{"id":19490,"date":"2026-10-22T06:07:08","date_gmt":"2026-10-22T06:07:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-action-neurosciences"},"modified":"2026-10-22T06:07:08","modified_gmt":"2026-10-22T06:07:08","slug":"potentiel-action-neurosciences","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-action-neurosciences","title":{"rendered":"Potentiel d&rsquo;action : L&rsquo;\u00e9tincelle cognitive"},"content":{"rendered":"<p>Le potentiel d&rsquo;action constitue le m\u00e9canisme biophysique fondamental par lequel le syst\u00e8me nerveux encode, traite et transmet les informations r\u00e9gissant la cognition, l&rsquo;\u00e9motion et le comportement moteur. Sans cette d\u00e9polarisation membranaire st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et auto-prop\u00e9g\u00e9e, la communication neuronale \u00e0 longue distance serait physiquement impossible, condamnant l&rsquo;organisme \u00e0 l&rsquo;inertie physiologique.<\/p>\n<h2>Potentiel d&rsquo;action<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le potentiel d&rsquo;action (souvent abr\u00e9g\u00e9 en PA) est une inversion transitoire, rapide et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la polarit\u00e9 \u00e9lectrique de la membrane plasmique d&rsquo;une cellule excitable, principalement un neurone ou un myocyte. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne biophysique ob\u00e9it \u00e0 la \u00ab loi du tout ou rien \u00bb et se caract\u00e9rise par une phase ascendante de d\u00e9polarisation massive d\u00e9pendant de l&rsquo;afflux d&rsquo;ions sodium (ou calcium), suivie d&rsquo;une phase descendante de repolarisation m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;efflux d&rsquo;ions potassium.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et neuroscientifique, le potentiel d&rsquo;action est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire du code neural. Bien que l&rsquo;amplitude d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action individuel soit g\u00e9n\u00e9ralement constante pour un neurone donn\u00e9, l&rsquo;intensit\u00e9, la valence et la dynamique temporelle d&rsquo;un stimulus psychologique \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un \u00e9clat lumineux perceptif, de la douleur d&rsquo;une br\u00fblure ou d&rsquo;une d\u00e9cision cognitive complexe \u2014 sont traduites par la fr\u00e9quence de d\u00e9charge et les configurations spatio-temporelles des trains de potentiels d&rsquo;action.<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;impulsion r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, le potentiel d&rsquo;action pr\u00e9vient l&rsquo;att\u00e9nuation passive du signal \u00e9lectrique le long des axones, permettant \u00e0 un signal de cheminer sur des distances pouvant d\u00e9passer un m\u00e8tre chez l&rsquo;\u00eatre humain sans aucune perte d&rsquo;amplitude. Il constitue ainsi la passerelle indispensable entre le traitement synaptique local et l&rsquo;int\u00e9gration computationnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des r\u00e9seaux corticaux et sous-corticaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme d\u00e9rive de la combinaison de deux concepts fondamentaux de la physique et de la physiologie. Le mot \u00ab potentiel \u00bb trouve sa racine dans le substantif latin <em>potentia<\/em>, signifiant \u00ab puissance, facult\u00e9 d&rsquo;agir \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;adjectif <em>potis<\/em> (\u00ab capable, ma\u00eetre de \u00bb). En physique du XIXe si\u00e8cle, la notion de potentiel a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e pour d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9nergie potentielle emmagasin\u00e9e par unit\u00e9 de charge dans un champ \u00e9lectrostatique, mesur\u00e9e en volts.