&rsquo;un article contract\u00e9 pluriel (\u00ab des \u00bb), d&rsquo;un substantif masculin pluriel (\u00ab facteurs \u00bb) et d&rsquo;un adjectif qualificatif masculin pluriel (\u00ab additifs \u00bb). On rencontre occasionnellement dans la litt\u00e9rature francophone les variantes \u00ab m\u00e9thode du facteur additif \u00bb, \u00ab paradigme des facteurs additifs \u00bb ou \u00ab logique des facteurs additifs \u00bb, bien que la formulation au pluriel demeure la norme acad\u00e9mique pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<p>Dans les contextes r\u00e9dactionnels sp\u00e9cialis\u00e9s, le syntagme est couramment abr\u00e9g\u00e9 sous l&rsquo;acronyme anglais <em>AFM<\/em> (Additive Factors Method) ou, plus rarement en fran\u00e7ais, <em>MFA<\/em>. Lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 comme adjectif relationnel, on parle volontiers d&rsquo;une \u00ab logique additive \u00bb ou d&rsquo;un \u00ab mod\u00e8le additif de traitement \u00bb. Son utilisation requiert une rigueur grammaticale stricte en statistique exp\u00e9rimentale, o\u00f9 l&rsquo;additivit\u00e9 s&rsquo;oppose conceptuellement \u00e0 la \u00ab multiplicativit\u00e9 \u00bb et \u00e0 la \u00ab non-lin\u00e9arit\u00e9 \u00bb des interactions factorielles au sein des plans d&rsquo;exp\u00e9rience factoriels orthogonaux.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour comprendre en profondeur la m\u00e9thode des facteurs additifs, il convient de la situer dans le probl\u00e8me fondamental de la chronom\u00e9trie mentale : comment d\u00e9composer une dur\u00e9e observable globale (le temps de r\u00e9action compris entre la pr\u00e9sentation d&rsquo;un stimulus et l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;une r\u00e9ponse motrice) en micro-op\u00e9rations inobservables directement ? L&rsquo;approche propos\u00e9e par Saul Sternberg postule une architecture fonctionnelle s\u00e9quentielle o\u00f9 le flux d&rsquo;informations traverse une s\u00e9rie lin\u00e9aire de bo\u00eetes noires appel\u00e9es \u00ab stades \u00bb ou \u00ab \u00e9tapes \u00bb de traitement (<em>processing stages<\/em>). Chaque stade re\u00e7oit une entr\u00e9e du stade imm\u00e9diatement ant\u00e9rieur, lui applique une transformation computationnelle sp\u00e9cifique qui requiert une certaine dur\u00e9e temporelle, puis transmet sa sortie au stade subs\u00e9quent sans r\u00e9troaction imm\u00e9diate (<em>feedforward<\/em> s\u00e9quentiel pur).<\/p>\n<p>La m\u00e9thode repose sur une dissociation logique entre deux types de r\u00e9sultats au sein d&rsquo;un plan factoriel crois\u00e9 : l&rsquo;additivit\u00e9 et l&rsquo;interaction. Imaginons une exp\u00e9rience o\u00f9 deux facteurs exp\u00e9rimentaux, not\u00e9s <em>F<\/em> et <em>G<\/em>, sont manipul\u00e9s \u00e0 deux niveaux de difficult\u00e9 chacun (par exemple, faible et \u00e9lev\u00e9). Si le facteur <em>F<\/em> ralentit le temps de r\u00e9ponse moyen de 50 millisecondes ind\u00e9pendamment du fait que le facteur <em>G<\/em> soit \u00e0 son niveau faible ou \u00e9lev\u00e9, l&rsquo;effet global correspondra \u00e0 la somme arithm\u00e9tique des deux effets individuels. Sur le plan statistique, le mod\u00e8le de r\u00e9gression lin\u00e9aire ou l&rsquo;analyse de variance (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Analyse_de_la_variance\">ANOVA<\/a>) ne r\u00e9v\u00e9lera aucune interaction significative entre <em>F<\/em> et <em>G<\/em>. Selon la logique de Sternberg, cette additivit\u00e9 d\u00e9montre avec force que <em>F<\/em> et <em>G<\/em> influencent deux stades de traitement temporellement distincts et mutuellement ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, si l&rsquo;effet du facteur <em>F<\/em> change d&rsquo;amplitude selon le niveau du facteur <em>G<\/em> (par exemple, si <em>F<\/em> allonge le temps de r\u00e9ponse de 30 ms quand <em>G<\/em> est facile, mais de 120 ms quand <em>G<\/em> est difficile), nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;une interaction statistique significative. Dans le mod\u00e8le de Sternberg, cette interaction constitue la signature d&rsquo;un point d&rsquo;impact partag\u00e9 : les deux facteurs modifient la dynamique interne d&rsquo;un m\u00eame stade de traitement sous-jacent. L&rsquo;interaction traduit le fait que l&rsquo;un des facteurs modifie l&rsquo;efficacit\u00e9 ou la nature des op\u00e9rations ex\u00e9cut\u00e9es par le stade sur lequel l&rsquo;autre facteur s&rsquo;exerce \u00e9galement.