{"id":19592,"date":"2026-10-22T10:47:07","date_gmt":"2026-10-22T10:47:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=episode-schizophrenique-aigu"},"modified":"2026-10-22T10:47:07","modified_gmt":"2026-10-22T10:47:07","slug":"episode-schizophrenique-aigu","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=episode-schizophrenique-aigu","title":{"rendered":"\u00c9pisode schizophr\u00e9nique aigu : Clinique de la crise"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019irruption soudaine d\u2019un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu constitue l\u2019une des urgences psychiatriques les plus spectaculaires et d\u00e9sorganisatrices de la pratique m\u00e9dicale contemporaine. Marqu\u00e9e par une rupture brutale avec la r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e, cette d\u00e9compensation psychotique plonge l\u2019individu dans un univers perceptif et cognitif profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9, exigeant une r\u00e9ponse diagnostique et th\u00e9rapeutique imm\u00e9diate et rigoureuse.<\/p>\n<h2>\u00c9pisode schizophr\u00e9nique aigu<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu<\/strong> se d\u00e9finit sur le plan clinique comme une phase critique, soudaine ou rapidement progressive, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9sorganisation massive du fonctionnement psychique et une alt\u00e9ration s\u00e9v\u00e8re du contact avec la r\u00e9alit\u00e9. Cette entit\u00e9 pathologique se manifeste principalement par l\u2019\u00e9mergence bruyante de sympt\u00f4mes dits \u00ab positifs \u00bb, notamment des id\u00e9es d\u00e9lirantes polymorphes, des <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hallucination\">hallucinations<\/a> acoustico-verbales ou polysensorielles, une d\u00e9sorganisation marqu\u00e9e de la pens\u00e9e et du discours, ainsi que des fluctuations affectives intenses associ\u00e9es \u00e0 une angoisse de morcellement.<\/p>\n<p>Dans la nosographie moderne, cette manifestation s\u2019inscrit g\u00e9n\u00e9ralement dans le cadre \u00e9volutif d\u2019un trouble du spectre de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a>, repr\u00e9sentant soit l\u2019inauguration de la maladie (souvent qualifi\u00e9e de premier \u00e9pisode psychotique), soit une rechute aigu\u00eb survenant lors de l\u2019\u00e9volution d\u2019une affection chronique d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie. Contrairement aux phases r\u00e9siduelles ou d\u00e9ficitaires o\u00f9 pr\u00e9dominent le repli autistique et l\u2019\u00e9moussement affectif, la phase aigu\u00eb mobilise l\u2019ensemble de l\u2019appareil psychique dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de reconstruire un sens face \u00e0 un effondrement des rep\u00e8res cognitifs habituels.<\/p>\n<p>Cet \u00e9tat d\u2019urgence psychiatrique se distingue par son potentiel de dangerosit\u00e9 pour le patient lui-m\u00eame ou pour autrui, d\u00e9coulant de l\u2019adh\u00e9sion totale aux convictions d\u00e9lirantes et de la terreur panique induite par les hallucinations. Une intervention biopsychosociale pr\u00e9coce et intensive s\u2019av\u00e8re imp\u00e9rative afin de limiter la neurotoxicit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de la crise psychotique prolong\u00e9e et de pr\u00e9venir l\u2019enracinement de trajectoires fonctionnelles d\u00e9favorables.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L\u2019expression associe des termes issus du grec ancien et du latin m\u00e9dical. Le vocable \u00ab \u00e9pisode \u00bb d\u00e9rive du grec <em>epeisodion<\/em> (\u1f10\u03c0\u03b5\u03b9\u03c3\u03cc\u03b4\u03b9\u03bf\u03bd), d\u00e9signant originellement une partie incidente d\u2019une trag\u00e9die grecque intercal\u00e9e entre deux chants du ch\u0153ur, soulignant ainsi le caract\u00e8re temporellement d\u00e9limit\u00e9 et dramatique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. L\u2019adjectif \u00ab aigu \u00bb provient du latin <em>acutus<\/em> (\u00ab pointu \u00bb, \u00ab tranchant \u00bb, puis \u00ab vif \u00bb ou \u00ab p\u00e9n\u00e9trant \u00bb), employ\u00e9 en m\u00e9decine hippocratique pour d\u00e9signer les pathologies d\u2019apparition brutale, d\u2019\u00e9volution rapide et d\u2019intensit\u00e9 culminante, par opposition aux affections chroniques ou insidieuses.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab schizophr\u00e9nique \u00bb renvoie directement au n\u00e9ologisme \u00ab schizophr\u00e9nie \u00bb, forg\u00e9 en 1908 par le psychiatre suisse Eugen Bleuler \u00e0 partir des racines grecques <em>schizein<\/em> (\u03c3\u03c7\u03af\u03b6\u03b5\u03b9\u03bd, \u00ab fendre \u00bb, \u00ab diviser \u00bb ou \u00ab s\u00e9parer \u00bb) et <em>phr\u0113n<\/em> (\u03c6\u03c1\u03ae\u03bd, \u00ab esprit \u00bb, \u00ab diaphragme \u00bb en tant que si\u00e8ge suppos\u00e9 des \u00e9motions et de l\u2019\u00e2me). Bleuler entendait signifier par l\u00e0 non pas un d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9 au sens populaire, mais une scission intrapsychique fondamentale, ou \u00ab spaltung \u00bb, rompant la coordination harmonieuse entre l\u2019affectivit\u00e9, la pens\u00e9e et le comportement volitionnel.