{"id":19638,"date":"2026-10-22T12:36:57","date_gmt":"2026-10-22T12:36:57","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-addison-insuffisance-surrenalienne-psychiatrie"},"modified":"2026-10-22T12:36:57","modified_gmt":"2026-10-22T12:36:57","slug":"maladie-addison-insuffisance-surrenalienne-psychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-addison-insuffisance-surrenalienne-psychiatrie","title":{"rendered":"Maladie d&rsquo;Addison : L&rsquo;\u00e9puisement neuro-endocrinien"},"content":{"rendered":"<p>La maladie d&rsquo;Addison repr\u00e9sente un mod\u00e8le prototypique de l&rsquo;interaction bidirectionnelle entre le syst\u00e8me endocrinien p\u00e9riph\u00e9rique et le fonctionnement neuropsychique central. Souvent qualifi\u00e9e de \u00ab grande simulatrice \u00bb en psychiatrie et en m\u00e9decine interne, cette pathologie insidieuse illustre avec acuit\u00e9 la mani\u00e8re dont une faillite hormonale p\u00e9riph\u00e9rique peut d\u00e9sorganiser les circuits c\u00e9r\u00e9braux de la motivation, de l&rsquo;humeur et de la cognition.<\/p>\n<h2>Maladie d&rsquo;Addison<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La maladie d&rsquo;Addison, ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Insuffisance_surr%C3%A9nalienne\">insuffisance surr\u00e9nalienne<\/a> primaire chronique, est une affection endocrinienne rare et potentiellement mortelle caract\u00e9ris\u00e9e par la destruction progressive du cortex des glandes surr\u00e9nales, entra\u00eenant un d\u00e9ficit global en hormones glucocortico\u00efdes (principalement le cortisol) et min\u00e9ralocortico\u00efdes (principalement l&rsquo;aldost\u00e9rone), ainsi qu&rsquo;en androg\u00e8nes surr\u00e9naliens.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychopathologique, cette d\u00e9pl\u00e9tion hormonale perturbe profond\u00e9ment l&rsquo;hom\u00e9ostasie du syst\u00e8me nerveux central. Le tableau clinique associe classiquement une asth\u00e9nie physique et psychique majeure, une fatigabilit\u00e9 cognitive, une apathie, ainsi qu&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux troubles thymiques s\u00e9v\u00e8res, allant de l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif m\u00e9lancoliforme jusqu&rsquo;\u00e0 des manifestations psychotiques aigu\u00ebs historically qualifi\u00e9es d&rsquo;enc\u00e9phalopathie ou de psychose addisonienne.<\/p>\n<p>En raison du r\u00f4le physiologique d\u00e9terminant du cortisol dans la r\u00e9gulation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS), la r\u00e9activit\u00e9 au stress, le m\u00e9tabolisme glucidique c\u00e9r\u00e9bral et la transmission synaptique, l&rsquo;insuffisance surr\u00e9nalienne primaire constitue un carrefour fondamental entre la neurobiologie, l&rsquo;endocrinologie et la psychiatrie clinique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9ponyme fait r\u00e9f\u00e9rence au m\u00e9decin et scientifique britannique Thomas Addison (1793-1860), m\u00e9decin au Guy&rsquo;s Hospital de Londres, qui d\u00e9crivit pour la premi\u00e8re fois cette entit\u00e9 nosologique de mani\u00e8re m\u00e9thodique en 1849 devant la South London Medical Society, avant de publier sa monographie princeps en 1855. Le terme \u00ab maladie d&rsquo;Addison \u00bb s&rsquo;est ensuite internationalis\u00e9 pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement l&rsquo;atteinte intrins\u00e8que de la corticosurr\u00e9nale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphologique, le terme m\u00e9dical sous-jacent \u00ab surr\u00e9nale \u00bb d\u00e9rive du latin <em>sub-<\/em> ou <em>supra-<\/em> combin\u00e9 \u00e0 <em>renalis<\/em> (de <em>ren<\/em>, \u00ab le rein \u00bb), d\u00e9signant litt\u00e9ralement les organes situ\u00e9s au-dessus des reins. L&rsquo;expression \u00ab insuffisance surr\u00e9nalienne primaire \u00bb oppose la localisation primitive de l&rsquo;atteinte (surr\u00e9nalienne) aux formes dites secondaires ou tertiaires, dont la d\u00e9faillance d\u00e9coule respectivement d&rsquo;un dysfonctionnement hypophysaire (d\u00e9ficit en ACTH) ou hypothalamique (d\u00e9ficit en CRH).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychiatrique historique francophone, les manifestations comportementales associ\u00e9es \u00e0 ce syndrome ont parfois \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9es sous le vocable de \u00ab m\u00e9lancolie addisonienne \u00bb ou d&rsquo;\u00ab asth\u00e9nie surr\u00e9nale \u00bb, soulignant l&rsquo;ancrage s\u00e9culaire de cette dysfonction organique au sein des classifications s\u00e9miologiques de la folie et des n\u00e9vroses.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution s&rsquo;articule phon\u00e9tiquement sous la transcription [ma.la.di d\u203fa.di.s\u0254n]. Le nom propre d&rsquo;origine anglo-saxonne conserve son articulation adoucie, le \u00ab d \u00bb central \u00e9tant prononc\u00e9 distinctement sans g\u00e9mination appuy\u00e9e, et la finale oscillant entre [\u0254n] et [\u0153n] selon l&rsquo;assimilation phonologique des locuteurs.