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre de cette m\u00e9thodologie est remarquable de rigueur, mais il suppose le respect scrupuleux de plusieurs postulats math\u00e9matiques et psychophysiologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;invariance de succession :<\/strong> Les stades de traitement op\u00e8rent en s\u00e9quence strictly lin\u00e9aire, chaque \u00e9tape ne d\u00e9butant que lorsque l&rsquo;\u00e9tape pr\u00e9c\u00e9dente a compl\u00e9t\u00e9 son traitement.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ind\u00e9pendance stochastique :<\/strong> La dur\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un stade donn\u00e9 ne d\u00e9pend pas probabilistiquement de la dur\u00e9e prise par les stades qui le pr\u00e9c\u00e8dent ou lui succ\u00e8dent.<\/li>\n<li><strong>La s\u00e9lectivit\u00e9 d&rsquo;influence :<\/strong> Un facteur exp\u00e9rimental id\u00e9al ne doit modifier que la vitesse de traitement d&rsquo;un stade donn\u00e9 sans alt\u00e9rer la nature qualitative des repr\u00e9sentations transmises ni r\u00e9organiser la s\u00e9quence globale de l&rsquo;algorithme cognitif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se de la m\u00e9thode des facteurs additifs s&rsquo;enracine au XIXe si\u00e8cle dans les travaux pr\u00e9curseurs du physiologiste n\u00e9erlandais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Franciscus_Cornelis_Donders\">Franciscus Cornelis Donders<\/a>. En 1868, Donders publia sa c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9thode de soustraction. En comparant les temps de r\u00e9action associ\u00e9s \u00e0 trois types de t\u00e2ches (la t\u00e2che A de r\u00e9action simple, la t\u00e2che B de choix multiple et la t\u00e2che C de discrimination de type go\/no-go), Donders soutenait que l&rsquo;on pouvait isoler la dur\u00e9e exacte de la discrimination perceptive en soustrayant le temps A du temps C, et la dur\u00e9e de la s\u00e9lection de r\u00e9ponse en soustrayant le temps C du temps B. Cette approche novatrice a inaugur\u00e9 la psychologie exp\u00e9rimentale moderne.<\/p>\n<p>Cependant, tout au long de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la m\u00e9thode soustractive de Donders s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 une objection \u00e9pist\u00e9mologique majeure : le postulat de \u00ab l&rsquo;insertion pure \u00bb (<em>pure insertion<\/em>). De nombreux psychologues, dont Oswald K\u00fclpe et l&rsquo;\u00c9cole de Wurtzbourg, ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;ajouter une exigence mentale (par exemple, devoir choisir entre deux r\u00e9ponses plut\u00f4t qu&rsquo;une seule) ne fait pas que glisser une nouvelle \u00e9tape dans un m\u00e9canisme par ailleurs inchang\u00e9 ; cette contrainte modifie souvent l&rsquo;attitude cognitive g\u00e9n\u00e9rale du sujet, r\u00e9organise la cha\u00eene des traitements et transforme la t\u00e2che en un tout qualitativement distinct. L&rsquo;insertion pure s&rsquo;est ainsi av\u00e9r\u00e9e \u00eatre une faille th\u00e9orique difficilement surmontable pour la soustraction d&rsquo;intervalles chronom\u00e9triques bruts.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour contourner cette impasse que Saul Sternberg a formul\u00e9 la m\u00e9thode des facteurs additifs en 1969. Au lieu de comparer des t\u00e2ches radicalement distinctes impliquant des insertions ou des suppressions de processus, Sternberg a propos\u00e9 de conserver une t\u00e2che identique dont on fait simplement varier la charge computationnelle le long de dimensions continues ou multiniveaux. En observant si les courbes factorielles demeurent parall\u00e8les (additivit\u00e9) ou divergent (interaction), la m\u00e9thode permet de valider empiriquement le d\u00e9coupage en stades sans pr\u00e9supposer arbitrairement l&rsquo;insertion pure. Cette invention a marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du paradigme cognitiviste computationnel, fournissant une instrumentation analytique d&rsquo;une puissance in\u00e9dite pour cartographier les modules de la m\u00e9moire de travail, de la perception et de l&rsquo;action motrice.