{"id":19645,"date":"2026-10-22T12:56:16","date_gmt":"2026-10-22T12:56:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=gene-additif-definition-psychologie"},"modified":"2026-10-22T12:56:16","modified_gmt":"2026-10-22T12:56:16","slug":"gene-additif-definition-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=gene-additif-definition-psychologie","title":{"rendered":"G\u00e8ne additif : Fondement de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;architecture g\u00e9n\u00e9tique des traits psychologiques et comportementaux repose en grande partie sur des m\u00e9canismes de transmission complexes au sein desquels l&rsquo;action des g\u00e8nes additifs joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant. Loin du mod\u00e8le mend\u00e9lien classique caract\u00e9ris\u00e9 par la simple dominance d&rsquo;un all\u00e8le sur un autre, la g\u00e9n\u00e9tique quantitative humaine d\u00e9montre que la plupart des dimensions de la personnalit\u00e9, des capacit\u00e9s cognitives et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychopathologiques r\u00e9sultent de l&rsquo;accumulation lin\u00e9aire de minuscules variations all\u00e9liques r\u00e9parties \u00e0 travers le g\u00e9nome entier. Comprendre le concept de g\u00e8ne additif s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour d\u00e9chiffrer l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 des ph\u00e9notypes psychologiques, analyser la structure des scores polyg\u00e9niques et appr\u00e9hender la mani\u00e8re dont la biologie sous-tend la variabilit\u00e9 interindividuelle.<\/p>\n<h2>G\u00e8ne additif et variance g\u00e9n\u00e9tique additive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>g\u00e8ne additif<\/strong> (ou locus \u00e0 effet additif) d\u00e9signe une unit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique dont les all\u00e8les contribuent individuellement et de fa\u00e7on sommative \u00e0 l&rsquo;expression quantitative d&rsquo;un ph\u00e9notype mesurable, ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9sence d&rsquo;autres all\u00e8les sur le m\u00eame locus ou sur d&rsquo;autres loci. Dans ce mod\u00e8le, chaque copie suppl\u00e9mentaire d&rsquo;un all\u00e8le augmentateur ou r\u00e9ducteur d\u00e9cale la valeur ph\u00e9notypique moyenne d&rsquo;une quantit\u00e9 constante, sans subir de masquage par dominance compl\u00e8te ni d&rsquo;alt\u00e9ration par interaction \u00e9pistatique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie diff\u00e9rentielle et de la g\u00e9n\u00e9tique comportementale, le terme renvoie plus couramment \u00e0 l&rsquo;<strong>effet g\u00e9n\u00e9tique additif<\/strong>, qui formalise la transmission transmissible directement des parents \u00e0 leurs descendants. Cette composante g\u00e9n\u00e9tique constitue le substrat de la variance g\u00e9n\u00e9tique additive (not\u00e9e commun\u00e9ment <em>V<sub>A<\/sub><\/em>), qui est la seule composante g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9dictible de mani\u00e8re lin\u00e9aire d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 la suivante. Contrairement aux effets de dominance intrag\u00e9nique ou aux interactions \u00e9pistatiques interg\u00e9niques qui sont bris\u00e9s lors de la m\u00e9iose et de la recombinaison gam\u00e9tique, les effets all\u00e9liques additifs se transmettent de mani\u00e8re continue et cumulative.<\/p>\n<p>En psychopathologie quantitative, l&rsquo;effet additif signifie qu&rsquo;un individu h\u00e9rite d&rsquo;une collection d&rsquo;all\u00e8les de risque distribu\u00e9s sur de nombreux chromosomes, chaque all\u00e8le conf\u00e9rant une fraction marginale de susceptibilit\u00e9 envers un trouble mental sp\u00e9cifique, tel que la schizophr\u00e9nie, la d\u00e9pression majeure ou le trouble du spectre de l&rsquo;autisme. Le niveau ph\u00e9notypique observ\u00e9 chez un individu refl\u00e8te ainsi la somme arithm\u00e9tique globale de ces incr\u00e9ments all\u00e9liques distincts, modul\u00e9e par les facteurs d&rsquo;environnement non partag\u00e9 et partag\u00e9.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le qualificatif \u00ab additif \u00bb provient du latin classique <em>additivus<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>addere<\/em>, signifiant \u00ab joindre \u00e0 \u00bb, \u00ab ajouter \u00bb ou \u00ab juxtaposer \u00bb, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (vers, \u00e0) et de <em>dare<\/em> (donner, poser). Il exprime la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment qui s&rsquo;ajoute \u00e0 un autre sans en alt\u00e9rer la nature sous-jacente, cr\u00e9ant un total correspondant \u00e0 la simple somme arithm\u00e9tique de ses parties constitutives.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab g\u00e8ne \u00bb a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 en 1909 par le botaniste et g\u00e9n\u00e9ticien danois Wilhelm Johannsen \u00e0 partir de la racine grecque <em>genos<\/em> (\u03b3\u03ad\u03bd\u03bf\u03c2), qui renvoie \u00e0 la naissance, \u00e0 la race, \u00e0 la lign\u00e9e et \u00e0 l&rsquo;origine. Johannsen cherchait \u00e0 d\u00e9signer une unit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 conceptuellement distincte du terme de \u00ab d\u00e9terminant \u00bb utilis\u00e9 auparavant par August Weismann.