{"id":19513,"date":"2026-10-22T07:23:06","date_gmt":"2026-10-22T07:23:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=psychotherapie-analytique-active"},"modified":"2026-10-22T07:23:06","modified_gmt":"2026-10-22T07:23:06","slug":"psychotherapie-analytique-active","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=psychotherapie-analytique-active","title":{"rendered":"Th\u00e9rapie analytique active : Au-del\u00e0 de la neutralit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>La psychoth\u00e9rapie analytique active constitue une inflexion majeure dans l&rsquo;histoire des th\u00e9rapies d&rsquo;inspiration psychanalytique, rompant de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e avec la posture d&rsquo;abstinence et de neutralit\u00e9 absolue traditionnellement assign\u00e9e au praticien. En introduisant des injonctions, des focalisations cibl\u00e9es et des interventions directes au sein du dispositif th\u00e9rapeutique, ce paradigme cherche \u00e0 surmonter les impasses du transfert et la stagnation de la rem\u00e9moration. Cet article propose une exploration \u00e9pist\u00e9mologique, clinique et m\u00e9thodologique approfondie de cette approche novatrice qui continue de f\u00e9conder les psychoth\u00e9rapies psychodynamiques contemporaines.<\/p>\n<h2>Psychoth\u00e9rapie analytique active<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La psychoth\u00e9rapie analytique active d\u00e9signe une modalit\u00e9 d&rsquo;intervention psychodynamique au sein de laquelle le th\u00e9rapeute adopte une posture d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment interventionniste, directive ou incitative, afin de mobiliser les d\u00e9fenses du patient, de surmonter les r\u00e9sistances inv\u00e9t\u00e9r\u00e9es et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer le processus de prise de conscience. Contrairement au mod\u00e8le analytique classique reposant sur la neutralit\u00e9 bienveillante, l&rsquo;association libre non dirig\u00e9e et l&rsquo;attention flottante, cette approche recourt \u00e0 des consignes comportementales, des interdictions provisoires, des confrontations directes et une focalisation affective aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Cette forme de th\u00e9rapie ne renonce nullement aux concepts cardinaux de la m\u00e9tapsychologie freudienne \u2014 tels que l&rsquo;inconscient, le refoulement, le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Transfert_(psychanalyse)\">transfert<\/a> et la r\u00e9sistance \u2014, mais en subordonne l&rsquo;\u00e9laboration technique \u00e0 une dynamique interactionnelle intensifi\u00e9e. Le praticien s&rsquo;\u00e9rige en agent provocateur de l&rsquo;exp\u00e9rience affective imm\u00e9diate, consid\u00e9rant que la stagnation n\u00e9vrotique se nourrit fr\u00e9quemment d&rsquo;une passivit\u00e9 transf\u00e9rentielle prolong\u00e9e. L&rsquo;intervention active a ainsi pour dessein fondamental de contraindre le moi du patient \u00e0 abandonner ses b\u00e9n\u00e9fices secondaires pour se confronter directement aux noyaux conflictuels sous-jacents.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab psychoth\u00e9rapie analytique active \u00bb est une synth\u00e8se terminologique issue de plusieurs strates linguistiques et th\u00e9oriques. Le substantif \u00ab psychoth\u00e9rapie \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>psukh\u00ea<\/em> (\u03c8\u03c5\u03c7\u03ae), signifiant le souffle vital, l&rsquo;esprit ou l&rsquo;\u00e2me, et de <em>therapeia<\/em> (\u03b8\u03b5\u03c1\u03b1\u03c0\u03b5\u03af\u03b1), renvoyant au soin, au service m\u00e9dical ou \u00e0 la cure. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00ab analytique \u00bb provient du grec <em>analusis<\/em> (\u1f00\u03bd\u03ac\u03bb\u03c5\u03c3\u03b9\u03c2), form\u00e9 sur le pr\u00e9fixe <em>ana-<\/em> (de bas en haut, de nouveau) et le verbe <em>luein<\/em> (d\u00e9nouer, dissoudre), traduisant l&rsquo;effort de d\u00e9composition d&rsquo;un tout psychique complexe en ses \u00e9l\u00e9ments constituants \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab active \u00bb puise quant \u00e0 lui sa filiation dans le latin <em>activus<\/em>, issu du verbe <em>agere<\/em>, qui implique l&rsquo;action, l&rsquo;impulsion et la mise en mouvement. Ce qualificatif a \u00e9t\u00e9 introduit de mani\u00e8re formelle dans le corpus analytique germanophone par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/S%C3%A1ndor_Ferenczi\">S\u00e1ndor Ferenczi<\/a> sous la locution <em>aktive Technik<\/em> (\u00ab technique active \u00bb) lors du congr\u00e8s de Budapest en 1918 et d\u00e9velopp\u00e9 dans ses \u00e9crits des ann\u00e9es 1920. Parall\u00e8lement, Wilhelm Stekel a employ\u00e9 le terme <em>aktive Psychoanalyse<\/em> pour d\u00e9signer un mod\u00e8le technique o\u00f9 l&rsquo;analyste assume une intuition directive, rompant avec le tempo traditionnellement lent de la cure type pour lui substituer une d\u00e9marche r\u00e9solument active et pragmatique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/psi.k\u0254.te.