{"id":19566,"date":"2026-10-22T09:45:10","date_gmt":"2026-10-22T09:45:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=actus-reus-element-materiel-crime"},"modified":"2026-10-22T09:45:10","modified_gmt":"2026-10-22T09:45:10","slug":"actus-reus-element-materiel-crime","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=actus-reus-element-materiel-crime","title":{"rendered":"Actus Reus : L&rsquo;Acte Mat\u00e9riel du Crime"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;intersection du droit p\u00e9nal, de la philosophie de l&rsquo;action et de la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale, la notion d&rsquo;acte constitue le pivot autour duquel s&rsquo;articule toute imputation criminelle. Sans comportement ext\u00e9rieur tangible et v\u00e9rifiable, le syst\u00e8me judiciaire ne saurait condamner la simple pens\u00e9e, aussi r\u00e9pr\u00e9hensible soit-elle. Cette r\u00e9alit\u00e9 juridique et comportementale s&rsquo;incarne universellement \u00e0 travers le concept d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Actus_reus\">actus reus<\/a>, pierre angulaire de la responsabilit\u00e9 criminelle.<\/p>\n<h2>Actus Reus : Analyse Conceptuelle et Psychol\u00e9gale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>actus reus<\/strong> (litt\u00e9ralement \u00ab acte coupable \u00bb en latin) d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel, physique et objectif constitutif d&rsquo;une infraction p\u00e9nale, par opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat mental ou intentionnel de l&rsquo;auteur. Dans la tradition juridique de la common law ainsi que dans la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du droit p\u00e9nal continental, il renvoie \u00e0 la conduite humaine observable, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un acte positif de commission ou d&rsquo;une abstention fautive (omission), produisant un r\u00e9sultat dommageable ou cr\u00e9ant un danger prohib\u00e9 par la loi.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et m\u00e9dico-l\u00e9gal, l&rsquo;actus reus ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un simple mouvement musculo-squelettique m\u00e9canique. Pour \u00eatre l\u00e9galement imputable, cet acte physique doit imp\u00e9rativement d\u00e9couler d&rsquo;un processus volitionnel conscient : il exige un acte volontaire \u00e9manant du syst\u00e8me nerveux central et sous le contr\u00f4le op\u00e9rationnel de l&rsquo;agent. Si un individu commet un dommage lors d&rsquo;un \u00e9tat de somnambulisme, d&rsquo;une crise comitiale ou sous l&rsquo;effet d&rsquo;un r\u00e9flexe physique incoercible, le droit et la psychologie s&rsquo;accordent pour consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel est d\u00e9pourvu du caract\u00e8re volitionnel minimal requis pour fonder la culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;actus reus forme, conjointement avec la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mens_rea\">mens rea<\/a> (l&rsquo;intention coupable ou l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moral), le bin\u00f4me fondamental sans lequel aucune responsabilit\u00e9 p\u00e9nale ne peut \u00eatre \u00e9tablie. L&rsquo;adage classique de common law formul\u00e9 par Sir Edward Coke r\u00e9sume ce principe fondamental : <em>actus non facit reum nisi mens sit rea<\/em> (\u00ab l&rsquo;acte ne rend pas coupable \u00e0 moins que l&rsquo;esprit ne soit coupable \u00bb).<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression <strong>actus reus<\/strong> est une locution latine juridique moderne compos\u00e9e de deux termes distincts. Le premier terme, <em>actus<\/em>, est un substantif masculin de la quatri\u00e8me d\u00e9clinaison d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>agere<\/em>, signifiant \u00ab mouvoir, conduire, pousser en avant, agir ou accomplir \u00bb. Dans le vocabulaire philosophique latin, notamment chez Cic\u00e9ron et plus tard chez Thomas d&rsquo;Aquin, l&rsquo;<em>actus<\/em> s&rsquo;oppose \u00e0 la <em>potentia<\/em> (la puissance ou l&rsquo;\u00e9tat latent), marquant ainsi le passage \u00e0 l&rsquo;action concr\u00e8te et manifest\u00e9e dans le monde sensible.<\/p>\n<p>Le second terme, <em>reus<\/em> (ou son accord au masculin <em>reus<\/em>), est un adjectif juridique latin d\u00e9riv\u00e9 de <em>res<\/em> (\u00ab la chose, l&rsquo;affaire judiciaire, le proc\u00e8s \u00bb). Dans le droit romain classique, le <em>reus<\/em> d\u00e9signait la partie assign\u00e9e en justice, le plaideur d\u00e9fendeur, puis, par extension p\u00e9nale, l&rsquo;accus\u00e9 ou le pr\u00e9venu sous le coup d&rsquo;une inculpation. Le syntagme <em>actus reus<\/em> qualifie donc litt\u00e9ralement un \u00ab acte g\u00e9n\u00e9rateur de mise en cause \u00bb ou \u00ab fait r\u00e9pr\u00e9hensible\/coupable \u00bb.<\/p>\n<p>Bien que forg\u00e9e \u00e0 partir de racines latines antiques, l&rsquo;expression formelle <em>actus reus<\/em> n&rsquo;appara\u00eet pas telle quelle dans les textes fondateurs du droit romain Justinien, comme le <em>Digeste<\/em>. Elle a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9e et popularis\u00e9e au cours des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles par les jurisconsultes anglais et les th\u00e9oriciens du droit naturel, avant d&rsquo;\u00eatre codifi\u00e9e et syst\u00e9matis\u00e9e par la doctrine anglo-am\u00e9ricaine du XIXe si\u00e8cle (notamment \u00e0 la suite des \u00e9crits de John Austin et Oliver Wendell Holmes Jr.) pour distinguer formellement la dimension physique du crime de sa composante psychologique subjective.