<\/p>\n<p>La synth\u00e8se des deux notions sous le syntagme d&rsquo;\u00ab effet additif \u00bb (en anglais <em>additive genetic effect<\/em> ou <em>additive gene action<\/em>) a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1910 et 1930 dans les travaux fondateurs de la synth\u00e8se moderne de l&rsquo;\u00e9volution, sous l&rsquo;impulsion de Ronald Fisher, Sewall Wright et J.B.S. Haldane. Le concept a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les sciences psychologiques au milieu du XXe si\u00e8cle, notamment par l&rsquo;interm\u00e9diaire des travaux de John L. Fuller, William Robert Thompson et Robert Plomin, posant ainsi les bases de la g\u00e9n\u00e9tique quantitative appliqu\u00e9e aux traits de comportement humain.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme s&rsquo;articule en fran\u00e7ais standard sous la forme \/\u0292\u025bn a.di.tif\/. Au pluriel, il devient \u00ab g\u00e8nes additifs \u00bb, phon\u00e9tiquement transcrit \/\u0292\u025bn z\u203fa.di.tif\/ lors des liaisons orales formelles.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab g\u00e8ne \u00bb est un nom commun masculin singulier, et \u00ab additif \u00bb est un adjectif qualificatif relationnel masculin singulier qui s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il qualifie. Dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique francophone, on rencontre \u00e9galement les locutions \u00ab action g\u00e9n\u00e9tique additive \u00bb, \u00ab all\u00e8le additif \u00bb, \u00ab valeur g\u00e9n\u00e9tique additive \u00bb (<em>additive genetic value<\/em>) ou \u00ab variance ph\u00e9notypique additive \u00bb. Bien que les chercheurs parlent couramment de \u00ab g\u00e8ne additif \u00bb par m\u00e9tonymie, l&rsquo;objet r\u00e9el d&rsquo;analyse est presque syst\u00e9matiquement un all\u00e8le dot\u00e9 d&rsquo;une action all\u00e9lique additive au sein d&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;analyse de variance d\u00e9compos\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la notion de g\u00e8ne additif dans sa pl\u00e9nitude \u00e9pist\u00e9mologique, il convient d&rsquo;examiner le mod\u00e8le biom\u00e9trique de d\u00e9composition de la variance ph\u00e9notypique. Lorsqu&rsquo;un trait psychologique continu, tel que le quotient intellectuel ou le n\u00e9vrosisme, est mesur\u00e9 dans une population donn\u00e9e, la variabilit\u00e9 totale observ\u00e9e (la variance ph\u00e9notypique totale, <em>V<sub>P<\/sub><\/em>) se d\u00e9compose sch\u00e9matiquement en variance g\u00e9n\u00e9tique (<em>V<sub>G<\/sub><\/em>), variance environnementale (<em>V<sub>E<\/sub><\/em>) et covariance g\u00e8ne-environnement (<em>Cov(G, E)<\/em>). \u00c0 son tour, la variance g\u00e9n\u00e9tique se subdivise en trois sources distinctes de variance : la variance g\u00e9n\u00e9tique additive (<em>V<sub>A<\/sub><\/em>), la variance de dominance (<em>V<sub>D<\/sub><\/em>) et la variance d&rsquo;\u00e9pistasie ou interactionnelle (<em>V<sub>I<\/sub><\/em>).<\/p>\n<p>Dans ce cadre math\u00e9matique, l&rsquo;effet d&rsquo;un g\u00e8ne additif s&rsquo;illustre par l&rsquo;absence d&rsquo;interactions intra-locus et inter-loci. Consid\u00e9rons un locus biall\u00e9lique simple poss\u00e9dant deux all\u00e8les : <em>A<sub>1<\/sub><\/em> et <em>A<sub>2<\/sub><\/em>. Si l&rsquo;all\u00e8le <em>A<sub>1<\/sub><\/em> contribue \u00e0 abaisser la valeur ph\u00e9notypique d&rsquo;une mesure cognitive et que <em>A<sub>2<\/sub><\/em> l&rsquo;augmente d&rsquo;une valeur constante <em>a<\/em>, la valeur g\u00e9notypique de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygote <em>A<sub>1<\/sub>A<sub>2<\/sub><\/em> se situera exactement \u00e0 mi-chemin entre celle de l&rsquo;homozygote <em>A<sub>1<\/sub>A<sub>1<\/sub><\/em> et celle de l&rsquo;homozygote <em>A<sub>2<\/sub><\/em><em>A<sub>2<\/sub><\/em>. Dans ce sch\u00e9ma th\u00e9orique id\u00e9al, l&rsquo;effet de substitution all\u00e9lique demeure parfaitement lin\u00e9aire : remplacer un all\u00e8le <em>A<sub>1<\/sub><\/em> par un all\u00e8le <em>A<sub>2<\/sub><\/em> produit toujours la m\u00eame augmentation ph\u00e9notypique, que cette substitution s&rsquo;op\u00e8re sur un fond g\u00e9n\u00e9tique <em>A<sub>1<\/sub>A<sub>1<\/sub><\/em> ou <em>A<sub>1<\/sub>A<sub>2<\/sub><\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;importance psychologique de cette additivit\u00e9 r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une distribution normale (courbe de Gauss) pour la grande majorit\u00e9 des aptitudes mentales et des dimensions de la personnalit\u00e9. Conform\u00e9ment au th\u00e9or\u00e8me central limite de la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s, lorsqu&rsquo;un ph\u00e9notype est d\u00e9termin\u00e9 par l&rsquo;effet additif de centaines ou de milliers de loci ind\u00e9pendants ayant chacun un impact minuscule, la r\u00e9sultante observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la population adopte une forme en cloche sym\u00e9trique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette sommation de petites contributions individuelles all\u00e9liques qui explique pourquoi les traits psychologiques ne se s\u00e9parent pas en cat\u00e9gories discr\u00e8tes \u2014 telles que \u00ab malade \u00bb versus \u00ab sain \u00bb, ou \u00ab intelligent \u00bb versus \u00ab d\u00e9ficient \u00bb \u2014 mais se structurent en un continuum dimensionnel le long duquel chaque individu occupe une position relative pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Enfin, le concept de g\u00e8ne additif d\u00e9finit ce que la g\u00e9n\u00e9tique quantitative nomme l&rsquo;\u00ab h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict \u00bb (<em>h\u00b2<\/em>). L&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict repr\u00e9sente exclusivement le ratio de la variance g\u00e9n\u00e9tique additive sur la variance ph\u00e9notypique globale (<em>h\u00b2 = V<sub>A<\/sub> \/ V<sub>P<\/sub><\/em>). Elle se distingue fondamentalement de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens large (<em>H\u00b2 = V<sub>G<\/sub> \/ V<sub>P<\/sub><\/em>), qui englobe \u00e9galement la dominance et l&rsquo;\u00e9pistasie. En psychologie et en psychiatrie g\u00e9n\u00e9tique, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict est le param\u00e8tre le plus crucial, car elle quantifie la part de ressemblance ph\u00e9notypique qui est transmise de fa\u00e7on pr\u00e9visible des parents biologiques \u00e0 leur prog\u00e9niture biologique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la notion de g\u00e8ne additif s&rsquo;enracine dans la c\u00e9l\u00e8bre querelle qui a oppos\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle les mend\u00e9liens orthodoxes, guid\u00e9s par William Bateson, et les biom\u00e9triciens, men\u00e9s par Karl Pearson et Walter Weldon. Alors que Gregor Mendel avait mis en \u00e9vidence en 1865 des lois r\u00e9gissant des caract\u00e8res discrets r\u00e9gis par des dominances absolues chez le pois, les disciples de Francis Galton mesuraient des traits psychophysiques humains continus et soutenaient que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 humaine \u00e9tait intrins\u00e8quement graduelle, fluide et irr\u00e9ductible aux lois cat\u00e9gorielles de Mendel.<\/p>\n<p>La r\u00e9solution de cette impasse th\u00e9orique magistrale est survenue en 1918, lorsque le statisticien et biologiste britannique <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ronald_Aylmer_Fisher\">Ronald Aylmer Fisher<\/a> a publi\u00e9 son article fondateur intitul\u00e9 <em>\u00ab The Correlation Between Relatives on the Supposition of Mendelian Inheritance \u00bb<\/em>. Dans ce m\u00e9moire r\u00e9volutionnaire, Fisher a d\u00e9montr\u00e9 math\u00e9matiquement que la corr\u00e9lation statistique continue observ\u00e9e entre parents et enfants pour des traits quantitatifs pouvait \u00eatre parfaitement r\u00e9concili\u00e9e avec le mend\u00e9lisme si l&rsquo;on posait l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence d&rsquo;une multitude de facteurs g\u00e9n\u00e9tiques discrets agissant de mani\u00e8re cumulative et additive. Fisher y a introduit formellement le partitionnement de la variance g\u00e9n\u00e9tique en composante additive et composante de dominance, inventant simultan\u00e9ment la m\u00e9thode de l&rsquo;analyse de variance (ANOVA).<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1960 et 1970, des pionniers de la g\u00e9n\u00e9tique du comportement tels que Steven Vandenberg, John C. DeFries et David Fulker ont import\u00e9 ce mod\u00e8le quantitatif dans l&rsquo;\u00e9tude des jumeaux et des familles adoptives afin de quantifier la variance additive des aptitudes cognitives et des traits de personnalit\u00e9 d\u00e9crits par Hans Eysenck. Le mod\u00e8le ACDE (Additif, Communaut\u00e9 environnementale, Dominance, Environnement non partag\u00e9) s&rsquo;est impos\u00e9 comme le paradigme standard d&rsquo;estimation statistique par mod\u00e9lisation d&rsquo;\u00e9quations structurelles.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des technologies de micropuces pang\u00e9nomiques et des \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) a propuls\u00e9 le mod\u00e8le additif au c\u0153ur de la biologie mol\u00e9culaire moderne. Des chercheurs comme Peter Visscher et Jian Yang ont d\u00e9velopp\u00e9 des m\u00e9thodes telles que la GCTA (<em>Genome-wide Complex Trait Analysis<\/em>), permettant d&rsquo;estimer directement la variance g\u00e9n\u00e9tique additive expliqu\u00e9e par des millions de polymorphismes nucl\u00e9otidiques simples (SNP) chez des individus non apparent\u00e9s, confirmant empiriquement la pr\u00e9dominance des effets additifs dans la structure g\u00e9n\u00e9tique des traits psychologiques humains.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;action g\u00e9n\u00e9tique additive s&rsquo;articule autour de plusieurs \u00e9difices conceptuels majeurs de la biologie contemporaine et de la psychom\u00e9trie :<\/p>\n<p>Le premier fondement th\u00e9orique est le <strong>mod\u00e8le infinit\u00e9simal<\/strong>, formalis\u00e9 par Fisher et perfectionn\u00e9 ult\u00e9rieurement en g\u00e9n\u00e9tique des populations. Selon ce mod\u00e8le, les traits quantitatifs sont influenc\u00e9s par un nombre quasi infini de loci g\u00e9n\u00e9tiques, chacun \u00e9tant dot\u00e9 d&rsquo;un effet infinit\u00e9simal sur le ph\u00e9notype. Bien qu&rsquo;aucun all\u00e8le pris individuellement n&rsquo;exerce une influence d\u00e9terminante, leur aggr\u00e9gation statistique r\u00e9pond rigoureusement aux pr\u00e9dictions math\u00e9matiques des mod\u00e8les lin\u00e9aires additifs. Ce mod\u00e8le soutient l&rsquo;id\u00e9e que les fonctions psychologiques complexes mobilisent de vastes r\u00e9seaux neurobiologiques distribu\u00e9s plut\u00f4t que des modules c\u00e9r\u00e9braux isol\u00e9s d\u00e9pendant d&rsquo;un commutateur monog\u00e9nique.