\u0281a.pi a.na.li.tik ak.tiv\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab psychoth\u00e9rapie \u00bb) qualifi\u00e9 par deux adjectifs relationnels coordonn\u00e9s de mani\u00e8re asynd\u00e9tique (\u00ab analytique \u00bb et \u00ab active \u00bb). Au pluriel, il prend la forme orthographique \u00ab psychoth\u00e9rapies analytiques actives \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;usage clinique et syntaxique, le terme est employ\u00e9 principalement comme une d\u00e9nomination g\u00e9n\u00e9rique renvoyant soit au courant historique initi\u00e9 par Ferenczi et Stekel, soit aux formes contemporaines de psychoth\u00e9rapies psychodynamiques br\u00e8ves et intensives. On retrouve r\u00e9guli\u00e8rement des variantes lexicales synonymiques ou quasi synonymiques telles que \u00ab technique active en psychanalyse \u00bb, \u00ab cure analytique active \u00bb ou \u00ab th\u00e9rapie dynamique active \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;essence de la psychoth\u00e9rapie analytique active, il convient d&rsquo;examiner le dilemme technique fondamental auquel la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychanalyse\">psychanalyse<\/a> naissante s&rsquo;est trouv\u00e9e confront\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Dans la cure type standardis\u00e9e, le dispositif repose sur la r\u00e8gle fondamentale de l&rsquo;association libre pour l&rsquo;analysant et sur l&rsquo;attention flottante coupl\u00e9e \u00e0 la neutralit\u00e9 pour l&rsquo;analyste. Or, les praticiens ont rapidement constat\u00e9 que certains tableaux cliniques \u2014 notamment les n\u00e9vroses obsessionnelles s\u00e9v\u00e8res, les phobies enkyst\u00e9es, les \u00e9tats limites et les structures caract\u00e9rielles rigides \u2014 s&rsquo;accommodent parfaitement de cette passivit\u00e9 pour y installer des r\u00e9sistances insurmontables. L&rsquo;analyse passive risquait d\u00e8s lors de se muer en un refuge intellectuel confortable o\u00f9 le discours tournait \u00e0 vide sans produire la moindre transformation psychique r\u00e9elle.<\/p>\n<p>L&rsquo;intervention active se d\u00e9ploie comme une rupture m\u00e9thodologique intentionnelle destin\u00e9e \u00e0 briser cette inertie. L&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;analyste ne consiste pas en une agitation arbitraire ni en une ing\u00e9rence morale dans la vie du sujet, mais en un am\u00e9nagement technique rigoureux. Elle s&rsquo;articule autour de prescriptions sp\u00e9cifiques : l&rsquo;analyste demande express\u00e9ment au patient d&rsquo;affronter des situations redout\u00e9es (dans le cas des phobies), d&rsquo;abandonner certains comportements compulsifs ou masturbatoires g\u00e9n\u00e9rateurs de b\u00e9n\u00e9fices primaires ou secondaires, ou encore de focaliser son attention sur un point de blocage pr\u00e9cis. En imposant ces contraintes ou ces incitations, le clinicien \u00e9l\u00e8ve artificiellement le niveau de tension pulsionnelle et affective au sein du moi.<\/p>\n<p>Cette surtension psychologique r\u00e9active la conflictualit\u00e9 sous-jacente. Priv\u00e9 de ses m\u00e9canismes de d\u00e9charge habituels et de ses voies de fuite caract\u00e9rielles, le patient est contraint de mobiliser ses affects refoul\u00e9s et de les projeter dans l&rsquo;espace transf\u00e9rentiel. L&rsquo;intervention active n&rsquo;est donc pas une fin en soi ; elle constitue un levier tactique temporaire visant \u00e0 rendre les motions pulsionnelles \u00e0 nouveau accessibles \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation analytique. L&rsquo;activit\u00e9 du th\u00e9rapeute cr\u00e9e les conditions optimales pour que la rem\u00e9moration et l&rsquo;\u00e9laboration psychique (<em>Durcharbeitung<\/em>) puissent se substituer \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition st\u00e9rile et \u00e0 l&rsquo;agir d\u00e9fensif.<\/p>\n<p>En outre, la technique active red\u00e9finit profond\u00e9ment le r\u00f4le de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. Alors que l&rsquo;orthodoxie analytique postule que la cure doit se d\u00e9rouler dans l&rsquo;abstinence absolue, les tenants de l&rsquo;approche active reconnaissent que le moi affaibli ou cliv\u00e9 du patient a besoin d&rsquo;un appui objectal vigoureux pour affronter l&rsquo;angoisse de d\u00e9sagr\u00e9gation ou de castration. L&rsquo;analyste accepte de s&rsquo;engager plus ouvertement sur le plan affectif, d&rsquo;exprimer une authenticit\u00e9 mesur\u00e9e et d&rsquo;utiliser le contre-transfert non plus seulement comme un obstacle \u00e0 \u00e9liminer, mais comme un instrument d&rsquo;orientation clinique imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la psychoth\u00e9rapie analytique active s&rsquo;enracine au c\u0153ur m\u00eame du cercle freudien primitif. D\u00e8s 1918, lors du cinqui\u00e8me Congr\u00e8s international de psychanalyse tenu \u00e0 Budapest, Sigmund Freud prononce son c\u00e9l\u00e8bre discours intitul\u00e9 \u00ab Voies nouvelles de la th\u00e9rapeutique psychanalytique \u00bb. Confront\u00e9 aux n\u00e9vroses de guerre et \u00e0 la perspective d&rsquo;ouvrir la