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone classique, cette entit\u00e9 a longtemps coexist\u00e9 avec la notion de \u00ab <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bouff%C3%A9e_d%C3%A9lirante_aigu%C3%AB\">bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb<\/a> \u00bb, concept conceptualis\u00e9 par Valentin Magnan au XIXe si\u00e8cle, avant que les classifications internationales (DSM et CIM) n\u2019unifient et n\u2019op\u00e9rationnalisent la terminologie sous les vocables d\u2019\u00e9pisode psychotique aigu, de trouble schizophr\u00e9niforme ou de pouss\u00e9e aigu\u00eb de schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se transcrit dans l\u2019Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/e.pi.z\u0254d ski.z\u0254.f\u0281e.nik e.gy\/. Le substantif \u00ab \u00e9pisode \u00bb est un nom commun masculin singulier, qualifi\u00e9 par deux adjectifs \u00e9pith\u00e8tes postpos\u00e9s : \u00ab schizophr\u00e9nique \u00bb et \u00ab aigu \u00bb (au f\u00e9minin \u00ab aigu\u00eb \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et nosologique francophone, le terme est employ\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9nombrable : on parlera d\u2019\u00ab un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu \u00bb ou de \u00ab plusieurs \u00e9pisodes schizophr\u00e9niques aigus \u00bb. Des variantes collocationnelles incluent \u00ab acc\u00e8s psychotique aigu \u00bb, \u00ab pouss\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb \u00bb, \u00ab d\u00e9compensation schizophr\u00e9nique inaugurale \u00bb ou \u00ab \u00e9pisode aigu du spectre schizophr\u00e9nique \u00bb. L&rsquo;usage impose la vigilance quant \u00e0 l&rsquo;accord grammatical de l&rsquo;adjectif \u00ab aigu \u00bb, qui prend un accent circonflexe sur le u au f\u00e9minin (\u00ab d\u00e9compensation aigu\u00eb \u00bb) mais conserve sa forme masculine sans alt\u00e9ration.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l\u2019\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu repr\u00e9sente une faillite massive des m\u00e9canismes de traitement de l\u2019information et de synth\u00e8se du Moi. Le sujet subit une d\u00e9sint\u00e9gration soudaine des filtres attentionnels qui, en temps normal, permettent d&rsquo;extraire la pertinence des stimuli environnementaux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, conceptualis\u00e9 en neurosciences cognitives comme une anomalie de la \u00ab saillance aberrante \u00bb, transforme le monde quotidien en un champ d\u2019exp\u00e9riences surcharg\u00e9es d\u2019intentions cach\u00e9es, de menaces voil\u00e9es et de significations \u00e9nigmatiques.<\/p>\n<p>Le d\u00e9lire aigu \u00e9merge alors comme un effort d\u2019auto-gu\u00e9rison cognitive : face au chaos perceptif inexplicable induit par l\u2019hyperactivit\u00e9 dopaminergique m\u00e9solimbique, le cerveau fabrique des th\u00e9ories explicatives destin\u00e9es \u00e0 donner du sens \u00e0 cette \u00e9tranget\u00e9 radicale. Ces constructions d\u00e9lirantes sont typiquement polymorphes, c\u2019est-\u00e0-dire non syst\u00e9matis\u00e9es, changeantes d\u2019une heure \u00e0 l\u2019autre, et combinant des th\u00e8mes vari\u00e9s : pers\u00e9cution, grandeur, mysticisme, filiation royale, culpabilit\u00e9 m\u00e9taphysique ou influence ext\u00e9rieure. L\u2019adh\u00e9sion du sujet \u00e0 ces constructions est in\u00e9branlable, imperm\u00e9able \u00e0 la d\u00e9monstration logique ou au d\u00e9menti de la r\u00e9alit\u00e9 empirique.<\/p>\n<p>Sur le plan perceptif, les hallucinations s\u2019imposent avec une force d\u2019objectivit\u00e9 irr\u00e9futable. Si les hallucinations auditives sous forme de voix insultantes, commentatrices ou imp\u00e9ratives constituent le tableau classique d\u00e9crit par Kurt Schneider, l\u2019\u00e9pisode aigu s\u2019accompagne fr\u00e9quemment d\u2019hallucinations c\u00e9nesth\u00e9siques (sensations de transformations corporelles, de possession d\u2019organes), visuelles ou olfactives. Ces manifestations sensorielles alt\u00e8rent profond\u00e9ment l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ips\u00e9it\u00e9, produisant le sentiment angoissant que les pens\u00e9es intimes ne proviennent plus de soi mais sont t\u00e9l\u00e9pathiquement intercept\u00e9es, ins\u00e9r\u00e9es ou vol\u00e9es par des forces \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>La d\u00e9sorganisation cognitive, ou discordance bleul\u00e9rienne, sous-tend l&rsquo;ensemble des perturbations manifestes. Le discours perd sa coh\u00e9rence logique par le jeu du rel\u00e2chement des associations, des coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne, des n\u00e9ologismes incompr\u00e9hensibles et des barrages de la pens\u00e9e. Cette dissociation s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 la sph\u00e8re affective \u00e0 travers une ambivalence paralysante, une discordance id\u00e9o-affective (le patient relate des \u00e9v\u00e9nements terrifiants avec un sourire fig\u00e9) et une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle spectaculaire, alternant des phases de terreur prostr\u00e9e et des acc\u00e8s d\u2019agitation psychomotrice incontr\u00f4lable.