{"id":19581,"date":"2026-10-22T10:22:18","date_gmt":"2026-10-22T10:22:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=delirium-aigu-syndrome-confusionnel"},"modified":"2026-10-22T10:22:18","modified_gmt":"2026-10-22T10:22:18","slug":"delirium-aigu-syndrome-confusionnel","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=delirium-aigu-syndrome-confusionnel","title":{"rendered":"D\u00e9lirium aigu : L&rsquo;urgence neurocognitive"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9sorganisation soudaine et spectaculaire des fonctions cognitives, le d\u00e9lirium aigu constitue l&rsquo;une des urgences m\u00e9dicales et neuropsychiatriques les plus fr\u00e9quentes mais les plus sous-diagnostiqu\u00e9es en milieu hospitalier. Bien plus qu&rsquo;un simple \u00e9pisode de d\u00e9sorientation passag\u00e8re, ce syndrome refl\u00e8te une d\u00e9faillance aigu\u00eb du m\u00e9tabolisme c\u00e9r\u00e9bral face \u00e0 un stress physiologique majeur, engageant imm\u00e9diatement le pronostic vital et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive \u00e0 long terme du patient.<\/p>\n<h2>D\u00e9lirium aigu (Syndrome confusionnel aigu)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>d\u00e9lirium aigu<\/strong>, traditionnellement d\u00e9sign\u00e9 en psychiatrie francophone sous le terme de <em>syndrome confusionnel aigu<\/em> ou <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Confusion_mentale\">confusion mentale<\/a>, est un trouble neurocognitif majeur d&rsquo;apparition brutale, caract\u00e9ris\u00e9 par une alt\u00e9ration globale de l&rsquo;attention, de la conscience et de l&rsquo;int\u00e9gration perceptive, \u00e9voluant de mani\u00e8re fluctuante au cours du nycth\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Selon les crit\u00e8res nosographiques de r\u00e9f\u00e9rence (notamment le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-5-TR), ce d\u00e9r\u00e8glement n&rsquo;est pas attribuable \u00e0 une affection neurocognitive pr\u00e9existante \u00e9tablie ou en \u00e9volution, mais repr\u00e9sente la cons\u00e9quence directe d&rsquo;une pathologie somatique sous-jacente, d&rsquo;une intoxication m\u00e9dicamenteuse ou d&rsquo;un syndrome de sevrage.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, il se traduit par une rupture brutale de l&rsquo;hom\u00e9ostasie psychique : le sujet perd la capacit\u00e9 d&rsquo;orienter, de focaliser, de maintenir ou de d\u00e9placer son attention de mani\u00e8re s\u00e9lective, ce qui entra\u00eene une d\u00e9sorganisation secondaire du langage, des perturbations mn\u00e9siques, des anomalies perceptives (hallucinations visuelles, illusions) et une inversion du rythme veille-sommeil.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable <em>d\u00e9lirium<\/em> est issu directement du latin m\u00e9dical <em>delirium<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>delirare<\/em>. Ce terme est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou s\u00e9paratif <em>de-<\/em> (indiquant un \u00e9loignement ou un \u00e9cart) et du substantif <em>lira<\/em>, qui d\u00e9signe en agriculture le \u00ab sillon \u00bb trac\u00e9 par la charrue dans un champ labour\u00e9.<\/p>\n<p>Au sens litt\u00e9ral, <em>delirare<\/em> signifie donc \u00ab sortir du sillon \u00bb, \u00ab d\u00e9vier de la ligne droite \u00bb ou \u00ab quitter la trajectoire normale \u00bb. Appliqu\u00e9 m\u00e9taphoriquement \u00e0 l&rsquo;esprit humain d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine, il d\u00e9note une pens\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9gare hors des rails de la rationalit\u00e9 commune. En langue fran\u00e7aise, il convient de distinguer avec rigueur le terme psychiatrique <strong>d\u00e9lire<\/strong> (croyance erron\u00e9e in\u00e9branlable et sans rapport avec la r\u00e9alit\u00e9, observ\u00e9e dans les psychoses chroniques ou les acc\u00e8s maniaques) du terme nosologique <strong>d\u00e9lirium<\/strong> (emprunt savant r\u00e9introduit pour traduire le concept anglo-saxon d&rsquo;enc\u00e9phalopathie aigu\u00eb fluctuante avec obnubilation de la conscience).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le mot s&rsquo;\u00e9crit <strong>d\u00e9lirium<\/strong> (avec ou sans accent selon les rectifications orthographiques, bien que l&rsquo;orthographe acad\u00e9mique pr\u00e9conise <em>d\u00e9lirium<\/em> avec accent aigu) ou se conserve sous sa forme latine <em>delirium<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom masculin singulier (phon\u00e9tique : \/de.li.\u0281j\u0254m\/). L&rsquo;adjectif qualificatif associ\u00e9 est <strong>aigu<\/strong> au masculin (\/\u025b.gy\/) et <strong>aigu\u00eb<\/strong> au f\u00e9minin (\/\u025b.gy\/).