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La m\u00e9thode des facteurs additifs s&rsquo;inscrit r\u00e9solument dans le paradigme du traitement de l&rsquo;information (<em>information-processing paradigm<\/em>), fortement influenc\u00e9 par la cybern\u00e9tique de Norbert Wiener, la th\u00e9orie math\u00e9matique de la communication de Claude Shannon et l&rsquo;analogie de l&rsquo;ordinateur qui a \u00e9merg\u00e9 durant la r\u00e9volution cognitive des ann\u00e9es 1950 et 1960. Selon ce mod\u00e8le \u00e9pist\u00e9mologique, l&rsquo;esprit humain est conceptualis\u00e9 comme un syst\u00e8me formel de manipulation de symboles, op\u00e9rant sur des repr\u00e9sentations internes par l&rsquo;entremise de fonctions algorithmiques programm\u00e9es.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur th\u00e9orique repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une cha\u00eene causale s\u00e9rielle et modulaire. Chaque \u00e9tape cognitive est envisag\u00e9e comme un module fonctionnellement encapsul\u00e9 qui effectue une transformation math\u00e9matique d\u00e9termin\u00e9e sur ses signaux d&rsquo;entr\u00e9e (input) pour produire des signaux de sortie (output). Par exemple, le syst\u00e8me visuel transforme d&rsquo;abord un patron de luminances r\u00e9tiniennes en une repr\u00e9sentation d&rsquo;attributs visuels (stade d&rsquo;encodage), laquelle est ensuite transmise \u00e0 un syst\u00e8me de reconnaissance lexicale ou mn\u00e9sique (stade de comparaison), puis \u00e0 un module de s\u00e9lection de la r\u00e8gle d&rsquo;action (stade de d\u00e9cision), et enfin \u00e0 un dispositif neuromusculaire effecteur (stade d&rsquo;ex\u00e9cution motrice).<\/p>\n<p>Sur le plan math\u00e9matique, si le temps de r\u00e9action total <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"TR\">$TR$<\/span> est la somme des dur\u00e9es de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"n\">$n$<\/span> stades successifs, soit :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>TR = S\u2081 + S\u2082 + &#8230; + S\u2099<\/em><\/p>\n<p>et que nous appliquons deux facteurs exp\u00e9rimentaux <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B\">$B$<\/span> agissant s\u00e9lectivement sur deux stades distincts <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_i\">$S_i$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_j\">$S_j$<\/span> ($i<br \/>\neq j$), l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique de la dur\u00e9e totale s&rsquo;exprime comme :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>E(TR | A, B) = E(S\u2081) + &#8230; + E(S_i | A) + &#8230; + E(S_j | B) + &#8230; + E(S\u2099)<\/em><\/p>\n<p>Dans cette \u00e9quation de d\u00e9composition lin\u00e9aire, l&rsquo;effet de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span> et l&rsquo;effet de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B\">$B$<\/span> s&rsquo;additionnent sans g\u00e9n\u00e9rer de terme de produit crois\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"(A \times B)\">$(A \times B)$<\/span>. C&rsquo;est cette \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique qui permet aux chercheurs de rejeter avec rigueur les mod\u00e8les de traitement unitaire ou indiff\u00e9renci\u00e9 au profit d&rsquo;architectures cognitives structur\u00e9es en blocs computationnels \u00e9tanches.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre et l&rsquo;interpr\u00e9tation de la m\u00e9thode des facteurs additifs s&rsquo;articulent autour de plusieurs dimensions structurales et typologies d&rsquo;effets qu&rsquo;il est indispensable de distinguer syst\u00e9matiquement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les facteurs d&rsquo;influence s\u00e9lective :<\/strong> Ce sont les variables ind\u00e9pendantes manipul\u00e9es par l&rsquo;exp\u00e9rimentateur, soigneusement calibr\u00e9es pour impacter pr\u00e9f\u00e9rentiellement une \u00e9tape de traitement (par exemple, la qualit\u00e9 visuelle du stimulus pour l&rsquo;encodage perceptif, la taille de la s\u00e9rie mn\u00e9sique pour la recherche en m\u00e9moire, ou la compatibilit\u00e9 stimulus-r\u00e9ponse pour la s\u00e9lection de r\u00e9ponse).<\/li>\n<li><strong>La relation d&rsquo;additivit\u00e9 (effets principaux additifs) :<\/strong> Manifestation statistique dans laquelle les effets de deux facteurs sont ind\u00e9pendants. Graphiquement, les fonctions repr\u00e9sentant le temps de r\u00e9action en fonction d&rsquo;un facteur demeurent strictement parall\u00e8les quel que soit le niveau de l&rsquo;autre facteur. Elle diagnostique la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins deux stades distincts successifs.