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La conceptualisation de l\u2019acc\u00e8s psychotique aigu a connu des trajectoires distinctes selon les traditions cliniques europ\u00e9ennes et nord-am\u00e9ricaines. En 1886, l\u2019ali\u00e9niste fran\u00e7ais Valentin Magnan d\u00e9crit la \u00ab bouff\u00e9e d\u00e9lirante des d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s \u00bb, un \u00e9tat d\u00e9lirant d&rsquo;apparition soudaine comme \u00ab un coup de tonnerre dans un ciel serein \u00bb, d\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9ralement br\u00e8ve et de bon pronostic, distinct des d\u00e9lires chroniques d&rsquo;\u00e9volution progressive. Cette tradition francophone a longtemps maintenu une fronti\u00e8re \u00e9tanche entre ces \u00e9tats r\u00e9actionnels ou transitoires et les psychoses d\u00e9ficitaires durables.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, en Allemagne, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\">Emil Kraepelin<\/a> unifie en 1899 sous le nom de <em>dementia praecox<\/em> (d\u00e9mence pr\u00e9coce) une s\u00e9rie de troubles psychiatriques auparavant dispers\u00e9s (h\u00e9b\u00e9phr\u00e9nie de Hecker, catatonie de Kahlbaum, parano\u00efa d\u00e9lirante), mettant l&rsquo;accent sur une \u00e9volution inexorable vers un affaiblissement intellectuel et affectif terminal. Dans le paradigme kraepelinien, les \u00e9pisodes aigus \u00e9taient envisag\u00e9s comme des manifestations symptomatiques superficielles d&rsquo;un processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif sous-jacent in\u00e9luctable.<\/p>\n<p>En 1911, Eugen Bleuler propose une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure en publiant <em>Dementia Praecox oder Gruppe der Schizophrenien<\/em>. En substituant le terme schizophr\u00e9nie au concept kraepelinien de d\u00e9mence, Bleuler r\u00e9cuse l\u2019obligation d\u2019une issue d\u00e9ficitaire in\u00e9vitable et d\u00e9place le curseur diagnostique des crit\u00e8res pronostiques vers des alt\u00e9rations structurales fondamentales du lien associatif. L\u2019\u00e9pisode aigu devient l&rsquo;expression paroxystique de la scission psychique (Spaltung), susceptible de r\u00e9missions compl\u00e8tes ou de fluctuations \u00e9pisodiques.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950, Kurt Schneider s&rsquo;attache \u00e0 identifier des \u00ab sympt\u00f4mes de premier rang \u00bb (\u00e9cho de la pens\u00e9e, vol ou divulgation de la pens\u00e9e, voix dialogu\u00e9es, sentiments d&rsquo;influence) pour s\u00e9curiser le diagnostic d&rsquo;un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu sans exiger d&rsquo;attendre l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 long terme. L&rsquo;av\u00e8nement des classifications standardis\u00e9es \u00e0 partir du DSM-III en 1980 et de la CIM-10 en 1992 a ensuite red\u00e9fini les fronti\u00e8res temporelles : l&rsquo;\u00e9pisode aigu a \u00e9t\u00e9 subdivis\u00e9 selon sa dur\u00e9e, isolant le trouble psychotique bref (moins d&rsquo;un mois), le trouble schizophr\u00e9niforme (entre un et six mois) et la schizophr\u00e9nie av\u00e9r\u00e9e au-del\u00e0 de six mois d&rsquo;\u00e9volution globale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine de l\u2019\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu repose sur une convergence de mod\u00e8les neurobiologiques, psychodynamiques et psychosociaux. Le cadre paradigmatique dominant est le mod\u00e8le vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress, propos\u00e9 initialement par Joseph Zubin et Bonnie Spring en 1977. Selon cette approche, l\u2019\u00e9pisode aigu r\u00e9sulte de la rupture de l\u2019hom\u00e9ostasie chez un individu porteur d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 neurobiologique (g\u00e9n\u00e9tique, neurod\u00e9veloppementale) sous l&rsquo;effet de stresseurs environnementaux majeurs (transitions psychosociales, conflits affectifs, traumatismes ou consommation de substances psychoactives telles que le cannabis).