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier (\u00ab la maladie d&rsquo;Addison \u00bb). Il est invariable en genre et en nombre, bien que la d\u00e9signation nosologique formelle \u00ab les maladies d&rsquo;Addison \u00bb puisse \u00eatre exceptionnellement rencontr\u00e9e pour d\u00e9signer la pluralit\u00e9 des m\u00e9canismes \u00e9tiologiques sous-jacents (auto-immuns, infectieux, g\u00e9n\u00e9tiques). L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 est \u00ab addisonien \u00bb (au f\u00e9minin \u00ab addisonienne \u00bb), fr\u00e9quemment employ\u00e9 pour qualifier les complications (\u00ab crise addisonienne \u00bb), les signes somatiques (\u00ab faci\u00e8s addisonien \u00bb) ou les alt\u00e9rations comportementales (\u00ab tableau psychique addisonien \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La maladie d&rsquo;Addison se manifeste par une d\u00e9gradation lente et insidieuse de la r\u00e9serve fonctionnelle du cortex surr\u00e9nalien. Pour que les sympt\u00f4mes cliniques \u00e9mergent de fa\u00e7on patente, il est g\u00e9n\u00e9ralement admis qu&rsquo;au moins 90 % du tissu corticosurr\u00e9nalien fonctionnel doit \u00eatre d\u00e9truit. Cette perte tissulaire an\u00e9antit la production des trois lign\u00e9es st\u00e9ro\u00efdiennes synth\u00e9tis\u00e9es par les trois zones corticales : la zone glom\u00e9rul\u00e9e (aldost\u00e9rone), la zone fascicul\u00e9e (cortisol) et la zone r\u00e9ticul\u00e9e (d\u00e9hydro\u00e9piandrost\u00e9rone ou DHEA et ses d\u00e9riv\u00e9s).<\/p>\n<p>L&rsquo;effondrement de la s\u00e9cr\u00e9tion de cortisol brise la boucle de r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif normalement exerc\u00e9e sur l&rsquo;hypophyse ant\u00e9rieure et l&rsquo;hypothalamus. En r\u00e9action, l&rsquo;hypophyse s\u00e9cr\u00e8te massivement de la pro-opiom\u00e9lanocortine (POMC), un pr\u00e9curseur polypeptidique cliv\u00e9 en adrenocorticotropic hormone (<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hormone_adr%C3%A9nocorticotrope\">ACTH<\/a>) et en hormone m\u00e9lanotrope (MSH). Cette lib\u00e9ration conjointe et exacerb\u00e9e stimule les r\u00e9cepteurs de la m\u00e9lanocortine de type 1 (MC1R) situ\u00e9s sur les m\u00e9lanocytes \u00e9pidermiques, provoquant une hyperpigmentation cutan\u00e9o-muqueuse caract\u00e9ristique, souvent appel\u00e9e m\u00e9lanodermie.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychiatrique, le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortisol\">cortisol<\/a> est un puissant modulateur de l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuronale, de la plasticit\u00e9 synaptique et de l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs des neurotransmetteurs centraux. Dans l&rsquo;hippocampe, le cortex pr\u00e9frontal et l&rsquo;amygdale, structures cl\u00e9s de la r\u00e9gulation affective et mn\u00e9sique, les r\u00e9cepteurs aux min\u00e9ralocortico\u00efdes (MR) et aux glucocortico\u00efdes (GR) requi\u00e8rent une concentration ad\u00e9quate de st\u00e9ro\u00efdes pour maintenir l&rsquo;hom\u00e9ostasie cellulaire. L&rsquo;hypocortisolemie chronique induit un dysfonctionnement de ces r\u00e9seaux, provoquant un \u00e9moussement \u00e9motionnel, des d\u00e9ficits attentionnels marqu\u00e9s, un ralentissement id\u00e9omoteur et une d\u00e9sorganisation de l&rsquo;architecture du sommeil.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, la carence en aldost\u00e9rone engendre une natriur\u00e8se excessive, une d\u00e9shydratation extracellulaire, une hypovol\u00e9mie, une hypotension orthostatique s\u00e9v\u00e8re et une hyperkali\u00e9mie. Ce d\u00e9r\u00e8glement h\u00e9modynamique r\u00e9duit la perfusion c\u00e9r\u00e9brale globale, exacerbant l&rsquo;asth\u00e9nie subjective, provoquant des vertiges, des lipothymies et une fatigabilit\u00e9 mentale accrue qui mime point par point un syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel (burnout) ou une d\u00e9pression majeure avec ralentissement psychomoteur.<\/p>\n<p>Enfin, la baisse des androg\u00e8nes surr\u00e9naliens, particuli\u00e8rement sensible chez la femme dont la surr\u00e9nale constitue la source pr\u00e9pond\u00e9rante de testost\u00e9rone circulante, participe \u00e0 la perte globale de libido, \u00e0 une d\u00e9motivation profonde, \u00e0 une fonte musculaire et \u00e0 un affaiblissement de la vitalit\u00e9 psychologique globale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de la maladie d&rsquo;Addison s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;histoire de la naissance de l&rsquo;endocrinologie moderne. Avant les travaux pionniers de Thomas Addison, les glandes surr\u00e9nales \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des structures vestigiales sans fonction physiologique av\u00e9r\u00e9e. En 1855, dans son ouvrage fondamental intitul\u00e9 <em>On the Constitutional and Local Effects of Disease of the Supra-Renal Capsules<\/em>, Addison d\u00e9crivit onze cas de patients pr\u00e9sentant une an\u00e9mie progressive, une d\u00e9bilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, une faiblesse de l&rsquo;action cardiaque, une irritabilit\u00e9 gastrique et une coloration bronz\u00e9e de la peau.