<\/li>\n<li><strong>La relation d&rsquo;interaction (effets interactifs) :<\/strong> Situation empirique o\u00f9 l&rsquo;effet d&rsquo;une variable varie en amplitude ou en direction selon la modalit\u00e9 de la seconde variable. Graphiquement, les droites se croisent ou divergent. Elle diagnostique qu&rsquo;au moins une partie des op\u00e9rations affect\u00e9es par les deux facteurs est localis\u00e9e dans une \u00e9tape commune.<\/li>\n<li><strong>Les stades d&rsquo;entr\u00e9e (input stages) :<\/strong> Composantes pr\u00e9coces du traitement de l&rsquo;information, principalement d\u00e9volues \u00e0 la transduction sensorielle, au filtrage attentionnel et \u00e0 la formation du percept ou encodage.<\/li>\n<li><strong>Les stades centraux (central cognitive stages) :<\/strong> Modules de m\u00e9diation cognitive sup\u00e9rieure comprenant la recherche m\u00e9morielle, la cat\u00e9gorisation conceptuelle, la r\u00e9solution de probl\u00e8mes et la d\u00e9cision s\u00e9mantique ou motrice.<\/li>\n<li><strong>Les stades de sortie (output stages) :<\/strong> Processus terminaux responsables de la programmation motrice, de la s\u00e9lection des groupes musculaires et de l&rsquo;activation m\u00e9canique de la r\u00e9ponse comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;illustration canonique de cette m\u00e9thode provient de l&rsquo;exp\u00e9rience historique de Sternberg sur la fouille en m\u00e9moire de travail (t\u00e2che de balayage mn\u00e9sique). Des participants doivent m\u00e9moriser une courte s\u00e9rie de chiffres (par exemple, 3, 7, 9), appel\u00e9e ensemble m\u00e9moris\u00e9. Un chiffre test (l&rsquo;amorce ou \u00ab sonde \u00bb) leur est ensuite pr\u00e9sent\u00e9 visuellement sur un \u00e9cran, et ils doivent d\u00e9cider aussi rapidement que possible si ce chiffre faisait partie ou non de l&rsquo;ensemble m\u00e9moris\u00e9 en appuyant sur une touche \u00ab Oui \u00bb ou \u00ab Non \u00bb.<\/p>\n<p>Sternberg a manipul\u00e9 simultan\u00e9ment plusieurs facteurs au cours de cette t\u00e2che :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>La d\u00e9gradation visuelle de la sonde :<\/strong> Le stimulus test est pr\u00e9sent\u00e9 soit de fa\u00e7on parfaitement nette, soit recouvert d&rsquo;un motif visuel brouill\u00e9 (bruit visuel).<\/li>\n<li><strong>La taille de l&rsquo;ensemble m\u00e9moris\u00e9 :<\/strong> La liste \u00e0 m\u00e9moriser comprend 1, 2, 4 ou 6 chiffres.<\/li>\n<li><strong>Le type de r\u00e9ponse requis :<\/strong> La r\u00e9ponse correcte est positive (\u00ab Pr\u00e9sent \u00bb) ou n\u00e9gative (\u00ab Absent \u00bb).<\/li>\n<li><strong>La probabilit\u00e9 de la r\u00e9ponse :<\/strong> Fr\u00e9quence relative des essais n\u00e9cessitant une r\u00e9ponse positive par rapport aux essais n\u00e9gatifs.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux ont apport\u00e9 une \u00e9clatante validation de la logique additive. Sternberg a d\u00e9couvert que le facteur de d\u00e9gradation visuelle augmentait le temps de r\u00e9action d&rsquo;une constante fixe (environ 40 ms), quel que soit le nombre de chiffres m\u00e9moris\u00e9s dans la liste (1, 2, 4 ou 6). La courbe reliant le temps de r\u00e9ponse \u00e0 la taille de la liste \u00e9tait strictement lin\u00e9aire, et la droite correspondant aux stimuli d\u00e9grad\u00e9s \u00e9tait rigoureusement parall\u00e8le \u00e0 la droite des stimuli nets. Conclusion : la d\u00e9gradation visuelle affecte le stade d&rsquo;<strong>encodage perceptif<\/strong>, tandis que la taille de l&rsquo;ensemble m\u00e9moris\u00e9 influence un stade ult\u00e9rieur de <strong>comparaison s\u00e9rielle en m\u00e9moire<\/strong>. Ces deux m\u00e9canismes constituent des stades distincts.<\/p>\n<p>En revanche, lorsque l&rsquo;on manipule la fr\u00e9quence d&rsquo;apparition du stimulus et la compatibilit\u00e9 spatiale de la touche de r\u00e9ponse (par exemple, appuyer \u00e0 droite pour un stimulus apparaissant \u00e0 gauche), on observe fr\u00e9quemment des interactions significatives entre la compatibilit\u00e9 stimulus-r\u00e9ponse et la pr\u00e9paration motrice, ce qui permet de situer l&rsquo;action de ces facteurs au sein d&rsquo;une \u00e9tape commune de programmation motrice ou de s\u00e9lection de l&rsquo;action.