{"id":19630,"date":"2026-10-22T12:19:58","date_gmt":"2026-10-22T12:19:58","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adderall-psychopharmacologie-tdah"},"modified":"2026-10-22T12:19:58","modified_gmt":"2026-10-22T12:19:58","slug":"adderall-psychopharmacologie-tdah","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adderall-psychopharmacologie-tdah","title":{"rendered":"Adderall : Neurobiologie, Usages et Controverses"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;Adderall repr\u00e9sente l&rsquo;un des compos\u00e9s pharmacologiques les plus embl\u00e9matiques et d\u00e9battus de la neuropsychiatrie moderne, incarnant \u00e0 la fois les avanc\u00e9es remarquables dans la prise en charge des dysfonctions ex\u00e9cutives et les dilemmes \u00e9thiques li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;optimisation cognitive artificielle. M\u00e9dicament de premier plan dans l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique du monde anglo-saxon, cette formulation d&rsquo;amph\u00e9tamines mixtes modifie en profondeur la dynamique des cat\u00e9cholamines au sein des circuits fronto-striataux, offrant un soulagement symptomatique substantiel mais soulevant d&rsquo;intenses d\u00e9bats sur l&rsquo;accoutumance, le d\u00e9tournement d&rsquo;usage et la surm\u00e9dicalisation des troubles de l&rsquo;attention.<\/p>\n<h2>L&rsquo;Adderall en neuropsychopharmacologie clinique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>Adderall<\/strong> est une pr\u00e9paration pharmaceutique combinant quatre sels d&rsquo;amph\u00e9tamine dans un ratio st\u00e9r\u00e9ochimique fixe de 3 pour 1 entre la dextroamph\u00e9tamine et la l\u00e9voamph\u00e9tamine. Class\u00e9 parmi les stimulants du syst\u00e8me nerveux central et les sympathomim\u00e9tiques indirects, ce m\u00e9dicament est principalement indiqu\u00e9 dans le traitement du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9<\/a> (TDAH) et de la narcolepsie.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, l&rsquo;Adderall agit comme un agoniste indirect des r\u00e9cepteurs dopaminergiques et noradr\u00e9nergiques en inversant le sens de transport des transporteurs membranaires de la dopamine (DAT) et de la noradr\u00e9naline (NET), tout en inhibant le transporteur v\u00e9siculaire des monoamines de type 2 (VMAT-2). Cette cascade biochimique entra\u00eene une lib\u00e9ration massive de monoamines dans la fente synaptique, stimulant particuli\u00e8rement le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_pr%C3%A9frontal\">cortex pr\u00e9frontal<\/a> et les structures sous-corticales associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;inhibition motrice, \u00e0 l&rsquo;attention soutenue et au contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine et le syst\u00e8me de classification de la Food and Drug Administration (FDA) aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Adderall est class\u00e9 au Tableau II (Schedule II) en raison de son potentiel \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;abus, de d\u00e9pendance psychologique et d&rsquo;assu\u00e9tude physique, justifiant une surveillance m\u00e9dicale rigoureuse lors de son administration continue.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le nom commercial \u00ab Adderall \u00bb a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle selon une strat\u00e9gie de marketing pharmaceutique n\u00e9ologique combinant la locution anglaise <em>\u00ab A.D.D. for All \u00bb<\/em> (soit \u00ab TDA pour tous \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;acronyme historique <em>Attention Deficit Disorder<\/em>). Cette d\u00e9signation industrielle visait \u00e0 ancrer le produit comme une solution universelle et int\u00e9grale pour les troubles attentionnels p\u00e9diatriques et adultes.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, le terme sous-jacent <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amph%C3%A9tamine\">amph\u00e9tamine<\/a> d\u00e9rive d&rsquo;une contraction chimique formelle issue de sa d\u00e9nomination syst\u00e9matique : <strong>a<\/strong>lpha-<strong>m<\/strong>\u00e9thyl-<strong>ph<\/strong>\u00e9nyl-<strong>\u00e9t<\/strong>hyl-<strong>amine<\/strong> (initialement document\u00e9e sous la nomenclature allemande <em>Alpha-Methylphenethylamin<\/em>). Le pr\u00e9fixe st\u00e9r\u00e9ochimique <em>dextro-<\/em> provient du latin <em>dexter<\/em> (droit), d\u00e9signant l&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re dextrogyre qui d\u00e9vie la lumi\u00e8re polaris\u00e9e vers la droite, tandis que <em>l\u00e9vo-<\/em> proc\u00e8de du latin <em>laevus<\/em> (gauche), marquant l&rsquo;isom\u00e8re l\u00e9vogyre aux affinit\u00e9s r\u00e9ceptrices distinctes.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;usage francophone clinique et acad\u00e9mique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme \/a.de.\u0281al\/ (ou parfois am\u00e9ricanis\u00e9e \/\u00e6d.\u0259.