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me fondement repose sur l&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se omnig\u00e9nique<\/strong>, formul\u00e9e en 2017 par Evan Boyle, Yang Li et Jonathan Pritchard. Cette th\u00e9orie postule que les g\u00e8nes ne fonctionnent pas en silos isol\u00e9s ; les r\u00e9seaux de r\u00e9gulation g\u00e9nique au sein des cellules neuronales sont si intens\u00e9ment interconnect\u00e9s que pratiquement n&rsquo;importe quel g\u00e8ne actif dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral exercera un effet additif direct ou indirect sur des ph\u00e9notypes neuropsychiatriques complexes. Cette hypoth\u00e8se confirme que la variance additive observ\u00e9e pour des ph\u00e9notypes tels que l&rsquo;intelligence fluide ou le risque de schizophr\u00e9nie provient de milliers de signaux t\u00e9nus r\u00e9partis de mani\u00e8re presque uniforme \u00e0 travers la chromatine active.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement est la <strong>th\u00e9orie du seuil de susceptibilit\u00e9 polyg\u00e9nique<\/strong> (<em>liability threshold model<\/em>), \u00e9labor\u00e9e par Douglas Scott Falconer en 1965 pour expliquer l&rsquo;occurrence de pathologies \u00e0 manifestation binaire (pr\u00e9sence ou absence de maladie). Ce mod\u00e8le stipule que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 latente (liability) \u00e0 d\u00e9velopper un trouble psychiatrique est une variable continue et normale, produite par l&rsquo;accumulation de g\u00e8nes additifs combin\u00e9s aux stresseurs environnementaux. Le trouble clinique ne se manifeste ostensiblement que lorsque la somme des effets additifs et contextuels franchit un seuil critique d&rsquo;adaptation biologique et psychologique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de l&rsquo;action g\u00e9n\u00e9tique additive se structure autour de plusieurs param\u00e8tres math\u00e9matiques et biologiques distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;effet moyen de substitution all\u00e9lique (\u03b1) :<\/strong> Repr\u00e9sente le d\u00e9calage ph\u00e9notypique moyen attendu lorsqu&rsquo;un all\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence est remplac\u00e9 par un all\u00e8le alternatif dans la population g\u00e9n\u00e9rale. En pr\u00e9sence d&rsquo;une pure additivit\u00e9, cet effet est invariant quel que soit le g\u00e9notype de fond de l&rsquo;organisme.<\/li>\n<li><strong>La valeur g\u00e9n\u00e9tique additive ou valeur s\u00e9lective individuelle (Breeding Value) :<\/strong> Valeur ph\u00e9notypique attendue de la prog\u00e9niture d&rsquo;un individu en raison des all\u00e8les qu&rsquo;il transmet. Chez l&rsquo;\u00eatre humain, cette valeur conceptuelle correspond \u00e0 la part du ph\u00e9notype individuel directement imputable \u00e0 ses all\u00e8les additifs transmissibles.<\/li>\n<li><strong>Loci \u00e0 effets additifs directionnels versus \u00e9quilibr\u00e9s :<\/strong> Dans certaines architectures g\u00e9n\u00e9tiques, les all\u00e8les additifs tirent le ph\u00e9notype majoritairement dans une seule direction (par exemple, vers une connectivit\u00e9 synaptique accrue), tandis que dans d&rsquo;autres, les all\u00e8les additifs positifs et n\u00e9gatifs s&rsquo;\u00e9quilibrent autour de la m\u00e9diane de la population.<\/li>\n<li><strong>Pl\u00e9iotropie additive :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne par lequel un m\u00eame all\u00e8le additif exerce des effets additifs simultan\u00e9s sur deux ou plusieurs traits psychologiques distincts. C&rsquo;est la base g\u00e9n\u00e9tique des corr\u00e9lations g\u00e9n\u00e9tiques (<em>r<sub>g<\/sub><\/em>) observ\u00e9es, par exemple, entre la r\u00e9ussite scolaire et les performances cognitives g\u00e9n\u00e9rales, ou entre le neuroticisme et le trouble d\u00e9pressif majeur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 g\u00e9nomique par les SNP (h\u00b2<sub>SNP<\/sub>) :<\/strong> Fraction de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 additive au sens strict qui peut \u00eatre captur\u00e9e exclusivement par les polymorphismes nucl\u00e9otidiques fr\u00e9quents inclus dans les puces \u00e0 ADN standards des \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement le fonctionnement d&rsquo;un r\u00e9seau de g\u00e8nes additifs, prenons l&rsquo;exemple hypoth\u00e9tique simplifi\u00e9 de l&rsquo;\u00e9valuation de la m\u00e9moire de travail par l&#8217;empan mn\u00e9sique, mesur\u00e9 sur une \u00e9chelle quantitative standardis\u00e9e. Supposons que trois loci ind\u00e9pendants (Locus A, Locus B et Locus C) influent sur ce trait de mani\u00e8re strictement additive. Chaque all\u00e8le de base (A1, B1, C1) conf\u00e8re un score de 0 point, tandis que chaque all\u00e8le augmentateur (A2, B2, C2) ajoute exactement 0,5 point \u00e0 la performance mn\u00e9sique de base fix\u00e9e arbitrairement \u00e0 5 points.<\/p>\n<p>Si un sujet pr\u00e9sente le g\u00e9notype <em>A1A1 \/ B1B2 \/ C2C2<\/em>, son score g\u00e9n\u00e9tique additif se calculera par la sommation directe de ses all\u00e8les d&rsquo;effet : il poss\u00e8de z\u00e9ro all\u00e8le augmentateur au locus A, un all\u00e8le au locus B (+0,5), et deux all\u00e8les au locus C (+1,0). Son ph\u00e9notype attendu d&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique sera donc de 5 + 0,5 + 1,0 = 6,5 points. Si un autre individu pr\u00e9sente le g\u00e9notype <em>A2A2 \/ B2B2 \/ C2C2<\/em>, il poss\u00e9dera six all\u00e8les augmentateurs, g\u00e9n\u00e9rant un gain net de 3,0 points pour un score attendu de 8,0. L&rsquo;ind\u00e9pendance des loci et la lin\u00e9arit\u00e9 absolue de l&rsquo;incr\u00e9ment constituent la signature clinique du mod\u00e8le additif.