<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique, l\u2019hypoth\u00e8se dopaminergique demeure centrale pour expliquer la symptomatologie aigu\u00eb. Elle stipule qu&rsquo;une dysr\u00e9gulation de la transmission dopaminergique dans les voies m\u00e9solimbiques, marqu\u00e9e par une lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique excessive de dopamine et une hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs D2 sous-corticaux, induit une surcharge de saillance aberrante. Simultan\u00e9ment, un d\u00e9ficit dopaminergique dans le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9socortical rend compte de l&rsquo;incapacit\u00e9 du syst\u00e8me ex\u00e9cutif \u00e0 inhiber ces stimuli et \u00e0 exercer un contr\u00f4le critique sur les croyances d\u00e9lirantes. Des anomalies glutamatergiques, impliquant une hypofonction des r\u00e9cepteurs NMDA sur les interneurones GABAergiques corticaux, entra\u00eenent une d\u00e9sinhibition des voies de projection corticales et participent directement \u00e0 cette temp\u00eate neurochimique.<\/p>\n<p>Sur le versant psychopathologique et psychanalytique, Sigmund Freud a con\u00e7u l&rsquo;acc\u00e8s psychotique aigu comme un d\u00e9sinvestissement massif (d\u00e9cath\u00e9xis) de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, suivi d&rsquo;une tentative de gu\u00e9rison par le d\u00e9lire : le sujet reconstruit fantasmatiquement un monde pour remplacer celui qui s&rsquo;est \u00e9croul\u00e9. Melanie Klein et ses successeurs ont mis en lumi\u00e8re la r\u00e9gression catastrophique vers la position schizo-parano\u00efde, domin\u00e9e par l\u2019angoisse d\u2019an\u00e9antissement, les m\u00e9canismes de clivage du Moi et l&rsquo;identification projective massive, o\u00f9 les parties pers\u00e9cutantes de soi sont expuls\u00e9es et localis\u00e9es dans l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p>Enfin, la ph\u00e9nom\u00e9nologie psychiatrique contemporaine, port\u00e9e par des auteurs comme Josef Parnas et Louis Sass, envisage l\u2019\u00e9pisode aigu comme une crise radicale de l\u2019ips\u00e9it\u00e9 (le sentiment imm\u00e9diat et pr\u00e9r\u00e9flexif d&rsquo;exister en tant que sujet unifi\u00e9). L\u2019hyperr\u00e9flexivit\u00e9 (le fait de focaliser une attention pathologique sur des processus implicites automatis\u00e9s) combin\u00e9e \u00e0 la perte d\u2019ancrage vital dans le monde d\u00e9truit l\u2019\u00e9vidence naturelle du r\u00e9el, pr\u00e9cipitant la d\u00e9compensation aigu\u00eb.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L\u2019analyse clinique d\u00e9taill\u00e9e d\u2019un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu met en jeu plusieurs constellations s\u00e9miologiques et dimensionnelles interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La dimension psychotique positive (d\u00e9lire et hallucinations) :<\/strong> Elle comprend l&rsquo;\u00e9mergence soudaine d&rsquo;intuitions, d&rsquo;illusions et d&rsquo;interpr\u00e9tations d\u00e9lirantes envahissantes, associ\u00e9es \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes hallucinatoires acoustico-verbaux, visuels, olfactifs ou c\u00e9nesth\u00e9siques, soutenus par une adh\u00e9sion absolue du patient.<\/li>\n<li><strong>La dimension de d\u00e9sorganisation (discordance formelle) :<\/strong> Elle affecte la pens\u00e9e (incoh\u00e9rence, fuite des id\u00e9es, barrages, n\u00e9ologismes), le langage (schizophasie, paralogismes) et la motricit\u00e9 (bizarreries gestuelles, mani\u00e9risme, postures inadapt\u00e9es ou comportements impulsifs d\u00e9nu\u00e9s de but intelligible).<\/li>\n<li><strong>La dimension affective et thymique :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une angoisse panique de d\u00e9personnalisation et de d\u00e9r\u00e9alisation, une instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle oscillant entre euphorie extatique et d\u00e9tresse d\u00e9pressive profonde, ainsi qu&rsquo;une discordance id\u00e9o-affective majeure.<\/li>\n<li><strong>La composante motrice et catatonique :<\/strong> Pr\u00e9sente dans certains sous-types aigus, elle se traduit par une alternance entre stupeur catatonique (mutisme, catalepsie, n\u00e9gativisme, flexibilit\u00e9 cireuse) et fureur psychomotrice paroxystique non coordonn\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le sous-type h\u00e9b\u00e9phr\u00e9nique aigu :<\/strong> Domin\u00e9 par une d\u00e9sorganisation intellectuelle pr\u00e9coce et spectaculaire, une niaiserie comportementale, un rire immotiv\u00e9 et un d\u00e9tachement \u00e9motionnel paradoxal face \u00e0 la gravit\u00e9 de la crise.<\/li>\n<li><strong>Le sous-type parano\u00efde aigu :<\/strong> Centr\u00e9 sur un \u00e9difice d\u00e9lirant de pers\u00e9cution, de conspiration ou de surveillance mystico-technologique hautement floride, souvent soutenu par des hallucinations verbales accusatrices particuli\u00e8rement anxiog\u00e8nes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la clinique complexe de l&rsquo;\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un jeune homme de 20 ans, \u00e9tudiant en deuxi\u00e8me ann\u00e9e universitaire, sans ant\u00e9c\u00e9dent psychiatrique personnel notable. Trois semaines apr\u00e8s une rupture sentimentale et en p\u00e9riode de r\u00e9visions universitaires intensives, son entourage observe un repli progressif, des nuits d\u2019insomnie totale et des propos insolites sur le danger que repr\u00e9senteraient les r\u00e9seaux sociaux. Soudainement, au cours d\u2019une nuit, il est retrouv\u00e9 dans la rue par les services d&rsquo;urgence, pieds nus, tremp\u00e9 sous la pluie, tenant des discours incoh\u00e9rents selon lesquels les lampadaires \u00e9mettent des micro-ondes destin\u00e9es \u00e0 reprogrammer sa conscience pour une mission cosmique.