\u0279\u0254\u02d0l\/ lors d&rsquo;\u00e9changes internationaux). Du point de vue morphosyntaxique, \u00ab Adderall \u00bb est un nom propre commercial employ\u00e9 comme un substantif masculin singulier (\u00ab l&rsquo;Adderall \u00bb, \u00ab un traitement sous Adderall \u00bb).<\/p>\n<p>Le terme ne prend g\u00e9n\u00e9ralement pas la marque du pluriel lorsqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la sp\u00e9cialit\u00e9 pharmacologique, bien que l&rsquo;on observe occasionnellement l&#8217;emploi m\u00e9tonymique de \u00ab g\u00e9n\u00e9riques d&rsquo;amph\u00e9tamines mixtes \u00bb ou de \u00ab sels mixtes d&rsquo;amph\u00e9tamines \u00bb pour d\u00e9signer collectivement les formulations bio\u00e9quivalentes disponibles sur les march\u00e9s autoris\u00e9s.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension pharmacologique de l&rsquo;Adderall repose sur la synergie de ses fractions st\u00e9r\u00e9ochimiques. Le compos\u00e9 n&rsquo;est pas une entit\u00e9 mol\u00e9culaire unitaire, mais un assemblage st\u0153chiom\u00e9trique pr\u00e9cis constitu\u00e9 de quatre sels distincts : l&rsquo;aspartate d&rsquo;amph\u00e9tamine monohydrat\u00e9, le sulfate d&rsquo;amph\u00e9tamine, le saccharate de dextroamph\u00e9tamine et le sulfate de dextroamph\u00e9tamine. Cette formule aboutit \u00e0 une distribution contenant 75 % d&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re d-amph\u00e9tamine et 25 % d&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8re l-amph\u00e9tamine.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9partition bimodale rev\u00eat une importance capitale sur le plan pharmacodynamique. La dextroamph\u00e9tamine d\u00e9montre une puissance environ trois \u00e0 quatre fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la l\u00e9voamph\u00e9tamine pour induire la lib\u00e9ration de dopamine dans les noyaux gris centraux et le cortex frontal, conf\u00e9rant au m\u00e9dicament ses effets pro-attentionnels, antiasth\u00e9niques et r\u00e9gulateurs des fonctions ex\u00e9cutives. \u00c0 l&rsquo;inverse, la l\u00e9voamph\u00e9tamine poss\u00e8de une activit\u00e9 noradr\u00e9nergique p\u00e9riph\u00e9rique plus prononc\u00e9e, induisant une stimulation cardiovasculaire plus marqu\u00e9e et une action plus prolong\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9veil g\u00e9n\u00e9ral, ce qui conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ensemble un profil clinique sp\u00e9cifique par rapport aux sels de dextroamph\u00e9tamine pure.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme d&rsquo;action intracellulaire implique une interaction s\u00e9lective avec le r\u00e9cepteur intracellulaire associ\u00e9 aux amines traces de type 1 (TAAR1). D\u00e8s sa p\u00e9n\u00e9tration dans le neurone pr\u00e9synaptique via les transporteurs membranaires, l&rsquo;amph\u00e9tamine active TAAR1, ce qui d\u00e9clenche une cascade de signalisation par la prot\u00e9ine kinase A et la prot\u00e9ine kinase C. Cette cascade entra\u00eene la phosphorylation du transporteur DAT, provoquant soit son internalisation, soit une inversion st\u00e9rique compl\u00e8te : au lieu de recapturer la dopamine synaptique, le transporteur l&rsquo;expulse activement depuis le cytosol vers l&rsquo;espace intersynaptique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la mol\u00e9cule bloque et d\u00e9sorganise le fonctionnement de VMAT-2 au sein des v\u00e9sicules synaptiques, emp\u00eachant le stockage s\u00e9curis\u00e9 des monoamines et favorisant leur accumulation libre dans le cytoplasme avant leur reflux massif vers la fente synaptique. Ce m\u00e9canisme d&rsquo;inversion active distingue fondamentalement les amph\u00e9tamines des inhibiteurs purs de la recapture comme le m\u00e9thylph\u00e9nidate ou le bupropion, expliquant la puissance sup\u00e9rieure et le potentiel d&rsquo;\u00e9puisement v\u00e9siculaire cons\u00e9cutif aux administrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 fortes doses.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;Adderall s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e9volution s\u00e9culaire de la chimie des ph\u00e9nyl\u00e9thylamines. L&rsquo;amph\u00e9tamine a \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en Allemagne en 1887 par le chimiste roumain Laz\u0103r Edeleanu, qui la nomma initialement ph\u00e9nylisopropane. Cependant, ses propri\u00e9t\u00e9s stimulantes et sympathomim\u00e9tiques sont demeur\u00e9es ignor\u00e9es pendant plus de quatre d\u00e9cennies jusqu&rsquo;aux travaux pionniers du biochimiste am\u00e9ricain Gordon Alles en 1929, qui cherchait une alternative synth\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u00e9ph\u00e9drine pour traiter l&rsquo;asthme et la congestion bronchique.