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique quotidien, il s&#8217;emploie principalement dans les syntagmes nominaux \u00ab d\u00e9lirium aigu \u00bb, \u00ab \u00e9tat confusionnel aigu \u00bb ou \u00ab d\u00e9lirium tremens \u00bb (ce dernier qualifiant sp\u00e9cifiquement le syndrome de sevrage alcoolique majeur). Le pluriel est \u00ab d\u00e9liriums \u00bb ou demeure invariable selon la tradition latine classique, bien que la forme francis\u00e9e avec un \u00ab s \u00bb soit aujourd&rsquo;hui privil\u00e9gi\u00e9e par les publications biom\u00e9dicales contemporaines.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le d\u00e9lirium aigu ne constitue pas une maladie en soi, mais un syndrome clinique non sp\u00e9cifique traduisant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 aigu\u00eb et globale des r\u00e9seaux neuronaux c\u00e9r\u00e9braux. Il constitue en quelque sorte \u00ab l&rsquo;\u00e9quivalent enc\u00e9phalique d&rsquo;une insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb ou d&rsquo;une d\u00e9faillance cardiorespiratoire \u00bb. Lorsque l&rsquo;organisme est agress\u00e9 par une infection, un choc chirurgical, un d\u00e9s\u00e9quilibre hydro\u00e9lectrolytique ou une substance x\u00e9nobiotique, le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9agit par une perturbation transitoire mais profonde de la neurotransmission et de l&rsquo;oxyg\u00e9nation cellulaire.<\/p>\n<p>Le noyau s\u00e9miologique fondamental du d\u00e9lirium aigu r\u00e9side dans le d\u00e9ficit attentionnel. Contrairement aux troubles neurocognitifs majeurs chroniques (comme la maladie d&rsquo;Alzheimer au stade initial, o\u00f9 l&rsquo;attention et la vigilance peuvent demeurer relativement pr\u00e9serv\u00e9es en d\u00e9pit de l&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde), le d\u00e9lirium abolit la fonction de filtrage attentionnel. Le patient devient incapable d&rsquo;isoler un stimulus pertinent au sein de son environnement imm\u00e9diat : il est soit capt\u00e9 de mani\u00e8re chaotique par chaque sollicitation ext\u00e9rieure, soit plong\u00e9 dans un \u00e9tat de prostration incapable de tout engagement relationnel.<\/p>\n<p>Une caract\u00e9ristique essentielle du d\u00e9lirium aigu r\u00e9side dans sa <strong>fluctuation temporelle<\/strong>. Contrairement aux tableaux psychotiques stables, l&rsquo;\u00e9tat clinique du patient varie substantiellement sur une p\u00e9riode de vingt-quatre heures. Les phases de lucidit\u00e9 relative, o\u00f9 le malade peut para\u00eetre coh\u00e9rent et orient\u00e9, alternent brusquement avec des phases de d\u00e9sorientation temporelle et spatiale absolue, d&rsquo;agitation motrice ou de somnolence profonde. Ces fluctuations s&rsquo;accentuent classiquement en fin de journ\u00e9e ou durant la nuit, un ph\u00e9nom\u00e8ne clinique document\u00e9 sous le nom d&rsquo;aggravation vesp\u00e9rale (\u00ab <em>sundowning syndrome<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p>Le champ perceptif est fr\u00e9quemment infiltr\u00e9 d&rsquo;anomalies sensorielles. Les illusions (mauvaise interpr\u00e9tation d&rsquo;un objet r\u00e9el, tel qu&rsquo;un drap per\u00e7u comme un serpent) et les hallucinations (le plus souvent visuelles, sc\u00e9niques, color\u00e9es ou zoopsiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire compos\u00e9es d&rsquo;animaux, d&rsquo;insectes ou de personnages miniatures) engendrent chez l&rsquo;individu un sentiment aigu de panique, de pers\u00e9cution ou de d\u00e9sarroi. En r\u00e9ponse \u00e0 cette d\u00e9sorganisation de la r\u00e9alit\u00e9, le sujet peut \u00e9chafauder un d\u00e9lire onirique, labile, d\u00e9pourvu de syst\u00e9matisation logique, v\u00e9cu avec une forte adh\u00e9sion affective.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique des \u00e9tats confusionnels aigus remonte aux origines m\u00eames de la m\u00e9decine occidentale. Dans le <em>Corpus Hippocratique<\/em> (Ve si\u00e8cle avant J.-C.), les termes de <em>phrenitis<\/em> (fr\u00e9n\u00e9sie) et de <em>lethargus<\/em> sont employ\u00e9s pour d\u00e9crire des \u00e9tats d&rsquo;agitation fi\u00e9vreuse ou de somnolence extr\u00eame associ\u00e9s \u00e0 des affections pulmonaires ou syst\u00e9miques aigu\u00ebs, \u00e9tablissant d\u00e9j\u00e0 le lien intime entre fi\u00e8vre somatique et d\u00e9r\u00e8glement de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Au Ier si\u00e8cle de notre \u00e8re, l&rsquo;encyclop\u00e9diste romain Aulus Cornelius Celsus utilise pour la premi\u00e8re fois le mot latin <em>delirium<\/em> dans son trait\u00e9 <em>De Medicina<\/em> afin de sp\u00e9cifier les alt\u00e9rations mentales aigu\u00ebs survenant au cours de maladies f\u00e9briles, les d\u00e9marquant des folies chroniques sans fi\u00e8vre (la m\u00e9lancolie ou la manie). Durant les si\u00e8cles suivants, la distinction s&rsquo;estompe r\u00e9guli\u00e8rement, assimilant la confusion f\u00e9brile \u00e0 une forme d&rsquo;ali\u00e9nation transitoire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole psychiatrique fran\u00e7aise du XIXe si\u00e8cle que l&rsquo;on doit l&rsquo;individualisation conceptuelle moderne du trouble. Philippe Pinel et Jean-\u00c9tienne Esquirol reconnaissent les \u00ab d\u00e9lires f\u00e9briles \u00bb, mais c&rsquo;est surtout Philippe Chaslin qui, dans son m\u00e9moire fondateur de 1895 intitul\u00e9 <em>La Confusion mentale primitive<\/em>, isole le syndrome de la confusion mentale comme une entit\u00e9 autonome, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude, l&rsquo;onirisme et la d\u00e9sagr\u00e9gation de la vie psychique, d\u00e9gag\u00e9e des psychoses chroniques.