{"id":19636,"date":"2026-10-22T12:32:08","date_gmt":"2026-10-22T12:32:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=substance-addictive-mecanismes-impacts"},"modified":"2026-10-22T12:32:08","modified_gmt":"2026-10-22T12:32:08","slug":"substance-addictive-mecanismes-impacts","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=substance-addictive-mecanismes-impacts","title":{"rendered":"Substance addictive : M\u00e9canismes et impacts"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9tude des substances addictives constitue l&rsquo;un des carrefours les plus fascinants et complexes de la psychologie contemporaine, de la psychiatrie et de la neurobiologie translationnelle. Au confluent de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 individuelle, de la pharmacodynamique mol\u00e9culaire et des environnements socioculturels, ces agents chimiques modifient profond\u00e9ment la structure m\u00eame de la prise de d\u00e9cision humaine et de la motivation. Comprendre la nature d&rsquo;une substance addictive exige une d\u00e9construction rigoureuse de ses propri\u00e9t\u00e9s intrins\u00e8ques ainsi que des alt\u00e9rations neurocomportementales durables qu&rsquo;elle induit chez l&rsquo;individu expos\u00e9.<\/p>\n<h2>Substance addictive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Une <strong>substance addictive<\/strong> (ou drogue addictive) d\u00e9signe un compos\u00e9 chimique, qu&rsquo;il soit d&rsquo;origine naturelle, semi-synth\u00e9tique ou synth\u00e9tique, dont l&rsquo;administration exog\u00e8ne modifie le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux central et engendre des effets de renforcement positif ou n\u00e9gatif suffisamment puissants pour provoquer un \u00e9tat de d\u00e9pendance comportementale, psychologique et\/ou physiologique.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, une substance est qualifi\u00e9e d&rsquo;addictive lorsqu&rsquo;elle poss\u00e8de une capacit\u00e9 intrins\u00e8que \u00e0 usurper les r\u00e9seaux neuronaux de la motivation, conduisant \u00e0 une utilisation compulsive, \u00e0 une perte de contr\u00f4le sur la consommation et \u00e0 la poursuite de cette derni\u00e8re en d\u00e9pit de cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res manifestes sur la sant\u00e9 physique, mentale ou sociale de l&rsquo;individu. Ce potentiel addictif ne d\u00e9pend pas uniquement de la toxicit\u00e9 aigu\u00eb du produit, mais r\u00e9side fondamentalement dans sa propension \u00e0 r\u00e9organiser la plasticit\u00e9 synaptique au sein des circuits c\u00e9r\u00e9braux de la r\u00e9compense et de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab substance addictive \u00bb juxtapose deux vocables aux trajectoires linguistiques distinctes. Le terme \u00ab substance \u00bb provient du latin <em>substantia<\/em> (\u00ab ce qui subsiste \u00bb, \u00ab essence \u00bb, \u00ab mati\u00e8re premi\u00e8re \u00bb), lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>substare<\/em> signifiant \u00ab se tenir dessous \u00bb ou \u00ab servir de base \u00bb. Dans le lexique m\u00e9dical et pharmacologique, il a progressivement d\u00e9sign\u00e9 toute mati\u00e8re chimique d\u00e9finie dot\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9s physiologiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab addictif \u00bb est un calque moderne de l&rsquo;anglais <em>addictive<\/em>, dont l&rsquo;\u00e9tymologie remonte au substantif <em>addict<\/em> et au verbe latin <em>addicere<\/em>. Dans le droit romain archa\u00efque, l&rsquo;<em>addictus<\/em> \u00e9tait une personne libre attribu\u00e9e par d\u00e9cision judiciaire comme esclave ou serviteur \u00e0 son cr\u00e9ancier pour rembourser une dette impay\u00e9e ; elle se trouvait litt\u00e9ralement \u00ab assign\u00e9e \u00bb, \u00ab adjug\u00e9e \u00bb ou \u00ab inf\u00e9od\u00e9e \u00bb \u00e0 autrui. Le terme a transit\u00e9 par l&rsquo;ancien fran\u00e7ais \u00ab adonner \u00bb ou \u00ab addicter \u00bb avant de dispara\u00eetre temporairement des dictionnaires francophones, pour \u00eatre r\u00e9introduit au XXe si\u00e8cle par la litt\u00e9rature anglo-saxonne de psychiatrie comportementale afin de conceptualiser l&rsquo;ali\u00e9nation cognitive et volitive de l&rsquo;individu face au produit.<\/p>\n<p>Le mot alternatif \u00ab drogue \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du moyen n\u00e9erlandais <em>droog<\/em> (signifiant \u00ab sec \u00bb), qui faisait originellement r\u00e9f\u00e9rence aux plantes et \u00e9pices m\u00e9dicinales s\u00e9ch\u00e9es stock\u00e9es par les apothicaires, avant de subir une restriction s\u00e9mantique progressive au cours des XIXe et XXe si\u00e8cles pour ne d\u00e9signer presque exclusivement que les stup\u00e9fiants et substances psychotropes psychoactives \u00e0 haut potentiel d&rsquo;abus.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>\/syp.st\u0251\u0303s a.dik.tiv\/<\/strong> (au masculin : \u00ab compos\u00e9 addictif \u00bb ou \u00ab produit addictif \u00bb : <strong>\/a.dik.tif\/<\/strong>).