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, la tuberculose repr\u00e9sentait la cause \u00e9tiologique pr\u00e9pond\u00e9rante, entra\u00eenant une destruction cas\u00e9euse bilat\u00e9rale des surr\u00e9nales. Le pathologiste et neurologue fran\u00e7ais Armand Trousseau reconnut imm\u00e9diatement la port\u00e9e de cette d\u00e9couverte et proposa formellement d&rsquo;attribuer le nom de \u00ab maladie d&rsquo;Addison \u00bb \u00e0 cette entit\u00e9 clinique en 1856, contribuant \u00e0 sa diffusion dans l&rsquo;ensemble du monde m\u00e9dical francophone.<\/p>\n<p>Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la maladie demeurait invariablement fatale, \u00e9voluant in\u00e9luctablement vers la crise aigu\u00eb et le d\u00e9c\u00e8s par choc cardiovasculaire. Les descriptions cliniques de l&rsquo;\u00e9poque soulignaient fr\u00e9quemment l&rsquo;effondrement psychique des malades, documentant des \u00e9tats confusionnels terminaux et des \u00e9pisodes hallucinatoires terrifiants. La d\u00e9couverte et la synth\u00e8se industrielle de la cortisone dans les ann\u00e9es 1940 par Edward Calvin Kendall, Philip Showalter Hench et Tadeus Reichstein (laur\u00e9ats du prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1950) r\u00e9volutionn\u00e8rent le pronostic de l&rsquo;affection, transformant une maladie l\u00e9tale \u00e0 court terme en une condition chronique g\u00e9rable par hormonoth\u00e9rapie substitutive.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, avec le recul de la tuberculose dans les pays industrialis\u00e9s, l&rsquo;\u00e9tiologie auto-immune devint pr\u00e9dominante sous le terme de surr\u00e9nalite auto-immune, li\u00e9e notamment aux syndromes polyendocriniens auto-immuns. Parall\u00e8lement, la neuropsychiatrie contemporaine red\u00e9couvrit la maladie sous l&rsquo;angle des interactions neuro-immuno-endocriniennes, identifiant le r\u00f4le des auto-anticorps anti-21-hydroxylase et pr\u00e9cisant les r\u00e9percussions structurales c\u00e9r\u00e9brales du d\u00e9ficit glucocortico\u00efde chronique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de la maladie d&rsquo;Addison repose sur le paradigme neurobiologique de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien. En physiologie normale, la s\u00e9cr\u00e9tion de corticolib\u00e9rine (CRH) par le noyau paraventriculaire de l&rsquo;hypothalamus induit la lib\u00e9ration d&rsquo;ACTH par l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse, stimulant la st\u00e9ro\u00efdogen\u00e8se au sein des cellules corticales surr\u00e9naliennes. Le cortisol circulant exerce en retour une r\u00e9tro-inhibition puissante sur les centres sup\u00e9rieurs afin de pr\u00e9server l&rsquo;organisme contre les effets toxiques d&rsquo;une hyperactivation du stress.<\/p>\n<p>Dans la maladie d&rsquo;Addison, la n\u00e9crose ou l&rsquo;apoptose auto-immune des cellules corticales supprime ce r\u00e9trocontr\u00f4le. Il en r\u00e9sulte un \u00e9tat paradoxal o\u00f9 le syst\u00e8me nerveux central per\u00e7oit en permanence un \u00e9tat de carence, maintenant une production maximale de CRH et d&rsquo;ACTH sans obtenir de r\u00e9ponse p\u00e9riph\u00e9rique. Cette distorsion de la signalisation perturbe l&rsquo;hom\u00e9ostasie du glutamate et de l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (GABA) dans les circuits limbiques.<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les neurophysiologiques actuels soulignent que le cortisol pr\u00e9sente une affinit\u00e9 diff\u00e9rentielle pour deux types de r\u00e9cepteurs nucl\u00e9aires c\u00e9r\u00e9braux : les r\u00e9cepteurs de type 1 (MR), satur\u00e9s \u00e0 des concentrations basales faibles et impliqu\u00e9s dans la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle de base, et les r\u00e9cepteurs de type 2 (GR), activ\u00e9s lors des pics circadiens ou des situations de stress aigu pour favoriser l&rsquo;adaptation cognitive. Dans la maladie d&rsquo;Addison, l&rsquo;hypocortisolemie s\u00e9v\u00e8re conduit \u00e0 une sous-activation chronique des r\u00e9cepteurs GR et \u00e0 une occupation erratique des r\u00e9cepteurs MR, ce qui perturbe la potentialisation \u00e0 long terme hippocampique et d\u00e9grade le traitement des signaux \u00e9motionnels.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;hypoglyc\u00e9mie relative cons\u00e9cutive au d\u00e9faut de n\u00e9oglucogen\u00e8se h\u00e9patique m\u00e9di\u00e9e par le cortisol prive les astrocytes et les neurones de leur substrat \u00e9nerg\u00e9tique principal. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 m\u00e9tabolique c\u00e9r\u00e9brale amplifie l&rsquo;irritabilit\u00e9, la labilit\u00e9 \u00e9motionnelle et la confusion mentale, tout en augmentant la sensibilit\u00e9 centrale aux agents inflammatoires circulants tels que l&rsquo;interleukine-1 (IL-1) et le facteur de n\u00e9crose tumorale alpha (TNF-alpha).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La maladie d&rsquo;Addison se d\u00e9cline \u00e0 travers plusieurs composantes \u00e9tiologiques, biologiques et s\u00e9miologiques qu&rsquo;il convient de distinguer rigoureusement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9tiologie auto-immune (surr\u00e9nalite auto-immune) :<\/strong> Repr\u00e9sente approximativement 70 \u00e0 80 % des cas dans les pays occidentaux. Elle peut survenir de mani\u00e8re isol\u00e9e ou s&rsquo;inscrire dans le cadre de syndromes polyendocriniens auto-immuns de type 1 (mutation du g\u00e8ne AIRE, candidose cutan\u00e9o-muqueuse, hypoparathyro\u00efdie) ou de type 2 (syndrome de Schmidt, associant dysthyro\u00efdie auto-immune et diab\u00e8te de type 1).<\/li>\n<li><strong>\u00c9tiologies infectieuses et granulomateuses :<\/strong> La tuberculose surr\u00e9nalienne demeure une cause pr\u00e9valente dans plusieurs r\u00e9gions du globe. D&rsquo;autres agents pathog\u00e8nes incluent les mycoses syst\u00e9miques (histoplasmose, coccidioidomycose), ainsi que les infections opportunistes chez les patients immunod\u00e9prim\u00e9s (cytom\u00e9galovirus, mycobact\u00e9ries atypiques).<\/li>\n<li><strong>Atteintes vasculaires et n\u00e9oplasiques :<\/strong> Les thromboses ou h\u00e9morragies bilat\u00e9rales des surr\u00e9nales (syndrome de Waterhouse-Friderichsen lors d&rsquo;infections m\u00e9ningococciques, syndrome des antiphospholipides), de m\u00eame que les m\u00e9tastases bilat\u00e9rales (notamment du poumon, du sein ou du m\u00e9lanome), entra\u00eenent une destruction parenchymateuse aigu\u00eb ou subaigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>Dimensions s\u00e9miologiques physiques :<\/strong> Hyperpigmentation cutan\u00e9e pr\u00e9dominant sur les zones photo-expos\u00e9es, les plis de flexion, les zones de frottement et les muqueuses (taches ardois\u00e9es jugales) ; hypotension art\u00e9rielle orthostatique ; amaigrissement constant li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anorexie ; naus\u00e9es, vomissements et douleurs abdominales diffuses.<\/li>\n<li><strong>Dimensions neuropsychiatriques :<\/strong> Asth\u00e9nie globale matinale non am\u00e9lior\u00e9e par le repos ; ralentissement psychomoteur et id\u00e9atoire ; humeur d\u00e9pressive avec anesth\u00e9sie affective ; troubles mn\u00e9siques de travail et troubles des fonctions ex\u00e9cutives ; d\u00e9lires parano\u00efdes et hallucinations (psychose addisonienne).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la complexit\u00e9 diagnostique et les implications psychopathologiques de l&rsquo;affection, examinons deux situations cliniques repr\u00e9sentatives fr\u00e9quemment rencontr\u00e9es en pratique m\u00e9dicale :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le pi\u00e8ge de l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif r\u00e9fractaire.<\/strong> Une patiente de 34 ans est adress\u00e9e en consultation psychiatrique pour une alt\u00e9ration s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tiquet\u00e9e comme un \u00ab \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur r\u00e9sistant \u00bb. Depuis six mois, elle se plaint d&rsquo;un \u00e9puisement insurmontable, d&rsquo;une perte d&rsquo;app\u00e9tit ayant conduit \u00e0 une perte de poids de huit kilogrammes, d&rsquo;une anh\u00e9donie et d&rsquo;une incapacit\u00e9 totale \u00e0 assumer ses fonctions professionnelles. Deux lignes successives d&rsquo;antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques sont rest\u00e9es sans effet, aggravant m\u00eame des naus\u00e9es matinales. L&rsquo;examen attentif met en \u00e9vidence une hypotension marqu\u00e9e (85\/55 mmHg) accentu\u00e9e en orthostatisme et un bronzage persistant en plein hiver avec de petites macules brunes sur la face interne des joues. Le bilan biologique r\u00e9v\u00e8le une hyponatr\u00e9mie mod\u00e9r\u00e9e (131 mmol\/L) et un cortisol plasmatique effondr\u00e9 \u00e0 8 heures du matin. L&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement par hydrocortisone et fludrocortisone entra\u00eene la disparition compl\u00e8te du tableau d\u00e9pressif et la reprise de l&rsquo;activit\u00e9 en quelques semaines, confirmant l&rsquo;origine exclusivement endocrinienne du d\u00e9sordre affectif.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : La d\u00e9compensation d\u00e9lirante inaugurale.