psychanalyse aux masses populaires, Freud admet que la passivit\u00e9 analytique a des limites objectives. Il th\u00e9orise notamment la n\u00e9cessit\u00e9 pour l&rsquo;analyste d&rsquo;intervenir activement face aux phobies en incitant le patient \u00e0 affronter l&rsquo;objet anxiog\u00e8ne, affirmant que le refoulement ne peut \u00eatre lev\u00e9 tant que l&rsquo;angoisse n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 concr\u00e8tement \u00e9prouv\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois S\u00e1ndor Ferenczi qui va \u00e9riger cette intuition en un syst\u00e8me technique structur\u00e9 entre 1919 et 1926. Ferenczi, analys\u00e9 par Freud et clinicien g\u00e9nial des cas difficiles, exp\u00e9rimente m\u00e9thodiquement les \u00ab commandements \u00bb et les \u00ab interdictions \u00bb. Il demande \u00e0 ses patients d&rsquo;interrompre certains rituels, de diff\u00e9rer des plaisirs moteurs ou d&rsquo;adopter des postures physiques sp\u00e9cifiques sur le divan afin de catalyser les \u00e9motions enfouies. N\u00e9anmoins, avec une rare honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle, Ferenczi reconna\u00eet d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1920 les d\u00e9rives autoritaires de cette premi\u00e8re technique active, notant qu&rsquo;elle peut r\u00e9activer des traumatismes infantiles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arbitraire parental. Cela le conduira ult\u00e9rieurement vers sa \u00ab technique de relaxation \u00bb et l&rsquo;analyse n\u00e9o-cathartique expos\u00e9e dans son <em>Journal clinique<\/em> de 1932.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, Wilhelm Stekel d\u00e9veloppe \u00e0 Vienne une pratique r\u00e9solument dissidente qu&rsquo;il nomme la psychanalyse active. Refusant la r\u00e8gle de la passivit\u00e9 prolong\u00e9e qu&rsquo;il juge hypocrite et inefficace, Stekel revendique le droit d&rsquo;interpr\u00e9ter intuitivement les r\u00eaves d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances, de conseiller le patient, de raccourcir drastiquement la dur\u00e9e des traitements et de focaliser la cure sur le conflit central pr\u00e9sent. Cette posture lui vaudra une rupture irr\u00e9m\u00e9diable avec Freud, mais posera les jalons des th\u00e9rapies br\u00e8ves orient\u00e9es sur le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1940 et 1950, aux \u00c9tats-Unis, Franz Alexander et Thomas French reprennent et formalisent ces postulats au sein de l&rsquo;Institut de psychanalyse de Chicago avec leur ouvrage fondamental <em>Psychoanalytic Therapy: Principles and Application<\/em> (1946). Ils y introduisent le concept r\u00e9volutionnaire d&rsquo;\u00ab exp\u00e9rience \u00e9motionnelle correctrice \u00bb (<em>corrective emotional experience<\/em>). Selon Alexander, le th\u00e9rapeute doit adapter activement son attitude pour offrir au patient une r\u00e9ponse relationnelle diam\u00e9tralement oppos\u00e9e \u00e0 celle des figures parentales traumatisantes du pass\u00e9, d\u00e9mythifiant ainsi le dogme de la dur\u00e9e ind\u00e9finie et de l&rsquo;uniformit\u00e9 technique.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980, l&rsquo;h\u00e9ritage actif s&rsquo;est m\u00e9tamorphos\u00e9 en des approches psychodynamiques br\u00e8ves hautement sophistiqu\u00e9es, notamment sous l&rsquo;impulsion de Habib Davanloo avec la psychoth\u00e9rapie dynamique br\u00e8ve intensive (ISTDP), de David Malan, de Peter Sifneos et de Lester Luborsky. Ces chercheurs et cliniciens ont int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;enregistrement vid\u00e9o des s\u00e9ances, l&rsquo;\u00e9valuation empirique des processus de r\u00e9sistance et l&rsquo;activation \u00e9motionnelle directe, perp\u00e9tuant l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une psychanalyse rendue active, efficiente et scientifiquement \u00e9prouv\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le socle conceptuel de la psychoth\u00e9rapie analytique active s&rsquo;articule autour d&rsquo;une relecture dynamique de la th\u00e9orie des pulsions, de la structure du moi et de l&rsquo;\u00e9conomie psychique. Le premier postulat th\u00e9orique stipule que le sympt\u00f4me n\u00e9vrotique fonctionne comme un compromis \u00e9conomique qui draine l&rsquo;\u00e9nergie psychique. Si l&rsquo;analyste laisse le patient d\u00e9charger son angoisse par des micro-satisfactions substitutives, l&rsquo;analyse s&rsquo;\u00e9ternise. En introduisant des privations actives, le th\u00e9rapeute modifie l&rsquo;\u00e9conomie libidinale : l&rsquo;\u00e9nergie ainsi frustr\u00e9e cherche d&rsquo;autres voies d&rsquo;expression et r\u00e9investit les repr\u00e9sentations inconscientes refoul\u00e9es, rendant leur analyse possible.