<\/p>\n<p>Grammaticalement, \u00ab substance \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier (pluriel : <em>substances addictives<\/em>), tandis qu&rsquo;\u00ab addictive \u00bb est un adjectif qualificatif relationnel \u00e9pith\u00e8te accord\u00e9 au f\u00e9minin singulier. Dans le langage clinique et scientifique francophone, on rencontre \u00e9galement des variantes syntagmatiques \u00e9quivalentes telles que \u00ab substance psychoactive \u00e0 potentiel addictog\u00e8ne \u00bb, \u00ab substance spoliante \u00bb ou \u00ab substance toxicomanog\u00e8ne \u00bb, bien que \u00ab substance addictive \u00bb demeure la d\u00e9signation pr\u00e9pond\u00e9rante dans la nosographie contemporaine.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le concept de substance addictive s&rsquo;enracine au c\u0153ur de la neurobiologie de la r\u00e9compense et des th\u00e9ories psychologiques de l&rsquo;apprentissage. Contrairement aux r\u00e9compenses naturelles n\u00e9cessaires \u00e0 la survie de l&rsquo;esp\u00e8ce (comme la nourriture, l&rsquo;eau ou la reproduction), qui provoquent des augmentations phasiques mod\u00e9r\u00e9es et r\u00e9gul\u00e9es de neurotransmetteurs suivies d&rsquo;une p\u00e9riode de sati\u00e9t\u00e9, une substance addictive induit une lib\u00e9ration massive, artificielle et imm\u00e9diate de neurom\u00e9diateurs, principalement au sein de la voie <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9compense\">dopaminergique m\u00e9socorticolimbique<\/a>.<\/p>\n<p>Ce circuit, s&rsquo;\u00e9tendant de l&rsquo;aire tegmentale ventrale (ATV) vers le noyau accumbens, le cortex pr\u00e9frontal et l&rsquo;amygdale, traite normalement les signaux de saillance incentive et de renforcement positif. L&rsquo;exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 une substance addictive g\u00e9n\u00e8re une cascade d&rsquo;adaptations neurochimiques et structurelles d\u00e9l\u00e9t\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La tol\u00e9rance (ou accoutumance pharmacologique) :<\/strong> L&rsquo;organisme met en place des m\u00e9canismes d&rsquo;hom\u00e9ostasie pour contrebalancer la surstimulation chimique. Cela se traduit par une r\u00e9gulation \u00e0 la baisse (down-regulation) ou une d\u00e9sensibilisation des r\u00e9cepteurs cibles, ainsi qu&rsquo;une clairance m\u00e9tabolique accrue, exigeant de l&rsquo;individu des doses croissantes pour reproduire l&rsquo;effet initial.<\/li>\n<li><strong>La d\u00e9pendance physique et le sevrage :<\/strong> L&rsquo;\u00e9tat physiologique est modifi\u00e9 \u00e0 un tel point que la cessation brutale de la substance d\u00e9clenche un syndrome de sevrage aigu, caract\u00e9ris\u00e9 par des manifestations somatiques et autonomiques de rebond neurov\u00e9g\u00e9tatif souvent oppos\u00e9es aux effets aigus de la mol\u00e9cule.<\/li>\n<li><strong>La sensibilisation incentive et le craving :<\/strong> Au-del\u00e0 du plan somatique, le circuit de la r\u00e9compense subit une sensibilisation \u00e0 long terme face aux stimuli associ\u00e9s \u00e0 la prise du produit, provoquant des pulsions irr\u00e9pressibles \u00e0 consommer (\u00ab craving \u00bb).<\/li>\n<li><strong>La faillite du contr\u00f4le descendant (top-down control) :<\/strong> L&rsquo;atrophie fonctionnelle relative du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et ventrom\u00e9dian diminue significativement les capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition comportementale, de flexibilit\u00e9 cognitive et de planification \u00e0 long terme, enfermant le sujet dans une compulsion automatis\u00e9e et rigide.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de substances v\u00e9g\u00e9tales psychotropes traverse l&rsquo;histoire humaine. D\u00e8s le n\u00e9olithique, l&rsquo;alcool issu de la fermentation des baies et des c\u00e9r\u00e9ales, l&rsquo;opium extrait du <em>Papaver somniferum<\/em> en M\u00e9sopotamie, ainsi que les feuilles de coca m\u00e2ch\u00e9es dans les Andes \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des rites religieux, th\u00e9rapeutiques ou sociaux sans \u00eatre conceptualis\u00e9s sous l&rsquo;angle de la pathologie individuelle.