<\/strong> Un homme de 42 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques personnels ou familiaux, est conduit aux urgences psychiatriques dans un tableau d&rsquo;agitation psychomotrice aigu\u00eb, de confusion mentale fluctuante et de d\u00e9lire de pers\u00e9cution \u00e0 th\u00e9matique de complot. L&rsquo;examen somatique imm\u00e9diat r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9shydratation globale, une tachycardie et des douleurs abdominales aigu\u00ebs mimant une urgence chirurgicale p\u00e9riton\u00e9ale. L&rsquo;ionogramme sanguin objective une hyperkali\u00e9mie mena\u00e7ante (6,2 mmol\/L) associ\u00e9e \u00e0 une hyponatr\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re (118 mmol\/L) et une hypoglyc\u00e9mie \u00e0 2,8 mmol\/L. Le diagnostic de crise d&rsquo;insuffisance surr\u00e9nalienne aigu\u00eb r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par une psychose addisonienne est pos\u00e9. Le transfert imm\u00e9diat en unit\u00e9 de soins intensifs pour r\u00e9hydratation hydro-\u00e9lectrolytique et h\u00e9misuccinate d&rsquo;hydrocortisone \u00e0 forte dose permet la r\u00e9version int\u00e9grale du syndrome confusionnel et d\u00e9lirant en moins de 48 heures, sans qu&rsquo;aucun traitement antipsychotique au long cours ne soit n\u00e9cessaire.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation de la maladie d&rsquo;Addison exige une d\u00e9marche combinant s\u00e9miologie clinique rigoureuse, dosages hormonaux pr\u00e9cis et bilans morphologiques adapt\u00e9s. Toute suspicion diagnostique face \u00e0 une asth\u00e9nie inexpliqu\u00e9e associ\u00e9e \u00e0 une hypotension impose des examens biologiques cibl\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dosage du cortisol et de l&rsquo;ACTH \u00e0 8 heures du matin :<\/strong> Un cortisol plasmatique effondr\u00e9 (inf\u00e9rieur \u00e0 80-100 nmol\/L ou 3 \u00b5g\/dL) coupl\u00e9 \u00e0 une concentration d&rsquo;ACTH plasmatique nettement \u00e9lev\u00e9e (g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieure \u00e0 deux fois la limite sup\u00e9rieure de la normale) affirme formellement l&rsquo;insuffisance surr\u00e9nalienne primaire.<\/li>\n<li><strong>Test de stimulation au Synacth\u00e8ne (ACTH synth\u00e9tique 250 \u00b5g) :<\/strong> C&rsquo;est l&rsquo;examen de r\u00e9f\u00e9rence en cas de valeurs interm\u00e9diaires de cortisol\u00e9mie basale. L&rsquo;incapacit\u00e9 de la corticosurr\u00e9nale \u00e0 hisser le cortisol plasmatique au-dessus de 500 nmol\/L (environ 18 \u00b5g\/dL) 30 \u00e0 60 minutes apr\u00e8s l&rsquo;injection parent\u00e9rale confirme l&rsquo;absence de r\u00e9serve fonctionnelle.<\/li>\n<li><strong>Bilan \u00e9lectrolytique et m\u00e9tabolique :<\/strong> L&rsquo;association d&rsquo;une hyponatr\u00e9mie et d&rsquo;une hyperkali\u00e9mie refl\u00e8te directement le d\u00e9ficit min\u00e9ralocortico\u00efde. Une tendance \u00e0 l&rsquo;hypoglyc\u00e9mie, une an\u00e9mie normocytaire discr\u00e8te et une \u00e9osinophilie sanguine sont \u00e9galement des indices cardinaux.<\/li>\n<li><strong>Recherche \u00e9tiologique :<\/strong> Le dosage des auto-anticorps anti-21-hydroxylase (anti-P450c21) s&rsquo;av\u00e8re positif dans plus de 85 % des formes auto-immunes. En cas de n\u00e9gativit\u00e9, une imagerie par tomodensitom\u00e9trie (TDM) abdominale des loges surr\u00e9nales est indispensable pour rechercher des calcifications (s\u00e9quelles de tuberculose), une hypertrophie bilat\u00e9rale (infection \u00e9volutive ou infiltration m\u00e9tastatique) ou une atrophie glandulaire.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuations neuropsychologiques et psychopathologiques :<\/strong> L&rsquo;administration d&rsquo;\u00e9chelles d&rsquo;humeur comme l&rsquo;Inventaire de D\u00e9pression de Beck (BDI) ou l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9pression de Montgomery-\u00c5sberg (MADRS) met souvent en lumi\u00e8re une pr\u00e9pond\u00e9rance absolue des items somatiques et neurov\u00e9g\u00e9tatifs (asth\u00e9nie, perte d&rsquo;app\u00e9tit, ralentissement) par rapport aux items cognitifs de culpabilit\u00e9 existentielle ou de d\u00e9valorisation morale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et psychologique<\/h3>\n<p>La reconnaissance de la maladie d&rsquo;Addison rev\u00eat une importance capitale pour les professionnels de la sant\u00e9 mentale, de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et de l&rsquo;urgence. En raison de sa pr\u00e9valence estim\u00e9e entre 90 et 140 cas par million d&rsquo;habitants et de son installation sournoise sur plusieurs mois voire plusieurs ann\u00e9es, l&rsquo;errance diagnostique moyenne d\u00e9passe fr\u00e9quemment une \u00e0 deux ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, les patients subissent souvent une incompr\u00e9hension relationnelle et professionnelle prolong\u00e9e. Beaucoup se voient attribuer \u00e0 tort des diagnostics de n\u00e9vrose d&rsquo;angoisse, de troubles somatoformes, de fibromyalgie, d&rsquo;anorexie mentale ou de d\u00e9pression nerveuse. Cette stigmatisation m\u00e9dicale renforce un sentiment d&rsquo;isolement et de d\u00e9tresse psychique aigu\u00eb.