{"id":19603,"date":"2026-10-22T11:15:16","date_gmt":"2026-10-22T11:15:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adamha-administration-sante-mentale-addictions"},"modified":"2026-10-22T11:15:16","modified_gmt":"2026-10-22T11:15:16","slug":"adamha-administration-sante-mentale-addictions","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=adamha-administration-sante-mentale-addictions","title":{"rendered":"ADAMHA : Histoire et impact en sant\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire des politiques publiques de sant\u00e9 comportementale a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9e par des institutions pivotales dont les architectures ont red\u00e9fini la recherche psychiatrique, la prise en charge clinique et l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie contemporaine. Parmi ces structures majeures, l&rsquo;<strong>ADAMHA<\/strong> (<em>Alcohol, Drug Abuse, and Mental Health Administration<\/em>) a incarn\u00e9, pendant pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies, la tentative la plus ambitieuse d&rsquo;int\u00e9grer sous une m\u00eame \u00e9gide administrative et scientifique les troubles mentaux, l&rsquo;alcoolisme et les pharmacod\u00e9pendances. Comprendre son \u00e9mergence, son \u00e9volution et sa restructuration finale permet de saisir les tensions persistantes entre la recherche biom\u00e9dicale fondamentale et la prestation des services communautaires de soins.<\/p>\n<h2>ADAMHA (Administration des abus d&rsquo;alcool, de drogues et de la sant\u00e9 mentale)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>ADAMHA<\/strong> (<em>Alcohol, Drug Abuse, and Mental Health Administration<\/em>) \u00e9tait une agence f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine relevant du Service de sant\u00e9 publique (<em>Public Health Service<\/em>) au sein du d\u00e9partement de la Sant\u00e9 et des Services sociaux (DHHS), active de 1973 \u00e0 1992. Elle avait pour mission principale de coordonner, de financer et de superviser les programmes nationaux de recherche scientifique, de formation clinique, de pr\u00e9vention et de dispensation des soins dans les domaines de la psychiatrie, des d\u00e9pendances toxicomanologiques et de l&rsquo;alcoolisme.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel et organisationnel, l&rsquo;ADAMHA regroupait trois grands instituts de recherche et d&rsquo;intervention : le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/National_Institute_of_Mental_Health\">National Institute of Mental Health<\/a> (NIMH), le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) et le National Institute on Drug Abuse (NIDA). L&rsquo;agence a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la l\u00e9gitimation du mod\u00e8le biopsychosocial des addictions et a financ\u00e9 des travaux \u00e9pid\u00e9miologiques fondateurs qui ont transform\u00e9 la nosologie psychiatrique mondiale.<\/p>\n<p>En 1992, le Congr\u00e8s des \u00c9tats-Unis a vot\u00e9 la loi de r\u00e9organisation de l&rsquo;ADAMHA (<em>ADAMHA Reorganization Act<\/em>), scindant ses activit\u00e9s : les volets de recherche fondamentale et clinique du NIMH, du NIAAA et du NIDA ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s aux Instituts nationaux de la sant\u00e9 (NIH), tandis que les responsabilit\u00e9s li\u00e9es aux services cliniques, aux subventions de pr\u00e9vention et aux programmes d&rsquo;aide aux \u00c9tats ont constitu\u00e9 une nouvelle agence, la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA).<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab ADAMHA \u00bb est un acronyme administratif am\u00e9ricain form\u00e9 \u00e0 partir des initiales des composantes fonctionnelles de son mandat officiel en langue anglaise : <em>Alcohol, Drug Abuse, and Mental Health Administration<\/em>. Traduit litt\u00e9ralement en fran\u00e7ais, il correspond \u00e0 l&rsquo;\u00ab Administration des abus d&rsquo;alcool, de la pharmacod\u00e9pendance et de la sant\u00e9 mentale \u00bb.<\/p>\n<p>Chacun des segments lexicaux de cette d\u00e9signation refl\u00e8te une terminologie ancr\u00e9e dans la m\u00e9decine publique et la psychiatrie du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Le vocable \u00ab alcool \u00bb d\u00e9rive de l&rsquo;arabe m\u00e9di\u00e9val <em>al-kohl<\/em> (qui d\u00e9signait \u00e0 l&rsquo;origine une fine poudre d&rsquo;antimoine avant d&rsquo;\u00e9voluer en chimie pour d\u00e9signer l&rsquo;esprit-de-vin et les substances distill\u00e9es). La notion d&rsquo;\u00ab abus de drogues \u00bb (<em>drug abuse<\/em>) d\u00e9rive du latin <em>abusus<\/em> (\u00ab mauvais usage \u00bb ou \u00ab consommation excessive \u00bb), marquant l&rsquo;angle d&rsquo;abord m\u00e9dico-l\u00e9gal et moral avant d&rsquo;\u00eatre progressivement supplant\u00e9, \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, par le concept plus neutre de trouble li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage de substances (<em>substance use disorder<\/em>).