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel majeur s&rsquo;op\u00e8re au XIXe si\u00e8cle avec l&rsquo;essor de la chimie analytique moderne. L&rsquo;isolement des premiers principes actifs alcalo\u00efdes \u2014 la morphine par Friedrich Sert\u00fcrner en 1804, la nicotine en 1828, la coca\u00efne par Albert Niemann en 1859, puis la synth\u00e8se de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne (diac\u00e9tylmorphine) en 1874 \u2014 multiplie de mani\u00e8re exponentielle la puret\u00e9, la concentration et la rapidit\u00e9 de biodisponibilit\u00e9 de ces substances, d\u00e9multipliant ainsi leur pouvoir addictog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la perception m\u00e9dicale et soci\u00e9tale mute. Longtemps per\u00e7ue comme une simple faiblesse morale, un p\u00e9ch\u00e9 ou une tare constitutionnelle de la volont\u00e9 (le concept d&rsquo;\u00ab intemp\u00e9rance \u00bb ou de \u00ab vice \u00bb), la d\u00e9pendance est progressivement m\u00e9dicalis\u00e9e sous la plume de pionniers tels que Benjamin Rush aux \u00c9tats-Unis, qui d\u00e9crit d\u00e8s 1784 l&rsquo;alcoolisme chronique comme une maladie primaire, puis Magnus Huss en 1849, qui forge le terme d&rsquo;alcoolisme m\u00e9dical. Au XXe si\u00e8cle, la psychiatrie formalise cette approche : les premi\u00e8res versions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-I et DSM-II) classaient encore les abus de drogues sous les \u00ab troubles de la personnalit\u00e9 sociopathique \u00bb, avant que le DSM-III (1980) puis le DSM-IV (1994) n&rsquo;introduisent les cat\u00e9gories distinctes d&rsquo;\u00ab abus \u00bb et de \u00ab d\u00e9pendance physique \u00bb. Enfin, le DSM-5 (2013) et la CIM-11 de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news-room\/fact-sheets\/detail\/substance-use\">Organisation mondiale de la Sant\u00e9<\/a> ont unifi\u00e9 ces entit\u00e9s sous l&rsquo;appellation globale de \u00ab Trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;une substance \u00bb, reconnaissant l&rsquo;addiction comme une affection c\u00e9r\u00e9brale chronique et r\u00e9cidivante.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des substances addictives et de leur impact sur le psychisme s&rsquo;appuie sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques majeurs qui se compl\u00e8tent mutuellement :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la sensibilisation incentive (Robinson &#038; Berridge, 1993) :<\/strong> Cette th\u00e9orie neuro-psychologique postule une dissociation fondamentale entre deux composantes distinctes du syst\u00e8me de r\u00e9compense : l&rsquo;h\u00e9donisme ressenti (\u00ab le liking \u00bb ou le plaisir subjectif procur\u00e9 par la substance) et la saillance incitatrice (\u00ab le wanting \u00bb ou le d\u00e9sir \/ la motivation orient\u00e9e vers l&rsquo;obtention de la substance). L&rsquo;exposition chronique aux substances addictives sensibilise s\u00e9lectivement les syst\u00e8mes dopaminergiques r\u00e9gissant le \u00ab wanting \u00bb, tandis que les syst\u00e8mes opio\u00efdes et cannabino\u00efdes endog\u00e8nes r\u00e9gulant le \u00ab liking \u00bb s&rsquo;\u00e9puisent ou demeurent stables. Il en r\u00e9sulte un \u00e9tat paradoxal o\u00f9 l&rsquo;individu ressent un d\u00e9sir compulsif incontr\u00f4lable pour une substance qui ne lui procure quasiment plus aucun plaisir h\u00e9donique.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le allostatique et des processus antagonistes (Koob &#038; Le Moal, 2001) :<\/strong> Selon George Koob et Michel Le Moal, l&rsquo;addiction se caract\u00e9rise par une spirale progressive en trois \u00e9tapes : intoxication excessive\/fr\u00e9n\u00e9sie (\u00ab binge\/intoxication \u00bb), retrait\/affect n\u00e9gatif (\u00ab withdrawal\/negative affect \u00bb), et pr\u00e9occupation\/anticipation (\u00ab preoccupation\/anticipation \u00bb). Le passage de l&rsquo;usage r\u00e9cr\u00e9atif \u00e0 la d\u00e9pendance s\u00e9v\u00e8re marque une transition d&rsquo;un renforcement positif (consommer pour obtenir un \u00e9tat euphorique) vers un renforcement n\u00e9gatif (consommer pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;anh\u00e9donie, \u00e0 la dysphorie et au stress caus\u00e9s par le sevrage neurobiologique). Le cerveau subit une charge allostatique qui d\u00e9place le point d&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostatique vers un niveau basique dysphorique chronique.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;autom\u00e9dication (Khantzian, 1985) :<\/strong> D&rsquo;un point de vue psychodynamique et cognitivo-comportemental, Edward Khantzian a d\u00e9montr\u00e9 que le choix d&rsquo;une substance addictive n&rsquo;est pas al\u00e9atoire. Les individus d\u00e9veloppant une d\u00e9pendance utilisent souvent la mol\u00e9cule de fa\u00e7on strat\u00e9gique mais d\u00e9sadapt\u00e9e pour apaiser des souffrances affectives sous-jacentes intol\u00e9rables : les psychostimulants pour lutter contre l&rsquo;asth\u00e9nie d\u00e9pressive ou le d\u00e9ficit d&rsquo;attention, les opiac\u00e9s pour anesth\u00e9sier les traumatismes psychiques et la rage narcissique, ou l&rsquo;alcool et les s\u00e9datifs pour temp\u00e9rer des angoisses envahissantes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Les substances addictives peuvent \u00eatre classifi\u00e9es selon leur structure pharmacologique, leur action sur le syst\u00e8me nerveux central et leur profil de renforcement. Les grandes cat\u00e9gories fonctionnelles comprennent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les d\u00e9presseurs du syst\u00e8me nerveux central (SNC) :<\/strong> Comprenant l&rsquo;\u00e9thanol (alcool), les benzodiaz\u00e9pines, les barbituriques et le gamma-hydroxybutyrate (GHB). Ces mol\u00e9cules agissent principalement en renfor\u00e7ant l&rsquo;activit\u00e9 du neurotransmetteur inhibiteur GABA (acide gamma-aminobutyrique). Elles induisent s\u00e9dation, myorelaxation, anxiolyse et d\u00e9sinhibition motrice, avec un potentiel de sevrage physique engageant le pronostic vital.