<\/p>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique repose sur l&rsquo;administration continue et \u00e0 vie d&rsquo;un traitement hormonal substitutif : l&rsquo;hydrocortisone (\u00e9quivalent du cortisol synth\u00e9tique) en deux ou trois prises journali\u00e8res, respectant le rythme circadien physiologique (dose pr\u00e9pond\u00e9rante au r\u00e9veil), associ\u00e9e \u00e0 la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fludrocortisone\">fludrocortisone<\/a> pour compenser le d\u00e9ficit en aldost\u00e9rone. Chez certaines patientes souffrant d&rsquo;asth\u00e9nie r\u00e9siduelle et de baisse majeure de la libido malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre glucocortico\u00efde, une suppl\u00e9mentation prudente en DHEA peut \u00eatre discut\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique du patient (ETP) repr\u00e9sente le pilier pr\u00e9ventif fondamental. Les malades doivent \u00eatre entra\u00een\u00e9s \u00e0 doubler ou tripler syst\u00e9matiquement leurs doses d&rsquo;hydrocortisone en cas de stress physique majeur (fi\u00e8vre, chirurgie, traumatisme, infection) ou de stress psychologique intense, afin d&rsquo;\u00e9viter la survenue d&rsquo;une crise addisonienne aigu\u00eb. Le port permanent d&rsquo;une carte d&rsquo;insuffisant surr\u00e9nalien et la possession d&rsquo;une trousse d&rsquo;urgence contenant de l&rsquo;h\u00e9misuccinate d&rsquo;hydrocortisone injectable sont indispensables pour pr\u00e9venir une issue fatale.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines en neuro-endocrinologie et en imagerie c\u00e9r\u00e9brale ont consid\u00e9rablement enrichi la compr\u00e9hension des effets de la maladie d&rsquo;Addison sur le syst\u00e8me nerveux central. Des \u00e9tudes men\u00e9es par des \u00e9quipes scandinaves et britanniques (telles que les travaux de Hahner et al. et d&rsquo;Arlt et al.) ont d\u00e9montr\u00e9 que, m\u00eame sous traitement substitutif conventionnel bien \u00e9quilibr\u00e9 sur le plan biologique, les patients atteints de la maladie d&rsquo;Addison rapportent une alt\u00e9ration significative de leur qualit\u00e9 de vie globale comparativement aux populations t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Ces recherches documentent des plaintes cognitives subjectives persistantes, portant notamment sur la flexibilit\u00e9 mentale, la m\u00e9moire de travail et la vitesse de traitement de l&rsquo;information. L&rsquo;explication pr\u00e9valente r\u00e9side dans l&rsquo;incapacit\u00e9 des sch\u00e9mas posologiques oraux actuels \u00e0 reproduire fid\u00e8lement l&rsquo;ultradianit\u00e9 et les micro-pulsatilit\u00e9s de la s\u00e9cr\u00e9tion naturelle de cortisol. Les pics supra-physiologiques suivis de creux infra-physiologiques tout au long de la journ\u00e9e soumettent les r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 des fluctuations non naturelles, g\u00e9n\u00e9rant des micros-alt\u00e9rations de l&rsquo;architecture du sommeil et de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont confirm\u00e9 des modifications de l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur chez ces patients, confirmant un traitement alt\u00e9r\u00e9 des stimuli aversifs et des signaux de menace. Sur le front immunog\u00e9n\u00e9tique, les associations \u00e9troites avec les all\u00e8les HLA-DR3-DQ2 et HLA-DR4-DQ8 ainsi que les polymorphismes des g\u00e8nes <em>CTLA4<\/em> et <em>PTPN22<\/em> continuent de faire l&rsquo;objet d&rsquo;explorations intensives pour \u00e9lucider les d\u00e9clencheurs de la rupture de tol\u00e9rance immunitaire envers les enzymes de la st\u00e9ro\u00efdogen\u00e8se.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception et le diagnostic de la maladie d&rsquo;Addison varient de mani\u00e8re substantielle selon les environnements g\u00e9ographiques, socioculturels et \u00e9conomiques. Dans les zones o\u00f9 la pr\u00e9valence de la tuberculose demeure \u00e9lev\u00e9e (Afrique subsaharienne, certaines r\u00e9gions d&rsquo;Asie et d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est), l&rsquo;\u00e9tiologie infectieuse reste au premier plan, confront\u00e9e \u00e0 un sous-diagnostic massif en raison de l&rsquo;acc\u00e8s limit\u00e9 aux dosages de l&rsquo;ACTH et au Synacth\u00e8ne.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression de la m\u00e9lanodermie d\u00e9pend \u00e9galement de la pigmentation cutan\u00e9e constitutive des individus. Chez les sujets \u00e0 carnation sombre ou noire, l&rsquo;hyperpigmentation peut passer inaper\u00e7ue sur le t\u00e9gument cutan\u00e9 global ; elle doit alors \u00eatre recherch\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rentiellement au niveau des zones de cicatrisation r\u00e9cente, des ongles (m\u00e9lanonychie longitudinale) et surtout des muqueuses gingivales et buccales. \u00c0 l&rsquo;inverse, chez les individus \u00e0 teint tr\u00e8s clair, le h\u00e2le bronz\u00e9 persistant hors saison estivale est souvent faussement interpr\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;entourage comme un signe de sant\u00e9 \u00e9clatante, masquant l&rsquo;extr\u00eame gravit\u00e9 du ralentissement somatique sous-jacent.