<\/p>\n<p>Dans un contexte clinique r\u00e9el, consid\u00e9rons le cas de la schizophr\u00e9nie. Les \u00e9tudes contemporaines d\u00e9montrent que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 ce trouble ne d\u00e9pend pas d&rsquo;un \u00ab g\u00e8ne de la schizophr\u00e9nie \u00bb d\u00e9fectueux unique, mais de l&rsquo;addition de dizaines de milliers d&rsquo;all\u00e8les additifs fr\u00e9quents. Une patiente n\u00e9e dans une famille sans ant\u00e9c\u00e9dent psychiatrique d\u00e9clar\u00e9 peut h\u00e9riter par hasard statistique d&rsquo;une combinaison exceptionnellement dense d&rsquo;all\u00e8les additifs de risque dispers\u00e9s sur ses 23 paires de chromosomes. Chaque all\u00e8le individuel accro\u00eet le risque d&rsquo;une fraction minime (rapport de cotes ou <em>odds ratio<\/em> souvent compris entre 1,02 et 1,08). L&rsquo;accumulation additive de ces milliers de variations polyall\u00e9liques pousse sa susceptibilit\u00e9 biologique au-del\u00e0 du seuil critique, induisant une fragilit\u00e9 de la plasticit\u00e9 neuronale synaptique qui, en pr\u00e9sence de facteurs de stress environnementaux au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e2ge adulte (isolement social, consommation de cannabis), d\u00e9clenchera la d\u00e9compensation psychotique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection, l&rsquo;estimation et l&rsquo;\u00e9valuation quantitative des g\u00e8nes additifs s&rsquo;appuient sur deux approches m\u00e9thodologiques compl\u00e9mentaires d\u00e9velopp\u00e9es au fil des progr\u00e8s de la g\u00e9n\u00e9tique comportementale :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re m\u00e9thodologie rel\u00e8ve de la <strong>mod\u00e9lisation biom\u00e9trique classique<\/strong> appliqu\u00e9e aux jumeaux et aux familles. En comparant le coefficient de corr\u00e9lation intraclasse chez des jumeaux monozygotes (qui partagent 100 % de leur s\u00e9quence d&rsquo;ADN) et chez des jumeaux dizygotes (qui partagent en moyenne 50 % de leurs all\u00e8les s\u00e9gr\u00e9guant par descendance), les chercheurs appliquent la formule historique d&rsquo;estimation d&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 d&rsquo;Alexander Falconer : <em>h\u00b2 = 2(r<sub>MZ<\/sub> &#8211; r<sub>DZ<\/sub>)<\/em>. Si la corr\u00e9lation des jumeaux monozygotes est exactement le double de celle des jumeaux dizygotes, le mod\u00e8le math\u00e9matique conclut \u00e0 la pr\u00e9sence exclusive d&rsquo;une variance g\u00e9n\u00e9tique additive (<em>V<sub>A<\/sub><\/em>). Les mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quations structurelles confirmatoires (impl\u00e9ment\u00e9s dans des logiciels comme OpenMx) permettent d&rsquo;ajuster plus rigoureusement le mod\u00e8le additif ACE face \u00e0 des mod\u00e8les concurrents int\u00e9grant de la dominance g\u00e9n\u00e9tique (ADE).<\/p>\n<p>La seconde approche rel\u00e8ve de la <strong>g\u00e9nomique mol\u00e9culaire quantitative<\/strong>, articul\u00e9e autour des \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89tude_d%27association_pang%C3%A9nomique\">GWAS<\/a>) et de la m\u00e9thode LDSC (<em>Linkage Disequilibrium Score Regression<\/em>). Dans une GWAS, chaque variant de type polymorphisme nucl\u00e9otidique simple (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polymorphisme_nucl%C3%A9otidique_simple\">SNP<\/a>) est test\u00e9 individuellement par r\u00e9gression lin\u00e9aire ou logistique sous une hypoth\u00e8se de codominance additive (cod\u00e9e 0, 1 ou 2 copies de l&rsquo;all\u00e8le mineur). La taille de l&rsquo;effet additif (b\u00eata ou log de l&rsquo;odds ratio) estim\u00e9e pour chaque variant est ensuite consolid\u00e9e dans un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Score_polyg%C3%A9nique\">score polyg\u00e9nique<\/a> (Polygenic Score ou PGS). Ce score, calcul\u00e9 pour un individu cible selon la formule math\u00e9matique :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\"><em>PGS = \u2211 (\u03b2<sub>j<\/sub> \u00d7 G<sub>ij<\/sub>)<\/em><\/p>\n<p>o\u00f9 <em>\u03b2<sub>j<\/sub><\/em> est le poids de l&rsquo;effet additif du variant <em>j<\/em> et <em>G<sub>ij<\/sub><\/em> est le nombre d&rsquo;all\u00e8les d&rsquo;effet port\u00e9s par l&rsquo;individu <em>i<\/em> au locus <em>j<\/em>, r\u00e9sume la charge g\u00e9n\u00e9tique additive totale de cette personne pour un ph\u00e9notype psychologique donn\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en compte de l&rsquo;action g\u00e9n\u00e9tique additive transforme de nombreux secteurs de la recherche psychologique et de la pratique clinique :<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie de pr\u00e9cision<\/strong>, la quantification des effets additifs par les scores polyg\u00e9niques offre un outil d&rsquo;\u00e9valuation stratifi\u00e9e du risque. Bien que le PGS n&rsquo;ait pas de valeur diagnostique d\u00e9terministe isol\u00e9e en raison de la complexit\u00e9 \u00e9tiologique des troubles mentaux, il commence \u00e0 \u00eatre exploit\u00e9 pour rep\u00e9rer les individus \u00e0 haut risque g\u00e9n\u00e9tique dans des cohortes longitudinales afin d&rsquo;initier des interventions psychosociales et pr\u00e9ventives pr\u00e9coces.