<\/p>\n<h3>9. Mesure, instrumentation et protocoles d&rsquo;\u00e9valuation<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 exp\u00e9rimentale de la m\u00e9thode des facteurs additifs repose sur une m\u00e9trologie d&rsquo;une extr\u00eame pr\u00e9cision. Puisque les diff\u00e9rences temporelles mesur\u00e9es entre les conditions se chiffrent souvent en dizaines de millisecondes, le dispositif d&rsquo;enregistrement doit garantir une r\u00e9solution chronom\u00e9trique inf\u00e9rieure \u00e0 la milliseconde sans gigue temporelle (<em>jitter<\/em>).<\/p>\n<p>Les protocoles contemporains emploient des logiciels de synchronisation mat\u00e9rielle d\u00e9di\u00e9s (tels que E-Prime, PsychoPy, Presentation ou OpenSesame) interfac\u00e9s avec des claviers de r\u00e9ponse optiques ou des bo\u00eetiers de r\u00e9ponse \u00e0 microcontacts calibr\u00e9s, minimisant les latences mat\u00e9rielles inh\u00e9rentes aux ports USB standard. Le plan d&rsquo;exp\u00e9rience est presque invariablement un plan factoriel crois\u00e9 complet intra-sujets (mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es), ce qui permet d&rsquo;\u00e9liminer la variance interindividuelle globale et d&rsquo;isoler avec une puissance statistique maximale les effets principaux et leurs termes d&rsquo;interaction.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse des donn\u00e9es exige un filtrage rigoureux des distributions de temps de r\u00e9action. Les temps de r\u00e9action ne suivant pas une distribution normale (gaussienne) mais une loi asym\u00e9trique positive (g\u00e9n\u00e9ralement mod\u00e9lis\u00e9e par une distribution ex-gaussienne ou Wald), l&rsquo;exp\u00e9rimentateur doit v\u00e9rifier que l&rsquo;additivit\u00e9 observ\u00e9e sur les moyennes arithm\u00e9tiques se confirme \u00e9galement sur les m\u00e9dianes ou via l&rsquo;analyse des quantiles et des fonctions de distribution cumulative (CDFs). De surcro\u00eet, le taux d&rsquo;erreur doit \u00eatre rigoureusement surveill\u00e9 pour s&rsquo;assurer que les variations temporelles constat\u00e9es ne r\u00e9sultent pas d&rsquo;un compromis vitesse-pr\u00e9cision (<em>speed-accuracy trade-off<\/em>) diff\u00e9rentiel d&rsquo;une condition \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine dans les laboratoires fondamentaux de psychologie exp\u00e9rimentale, la m\u00e9thode des facteurs additifs poss\u00e8de de multiples ramifications pratiques dans plusieurs branches appliqu\u00e9es des sciences humaines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuropsychologie clinique et vieillissement cognitif :<\/strong> La m\u00e9thode permet de cartographier avec finesse les d\u00e9ficits cognitifs chez des patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s ou atteints de pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (maladie d&rsquo;Alzheimer, maladie de Parkinson). Par exemple, en appliquant le paradigme additif, les cliniciens peuvent d\u00e9terminer si le ralentissement cognitif g\u00e9n\u00e9ral observ\u00e9 chez un patient est imputable \u00e0 un d\u00e9ficit sp\u00e9cifique de l&rsquo;encodage sensoriel, \u00e0 un effondrement de la vitesse de traitement en m\u00e9moire de travail, ou \u00e0 une akin\u00e9sie psychomotrice alt\u00e9rant le stade d&rsquo;ex\u00e9cution de la r\u00e9ponse.<\/li>\n<li><strong>Psychopharmacologie cognitive :<\/strong> Lorsqu&rsquo;une nouvelle mol\u00e9cule psychotrope ou un stimulant (comme la caf\u00e9ine, le m\u00e9thylph\u00e9nidate ou la nicotine) est administr\u00e9, la m\u00e9thode des facteurs additifs aide \u00e0 identifier pr\u00e9cis\u00e9ment le stade computationnel modul\u00e9 par la substance. Elle permet de savoir si une drogue am\u00e9liore l&rsquo;acuit\u00e9 perceptive primaire, optimise l&rsquo;allocation des ressources d\u00e9cisionnelles centrales ou facilite la commande neuromusculaire.<\/li>\n<li><strong>Ergonomie cognitive et facteurs humains :<\/strong> Dans la conception de cockpits d&rsquo;avions, de salles de contr\u00f4le nucl\u00e9aire ou d&rsquo;interfaces homme-machine critiques, il est vital de concevoir des environnements de travail minimisant la surcharge cognitive. L&rsquo;identification d&rsquo;interactions n\u00e9fastes entre l&rsquo;illisibilit\u00e9 d&rsquo;un affichage (stade perceptif) et la complexit\u00e9 des choix de commande (stade de s\u00e9lection) guide les ing\u00e9nieurs pour s\u00e9parer les charges temporelles et pr\u00e9venir les goulots d&rsquo;\u00e9tranglement informationnels chez les op\u00e9rateurs humains.