<\/p>\n<p>Lors de son admission hospitali\u00e8re, le tableau est celui d&rsquo;une crise psychotique aigu\u00eb \u00e9clatante : le patient est prostr\u00e9, terroris\u00e9, le regard fixe et m\u00e9fiant. Il affirme entendre plusieurs voix inconnues converser entre elles dans sa t\u00eate, commentant ses moindres pens\u00e9es et lui ordonnant de ne pas ing\u00e9rer d&rsquo;aliments sous peine d\u2019empoisonnement. Son discours est saccad\u00e9, entrecoup\u00e9 de barrages nets o\u00f9 il s&rsquo;interrompt en plein milieu d&rsquo;une phrase pour scruter les coins de la pi\u00e8ce. Il pr\u00e9sente une anosognosie totale, incapable de reconna\u00eetre le caract\u00e8re pathologique de son v\u00e9cu et r\u00e9clamant d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 contre les services secrets.<\/p>\n<p>Un autre exemple typique est celui d\u2019une patiente de 35 ans suivie pour une schizophr\u00e9nie parano\u00efde stabilis\u00e9e sous traitement d&rsquo;entretien, qui d\u00e9cide d&rsquo;interrompre brusquement ses antipsychotiques apr\u00e8s la lecture de forums en ligne niant l&rsquo;existence de la maladie mentale. Deux mois apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat th\u00e9rapeutique, une d\u00e9compensation brutale se produit : r\u00e9apparition d&rsquo;un d\u00e9lire de filiation divine, agitation psychomotrice s\u00e9v\u00e8re, d\u00e9penses inconsid\u00e9r\u00e9es dans l&rsquo;achat d&rsquo;objets religieux et \u00e9pisodes de verbig\u00e9ration incompr\u00e9hensible. Dans les deux cas, la gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat impose une hospitalisation imm\u00e9diate, souvent sous contrainte en raison de l&rsquo;alt\u00e9ration du consentement et du risque de fugue ou d&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-agressivit\u00e9 d\u00e9fensive.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation diagnostique d&rsquo;un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu ne repose pas sur un biomarqueur unique mais sur une d\u00e9marche s\u00e9miologique m\u00e9thodique, doubl\u00e9e d&rsquo;un bilan d&rsquo;exclusion \u00e9tiologique rigoureux. L&rsquo;entretien clinique, souvent rendu d\u00e9licat par l&rsquo;agitation ou la m\u00e9fiance du patient, s&rsquo;appuie sur des crit\u00e8res diagnostiques standardis\u00e9s issus du DSM-5-TR ou de la CIM-11 de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.who.int\">Organisation mondiale de la Sant\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, plusieurs \u00e9chelles valid\u00e9es permettent de quantifier l&rsquo;intensit\u00e9 de la crise et de suivre objectivement la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L\u2019\u00e9chelle PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale) :<\/strong> Instrument de r\u00e9f\u00e9rence international compos\u00e9 de 30 items \u00e9valuant les sympt\u00f4mes positifs (P), n\u00e9gatifs (N) et la psychopathologie g\u00e9n\u00e9rale (G), particuli\u00e8rement sensible \u00e0 la r\u00e9duction des d\u00e9lires et des hallucinations sous traitement.<\/li>\n<li><strong>La BPRS (Brief Psychiatric Rating Scale) :<\/strong> \u00c9chelle br\u00e8ve d&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique permettant une mesure rapide de la d\u00e9sorganisation, de l&rsquo;angoisse et de l&rsquo;agressivit\u00e9 dans les contextes d&rsquo;urgence.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de catatonie de Bush-Francis (BFCRS) :<\/strong> Indispensable pour d\u00e9tecter et coter les manifestations motrices sp\u00e9cifiques (catalepsie, \u00e9cholalie, st\u00e9r\u00e9otypies) pouvant engager le pronostic vital dans les formes malignes.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle SUMD (Scale to Assess Unawareness of Mental Disorder) :<\/strong> \u00c9value le degr\u00e9 d&rsquo;anosognosie et la conscience qu&rsquo;a le patient de ses sympt\u00f4mes sp\u00e9cifiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En parall\u00e8le, le protocole d&rsquo;urgence impose un bilan somatique exhaustif pour \u00e9liminer formellement une cause organique \u00e0 cette d\u00e9compensation aigu\u00eb : imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale pour exclure une tumeur ou une malformation vasculaire, \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) pour \u00e9carter un \u00e9tat de mal \u00e9pileptique non convulsif, d\u00e9pistage toxicologique urinaire (cannabino\u00efdes, amph\u00e9tamines, coca\u00efne, psych\u00e9d\u00e9liques), et recherche d&rsquo;enc\u00e9phalites auto-immunes (anticorps anti-r\u00e9cepteurs NMDA), particuli\u00e8rement chez les sujets jeunes pr\u00e9sentant une d\u00e9sorganisation comportementale fulgurante.