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, George L. Engel et John Romano introduisent une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure en reliant le d\u00e9lirium \u00e0 un ralentissement diffus de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique, forgeant le concept d&rsquo;insuffisance c\u00e9r\u00e9brale aigu\u00eb m\u00e9tabolique. Par la suite, le psychiatre d&rsquo;origine polonaise Zbigniew J. Lipowski consacre plusieurs d\u00e9cennies de recherche th\u00e9orique \u00e0 formaliser le mod\u00e8le biopsychosocial moderne du d\u00e9lirium. Ses travaux ont directement inspir\u00e9 l&rsquo;unification des terminologies au sein du DSM-III en 1980, p\u00e9rennisant le concept international de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Delirium\">delirium<\/a> face \u00e0 la dispersion des termes historiques (enc\u00e9phalopathie m\u00e9tabolique, psychose toxique, syndrome psycho-organique aigu).<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie du d\u00e9lirium aigu est complexe, multifactorielle et r\u00e9sulte d&rsquo;une cascade d&rsquo;interactions neurochimiques et inflammatoires. L&rsquo;hypoth\u00e8se centrale la plus robuste repose sur le d\u00e9s\u00e9quilibre des syst\u00e8mes de neurotransmission c\u00e9r\u00e9brale, domin\u00e9 par une <strong>hypoactivit\u00e9 cholinergique<\/strong> coupl\u00e9e \u00e0 une <strong>hyperactivit\u00e9 dopaminergique<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a> est le neurotransmetteur pivot des circuits attentionnels ascendants, de l&rsquo;\u00e9veil cortical et de la m\u00e9moire de travail, issus notamment des noyaux du prosenc\u00e9phale basal (noyau basal de Meynert) et de la formation r\u00e9ticul\u00e9e m\u00e9senc\u00e9phalique. Toute r\u00e9duction de la biodisponibilit\u00e9 cholinergique \u2014 qu&rsquo;elle soit induite par des m\u00e9dicaments anticholinergiques, une hypoxie tissulaire ou un d\u00e9ficit m\u00e9tabolique \u2014 d\u00e9clenche une faillite de la focalisation attentionnelle. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;exc\u00e8s de dopamine, neurotransmetteur impliqu\u00e9 dans la d\u00e9tection de la saillance des stimuli, favorise l&rsquo;hyper-r\u00e9activit\u00e9 motrice, la d\u00e9sinhibition comportementale et l&rsquo;\u00e9mergence des hallucinations.<\/p>\n<p>Une seconde th\u00e9orie majeure implique la <strong>neuro-inflammation<\/strong>. Lors d&rsquo;une agression p\u00e9riph\u00e9rique (sepsis, traumatisme chirurgical, br\u00fblure), les cytokines pro-inflammatoires syst\u00e9miques (telles que le TNF-alpha, l&rsquo;interleukine-1 b\u00eata et l&rsquo;interleukine-6) franchissent la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique au niveau des zones circumventriculaires ou stimulent les aff\u00e9rences vagales. Cette cascade active les cellules microgliales r\u00e9sidentes du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. La microglie activ\u00e9e s\u00e9cr\u00e8te des esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne et des mol\u00e9cules neurotoxiques qui alt\u00e8rent la plasticit\u00e9 synaptique, r\u00e9duisent la perfusion microvasculaire et d\u00e9r\u00e8glent l&rsquo;\u00e9quilibre neurochimique local.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9r\u00e9gulation de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien joue un r\u00f4le amplificateur d\u00e9terminant. Un stress organique intense provoque une hypers\u00e9cr\u00e9tion de cortisol. Or, des taux \u00e9lev\u00e9s et soutenus de glucocortico\u00efdes exercent un effet toxique direct sur les neurones pyramidaux du champ CA1 de l&rsquo;hippocampe, structure particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable exprimant une forte densit\u00e9 de r\u00e9cepteurs aux cortico\u00efdes, ce qui majore les d\u00e9ficits mn\u00e9siques et la d\u00e9sorientation spatiotemporelle.