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement comp\u00e9titives, l&rsquo;\u00e9puisement progressif propre \u00e0 l&rsquo;affection est couramment rationalis\u00e9 par le patient et le corps m\u00e9dical comme un simple syndrome de surmenage professionnel ou une d\u00e9compensation anxiod\u00e9pressive r\u00e9actionnelle, refl\u00e9tant les biais contemporains de psychologisation h\u00e2tive des plaintes fonctionnelles.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>La principale controverse entourant la maladie d&rsquo;Addison dans le champ des m\u00e9decines alternatives et int\u00e9gratives concerne le concept pseudo-m\u00e9dical de \u00ab fatigue surr\u00e9nalienne \u00bb (ou <em>adrenal fatigue<\/em>). Popularis\u00e9e par divers praticiens non conventionnels, cette th\u00e9orie postule que le stress psychologique et physique chronique \u00e9puiserait progressivement les r\u00e9serves de la corticosurr\u00e9nale sans pour autant atteindre le seuil de la maladie d&rsquo;Addison formelle, justifiant la vente de suppl\u00e9ments st\u00e9ro\u00efdiens ou d&rsquo;extraits glandulaires.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 endocrinologique internationale a formellement rejet\u00e9 cette notion, rappelant qu&rsquo;aucune preuve scientifique rigoureuse ne d\u00e9montre l&rsquo;existence d&rsquo;une telle faillite glandulaire d&rsquo;usure. Cette pseudo-entit\u00e9 pr\u00e9sente un risque majeur : celui de prescrire inutilement des cortico\u00efdes \u00e0 des individus sains, au risque d&rsquo;induire une insuffisance surr\u00e9nalienne secondaire iatrog\u00e8ne par freinage de l&rsquo;axe corticotrope, ou d&rsquo;ignorer un authentique trouble psychiatrique traitable (comme une d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9e) ou une autre maladie syst\u00e9mique organique.<\/p>\n<p>Une autre probl\u00e9matique clinique r\u00e9side dans l&rsquo;optimisation du traitement de substitution. Le dosage pr\u00e9cis de l&rsquo;hydrocortisone demeure empirique en l&rsquo;absence de biomarqueur sanguin fiable permettant de monitorer l&rsquo;impr\u00e9gnation tissulaire en temps r\u00e9el. Le surdosage discret mais chronique expose \u00e0 long terme \u00e0 l&rsquo;ost\u00e9oporose, \u00e0 l&rsquo;hypertension et \u00e0 des troubles de l&rsquo;humeur d&rsquo;allure maniaque, tandis que le sous-dosage entretient l&rsquo;asth\u00e9nie chronique, l&rsquo;apathie et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress aigu.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diagnostiques<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute confusion s\u00e9miologique, plusieurs entit\u00e9s pathologiques doivent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment diff\u00e9renci\u00e9es de la maladie d&rsquo;Addison :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Insuffisance surr\u00e9nalienne secondaire et tertiaire :<\/strong> R\u00e9sulte d&rsquo;une atteinte de l&rsquo;hypophyse (d\u00e9ficit en ACTH) ou de l&rsquo;hypothalamus (d\u00e9ficit en CRH), tr\u00e8s fr\u00e9quemment cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat brutal d&rsquo;une corticoth\u00e9rapie prolong\u00e9e ou \u00e0 un ad\u00e9nome hypophysaire. Contrairement \u00e0 la maladie d&rsquo;Addison, l&rsquo;aldost\u00e9rone est pr\u00e9serv\u00e9e (l&rsquo;axe r\u00e9nine-angiotensine restant fonctionnel) et il n&rsquo;y a jamais de m\u00e9lanodermie (la peau est au contraire anormalement p\u00e2le en raison de la carence en ACTH\/MSH).<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Cushing :<\/strong> Repr\u00e9sente l&rsquo;exact oppos\u00e9 biologique et clinique, caus\u00e9 par un hypercortisolisme chronique. Il associe prise de poids facio-tronculaire, vergetures pourpres, fragilit\u00e9 capillaire, ost\u00e9op\u00e9nie et instabilit\u00e9 psychiatrique oscillant entre manie et d\u00e9pression m\u00e9lancolique.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pression majeure unipolaire :<\/strong> Bien qu&rsquo;elle partage l&rsquo;asth\u00e9nie, l&rsquo;anorexie, le ralentissement psychomoteur et l&rsquo;anh\u00e9donie, la d\u00e9pression s&rsquo;accompagne d&rsquo;une tension psychique interne, d&rsquo;id\u00e9es de ruine, d&rsquo;indignit\u00e9 et d&rsquo;autod\u00e9pr\u00e9ciation morale absentes dans la maladie d&rsquo;Addison pure, et ne pr\u00e9sente ni anomalies ioniques (hyponatr\u00e9mie\/hyperkali\u00e9mie) ni hyperpigmentation.