<\/li>\n<li><strong>Les psychostimulants :<\/strong> Incluant la coca\u00efne, le m\u00e9thylph\u00e9nidate, les amph\u00e9tamines, la m\u00e9thamph\u00e9tamine, la nicotine et, dans une moindre mesure, la caf\u00e9ine. Ils bloquent la recapture ou stimulent la lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique massive de monoamines (dopamine, noradr\u00e9naline, s\u00e9rotonine). Leurs effets g\u00e9n\u00e8rent hypervigilance, anorexie, euphorie intense, r\u00e9duction de la fatigue et une acc\u00e9l\u00e9ration psychomotrice prononc\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Les opiac\u00e9s et opio\u00efdes :<\/strong> Englobant la morphine, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, la cod\u00e9ine, l&rsquo;oxycodone, la bupr\u00e9norphine et le fentanyl. En se fixant pr\u00e9f\u00e9rentiellement sur les r\u00e9cepteurs mu-opio\u00efdes (MOR), ils inhibent les messages nociceptifs, induisent une analg\u00e9sie profonde, un sentiment d&rsquo;apaisement int\u00e9rieur total (\u00ab flash \u00bb ou \u00ab warm rush \u00bb) et ralentissent les fonctions vitales (risque majeur de d\u00e9pression respiratoire mortelle par surdosage).<\/li>\n<li><strong>Les cannabino\u00efdes :<\/strong> Principalement le delta-9-t\u00e9trahydrocannabinol (THC) issu du <em>Cannabis sativa<\/em> et les cannabino\u00efdes synth\u00e9tiques. Ils activent les r\u00e9cepteurs CB1 du syst\u00e8me endocannabino\u00efde c\u00e9r\u00e9bral, modulant la perception sensorielle, la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;app\u00e9tit et l&rsquo;humeur.<\/li>\n<li><strong>Les psych\u00e9d\u00e9liques et dissociatifs :<\/strong> Tels que la k\u00e9tamine, le PCP (ph\u00e9ncyclidine), le LSD ou la psilocybine. Bien que les psych\u00e9d\u00e9liques s\u00e9rotoninergiques (LSD, psilocybine) poss\u00e8dent un potentiel d&rsquo;addiction comportementale tr\u00e8s faible en raison de l&rsquo;absence de renforcement dopaminergique striatal direct et d&rsquo;une tachyphylaxie rapide, les anesth\u00e9siques dissociatifs comme la k\u00e9tamine pr\u00e9sentent un potentiel addictif av\u00e9r\u00e9 par blocage des r\u00e9cepteurs NMDA et modulation dopaminergique indirecte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : La trajectoire d&rsquo;une d\u00e9pendance iatrog\u00e8ne aux opio\u00efdes<\/strong><br \/>\nMarc, 42 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques ni addictologiques, subit une arthrod\u00e8se lombaire majeure. Un traitement par sulfate de morphine puis oxycodone lui est prescrit pour soulager les douleurs postop\u00e9ratoires aigu\u00ebs. Au bout de six mois, malgr\u00e9 la cicatrisation tissulaire confirm\u00e9e par imagerie, Marc constate qu&rsquo;il ne parvient plus \u00e0 interrompre les prises sans ressentir des myalgies intenses, des sudations profuses, des insomnies et une anxi\u00e9t\u00e9 intol\u00e9rable (sevrage physique). Rapidement, la prise du m\u00e9dicament n&rsquo;a plus pour but de soulager la douleur corporelle initiale, mais de faire taire l&rsquo;angoisse de manque. Face au refus de son m\u00e9decin traitant de renouveler l&rsquo;ordonnance, Marc recourt au nomadisme m\u00e9dical (\u00ab doctor shopping \u00bb) puis ach\u00e8te des comprim\u00e9s contrefaits sur le march\u00e9 noir, illustrant la bascule typique vers l&rsquo;usage compulsif malgr\u00e9 le danger mortel des opio\u00efdes frelat\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;escalade d&rsquo;un usage de psychostimulant en contexte professionnel<\/strong><br \/>\n\u00c9lodie, 31 ans, cadre dans la finance d&rsquo;entreprise soumise \u00e0 une pression chroniquement \u00e9lev\u00e9e, commence \u00e0 consommer de la coca\u00efne de mani\u00e8re occasionnelle lors de soir\u00e9es professionnelles pour prolonger son endurance et maintenir une vivacit\u00e9 intellectuelle apparente. Au fil des mois, elle observe un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accoutumance : les doses n\u00e9cessaires pour obtenir l&rsquo;effet stimulant redoublent. La consommation s&rsquo;immisce dans les journ\u00e9es de travail en solitaire (consommation matinale pour d\u00e9buter la journ\u00e9e). D\u00e8s que les effets du produit se dissipent, \u00c9lodie plonge dans une phase d&rsquo;\u00e9puisement affectif et cognitif (\u00ab descente \u00bb ou crash) ponctu\u00e9e d&rsquo;id\u00e9es parano\u00efdes transitoires et d&rsquo;irritabilit\u00e9 extr\u00eame. Malgr\u00e9 la d\u00e9gradation de son budget, des crises d&rsquo;angoisse s\u00e9v\u00e8res et une hypertension art\u00e9rielle document\u00e9e, l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;abstenir t\u00e9moigne de la perte de contr\u00f4le pr\u00e9frontale caract\u00e9ristique de l&rsquo;addiction aux stimulants.