<\/p>\n<p>Le segment \u00ab sant\u00e9 mentale \u00bb (<em>mental health<\/em>) trouve son assise s\u00e9mantique dans le latin <em>mens<\/em> (esprit, pens\u00e9e) et s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e du mouvement international d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale apparu au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Enfin, le mot \u00ab administration \u00bb provient du latin <em>administratio<\/em>, signifiant \u00ab gestion, aide, direction \u00bb, traduisant le r\u00f4le ex\u00e9cutif et d\u00e9l\u00e9gataire conf\u00e9r\u00e9 par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain \u00e0 cette entit\u00e9 pour r\u00e9guler un domaine sanitaire auparavant fragment\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le sigle s&rsquo;\u00e9crit g\u00e9n\u00e9ralement en lettres capitales \u00ab ADAMHA \u00bb et se prononce de fa\u00e7on phon\u00e9tique sous la forme d&rsquo;un mot unique francis\u00e9 : [a.dam.a] ou plus rarement en reproduisant la phon\u00e9tique anglophone [\u0259\u02c8d\u00e6m.\u0259]. Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un acronyme d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re, son usage dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone de sant\u00e9 publique et de psychiatrie historique est pleinement attest\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, ADAMHA est un nom propre d&rsquo;institution employ\u00e9 au genre f\u00e9minin (\u00ab l&rsquo;ADAMHA \u00bb), par congruence avec le substantif f\u00e9minin \u00ab administration \u00bb qui en constitue le noyau syntaxique. L&rsquo;acronyme est invariable au pluriel. Dans un registre soutenu, les chercheurs et traducteurs \u00e9crivent \u00ab l&rsquo;ADAMHA a subventionn\u00e9&#8230; \u00bb ou \u00ab les directives publi\u00e9es par l&rsquo;ADAMHA \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan contextuel, l&rsquo;usage contemporain de ce terme est essentiellement d&rsquo;ordre historique, r\u00e9trospectif et nosologique, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;agence n&rsquo;existe plus en tant que telle depuis octobre 1992. On retrouve couramment l&rsquo;acronyme dans des d\u00e9signations compos\u00e9es d&rsquo;instruments m\u00e9thodologiques, comme les projets conjoints \u00ab OMS\/ADAMHA \u00bb, attestant de l&rsquo;impact p\u00e9renne de sa nomenclature scientifique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme une r\u00e9ponse structurelle \u00e0 un d\u00e9fi sanitaire et \u00e9pist\u00e9mologique fondamental : comment orchestrer la lutte contre des affections complexes combinant des d\u00e9sordres c\u00e9r\u00e9braux, des vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychodynamiques et de lourdes r\u00e9percussions socio-comportementales. Avant son av\u00e8nement, la psychiatrie, l&rsquo;alcoologie et la toxicomanie \u00e9taient trait\u00e9es de fa\u00e7on \u00e9clat\u00e9e, souvent rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 des consid\u00e9rations judiciaires ou \u00e0 des initiatives asilaires locales. La cr\u00e9ation de l&rsquo;agence a mat\u00e9rialis\u00e9 la reconnaissance f\u00e9d\u00e9rale du fait que la consommation compulsive de substances psychoactives et les troubles mentaux majeurs partagent des m\u00e9canismes \u00e9tiologiques, physiopathologiques et \u00e9pid\u00e9miologiques intriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tendue des comp\u00e9tences de l&rsquo;ADAMHA reposait sur un mod\u00e8le qualifi\u00e9 de \u00ab tr\u00e9pied institutionnel \u00bb (<em>three-legged stool<\/em>), cherchant \u00e0 maintenir un \u00e9quilibre constant entre trois imp\u00e9ratifs : la recherche scientifique fondamentale et translationnelle, la formation acad\u00e9mique des sp\u00e9cialistes de sant\u00e9 comportementale, et le financement des services th\u00e9rapeutiques et pr\u00e9ventifs sur le terrain. L&rsquo;agence ne se contentait pas d&rsquo;administrer des budgets hospitaliers : elle impulsait une doctrine selon laquelle la qualit\u00e9 des soins dispens\u00e9s aux populations les plus d\u00e9munies devait d\u00e9couler directement des avanc\u00e9es de la recherche exp\u00e9rimentale et clinique.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le p\u00e9rim\u00e8tre de l&rsquo;agence a constamment oscill\u00e9 entre deux polarit\u00e9s th\u00e9oriques. D&rsquo;une part, l&rsquo;approche biom\u00e9dicale poussait les instituts \u00e0 explorer les neurotransmetteurs, la g\u00e9n\u00e9tique comportementale et la neurobiologie des r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux. D&rsquo;autre part, la perspective de sant\u00e9 publique communautaire exigeait la gestion pragmatique des lits d&rsquo;hospitalisation, des cliniques ambulatoires et des centres de d\u00e9sintoxication. Cette dualit\u00e9 permanente constituait \u00e0 la fois la richesse conceptuelle de l&rsquo;ADAMHA et la source des tiraillements structurels qui ont fini par pr\u00e9cipiter sa transformation au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;ADAMHA a jou\u00e9 un r\u00f4le d&rsquo;interface indispensable entre le politique et le scientifique. Durant les p\u00e9riodes de tensions soci\u00e9tales accrues, comme les d\u00e9bats sur la d\u00e9sinstitutionnalisation psychiatrique ou l&rsquo;explosion de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de crack et du VIH\/SIDA dans les ann\u00e9es 1980, l&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 le fer de lance de la recherche \u00e9pid\u00e9miologique, traduisant les signaux sanitaires d&rsquo;urgence en donn\u00e9es empiriques standardis\u00e9es exploitables par les d\u00e9cideurs.