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la locution latine s&rsquo;\u00e9nonce dans le milieu acad\u00e9mique francophone selon la prononciation standard du latin juridique : <strong>[ak-tys re-ys]<\/strong>. Dans les juridictions anglophones, la prononciation courante s&rsquo;\u00e9tablit phon\u00e9tiquement sous la forme <strong>\/\u02cc\u00e6kt\u0259s \u02c8ri\u02d0\u0259s\/<\/strong>.<\/p>\n<p>Grammaticalement, \u00ab actus reus \u00bb est un syntagme nominal masculin invariable. En langue fran\u00e7aise, il s&#8217;emploie invariablement au singulier comme au pluriel (\u00ab un actus reus \u00bb, \u00ab des actus reus \u00bb), bien que l&rsquo;expression soit tr\u00e8s majoritairement mobilis\u00e9e au singulier pour d\u00e9signer la cat\u00e9gorie conceptuelle globale. Il est d&rsquo;usage d&#8217;employer l&rsquo;italique lorsqu&rsquo;il est cit\u00e9 sous sa forme latine originale dans les \u00e9crits doctrinaux de droit compar\u00e9, de criminologie ou de psychologie l\u00e9gale. En droit p\u00e9nal fran\u00e7ais et civiliste, son \u00e9quivalent s\u00e9mantique rigoureux est \u00ab l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel de l&rsquo;infraction \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de l&rsquo;actus reus requiert de d\u00e9passer la simple intuition d&rsquo;une \u00ab action visible \u00bb pour diss\u00e9quer les structures de la causalit\u00e9 et du comportement humain. Dans l&rsquo;architecture juridique universelle, l&rsquo;actus reus remplit une fonction lib\u00e9rale et protectrice majeure : le principe de l\u00e9galit\u00e9 des d\u00e9lits et des peines stipule qu&rsquo;aucun citoyen ne peut \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9tatique pour ses simples d\u00e9sirs, fantasmes morbides, croyances politiques ou impulsions agressives non mat\u00e9rialis\u00e9es. La pens\u00e9e criminelle pure ne tombe jamais sous le coup de la loi p\u00e9nale (<em>cogitationis poenam nemo patitur<\/em>). L&rsquo;acte mat\u00e9riel mat\u00e9rialise le franchissement du seuil entre le monde int\u00e9rieur de l&rsquo;individu et l&rsquo;espace social partag\u00e9.<\/p>\n<p>Pour satisfaire pleinement aux exigences de l&rsquo;actus reus, un \u00e9v\u00e9nement doit r\u00e9pondre \u00e0 trois conditions cumulatives ou alternatives selon la typologie de l&rsquo;infraction consid\u00e9r\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La conduite (conduct) :<\/strong> Il doit exister un comportement humain observable. Il peut s&rsquo;agir d&rsquo;une action positive (tirer avec une arme, subtiliser un bien, falsifier un document) ou, dans des hypoth\u00e8ses l\u00e9galement circonscrites, d&rsquo;une omission (abstention de porter secours \u00e0 une personne en p\u00e9ril lorsque la loi impose un devoir d&rsquo;agir).<\/li>\n<li><strong>Les circonstances concomitantes (circumstances) :<\/strong> L&rsquo;acte n&rsquo;est r\u00e9pr\u00e9hensible que s&rsquo;il survient dans un contexte factuel pr\u00e9cis pr\u00e9vu par la norme p\u00e9nale. Par exemple, avoir une relation sexuelle ne devient un actus reus de viol que si elle a lieu en l&rsquo;absence de consentement mutuel ou sous l&#8217;emprise de la contrainte ; s&rsquo;approprier un objet ne constitue un vol que si cet objet appartient l\u00e9galement \u00e0 autrui.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9sultat dommageable et le lien de causalit\u00e9 (consequence \/ causation) :<\/strong> Dans les infractions mat\u00e9rielles dites \u00ab de r\u00e9sultat \u00bb, l&rsquo;acte mat\u00e9riel doit \u00eatre la cause directe, efficiente et non interrompue du pr\u00e9judice constat\u00e9 (par exemple, le d\u00e9c\u00e8s de la victime dans l&rsquo;homicide). Cela soul\u00e8ve d&rsquo;immenses questions juridico-psychologiques concernant la causalit\u00e9 proximale, la pr\u00e9visibilit\u00e9 du r\u00e9sultat et l&rsquo;interf\u00e9rence possible d&rsquo;actes tiers.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La dimension la plus cruciale pour la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale r\u00e9side dans le crit\u00e8re de <strong>volont\u00e9 motrice<\/strong>. Il est essentiel de ne pas confondre la volont\u00e9 motrice (inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;actus reus) et l&rsquo;intention criminelle d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e (qui rel\u00e8ve de la mens rea). Pour qu&rsquo;il y ait actus reus, il suffit que le geste physique soit le fruit d&rsquo;une commande neuromusculaire \u00e9manant d&rsquo;un cerveau conscient et capable d&rsquo;autocontr\u00f4le corporel minimal. Par exemple, si le conducteur d&rsquo;une automobile est frapp\u00e9 d&rsquo;une perte de connaissance soudaine et totalement impr\u00e9visible caus\u00e9e par un premier accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral alors qu&rsquo;il roule \u00e0 vitesse r\u00e9glementaire, son corps inerte \u00e9crasant un pi\u00e9ton n&rsquo;accomplit pas un actus reus valide : le mouvement physique est un simple processus cin\u00e9tique accidentel, d\u00e9nu\u00e9 de commande volitionnelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, si ce m\u00eame conducteur d\u00e9cide consciemment d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer en ignorant un feu de signalisation, l&rsquo;acte de pression musculaire sur la p\u00e9dale est un acte volontaire (actus reus pr\u00e9sent). La question de savoir s&rsquo;il voulait tuer le pi\u00e9ton, s&rsquo;il a agi par t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 insens\u00e9e ou par simple n\u00e9gligence rel\u00e8vera ensuite de l&rsquo;analyse s\u00e9par\u00e9e de sa mens rea.