<\/p>\n<p>Enfin, les neurosciences modernes ont mis en lumi\u00e8re la faillite de l&rsquo;int\u00e9gration des r\u00e9seaux neuronaux \u00e0 grande \u00e9chelle. L&rsquo;imagerie fonctionnelle et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie d\u00e9montrent qu&rsquo;au cours du d\u00e9lirium, la synchronisation entre le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (<em>Default Mode Network<\/em>, DMN), le r\u00e9seau ex\u00e9cutif central et le r\u00e9seau de saillance est profond\u00e9ment d\u00e9sorganis\u00e9e, r\u00e9duisant la connectivit\u00e9 fonctionnelle globale n\u00e9cessaire au maintien d&rsquo;une conscience unifi\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>Le d\u00e9lirium aigu se manifeste sous diff\u00e9rentes formes cliniques que les classifications contemporaines cat\u00e9gorisent principalement selon le niveau d&rsquo;activit\u00e9 psychomotrice :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le sous-type hyperactif (environ 15 \u00e0 25 % des cas) :<\/strong> Pr\u00e9sente une agitation psychomotrice franche, une loquacit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e, une hypervigilance apparente, une irritabilit\u00e9 explosive et une fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;hallucinations terrifiantes et de comportements agressifs ou d&rsquo;arrachage de dispositifs m\u00e9dicaux (sondes, perfusions). C&rsquo;est la forme la plus bruyante et la plus rapidement identifi\u00e9e par le personnel soignant.<\/li>\n<li><strong>Le sous-type hypoactif (environ 40 \u00e0 50 % des cas) :<\/strong> Se distingue par un ralentissement psychomoteur prononc\u00e9, une l\u00e9thargie, une bradypsychie, une pauvret\u00e9 verbale, un \u00e9moussement affectif et une tendance marqu\u00e9e \u00e0 la somnolence. Fr\u00e9quemment confondu \u00e0 tort avec un \u00e9tat d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 ou attribu\u00e9 \u00e0 la fatigue ou au vieillissement normal, ce sous-type pr\u00e9sente paradoxalement le pronostic le plus sombre en raison de son retard diagnostique fr\u00e9quent.<\/li>\n<li><strong>Le sous-type mixte (environ 30 \u00e0 40 % des cas) :<\/strong> Se caract\u00e9rise par une instabilit\u00e9 psychomotrice impr\u00e9visible, marqu\u00e9e par des alternances rapides au cours de la m\u00eame journ\u00e9e entre des phases d&rsquo;agitation anxieuse et des phases d&rsquo;inhibition ou de torpeur somnolente.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au-del\u00e0 de la motricit\u00e9, le d\u00e9lirium s&rsquo;articule autour de quatre dimensions fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension cognitive :<\/strong> Alt\u00e9ration \u00e9lective de l&rsquo;attention soutenue et divis\u00e9e, amn\u00e9sie ant\u00e9rograde massive, d\u00e9sorientation temporo-spatiale, pens\u00e9e incoh\u00e9rente et fragmentaire.<\/li>\n<li><strong>Dimension perceptive et d\u00e9lirante :<\/strong> Illusions sensorielles fr\u00e9quentes (souvent d&rsquo;origine visuelle ou auditive), hallucinations polymorphes et v\u00e9cu onirique d\u00e9lirant non coordonn\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Dimension circadienne :<\/strong> Inversion marqu\u00e9e du cycle veille-sommeil, fragmentation nocturne du repos avec agitation nocturne accrue.<\/li>\n<li><strong>Dimension \u00e9motionnelle :<\/strong> Labilit\u00e9 affective d\u00e9concertante, passage soudain de l&rsquo;effroi panique au rire immotiv\u00e9, \u00e0 la col\u00e8re ou \u00e0 une neutralit\u00e9 apathique totale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : Le sous-type hypoactif en g\u00e9riatrie.<\/strong><br \/>\nMadame G., 84 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dent de d\u00e9mence diagnostiqu\u00e9e, est hospitalis\u00e9e en unit\u00e9 de chirurgie orthop\u00e9dique pour une ost\u00e9osynth\u00e8se de hanche cons\u00e9cutive \u00e0 une chute m\u00e9canique. Au deuxi\u00e8me jour postop\u00e9ratoire, l&rsquo;\u00e9quipe infirmi\u00e8re note qu&rsquo;elle refuse de s&rsquo;alimenter et semble anormalement calme, prostr\u00e9e dans son lit, le regard fix\u00e9 dans le vide. L&rsquo;interrogatoire r\u00e9v\u00e8le une incapacit\u00e9 totale \u00e0 \u00e9peler le mot \u00ab MONDE \u00bb \u00e0 l&rsquo;envers ou \u00e0 \u00e9num\u00e9rer les mois de l&rsquo;ann\u00e9e dans l&rsquo;ordre inverse. Madame G. est incapable de pr\u00e9ciser l&rsquo;ann\u00e9e courante ni le lieu o\u00f9 elle se trouve, croyant \u00eatre dans un h\u00f4tel de transit. Le bilan biologique r\u00e9v\u00e8le une infection urinaire nosocomiale \u00e0 <em>Escherichia coli<\/em> associ\u00e9e \u00e0 une d\u00e9shydratation extracellulaire mod\u00e9r\u00e9e. Apr\u00e8s antibioth\u00e9rapie cibl\u00e9e et r\u00e9hydratation hydro\u00e9lectrolytique, les sympt\u00f4mes attentionnels r\u00e9gressent compl\u00e8tement en 72 heures.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le sous-type hyperactif toxico-m\u00e9dicamenteux.<\/strong><br \/>\nMonsieur T., 68 ans, trait\u00e9 pour une maladie de Parkinson, consulte aux urgences pour l&rsquo;apparition brutale d&rsquo;une vive agitation nocturne. Persuad\u00e9 que la chambre d&rsquo;h\u00f4pital est envahie par des insectes noirs grouillant le long des murs, il tente d&rsquo;enjamber les barri\u00e8res de son lit tout en hurlant pour alerter sa famille. Il est incapable de fixer son attention sur l&rsquo;examinateur plus de quelques secondes, interrompant ses phrases pour saisir des objets invisibles dans l&rsquo;air. L&rsquo;analyse pharmacologique r\u00e9v\u00e8le une adjonction r\u00e9cente d&rsquo;un antispasmodique urinaire aux puissantes propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques pour une instabilit\u00e9 v\u00e9sicale. Le sevrage de l&rsquo;agent anticholinergique et un encadrement r\u00e9assurant permettent une disparition totale de l&rsquo;onirisme et de l&rsquo;agitation en quarante-huit heures.