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de fatigue chronique (enc\u00e9phalomy\u00e9lite myalgique) :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9puisement persistant et des malaises post-effort inexpliqu\u00e9s, mais avec des bilans hormonaux surr\u00e9naliens (cortisol\u00e9mie basale et tests de stimulation) strictement normaux.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9mochromatose :<\/strong> Maladie de surcharge en fer induisant \u00e9galement une m\u00e9lanodermie cutan\u00e9e gris\u00e2tre (\u00ab diab\u00e8te bronz\u00e9 \u00bb) et une asth\u00e9nie, mais sans d\u00e9ficit hormonal primitif en cortisol au stade initial, et diagnostiqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation massive du coefficient de saturation de la transferrine et de la ferritin\u00e9mie.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La maladie d&rsquo;Addison demeure l&rsquo;un des exemples les plus \u00e9clatants de l&rsquo;intrication \u00e9troite entre endocrinologie et psychiatrie. La destruction irr\u00e9versible de la corticosurr\u00e9nale entra\u00eene une rupture hom\u00e9ostatique globale affectant le m\u00e9tabolisme, la vol\u00e9mie et l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Les cliniciens doivent retenir que tout tableau associant asth\u00e9nie intense r\u00e9fractaire, perte de poids, hypotension art\u00e9rielle et troubles thymiques impose d&rsquo;\u00e9carter une d\u00e9faillance corticosurr\u00e9nalienne avant de conclure \u00e0 une cause exclusivement psychologique ou fonctionnelle. La d\u00e9couverte d&rsquo;une hyperpigmentation cutan\u00e9o-muqueuse ou d&rsquo;anomalies hydro-\u00e9lectrolytiques (hyponatr\u00e9mie, hyperkali\u00e9mie) constitue un signal d&rsquo;alerte imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;hormonoth\u00e9rapie substitutive quotidienne associant hydrocortisone et fludrocortisone, les patients retrouvent une esp\u00e9rance de vie quasi normale. Cependant, la pr\u00e9servation de leur sant\u00e9 mentale et de leur qualit\u00e9 de vie requiert une personnalisation m\u00e9ticuleuse des posologies, un suivi neuropsychologique attentif et une \u00e9ducation th\u00e9rapeutique infaillible pour \u00e9carter le spectre toujours pr\u00e9sent de la d\u00e9compensation aigu\u00eb mortelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Addison, T. (1855). <em>On the Constitutional and Local Effects of Disease of the Supra-Renal Capsules<\/em>. Highley. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1079369\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1079369\/<\/a><\/li>\n<li>Arlt, W., &amp; Allolio, B. (2003). Adrenal insufficiency. <em>The Lancet<\/em>, 361(9372), 1881-1893. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(03)13492-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(03)13492-2<\/a><\/li>\n<li>Bornstein, S. R., Allolio, B., Arlt, W., Barthel, A., Don-Wauchope, A., Hammer, G. D., Hahner, S., Isidori, A. M., McCabe, D. A., Nieman, L. K., &amp; Torpy, D. J. (2016). Diagnosis and treatment of primary adrenal insufficiency: An Endocrine Society clinical practice guideline. <em>The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/em>, 101(2), 364-389. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2015-1710\">https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2015-1710<\/a><\/li>\n<li>Hahner, S., Loeffler, M., Fassnacht, M., Weismann, D., Koschker, A. C., Quinkler, M., Morgenthaler, N. G., Allolio, B., &amp; Strasburger, C. J. (2007). Impaired subjective health status in 256 patients with primary adrenal insufficiency on standard therapy based on cross-sectional analysis. <em>The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/em>, 92(10), 3912-3922. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2007-0685\">https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2007-0685<\/a><\/li>\n<li>Thaler, A. U., &amp; Besser, G. M. (2002). Psychiatric manifestations of endocrine disease. In <em>Comprehensive Clinical Endocrinology<\/em> (3rd ed., pp. 435-446). Mosby. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Addison\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Addison<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maladie d&rsquo;Addison, ou insuffisance surr\u00e9nalienne primaire, alt\u00e8re profond\u00e9ment la physiologie c\u00e9r\u00e9brale et l&rsquo;humeur. Analyse exhaustive de ses manifestations neuropsychiatriques, de son diagnostic et de ses enjeux cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[31619,46,6890],"tags":[6686,6687,31923,6875,31922,31921,31924],"class_list":["post-19638","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-endocrinologie-comportementale","category-neuropsychologie","category-psychiatrie-biologique","tag-axe-hypothalamo-hypophyso-surrenalien","tag-cortisol","tag-depression-organique","tag-endocrinologie","tag-insuffisance-surrenalienne","tag-maladie-daddison","tag-psychose-addisonienne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19638\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}