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus de cinq d\u00e9cennies, un nombre consid\u00e9rable de travaux empiriques est venu \u00e9tayer, raffiner et enrichir les d\u00e9couvertes initiales de Saul Sternberg. L&rsquo;un des prolongements les plus significatifs a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par le psychologue n\u00e9erlandais <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Andries_Sanders\">Andries Sanders<\/a> dans les ann\u00e9es 1980 et 1990. Sanders a syst\u00e9matis\u00e9 la m\u00e9thode des facteurs additifs en \u00e9tablissant une cartographie devenue classique de l&rsquo;architecture cognitive humaine standard, articul\u00e9e autour de cinq stades majeurs successifs :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>La pr\u00e9traitement sensoriel :<\/strong> Modul\u00e9 par l&rsquo;intensit\u00e9 physique et la clart\u00e9 du stimulus.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;extraction des caract\u00e9ristiques (encodage) :<\/strong> Modul\u00e9 par la d\u00e9gradation visuelle ou la nettet\u00e9 de l&rsquo;amorce.<\/li>\n<li><strong>La s\u00e9lection de la r\u00e9ponse :<\/strong> Modul\u00e9e par la compatibilit\u00e9 spatiale et symbolique stimulus-r\u00e9ponse et le nombre de choix d&rsquo;actions.<\/li>\n<li><strong>La programmation motrice :<\/strong> Modul\u00e9e par la complexit\u00e9 de l&rsquo;action motrice \u00e0 ex\u00e9cuter (nombre d&rsquo;articulations mobilis\u00e9es, dur\u00e9e du mouvement).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ajustement moteur terminal :<\/strong> Modul\u00e9 par la pr\u00e9paration temporelle et les signaux d&rsquo;avertissement pr\u00e9paratoires (foreperiod).<\/li>\n<\/ol>\n<p>Avec l&rsquo;\u00e9mergence des neurosciences cognitives modernes, la m\u00e9thode des facteurs additifs a trouv\u00e9 une \u00e9clatante convergence empirique dans l&rsquo;enregistrement des potentiels \u00e9voqu\u00e9s \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_li%C3%A9_%C3%A0_un_%C3%A9v%C3%A9nement\">ERP<\/a>). Des chercheurs comme Michael Coles, Jeff Miller ou Rinus Ridderinkhof ont coupl\u00e9 l&rsquo;analyse factorielle comportementale \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie c\u00e9r\u00e9brale. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re frappante que les facteurs identifi\u00e9s comme agissant sur le stade d&rsquo;encodage modulent sp\u00e9cifiquement l&rsquo;amplitude ou la latence des ondes visuelles pr\u00e9coces (telles que la P100 et la N170), tandis que les facteurs influen\u00e7ant la recherche mn\u00e9sique et la prise de d\u00e9cision d\u00e9calent temporellement la c\u00e9l\u00e8bre composante P300. Enfin, les facteurs affectant le stade de pr\u00e9paration motrice modulent s\u00e9lectivement le potentiel de pr\u00e9paration motrice lat\u00e9ralis\u00e9 (LRP, pour <em>Lateralized Readiness Potential<\/em>). Cette congruence entre la chronom\u00e9trie comportementale et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie c\u00e9r\u00e9brale constitue une preuve biologique d\u00e9cisive de la validit\u00e9 de d\u00e9coupage en stades propos\u00e9 par la m\u00e9thode.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et diversit\u00e9 contextuelle<\/h3>\n<p>Bien que la chronom\u00e9trie mentale \u00e9tudie des processus computationnels fondamentaux suppos\u00e9s universels chez l&rsquo;\u00eatre humain sain, la transposition de la m\u00e9thode des facteurs additifs \u00e0 des cohortes de participants diversifi\u00e9es exige une prudence m\u00e9thodologique consid\u00e9rable. La manipulation de facteurs exp\u00e9rimentaux repose fr\u00e9quemment sur des stimuli hautement symboliques, tels que des lettres de l&rsquo;alphabet latin, des chiffres arabes ou des pictogrammes conventionnels.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tudes transculturelles, les facteurs manipulant la familiarit\u00e9, la fr\u00e9quence linguistique ou la lisibilit\u00e9 typographique peuvent interagir de mani\u00e8re inattendue avec les facteurs perceptifs si les participants pr\u00e9sentent des degr\u00e9s variables de familiarit\u00e9 ou de litt\u00e9ratie avec le syst\u00e8me de signes utilis\u00e9. Par exemple, la charge cognitive li\u00e9e \u00e0 la reconnaissance d&rsquo;un caract\u00e8re n&rsquo;affecte pas les m\u00eames \u00e9tapes de traitement chez un lecteur natif habitu\u00e9 \u00e0 une \u00e9criture alphab\u00e9tique de gauche \u00e0 droite et chez un individu lisant une \u00e9criture logographique ou de droite \u00e0 gauche. De m\u00eame, les normes culturelles r\u00e9gissant la tol\u00e9rance au compromis