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <strong>psychopharmacologie diff\u00e9rentielle<\/strong>, l&rsquo;accumulation d&rsquo;all\u00e8les additifs dans les voies de m\u00e9tabolisation h\u00e9patique des cytochromes P450 ou dans les r\u00e9cepteurs monoaminergiques conditionne l&rsquo;efficacit\u00e9 et la tol\u00e9rance aux antid\u00e9presseurs ou aux antipsychotiques. La r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique d&rsquo;un patient r\u00e9sulte souvent de la somme d&rsquo;all\u00e8les d&rsquo;effet modulant subtilement la biodisponibilit\u00e9 des mol\u00e9cules m\u00e9dicamenteuses et la neurotransmission synaptique.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie du d\u00e9veloppement et \u00e9ducation<\/strong>, les mod\u00e8les additifs permettent de d\u00e9m\u00ealer la nature des corr\u00e9lations entre parents et enfants. La mise en \u00e9vidence du ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab transmission non transmise \u00bb ou de \u00ab nurture g\u00e9n\u00e9tique \u00bb a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les all\u00e8les additifs des parents non transmis \u00e0 l&rsquo;enfant pr\u00e9disent tout de m\u00eame le d\u00e9veloppement intellectuel de ce dernier en modifiant la qualit\u00e9 de l&rsquo;environnement \u00e9ducatif familial instaur\u00e9 par les parents.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, d&rsquo;immenses consortia internationaux ont apport\u00e9 des preuves empiriques sans \u00e9quivoque confirmant que l&rsquo;action g\u00e9n\u00e9tique additive repr\u00e9sente la source ultra-dominante d&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 des ph\u00e9notypes psychologiques et cognitifs humains.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse monumentale dirig\u00e9e par Tinca Polderman et ses coll\u00e8gues en 2015 a compil\u00e9 cinquante ann\u00e9es de recherches sur des jumeaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, englobant plus de 14 millions de paires de jumeaux et analysant 17 804 traits distincts. Les r\u00e9sultats ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que pour la quasi-totalit\u00e9 des traits psychologiques \u2014 incluant les fonctions cognitives, le temp\u00e9rament, les comp\u00e9tences langagi\u00e8res et les d\u00e9sordres psychiatriques \u2014, les donn\u00e9es empiriques s&rsquo;ajustent de fa\u00e7on optimale \u00e0 un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9tique purement additif. Les auteurs n&rsquo;ont trouv\u00e9 que des traces marginales d&rsquo;effets de dominance g\u00e9n\u00e9tique, r\u00e9futant l&rsquo;id\u00e9e que les interactions complexes masqueraient de mani\u00e8re significative l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les grandes cohortes g\u00e9nomiques contemporaines, telles que l&rsquo;UK Biobank et le Psychiatric Genomics Consortium (PGC), ont analys\u00e9 des centaines de milliers de participants pour d\u00e9crypter l&rsquo;architecture des troubles psychiatriques majeurs. Des travaux embl\u00e9matiques coordonn\u00e9s notamment par Stephan Ripke sur la schizophr\u00e9nie ont identifi\u00e9 des centaines de loci distincts dont les effets individuels sont infimes mais rigoureusement additifs. De m\u00eame, les GWAS de tr\u00e8s grande envergure consacr\u00e9es au niveau d&rsquo;\u00e9tudes (<em>educational attainment<\/em>) et \u00e0 l&rsquo;intelligence cognitive g\u00e9n\u00e9rale (le facteur <em>g<\/em>), coordonn\u00e9es par Daniel Benjamin et le consortium SSGAC, ont prouv\u00e9 que la variance g\u00e9n\u00e9tique s&rsquo;explique par la sommation d&rsquo;un nombre titanesque de polymorphismes ubiquitaires r\u00e9partis sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ADN g\u00e9nomique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mod\u00e9lisation de l&rsquo;action g\u00e9n\u00e9tique additive soul\u00e8ve des enjeux anthropologiques et transculturels fondamentaux. L&rsquo;un des \u00e9cueils majeurs r\u00e9side dans la non-transf\u00e9rabilit\u00e9 universelle directe des estimations de variance additive obtenues dans des cohortes occidentales aux populations d&rsquo;autres ascendances g\u00e9n\u00e9tiques et g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p>La structure du d\u00e9s\u00e9quilibre de liaison \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire la tendance des all\u00e8les proches sur un chromosome \u00e0 \u00eatre co-h\u00e9rit\u00e9s ensemble au fil des g\u00e9n\u00e9rations \u2014 varie consid\u00e9rablement entre les populations humaines en raison de l&rsquo;histoire migratoire, des goulots d&rsquo;\u00e9tranglement d\u00e9mographiques et de la d\u00e9rive g\u00e9n\u00e9tique. Ainsi, un all\u00e8le additif associ\u00e9 \u00e0 une modification de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle chez des populations d&rsquo;ascendance europ\u00e9enne peut ne pas \u00eatre pr\u00e9dictif chez des individus d&rsquo;ascendance africaine ou est-asiatique, car l&rsquo;architecture locale du g\u00e9nome diff\u00e8re. De nos jours, d&rsquo;intenses efforts sont men\u00e9s pour diversifier les cohortes g\u00e9nomiques afin de construire des scores additifs repr\u00e9sentatifs