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, la firme Smith, Kline &#038; French commercialise l&rsquo;inhalateur Benzedrine, rapidement d\u00e9vi\u00e9 de son usage initial en raison de ses puissants effets stimulants centraux. En 1937, le neuropsychiatre Charles Bradley r\u00e9alise une d\u00e9couverte fortuite historique \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Emma Pendleton Bradley de Rhode Island : en administrant du sulfate de benz\u00e9drine \u00e0 des enfants hospitalis\u00e9s pour des troubles comportementaux graves dans l&rsquo;espoir de traiter leurs c\u00e9phal\u00e9es post-enc\u00e9phalographiques, il observe une am\u00e9lioration spectaculaire et inattendue de leurs performances scolaires, de leur concentration et de leur contr\u00f4le \u00e9motionnel. Cette observation constitue l&rsquo;acte de naissance de la psychopharmacologie p\u00e9diatrique du TDAH.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1960 et 1970, une formulation combinant des sels d&rsquo;amph\u00e9tamine sous le nom d&rsquo;Obetrol est largement prescrite comme anorexig\u00e8ne dans le traitement de l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 exog\u00e8ne. Face aux restrictions s\u00e9v\u00e8res impos\u00e9es par la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.fda.gov\">FDA<\/a> sur les coupe-faim amph\u00e9taminiques en raison des risques de toxicomanie, la formule est rachet\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 Rexar Pharmacal, puis acquise au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 par Richwood Pharmaceuticals (ult\u00e9rieurement absorb\u00e9e par Shire Pharmaceuticals). L&rsquo;entreprise modifie la composition pour stabiliser le ratio 3:1 et rebaptise la pr\u00e9paration \u00ab Adderall \u00bb, obtenant en 1996 l&rsquo;autorisation de mise sur le march\u00e9 am\u00e9ricaine pour le TDAH p\u00e9diatrique et adulte.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 2001 marque une seconde r\u00e9volution gal\u00e9nique avec l&rsquo;approbation de l&rsquo;Adderall XR (Extended Release). Cette version \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e int\u00e8gre un syst\u00e8me micro-encapsul\u00e9 \u00e0 double impulsion (syst\u00e8me Microtrol), con\u00e7u pour lib\u00e9rer 50 % de la dose imm\u00e9diatement et les 50 % restants environ quatre heures plus tard, mimant une double prise quotidienne et am\u00e9liorant substantiellement l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique chez les enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de l&rsquo;Adderall repose sur la th\u00e9orie cat\u00e9cholaminergique des troubles du neurod\u00e9veloppement, principalement conceptualis\u00e9e par les mod\u00e8les de transmission fronto-striatale d&rsquo;Amy Arnsten et de Russell Barkley. Selon ce paradigme, les manifestations cliniques du TDAH \u2014 distractibilit\u00e9 excessive, impulsivit\u00e9 cognitive et motrice, d\u00e9ficit d&rsquo;inhibition \u2014 r\u00e9sultent d&rsquo;un sous-d\u00e9veloppement fonctionnel ou d&rsquo;un d\u00e9ficit phasique de dopamine et de noradr\u00e9naline dans le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et le striatum ant\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le cadre th\u00e9orique d&rsquo;Arnsten applique la loi de Yerkes-Dodson \u00e0 la neurochimie pr\u00e9frontale, illustr\u00e9e par une courbe en U invers\u00e9. Lorsque la signalisation cat\u00e9cholaminergique est insuffisante (sommet gauche de la courbe), les r\u00e9seaux neuronaux corticaux manquent de connectivit\u00e9 fonctionnelle : les stimuli non pertinents ne sont pas filtr\u00e9s et l&rsquo;attention vacille. \u00c0 des concentrations optimales, la noradr\u00e9naline se lie pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux r\u00e9cepteurs alpha-2A adr\u00e9nergiques \u00e0 haute affinit\u00e9, renfor\u00e7ant le \u00ab signal \u00bb des informations contextuelles pertinentes. Simultan\u00e9ment, la dopamine se lie aux r\u00e9cepteurs D1, diminuant le \u00ab bruit de fond \u00bb synaptique caus\u00e9 par les distractions environnementales et internes.<\/p>\n<p>L&rsquo;Adderall ram\u00e8ne pr\u00e9cis\u00e9ment le tonus monoaminergique au sommet fonctionnel de la courbe en U invers\u00e9. En augmentant la disponibilit\u00e9 extracellulaire de dopamine et de noradr\u00e9naline sans n\u00e9cessiter une activation neuronale phasique initiale disproportionn\u00e9e, il restaure la capacit\u00e9 du cortex pr\u00e9frontal \u00e0 exercer son contr\u00f4le descendant (<em>top-down control<\/em>) sur les structures sous-corticales comme l&rsquo;amygdale (stabilisation \u00e9motionnelle) et les ganglions de la base (r\u00e9gulation de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 motrice).<\/p>\n<p>Toutefois, la th\u00e9orie postule \u00e9galement qu&rsquo;un d\u00e9passement de cette dose optimale (versant droit de la courbe) provoque une surstimulation des r\u00e9cepteurs alpha-1 et b\u00eata-adr\u00e9nergiques ainsi que des r\u00e9cepteurs D1\/D2 extra-synaptiques, d\u00e9sorganisant la m\u00e9moire de travail, induisant une rigidit\u00e9 cognitive paradoxale (pers\u00e9v\u00e9ration st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e) et augmentant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux crises de panique ou aux r\u00e9actions parano\u00efdes.