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Delirium_tremens\">delirium tremens<\/a> de sevrage.<\/strong><br \/>\nMonsieur D., 46 ans, d\u00e9pendant s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&rsquo;alcool depuis une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, est admis en r\u00e9animation pour une p\u00e9ritonite par perforation d&rsquo;ulc\u00e8re gastrique. Trente-six heures apr\u00e8s l&rsquo;intervention chirurgicale d&rsquo;urgence sans protocole de pr\u00e9vention du sevrage, il d\u00e9veloppe des sueurs profuses, une tachycardie \u00e0 130 battements par minute, une hyperthermie \u00e0 38,8 \u00b0C et des tremblements massifs des extr\u00e9mit\u00e9s. Il bascule dans un \u00e9tat de terreur onirique intense, hurlant qu&rsquo;il est encercl\u00e9 par des reptiles venimeux, tout en arrachant furieusement son cath\u00e9ter veineux central. Ce tableau d&rsquo;hyperactivit\u00e9 adr\u00e9nergique majeure et de perte de contact avec la r\u00e9alit\u00e9 illustre l&rsquo;urgence m\u00e9dicale vitale du d\u00e9lirium tremens induit par la suppression brutale du r\u00e9trocontr\u00f4le inhibiteur gabaergique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du d\u00e9lirium repose imp\u00e9rativement sur une anamn\u00e8se collat\u00e9rale recueillie aupr\u00e8s de l&rsquo;entourage proche ou des \u00e9quipes soignantes de premi\u00e8re ligne, dans le but de certifier la rupture aigu\u00eb par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat cognitif ant\u00e9rieur. L&rsquo;examen somatique doit \u00eatre syst\u00e9matique et exhaustif, car le d\u00e9lirium est un sympt\u00f4me somatique projet\u00e9 dans le champ psychique.<\/p>\n<p>Pour standardiser et fiabiliser le rep\u00e9rage clinique au chevet du patient, plusieurs outils psychom\u00e9triques valid\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La Confusion Assessment Method (CAM) :<\/strong> L&rsquo;instrument le plus largement employ\u00e9 internationalement. Il valide le diagnostic si quatre crit\u00e8res cardinaux sont r\u00e9unis : (1) d\u00e9but aigu et \u00e9volution fluctuante, (2) inattention manifeste, associ\u00e9s imp\u00e9rativement soit \u00e0 (3) une d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e, soit \u00e0 (4) une alt\u00e9ration du niveau de conscience.<\/li>\n<li><strong>La CAM-ICU :<\/strong> Version sp\u00e9cialement adapt\u00e9e et valid\u00e9e pour les patients admis en r\u00e9animation ou sous ventilation m\u00e9canique, reposant sur des \u00e9preuves de communication non verbale (pressions de main en r\u00e9ponse \u00e0 des lettres cibles, reconnaissance d&rsquo;images).<\/li>\n<li><strong>Le test 4AT (Rapid Clinical Test for Delirium) :<\/strong> Outil d&rsquo;\u00e9valuation ultra-rapide (moins de deux minutes) n&rsquo;exigeant pas de formation complexe, combinant l&rsquo;\u00e9valuation du niveau de vigilance, le test d&rsquo;orientation globale (AMT4), le test d&rsquo;attention (mois \u00e0 l&rsquo;envers) et l&rsquo;historicit\u00e9 de fluctuations aigu\u00ebs.<\/li>\n<li><strong>La Delirium Rating Scale-Revised-98 (DRS-R98) :<\/strong> \u00c9chelle de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 gradu\u00e9e en 16 items, utilis\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rentiellement en recherche clinique pour monitorer la trajectoire \u00e9volutive des manifestations cognitives et motrices sous traitement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les examens compl\u00e9mentaires visent \u00e0 identifier l&rsquo;\u00e9tiologie somatique : biologie sanguine compl\u00e8te (ionogramme, glyc\u00e9mie, ur\u00e9e, cr\u00e9atinine, calc\u00e9mie, enzymes h\u00e9patiques, CRP, num\u00e9ration formule sanguine), bandelette et culture urinaire, radiographie thoracique et \u00e9lectrocardiogramme. En pr\u00e9sence de signes d&rsquo;appel neurologiques focaux, d&rsquo;alt\u00e9ration inexpliqu\u00e9e de la conscience ou de syndrome f\u00e9brile nu, la tomodensitom\u00e9trie c\u00e9r\u00e9brale (TDM), l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et la ponction lombaire s&rsquo;imposent.<\/p>\n<p>L&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> (EEG) apporte une contribution diagnostique majeure, bien que non indispensable en pratique de routine. Elle objective typiquement un ralentissement diffus et bilat\u00e9ral du rythme de fond (remplacement de l&rsquo;alpha par des ondes lentes th\u00eata ou delta), confirmant l&rsquo;existence d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie m\u00e9tabolique sous-jacente et permettant d&rsquo;\u00e9carter un \u00e9tat de mal \u00e9pileptique non convulsif.