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab action \u00bb provient du latin <em>actio<\/em> (\u00ab mise en mouvement, accomplissement, plaidoirie \u00bb), issu du verbe <em>agere<\/em> (\u00ab pousser, mener, agir \u00bb). L&rsquo;expression a \u00e9merg\u00e9 dans les laboratoires de physiologie germanophones sous la d\u00e9signation <em>Aktionspotential<\/em>, formalis\u00e9e au cours des travaux d&rsquo;Emil du Bois-Reymond et de Julius Bernstein, pour distinguer l&rsquo;\u00e9tat dynamique et transitoire de la membrane excitable en r\u00e9ponse \u00e0 une stimulation de son \u00e9tat stationnaire ou passif, nomm\u00e9 potentiel de repos (<em>Ruhepotential<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration de la locution dans la litt\u00e9rature francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au tournant du XXe si\u00e8cle par la traduction directe des travaux de neurophysiologie exp\u00e9rimentale d&rsquo;Europe centrale et anglo-saxonne, s&rsquo;imposant d\u00e9finitivement avec les publications fondatrices d&rsquo;Alan Hodgkin et d&rsquo;Andrew Huxley dans les ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab potentiel d&rsquo;action \u00bb est une locution nominale masculine. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est : \/p\u0254.t\u0251\u0303.sj\u025bl dak.sj\u0254\u0303\/. Au pluriel, elle prend la forme orthographique \u00ab potentiels d&rsquo;action \u00bb, o\u00f9 le terme \u00ab action \u00bb demeure au singulier car il d\u00e9signe la nature fonctionnelle de la variation de potentiel.<\/p>\n<p>L&rsquo;acronyme d&rsquo;usage courant dans la communaut\u00e9 scientifique internationale et francophone est \u00ab PA \u00bb (ou fr\u00e9quemment \u00ab AP \u00bb dans les publications de langue anglaise pour <em>Action Potential<\/em>). Dans le registre acad\u00e9mique, il est employ\u00e9 comme sujet ou compl\u00e9ment pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement unitaire (\u00ab l&rsquo;initiation d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action \u00bb) ou collectivement au pluriel pour caract\u00e9riser l&rsquo;activit\u00e9 de d\u00e9charge d&rsquo;un r\u00e9seau (\u00ab l&rsquo;\u00e9mission de potentiels d&rsquo;action en rafales \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le potentiel d&rsquo;action repose sur la modification dynamique de la perm\u00e9abilit\u00e9 de la membrane plasmique aux ions inorganiques. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tat basal, un neurone maintient un potentiel de membrane de repos, typiquement compris entre -60 et -70 millivolts (mV). Cet \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre dynamique r\u00e9sulte d&rsquo;une distribution asym\u00e9trique des esp\u00e8ces ioniques : les ions sodium (Na+) et chlorure (Cl-) pr\u00e9dominent dans le milieu extracellulaire, tandis que les ions potassium (K+) et les macromol\u00e9cules prot\u00e9iques charg\u00e9es n\u00e9gativement sont concentr\u00e9s dans le cytoplasme. Ce gradient \u00e9lectrochimique est entretenu activement par la pompe sodium-potassium ATPase, qui expulse trois ions Na+ pour deux ions K+ r\u00e9introduits contre leurs gradients respectifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement s&rsquo;amorce lorsqu&rsquo;une sommation spatio-temporelle de potentiels post-synaptiques excitateurs (PPSE) d\u00e9polarise le segment initial de l&rsquo;axone jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre une valeur critique : le seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9 aux alentours de -55 \u00e0 -50 mV. L&rsquo;atteinte de ce seuil d\u00e9clenche une r\u00e9action en cha\u00eene autocatalytique connue sous le nom de cycle de Hodgkin. Les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Canal_ionique\">canaux ioniques<\/a> sodium voltage-d\u00e9pendants (Nav) s&rsquo;ouvrent massivement, provoquant un afflux fulgurant de Na+ le long de son gradient \u00e9lectrochimique vers le milieu intracellulaire. Ce courant sodique entrant d\u00e9polarise brutalement la membrane jusqu&rsquo;\u00e0 une valeur positive proche de +30 \u00e0 +40 mV, ph\u00e9nom\u00e8ne appel\u00e9 l&rsquo;inversion de polarit\u00e9 ou <em>overshoot<\/em>.<\/p>\n<p>La phase de repolarisation s&rsquo;enclenche quasi imm\u00e9diatement en raison de deux processus biophysiques simultan\u00e9s : l&rsquo;inactivation rapide des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants par l&rsquo;occlusion de leur pore via un domaine prot\u00e9ique d&rsquo;inactivation intracellulaire, et l&rsquo;ouverture retard\u00e9e des canaux potassium voltage-d\u00e9pendants (Kv). L&rsquo;efflux massif d&rsquo;ions K+ vers le compartiment extracellulaire r\u00e9tablit rapidement la n\u00e9gativit\u00e9 interne de la membrane.