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me fondement repose sur la dynamique interactionnelle du transfert et du contre-transfert. Loin de consid\u00e9rer le transfert comme un simple d\u00e9ploiement spontan\u00e9 de fantasmes pr\u00e9existants, l&rsquo;approche active reconna\u00eet que la posture m\u00eame de l&rsquo;analyste fa\u00e7onne activement le champ transf\u00e9rentiel. En abandonnant l&rsquo;\u00e9cran neutre et impassible \u2014 souvent per\u00e7u par le patient comme un rejet narcissique, un silence surmo\u00efque ou une r\u00e9plication de la n\u00e9gligence parentale \u2014, le th\u00e9rapeute actif devient un objet r\u00e9el participant. Le travail th\u00e9rapeutique se concentre alors sur l&rsquo;ici-et-maintenant de la s\u00e9ance, o\u00f9 le d\u00e9cryptage des d\u00e9fenses mobilis\u00e9es en temps r\u00e9el pr\u00e9vaut sur la reconstruction intellectuelle du pass\u00e9 archa\u00efque.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier r\u00e9side dans la notion de flexibilit\u00e9 de l&rsquo;armure caract\u00e9rielle, d\u00e9velopp\u00e9e ult\u00e9rieurement par Wilhelm Reich et reprise par les courants psychodynamiques modernes. Les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9canisme_de_d%C3%A9fense\">m\u00e9canismes de d\u00e9fense<\/a> ne sont pas de simples barri\u00e8res isol\u00e9es, mais forment une structure caract\u00e9rielle globale qui s&rsquo;exprime dans le langage corporel, la tonalit\u00e9 vocale et les \u00e9vitements relationnels. La technique active soutient que pour percer cette armure, l&rsquo;intellectualisation et le m\u00e9talangage ne suffisent pas : une pression technique cibl\u00e9e sur les d\u00e9fenses caract\u00e9rielles est indispensable pour susciter l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un affect visc\u00e9ral authentique, condition <em>sine qua non<\/em> d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9organisation structurale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La psychoth\u00e9rapie analytique active se caract\u00e9rise par un ensemble de composantes techniques et m\u00e9thodologiques coordonn\u00e9es qui la distinguent de la cure psychanalytique standard :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;injonction et la prescription comportementale :<\/strong> Consigne explicite donn\u00e9e au patient d&rsquo;ex\u00e9cuter un acte jusqu&rsquo;alors \u00e9vit\u00e9 (par exemple, confronter un conflit professionnel, s&rsquo;exposer \u00e0 une situation phobog\u00e8ne sans r\u00e9assurance) afin d&rsquo;observer en s\u00e9ance les angoisses d\u00e9clench\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;interdiction technique (abstinence impos\u00e9e) :<\/strong> Directive contraignant le patient \u00e0 suspendre provisoirement des rituels obsessionnels, des d\u00e9charges masturbatoires compulsives ou des passages \u00e0 l&rsquo;acte r\u00e9guliers pour accro\u00eetre la tension intrapsychique n\u00e9cessaire au travail \u00e9laboratif.<\/li>\n<li><strong>La focalisation th\u00e9matique et temporelle :<\/strong> D\u00e9limitation rigoureuse d&rsquo;un focus conflictuel central (<em>core conflictual relationship theme<\/em>) et fixation pr\u00e9alable, dans certains protocoles, d&rsquo;un terme \u00e0 la th\u00e9rapie pour mobiliser l&rsquo;angoisse de s\u00e9paration et contrer les d\u00e9sirs de r\u00e9gression passive.<\/li>\n<li><strong>La confrontation active des r\u00e9sistances :<\/strong> Interpellation imm\u00e9diate et bienveillante mais in\u00e9branlable des d\u00e9fenses du patient au moment pr\u00e9cis o\u00f9 elles se manifestent dans l&rsquo;interaction (sourires d\u00e9plac\u00e9s, intellectualisations, d\u00e9tournements du regard, justifications rationnelles).<\/li>\n<li><strong>Le recours aux m\u00e9diations psychocorporelles :<\/strong> Attention soutenue port\u00e9e aux manifestations somatiques de l&rsquo;affect (tensions musculaires, respiration bloqu\u00e9e, conversion) avec incitation \u00e0 ressentir l&rsquo;\u00e9motion corporelle plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 simplement la verbaliser abstraitement.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;engagement authentique du th\u00e9rapeute :<\/strong> Abandon de l&rsquo;opacit\u00e9 absolue au profit d&rsquo;une pr\u00e9sence vivante, chaleureuse et r\u00e9active, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 clarifier la r\u00e9alit\u00e9 de la relation th\u00e9rapeutique pour d\u00e9samorcer les projections parano\u00efdes ou id\u00e9alisantes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mat\u00e9rialit\u00e9 de cette d\u00e9marche clinique, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un patient de quarante ans, brillant universitaire, consultant pour une inhibition s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;\u00e9criture et une incapacit\u00e9 chronique \u00e0 finaliser ses travaux de recherche. En analyse classique depuis trois ans, le patient passait ses s\u00e9ances \u00e0 rationaliser \u00e9l\u00e9gamment ses doutes, d\u00e9crivant son p\u00e8re \u00e9crasant sans jamais manifester la moindre \u00e9motion. L&rsquo;analyse s&rsquo;\u00e9tait enlis\u00e9e dans une complicit\u00e9 intellectuelle st\u00e9rile o\u00f9 le divan servait de refuge protecteur contre toute prise de risque.