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La reconnaissance imm\u00e9diate d&rsquo;un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu dicte une prise en charge m\u00e9dicale hautement codifi\u00e9e o\u00f9 chaque heure compte pour la trajectoire d&rsquo;\u00e9volution du patient. La premi\u00e8re priorit\u00e9 clinique est la s\u00e9curisation de l&rsquo;environnement : apaiser l&rsquo;angoisse d\u00e9structurante par une pr\u00e9sence soignante contenante, pr\u00e9venir les actes auto- ou h\u00e9t\u00e9ro-agressifs motiv\u00e9s par le d\u00e9lire, et instaurer une alliance th\u00e9rapeutique minimale malgr\u00e9 la m\u00e9fiance parano\u00efaque.<\/p>\n<p>La pierre angulaire pharmacologique repose sur l&rsquo;introduction pr\u00e9coce d&rsquo;un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration (comme l&rsquo;aripiprazole, la risp\u00e9ridone ou l&rsquo;olanzapine), choisis pour leur efficacit\u00e9 sur les sympt\u00f4mes positifs et leur profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neurologiques extrapyramidaux plus favorable que celui des mol\u00e9cules de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Les benzodiaz\u00e9pines sont couramment associ\u00e9es en phase initiale aigu\u00eb afin de soulager l&rsquo;angoisse panique et de restaurer le sommeil sans majorer excessivement les doses d&rsquo;antipsychotiques. Dans les situations de catatonie r\u00e9fractaire ou d&rsquo;urgence vitale extr\u00eame, l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT) conserve une indication de premier plan avec une efficacit\u00e9 remarquable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la pharmacoth\u00e9rapie, l&rsquo;intervention pr\u00e9coce met en \u0153uvre des dispositifs de r\u00e9habilitation psychosociale pr\u00e9coce, de rem\u00e9diation cognitive et de psycho\u00e9ducation familiale d\u00e8s la r\u00e9gression de la phase critique floride. Informer la famille sur la nature du trouble, d\u00e9samorcer le sentiment de culpabilit\u00e9 et planifier un accompagnement \u00e0 long terme constituent des piliers incontournables pour pr\u00e9venir l&rsquo;effondrement relationnel et professionnel cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;hospitalisation.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique et neuroscientifique contemporaine accorde une importance cruciale \u00e0 la r\u00e9duction de la dur\u00e9e de psychose non trait\u00e9e (DPNT). Les m\u00e9ta-analyses prospectives men\u00e9es par des \u00e9quipes internationales ont solidement \u00e9tabli qu&rsquo;une DPNT prolong\u00e9e corr\u00e8le significativement avec une moindre r\u00e9ponse aux th\u00e9rapeutiques antipsychotiques, un taux de r\u00e9cidive plus \u00e9lev\u00e9, une perte de substance grise corticale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et une alt\u00e9ration fonctionnelle globale durable \u00e0 cinq et dix ans.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle men\u00e9es lors des premiers \u00e9pisodes psychotiques aigus r\u00e9v\u00e8lent des alt\u00e9rations pr\u00e9coces de la connectivit\u00e9 cortico-sous-corticale. Des travaux utilisant la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) ont confirm\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une hyperactivit\u00e9 de synth\u00e8se de la dopamine striatale sp\u00e9cifiquement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes positifs aigus. De plus, la neuro-inflammation fait l&rsquo;objet d&rsquo;investigations pouss\u00e9es : des dosages de cytokines pro-inflammatoires dans le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal et des marqueurs d&rsquo;activation microgliale sugg\u00e8rent l&rsquo;implication d&rsquo;un stress oxydatif et immunologique c\u00e9r\u00e9bral aigu lors des d\u00e9compensations inaugurales.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9nomique, les \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) port\u00e9es par le Consortium de G\u00e9nomique Psychiatrique ont identifi\u00e9 plus de deux cents loci g\u00e9n\u00e9tiques associ\u00e9s au risque de schizophr\u00e9nie, impliquant des g\u00e8nes r\u00e9gulant la transmission synaptique, l&rsquo;architecture du complexe majeur d&rsquo;histocompatibilit\u00e9 (notamment le g\u00e8ne C4 impliqu\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9lagage synaptique excessif \u00e0 l&rsquo;adolescence) et la plasticit\u00e9 neuronale. Ces donn\u00e9es renforcent la conception de l&rsquo;acc\u00e8s aigu comme l&rsquo;aboutissement dynamique d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 polyg\u00e9nique complexe en interaction avec l&rsquo;environnement \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie et la signification attribu\u00e9e \u00e0 un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9es par le prisme socioculturel au sein duquel il se manifeste. Dans de nombreuses cultures traditionnelles d&rsquo;Afrique subsaharienne, d&rsquo;Asie ou des soci\u00e9t\u00e9s autochtones d&rsquo;Am\u00e9rique, les exp\u00e9riences hallucinatoires et les r\u00e9v\u00e9lations d\u00e9lirantes ne sont pas spontan\u00e9ment \u00e9tiquet\u00e9es comme des d\u00e9sordres c\u00e9r\u00e9braux intrins\u00e8ques, mais plut\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9es comme des possessions spirituelles, des crises d&rsquo;initiation chamanique, des ruptures d&rsquo;interdits ancestraux ou des agressions sorci\u00e8res.