<\/p>\n<p>Parce que la fermeture des canaux potassium est relativement lente, la perm\u00e9abilit\u00e9 au potassium demeure transitoirement plus \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;au repos, ce qui entra\u00eene une br\u00e8ve phase d&rsquo;hyperpolarisation cons\u00e9cutive (<em>afterhyperpolarization<\/em> ou undershoot), au cours de laquelle le potentiel transmembranaire se rapproche du potentiel d&rsquo;\u00e9quilibre du potassium (environ -90 mV). Enfin, la fermeture progressive de ces canaux Kv et l&rsquo;action continue des transporteurs ioniques restaurent le potentiel de repos originel.<\/p>\n<p>Une caract\u00e9ristique primordiale du potentiel d&rsquo;action est l&rsquo;existence de p\u00e9riodes r\u00e9fractaires. Pendant la p\u00e9riode r\u00e9fractaire absolue, aucun stimulus, quelle que soit son intensit\u00e9, ne peut d\u00e9clencher un second potentiel d&rsquo;action en raison de l&rsquo;inactivation conformationnelle absolue des canaux Nav. Durant la p\u00e9riode r\u00e9fractaire relative cons\u00e9cutive, un nouveau potentiel d&rsquo;action peut \u00eatre initi\u00e9, mais seulement en r\u00e9ponse \u00e0 une stimulation supraliminaire d&rsquo;intensit\u00e9 bien sup\u00e9rieure \u00e0 la normale, du fait de l&rsquo;hyperpolarisation r\u00e9siduelle et de la d\u00e9-inactivation partielle des canaux sodiques. Ces p\u00e9riodes garantissent l&rsquo;unidirectionalit\u00e9 stricte de la propagation axonale du soma vers la terminaison pr\u00e9synaptique et fixent la limite sup\u00e9rieure de la fr\u00e9quence de d\u00e9charge d&rsquo;un neurone, ordinairement plafonn\u00e9e \u00e0 quelques centaines de Hertz.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du potentiel d&rsquo;action a franchi plusieurs r\u00e9volutions conceptuelles et technologiques majeures, transformant la vision de \u00ab l&rsquo;esprit animal \u00bb en une biophysique quantitative rigoureuse :<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, Luigi Galvani \u00e9tablit l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab \u00e9lectricit\u00e9 animale \u00bb en provoquant la contraction de cuisses de grenouilles diss\u00e9qu\u00e9es. Bien qu&rsquo;Alessandro Volta ait contest\u00e9 ses interpr\u00e9tations en attribuant ces courants \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des m\u00e9taux employ\u00e9s, Galvani d\u00e9montra ult\u00e9rieurement des contractions nerveuses sans m\u00e9taux ext\u00e9rieurs, posant le socle de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie.<\/p>\n<p>Au milieu du XIXe si\u00e8cle, Hermann von Helmholtz r\u00e9alise la premi\u00e8re mesure exp\u00e9rimentale de la vitesse de l&rsquo;influx nerveux chez la grenouille, contredisant le dogme de Johannes M\u00fcller selon lequel la vitesse de la pens\u00e9e \u00e9tait infinie ou inaccessible \u00e0 la mesure. Helmholtz rapporte une vitesse \u00e9tonnamment modeste d&rsquo;environ 25 \u00e0 30 m\u00e8tres par seconde.<\/p>\n<p>En 1902, Julius Bernstein formule l&rsquo;hypoth\u00e8se de la membrane, sugg\u00e9rant pour la premi\u00e8re fois que le potentiel de repos d\u00e9coule de la perm\u00e9abilit\u00e9 s\u00e9lective de la membrane au potassium et que l&rsquo;influx nerveux repr\u00e9sente une perte transitoire g\u00e9n\u00e9rale de cette r\u00e9sistance membranaire. Bernstein postulait une chute \u00e0 z\u00e9ro du potentiel, mais ne pr\u00e9voyait pas l&rsquo;inversion positive r\u00e9elle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neurophysiologie culmine au milieu du XXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux exp\u00e9riences pionni\u00e8res d&rsquo;Alan Hodgkin et d&rsquo;Andrew Huxley sur l&rsquo;axone g\u00e9ant de calmar (<em>Loligo pealeii<\/em>), dont le diam\u00e8tre approchant le millim\u00e8tre permettait l&rsquo;insertion d&rsquo;\u00e9lectrodes intracellulaires. En utilisant la technique du potentiel impos\u00e9 (<em>voltage-clamp<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e avec Kenneth Cole, Hodgkin et Huxley d\u00e9montrent sans ambigu\u00eft\u00e9 l&rsquo;inversion de polarit\u00e9 et s\u00e9parent math\u00e9matiquement les courants sodiques et potassiques. Leurs