<\/p>\n<p>En adoptant une approche analytique active, le praticien modifie le cadre : les s\u00e9ances se d\u00e9roulent en face-\u00e0-face et un contrat d&rsquo;action est instaur\u00e9. Le th\u00e9rapeute prescrit au patient de r\u00e9diger chaque jour deux pages sans aucune relecture ni correction, et d&rsquo;affronter directement le sentiment d&rsquo;imperfection. D\u00e8s la s\u00e9ance suivante, le patient arrive dans un \u00e9tat de fureur et d&rsquo;angoisse intense, accusant le th\u00e9rapeute de tyrannie. L&rsquo;analyste refuse d&rsquo;entrer dans un d\u00e9bat logique et pointe imm\u00e9diatement la r\u00e9sistance : \u00ab Remarquez comment votre col\u00e8re contre mes consignes r\u00e9plique exactement la ranc\u0153ur refoul\u00e9e que vous n&rsquo;avez jamais os\u00e9 adresser \u00e0 votre p\u00e8re lorsque celui-ci exigeait la perfection. Ici, vous tentez de me paralyser par votre mutisme pour ne pas risquer de me d\u00e9truire par votre rage cr\u00e9atrice. \u00bb<\/p>\n<p>Cette confrontation directe d\u00e9clenche chez le patient un effondrement des d\u00e9fenses intellectuelles, suivi d&rsquo;un sanglot cataclysmique et de la lib\u00e9ration d&rsquo;une rage archa\u00efque jusque-l\u00e0 totalement cliv\u00e9e. En interdisant le recours \u00e0 la rumination obsessionnelle habituelle par une t\u00e2che active, le th\u00e9rapeute a forc\u00e9 le conflit \u00e0 s&rsquo;actualiser dans le transfert vif. Durant les s\u00e9ances ult\u00e9rieures, l&rsquo;\u00e9nergie autrefois ligot\u00e9e dans le blocage caract\u00e9riel a pu \u00eatre r\u00e9investie dans l&rsquo;ach\u00e8vement de son manuscrit, d\u00e9montrant l&rsquo;efficacit\u00e9 mutative de l&rsquo;acte technique.<\/p>\n<p>Un autre exemple typique concerne le traitement actif des agoraphobies. Face \u00e0 une patiente incapable de quitter son domicile sans \u00eatre accompagn\u00e9e, l&rsquo;analyste actif refuse de se contenter d&rsquo;explorer ind\u00e9finiment les origines infantiles de l&rsquo;angoisse de s\u00e9paration. Il \u00e9tablit une s\u00e9rie d&rsquo;exercices progressifs o\u00f9 la patiente doit s&rsquo;aventurer seule dans la rue jusqu&rsquo;au seuil de l&rsquo;angoisse, puis consigner m\u00e9ticuleusement les fantasmes d&rsquo;abandon ou de punition qui surgissent \u00e0 cet instant pr\u00e9cis. Les s\u00e9ances ne portent plus sur des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, mais sur le mat\u00e9riel psychique br\u00fblant extrait directement de l&rsquo;\u00e9preuve active de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation au sein d&rsquo;une psychoth\u00e9rapie analytique active d\u00e9laisse les bilans nosographiques fig\u00e9s pour privil\u00e9gier une \u00e9valuation dynamique et processuelle continue. D\u00e8s les entretiens pr\u00e9liminaires, le clinicien teste activement la r\u00e9ceptivit\u00e9 du patient aux interventions psychodynamiques au moyen d&rsquo;interpr\u00e9tations d&rsquo;essai (<em>trial interpretations<\/em>). Cette man\u0153uvre diagnostique vise \u00e0 jauger la capacit\u00e9 d&rsquo;introspection (<em>psychological mindedness<\/em>), la solidit\u00e9 des fronti\u00e8res du moi et l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 des d\u00e9fenses face \u00e0 une confrontation mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans les mod\u00e8les contemporains de psychoth\u00e9rapie analytique br\u00e8ve et active, les cliniciens recourent fr\u00e9quemment \u00e0 des instruments standardis\u00e9s pour objectiver les dynamiques relationnelles et les progr\u00e8s th\u00e9rapeutiques. L&rsquo;\u00e9chelle CCRT (<em>Core Conflictual Relationship Theme<\/em>) de Lester Luborsky permet par exemple de cartographier avec rigueur les trois composantes du sch\u00e9ma relationnel conflictuel central : le souhait du patient (<em>Wish<\/em>), la r\u00e9ponse anticip\u00e9e de l&rsquo;autre (<em>Response of Other<\/em>) et la r\u00e9action cons\u00e9cutive du sujet (<em>Response of Self<\/em>).<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;outils valid\u00e9s tels que le WAI (<em>Working Alliance Inventory<\/em>), tandis que l&rsquo;\u00e9volution structurale est appr\u00e9ci\u00e9e via des grilles \u00e9valuant les m\u00e9canismes de d\u00e9fense, \u00e0 l&rsquo;instar de la DMRS (<em>Defense Mechanisms Rating Scale<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par J. Christopher Perry. Dans les d\u00e9marches cliniques inform\u00e9es par la recherche, le clinicien observe l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation graduelle du niveau d&rsquo;adaptation des d\u00e9fenses \u2014 le passage de d\u00e9fenses immatures (clivage, projection, passage \u00e0 l&rsquo;acte) vers des d\u00e9fenses matures (sublimation, anticipation, humour) \u2014 comme le barom\u00e8tre le plus fiable de la restructuration psychique op\u00e9r\u00e9e par la cure.