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La formulation de l&rsquo;Adderall s&rsquo;articule autour de distinctions biochimiques, pharmacocin\u00e9tiques et dimensionnelles majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Composition st\u00e9r\u00e9ochimique (Sels mixtes) :<\/strong>\n<ul>\n<li>Sulfate de dextroamph\u00e9tamine (25 % du total d&rsquo;amph\u00e9tamine base) : action psychotrope pr\u00e9dominante sur le striatum et le cortex frontal.<\/li>\n<li>Saccharate de dextroamph\u00e9tamine (25 %) : cin\u00e9tique de dissociation plus lente prolongeant l&rsquo;exposition \u00e0 l&rsquo;isom\u00e8re d.<\/li>\n<li>Monohydrate d&rsquo;aspartate d&rsquo;amph\u00e9tamine rac\u00e9mique (25 %, soit 12,5 % d et 12,5 % l) : apporte une balance noradr\u00e9nergique interm\u00e9diaire.<\/li>\n<li>Sulfate d&rsquo;amph\u00e9tamine rac\u00e9mique (25 %, soit 12,5 % d et 12,5 % l) : fraction assurant une stimulation p\u00e9riph\u00e9rique et somatique d&rsquo;appoint.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Formes gal\u00e9niques et pharmacocin\u00e9tique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Adderall IR (Immediate Release) :<\/em> Lib\u00e9ration imm\u00e9diate. D\u00e9but d&rsquo;action en 30 \u00e0 60 minutes, pic plasmatique atteint entre 2 et 3 heures, dur\u00e9e d&rsquo;action clinique effective de 4 \u00e0 6 heures. N\u00e9cessite souvent 2 \u00e0 3 prises journali\u00e8res.<\/li>\n<li><em>Adderall XR (Extended Release) :<\/em> Lib\u00e9ration prolong\u00e9e par billes microporeuses. Profil biphasique avec premier pic \u00e0 3 heures et second pic vers 7-8 heures, couvrant une p\u00e9riode d&rsquo;action th\u00e9rapeutique de 10 \u00e0 12 heures en une seule prise matinale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Spectre des dosages cliniques :<\/strong> Paliers th\u00e9rapeutiques standardis\u00e9s allant de 5 mg \u00e0 30 mg par unit\u00e9 de prise, ajust\u00e9s en fonction de la clairance individuelle, de la masse corporelle et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du tableau clinique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la variabilit\u00e9 de la r\u00e9ponse clinique et les enjeux de son maniement th\u00e9rapeutique, examinons deux cas repr\u00e9sentatifs observ\u00e9s en milieu sp\u00e9cialis\u00e9 :<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : TDAH de l&rsquo;adulte \u00e0 pr\u00e9dominance inattentive.<\/strong> Julien, 34 ans, consultant en strat\u00e9gie financi\u00e8re, consulte pour des difficult\u00e9s chroniques de d\u00e9sorganisation, des retards syst\u00e9matiques dans ses livrables et une incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir sa concentration lors de t\u00e2ches r\u00e9dactionnelles complexes, en d\u00e9pit d&rsquo;un potentiel intellectuel tr\u00e8s sup\u00e9rieur. Apr\u00e8s une \u00e9valuation neuropsychologique approfondie confirmant la pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes invalidants remontant \u00e0 l&rsquo;enfance sans comorbidit\u00e9 psychiatrique \u00e9volutive, un traitement d&rsquo;amph\u00e9tamines mixtes \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e (Adderall XR) est instaur\u00e9 \u00e0 la dose initiale de 10 mg\/jour, puis titr\u00e9 \u00e0 20 mg\/jour. En six semaines, Julien rapporte une baisse notable de son \u00e9puisement mental en fin de journ\u00e9e, une disparition de la procrastination ex\u00e9cutive et une capacit\u00e9 accrue \u00e0 segmenter ses priorit\u00e9s professionnelles, sans alt\u00e9ration de son profil tensionnel ni troubles de l&rsquo;endormissement.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Narcolepsie de type 1 sans cataplexie majeure.<\/strong> \u00c9lodie, 26 ans, souffre d&rsquo;acc\u00e8s d&rsquo;hypersomnolence diurne incoercibles compliqu\u00e9s d&rsquo;endormissements subreptices au volant et lors de r\u00e9unions de travail, malgr\u00e9 une hygi\u00e8ne de sommeil irr\u00e9prochable et un essai infructueux de modafinil \u00e0 doses maximales. L&rsquo;introduction d&rsquo;Adderall IR (10 mg le matin et 10 mg en milieu de journ\u00e9e) stabilise sa vigilance diurne, supprime les attaques d&rsquo;endormissement automatiques et am\u00e9liore son temps de r\u00e9action au test de maintien de l&rsquo;\u00e9veil (TME). La prise en charge exige n\u00e9anmoins un suivi h\u00e9modynamique trimestriel pour surveiller l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation progressive de la pression art\u00e9rielle diastolique induite par la composante l\u00e9vogyre du produit.