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Les racines historiques de l&rsquo;ADAMHA remontent au milieu du XXe si\u00e8cle avec l&rsquo;adoption du <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/National_Mental_Health_Act\">National Mental Health Act<\/a> de 1946, qui cr\u00e9ait le NIMH afin de r\u00e9volutionner l&rsquo;approche th\u00e9rapeutique des v\u00e9t\u00e9rans et de la population g\u00e9n\u00e9rale. Au fil des d\u00e9cennies d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, le fardeau grandissant de l&rsquo;alcoolisme et l&rsquo;irruption massive des drogues illicites dans les ann\u00e9es 1960 ont conduit le Congr\u00e8s \u00e0 individualiser des entit\u00e9s distinctes : le NIAAA fut fond\u00e9 en 1970 sous l&rsquo;impulsion de la loi Hughes, suivi par le NIDA en 1974 pour r\u00e9pondre \u00e0 la crise des opiac\u00e9s li\u00e9e notamment aux retours de la guerre du Vietnam.<\/p>\n<p>Le 25 septembre 1973, dans le cadre d&rsquo;un vaste plan de r\u00e9organisation du d\u00e9partement de la Sant\u00e9, de l&rsquo;\u00c9ducation et du Bien-\u00eatre (HEW), le secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat a formellement \u00e9tabli l&rsquo;ADAMHA comme une entit\u00e9 cadre regroupant le NIMH, le NIAAA et le NIDA, officialis\u00e9e par le Congr\u00e8s en mai 1974 (Public Law 93-282). Pour la premi\u00e8re fois, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral unifiait sous une m\u00eame autorit\u00e9 directoriale les politiques publiques de recherche et de prise en charge des pathologies addictives et psychiatriques.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1980, sous la pr\u00e9sidence de Ronald Reagan, l&rsquo;agence connut un tournant financier et op\u00e9rationnel d\u00e9cisif. L&rsquo;adoption de l&rsquo;<em>Omnibus Budget Reconciliation Act<\/em> de 1981 a radicalement transform\u00e9 le financement des soins : les subventions f\u00e9d\u00e9rales cat\u00e9gorielles directes furent fusionn\u00e9es en subventions globales accord\u00e9es aux \u00c9tats (<em>ADAMHA Block Grants<\/em>). Ce d\u00e9sengagement f\u00e9d\u00e9ral partiel a recentr\u00e9 l&rsquo;administration centrale sur des pr\u00e9rogatives d&rsquo;\u00e9valuation \u00e9pid\u00e9miologique et de recherche scientifique de haut niveau, tandis que les programmes d&rsquo;assistance communautaire luttaient contre des contraintes budg\u00e9taires s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>La fin des ann\u00e9es 1980 a mis en lumi\u00e8re une contradiction devenue intenable entre les scientifiques des instituts (qui aspiraient aux standards de rigueur du mod\u00e8le biom\u00e9dical des NIH) et les cliniciens ou d\u00e9fenseurs des usagers r\u00e9clamant des financements prioritaires pour l&rsquo;acc\u00e8s aux th\u00e9rapies de terrain. Cette divergence a abouti au vote de l&rsquo;<em>ADAMHA Reorganization Act<\/em> de 1992 (Public Law 102-321), sign\u00e9 par le pr\u00e9sident George H. W. Bush. Cette loi a dissous l&rsquo;ADAMHA le 1er octobre 1992, int\u00e9grant le NIMH, le NIAAA et le NIDA aux <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/National_Institutes_of_Health\">National Institutes of Health<\/a> (NIH), tandis que le volet des services de soins devenait une agence autonome : la SAMHSA.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9difice scientifique de l&rsquo;ADAMHA s&rsquo;est appuy\u00e9 sur une articulation novatrice entre le mod\u00e8le biopsychosocial th\u00e9oris\u00e9 par George Engel et la psychiatrie empirique inspir\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cole de Washington University \u00e0 Saint-Louis (port\u00e9e par Eli Robins, Samuel Guze et John Feighner). L&rsquo;agence a activement soutenu la rupture avec les mod\u00e8les psychanalytiques pr\u00e9dominants des ann\u00e9es 1950 au profit d&rsquo;une nosologie n\u00e9o-kraepelinienne, insistant sur des crit\u00e8res diagnostics observables, op\u00e9rationnels et reproductibles.<\/p>\n<p>Dans le domaine des d\u00e9pendances, l&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 le catalyseur du paradigme de l&rsquo;addiction comme maladie c\u00e9r\u00e9brale chronique et r\u00e9cidivante (<em>brain disease model<\/em>). En finan\u00e7ant massivement des recherches en pharmacologie, en neurobiologie mol\u00e9culaire et en \u00e9lectrophysiologie au sein du NIDA et du NIAAA, l&rsquo;agence a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9tacher l&rsquo;alcoolisme et la toxicomanie du stigmate de la faute morale pour les repositionner au c\u0153ur des neurosciences cognitives et comportementales.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l&rsquo;agence a embrass\u00e9 les th\u00e9ories de la psychiatrie communautaire et de la sant\u00e9 publique environnementale. Ses programmes postulaient que l&rsquo;apparition d&rsquo;un trouble psychique ou addictif r\u00e9sulte d&rsquo;interactions dynamiques entre des vuln\u00e9rabilit\u00e9s neurog\u00e9n\u00e9tiques individuelles, des stresseurs psychologiques et des d\u00e9terminants socioculturels tels que la marginalit\u00e9, la pauvret\u00e9 ou la disponibilit\u00e9 des substances au sein de l&rsquo;environnement urbain.