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La psychoth\u00e9rapie analytique active trouve un champ d&rsquo;application particuli\u00e8rement f\u00e9cond aupr\u00e8s de populations cliniques traditionnellement r\u00e9put\u00e9es peu accessibles ou r\u00e9fractaires \u00e0 la cure analytique classique. Au premier rang de celles-ci figurent les troubles de la personnalit\u00e9, notamment les \u00e9tats limites (borderline) et les personnalit\u00e9s narcissiques. Chez ces patients, la passivit\u00e9 de l&rsquo;analyste traditionnel induit fr\u00e9quemment une r\u00e9gression maligne, une angoisse d&rsquo;abandon insoutenable ou un d\u00e9lire transf\u00e9rentiel. L&rsquo;activit\u00e9 structurante du th\u00e9rapeute offre un \u00e9tayage indispensable qui contient la d\u00e9sorganisation et permet de focaliser le travail sur les clivages du moi.<\/p>\n<p>Les troubles anxieux s\u00e9v\u00e8res, les phobies invalidantes et les troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) constituent une seconde indication \u00e9lective historique. L&rsquo;adjonction d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments actifs permet de court-circuiter l&rsquo;enkystement des sympt\u00f4mes et d&rsquo;\u00e9viter que le dispositif th\u00e9rapeutique ne soit lui-m\u00eame vampiris\u00e9 par la logique rituelle du patient. Dans le domaine des conduites addictives et des troubles du comportement alimentaire, la technique active offre le cadre de contention n\u00e9cessaire pour poser des limites d&rsquo;abstinence comportementale sans lesquelles aucun travail d&rsquo;\u00e9laboration psychodynamique n&rsquo;est envisageable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du cabinet lib\u00e9ral, ce mod\u00e8le pr\u00e9sente une pertinence majeure dans le cadre institutionnel des centres m\u00e9dico-psychologiques (CMP), des h\u00f4pitaux de jour et des services universitaires de sant\u00e9 mentale. Dans ces contextes o\u00f9 les contraintes temporelles et \u00e9conomiques imposent des prises en charge limit\u00e9es dans le temps, la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie_psychanalytique\">psychoth\u00e9rapie psychanalytique<\/a> active permet de prodiguer des soins en profondeur sans exiger des cures pluriannuelles ind\u00e9finies, d\u00e9mocratisant ainsi l&rsquo;acc\u00e8s aux b\u00e9n\u00e9fices de l&rsquo;introspection dynamique.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Longtemps marginalis\u00e9e par l&rsquo;orthodoxie psychanalytique au nom de la puret\u00e9 technique, la psychoth\u00e9rapie analytique active a paradoxalement fourni le terreau le plus fertile pour la validation empirique des concepts psychanalytiques. Depuis les ann\u00e9es 1990, des cohortes d&rsquo;\u00e9tudes cliniques contr\u00f4l\u00e9es randomis\u00e9es (ECR) et des m\u00e9ta-analyses rigoureuses sont venues attester de l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique des approches psychodynamiques actives et br\u00e8ves.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es par Falk Leichsenring et ses collaborateurs dans des revues prestigieuses telles que le <em>JAMA<\/em> et l&rsquo;<em>American Journal of Psychiatry<\/em> ont d\u00e9montr\u00e9 que les th\u00e9rapies psychodynamiques focales et actives affichent des tailles d&rsquo;effet \u00e9quivalentes, voire sup\u00e9rieures sur le long terme, \u00e0 celles des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) dans le traitement de la d\u00e9pression majeure et des troubles anxieux. Ces travaux ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;effet singulier dit de \u00ab sleeper effect \u00bb, propre aux th\u00e9rapies dynamiques : les gains th\u00e9rapeutiques continuent de s&rsquo;accro\u00eetre plusieurs mois ou ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de la cure, attestant d&rsquo;une transformation structurale durable et non d&rsquo;une simple r\u00e9mission symptomatique de surface.<\/p>\n<p>Sur le plan des processus, les recherches pionni\u00e8res men\u00e9es par Habib Davanloo et confirm\u00e9es par Allan Abbass sur la psychoth\u00e9rapie dynamique br\u00e8ve intensive (ISTDP) ont apport\u00e9 des preuves neurophysiologiques et comportementales frappantes. L&rsquo;enregistrement vid\u00e9o syst\u00e9matique de milliers d&rsquo;heures cliniques a valid\u00e9 le fait que la confrontation active et directe des d\u00e9fenses mobilise imm\u00e9diatement le syst\u00e8me nerveux autonome, et que l&rsquo;exp\u00e9rience somatique v\u00e9cue de l&rsquo;affect refoul\u00e9 est le pr\u00e9dicteur statistique le plus puissant de la r\u00e9duction durable des sympt\u00f4mes somatoformes et de la d\u00e9pression r\u00e9sistante.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;acceptation et l&rsquo;op\u00e9rationnalisation de la psychoth\u00e9rapie analytique active varient consid\u00e9rablement selon les contextes g\u00e9ographiques et socioculturels. Dans les cultures occidentales contemporaines domin\u00e9es par des exigences de rentabilit\u00e9 temporelle, d&rsquo;autonomie individuelle et de transparence contractuelle, cette approche rencontre une r\u00e9sonance particuli\u00e8re. Elle s&rsquo;harmonise avec l&rsquo;attente soci\u00e9tale d&rsquo;une th\u00e9rapeutique collaborative o\u00f9 le patient n&rsquo;est pas plac\u00e9 dans une position d&rsquo;infantilisation passive face \u00e0 un ma\u00eetre silencieux.