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La formalisation de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel du crime d\u00e9coule d&rsquo;une longue transition historique s\u00e9parant la justice punitive archa\u00efque d&rsquo;une justice individualis\u00e9e fond\u00e9e sur la rationalit\u00e9 comportementale et psychologique.<\/p>\n<p>Dans les syst\u00e8mes juridiques anciens, tels que le droit germanique primitif (le syst\u00e8me du <em>Wergeld<\/em>) ou le droit m\u00e9sopotamien (Code de Hammurabi), la responsabilit\u00e9 \u00e9tait largement objective et causale. La survenue d&rsquo;un dommage physique suffisait \u00e0 exiger une compensation ou une r\u00e9tribution sanglante, sans qu&rsquo;une distinction rigoureuse soit op\u00e9r\u00e9e entre le geste intentionnel, l&rsquo;accident fortuit ou l&rsquo;intervention animale. Seul importait le r\u00e9sultat nuisible externe.<\/p>\n<p>L&rsquo;apport d\u00e9cisif de la philosophie grecque (notamment les distinctions introduites par Aristote dans l&rsquo;<em>\u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/em> entre les actes accomplis volontairement, involontairement par ignorance ou sous contrainte physique) a commenc\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer la jurisprudence romaine imp\u00e9riale. Les jurisconsultes romains ont d\u00e9velopp\u00e9 les notions de <em>damnum iniuria datum<\/em> (dommage caus\u00e9 de mani\u00e8re illicite) et pos\u00e9 les jalons de la distinction entre <em>dolus<\/em> (dol, ruse d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e) et <em>culpa<\/em> (n\u00e9gligence, faute non intentionnelle), exigeant un comportement externe imputable \u00e0 un auteur dou\u00e9 de raison.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge chr\u00e9tien, sous l&rsquo;influence du droit canonique et des \u00e9crits de saint Augustin et saint Thomas d&rsquo;Aquin, l&rsquo;accent s&rsquo;est puissamment d\u00e9plac\u00e9 vers la faute morale, le p\u00e9ch\u00e9 et la culpabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me. Cependant, ce virage spiritualiste risquait d&rsquo;encourager la pers\u00e9cution des h\u00e9r\u00e9sies ou des pens\u00e9es impures. Les grands juristes anglais de common law du XVIIe si\u00e8cle, en particulier Sir Matthew Hale et Sir <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Edward_Coke\">Edward Coke<\/a>, ont consolid\u00e9 la maxime <em>actus non facit reum nisi mens sit rea<\/em>, gravant dans le marbre juridique qu&rsquo;aucun jugement humain ne pouvait sonder les c\u0153urs sans la manifestation concr\u00e8te d&rsquo;une conduite physique illicite.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, les Lumi\u00e8res p\u00e9nales (port\u00e9es par Cesare Beccaria) et les codifications napol\u00e9oniennes continentales ont institutionnalis\u00e9 l&rsquo;exigence absolue d&rsquo;une \u00ab mat\u00e9rialit\u00e9 des infractions \u00bb. Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la psychiatrie moderne, de la criminologie clinique et des sciences cognitives, l&rsquo;analyse de l&rsquo;actus reus s&rsquo;est raffin\u00e9e face aux fronti\u00e8res complexes des \u00e9tats alt\u00e9r\u00e9s de conscience, de l&rsquo;automatisme mental et des troubles neurologiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;actus reus s&rsquo;enracine dans des paradigmes th\u00e9oriques interconnect\u00e9s unissant la doctrine juridique, la philosophie analytique de l&rsquo;action et la psychologie cognitive.<\/p>\n<p>En philosophie de l&rsquo;action, la distinction classique \u00e9tablie par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G._E._M._Anscombe\">G. E. M. Anscombe<\/a> et Donald Davidson entre \u00ab ce qu&rsquo;un individu fait \u00bb et \u00ab ce qui arrive \u00e0 un individu \u00bb fournit la base th\u00e9orique de la conduite mat\u00e9rielle. Davidson conceptualise l&rsquo;action comme un mouvement corporel caus\u00e9, de mani\u00e8re appropri\u00e9e, par un ensemble de croyances et de d\u00e9sirs de l&rsquo;agent. Si la cause du mouvement corporel \u00e9chappe enti\u00e8rement \u00e0 cette cha\u00eene de causation mentale (par exemple, un r\u00e9flexe rotulien ou une force physique externe invincible d\u00e9pla\u00e7ant le bras d&rsquo;un sujet), l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;est pas une \u00ab action \u00bb au sens philosophique, mais un simple \u00e9v\u00e9nement biologique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue jurilinguistique et analytique, H.L.A. Hart a soulign\u00e9 la nature fondamentalement \u00ab d\u00e9faisable \u00bb (<em>defeasible<\/em>) du concept d&rsquo;acte volontaire. Pour Hart, d\u00e9finir un acte volontaire de mani\u00e8re purement positive est une illusion : le droit p\u00e9nal fonctionne en r\u00e9alit\u00e9 par \u00e9limination n\u00e9gative. Un comportement humain est pr\u00e9sum\u00e9 volontaire d\u00e8s lors que des circonstances exon\u00e9ratoires sp\u00e9cifiques (contrainte physique absolue, spasme, somnambulisme, automatisme comitial) ne sont pas d\u00e9montr\u00e9es par la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives contemporaines, la th\u00e9orie du contr\u00f4le moteur et les mod\u00e8les d&rsquo;agentivit\u00e9 (notamment les paradigmes explor\u00e9s par Daniel Wegner dans son \u00e9tude sur \u00ab l&rsquo;illusion de la volont\u00e9 consciente \u00bb ou Patrick Haggard sur le sentiment d&rsquo;agentivit\u00e9) posent des d\u00e9fis majeurs \u00e0 la conceptualisation classique de l&rsquo;actus reus. Le cerveau initie des patrons d&rsquo;activation neuromusculaire bien avant que le sentiment subjectif d&rsquo;intentionnalit\u00e9 n&rsquo;apparaisse dans le champ ph\u00e9nom\u00e9nologique de la conscience. Malgr\u00e9 ces d\u00e9bats neurologiques, le droit p\u00e9nal maintient une conception pragmatique de la volition motrice : l&rsquo;actus reus requiert simplement l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des circuits cortico-sous-corticaux de contr\u00f4le inhibiteur et d&rsquo;ex\u00e9cution corporelle sans rupture pathologique patente.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;actus reus peut \u00eatre analys\u00e9 selon plusieurs dimensions et sous-cat\u00e9gories fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;acte de commission (action positive) :<\/strong> Il constitue la forme paradigmatique de l&rsquo;actus reus. L&rsquo;individu mobilise son \u00e9nergie corporelle pour modifier le monde ext\u00e9rieur en violation d&rsquo;une interdiction p\u00e9nale (coups et blessures, effraction, vol \u00e0 main arm\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acte d&rsquo;omission (abstention coupable) :<\/strong> L&rsquo;actus reus peut consister en un non-agir lorsqu&rsquo;existait une obligation l\u00e9gale imp\u00e9rative d&rsquo;intervention. Ces devoirs d&rsquo;agir trouvent leur source dans le statut particulier de l&rsquo;agent (le parent envers son enfant mineur), dans un contrat professionnel (le ma\u00eetre-nageur sauveteur surveillant un bassin public), dans la cr\u00e9ation pr\u00e9alable d&rsquo;une situation dangereuse (l&rsquo;automobiliste provoquant un accident et omettant de baliser la voie), ou dans une prescription l\u00e9gale g\u00e9n\u00e9rale (non-assistance \u00e0 personne en danger).<\/li>\n<li><strong>Les infractions d&rsquo;habitude :<\/strong> L&rsquo;actus reus n&rsquo;est pas constitu\u00e9 par un acte unique, mais par la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;actes mat\u00e9riels semblables dont la sommation cr\u00e9e l&rsquo;illic\u00e9it\u00e9 (cas du harc\u00e8lement moral ou du d\u00e9lit d&rsquo;exercice ill\u00e9gal d&rsquo;une profession r\u00e9glement\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Les infractions continues et instantan\u00e9es :<\/strong> L&rsquo;infraction instantan\u00e9e s&rsquo;accomplit en un trait de temps pr\u00e9cis (le tir d&rsquo;arme \u00e0 feu, l&rsquo;acte de d\u00e9gradation), tandis que l&rsquo;infraction continue d\u00e9ploie son actus reus sur une dur\u00e9e prolong\u00e9e entretenue par la volont\u00e9 persistante de l&rsquo;auteur (la s\u00e9questration d&rsquo;une victime, le recel de biens vol\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9tat de possession (possession offences) :<\/strong> Le droit p\u00e9nal moderne assimile souvent la d\u00e9tention physique d&rsquo;un objet prohib\u00e9 (substances stup\u00e9fiantes, armes non autoris\u00e9es, mat\u00e9riel p\u00e9dopornographique) \u00e0 un actus reus, pourvu que l&rsquo;individu ait conscience d&rsquo;exercer un contr\u00f4le spatial et physique sur ladite substance.<\/li>\n<li><strong>La tentative mat\u00e9rielle :<\/strong> L&rsquo;actus reus de la tentative exige un \u00ab commencement d&rsquo;ex\u00e9cution \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire un acte mat\u00e9riel direct et univoque tendant \u00e0 la consommation de l&rsquo;infraction, se distinguant des simples actes pr\u00e9paratoires non punissables.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration d&rsquo;affaires judiciaires c\u00e9l\u00e8bres illustre de mani\u00e8re spectaculaire la fronti\u00e8re d\u00e9limitant l&rsquo;actus reus des perturbations psychiatriques et neurologiques :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;affaire R. c. Parks (1992, Cour supr\u00eame du Canada) :<\/strong> Kenneth Parks s&rsquo;est lev\u00e9 en plein sommeil, a parcouru plus de vingt kilom\u00e8tres au volant de son v\u00e9hicule automobile, s&rsquo;est introduit au domicile de ses beaux-parents, a agress\u00e9 mortellement sa belle-m\u00e8re et gri\u00e8vement bless\u00e9 son beau-p\u00e8re, avant de se pr\u00e9senter spontan\u00e9ment au poste de police, visiblement d\u00e9sorient\u00e9 et couvert de sang. Les expertises neurophysiologiques et somnologiques pouss\u00e9es ont attest\u00e9 de graves anomalies du sommeil et d&rsquo;un \u00e9tat av\u00e9r\u00e9 de somnambulisme aigu (parasomnie du sommeil lent profond). La Cour supr\u00eame a jug\u00e9 que Parks n&rsquo;avait pas commis d&rsquo;actus reus au sens juridique, car ses actes \u00e9taient des automatismes moteurs inconscients d\u00e9pourvus de la moindre \u00e9tincelle de volition motrice. Il fut acquitt\u00e9 sur le fondement de l&rsquo;automatisme sans ali\u00e9nation mentale (<em>non-insane automatism<\/em>).