<\/p>\n<p>Ces mod\u00e8les explicatifs traditionnels influencent directement la trajectoire de soins : le premier recours th\u00e9rapeutique s&rsquo;effectue souvent aupr\u00e8s de gu\u00e9risseurs religieux ou traditionnels avant tout contact avec le syst\u00e8me psychiatrique formel. Les travaux historiques de l&rsquo;OMS (\u00e9tudes IPSS et DOSMeD) ont d&rsquo;ailleurs soulev\u00e9 d&rsquo;intenses d\u00e9bats en rapportant que les patients des pays du Sud pr\u00e9sentaient paradoxalement des taux de r\u00e9mission clinique et sociale plus rapides et plus complets apr\u00e8s un \u00e9pisode psychotique aigu que ceux des pays industrialis\u00e9s occidentaux, ph\u00e9nom\u00e8ne attribu\u00e9 \u00e0 une tol\u00e9rance familiale sup\u00e9rieure, une moindre stigmatisation sociale ali\u00e9nante et un maintien accru des r\u00f4les communautaires valorisants.<\/p>\n<p>Dans les contextes d&rsquo;immigration et au sein des minorit\u00e9s ethniques en milieu urbain occidental, les \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie sociale montrent une incidence disproportionnellement \u00e9lev\u00e9e de premiers \u00e9pisodes psychotiques aigus. Cette surrepr\u00e9sentation s&rsquo;explique par l&rsquo;impact chronique du stress d&rsquo;acculturation, de la discrimination per\u00e7ue, de la pr\u00e9carit\u00e9 socio-\u00e9conomique et du \u00ab statut de minorit\u00e9 visible \u00bb, facteurs qui agissent comme des stresseurs environnementaux chroniques fragilisant la r\u00e9gulation neurobiologique de la dopamine.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la notion d&rsquo;\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu soul\u00e8ve d&rsquo;importantes controverses nosologiques et \u00e9thiques dans la communaut\u00e9 psychiatrique. La critique principale concerne le danger de la proph\u00e9tie autor\u00e9alisatrice et de la stigmatisation : attribuer l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab schizophr\u00e9nique \u00bb d\u00e8s une premi\u00e8re d\u00e9compensation aigu\u00eb risque d&rsquo;enfermer ind\u00fbment le patient dans une identit\u00e9 d&rsquo;incurabilit\u00e9, occultant le fait qu&rsquo;environ un tiers des premiers \u00e9pisodes psychotiques aigus ne r\u00e9cidiveront jamais et n&rsquo;\u00e9volueront pas vers une schizophr\u00e9nie chronique.<\/p>\n<p>Les partisans de l&rsquo;approche dimensionnelle et du courant du r\u00e9tablissement (<em>recovery<\/em>) critiquent vivement la dichotomie cat\u00e9gorielle stricte des manuels diagnostiques actuels. Ils sugg\u00e8rent que les fronti\u00e8res entre la manie d\u00e9lirante du trouble bipolaire, la bouff\u00e9e d\u00e9lirante br\u00e8ve et la schizophr\u00e9nie aigu\u00eb sont artificielles et biologiquement poreuses. L&rsquo;accent excessif mis sur la suppression pharmacologique des sympt\u00f4mes positifs est \u00e9galement critiqu\u00e9 lorsqu&rsquo;il rel\u00e8gue au second plan l&rsquo;exploration du v\u00e9cu subjectif, du sens m\u00e9taphorique du d\u00e9lire et des traumatismes infantiles sous-jacents qui pr\u00e9cipitent fr\u00e9quemment la d\u00e9compensation.<\/p>\n<p>Enfin, le cadre l\u00e9gal et \u00e9thique des soins sans consentement lors de la phase aigu\u00eb continue d&rsquo;alimenter les d\u00e9bats de bio\u00e9thique. L&#8217;emploi de l&rsquo;isolement th\u00e9rapeutique et de la contention m\u00e9canique, bien qu&rsquo;encadr\u00e9 strictement par la loi pour pr\u00e9venir des pr\u00e9judices physiques imminents, est d\u00e9nonc\u00e9 par les associations d&rsquo;usagers comme une exp\u00e9rience hautement traumatisante susceptible d&rsquo;accentuer la m\u00e9fiance future envers l&rsquo;institution soignante et de retarder l&rsquo;engagement durable dans le suivi.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel d&rsquo;un \u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu exige une d\u00e9limitation clinique minutieuse vis-\u00e0-vis d&rsquo;autres \u00e9tats psychopathologiques pr\u00e9sentant des tableaux superficiellement similaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb (BDA) :<\/strong> Entit\u00e9 nosologique traditionnellement fran\u00e7aise caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9but explosif, un polymorphisme extr\u00eame des th\u00e8mes et des m\u00e9canismes d\u00e9lirants, une labilit\u00e9 thymique spectaculaire et une r\u00e9solution compl\u00e8te sans s\u00e9quelles en moins d&rsquo;un mois, ne constituant pas obligatoirement le pr\u00e9lude \u00e0 une schizophr\u00e9nie.