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection et la prise en charge du d\u00e9lirium aigu repr\u00e9sentent un enjeu strat\u00e9gique transversal touchant toutes les sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales, de la g\u00e9riatrie \u00e0 la m\u00e9decine d&rsquo;urgence, en passant par l&rsquo;oncologie, les soins intensifs et les services chirurgicaux. Le d\u00e9lirium est associ\u00e9 \u00e0 une augmentation substantielle de la dur\u00e9e de s\u00e9jour hospitalier, \u00e0 une hausse marqu\u00e9e du taux d&rsquo;admission en institution d&rsquo;h\u00e9bergement pour d\u00e9pendance et \u00e0 un risque de mortalit\u00e9 intra-hospitali\u00e8re multipli\u00e9 par deux \u00e0 quatre.<\/p>\n<p>Sur le plan organisationnel, les approches non pharmacologiques multimodales constituent la pierre angulaire universellement recommand\u00e9e tant en pr\u00e9vention qu&rsquo;en traitement curatif. Le mod\u00e8le <em>Hospital Elder Life Program<\/em> (HELP), d\u00e9velopp\u00e9 par Sharon Inouye, a d\u00e9montr\u00e9 une efficacit\u00e9 spectaculaire pour r\u00e9duire l&rsquo;incidence du d\u00e9lirium de plus de 40 %. Ce protocole standardis\u00e9 comprend :<\/p>\n<ul>\n<li>La r\u00e9orientation cognitive continue (pr\u00e9sence d&rsquo;horloges visibles, calendriers, rep\u00e8res spatiaux, rappel bienveillant du personnel).<\/li>\n<li>Le maintien strict du cycle nycth\u00e9m\u00e9ral (extinction des lumi\u00e8res et r\u00e9duction drastique du bruit la nuit, exposition active \u00e0 la lumi\u00e8re naturelle le jour).<\/li>\n<li>La mobilisation motrice pr\u00e9coce et l&rsquo;\u00e9vitement scrupuleux des contentions physiques passives (qui majorent invariablement l&rsquo;agitation et la panique).<\/li>\n<li>L&rsquo;optimisation sensorielle imm\u00e9diate (port effectif des lunettes de vue et des proth\u00e8ses auditives du patient).<\/li>\n<li>L&rsquo;hydratation hydrique ad\u00e9quate, la lutte contre la r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine et la constipation, ainsi que l&rsquo;implication active des proches aidants au chevet du malade.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;utilisation de psychotropes doit demeurer strictement exceptionnelle et r\u00e9serv\u00e9e aux situations de d\u00e9tresse psychologique extr\u00eame ou d&rsquo;agitation compromettant imm\u00e9diatement la s\u00e9curit\u00e9 physique du patient ou de l&rsquo;\u00e9quipe soignante. Les antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration (\u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;olanzapine, de la qu\u00e9tiapine ou du risp\u00e9ridone \u00e0 doses minimes) sont parfois employ\u00e9s sur des dur\u00e9es tr\u00e8s br\u00e8ves, bien qu&rsquo;aucun consensus d&rsquo;efficacit\u00e9 curative sur le processus neurobiologique lui-m\u00eame n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 valid\u00e9. Les benzodiaz\u00e9pines sont formellement proscrites en dehors du d\u00e9lirium de sevrage \u00e9thylique ou s\u00e9datif, car elles aggravent de fa\u00e7on dramatique la confusion cognitive et augmentent le risque d&rsquo;\u00e9volution vers un sous-type hypoactif prolong\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Pendant des d\u00e9cennies, le d\u00e9lirium aigu a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne enti\u00e8rement r\u00e9versible ne laissant aucune s\u00e9quelle c\u00e9r\u00e9brale p\u00e9renne apr\u00e8s la gu\u00e9rison de l&rsquo;\u00e9pisode somatique aigu. Les recherches longitudinales contemporaines, conduites notamment par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;E. Wesley Ely et celle de Sharon Inouye, ont radicalement balay\u00e9 ce dogme rassurant.<\/p>\n<p>Des cohortes de grande envergure (telles que l&rsquo;\u00e9tude BRAIN-ICU) ont apport\u00e9 la preuve formelle que la survenue et la dur\u00e9e cumul\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9lirium en unit\u00e9 de r\u00e9animation ou de soins critiques sont corr\u00e9l\u00e9es de fa\u00e7on ind\u00e9pendante avec l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un d\u00e9clin cognitif persistant \u00e0 long terme (<em>Long-Term Cognitive Impairment<\/em>, LTCI). Des mois, voire des ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;hospitalisation, les survivants pr\u00e9sentent des d\u00e9ficits des fonctions ex\u00e9cutives et de la m\u00e9moire de travail comparables \u00e0 des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales traumatiques mod\u00e9r\u00e9es ou \u00e0 des stades l\u00e9gers \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s de la d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche translationnelle s&rsquo;oriente activement vers l&rsquo;identification de biomarqueurs sanguins de souffrance neuronale