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;affaire Hill c. Baxter (1958, Angleterre) :<\/strong> Cette d\u00e9cision jurisprudentielle a permis aux magistrats britanniques d&rsquo;\u00e9tablir des analogies c\u00e9l\u00e8bres pour circonscrire l&rsquo;absence d&rsquo;actus reus. Le tribunal a retenu qu&rsquo;un conducteur automobile perdant le contr\u00f4le de sa trajectoire suite \u00e0 l&rsquo;attaque impr\u00e9visible d&rsquo;un essaim de gu\u00eapes entrant dans l&rsquo;habitacle, ou suite \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien caus\u00e9 par une pierre projet\u00e9e \u00e0 travers le pare-brise, ne r\u00e9alise pas un actus reus punissable au titre de la conduite dangereuse, ses mouvements moteurs n&rsquo;\u00e9tant plus gouvern\u00e9s par un choix d&rsquo;action corporel.<\/p>\n<p><strong>Cas de contrainte physique absolue (vis absoluta) :<\/strong> Si une personne de tr\u00e8s forte stature saisit avec une violence invincible le bras d&rsquo;un tiers et l&rsquo;utilise de force comme un levier pour frapper le visage d&rsquo;une quatri\u00e8me personne, le tiers dont le bras a frapp\u00e9 la victime n&rsquo;a pas commis d&rsquo;actus reus. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de pur instrument physique inanim\u00e9, son syst\u00e8me volitionnel ayant \u00e9t\u00e9 totalement court-circuit\u00e9 par la force physique ext\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et analyse m\u00e9dico-l\u00e9gale<\/h3>\n<p>Dans les proc\u00e8s criminels o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 ou la validit\u00e9 de l&rsquo;actus reus est contest\u00e9e par la d\u00e9fense, l&rsquo;intervention conjointe du psychiatre expert et du neuropsychologue l\u00e9giste s&rsquo;av\u00e8re indispensable. L&rsquo;examen m\u00e9dico-l\u00e9gal vise \u00e0 d\u00e9terminer si, au moment pr\u00e9cis des faits, l&rsquo;appareil neurocognitif de l&rsquo;accus\u00e9 \u00e9tait en mesure de soutenir une motricit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<p>Le protocole d&rsquo;\u00e9valuation clinique mobilise plusieurs outils et d\u00e9marches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;analyse \u00e9lectroenc\u00e9phalographique (EEG) et vid\u00e9o-polysomnographique :<\/strong> Elle permet de d\u00e9tecter des foyers \u00e9pileptog\u00e8nes (notamment au sein du lobe temporal ou frontal) capables d&rsquo;induire des automatismes psychomoteurs complexes durant lesquels le sujet accomplit des gestes violents sans conscience vigile, ou d&rsquo;authentifier des parasomnies chroniques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale structurelle et fonctionnelle (IRM, TEP) :<\/strong> Utilis\u00e9e pour d\u00e9pister des l\u00e9sions focales du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, du cortex orbitofrontal ou de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire, structures c\u00e9r\u00e9brales critiques pour l&rsquo;initiation de l&rsquo;action, l&rsquo;inhibition des impulsions motrices et le sentiment de contr\u00f4le corporel.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;examen neuropsychologique des fonctions ex\u00e9cutives :<\/strong> L&rsquo;administration de batteries de tests valid\u00e9s (tels que le test de Stroop, la batterie d&rsquo;\u00e9valuation comportementale du syndrome dysex\u00e9cutif &#8211; BADS, la Tour de Londres) objective le degr\u00e9 de contr\u00f4le inhibiteur, la flexibilit\u00e9 cognitive et la propension \u00e0 des comportements d&rsquo;utilisation ou d&rsquo;imitation motrice involontaire.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;analyse diff\u00e9rentielle de l&rsquo;automatisme :<\/strong> L&rsquo;expert doit rigoureusement distinguer l&rsquo;\u00ab automatisme sans ali\u00e9nation mentale \u00bb (d\u00e9clench\u00e9 par un facteur externe passager ou un trouble neurologique m\u00e9canique sans psychose, entra\u00eenant l&rsquo;absence pure et simple d&rsquo;actus reus et donc l&rsquo;acquittement pur et simple) de \u00ab l&rsquo;automatisme avec ali\u00e9nation mentale \u00bb (caus\u00e9 par une maladie mentale intrins\u00e8que comme la schizophr\u00e9nie avec d\u00e9lires parano\u00efdes de contr\u00f4le ext\u00e9rieur), lequel ne d\u00e9truit pas l&rsquo;actus reus mais d\u00e9truit la mens rea ou rel\u00e8ve de la d\u00e9fense d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour trouble mental (article 122-1 du Code p\u00e9nal en France ou r\u00e8gles de M&rsquo;Naghten en droit anglo-saxon).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;actus reus s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 de multiples domaines de la pratique judiciaire, clinique et p\u00e9nitentiaire :<\/p>\n<p><strong>En psychiatrie m\u00e9dico-l\u00e9gale et d\u00e9fense p\u00e9nale :<\/strong> La distinction entre l&rsquo;absence d&rsquo;acte (d\u00e9faut d&rsquo;actus reus) et l&rsquo;absence d&rsquo;imputabilit\u00e9 pour folie (pr\u00e9sence de l&rsquo;acte, mais destruction de la mens rea par abolition du discernement) engendre des cons\u00e9quences judiciaires radicalement divergentes. L&rsquo;absence d&rsquo;actus reus entra\u00eene un acquittement sans condition et la remise en libert\u00e9 imm\u00e9diate du sujet (\u00e0 moins d&rsquo;une mesure civile d&rsquo;hospitalisation d&rsquo;office pour dangerosit\u00e9 somatique). En revanche, le constat d&rsquo;une infraction mat\u00e9rialis\u00e9e commise par un individu en proie \u00e0 une psychose d\u00e9lirante conduit g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un non-lieu pour irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale assorti d&rsquo;un internement psychiatrique s\u00e9curis\u00e9 de longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>En victimologie et sciences criminelles :<\/strong> L&rsquo;analyse de l&rsquo;actus reus permet de qualifier avec pr\u00e9cision la mat\u00e9rialit\u00e9 des infractions complexes comme les cybercrimes, la diffusion de contenus illicites via des algorithmes automatis\u00e9s ou la responsabilit\u00e9 des personnes morales. Dans ces sc\u00e9narios d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9s, les juristes doivent identifier quelle cha\u00eene d&rsquo;actions humaines concr\u00e8tes a constitu\u00e9 l&rsquo;impulsion physique originelle du dommage.