<\/li>\n<li><strong>Trouble schizophr\u00e9niforme :<\/strong> Diagnostic du DSM caract\u00e9ris\u00e9 par la pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes identiques \u00e0 ceux de la schizophr\u00e9nie mais dont la dur\u00e9e totale de l&rsquo;affection (phases prodromique, active et r\u00e9siduelle comprises) est strictement comprise entre un mois et moins de six mois.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pisode maniaque avec caract\u00e9ristiques psychotiques :<\/strong> Se distingue par l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration psychomotrice pr\u00e9dominante, la fuite des id\u00e9es, la tachypsychie, la logorrh\u00e9e, les th\u00e8mes de grandeur m\u00e9galomaniaque congrus \u00e0 une humeur expansive ou euphorique, sans dissociation id\u00e9o-affective fondamentale.<\/li>\n<li><strong>Trouble psychotique induit par une substance :<\/strong> Tableau aigu d\u00e9clench\u00e9 directement par l&rsquo;intoxication ou le sevrage de drogues (cannabis \u00e0 forte concentration en THC, coca\u00efne, m\u00e9thamph\u00e9tamines, k\u00e9tamine) dont les manifestations r\u00e9gressent typiquement apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9limination biologique du toxique.<\/li>\n<li><strong>Trouble schizo-affectif (phase aigu\u00eb) :<\/strong> Se caract\u00e9rise par la survenue concomitante et durable d&rsquo;un \u00e9pisode thymique caract\u00e9ris\u00e9 (d\u00e9pressif majeur ou maniaque) et des sympt\u00f4mes de la phase active de la schizophr\u00e9nie, avec persistance des d\u00e9lires ou hallucinations en l&rsquo;absence de sympt\u00f4mes thymiques manifestes pendant au moins deux semaines.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu incarne l\u2019expression paroxystique d\u2019un effondrement psychique et relationnel imposant une lecture clinique multidimensionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une urgence psychiatrique caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;\u00e9closion soudaine d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes polymorphes, d&rsquo;hallucinations sensorielles, d&rsquo;une angoisse d&rsquo;an\u00e9antissement et d&rsquo;une d\u00e9sorganisation cognitive majeure.<\/li>\n<li>La physiopathologie implique une hyperdopaminergie m\u00e9solimbique induisant une saillance aberrante, interagissant avec un terrain de vuln\u00e9rabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique sous l&rsquo;effet de stresseurs environnementaux.<\/li>\n<li>La d\u00e9marche diagnostique requiert syst\u00e9matiquement l&rsquo;exclusion formelle d&rsquo;une \u00e9tiologie toxique ou neurologique sous-jacente au moyen d&rsquo;un bilan paraclinique complet.<\/li>\n<li>La prise en charge pr\u00e9coce repose sur l&rsquo;association judicieuse d&rsquo;antipsychotiques de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, de mesures d&rsquo;apaisement relationnel s\u00e9curisantes et d&rsquo;une prise en charge psychosociale globale pour limiter la dur\u00e9e de psychose non trait\u00e9e.<\/li>\n<li>Le pronostic \u00e0 long terme d\u00e9pend fondamentalement de la rapidit\u00e9 de l&rsquo;intervention initiale, de la qualit\u00e9 de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique construite avec le patient et son entourage, et du soutien \u00e0 la r\u00e9insertion communautaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\">https:\/\/www.psychiatry.org<\/a><\/li>\n<li>Bleuler, E. (1911). <em>Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien<\/em>. Franz Deuticke.<\/li>\n<li>Howes, O. D., &amp; Kapur, S. (2009). The dopamine hypothesis of schizophrenia: Version III\u2014The final common pathway. <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, 35(3), 549\u2013562. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/academic.oup.com\/schizophreniabulletin\">https:\/\/academic.oup.com\/schizophreniabulletin<\/a><\/li>\n<li>Kay, S. R., Fiszbein, A., &amp; Opler, L. A. (1987). The Positive and Negative Syndrome Scale (PANSS) for schizophrenia. <em>Schizophrenia Bulletin<\/em>, 13(2), 261\u2013276.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la Sant\u00e9. (2019). <em>Classification internationale des maladies, 11e r\u00e9vision (CIM-11)<\/em>. OMS. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/icd.who.int\">https:\/\/icd.who.int<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9pisode schizophr\u00e9nique aigu repr\u00e9sente une d\u00e9compensation psychiatrique majeure marqu\u00e9e par une rupture avec la r\u00e9alit\u00e9, des d\u00e9lires florides et une d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,476,1388],"tags":[1380,31800,1379,31825,13613,572,31802],"class_list":["post-19592","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychiatrie","category-psychopathologie-clinique","tag-antipsychotiques","tag-bouffee-delirante","tag-delires","tag-episode-psychotique","tag-hallucinations","tag-schizophrenie","tag-urgence-psychiatrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19592\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}