travaux, couronn\u00e9s par le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1963, aboutissent aux c\u00e9l\u00e8bres \u00e9quations diff\u00e9rentielles de Hodgkin-Huxley qui mod\u00e9lisent avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique remarquable la gen\u00e8se et la propagation du potentiel d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Enfin, dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Erwin_Neher\">Erwin Neher<\/a> et Bert Sakmann r\u00e9volutionnent la discipline en mettant au point le <em>patch-clamp<\/em>. Cette technique d&rsquo;enregistrement unitaire de canaux a permis d&rsquo;observer le passage de courants \u00e9lectriques de l&rsquo;ordre du picoamp\u00e8re \u00e0 travers une seule mol\u00e9cule de canal ionique, confirmant directement les pr\u00e9dictions stochastiques du mod\u00e8le de Hodgkin-Huxley et leur valant le prix Nobel en 1991.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9lucidation du potentiel d&rsquo;action s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques int\u00e9gr\u00e9s reliant la thermodynamique, l&rsquo;\u00e9lectromagn\u00e9tisme et la th\u00e9orie de l&rsquo;information :<\/p>\n<p>En premier lieu, l&rsquo;\u00e9lectrodiffusion transmembranaire est formalis\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quation de Nernst, qui d\u00e9finit le potentiel d&rsquo;\u00e9quilibre thermodynamique pour une esp\u00e8ce ionique individuelle, et par l&rsquo;\u00e9quation de Goldman-Hodgkin-Katz (GHK). Cette derni\u00e8re mod\u00e9lise le potentiel transmembranaire global en pond\u00e9rant les gradients de concentration des ions Na+, K+ et Cl- par leurs coefficients de perm\u00e9abilit\u00e9 membranaire respectifs. Le potentiel d&rsquo;action est ainsi th\u00e9oris\u00e9 non pas comme la cr\u00e9ation d&rsquo;\u00e9nergie, mais comme une bascule abrupte de la perm\u00e9abilit\u00e9 membranaire relative passant d&rsquo;un \u00e9tat domin\u00e9 par le potassium \u00e0 un \u00e9tat transitoirement domin\u00e9 par le sodium.<\/p>\n<p>En second lieu, la th\u00e9orie des c\u00e2bles de William Thomson (Lord Kelvin), initialement d\u00e9velopp\u00e9e pour la t\u00e9l\u00e9graphie sous-marine transatlantique, a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e par les biophysiciens pour expliquer la propagation passive (\u00e9lectrotonique) des courants locaux le long du cylindre axonal. La th\u00e9orie formalise deux param\u00e8tres cruciaux : la constante d&rsquo;espace (lambda), qui mesure la distance parcourue par le signal avant de d\u00e9cro\u00eetre de 63 %, et la constante de temps (tau), qui quantifie l&rsquo;inertie capacitive de la membrane. L&rsquo;interaction entre ces propri\u00e9t\u00e9s passives et les conductances actives d\u00e9termine la vitesse de conduction axonale.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, dans le champ de la psychologie cognitive et des neurosciences computationnelles, le potentiel d&rsquo;action s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la th\u00e9orie de l&rsquo;information d&rsquo;Arthur Shannon. La question fondamentale est de d\u00e9terminer si le cerveau utilise un \u00ab codage par fr\u00e9quence \u00bb (o\u00f9 l&rsquo;information r\u00e9side dans le nombre de d\u00e9charges par unit\u00e9 de temps, tel que postul\u00e9 initialement par Edgar Adrian en 1926) ou un \u00ab codage temporel \u00bb pr\u00e9cis (o\u00f9 l&rsquo;information est contenue dans l&rsquo;intervalle exact inter-spikes et la synchronie de phase au sein des populations neuronales). Les mod\u00e8les th\u00e9oriques modernes consid\u00e8rent que ces deux strat\u00e9gies op\u00e8rent conjointement selon les imp\u00e9ratifs computationnels des syst\u00e8mes perceptifs, moteurs ou ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La dynamique du potentiel d&rsquo;action peut \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9e selon ses phases biophysiques et ses modalit\u00e9s de propagation fonctionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9 :<\/strong> Valeur critique du potentiel de membrane \u00e0 partir de laquelle les boucles de r\u00e9troaction positive d&rsquo;entr\u00e9e de sodium surpassent l&rsquo;efflux passif de potassium, rendant l&rsquo;amorce du ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible.<\/li>\n<li><strong>Phase d&rsquo;ascension (d\u00e9polarisation) :<\/strong> Ouverture rapide et synchronis\u00e9e des canaux Nav cr\u00e9ant un courant entrant massif qui propulse le potentiel d&rsquo;une valeur n\u00e9gative vers des valeurs nettement positives.<\/li>\n<li><strong>Inversion de polarit\u00e9 (<em>overshoot<\/em>) :<\/strong> Sommet du potentiel d&rsquo;action o\u00f9 la membrane atteint un pic positif, born\u00e9 par le potentiel d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9lectrochimique du sodium (+55 \u00e0 +65 mV).<\/li>\n<li><strong>Phase de repolarisation :<\/strong> Retour vers la ligne de base caus\u00e9 par l&rsquo;inactivation des canaux Nav et l&rsquo;activation des canaux Kv, restaurant l&rsquo;\u00e9lectron\u00e9gativit\u00e9 interne.<\/li>\n<li><strong>Hyperpolarisation cons\u00e9cutive (<em>afterhyperpolarization<\/em>) :<\/strong> \u00c9tat transitoire o\u00f9 la membrane devient plus n\u00e9gative que son potentiel de repos en raison de la perm\u00e9abilit\u00e9 r\u00e9siduelle \u00e9lev\u00e9e aux ions potassium.<\/li>\n<li><strong>Conduction continue vs saltatoire :<\/strong> Dans les axones non my\u00e9linis\u00e9s, la propagation s&rsquo;effectue de proche en proche par courants locaux adjacents, \u00e0 une vitesse relativement lente (0,5 \u00e0 2 m\/s). Dans les axones my\u00e9linis\u00e9s, la gaine lipidique de my\u00e9line agit comme un isolant \u00e9lectrique interrompu p\u00e9riodiquement par les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N%C5%93ud_de_Ranvier\">n\u0153uds de Ranvier<\/a> ; le potentiel d&rsquo;action \u00ab saute \u00bb litt\u00e9ralement d&rsquo;un n\u0153ud \u00e0 l&rsquo;autre gr\u00e2ce \u00e0 la haute densit\u00e9 de canaux Nav \u00e0 ces niveaux, atteignant des vitesses pouvant exc\u00e9der 100 \u00e0 120 m\/s.<\/li>\n<li><strong>Diversit\u00e9 morphologique des PA :<\/strong> Bien que st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 dans un axone donn\u00e9, le potentiel d&rsquo;action pr\u00e9sente des configurations tr\u00e8s diff\u00e9rentes selon le type cellulaire. Les neurones corticaux pyramidaux \u00e9mettent des PA brefs (1 ms), tandis que les cellules de Purkinje du cervelet g\u00e9n\u00e8rent des potentiels complexes calciques, et les cardiomyocytes pr\u00e9sentent des PA \u00e9tal\u00e9s sur 200 \u00e0 300 ms avec un plateau calcique prolong\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;impact psychologique et comportemental du potentiel d&rsquo;action, plusieurs situations concr\u00e8tes et manifestations cliniques illustrent ses m\u00e9canismes r\u00e9gulateurs :<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons l&rsquo;exp\u00e9rience de la nociception aigu\u00eb lorsqu&rsquo;un individu pose par inadvertance sa main sur une surface br\u00fblante. Deux types distincts de fibres nerveuses s&rsquo;activent pour propager des trains de potentiels d&rsquo;action vers la moelle \u00e9pini\u00e8re et le cortex somatosensoriel. Les fibres my\u00e9linis\u00e9es A-delta, \u00e0 conduction rapide (environ 20 m\/s), transmettent une vol\u00e9e imm\u00e9diate de potentiels d&rsquo;action qui d\u00e9clenche le r\u00e9flexe de retrait moteur et la sensation de douleur vive, localis\u00e9e et aigu\u00eb. Quelques secondes plus tard, les fibres C amy\u00e9liniques, \u00e0 conduction lente (environ 1 m\/s), d\u00e9chargent des potentiels d&rsquo;action successifs qui g\u00e9n\u00e8rent la sensation prolong\u00e9e de douleur diffuse, sourde et affectivement d\u00e9sagr\u00e9able. Cet exemple d\u00e9montre comment la vitesse de propagation des potentiels d&rsquo;action conditionne la chronologie m\u00eame de notre exp\u00e9rience perceptive et \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Dans la pratique odontologique ou anesth\u00e9sique, l&rsquo;utilisation de la lidoca\u00efne illustre parfaitement l&rsquo;interruption m\u00e9canique de cette cascade biophysique. La lidoca\u00efne se lie sp\u00e9cifiquement \u00e0 la sous-unit\u00e9 alpha des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants situ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pore, bloquant st\u00e9riquement le flux de sodium. En cons\u00e9quence, les d\u00e9polarisations locales induites par la stimulation m\u00e9canique ne parviennent jamais au seuil d&rsquo;excitabilit\u00e9 : aucun potentiel d&rsquo;action n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 le long des fibres du nerf trijumeau, ce qui abolit int\u00e9gralement la sensation de douleur au niveau de la conscience corticale bien que les tissus soient incis\u00e9s.