<\/p>\n<p><strong>En psychologie du travail et ergonomie m\u00e9dico-l\u00e9gale :<\/strong> Lors de catastrophes industrielles ou d&rsquo;accidents de transport majeurs, l&rsquo;expertise psychologique et ergonomique est requise pour d\u00e9terminer si l&rsquo;op\u00e9rateur humain a commis une faute d&rsquo;omission (actus reus d&rsquo;imprudence) ou si une surcharge cognitive extr\u00eame coupl\u00e9e \u00e0 une d\u00e9faillance d&rsquo;interface a provoqu\u00e9 une sid\u00e9ration motrice insurmontable, exclusive de toute action volontaire.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et neurosciences<\/h3>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, le statut scientifique de l&rsquo;acte volontaire a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment interrog\u00e9 par la recherche neurobiologique. Les travaux pionniers men\u00e9s par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Benjamin_Libet\">Benjamin Libet<\/a> ont mesur\u00e9 le \u00ab potentiel de pr\u00e9paration motrice \u00bb (<em>readiness potential<\/em> ou <em>Bereitschaftspotential<\/em>) via l&rsquo;EEG avant l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un mouvement auto-initi\u00e9 du poignet. Libet a mis en \u00e9vidence que le signal c\u00e9r\u00e9bral pr\u00e9paratoire pr\u00e9c\u00e8de la prise de conscience subjective de la d\u00e9cision d&rsquo;agir d&rsquo;environ 350 \u00e0 500 millisecondes. Ces r\u00e9sultats ont incit\u00e9 des th\u00e9oriciens mat\u00e9rialistes d\u00e9terministes \u00e0 proclamer que la volont\u00e9 consciente n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9trospectif et que l&rsquo;actus reus, con\u00e7u comme l&rsquo;incarnation physique d&rsquo;une d\u00e9cision consciente pr\u00e9alable, reposait sur une illusion biologique.<\/p>\n<p>Cependant, les r\u00e9plications et prolongements contemporains de ces recherches, notamment par Aaron Schurger et ses collaborateurs (2012), ont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 le potentiel de pr\u00e9paration motrice non pas comme une d\u00e9cision inconsciente inexorable, mais comme une fluctuation stochastique spontan\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9 neuronale de fond qui franchit un seuil de d\u00e9clenchement. Plus important encore, les exp\u00e9riences ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;agent conserve une fen\u00eatre temporelle active de veto conscient (le concept de \u00ab free won&rsquo;t \u00bb th\u00e9oris\u00e9 par Libet lui-m\u00eame) capable d&rsquo;inhiber le mouvement avant sa mat\u00e9rialisation musculaire.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la neuropsychologie clinique s&rsquo;est pench\u00e9e sur des syndromes neurologiques rares o\u00f9 la dissociation entre mouvement physique et intentionnalit\u00e9 est absolue. C&rsquo;est le cas du <strong>syndrome de la main \u00e9trang\u00e8re<\/strong> (<em>alien hand syndrome<\/em>), cons\u00e9cutif \u00e0 des l\u00e9sions calleuses ou frontales m\u00e9dianes, o\u00f9 le membre sup\u00e9rieur du patient effectue des gestes coordonn\u00e9s, complexes et parfois agressifs envers le patient lui-m\u00eame ou son entourage, \u00e0 l&rsquo;encontre totale de sa volont\u00e9 consciente. Ces cas cliniques apportent la preuve empirique indubitable que des comportements moteurs \u00e9labor\u00e9s peuvent se d\u00e9ployer sans commande volitionnelle, confirmant la n\u00e9cessit\u00e9 th\u00e9orique de pr\u00e9server l&rsquo;exigence d&rsquo;un acte volontaire dans la qualification de l&rsquo;actus reus.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et comparatives<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;acte mat\u00e9riel varie sensiblement selon les traditions juridiques et les syst\u00e8mes socioculturels du globe.<\/p>\n<p>Dans les r\u00e9gimes de <strong>common law<\/strong> (Royaume-Uni, \u00c9tats-Unis, Canada, Australie), la dichotomie actus reus \/ mens rea structure de mani\u00e8re binaire l&rsquo;ensemble du proc\u00e8s p\u00e9nal. La proc\u00e9dure accusatoire accorde une attention minutieuse aux d\u00e9finitions pr\u00e9toriennes de l&rsquo;acte volontaire et \u00e0 l&rsquo;examen crois\u00e9 des experts scientifiques portant sur l&rsquo;automatisme.<\/p>\n<p>Dans les syst\u00e8mes de <strong>droit romano-germanique (droit civiliste)<\/strong>, tels que le droit fran\u00e7ais, allemand ou italien, la terminologie formelle privil\u00e9gie les notions d&rsquo;\u00ab \u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel \u00bb (<em>Tatbestand<\/em> en droit p\u00e9nal allemand, englobant la typicit\u00e9 de l&rsquo;action). La dogmatique p\u00e9nale allemande, sous l&rsquo;influence du finalisme de Hans Welzel (<em>finale Handlungslehre<\/em>), postule que l&rsquo;action humaine est structurellement orient\u00e9e vers une fin et ne saurait \u00eatre d\u00e9coup\u00e9e artificiellement en une pure motricit\u00e9 physique dissoci\u00e9e de sa finalit\u00e9 intentionnelle. Le droit fran\u00e7ais traditionnel subordonne pour sa part l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel \u00e0 l&rsquo;intervention d&rsquo;une volont\u00e9 minimale, mais analyse le plus souvent les troubles de cette volont\u00e9 sous le prisme de la \u00ab contrainte \u00bb ou de la d\u00e9mence au stade de l&rsquo;imputabilit\u00e9 morale.