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification et la quantification de l&rsquo;impact d&rsquo;une substance addictive reposent sur une m\u00e9thodologie multi-axiale combinant entretiens cliniques standardis\u00e9s, questionnaires psychom\u00e9triques valid\u00e9s et dosages biologiques.<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res nosographiques de r\u00e9f\u00e9rence sont ceux du DSM-5 pour le <em>Trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;une substance<\/em>, structur\u00e9s en 11 items regroup\u00e9s sous quatre grandes dimensions :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Perte de contr\u00f4le :<\/strong> Substance prise en quantit\u00e9 plus importante ou sur une p\u00e9riode plus longue que pr\u00e9vu ; d\u00e9sir persistant ou efforts infructueux pour r\u00e9duire l&rsquo;usage ; temps consid\u00e9rable consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acquisition, \u00e0 la consommation ou \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration ; pr\u00e9sence d&rsquo;un besoin irr\u00e9pressible (craving).<\/li>\n<li><strong>Alt\u00e9ration du fonctionnement social :<\/strong> Incapacit\u00e9 de remplir des obligations majeures au travail, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ou au foyer ; persistance de l&rsquo;usage malgr\u00e9 des probl\u00e8mes interpersonnels ; abandon ou r\u00e9duction d&rsquo;activit\u00e9s sociales ou professionnelles majeures.<\/li>\n<li><strong>Consommation \u00e0 risque :<\/strong> Usage dans des situations o\u00f9 cela est physiquement dangereux (ex. conduite automobile) ; usage poursuivi malgr\u00e9 la connaissance d&rsquo;un probl\u00e8me physique ou psychologique r\u00e9current caus\u00e9 par la substance.<\/li>\n<li><strong>Crit\u00e8res pharmacologiques :<\/strong> Pr\u00e9sence d&rsquo;une tol\u00e9rance manifeste ; pr\u00e9sence d&rsquo;un syndrome de sevrage sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat ou r\u00e9duction de la prise.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du trouble est quantifi\u00e9e selon le nombre de crit\u00e8res valid\u00e9s sur une p\u00e9riode de 12 mois : L\u00e9ger (2 \u00e0 3 crit\u00e8res), Mod\u00e9r\u00e9 (4 \u00e0 5 crit\u00e8res), S\u00e9v\u00e8re (6 crit\u00e8res ou plus).<\/p>\n<p>En pratique clinique et \u00e9pid\u00e9miologique, divers outils standardis\u00e9s compl\u00e8tent ce diagnostic : l&rsquo;AUDIT (<em>Alcohol Use Disorders Identification Test<\/em>) pour l&rsquo;alcool, le test de Fagerstr\u00f6m pour la d\u00e9pendance nicotinique, le DAST-10 (<em>Drug Abuse Screening Test<\/em>) pour les drogues illicites, et l&rsquo;ASSIST (<em>Alcohol, Smoking and Substance Involvement Screening Test<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9 par l&rsquo;OMS. Les analyses toxicologiques (d\u00e9pistage urinaire, sanguin ou salivaire, et analyse capillaire par chromatographie liquide\/spectrom\u00e9trie de masse) apportent quant \u00e0 elles une confirmation toxicologique objective sur l&rsquo;exposition r\u00e9cente ou r\u00e9trospective.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation pr\u00e9cise des substances addictives et de leurs m\u00e9canismes conditionne directement les strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques en addictologie moderne, selon les donn\u00e9es publi\u00e9es par des organismes de recherche comme l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/dossier\/addictions\/\">Inserm<\/a> :<\/p>\n<p><strong>Traitements pharmacologiques cibl\u00e9s :<\/strong> La compr\u00e9hension des r\u00e9cepteurs cibles a permis de d\u00e9velopper des traitements de substitution aux opio\u00efdes (TSO) d&rsquo;une remarquable efficacit\u00e9 pour r\u00e9duire la morbi-mortalit\u00e9, tels que la m\u00e9thadone (agoniste plein \u00e0 demi-vie longue) et la bupr\u00e9norphine (agoniste partiel des r\u00e9cepteurs mu dot\u00e9 d&rsquo;un effet plafond sur la d\u00e9pression respiratoire). Pour la d\u00e9pendance alcoolique, des mol\u00e9cules comme l&rsquo;acamprosate (modulateur glutamatergique\/GABAergique), le naltrexone (antagoniste opio\u00efde bloquant le renforcement positif) et le baclof\u00e8ne soutiennent le maintien de l&rsquo;abstinence ou la r\u00e9duction de la consommation.<\/p>\n<p><strong>Psychoth\u00e9rapies fond\u00e9es sur les preuves :<\/strong> Les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) ciblent l&rsquo;identification des d\u00e9clencheurs internes (affects dysphoriques) et externes (lieux, fr\u00e9quentations) associ\u00e9s aux substances, tout en entra\u00eenant le patient aux habilet\u00e9s de refus et \u00e0 la gestion du craving. L&rsquo;Entretien Motivationnel de William R. Miller et Stephen Rollnick aide \u00e0 r\u00e9soudre l&rsquo;ambivalence du sujet quant au changement, tandis que le mod\u00e8le de pr\u00e9vention de la rechute d&rsquo;Alan Marlatt d\u00e9construit l&rsquo;\u00ab effet de violation de l&rsquo;abstinence \u00bb afin d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;un faux-pas ponctuel ne se transforme en r\u00e9cidive massive.