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>La prescription et le monitorage de l&rsquo;Adderall n\u00e9cessitent un protocole d&rsquo;\u00e9valuation clinique et biom\u00e9trique standardis\u00e9 avant l&rsquo;instauration et tout au long du suivi :<\/p>\n<p>Sur le plan diagnostique, l&rsquo;indication doit \u00eatre solidement \u00e9tablie \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;entretiens psychiatriques structur\u00e9s conformes aux crit\u00e8res du DSM-5-TR ou de la CIM-11, tels que la <em>Diagnostic Interview for ADHD in Adults<\/em> (DIVA 5.0) ou l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;auto-\u00e9valuation du TDAH pour adultes de l&rsquo;OMS (ASRS-v1.1). Chez l&rsquo;enfant, l&rsquo;utilisation des \u00e9chelles de Conners (\u00e9valuation parents et enseignants) demeure le standard pour quantifier les dimensions d&rsquo;inattention, d&rsquo;hyperactivit\u00e9 et d&rsquo;opposition.<\/p>\n<p>Sur le plan de la s\u00e9curit\u00e9 somatique, un bilan de base strict est obligatoire :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c9valuation cardiovasculaire compl\u00e8te comprenant la mesure de la pression art\u00e9rielle au repos, de la fr\u00e9quence cardiaque et la r\u00e9alisation d&rsquo;un \u00e9lectrocardiogramme (ECG) visant \u00e0 exclure une cardiomyopathie hypertrophique, des anomalies de conduction ou un allongement cong\u00e9nital de l&rsquo;intervalle QTc.<\/li>\n<li>Recherche active d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents personnels ou familiaux de mort subite inexpliqu\u00e9e, d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux pr\u00e9coces ou d&rsquo;arythmies s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>D\u00e9pistage toxicologique urinaire pr\u00e9alable afin d&rsquo;\u00e9carter un trouble de l&rsquo;usage de substances actif ou occulte.<\/li>\n<li>Chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent, surveillance syst\u00e9matique des courbes staturo-pond\u00e9rales tous les 3 \u00e0 6 mois en raison des effets anorexig\u00e8nes p\u00e9riph\u00e9riques susceptibles de freiner temporairement la v\u00e9locit\u00e9 de croissance staturale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et pratique<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de ses indications reconnues dans le TDAH et la narcolepsie, l&rsquo;Adderall poss\u00e8de des applications th\u00e9rapeutiques et des implications fonctionnelles vari\u00e9es :<\/p>\n<p>Dans le domaine des comorbidit\u00e9s psychiatriques, les d\u00e9riv\u00e9s amph\u00e9taminiques font l&rsquo;objet d&rsquo;investigations comme traitement adjuvant de troisi\u00e8me ligne dans les d\u00e9pressions unipolaires r\u00e9sistantes ou les \u00e9tats d\u00e9pressifs majeurs accompagn\u00e9s d&rsquo;un ralentissement psychomoteur d\u00e9bilitant et d&rsquo;une apathie r\u00e9fractaire aux antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques classiques. L&rsquo;action rapide sur le circuit de la r\u00e9compense m\u00e9solimbique permet parfois de lever l&rsquo;anh\u00e9donie profonde et de r\u00e9engager le patient dans des d\u00e9marches psychoth\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;ergonomie cognitive et quotidienne, le r\u00e9tablissement de la disponibilit\u00e9 cat\u00e9cholaminergique diminue le risque accidentologique global chez les adultes TDAH. Plusieurs \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques de grande envergure d\u00e9montrent que le traitement psychostimulant continu est associ\u00e9 \u00e0 une r\u00e9duction significative des accidents de la circulation routi\u00e8re, des traumatismes physiques accidentels et des conduites ordaliques chez les adolescents non trait\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le milieu acad\u00e9mique et professionnel hautement comp\u00e9titif, l&rsquo;usage non m\u00e9dicalis\u00e9 (dopage cognitif ou <em>neuroenhancement<\/em>) s&rsquo;est r\u00e9pandu de mani\u00e8re pr\u00e9occupante. Des \u00e9tudiants et des cadres recourent au produit pour accro\u00eetre artificiellement leur endurance au travail et diff\u00e9rer le besoin de sommeil. Les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales sugg\u00e8rent toutefois que si le m\u00e9dicament augmente la motivation per\u00e7ue et la confiance subjective en ses capacit\u00e9s, le gain r\u00e9el sur des t\u00e2ches n\u00e9cessitant un raisonnement complexe, de la flexibilit\u00e9 mentale ou de la cr\u00e9ativit\u00e9 est minime, voire n\u00e9faste en pr\u00e9sence d&rsquo;un niveau d&rsquo;attention initial normal.