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, la fronti\u00e8re entre omission r\u00e9pr\u00e9hensible et libert\u00e9 individuelle refl\u00e8te des philosophies morales divergentes. Alors que les juridictions civilistes d&rsquo;Europe continentale criminalisent s\u00e9v\u00e8rement la non-assistance \u00e0 personne en p\u00e9ril (\u00e9rigeant l&rsquo;omission solidaire en actus reus universel), les juridictions de tradition anglo-saxonne ont historiquement manifest\u00e9 une grande r\u00e9ticence \u00e0 condamner le t\u00e9moin passif d&rsquo;une trag\u00e9die, privil\u00e9giant la pr\u00e9servation de l&rsquo;autonomie individuelle contre les injonctions positives de l&rsquo;\u00c9tat, sauf relation de tutelle juridique express\u00e9ment \u00e9tablie.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le statut juridique et philosophique de l&rsquo;actus reus soul\u00e8ve d&rsquo;ardents d\u00e9bats doctrinaux au sein de la th\u00e9orie contemporaine du droit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;artificialit\u00e9 de la s\u00e9paration avec la mens rea :<\/strong> De nombreux philosophes du droit soutiennent qu&rsquo;il est impossible de concevoir un \u00ab acte humain \u00bb en le d\u00e9pouillant totalement de sa finalit\u00e9 psychologique. Selon cette critique, le simple mouvement d&rsquo;un index qui se replie sur une d\u00e9tente n&rsquo;est pas un meurtre ; ce geste ne prend son sens d&rsquo;actus reus d&rsquo;assassinat qu&rsquo;\u00e0 travers la signification globale que lui insufflent les \u00e9tats intentionnels de l&rsquo;individu. Vouloir isoler chirurgicalement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moral rel\u00e8verait d&rsquo;une abstraction dualiste cart\u00e9sienne d\u00e9pass\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9cueil des infractions de possession :<\/strong> L&rsquo;assimilation de la possession d&rsquo;objets illicites \u00e0 un actus reus suscite de vives critiques criminologiques. Poss\u00e9der n&rsquo;est pas \u00ab agir \u00bb, mais \u00eatre dans une situation d&rsquo;\u00e9tat passif. En punissant la simple pr\u00e9sence d&rsquo;une chose dans les poches ou au domicile d&rsquo;un suspect, le l\u00e9gislateur court-circuite parfois l&rsquo;exigence d&rsquo;un acte moteur effectif, basculant subrepticement d&rsquo;un droit p\u00e9nal de l&rsquo;acte vers un droit p\u00e9nal de la condition ou de la suspicion.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;av\u00e8nement des syst\u00e8mes autonomes et de l&rsquo;intelligence artificielle :<\/strong> Le d\u00e9ploiement de v\u00e9hicules autonomes et d&rsquo;algorithmes d\u00e9cisionnels automatis\u00e9s capables de causer des dommages mortels bouscule frontalement la th\u00e9orie de l&rsquo;actus reus. Une machine sophistiqu\u00e9e ne poss\u00e9dant ni conscience biologique ni statut de personne morale peut-elle accomplir l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel d&rsquo;un crime ? L&rsquo;obligation d&rsquo;imputer l&rsquo;acte mat\u00e9riel \u00e0 un \u00eatre humain force les tribunaux \u00e0 \u00e9tendre artificiellement la responsabilit\u00e9 causale des ing\u00e9nieurs, concepteurs ou utilisateurs finaux sous la forme d&rsquo;omissions de contr\u00f4le ou de d\u00e9fauts de programmation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions fondamentales<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 th\u00e9orique dans l&rsquo;analyse criminologique et m\u00e9dico-l\u00e9gale, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;actus reus des concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Actus reus versus Mens rea :<\/strong> L&rsquo;actus reus constitue la manifestation objective, comportementale et ext\u00e9rieure de l&rsquo;infraction. La mens rea d\u00e9signe l&rsquo;attitude psychologique int\u00e9rieure, subjective et morale de l&rsquo;auteur (intention criminelle d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, dol direct ou indirect, t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, imprudence ou n\u00e9gligence fautive). Aucun crime ne peut \u00eatre l\u00e9galement sanctionn\u00e9 sans la conjonction temporelle simultan\u00e9e de ces deux piliers (principe de concomitance).<\/li>\n<li><strong>Actus reus versus Causalit\u00e9 :<\/strong> Bien que la causalit\u00e9 mat\u00e9rielle relie l&rsquo;acte au r\u00e9sultat dommageable dans les crimes mat\u00e9riels, elle ne se confond pas avec lui. L&rsquo;acte physique est le comportement de l&rsquo;agent ; la causalit\u00e9 est le lien logique et factuel qui d\u00e9montre que ce comportement sp\u00e9cifique a effectivement provoqu\u00e9 la l\u00e9sion sans \u00eatre supplant\u00e9 par une cause \u00e9trang\u00e8re survenue post\u00e9rieurement.