<\/p>\n<p><strong>Politiques de r\u00e9duction des risques et des m\u00e9faits (RDR) :<\/strong> Prenant acte de la difficult\u00e9 d&rsquo;obtenir une abstinence imm\u00e9diate et universelle, la RDR vise \u00e0 minimiser les cons\u00e9quences n\u00e9fastes des substances addictives sans exiger l&rsquo;arr\u00eat imp\u00e9ratif : programmes d&rsquo;\u00e9change de seringues pour freiner les infections \u00e0 VIH et h\u00e9patite C, salles de consommation \u00e0 moindre risque, distribution communautaire de naloxone (antidote des overdoses d&rsquo;opio\u00efdes) et analyse de composition des drogues (\u00ab drug-checking \u00bb).<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;addictologie contemporaine s&rsquo;appuie sur une litt\u00e9rature empirique monumentale. Historiquement, l&rsquo;exp\u00e9rience princeps de James Olds et Peter Milner en 1954 a d\u00e9montr\u00e9 que des rats pr\u00e9f\u00e9raient s&rsquo;auto-stimuler \u00e9lectriquement certaines r\u00e9gions du cerveau (le faisceau m\u00e9dian du t\u00e9lenc\u00e9phale) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inanition, \u00e9tablissant pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;existence anatomique de circuits neuronaux d\u00e9di\u00e9s au renforcement.<\/p>\n<p>Les travaux d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle par tomographie par \u00e9mission de positons (TEP), conduits notamment par Nora Volkow et son \u00e9quipe au National Institute on Drug Abuse (NIDA), ont constitu\u00e9 un bond conceptuel fondamental. Ils ont mis en \u00e9vidence qu&rsquo;ind\u00e9pendamment de la classe de substance addictive administr\u00e9e (coca\u00efne, m\u00e9thamph\u00e9tamine, alcool ou h\u00e9ro\u00efne), les patients d\u00e9pendants pr\u00e9sentent tous une r\u00e9duction marqu\u00e9e de la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques striataux D2 par rapport aux sujets t\u00e9moins sains. Cette alt\u00e9ration est directement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une hypoactivit\u00e9 basale du cortex pr\u00e9frontal orbitofrontal et cingulaire ant\u00e9rieur, expliquant biologiquement pourquoi ces patients sont moins sensibles aux r\u00e9compenses naturelles de la vie courante tout en manifestant une incapacit\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 r\u00e9guler leurs impulsions de consommation.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La d\u00e9finition de ce qui constitue une substance addictive probl\u00e9matique est profond\u00e9ment modul\u00e9e par les repr\u00e9sentations symboliques, les imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques et les contextes juridiques de chaque soci\u00e9t\u00e9. Une m\u00eame mol\u00e9cule peut \u00eatre glorifi\u00e9e dans une aire g\u00e9ographique et criminalis\u00e9e dans une autre.<\/p>\n<p>L&rsquo;alcool en est l&rsquo;arch\u00e9type : en Europe de l&rsquo;Ouest, il est intimement associ\u00e9 aux rituels de commensalit\u00e9, \u00e0 la culture gastronomique et \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 nationale (comme l&rsquo;illustre la viticulture fran\u00e7aise), rendant la reconnaissance de ses ravages addictifs souvent tardive en raison d&rsquo;une tol\u00e9rance collective et d&rsquo;un d\u00e9ni culturel. Inversement, au sein des th\u00e9ocraties islamiques, sa consommation fait l&rsquo;objet d&rsquo;une prohibition religieuse et p\u00e9nale absolue. De la m\u00eame fa\u00e7on, la feuille de coca est utilis\u00e9e depuis des mill\u00e9naires par les peuples autochtones des hauts plateaux andins \u00e0 des fins nutritionnelles, rituelles et adaptatives contre le mal des montagnes (soroche), sans jamais engendrer la toxicomanie destructrice observ\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales lors de l&rsquo;usage de son alcalo\u00efde chimiquement extrait et raffin\u00e9, le chlorhydrate de coca\u00efne.<\/p>\n<p>Les d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 \u2014 incluant les traumatismes collectifs transg\u00e9n\u00e9rationnels, la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, les discriminations raciales et l&rsquo;isolement urbain \u2014 constituent des terreaux fertiles o\u00f9 le potentiel addictif intrins\u00e8que d&rsquo;une substance trouve un \u00e9cho psychopathologique d\u00e9cupl\u00e9. L&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie d\u00e9vastatrice d&rsquo;opio\u00efdes synth\u00e9tiques aux \u00c9tats-Unis (responsable de plus de 80 000 d\u00e9c\u00e8s annuels par overdose) illustre avec force comment le marketing pharmaceutique agressif, conjugu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tresse socio-\u00e9conomique des \u00ab morts de d\u00e9sespoir \u00bb (<em>deaths of despair<\/em> document\u00e9es par Case et Deaton) dans la \u00ab Rust Belt \u00bb, a pu transformer des mol\u00e9cules antalgiques en fl\u00e9au sanitaire de masse.