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale consacr\u00e9e aux amph\u00e9tamines mixtes est particuli\u00e8rement abondante et document\u00e9e dans les bases d&rsquo;indexation biom\u00e9dicales comme <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\">PubMed<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude historique du <em>Multimodal Treatment of Attention Deficit Hyperactivity Disorder<\/em> (MTA Study), initi\u00e9e par le National Institute of Mental Health (NIMH), a pos\u00e9 les jalons de la sup\u00e9riorit\u00e9 de la prise en charge pharmacologique bien conduite par rapport aux th\u00e9rapies comportementales isol\u00e9es pour la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes cardinaux du TDAH. Par la suite, une m\u00e9ta-analyse en r\u00e9seau majeure publi\u00e9e par Samuele Cortese et ses collaborateurs dans <em>The Lancet Psychiatry<\/em> (2018), analysant 133 essais cliniques randomis\u00e9s en double aveugle englobant plus de 24 000 participants, a \u00e9tabli que les amph\u00e9tamines (incluant l&rsquo;Adderall) repr\u00e9sentent le traitement pharmacologique le plus efficace chez l&rsquo;adulte en termes de r\u00e9duction des sympt\u00f4mes rapport\u00e9s par les cliniciens, surpassant le m\u00e9thylph\u00e9nidate, l&rsquo;atomox\u00e9tine et le bupropion avec des tailles d&rsquo;effet standardis\u00e9es \u00e9lev\u00e9es (<em>standardized mean difference<\/em>, SMD ~ 0.79).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle, notamment coordonn\u00e9es par Philip Shaw et l&rsquo;\u00e9quipe internationale du consortium ENIGMA TDAH, d\u00e9montrent que le traitement psychostimulant \u00e0 long terme \u00e0 doses th\u00e9rapeutiques n&rsquo;endommage pas le cerveau mais tend, au contraire, \u00e0 normaliser les trajectoires de maturation corticale. Les enfants atteints de TDAH trait\u00e9s de fa\u00e7on continue pr\u00e9sentent une att\u00e9nuation des retards de d\u00e9veloppement du volume des noyaux gris centraux et du cortex pr\u00e9frontal par rapport aux enfants non trait\u00e9s.<\/p>\n<p>Cependant, les donn\u00e9es longitudinales r\u00e9centes nuancent l&rsquo;impact du traitement sur la r\u00e9ussite acad\u00e9mique globale \u00e0 tr\u00e8s long terme : si l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique am\u00e9liore nettement l&rsquo;assiduit\u00e9 scolaire et diminue les exclusions disciplinaires, elle ne compense pas enti\u00e8rement les retards d&rsquo;apprentissage accumul\u00e9s sans un soutien p\u00e9dagogique et m\u00e9tacognitif concomitant.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transnationales<\/h3>\n<p>La perception et la disponibilit\u00e9 l\u00e9gale de l&rsquo;Adderall illustrent des divergences profondes entre le mod\u00e8le nord-am\u00e9ricain et les doctrines de sant\u00e9 publique europ\u00e9ennes, en particulier fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis et au Canada, l&rsquo;Adderall et ses formes \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e sont prescrits massivement depuis plus de deux d\u00e9cennies, s&rsquo;int\u00e9grant dans une culture m\u00e9dicale valorisant l&rsquo;interventionnisme pharmacologique cibl\u00e9 sur la productivit\u00e9 et la gestion des handicaps attentionnels. Cette diffusion s&rsquo;est toutefois accompagn\u00e9e de d\u00e9rives d\u00e9nonc\u00e9es par des sociologues de la sant\u00e9, pointant l&rsquo;influence des campagnes promotionnelles directes vers le consommateur (<em>direct-to-consumer advertising<\/em>) et la cr\u00e9ation d&rsquo;une v\u00e9ritable culture de l&rsquo;amph\u00e9tamine dans les universit\u00e9s de l&rsquo;Ivy League.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, la France et plusieurs pays d&rsquo;Europe continentale adoptent une posture de grande r\u00e9serve toxicologique. L&rsquo;Adderall ne dispose d&rsquo;aucune autorisation de mise sur le march\u00e9 (AMM) en France. L&rsquo;Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 du m\u00e9dicament et des produits de sant\u00e9 (ANSM) a historiquement banni les d\u00e9riv\u00e9s amph\u00e9taminiques classiques pour le TDAH en raison de leurs risques cardiovasculaires et de leur potentiel addictog\u00e8ne, r\u00e9servant le m\u00e9thylph\u00e9nidate (Ritaline, Concerta, Medikinet, Quasym) comme unique classe de psychostimulant de premi\u00e8re intention. Seule la lisdexamfetamine (Vyvanse\/Elvanse) b\u00e9n\u00e9ficie dans certains contextes d&rsquo;acc\u00e8s pr\u00e9coce ou compassionnel d&rsquo;une tol\u00e9rance administrative tr\u00e8s restreinte apr\u00e8s \u00e9chec av\u00e9r\u00e9 du m\u00e9thylph\u00e9nidate.<\/p>\n<p>Ces contrastes g\u00e9opolitiques soul\u00e8vent d&rsquo;importants d\u00e9fis transfrontaliers pour les patients expatri\u00e9s ou les \u00e9tudiants \u00e9trangers diagnostiqu\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, qui se retrouvent fr\u00e9quemment en rupture th\u00e9rapeutique brutale lors de leur arriv\u00e9e en France, la d\u00e9tention sans ordonnance s\u00e9curis\u00e9e de conformit\u00e9 stricte et l&rsquo;importation d&rsquo;Adderall \u00e9tant assimil\u00e9es par les services douaniers et judiciaires \u00e0 du trafic de stup\u00e9fiants.