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;ADAMHA a promu la th\u00e9orie de la comorbidit\u00e9 psychiatrique et addictive (notion de troubles concomitants ou <em>dual diagnosis<\/em>). Les recherches impuls\u00e9es par l&rsquo;agence ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;abus de substances ne constituait pas un simple ph\u00e9nom\u00e8ne adventice, mais s&rsquo;inscrivait fr\u00e9quemment dans des conduites d&rsquo;autom\u00e9dication de d\u00e9pressions majeures, de troubles bipolaires ou de stress post-traumatique, n\u00e9cessitant une th\u00e9orie unifi\u00e9e de la prise en charge clinique int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, structures et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;ADAMHA \u00e9tait organis\u00e9e autour de piliers op\u00e9rationnels et scientifiques majeurs qui structuraient son action sur le territoire am\u00e9ricain et \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le National Institute of Mental Health (NIMH) :<\/strong> Composante historique ax\u00e9e sur l&rsquo;investigation des maladies psychiatriques (schizophr\u00e9nie, troubles de l&rsquo;humeur, anxi\u00e9t\u00e9), l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie clinique, le d\u00e9veloppement des psychoth\u00e9rapies et la psychiatrie communautaire.<\/li>\n<li><strong>Le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) :<\/strong> Branche focalis\u00e9e sur les d\u00e9terminants biologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et sociaux de l&rsquo;alcoolisme, la toxicit\u00e9 h\u00e9patique et c\u00e9r\u00e9brale de l&rsquo;\u00e9thanol et l&rsquo;optimisation des prises en charge m\u00e9dicales et comportementales du sevrage.<\/li>\n<li><strong>Le National Institute on Drug Abuse (NIDA) :<\/strong> Organisme d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des m\u00e9canismes de renforcement dopaminergique, \u00e0 la pharmacodynamie des stup\u00e9fiants (opiac\u00e9s, coca\u00efne, cannabis, s\u00e9datifs) et au d\u00e9veloppement de traitements agonistes et antagonistes pharmacologiques.<\/li>\n<li><strong>Le Bureau des subventions globales (Block Grants Administration) :<\/strong> Entit\u00e9 administrative centrale charg\u00e9e d&rsquo;allouer les enveloppes financi\u00e8res f\u00e9d\u00e9rales aux cinquante \u00c9tats am\u00e9ricains pour soutenir les centres de traitement communautaires et les filets de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Office for Substance Abuse Prevention (OSAP) :<\/strong> Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 au sein de l&rsquo;ADAMHA pour concevoir des campagnes d&rsquo;\u00e9ducation pr\u00e9ventive cibl\u00e9es vers la jeunesse et les communaut\u00e9s \u00e0 haut risque de d\u00e9pendance.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Office for Treatment Improvement (OTI) :<\/strong> Structure d&rsquo;\u00e9valuation et de transfert de comp\u00e9tences visant \u00e0 aligner les protocoles de d\u00e9sintoxication et de r\u00e9adaptation psychosociale des cliniques locales sur les meilleures donn\u00e9es probantes disponibles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un cas embl\u00e9matique du r\u00f4le d\u00e9terminant de l&rsquo;ADAMHA r\u00e9side dans le financement et le d\u00e9ploiement du programme <em>Epidemiologic Catchment Area<\/em> (ECA) au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Sous la direction du NIMH, ce projet colossal a \u00e9valu\u00e9 plus de 20 000 individus dans cinq sites universitaires distincts (New Haven, Baltimore, St. Louis, Durham et Los Angeles) \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;entretiens psychiatriques standardis\u00e9s. Les donn\u00e9es de l&rsquo;ECA ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour la premi\u00e8re fois que pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des personnes souffrant d&rsquo;un trouble psychiatrique pr\u00e9sentaient \u00e9galement un trouble li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage de substances, validant exp\u00e9rimentalement la pertinence de l&rsquo;int\u00e9gration sous la banni\u00e8re de l&rsquo;ADAMHA.<\/p>\n<p>Un autre exemple frappant concerne la r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence tragique du virus du sida chez les usagers de drogues injectables durant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980. Le NIDA, sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;ADAMHA, a rapidement financ\u00e9 des programmes de recherche d&rsquo;intervention de proximit\u00e9 sur les pratiques de partage de seringues. Ces \u00e9tudes ont permis de d\u00e9montrer que les interventions comportementales et l&rsquo;acc\u00e8s facilit\u00e9 aux programmes de substitution aux opiac\u00e9s (comme la m\u00e9thadone) r\u00e9duisaient drastiquement les taux de transmission virale, infl\u00e9chissant ainsi les politiques de sant\u00e9 publique vers la r\u00e9duction des risques.