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Bien que le mod\u00e8le de la \u00ab maladie c\u00e9r\u00e9brale chronique \u00bb (<em>Brain Disease Model of Addiction<\/em>), d\u00e9fendu vigoureusement par Nora Volkow et Alan Leshner, domine largement les instances biom\u00e9dicales internationales, il fait l&rsquo;objet de vives contestations \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques.<\/p>\n<p>Des chercheurs et cliniciens h\u00e9t\u00e9rodoxes, \u00e0 l&rsquo;instar du neuroscientifique Marc Lewis (auteur de <em>The Biology of Desire<\/em>) ou du psychiatre et sociologue Carl Hart, soulignent les d\u00e9rives r\u00e9ductrices du \u00ab neuro-essentialisme \u00bb. Selon eux, assimiler l&rsquo;addiction \u00e0 une pathologie c\u00e9r\u00e9brale incurable, analogue au diab\u00e8te de type 1 ou \u00e0 la maladie de Parkinson, tend \u00e0 d\u00e9poss\u00e9der le sujet de son agentivit\u00e9 (sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9), \u00e0 psychologiser des r\u00e9ponses d&rsquo;adaptation normales \u00e0 un environnement insupportable et \u00e0 n\u00e9gliger le fait qu&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;individus d\u00e9pendants se r\u00e9tablissent spontan\u00e9ment sans prise en charge m\u00e9dicale formelle (maturation out ou r\u00e9mission spontan\u00e9e).<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans la discordance patente entre la dangerosit\u00e9 pharmacologique r\u00e9elle d&rsquo;une substance et son statut l\u00e9gal. L&rsquo;\u00e9tude \u00e9pid\u00e9miologique princeps men\u00e9e par le professeur <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(10)61462-6\/fulltext\">David Nutt et le comit\u00e9 scientifique ind\u00e9pendant sur les drogues (Lancet, 2010)<\/a>, utilisant une analyse d\u00e9cisionnelle multicrit\u00e8re de la nocivit\u00e9 des substances (dommages inflig\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usager et dommages caus\u00e9s \u00e0 autrui), a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;alcool surpassait l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et le crack en tant que drogue la plus destructrice globalement pour la soci\u00e9t\u00e9, tandis que des substances illicites class\u00e9es au tableau des stup\u00e9fiants les plus s\u00e9v\u00e8res (comme les champignons \u00e0 psilocybine ou le cannabis) pr\u00e9sentaient un score de nocivit\u00e9 globale substantiellement inf\u00e9rieur. Ces constats alimentent un d\u00e9bat politique et \u00e9thique r\u00e9current sur l&rsquo;hypocrisie et l&rsquo;inefficacit\u00e9 punitive de la \u00ab guerre contre la drogue \u00bb par rapport \u00e0 des mod\u00e8les de l\u00e9galisation r\u00e9gul\u00e9e et de d\u00e9p\u00e9nalisation globale (comme l&rsquo;exp\u00e9rience novatrice men\u00e9e par le Portugal depuis 2001).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions terminologiques<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nomenclature nosologique, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment la substance addictive d&rsquo;autres concepts voisins avec lesquels elle est fr\u00e9quemment confondue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Substance addictive vs Substance psychoactive :<\/strong> Toute substance psychoactive modifie l&rsquo;activit\u00e9 psychique, la perception, l&rsquo;humeur ou la conscience (ex. les antid\u00e9presseurs, les antipsychotiques, le LSD). Cependant, toutes les substances psychoactives ne sont pas addictives : les neuroleptiques ou les antid\u00e9presseurs inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) modifient profond\u00e9ment le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral sans g\u00e9n\u00e9rer de renforcement positif, de craving ou de consommation compulsive.<\/li>\n<li><strong>Tol\u00e9rance vs D\u00e9pendance physique :<\/strong> La tol\u00e9rance d\u00e9signe l&rsquo;att\u00e9nuation progressive de la r\u00e9ponse pharmacologique \u00e0 une dose donn\u00e9e, tandis que la d\u00e9pendance physique renvoie \u00e0 l&rsquo;apparition de perturbations physiologiques aigu\u00ebs lors de l&rsquo;arr\u00eat de la substance (syndrome de sevrage). On peut \u00eatre tol\u00e9rant et d\u00e9pendant physiquement \u00e0 un m\u00e9dicament (comme les b\u00eatabloquants ou les cortico\u00efdes au long cours) sans pour autant pr\u00e9senter la moindre addiction comportementale.<\/li>\n<li><strong>Addiction vs Accoutumance :<\/strong> L&rsquo;accoutumance est un processus biologique adaptatif d&rsquo;habituation de l&rsquo;organisme. L&rsquo;addiction (ou trouble de l&rsquo;usage s\u00e9v\u00e8re) est une pathologie comportementale complexe int\u00e9grant l&rsquo;incapacit\u00e9 psychique \u00e0 renoncer au produit malgr\u00e9 ses cons\u00e9quences n\u00e9fastes.