vitesse-pr\u00e9cision diff\u00e8rent largement : certaines soci\u00e9t\u00e9s privil\u00e9gient l&rsquo;exactitude absolue quitte \u00e0 ralentir massivement la r\u00e9ponse motrice, ce qui modifie la structure de variance du stade d\u00e9cisionnel et peut fausser l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;additivit\u00e9 factorielle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa rigueur formelle et son succ\u00e8s historique, la m\u00e9thode des facteurs additifs a fait l&rsquo;objet de vives critiques th\u00e9oriques et math\u00e9matiques au fil des d\u00e9cennies, \u00e9manant notamment des partisans des architectures cognitives parall\u00e8les et connexionnistes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;objection des mod\u00e8les en cascade (cascade models) :<\/strong> D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970, le psychologue Jay McClelland a d\u00e9montr\u00e9 math\u00e9matiquement que l&rsquo;additivit\u00e9 statistique n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement une succession d&rsquo;\u00e9tapes purement s\u00e9quentielles. Dans un syst\u00e8me en cascade o\u00f9 chaque niveau transmet en continu une activation partielle aux niveaux suivants avant m\u00eame d&rsquo;avoir termin\u00e9 son propre calcul, deux facteurs affectant des op\u00e9rations diff\u00e9rentes peuvent n\u00e9anmoins produire des effets parfaitement additifs sur le temps de r\u00e9action total. L&rsquo;additivit\u00e9 ne constitue donc pas une preuve absolue et irr\u00e9futable de modularit\u00e9 s\u00e9rielle \u00e9tanche.<\/li>\n<li><strong>Le probl\u00e8me de la s\u00e9lectivit\u00e9 d&rsquo;influence imparfaite :<\/strong> Il est extr\u00eamement difficile d&rsquo;isoler une variable ind\u00e9pendante qui n&rsquo;affecte qu&rsquo;un seul stade \u00e0 l&rsquo;exclusion stricte de tous les autres. Par exemple, manipuler la luminosit\u00e9 d&rsquo;un stimulus visuel peut acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;encodage sensoriel pr\u00e9coce, mais peut \u00e9galement modifier le sentiment de certitude du sujet, venant par contrecoup moduler le crit\u00e8re de d\u00e9cision lors du stade central. Si un facteur agit sur plusieurs stades \u00e0 la fois, le diagnostic d&rsquo;interaction ou d&rsquo;additivit\u00e9 devient ambigu.<\/li>\n<li><strong>La focalisation exclusive sur la moyenne arithm\u00e9tique :<\/strong> La m\u00e9thode classique s&rsquo;est historiquement concentr\u00e9e sur l&rsquo;analyse des temps de r\u00e9action moyens. Or, des chercheurs contemporains soulignent que deux distributions de latences peuvent pr\u00e9senter des moyennes arithm\u00e9tiques additives tout en pr\u00e9sentant des dynamiques quantiliques et des formes de distribution hautement interactives, masquant des r\u00e9gulations attentionnelles fluctuantes d&rsquo;un essai \u00e0 l&rsquo;autre.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;incompatibilit\u00e9 avec le traitement massivement parall\u00e8le :<\/strong> Les approches connexionnistes modernes et les r\u00e9seaux de neurones profonds fonctionnent selon un traitement massivement distribu\u00e9 et parall\u00e8le, avec des boucles de r\u00e9troaction r\u00e9currentes constantes. Pour ces mod\u00e8les r\u00e9entrants, la notion m\u00eame de \u00ab stade discret \u00bb op\u00e9rant dans une s\u00e9quence unidirectionnelle est une simplification excessive de la neurodynamique corticale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la sp\u00e9cificit\u00e9 de la m\u00e9thode des facteurs additifs, il est crucial de la distinguer de concepts m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques voisins au sein de la psychologie cognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9thode soustractive de Donders :<\/strong> Approche historique comparant deux t\u00e2ches globalement diff\u00e9rentes (ex. r\u00e9action simple vs r\u00e9action de choix) par soustraction arithm\u00e9tique de leurs dur\u00e9es moyennes, supposant une \u00ab insertion pure \u00bb d&rsquo;un nouveau stade. La m\u00e9thode des facteurs additifs, quant \u00e0 elle, maintient la t\u00e2che identique et en module les facteurs internes sans postuler d&rsquo;insertion pure.