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique individuel, prenons l&rsquo;illustration d&rsquo;un patient fictif nomm\u00e9 Robert, v\u00e9t\u00e9ran souffrant d&rsquo;un trouble de stress post-traumatique s\u00e9v\u00e8re associ\u00e9 \u00e0 une d\u00e9pendance majeure \u00e0 l&rsquo;alcool dans les ann\u00e9es 1980. Sous le mod\u00e8le pr\u00e9-ADAMHA, Robert aurait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 dos \u00e0 dos entre des asiles psychiatriques refusant les personnes alcoolis\u00e9es et des cellules de d\u00e9grisement sans soutien psychologique. Gr\u00e2ce aux protocoles de recherche et aux financements conjoints initi\u00e9s par l&rsquo;ADAMHA, Robert a pu int\u00e9grer une structure exp\u00e9rimentale pionni\u00e8re combinant th\u00e9rapie d&rsquo;exposition, d\u00e9sintoxication m\u00e9dicalis\u00e9e supervis\u00e9e et suivi de groupe, pr\u00e9figurant les standards modernes de soins duod\u00e9pass\u00e9s.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des h\u00e9ritages scientifiques les plus fondamentaux de l&rsquo;ADAMHA r\u00e9side dans sa contribution \u00e0 la psychom\u00e9trie et \u00e0 la standardisation des outils de mesure diagnostique. Face \u00e0 la disparit\u00e9 des pratiques d&rsquo;\u00e9valuation clinique des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;ADAMHA a financ\u00e9 le d\u00e9veloppement d&rsquo;instruments d&rsquo;\u00e9valuation structur\u00e9s capables de garantir une fid\u00e9lit\u00e9 inter-\u00e9valuateurs rigoureuse dans les contextes \u00e9pid\u00e9miologiques et cliniques.<\/p>\n<p>Parmi ces outils figure le <em>Diagnostic Interview Schedule<\/em> (DIS), con\u00e7u par Lee Robins et ses collaborateurs pour l&rsquo;enqu\u00eate ECA. Le DIS a constitu\u00e9 une v\u00e9ritable r\u00e9volution m\u00e9thodologique : il s&rsquo;agissait du premier instrument hautement standardis\u00e9 permettant \u00e0 des enqu\u00eateurs la\u00efcs form\u00e9s de poser des diagnostics psychiatriques conformes aux crit\u00e8res du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III) et de la classification Feighner, sans recourir obligatoirement \u00e0 des psychiatres cliniciens pour chaque passation.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, l&rsquo;alliance conclue entre l&rsquo;ADAMHA et l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) a engendr\u00e9 la cr\u00e9ation de deux instruments diagnostiques mondiaux majeurs : le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Composite_International_Diagnostic_Interview\">Composite International Diagnostic Interview<\/a> (CIDI) et les <em>Schedules for Clinical Assessment in Neuropsychiatry<\/em> (SCAN). Le CIDI a permis d&rsquo;harmoniser les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques transculturelles en rendant les crit\u00e8res du DSM et de la CIM-10 directement superposables et mesurables dans des dizaines de langues \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;agence a \u00e9galement \u00e9tabli des indices statistiques rigoureux pour le suivi longitudinal de la toxicomanie, notamment \u00e0 travers le r\u00e9seau <em>Drug Abuse Warning Network<\/em> (DAWN), qui r\u00e9pertoriait les passages aux urgences m\u00e9dicales et les d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s aux overdoses, offrant pour la premi\u00e8re fois une mesure \u00e9pid\u00e9miologique en temps r\u00e9el de la l\u00e9talit\u00e9 des drogues sur le sol am\u00e9ricain.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les r\u00e9percussions pratiques des travaux de l&rsquo;ADAMHA se sont d\u00e9ploy\u00e9es dans de multiples sph\u00e8res soci\u00e9tales, \u00e0 commencer par le milieu clinique psychiatrique. En fournissant les bases empiriques et les financements n\u00e9cessaires \u00e0 la validation empirique du DSM-III publi\u00e9 en 1980 par l&rsquo;American Psychiatric Association, l&rsquo;agence a propuls\u00e9 la psychiatrie mondiale dans l&rsquo;\u00e8re de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves (<em>evidence-based medicine<\/em>).<\/p>\n<p>Dans le monde du travail et les contextes organisationnels, l&rsquo;ADAMHA a pos\u00e9 les premiers jalons normatifs des programmes d&rsquo;aide aux employ\u00e9s (PAE ou <em>Employee Assistance Programs<\/em>). L&rsquo;agence a soutenu la mise en place de protocoles de d\u00e9tection pr\u00e9coce des probl\u00e8mes d&rsquo;alcool et de souffrance psychique en entreprise, convaincant le monde corporatif que le traitement des addictions constituait un investissement \u00e9conomique rentable diminuant l&rsquo;absent\u00e9isme et les accidents professionnels.<\/p>\n<p>Sur le plan l\u00e9gislatif et juridique, les recherches publi\u00e9es par l&rsquo;ADAMHA ont directement guid\u00e9 les politiques de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re. Les donn\u00e9es du NIAAA sur l&rsquo;alt\u00e9ration des r\u00e9flexes sensorimoteurs par l&rsquo;alcool ont servi d&rsquo;appui scientifique aux lois f\u00e9d\u00e9rales exigeant des \u00c9tats l&rsquo;adoption d&rsquo;un \u00e2ge l\u00e9gal d&rsquo;achat d&rsquo;alcool fix\u00e9 \u00e0 21 ans (le <em>National Minimum Drinking Age Act<\/em> de 1984), \u00e9pargnant ainsi des dizaines de milliers de vies sur les autoroutes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Dans le secteur \u00e9ducatif, les publications et subventions de l&rsquo;agence ont fa\u00e7onn\u00e9 les programmes de sensibilisation scolaire. Bien que certaines approches simplistes aient montr\u00e9 leurs limites, l&rsquo;effort consenti par l&rsquo;OSAP au sein de l&rsquo;ADAMHA a permis de d\u00e9velopper des modules de pr\u00e9vention bas\u00e9s sur le renforcement des comp\u00e9tences psychosociales (<em>life skills training<\/em>), l&rsquo;affirmation de soi et la r\u00e9sistance \u00e0 la pression des pairs chez les adolescents.