<\/li>\n<li><strong>Craving vs Impulsion :<\/strong> L&rsquo;impulsion est une action soudaine, souvent non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, ex\u00e9cut\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus imm\u00e9diat. Le craving repr\u00e9sente une pulsion d\u00e9sirante lancinante, intrusive, consciente et visc\u00e9rale, focalis\u00e9e sp\u00e9cifiquement sur la recherche et la prise de la substance addictive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li>Une <strong>substance addictive<\/strong> est un compos\u00e9 pharmacologique qui modifie la neurotransmission c\u00e9r\u00e9brale et induit un potentiel \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;utilisation compulsive au d\u00e9triment de la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li>Le c\u0153ur neurobiologique de son action repose sur la d\u00e9r\u00e9gulation de la <strong>voie dopaminergique m\u00e9socorticolimbique<\/strong>, provoquant une distorsion majeure entre le d\u00e9sir imp\u00e9rieux (\u00ab wanting \u00bb) et le plaisir r\u00e9ellement \u00e9prouv\u00e9 (\u00ab liking \u00bb).<\/li>\n<li>La r\u00e9p\u00e9tition de l&rsquo;exposition entra\u00eene une cascade d&rsquo;adaptations : <strong>tol\u00e9rance pharmacologique<\/strong>, <strong>d\u00e9pendance physique et psychologique<\/strong>, et faillite progressive du contr\u00f4le inhibiteur exerc\u00e9 par le cortex pr\u00e9frontal.<\/li>\n<li>Le diagnostic s&rsquo;articule aujourd&rsquo;hui autour des <strong>11 crit\u00e8res du Trouble de l&rsquo;usage d&rsquo;une substance (DSM-5)<\/strong>, s&rsquo;affranchissant de l&rsquo;ancienne distinction binaire entre d\u00e9pendance et abus pour adopter un mod\u00e8le dimensionnel continu.<\/li>\n<li>La prise en charge th\u00e9rapeutique efficace est intrins\u00e8quement multimodale, articulant <strong>traitements de substitution<\/strong> pharmacologiques, <strong>th\u00e9rapies cognitivo-comportementales<\/strong> et <strong>strat\u00e9gies humanistes de r\u00e9duction des risques<\/strong>.<\/li>\n<li>La dangerosit\u00e9 d&rsquo;une substance ne se superpose pas \u00e0 son statut l\u00e9gal, l&rsquo;alcool et le tabac figurant parmi les substances les plus co\u00fbteuses en vies humaines \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire, r\u00e9clamant une approche de sant\u00e9 publique d\u00e9nu\u00e9e de stigmatisation morale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Khantzian, E. J. (1985). The self-medication hypothesis of addictive disorders: Focus on heroin and cocaine dependence. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 142(11), 1259\u20131264. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.142.11.1259\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.142.11.1259<\/a><\/li>\n<li>Koob, G. F., &#038; Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 24(2), 97\u2013129. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0<\/a><\/li>\n<li>Nutt, D. J., King, L. A., &#038; Phillips, L. D. (2010). Drug harms in the UK: A multicriteria decision analysis. <em>The Lancet<\/em>, 376(9752), 1558\u20131565. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(10)61462-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(10)61462-6<\/a><\/li>\n<li>Robinson, T. E., &#038; Berridge, K. C. (1993). The neural basis of drug craving: An incentive-sensitization theory of addiction. <em>Brain Research Reviews<\/em>, 18(3), 247\u2013291. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0165-0173(93)90013-P\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0165-0173(93)90013-P<\/a><\/li>\n<li>Volkow, N. D., Fowler, J. S., Wang, G. J., &#038; Swanson, J. M. (2004). Dopamine in drug abuse and addiction: Results from imaging studies and treatment implications. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 9(6), 557\u2013569. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4001507\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4001507<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (2022). <em>International statistical classification of diseases and related health problems<\/em> (11th ed.). <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/icd.who.int\/\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse encyclop\u00e9dique compl\u00e8te des substances addictives en psychologie et neurobiologie : m\u00e9canismes d&rsquo;action, circuits dopaminergiques, nosologie et prise en charge clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,459,859,7375],"tags":[1260,12352,1377,6411,9041,15033,31918],"class_list":["post-19636","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neurosciences","category-psychopathologie","category-psychopharmacologie","tag-addiction","tag-dependance","tag-dopamine","tag-neurobiologie","tag-psychopharmacologie","tag-sevrage","tag-substance-addictive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19636\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19636"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19636"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}