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique r\u00e9side dans la scl\u00e9rose en plaques, une pathologie auto-immune caract\u00e9ris\u00e9e par la destruction inflammatoire de la gaine de my\u00e9line dans le syst\u00e8me nerveux central. La d\u00e9my\u00e9linisation d\u00e9voile des segments axonaux qui sont d\u00e9nu\u00e9s de la densit\u00e9 requise en canaux Nav pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le signal. La dispersion passive du courant s&rsquo;ensuit, provoquant un ralentissement majeur de la vitesse de conduction, voire un bloc complet de la transmission des potentiels d&rsquo;action. Cliniquement, cela se traduit par des d\u00e9ficits cognitifs (ralentissement de la vitesse de traitement de l&rsquo;information, amn\u00e9sie de travail) et des sympt\u00f4mes moteurs ou visuels majeurs.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La capture et la quantification des potentiels d&rsquo;action constituent le socle de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne, mise en \u0153uvre \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles d&rsquo;observation :<\/p>\n<p>L&rsquo;enregistrement unitaire par <em>patch-clamp<\/em> permet de mesurer le courant ionique circulant \u00e0 travers un canal individuel (configuration <em>cell-attached<\/em> ou <em>inside-out<\/em>) ou de suivre les variations de potentiel de la cellule enti\u00e8re (configuration <em>whole-cell<\/em>). Cette approche demeure l&rsquo;\u00e9talon-or pour diss\u00e9quer les cin\u00e9tiques d&rsquo;activation et d&rsquo;inactivation des canaux voltage-d\u00e9pendants et \u00e9valuer l&rsquo;impact pharmacologique de nouvelles mol\u00e9cules sur le seuil de d\u00e9clenchement du PA.<\/p>\n<p>Les enregistrements extracellulaires <em>in vivo<\/em> via des micro\u00e9lectrodes ou des sondes multi-sites en silicium (telles que les sondes de Neuropixels) permettent de mesurer les variations de tension dans le milieu interstitiel adjacentes aux corps cellulaires. Ces pointes de tension extracellulaire (<em>spikes<\/em>) sont trait\u00e9es par des algorithmes complexes de tri de potentiels d&rsquo;action (<em>spike sorting<\/em>) pour discriminer l&rsquo;activit\u00e9 de dizaines, voire de centaines de neurones distincts simultan\u00e9ment chez l&rsquo;animal \u00e9veill\u00e9 accomplissant des t\u00e2ches comportementales ou mn\u00e9siques complexes.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie galvanique directe, les neurosciences actuelles s&rsquo;appuient massivement sur l&rsquo;imagerie optique fonctionnelle. Les indicateurs calciques fluorescents g\u00e9n\u00e9tiquement encod\u00e9s (tels que la famille GCaMP) exploitent l&rsquo;influx secondaire de calcium concomitant au train de potentiels d&rsquo;action pour visualiser l&rsquo;activit\u00e9 de larges r\u00e9seaux neuronaux par microscopie biphotonique. Plus r\u00e9cemment, les sondes fluorescentes voltage-d\u00e9pendantes (GEVI pour <em>Genetically Encoded Voltage Indicators<\/em>) permettent d&rsquo;enregistrer optiquement le trac\u00e9 pr\u00e9cis de potentiels d&rsquo;action uniques avec une r\u00e9solution submilliseconde dans des sous-compartiments cellulaires sp\u00e9cifiques tels que les \u00e9pines dendritiques.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude approfondie des potentiels d&rsquo;action d\u00e9passe le strict cadre de la biophysique pour innerver de nombreuses disciplines appliqu\u00e9es :<\/p>\n<p>En psychopharmacologie et psychiatrie biologique, la modulation de l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire et de la dynamique des potentiels d&rsquo;action repr\u00e9sente un vecteur th\u00e9rapeutique d&rsquo;importance majeure. De nombreux stabilisateurs de l&rsquo;humeur utilis\u00e9s dans le traitement du trouble bipolaire, tels que la carbamaz\u00e9pine ou la lamotrigine, fonctionnent principalement comme des bloqueurs des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants d\u00e9pendants de l&rsquo;usage. En pr\u00e9venant les d\u00e9charges de potentiels d&rsquo;action en rafales hyperfr\u00e9quentes sans alt\u00e9rer la d\u00e9charge basale physiologique, ces mol\u00e9cules temp\u00e8rent l&rsquo;hyperactivit\u00e9 neuronale pathologique associ\u00e9e aux phases maniaques.