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa remarquable efficacit\u00e9 clinique, l&rsquo;Adderall suscite de vives controverses \u00e9thiques, m\u00e9dicales et soci\u00e9tales :<\/p>\n<p><strong>Potentiel d&rsquo;abus, tol\u00e9rance et d\u00e9pendance :<\/strong> L&rsquo;action puissante sur les voies dopaminergiques m\u00e9socorticolimbiques conf\u00e8re au produit des propri\u00e9t\u00e9s de renforcement positif intenses lorsqu&rsquo;il est administr\u00e9 \u00e0 fortes doses ou par des voies non pr\u00e9vues (\u00e9crasement des billes pour inhalation nasale ou injection intraveineuse). L&rsquo;induction progressive d&rsquo;une tol\u00e9rance pharmacologique contraint certains patients \u00e0 augmenter les doses pour maintenir le m\u00eame niveau d&rsquo;\u00e9veil, ouvrant la voie \u00e0 une d\u00e9pendance psychologique et \u00e0 un sevrage caract\u00e9ris\u00e9 par une dysphorie majeure, une hypersomnie et des id\u00e9es suicidaires rebelles.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9tournement d&rsquo;usage et march\u00e9 noir :<\/strong> Les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques am\u00e9ricaines (notamment le <em>Monitoring the Future Study<\/em>) r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;une fraction substantielle des comprim\u00e9s prescrits \u00e0 des adolescents et jeunes adultes fait l&rsquo;objet de revente ou de partage sur les campus scolaires et professionnels pour des sessions d&rsquo;examens ou de travail nocturne, transformant une th\u00e9rapeutique psychiatrique contr\u00f4l\u00e9e en un vecteur de dopage socialis\u00e9 banalis\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables neuropsychiatriques et somatiques :<\/strong> L&rsquo;administration d&rsquo;Adderall comporte une incidence non n\u00e9gligeable d&rsquo;effets secondaires perturbateurs : insomnie s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;endormissement, anorexie induisant une perte de poids rapide, c\u00e9phal\u00e9es de fin de dose (<em>rebound effect<\/em>), exacerbation de tics moteurs ou vocaux et augmentation du tonus sympathique (tachycardie, hypertension art\u00e9rielle). Dans des cas plus rares mais graves, souvent associ\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques ou \u00e0 des surdosages, le traitement peut pr\u00e9cipiter des \u00e9pisodes psychotiques aigus transitoires caract\u00e9ris\u00e9s par des hallucinations auditives ou tactiles et des d\u00e9lires de pers\u00e9cution.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9nuries structurelles et vuln\u00e9rabilit\u00e9s de la cha\u00eene d&rsquo;approvisionnement :<\/strong> Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2020, les march\u00e9s autoris\u00e9s (notamment am\u00e9ricain) connaissent des p\u00e9nuries chroniques massives d&rsquo;amph\u00e9tamines mixtes, attribuables \u00e0 des quotas de production rigides impos\u00e9s par la DEA face \u00e0 une explosion des prescriptions cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;essor des t\u00e9l\u00e9consultations psychiatriques d\u00e9r\u00e9gul\u00e9es, plongeant des centaines de milliers de patients stabilis\u00e9s dans des ruptures de soins d\u00e9stabilisantes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nosologie psychopharmacologique, il convient de distinguer l&rsquo;Adderall d&rsquo;autres entit\u00e9s th\u00e9rapeutiques courantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9thylph\u00e9nidate (Ritaline, Concerta) :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;Adderall, le m\u00e9thylph\u00e9nidate est un bloqueur pur de la recapture (inhibiteur du DAT et du NET) qui n&rsquo;inverse pas le fonctionnement des transporteurs et ne perturbe pas VMAT-2. Son potentiel toxicologique est globalement consid\u00e9r\u00e9 comme inf\u00e9rieur et il constitue la mol\u00e9cule de premi\u00e8re ligne dans la plupart des pays europ\u00e9ens.<\/li>\n<li><strong>Lisdexamf\u00e9tamine (Vyvanse, Elvanse) :<\/strong> Prom\u00e9dicament inactif constitu\u00e9 de d-amph\u00e9tamine li\u00e9e de mani\u00e8re covalente \u00e0 l&rsquo;acide amin\u00e9 L-lysine. Sa conversion enzymatique n&rsquo;a lieu que par hydrolyse au contact des \u00e9rythrocytes sanguins, assurant une cin\u00e9tique extr\u00eamement progressive et lisse, r\u00e9duisant consid\u00e9rablement le potentiel d&rsquo;abus par voie intranasale ou intraveineuse compar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Adderall.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thanph\u00e9tamine (Desoxyn) :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9 m\u00e9thyl\u00e9 de l&rsquo;amph\u00e9tamine poss\u00e9dant une liposolubilit\u00e9 consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e. Elle franchit la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique de fa\u00e7on instantan\u00e9e et poss\u00e8de une toxicit\u00e9 axonale et mitochondriale sur les terminaisons s\u00e9rotoninergiques et dopaminergiques que l&rsquo;Adderall ne pr\u00e9sente pas aux posologies th\u00e9rapeutiques.<\/li>\n<li><strong>Atomox\u00e9tine (Strattera) :<\/strong> Inhibiteur s\u00e9lectif de la recapture de la noradr\u00e9naline (ISRN), non psychostimulant et d\u00e9pourvu de tout potentiel d&rsquo;abus. Ses effets th\u00e9rapeutiques s&rsquo;installent lentement apr\u00e8s plusieurs semaines d&rsquo;impr\u00e9gnation continue, contrairement \u00e0 l&rsquo;effet imm\u00e9diat de l&rsquo;Adderall.