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8les de diffusion (diffusion models \/ drift-diffusion) :<\/strong> Mod\u00e8les math\u00e9matiques d\u00e9velopp\u00e9s notamment par Roger Ratcliff qui con\u00e7oivent la prise de d\u00e9cision non comme un stade temporel fixe, mais comme un processus dynamique stochastique d&rsquo;accumulation d&rsquo;\u00e9vidences sensorielles jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;atteinte d&rsquo;un seuil critique. Alors que la m\u00e9thode de Sternberg d\u00e9coupe le temps en blocs additifs discrets, le mod\u00e8le de diffusion mod\u00e9lise la microstructure de la d\u00e9rive d\u00e9cisionnelle continue.<\/li>\n<li><strong>Traitement en cascade (cascade processing) :<\/strong> Mod\u00e8le computationnel dans lequel les informations s&rsquo;\u00e9coulent de mani\u00e8re continue et asynchrone \u00e0 travers les diff\u00e9rents niveaux du syst\u00e8me nerveux sans attendre l&rsquo;ach\u00e8vement du stade pr\u00e9c\u00e9dent, s&rsquo;opposant au mod\u00e8le en cha\u00eene d&rsquo;\u00e9tapes discr\u00e8tes (<em>discrete-stage model<\/em>) sous-jacent \u00e0 la m\u00e9thode des facteurs additifs standard.<\/li>\n<li><strong>Interaction statistique vs Additivit\u00e9 statistique :<\/strong> En conception exp\u00e9rimentale factorielle, l&rsquo;additivit\u00e9 correspond \u00e0 l&rsquo;absence de terme de produit crois\u00e9 (effets principaux purs), tandis que l&rsquo;interaction r\u00e9v\u00e8le que l&rsquo;amplitude de l&rsquo;effet d&rsquo;une variable d\u00e9pendante est contingente de la modalit\u00e9 d&rsquo;une autre variable ind\u00e9pendante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La m\u00e9thode des facteurs additifs demeure l&rsquo;une des constructions intellectuelles les plus remarquables de la psychologie cognitive du XXe si\u00e8cle. Voici les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux \u00e0 retenir :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Objectif scientifique :<\/strong> D\u00e9composer la latence globale d&rsquo;une r\u00e9ponse comportementale en une succession ordonn\u00e9e de stades cognitifs distincts de traitement de l&rsquo;information.<\/li>\n<li><strong>R\u00e8gle de d\u00e9cision m\u00e9thodologique :<\/strong> Deux facteurs dont les effets sont purement additifs (droites parall\u00e8les) influencent des stades de traitement distincts et s\u00e9quentiels ; deux facteurs qui interagissent statistiquement affectent au moins un stade de traitement commun.<\/li>\n<li><strong>Rupture \u00e9pist\u00e9mologique :<\/strong> Elle a permis de d\u00e9passer l&rsquo;\u00e9cueil de \u00ab l&rsquo;insertion pure \u00bb propre \u00e0 la chronom\u00e9trie soustractive de Donders en modifiant la charge des stades sans r\u00e9organiser l&rsquo;architecture globale de la t\u00e2che.<\/li>\n<li><strong>Validation neurophysiologique :<\/strong> Coupl\u00e9e aux potentiels \u00e9voqu\u00e9s \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques (P100, N170, P300, LRP), la m\u00e9thode a trouv\u00e9 des correspondances anatomo-fonctionnelles probantes confirmant la dissociation entre encodage, d\u00e9cision et pr\u00e9paration motrice.<\/li>\n<li><strong>Limites contemporaines :<\/strong> Sa pr\u00e9misse d&rsquo;un traitement s\u00e9riel strict est nuanc\u00e9e par les mod\u00e8les cognitifs actuels en cascade et par la neurobiologie des r\u00e9seaux r\u00e9currents massivement parall\u00e8les.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Donders, F. C. (1969). On the speed of mental processes. <em>Acta Psychologica<\/em>, 30, 412\u2013431. (Traduction anglaise de l&rsquo;article original de 1868 par W. G. Koster). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(69)90065-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(69)90065-1<\/a><\/li>\n<li>McClelland, J. L. (1979). On the time relations of mental processes: An examination of systems of processes in cascade. <em>Psychological Review<\/em>, 86(4), 287\u2013330. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.86.4.287\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-295X.86.4.287<\/a><\/li>\n<li>Miller, J. (1988). Discrete and continuous models of human information processing: Theoretical distinctions and empirical approach. <em>Acta Psychologica<\/em>, 67(3), 191\u2013257. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(88)90013-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(88)90013-3<\/a><\/li>\n<li>Sanders, A. F. (1998). <em>Elements of Human Performance: Reaction Processes and Attention in Human Skill<\/em>. Lawrence Erlbaum Associates.<\/li>\n<li>Sternberg, S. (1969). 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