de l&rsquo;ensemble de la diversit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;expression de la variance g\u00e9n\u00e9tique additive d\u00e9pend intrins\u00e8quement du contexte socio-\u00e9conomique et culturel, ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit par le mod\u00e8le d&rsquo;interaction g\u00e8ne-environnement de Bronfenbrenner et Ceci. Par exemple, l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 additive du QI tend \u00e0 \u00eatre plus \u00e9lev\u00e9e dans les environnements sociaux favoris\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;instruction est \u00e9quitablement garanti, car les freins environnementaux sont lev\u00e9s, permettant au potentiel g\u00e9n\u00e9tique individuel de s&rsquo;exprimer pleinement. Inversement, dans des contextes de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame ou d&rsquo;oppression soci\u00e9tale, la variance environnementale \u00e9crase la composante g\u00e9n\u00e9tique, r\u00e9duisant m\u00e9caniquement la part de variance ph\u00e9notypique imputable aux g\u00e8nes additifs.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du mod\u00e8le additif dans les approches contemporaines de la g\u00e9n\u00e9tique quantitative, de nombreux th\u00e9oriciens et biologistes soul\u00e8vent des r\u00e9serves critiques substantielles :<\/p>\n<p>La controverse principale concerne le probl\u00e8me de l&rsquo;<strong>h\u00e9ritabilit\u00e9 manquante<\/strong> (<em>missing heritability<\/em>). Lorsque les premi\u00e8res GWAS ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, la somme des effets additifs des loci significatifs n&rsquo;expliquait qu&rsquo;une infime proportion de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 mesur\u00e9e historiquement par les \u00e9tudes de jumeaux. Bien que l&rsquo;accroissement des tailles d&rsquo;\u00e9chantillons et la m\u00e9thode GCTA aient en partie r\u00e9solu ce paradoxe en montrant que l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 \u00e9tait dilu\u00e9e parmi des milliers d&rsquo;all\u00e8les sous le seuil de significativit\u00e9 statistique strict, certains auteurs, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Eric Lander ou d&rsquo;Aviv Regev, sugg\u00e8rent qu&rsquo;une partie de la variance non expliqu\u00e9e pourrait r\u00e9sulter de r\u00e9seaux d&rsquo;interactions non lin\u00e9aires (\u00e9pistasie) que les mod\u00e8les additifs simplificateurs \u00e9chouent syst\u00e9matiquement \u00e0 mod\u00e9liser.<\/p>\n<p>Une seconde critique, d&rsquo;ordre \u00e9pist\u00e9mologique et philosophique, porte sur le <strong>r\u00e9ductionnisme statistique<\/strong> du mod\u00e8le additif. Des chercheurs en neurosciences critiques et en \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique soulignent que l&rsquo;additivit\u00e9 statistique observ\u00e9e au niveau de la population n&rsquo;implique absolument pas une additivit\u00e9 biologique et biochimique au sein de la cellule nerveuse. La transcription g\u00e9nique s&rsquo;op\u00e8re dans un micro-environnement dynamique r\u00e9gi par des cascades de signalisation, des r\u00e9gulations \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques (m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN, remodelage de la chromatine) et des boucles de r\u00e9troaction biochimique non lin\u00e9aires. Traiter le g\u00e9nome comme une balance arithm\u00e9tique o\u00f9 s&rsquo;additionnent des billes pond\u00e9r\u00e9es repr\u00e9sente une abstraction statistique utile mais ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9 dynamique et interactive du vivant.<\/p>\n<p>Enfin, le spectre du d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique et du n\u00e9o-eug\u00e9nisme plane r\u00e9guli\u00e8rement sur les d\u00e9bats soci\u00e9taux relatifs aux scores g\u00e9n\u00e9tiques additifs. L&rsquo;interpr\u00e9tation erron\u00e9e des effets additifs comme une fatalit\u00e9 biologique immuable m\u00e9conna\u00eet le principe fondamental de la plasticit\u00e9 neuronale : un trait fortement influenc\u00e9 par des all\u00e8les additifs reste hautement modifiable par des changements \u00e9ducatifs, environnementaux ou th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions fondamentales<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 terminologique dans la lecture des travaux sp\u00e9cialis\u00e9s, il importe de distinguer le g\u00e8ne additif de concepts apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Effet de dominance g\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> D\u00e9signe l&rsquo;interaction intra-locus o\u00f9 un all\u00e8le masque l&rsquo;expression ph\u00e9notypique de l&rsquo;autre all\u00e8le sur le m\u00eame locus (h\u00e9t\u00e9rozygote ayant le m\u00eame ph\u00e9notype que l&rsquo;homozygote dominant). Contrairement au g\u00e8ne additif, la dominance introduit une relation non lin\u00e9aire entre la dose all\u00e9lique et le ph\u00e9notype.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pistasie (effet d&rsquo;interaction inter-g\u00e9nique) :<\/strong> Interaction complexe entre diff\u00e9rents g\u00e8nes situ\u00e9s sur des loci distincts, o\u00f9 l&rsquo;effet d&rsquo;un all\u00e8le d\u00e9pend de la configuration g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9sente sur un autre chromosome. L&rsquo;additivit\u00e9 postule au contraire une ind\u00e9pendance fonctionnelle des loci entre eux.