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;intensit\u00e9 de la production scientifique soutenue par l&rsquo;ADAMHA a profond\u00e9ment red\u00e9fini la psychiatrie exp\u00e9rimentale. Les travaux pionniers men\u00e9s sous son autorit\u00e9 par des figures majeures telles que Darrel A. Regier, Lee N. Robins, Jerome K. Myers et Gerald Klerman ont publi\u00e9 les premi\u00e8res cartes \u00e9pid\u00e9miologiques pr\u00e9cises de la morbidit\u00e9 psychiatrique. L&rsquo;\u00e9tude ECA du NIMH a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;environ 32 % de la population am\u00e9ricaine g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9pondait aux crit\u00e8res diagnostiques d&rsquo;au moins un trouble mental ou addictif au cours de sa vie.<\/p>\n<p>Dans le champ des neurosciences, les fonds de recherche de l&rsquo;ADAMHA ont permis des d\u00e9couvertes capitales concernant le syst\u00e8me m\u00e9solimbique de la r\u00e9compense. Les travaux conduits sous l&rsquo;\u00e9gide du NIDA ont \u00e9lucid\u00e9 le r\u00f4le fondamental de la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens lors de la prise de coca\u00efne et d&rsquo;amph\u00e9tamines, transformant la compr\u00e9hension fondamentale des circuits d&rsquo;accoutumance et ouvrant la voie \u00e0 la conception d&rsquo;antagonistes pharmacologiques s\u00e9lectifs.<\/p>\n<p>Le projet collaboratif conjoint OMS\/ADAMHA sur le diagnostic et la classification des troubles mentaux, amorc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et poursuivi tout au long des ann\u00e9es 1980, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une quantit\u00e9 colossale d&rsquo;articles scientifiques r\u00e9vis\u00e9s par les pairs. Cette initiative a permis d&rsquo;\u00e9prouver la validit\u00e9 de construit et la fiabilit\u00e9 empirique du syst\u00e8me multiaxial, assurant la convergence m\u00e9thodologique entre le syst\u00e8me am\u00e9ricain et la 10e R\u00e9vision de la Classification internationale des maladies (CIM-10) de l&rsquo;OMS.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re d&rsquo;interventions th\u00e9rapeutiques, les essais cliniques multicentriques financ\u00e9s par les instituts de l&rsquo;ADAMHA ont fourni des donn\u00e9es probantes majeures comparant l&rsquo;efficacit\u00e9 des mol\u00e9cules psychotropes (antid\u00e9presseurs tricycliques, inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine \u00e9mergents, r\u00e9gulateurs de l&rsquo;humeur) aux approches psychoth\u00e9rapeutiques manu\u00e9lis\u00e9es, comme la th\u00e9rapie cognitive de la d\u00e9pression d&rsquo;Aaron Beck ou la psychoth\u00e9rapie interpersonnelle (PIP).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La port\u00e9e internationale de l&rsquo;ADAMHA a constitu\u00e9 un moteur puissant pour l&rsquo;anthropologie m\u00e9dicale et la psychiatrie transculturelle, tout en suscitant d&rsquo;intenses d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques. En exportant ses outils de mesure hautement standardis\u00e9s (DIS, puis CIDI) \u00e0 travers le monde dans le cadre du projet conjoint avec l&rsquo;OMS, l&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&rsquo;expression de la souffrance psychique selon les cultures.<\/p>\n<p>Les chercheurs transculturels, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Arthur Kleinman, ont r\u00e9guli\u00e8rement soulign\u00e9 le risque de \u00ab sophisme de cat\u00e9gorie \u00bb (<em>category fallacy<\/em>) inh\u00e9rent \u00e0 la mondialisation de crit\u00e8res nosologiques con\u00e7us dans les cercles universitaires nord-am\u00e9ricains. L&rsquo;ADAMHA a donc d\u00fb investir dans des projets d&rsquo;\u00e9valuation transculturelle afin d&rsquo;examiner dans quelle mesure des concepts comme le \u00ab d\u00e9lire \u00bb, la \u00ab d\u00e9pression masqu\u00e9e \u00bb ou la \u00ab somatisation \u00bb variaient entre les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es occidentales et les pays du Sud global.<\/p>\n<p>Sur le sol am\u00e9ricain, l&rsquo;agence a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 des disparit\u00e9s flagrantes dans l&rsquo;acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 mentale et le traitement des addictions parmi les minorit\u00e9s ethniques, notamment les Afro-Am\u00e9ricains, les Hispaniques et les populations am\u00e9rindiennes. Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que, si la pr\u00e9valence de certains troubles n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessairement plus \u00e9lev\u00e9e chez les minorit\u00e9s, les cons\u00e9quences m\u00e9dico-l\u00e9gales de l&rsquo;usage de drogues et les barri\u00e8res d&rsquo;acc\u00e8s aux centres de traitement subventionn\u00e9s par les subventions globales \u00e9taient marqu\u00e9es par de profondes iniquit\u00e9s structurelles.