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurotechnologies et des <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Interface_cerveau-machine\">interfaces cerveau-machine<\/a> (ICM), le d\u00e9codage en temps r\u00e9el des trains de potentiels d&rsquo;action issus du cortex moteur primaire permet \u00e0 des patients t\u00e9trapl\u00e9giques de contr\u00f4ler des bras robotis\u00e9s ou des curseurs informatiques par la simple intention motrice. Les d\u00e9charges neuronales sont \u00e9chantillonn\u00e9es, filtr\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es par des r\u00e9seaux de neurones artificiels qui d\u00e9duisent les vecteurs cin\u00e9matiques souhait\u00e9s par l&rsquo;utilisateur.<\/p>\n<p>En neurologie et neuropsychologie clinique, l&rsquo;analyse des vitesses de conduction nerveuse via l&rsquo;\u00e9lectroneuromyographie (ENMG) et l&rsquo;\u00e9tude des potentiels \u00e9voqu\u00e9s (visuels, auditifs, somesth\u00e9siques) mesurent directement l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la conduction des potentiels d&rsquo;action. Tout allongement des latences ou affaissement des amplitudes offre des indices diagnostiques cruciaux concernant la pr\u00e9sence d&rsquo;enc\u00e9phalopathies, de neuropathies p\u00e9riph\u00e9riques ou d&rsquo;atteintes d\u00e9my\u00e9linisantes centrales.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution contemporaine de la recherche sur les potentiels d&rsquo;action \u00e9claire directement les m\u00e9canismes cellulaires de la m\u00e9moire et des \u00e9tats psychologiques :<\/p>\n<p>Une avanc\u00e9e majeure de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9couverte de la r\u00e9tropropagation du potentiel d&rsquo;action (<em>backpropagating action potential<\/em>). Longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un flux strictement unidirectionnel circulant exclusivement du soma vers les terminaisons synaptiques, les travaux fondateurs de Greg Stuart et Bert Sakmann dans les ann\u00e9es 1990 ont prouv\u00e9 que le potentiel d&rsquo;action g\u00e9n\u00e9r\u00e9 au segment initial de l&rsquo;axone se propage \u00e9galement \u00ab \u00e0 rebours \u00bb dans l&rsquo;arbre dendritique. Cette onde d\u00e9polarisante r\u00e9trograde informe les synapses dendritiques que le neurone postsynaptique vient de d\u00e9charger.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9tropropagation constitue le substrat biophysique sine qua non de la plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante du temps d&rsquo;occurrence des impulsions (<em>Spike-Timing-Dependent Plasticity<\/em> ou STDP). Les \u00e9tudes empiriques montrent que si un potentiel post-synaptique excitateur pr\u00e9c\u00e8de de quelques millisecondes le potentiel d&rsquo;action r\u00e9tropropag\u00e9, la synapse est durablement renforc\u00e9e (potentialisation \u00e0 long terme, ou LTP). Inversement, si le potentiel d&rsquo;action survient avant le signal postsynaptique, la synapse est affaiblie (d\u00e9pression \u00e0 long terme, ou LTD). Ce m\u00e9canisme prouve que la temporalit\u00e9 fine du potentiel d&rsquo;action \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la milliseconde sous-tend l&rsquo;apprentissage associatif hebbien, pivot de l&rsquo;encodage mn\u00e9sique chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>En outre, les travaux pionniers en neurosciences comportementales men\u00e9s par John O&rsquo;Keefe et le couple May-Britt et Edvard Moser sur les cellules de lieu (<em>place cells<\/em>) hippocampiques et les cellules de grille (<em>grid cells<\/em>) entorhinales ont d\u00e9montr\u00e9 que le cerveau encode l&rsquo;espace et la m\u00e9moire \u00e9pisodique sous forme de modulations de fr\u00e9quence de potentiels d&rsquo;action associ\u00e9es \u00e0 une coh\u00e9rence de phase avec les oscillations th\u00eata c\u00e9r\u00e9brales (ph\u00e9nom\u00e8ne de pr\u00e9cession de phase).