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue transculturel, la technique active se r\u00e9v\u00e8le souvent plus respectueuse et adapt\u00e9e aupr\u00e8s de patients issus de cultures collectivistes ou traditionnelles (par exemple, au sein de nombreuses communaut\u00e9s d&rsquo;Afrique subsaharienne, du monde arabe ou d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est). Dans ces contextes, la posture du praticien totalement silencieux et impassible est fr\u00e9quemment interpr\u00e9t\u00e9e non comme une neutralit\u00e9 bienveillante, mais comme une froideur offensante, une indiff\u00e9rence hostile ou une transgression des codes \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;hospitalit\u00e9 et de la relation humaine. Une pr\u00e9sence active, chaleureuse et structurante permet d&rsquo;\u00e9tablir une alliance de travail s\u00e9curisante tout en respectant les repr\u00e9sentations culturelles de l&rsquo;aide et de l&rsquo;autorit\u00e9 soignante.<\/p>\n<p>Toutefois, la manipulation de l&rsquo;activit\u00e9 th\u00e9rapeutique requiert une extr\u00eame vigilance sociologique face aux dynamiques de pouvoir. Dans les soci\u00e9t\u00e9s fortement hi\u00e9rarchis\u00e9es ou marqu\u00e9es par des traumatismes sociopolitiques et institutionnels, les injonctions du th\u00e9rapeute risquent d&rsquo;\u00eatre confondues avec des formes d&rsquo;oppression ou d&rsquo;abus d&rsquo;autorit\u00e9, contraignant le clinicien \u00e0 expliciter constamment le sens de son intervention pour pr\u00e9server l&rsquo;autonomie souveraine du patient.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>D\u00e8s son \u00e9mergence, la psychoth\u00e9rapie analytique active a suscit\u00e9 de violentes controverses qui ont durablement fractur\u00e9 le mouvement psychanalytique. La critique la plus virulente, \u00e9mise initialement par Freud lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;encontre des audaces de Ferenczi et des th\u00e9ories de Stekel, porte sur le risque de suggestion et de manipulation transf\u00e9rentielle. Les d\u00e9tracteurs orthodoxes affirment qu&rsquo;en abandonnant la neutralit\u00e9 pour prescrire ou interdire des actes, l&rsquo;analyste abandonne la position d&rsquo;analyse pour endosser celle d&rsquo;un surmoi autoritaire, r\u00e9duisant la psychanalyse \u00e0 une forme sophistiqu\u00e9e de suggestion hypnotique ou de r\u00e9\u00e9ducation comportementale.<\/p>\n<p>Une seconde objection th\u00e9orique majeure concerne la contamination du contre-transfert. Les analystes lacaniens et kleiniens soulignent que l&rsquo;impatience du th\u00e9rapeute et son d\u00e9sir irr\u00e9pressible de \u00ab gu\u00e9rir \u00bb activement le patient trahissent fr\u00e9quemment des r\u00e9sistances contre-transf\u00e9rentielles non analys\u00e9es. L&rsquo;agir de l&rsquo;analyste peut alors constituer une fuite face \u00e0 l&rsquo;angoisse d\u00e9pressive suscit\u00e9e par le silence du patient ou une tentative inconsciente de dominer la cure pour satisfaire son propre narcissisme th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, les limites et contre-indications de l&rsquo;approche active doivent \u00eatre rigoureusement pos\u00e9es. L&rsquo;application intempestive de confrontations vigoureuses chez des patients pr\u00e9sentant une organisation psychotique manifeste, un moi extr\u00eamement fragile ou des ant\u00e9c\u00e9dents de traumatismes complexes pr\u00e9coces peut provoquer des d\u00e9compensations aigu\u00ebs, des \u00e9pisodes de dissociation traumatique ou des ruptures brutales de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. Comme Ferenczi en a lui-m\u00eame fait l&rsquo;am\u00e8re exp\u00e9rience, l&rsquo;activit\u00e9 th\u00e9rapeutique pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s peut rejouer sur la sc\u00e8ne transf\u00e9rentielle l&rsquo;agression de l&rsquo;adulte abusif, g\u00e9n\u00e9rant un traumatisme iatrog\u00e8ne que la seule interpr\u00e9tation ult\u00e9rieure peine \u00e0 r\u00e9parer.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir les confusions terminologiques fr\u00e9quentes dans la litt\u00e9rature clinique, il est indispensable de discriminer la psychoth\u00e9rapie analytique active d&rsquo;autres modalit\u00e9s th\u00e9rapeutiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Psychanalyse classique (cure type) :<\/strong> Se fonde imp\u00e9rativement sur le divan, la fr\u00e9quence pluris\u00e9bdomadaire des s\u00e9ances, l&rsquo;abstinence, la r\u00e8gle de libre association et la neutralit\u00e9 stricte du praticien, excluant formellement les injonctions comportementales et les focalisations d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Psychoth\u00e9rapie psychodynamique br\u00e8ve :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant divers mod\u00e8les d&rsquo;inspiration psychanalytique limit\u00e9s dans le temps ; bien que nombre d&rsquo;entre eux utilisent des \u00e9l\u00e9ments actifs, certains mod\u00e8les brefs demeurent d&rsquo;orientation passive et interpr\u00e9tative standard.