et astrocytaire. L&rsquo;\u00e9l\u00e9vation plasmatique des cha\u00eenes l\u00e9g\u00e8res des neurofilaments (NfL), marqueur de dommage axonal aigu, ainsi que de la prot\u00e9ine S100B et de la prot\u00e9ine acide fibrillaire gliale (GFAP), est significativement associ\u00e9e \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la prolongation des \u00e9tats confusionnels. Ces d\u00e9couvertes sugg\u00e8rent que le d\u00e9lirium n&rsquo;est pas une simple dysfonction fonctionnelle transitoire, mais s&rsquo;accompagne d&rsquo;un authentique processus de mort neuronale et de d\u00e9gradation synaptique microscopique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation des sympt\u00f4mes du d\u00e9lirium varient consid\u00e9rablement selon l&rsquo;arri\u00e8re-plan culturel, les croyances spirituelles et le contexte d&rsquo;exercice clinique. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, les hallucinations visuelles oniriques, les visions zoopsiques ou le sentiment de pers\u00e9cution sont fr\u00e9quemment interpr\u00e9t\u00e9s comme des exp\u00e9riences mystiques, des visites d&rsquo;esprits ancestraux ou des manifestations de possession d\u00e9moniaque. Ces grilles d&rsquo;analyse religieuses ou \u00e9sot\u00e9riques peuvent conduire les familles \u00e0 retarder le recours aux structures hospitali\u00e8res conventionnelles, transformant une pathologie somatique traitable (par exemple, un neuropaludisme ou un sepsis d&rsquo;origine biliaire) en d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;attention et de l&rsquo;orientation spatio-temporelle impose des ajustements interculturels rigoureux. L&rsquo;\u00e9preuve consistant \u00e0 \u00e9peler le mot \u00ab MONDE \u00bb \u00e0 l&rsquo;envers ou \u00e0 soustraire successivement 7 \u00e0 partir de 100 s&rsquo;av\u00e8re totalement inadapt\u00e9e chez les populations analphab\u00e8tes ou peu scolaris\u00e9es, chez qui elle g\u00e9n\u00e8re d&rsquo;importants faux positifs. Les cliniciens doivent privil\u00e9gier des t\u00e2ches visuelles non verbales ou des tests d&rsquo;orientation ancr\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s locales (cycle des saisons, heures des repas traditionnels, \u00e9v\u00e9nements communautaires r\u00e9cents).<\/p>\n<h3>13. Controverses cliniques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Un des d\u00e9bats conceptuels les plus vifs oppose l&rsquo;unicit\u00e9 nosologique du d\u00e9lirium \u00e0 son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9tiologique fondamentale. Certains auteurs soutiennent que rassembler sous une m\u00eame \u00e9tiquette diagnostique le sevrage alcoolique aigu, l&rsquo;enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique terminale et la r\u00e9action post-anesth\u00e9sique d&rsquo;un sujet \u00e2g\u00e9 masque des m\u00e9canismes physiopathologiques divergents qui exigeraient des approches th\u00e9rapeutiques totalement diff\u00e9renci\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique de premier ordre concerne la fronti\u00e8re poreuse entre le d\u00e9lirium et les troubles neurocognitifs pr\u00e9existants. Le ph\u00e9nom\u00e8ne dit de \u00ab d\u00e9lirium surajout\u00e9 \u00e0 une d\u00e9mence \u00bb (<em>Delirium Superimposed on Dementia<\/em>, DSD) touche jusqu&rsquo;\u00e0 deux tiers des patients \u00e2g\u00e9s d\u00e9lirants hospitalis\u00e9s. Il est souvent extr\u00eamement complexe de d\u00e9terminer avec exactitude si le tableau clinique traduit une simple fluctuation d&rsquo;une d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy m\u00e9connue ou l&rsquo;irruption d&rsquo;un authentique syndrome confusionnel aigu caus\u00e9 par un f\u00e9calome ou une r\u00e9tention urinaire occulte.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage controvers\u00e9 de la contention physique et de la s\u00e9dation chimique soul\u00e8ve quant \u00e0 lui des questions bio\u00e9thiques majeures. Alors que les guides de bonnes pratiques condamnent unanimement l&rsquo;usage syst\u00e9matique de la contention m\u00e9canique, les imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 dans les services en sous-effectif conduisent encore trop souvent \u00e0 immobiliser le patient agit\u00e9, ce qui amplifie son angoisse cataclysmique, majore la confusion et favorise des complications l\u00e9tales (strangulation, embolie pulmonaire, rhabdomyolyse).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et diagnostics diff\u00e9rentiels<\/h3>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel du d\u00e9lirium aigu n\u00e9cessite une analyse s\u00e9miologique fine pour \u00e9carter plusieurs entit\u00e9s neuropsychiatriques majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Trouble neurocognitif majeur (D\u00e9mence) :<\/strong> \u00c9volution lente et insidieuse sur plusieurs mois ou ann\u00e9es, absence d&rsquo;alt\u00e9ration pr\u00e9coce de la vigilance ou de l&rsquo;attention de base, stabilit\u00e9 relative des sympt\u00f4mes sur la journ\u00e9e, absence d&rsquo;inversion brutale du cycle nycth\u00e9m\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re avec ralentissement (Pseudod\u00e9mence) :<\/strong> Le patient d\u00e9prim\u00e9 pr\u00e9sente une inertie psychomotrice sans fluctuations rapides de la vigilance ; interrog\u00e9, il r\u00e9pond fr\u00e9quemment \u00ab je ne sais pas \u00bb sans fournir les r\u00e9ponses d\u00e9cal\u00e9es ou oniriques caract\u00e9ristiques du patient confusionnel.