<\/p>\n<p>Ces constats ont incit\u00e9 l&rsquo;ADAMHA, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de son existence, \u00e0 exiger l&rsquo;inclusion de crit\u00e8res d&rsquo;adaptation culturelle dans les protocoles d&rsquo;intervention clinique et \u00e0 encourager le recrutement de chercheurs issus des minorit\u00e9s sous-repr\u00e9sent\u00e9es au sein des comit\u00e9s de r\u00e9vision scientifique par les pairs (<em>peer-review panels<\/em>).<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 ses r\u00e9alisations scientifiques ind\u00e9niables, l&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de violentes contestations politiques, cliniques et organisationnelles tout au long de ses dix-neuf ann\u00e9es d&rsquo;exercice. La critique la plus vive portait sur la cohabitation jug\u00e9e dysfonctionnelle entre la mission de recherche biom\u00e9dicale d&rsquo;excellence et la gestion op\u00e9rationnelle des services de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les chercheurs et directeurs d&rsquo;instituts d\u00e9ploraient que l&rsquo;image de marque de leur recherche fondamentale souffre de leur rattachement \u00e0 une administration per\u00e7ue comme un canal de distribution de subventions sociales locales. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les psychiatres de terrain, les directeurs de centres de d\u00e9sintoxication et les associations de familles de malades (notamment la <em>National Alliance on Mental Illness<\/em> &#8211; NAMI) accusaient les instituts de se r\u00e9fugier dans une tour d&rsquo;ivoire neurobiologique, consacrant des sommes astronomiques \u00e0 l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale ou \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique murine pendant que les personnes atteintes de schizophr\u00e9nie erraient sans abri dans les m\u00e9tropoles am\u00e9ricaines \u00e0 la suite de la d\u00e9sinstitutionnalisation.<\/p>\n<p>La transformation op\u00e9r\u00e9e en 1981 avec la mise en place des subventions globales (<em>ADAMHA block grants<\/em>) a \u00e9galement essuy\u00e9 de s\u00e9v\u00e8res condamnations. Les analystes de sant\u00e9 publique ont d\u00e9montr\u00e9 que la d\u00e9centralisation des fonds vers les \u00c9tats s&rsquo;\u00e9tait accompagn\u00e9e d&rsquo;une coupe budg\u00e9taire globale de pr\u00e8s de 25 %, affaiblissant l&rsquo;infrastructure des centres de sant\u00e9 mentale communautaires construits depuis l&rsquo;\u00e8re Kennedy et r\u00e9duisant le contr\u00f4le f\u00e9d\u00e9ral sur la conformit\u00e9 clinique des prestations offertes.<\/p>\n<p>Enfin, la doctrine n\u00e9o-kraepelinienne fortement soutenue par l&rsquo;ADAMHA a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e d&rsquo;avoir favoris\u00e9 une surm\u00e9dicalisation de la psychiatrie et une d\u00e9pendance excessive vis-\u00e0-vis de l&rsquo;industrie pharmaceutique naissante. Pour ses d\u00e9tracteurs, l&rsquo;imp\u00e9ratif de classification cat\u00e9gorielle stricte a parfois \u00e9clips\u00e9 la prise en compte des dynamiques relationnelles, familiales et socio-\u00e9conomiques \u00e0 l&rsquo;origine de la d\u00e9tresse psychique humaine.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de dissiper toute ambigu\u00eft\u00e9 terminologique ou historique, il convient de distinguer clairement l&rsquo;ADAMHA de plusieurs structures institutionnelles ou concepts adjacents :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>ADAMHA vs. SAMHSA :<\/strong> L&rsquo;ADAMHA (1973-1992) regroupait simultan\u00e9ment les programmes de recherche scientifique (NIMH, NIAAA, NIDA) et les services d&rsquo;intervention clinique. La <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Substance_Abuse_and_Mental_Health_Services_Administration\">Substance Abuse and Mental Health Services Administration<\/a> (SAMHSA), qui lui a succ\u00e9d\u00e9 en 1992, se consacre exclusivement \u00e0 la diffusion, au financement et \u00e0 l&rsquo;administration des services de soins, de pr\u00e9vention et de traitement communautaire, sans diriger d&rsquo;instituts de recherche biom\u00e9dicale.<\/li>\n<li><strong>ADAMHA vs. NIH (Instituts nationaux de la sant\u00e9) :<\/strong> Les NIH constituent le complexe f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain de recherche biom\u00e9dicale. De 1973 \u00e0 1992, les trois instituts de sant\u00e9 comportementale (NIMH, NIDA, NIAAA) \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s des NIH et formaient l&rsquo;ADAMHA. Depuis la r\u00e9organisation de 1992, ces trois instituts sont devenus des composantes de recherche \u00e0 part enti\u00e8re au sein des NIH.<\/li>\n<li><strong>ADAMHA vs. HSMHA :<\/strong> La <em>Health Services and Mental Health Administration<\/em> (HSMHA) \u00e9tait l&rsquo;agence cadre pr\u00e9c\u00e9dente (active de 1968 \u00e0 1973) qui chapeautait les services de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et le NIMH avant que les probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques de sant\u00e9 mentale et d&rsquo;addictologie ne soient isol\u00e9es au sein de l&rsquo;ADAMHA.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8le biopsychosocial vs. R\u00e9ductionnisme biom\u00e9dical :<\/strong> L&rsquo;ADAMHA a oscill\u00e9 entre ces deux paradigmes. Alors que le r\u00e9ductionnisme biom\u00e9dical tend \u00e0 isoler l&rsquo;\u00e9tiologie dans le dysfonctionnement d&rsquo;un r\u00e9cepteur ou d&rsquo;un g\u00e8ne, le mod\u00e8le biopsychosocial promeut une compr\u00e9hension holistique int\u00e9grant les d\u00e9terminants psychologiques et l&rsquo;environnement soci\u00e9tal, un id\u00e9al que l&rsquo;ADAMHA visait \u00e0 travers ses diff\u00e9rentes divisions.