<\/li>\n<li><strong><a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%A9ritabilit%C3%A9\">H\u00e9ritabilit\u00e9<\/a> au sens strict (<em>h\u00b2<\/em>) versus h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens large (<em>H\u00b2<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict quantifie exclusivement la contribution de la variance g\u00e9n\u00e9tique additive (<em>V<sub>A<\/sub> \/ V<sub>P<\/sub><\/em>), tandis que l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens large incorpore l&rsquo;ensemble des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, y compris la dominance et l&rsquo;\u00e9pistasie ((<em>V<sub>A<\/sub> + V<sub>D<\/sub> + V<sub>I<\/sub>) \/ V<sub>P<\/sub><\/em>).<\/li>\n<li><strong>Score polyg\u00e9nique (Polygenic Score) :<\/strong> M\u00e9trique composite calcul\u00e9e \u00e0 partir des donn\u00e9es g\u00e9nomiques individuelles repr\u00e9sentant la sommation pond\u00e9r\u00e9e des effets additifs estim\u00e9s de nombreux SNP, servant d&rsquo;instrument d&rsquo;\u00e9valuation de la charge g\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;une personne pour un trait sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>Pl\u00e9iotropie :<\/strong> Situation dans laquelle un seul variant ou g\u00e8ne additif exerce simultan\u00e9ment des effets sur de multiples traits ph\u00e9notypiques non apparent\u00e9s en apparence (par exemple, modulant conjointement le temps de sommeil et l&rsquo;impulsivit\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, le g\u00e8ne additif et la variance g\u00e9n\u00e9tique additive incarnent la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la compr\u00e9hension contemporaine de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des ph\u00e9notypes psychologiques et comportementaux :<\/p>\n<ul>\n<li>Un g\u00e8ne additif produit un impact quantitatif lin\u00e9aire et proportionnel sur le ph\u00e9notype, chaque all\u00e8le s&rsquo;additionnant aux autres sans d\u00e9pendre d&rsquo;effets de dominance intra-locus ou d&rsquo;\u00e9pistasie inter-loci.<\/li>\n<li>La variance g\u00e9n\u00e9tique additive (<em>V<sub>A<\/sub><\/em>) constitue la part principale de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 transmissible de parent \u00e0 enfant et sert de base de calcul \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 au sens strict (<em>h\u00b2<\/em>).<\/li>\n<li>La distribution normale continue des facult\u00e9s intellectuelles et des traits de personnalit\u00e9 r\u00e9sulte de la sommation d&rsquo;une constellation de milliers de variants g\u00e9n\u00e9tiques additifs distribu\u00e9s le long du g\u00e9nome (mod\u00e8le infinit\u00e9simal et omnig\u00e9nique).<\/li>\n<li>Les technologies pang\u00e9nomiques actuelles permettent d&rsquo;agr\u00e9ger ces effets additifs sous la forme de scores polyg\u00e9niques (PGS), ouvrant des perspectives de stratification du risque en psychiatrie et en \u00e9pid\u00e9miologie g\u00e9n\u00e9tique.<\/li>\n<li>L&rsquo;additivit\u00e9 statistique observ\u00e9e au sein des populations macroscopiques n&rsquo;annule pas la complexit\u00e9 dynamique de la neurobiologie cellulaire, ni l&rsquo;importance critique des interactions permanentes avec l&rsquo;environnement d\u00e9veloppemental.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fisher, R. A. (1918). The correlation between relatives on the supposition of Mendelian inheritance. <em>Transactions of the Royal Society of Edinburgh<\/em>, 52(2), 399\u2013433. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S008045680001216X\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S008045680001216X<\/a><\/li>\n<li>Falconer, D. S., &amp; Mackay, T. F. C. (1996). <em>Introduction to Quantitative Genetics<\/em> (4th ed.). Longman.<\/li>\n<li>Polderman, T. J., Benyamin, B., de Leeuw, C. A., Sullivan, P. F., van Bochoven, A., Visscher, P. M., &amp; Posthuma, D. (2015). Meta-analysis of the heritability of human traits based on fifty years of twin studies. <em>Nature Genetics<\/em>, 47(7), 702\u2013709. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285<\/a><\/li>\n<li>Boyle, E. A., Li, Y. I., &amp; Pritchard, J. K. (2017). An expanded view of complex traits: From polygenic to omnigenic. <em>Cell<\/em>, 169(7), 1177\u20131186. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2017.05.038\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2017.05.038<\/a><\/li>\n<li>Plomin, R., DeFries, J. C., Knopik, V. S., &amp; Neiderhiser, J. M. (2016). <em>Behavioral Genetics<\/em> (7th ed.). Worth Publishers.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le concept de g\u00e8ne additif en g\u00e9n\u00e9tique comportementale : d\u00e9finition, mod\u00e9lisation math\u00e9matique, r\u00f4le dans l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 des traits psychologiques et applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3332,31938,1169],"tags":[31937,31939,28309,27463,4052,27464,31940],"class_list":["post-19645","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-comportementale","category-psychiatrie-quantitative","category-psychologie-differentielle","tag-effet-additif","tag-gene-additif","tag-genetique-quantitative","tag-heritabilite","tag-psychopathologie","tag-score-polygenique","tag-variance-additive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19645\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}