<\/li>\n<li><strong>Automatisme versus Insanit\u00e9 mentale (Ali\u00e9nation) :<\/strong> L&rsquo;automatisme psychomoteur (somnambulisme, crise \u00e9pileptique focale sans conscience) an\u00e9antit l&rsquo;actus reus lui-m\u00eame, car il n&rsquo;y a pas d&rsquo;action volitionnelle humaine. L&rsquo;ali\u00e9nation mentale (bouff\u00e9e d\u00e9lirante, schizophr\u00e9nie parano\u00efde), quant \u00e0 elle, n&rsquo;annule pas l&rsquo;existence de l&rsquo;actus reus (l&rsquo;individu fou a mat\u00e9riellement et volontairement dirig\u00e9 son couteau vers autrui pour se d\u00e9fendre d&rsquo;un pr\u00e9tendu d\u00e9mon), mais elle an\u00e9antit sa responsabilit\u00e9 morale au niveau de la culpabilit\u00e9 ou de la mens rea en d\u00e9truisant sa facult\u00e9 de discernement.<\/li>\n<li><strong>Acte volontaire versus Acte libre :<\/strong> Un acte peut \u00eatre pleinement volontaire sur le plan moteur (satisfaisant ainsi aux exigences strictes de l&rsquo;actus reus) tout en \u00e9tant accompli sous l&rsquo;effet d&rsquo;une terreur psychologique extr\u00eame (la contrainte morale ou la menace de mort imm\u00e9diate par un tiers). Dans cette configuration, l&rsquo;actus reus existe ind\u00e9niablement, mais la contrainte morale pourra constituer une cause justificative ou une excuse absolutrice exon\u00e9rant l&rsquo;auteur de sa peine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse approfondie de l&rsquo;actus reus met en lumi\u00e8re les principes cardinaux suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;actus reus incarne l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel, physique et ext\u00e9rieur d&rsquo;une infraction p\u00e9nale, garantissant qu&rsquo;aucun citoyen ne soit condamn\u00e9 sur le seul fondement de ses pens\u00e9es ou de ses d\u00e9sirs.<\/li>\n<li>Il se manifeste sous la forme d&rsquo;un comportement positif d&rsquo;action, d&rsquo;une abstention fautive en violation d&rsquo;un devoir l\u00e9gal d&rsquo;agir (omission), ou de la possession consciente d&rsquo;un objet prohib\u00e9.<\/li>\n<li>La validit\u00e9 de l&rsquo;actus reus exige imp\u00e9rativement un acte volitionnel minimal : les mouvements corporels survenant sous l&#8217;empire d&rsquo;automatismes purs (somnambulisme, r\u00e9flexes convulsifs, crise comitiale) ne constituent pas des actions p\u00e9nales imputables.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique et neurophysiologique l\u00e9gale joue un r\u00f4le d\u00e9cisif pour d\u00e9partager l&rsquo;absence d&rsquo;acte (automatisme sans ali\u00e9nation mentale d\u00e9bouchant sur l&rsquo;acquittement) des pathologies psychiatriques alt\u00e9rant le discernement sans supprimer la motricit\u00e9 volontaire.<\/li>\n<li>Face aux d\u00e9couvertes neuroscientifiques sur l&rsquo;agentivit\u00e9 motrice et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des technologies autonomes, le concept d&rsquo;actus reus demeure l&rsquo;un des espaces de r\u00e9flexion les plus dynamiques et indispensables pour pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9quilibre entre justice r\u00e9tributive, protection sociale et libert\u00e9s fondamentales.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Anscombe, G. E. M. (1957). <em>Intention<\/em>. Basil Blackwell.<\/li>\n<li>Coke, E. (1797). <em>The Third Part of the Institutes of the Laws of England: Concerning High Treason, and Other Pleas of the Crown<\/em>. E. and R. Brooke.<\/li>\n<li>Davidson, D. (1963). Actions, reasons, and causes. <em>The Journal of Philosophy<\/em>, 60(23), 685\u2013700. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/2023177\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/2023177<\/a><\/li>\n<li>Hart, H. L. A. (2008). <em>Punishment and Responsibility: Essays in the Philosophy of Law<\/em> (2e \u00e9d.). Oxford University Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199534777.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199534777.001.0001<\/a><\/li>\n<li>Libet, B. (1985). Unconscious cerebral initiative and the role of conscious will in voluntary action. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 8(4), 529\u2013539. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00044903\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0140525X00044903<\/a><\/li>\n<li>Schurger, A., Sitt, J. D., &#038; Dehaene, S. (2012). An accumulator model for spontaneous neural decisions applied to the Libet&rsquo;s challenge. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 109(42), E2904\u2013E2913. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1210467109\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1210467109<\/a><\/li>\n<li>Wegner, D. M. (2002). <em>The Illusion of Conscious Will<\/em>. MIT Press. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/3650.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.7551\/mitpress\/3650.001.0001<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;actus reus constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel et objectif de l&rsquo;infraction p\u00e9nale. Analyse approfondie des fondements juridiques, de la volition motrice, des neurosciences de l&rsquo;action et des applications en psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[72,31746,13],"tags":[31747,31750,163,31748,31751,10,31749],"class_list":["post-19566","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-criminologie","category-droit-penal","category-psychologie-legale","tag-actus-reus","tag-automatisme","tag-criminologie","tag-droit-penal","tag-mens-rea","tag-psychologie-medico-legale","tag-volition-motrice"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19566\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19566"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}