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;ADAMHA constitue une \u00e9tape monumentale dans l&rsquo;histoire de la psychiatrie moderne et des politiques sanitaires internationales. Les enseignements cardinaux relatifs \u00e0 cette agence peuvent \u00eatre condens\u00e9s ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fondation unifi\u00e9e :<\/strong> \u00c9tablie formellement en 1973-1974, l&rsquo;ADAMHA a rassembl\u00e9 le NIMH, le NIAAA et le NIDA, conf\u00e9rant une l\u00e9gitimit\u00e9 institutionnelle in\u00e9dite au traitement concert\u00e9 des troubles mentaux et des d\u00e9pendances.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9volution m\u00e9thodologique :<\/strong> L&rsquo;agence a financ\u00e9 les plus vastes \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques du XXe si\u00e8cle (notamment l&rsquo;\u00e9tude ECA) et a collabor\u00e9 avec l&rsquo;OMS pour cr\u00e9er des instruments standardis\u00e9s universels (DIS, CIDI, SCAN), posant les fondations de la psychiatrie fond\u00e9e sur les preuves.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8le d&rsquo;intervention :<\/strong> Durant son mandat, elle a articul\u00e9 la recherche en neurobiologie, la formation universitaire sp\u00e9cialis\u00e9e et l&rsquo;octroi de subventions d&rsquo;aide aux structures th\u00e9rapeutiques des \u00c9tats am\u00e9ricains.<\/li>\n<li><strong>Tensions structurelles :<\/strong> L&rsquo;incompatibilit\u00e9 croissante entre les exigences d&rsquo;une recherche neuroscientifique acad\u00e9mique et les besoins pressants de financement des services cliniques de premi\u00e8re ligne a min\u00e9 sa coh\u00e9rence interne.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9mant\u00e8lement et post\u00e9rit\u00e9 :<\/strong> La loi de r\u00e9organisation de 1992 a scell\u00e9 son destin en scindant la recherche fondamentale (transf\u00e9r\u00e9e aux NIH avec le NIMH, le NIAAA et le NIDA) et la dispensation pragmatique des soins (confi\u00e9e \u00e0 la SAMHSA), une division structurelle qui r\u00e9git encore aujourd&rsquo;hui la sant\u00e9 comportementale aux \u00c9tats-Unis.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Grob, G. N. (1991). <em>From asylum to community: Mental health policy in modern America<\/em>. Princeton University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/9781400862085\">https:\/\/doi.org\/10.1515\/9781400862085<\/a><\/li>\n<li>Institute of Medicine. (1992). <em>Research and service programs in the PHS: Challenges in organization<\/em>. National Academies Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.17226\/2005\">https:\/\/doi.org\/10.17226\/2005<\/a><\/li>\n<li>National Archives and Records Administration. (1993). <em>Records of the Alcohol, Drug Abuse, and Mental Health Administration [ADAMHA] (Record Group 511)<\/em>. Guide to Federal Records in the National Archives of the United States. <a href=\"https:\/\/www.archives.gov\/research\/guide-fed-records\/groups\/511.html\">https:\/\/www.archives.gov\/research\/guide-fed-records\/groups\/511.html<\/a><\/li>\n<li>Regier, D. A., Myers, J. K., Kramer, M., Robins, L. N., Blazer, D. G., Hough, R. L., Eaton, W. W., &amp; Locke, B. Z. (1984). The NIMH Epidemiologic Catchment Area program: Historical context, major objectives, and study design. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 41(10), 934\u2013941. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1984.01790210016003\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1984.01790210016003<\/a><\/li>\n<li>Robins, L. N., Wing, J., Wittchen, H. U., Helzer, J. E., Babor, T. F., Burke, J., Farmer, A., Jablenski, A., Pickens, R., &amp; Regier, D. A. (1988). The Composite International Diagnostic Interview: An epidemiologic instrument suitable for use with conjunction with different diagnostic systems and in different cultures. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 45(12), 1069\u20131077. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800360017003\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800360017003<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ADAMHA (1973-1992) fut l&rsquo;agence f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine unifiant la recherche et les soins en sant\u00e9 mentale et addictions, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;ECA et de la SAMHSA.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[7555,31852,501],"tags":[31853,1193,6456,11474,15548,419,2116],"class_list":["post-19603","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychiatrie","category-politiques-de-sante-mentale","category-sante-publique","tag-adamha","tag-addictions","tag-epidemiologie-psychiatrique","tag-nimh","tag-samhsa","tag-sante-mentale","tag-toxicomanie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19603","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19603\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19603"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19603"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}