<\/li>\n<li><strong>Modafinil (Provigil) :<\/strong> Agent \u00e9veillant non amph\u00e9taminique dont l&rsquo;action pharmacologique complexe implique l&rsquo;inhibition faible du DAT ainsi qu&rsquo;une modulation des syst\u00e8mes orexinergiques, histaminergiques et glutamatergiques, principalement destin\u00e9 \u00e0 la narcolepsie sans poss\u00e9der l&rsquo;impact puissant de l&rsquo;Adderall sur le TDAH s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;Adderall demeure l&rsquo;une des formulations psychostimulantes les plus puissantes et efficaces de la pharmacop\u00e9e contemporaine pour restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des fonctions ex\u00e9cutives compromises par le TDAH ou vaincre l&rsquo;\u00e9puisement pathologique de la narcolepsie. Sa synergie d&rsquo;\u00e9nantiom\u00e8res d- et l-amph\u00e9tamine offre une normalisation robuste des flux cat\u00e9cholaminergiques pr\u00e9frontaux et striataux par inversion directe du transport des monoamines.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la puissance m\u00eame de son m\u00e9canisme d&rsquo;action constitue son principal \u00e9cueil : risque d&rsquo;assu\u00e9tude, potentiel d&rsquo;abus en contexte de dopage cognitif, toxicit\u00e9 cardiovasculaire potentielle et complexit\u00e9 psycho-l\u00e9gale qui en restreint s\u00e9v\u00e8rement la circulation hors du continent nord-am\u00e9ricain. Sa prescription exige imp\u00e9rativement un diagnostic psychiatrique rigoureusement \u00e9tay\u00e9, une s\u00e9lection cardiovasculaire pr\u00e9alable irr\u00e9prochable et un accompagnement m\u00e9dical continu associant mesures comportementales et psycho\u00e9ducation approfondie.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Arnsten, A. F. T. (2009). Toward a new understanding of attention-deficit hyperactivity disorder pathophysiology: An important role for prefrontal cortex dysfunction. <em>CNS Drugs<\/em>, 23(Suppl 1), 33\u201341. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/19621976\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/19621976\/<\/a><\/li>\n<li>Bradley, C. (1937). The behavior of children receiving Benzedrine. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 94(3), 577\u2013585. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.94.3.577\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.94.3.577<\/a><\/li>\n<li>Cortese, S., Adamo, N., Del Giovane, C., Mohr-Jensen, C., Hayes, A. J., Carucci, S., Atkinson, L. Z., Tessier, L., Baglioni, C., Cartigny, M., Banaschewski, T., Buitelaar, J. K., Coghill, D., Cortese, S., &#038; Cipriani, A. (2018). Comparative efficacy and tolerability of medications for attention-deficit hyperactivity disorder in children, adolescents, and adults: A systematic review and network meta-analysis. <em>The Lancet Psychiatry<\/em>, 5(9), 727\u2013738. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(18)30269-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S2215-0366(18)30269-4<\/a><\/li>\n<li>Faraone, S. V., &#038; Buitelaar, J. (2010). Comparing the efficacy of stimulants for ADHD in children and adolescents using meta-analysis. <em>European Child &#038; Adolescent Psychiatry<\/em>, 19(4), 353\u2013364. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00787-009-0054-3\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00787-009-0054-3<\/a><\/li>\n<li>Shaw, P., Sharp, W. S., Sudre, G., Wharton, A., Greenstein, D., Raznahan, A., &#038; Rapoport, J. L. (2014). Cortical development in typically developing children with symptoms of hyperactivity and impulsivity: Support for a dimensional view of attention deficit hyperactivity disorder. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 171(5), 545\u2013553. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.2013.13030381\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.2013.13030381<\/a><\/li>\n<li>United States Food and Drug Administration (FDA). (2022). <em>Adderall (dextroamphetamine saccharate, amphetamine aspartate, dextroamphetamine sulfate, and amphetamine sulfate) tablets prescribing information<\/em>. Reference ID: 4927230. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.fda.gov\">https:\/\/www.fda.gov<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Examen encyclop\u00e9dique approfondi de l&rsquo;Adderall : pharmacodynamie des sels mixtes d&rsquo;amph\u00e9tamine, neurobiologie du TDAH, usages cliniques et enjeux \u00e9thiques contemporains.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,7375,31498],"tags":[31910,31911,1377,1949,6411,31912,1192],"class_list":["post-19630","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychopharmacologie","category-troubles-neurodeveloppementaux","tag-adderall","tag-amphetamines","tag-dopamine","tag-fonctions-executives","tag-neurobiologie","tag-psychostimulants","tag-tdah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19630\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}