<\/li>\n<li><strong>Acc\u00e8s psychotique aigu \/ Bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb :<\/strong> Le d\u00e9lire est pr\u00e9dominant, souvent structur\u00e9 ou th\u00e9matiquement riche, mais la vigilance \u00e9l\u00e9mentaire et l&rsquo;orientation temporo-spatiale globale sont conserv\u00e9es, sans \u00e9tiologie somatique directe d\u00e9tectable.<\/li>\n<li><strong>Aphasie de Wernicke :<\/strong> Une atteinte vasculaire du cortex temporal post\u00e9rieur gauche produit une logorrh\u00e9e avec jargonaphasie et paraphasies massives pouvant mimer le discours d\u00e9cousu du d\u00e9lirium ; toutefois, l&rsquo;attention globale, l&rsquo;orientation visuelle et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil fondamental demeurent intacts.<\/li>\n<li><strong>Ictus amn\u00e9sique :<\/strong> Perte aigu\u00eb de la m\u00e9moire ant\u00e9rograde avec questions it\u00e9ratives chez un patient parfaitement vigilant, orient\u00e9 sur sa propre identit\u00e9, dont le comportement ex\u00e9cutif et l&rsquo;attention imm\u00e9diate sont normaux, durant moins de vingt-quatre heures.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le d\u00e9lirium aigu constitue une urgence m\u00e9dicale absolue t\u00e9moignant de la faillite aigu\u00eb du m\u00e9tabolisme c\u00e9r\u00e9bral face \u00e0 une agression somatique ou toxique. Sa prise en charge globale requiert la ma\u00eetrise des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature syndromique :<\/strong> Ce n&rsquo;est pas une affection psychiatrique primitive, mais l&rsquo;expression c\u00e9r\u00e9brale d&rsquo;une urgence organique sous-jacente.<\/li>\n<li><strong>Triade diagnostique :<\/strong> D\u00e9but aigu, d\u00e9ficit attentionnel pr\u00e9dominant et fluctuations spontan\u00e9es au fil des heures.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 motrice :<\/strong> Les formes hypoactives repr\u00e9sentent les pr\u00e9sentations les plus communes et les plus mortelles du fait de leur discr\u00e9tion clinique.<\/li>\n<li><strong>Approche \u00e9tiologique :<\/strong> La recherche de la cause d\u00e9clenchante (m\u00e9dicaments, sepsis, troubles m\u00e9taboliques, isch\u00e9mie) doit \u00eatre imm\u00e9diate et agressive.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9vention environnementale :<\/strong> Les mesures non m\u00e9dicamenteuses de r\u00e9orientation, d&rsquo;hydratation, d&rsquo;\u00e9vitement des contentions et de respect du sommeil constituent l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique le plus probant.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li>Inouye, S. K., Westendorp, R. G., &amp; Saczynski, J. S. (2014). Delirium in elderly people. <em>The Lancet<\/em>, 383(9920), 911-922. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60688-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60688-1<\/a><\/li>\n<li>Pandharipande, P. P., Girard, T. D., Jackson, J. C., Morandi, A., Thompson, J. L., Pun, B. T., &#8230; &amp; Ely, E. W. (2013). Long-term cognitive impairment after critical illness. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 369(14), 1306-1316. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa1301372\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa1301372<\/a><\/li>\n<li>Lipowski, Z. J. (1990). <em>Delirium: Acute confusional states<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Marcantonio, E. R. (2017). Delirium in hospitalized older adults. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 377(15), 1456-1466. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMcp1605501\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMcp1605501<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9lirium aigu, ou syndrome confusionnel aigu, est une d\u00e9faillance neurocognitive brutale caract\u00e9ris\u00e9e par des fluctuations de l&rsquo;attention et de la vigilance traduisant une urgence m\u00e9dicale sous-jacente.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,958,31093],"tags":[31786,31797,31352,1434,31798,31799],"class_list":["post-19581","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-psychiatrie-clinique","category-troubles-cognitifs","tag-confusion-mentale","tag-delirium-aigu","tag-encephalopathie","tag-neuropsychiatrie","tag-syndrome-confusionnel","tag-trouble-neurocognitif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19581\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}