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) :<\/strong> Bien que partageant avec la technique active l&rsquo;usage de prescriptions de t\u00e2ches et la directivit\u00e9 des \u00e9changes, la TCC s&rsquo;en distingue radicalement par ses fondements th\u00e9oriques (th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage et du traitement de l&rsquo;information), ignorant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;analyse du transfert inconscient et le travail sur la dynamique m\u00e9tapsychologique des pulsions.<\/li>\n<li><strong>Psychoth\u00e9rapie dynamique br\u00e8ve intensive (ISTDP) :<\/strong> Branche contemporaine hyper-sp\u00e9cifique de la th\u00e9rapie active d\u00e9velopp\u00e9e par Davanloo, caract\u00e9ris\u00e9e par une technique standardis\u00e9e de d\u00e9fi syst\u00e9matique des d\u00e9fenses et de provocation cibl\u00e9e des sentiments transf\u00e9rentiels intenses.<\/li>\n<li><strong>Technique de relaxation analytique :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e par Ferenczi dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie en r\u00e9action aux exc\u00e8s de sa propre technique active, cette approche privil\u00e9gie la tendresse, la permissivit\u00e9 et l&rsquo;accueil bienveillant des besoins r\u00e9gressifs de l&rsquo;enfant bless\u00e9 au d\u00e9triment de la contrainte.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La psychoth\u00e9rapie analytique active repr\u00e9sente une \u00e9volution technique majeure qui a d\u00e9montr\u00e9 que la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inconscient freudien n&rsquo;exige pas l&rsquo;impassibilit\u00e9 silencieuse du th\u00e9rapeute. En utilisant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la confrontation, la prescription et la gestion active de la tension \u00e9motionnelle, cette modalit\u00e9 de soin arrache le processus th\u00e9rapeutique \u00e0 la scl\u00e9rose intellectuelle et dynamise l&rsquo;\u00e9laboration psychique.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre un bricolage \u00e9clectique sans rigueur, elle constitue une d\u00e9marche hautement technique qui exige du praticien une formation analytique rigoureuse, une conscience aigu\u00eb de son contre-transfert et un tact clinique exceptionnel pour doser l&rsquo;intensit\u00e9 des interventions. Valid\u00e9e par des d\u00e9cennies de recherche empirique et perp\u00e9tu\u00e9e par les th\u00e9rapies psychodynamiques contemporaines, elle demeure l&rsquo;un des ponts les plus solides entre la profondeur m\u00e9tapsychologique de la psychanalyse et les exigences d&rsquo;efficacit\u00e9 de la clinique moderne.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Alexander, F., &#038; French, T. M. (1946). <em>Psychoanalytic Therapy: Principles and Application<\/em>. Ronald Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/catalog.hathitrust.org\/Record\/001099617\">https:\/\/catalog.hathitrust.org\/Record\/001099617<\/a><\/li>\n<li>Davanloo, H. (2000). <em>Intensive Short-Term Dynamic Psychotherapy: Selected Papers of Habib Davanloo, MD<\/em>. John Wiley &#038; Sons. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.wiley.com\/en-us\/Intensive+Short+Term+Dynamic+Psychotherapy-p-9780471497042\">https:\/\/www.wiley.com\/en-us\/Intensive+Short+Term+Dynamic+Psychotherapy-p-9780471497042<\/a><\/li>\n<li>Ferenczi, S. (1920). The further development of an active therapy in psycho-analysis. Dans <em>Further Contributions to the Theory and Technique of Psycho-Analysis<\/em> (pp. 198-217). Hogarth Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.karnacbooks.com\/product\/further-contributions-to-the-theory-and-technique-of-psychoanalysis\/276\/\">https:\/\/www.karnacbooks.com\/product\/further-contributions-to-the-theory-and-technique-of-psychoanalysis\/276\/<\/a><\/li>\n<li>Freud, S. (1919). Lines of advance in psycho-analytic therapy. Dans <em>The Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud, Volume XVII (1917-1919): An Infantile Neurosis and Other Works<\/em> (pp. 157-168). Hogarth Press. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.pep-web.org\/document.php?id=se.017.0157a\">https:\/\/www.pep-web.org\/document.php?id=se.017.0157a<\/a><\/li>\n<li>Leichsenring, F., &#038; Rabung, S. (2008). Effectiveness of long-term psychodynamic psychotherapy: A meta-analysis. <em>JAMA<\/em>, 300(13), 1551\u20131565. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jama.300.13.1551\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jama.300.13.1551<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les fondements, l&rsquo;histoire et les techniques de la psychoth\u00e9rapie analytique active, une approche psychodynamique intervenant au c\u0153ur des r\u00e9sistances.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1772,3,1399],"tags":[31626,83,22739,27783,31627,28777],"class_list":["post-19513","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychanalyse","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","tag-psychanalyse-active","tag-psychologie-clinique","tag-sandor-ferenczi","tag-technique-active","tag-therapie-psychodynamique","tag-wilhelm-stekel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19513\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}