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>La conceptualisation du potentiel d&rsquo;action ne s&rsquo;est pas op\u00e9r\u00e9e dans un vide id\u00e9ologique et soul\u00e8ve d&rsquo;int\u00e9ressantes questions \u00e9pist\u00e9mologiques relatives \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des repr\u00e9sentations scientifiques du vivant :<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;influx nerveux a toujours emprunt\u00e9 ses m\u00e9taphores aux technologies dominantes de chaque \u00e9poque : les flux hydrauliques au XVIIe si\u00e8cle chez Descartes, les r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9graphiques au XIXe si\u00e8cle chez Helmholtz, puis les circuits logiques et l&rsquo;architecture de Von Neumann au milieu du XXe si\u00e8cle. En r\u00e9duisant le potentiel d&rsquo;action \u00e0 un signal binaire discret (0 ou 1, correspondant \u00e0 l&rsquo;absence ou la pr\u00e9sence d&rsquo;un <em>spike<\/em>), la culture neuroscientifique occidentale moderne a favoris\u00e9 une conception computationaliste de l&rsquo;esprit, parfois au d\u00e9triment d&rsquo;une compr\u00e9hension plus analogique, plastique et holistique des processus mentaux.<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique global, le potentiel d&rsquo;action agit comme l&rsquo;ancrage empirique ultime du mat\u00e9rialisme \u00e9liminativiste ou r\u00e9ductionniste. Pour de nombreux neurobiologistes, la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue (les <em>qualia<\/em> chers \u00e0 la philosophie de l&rsquo;esprit) doit ultimement trouver son explication causale dans l&rsquo;orchestration de potentiels d&rsquo;action au sein des structures cortico-thalamiques. N\u00e9anmoins, certaines traditions de pens\u00e9e \u00e9cologique ou incarn\u00e9e (l&rsquo;\u00e9naction th\u00e9oris\u00e9e par Francisco Varela) critiquent cette vision du \u00ab neurone isol\u00e9 \u00bb qui d\u00e9chargerait des signaux de fa\u00e7on autonome, rappelant que le potentiel d&rsquo;action ne poss\u00e8de aucune signification s\u00e9mantique en soi s&rsquo;il est dissoci\u00e9 de l&rsquo;organisme incarn\u00e9 et de son interaction permanente avec l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit du triomphe exp\u00e9rimental du mod\u00e8le de Hodgkin-Huxley, le potentiel d&rsquo;action fait encore l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et de r\u00e9visions conceptuelles :<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat concerne la validit\u00e9 universelle du principe du \u00ab tout ou rien \u00bb. S&rsquo;il demeure vrai que le potentiel d&rsquo;action s&rsquo;auto-r\u00e9g\u00e9n\u00e8re \u00e0 pleine amplitude le long de l&rsquo;axone, la neurobiologie contemporaine a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;amplitude et la dur\u00e9e du PA ne sont pas strictement invariables. Dans les terminaisons pr\u00e9synaptiques, la modulation sous-seuil passive provenant du soma peut modifier l\u00e9g\u00e8rement la forme du potentiel d&rsquo;action entrant, alt\u00e9rant par cons\u00e9quent l&rsquo;ouverture des canaux calciques et la quantit\u00e9 de neurotransmetteurs lib\u00e9r\u00e9e. Ce traitement de signal qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab hybride analogique-digital \u00bb remet en cause le dogme d&rsquo;un code neural purement binaire.<\/p>\n<p>Une seconde controverse d&rsquo;ordre thermodynamique et physique est soulev\u00e9e par des th\u00e9oriciens tels que Thomas Heimburg et Andrew Jackson. Ces chercheurs soutiennent que le potentiel d&rsquo;action ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne purement \u00e9lectrique fond\u00e9 sur des r\u00e9sistances et des capacit\u00e9s ioniques. Ils soulignent qu&rsquo;un potentiel d&rsquo;action s&rsquo;accompagne d&rsquo;un changement m\u00e9canique transitoire mesurable (un gonflement et un \u00e9paississement microscopiques de la membrane axonale) ainsi que de transferts thermiques r\u00e9versibles sans dissipation d&rsquo;entropie notable. Ils proposent le mod\u00e8le solitonique, o\u00f9 le potentiel d&rsquo;action est vu comme une onde de densit\u00e9 adiabatique \u00e9lectrom\u00e9canique se propageant le long de la bicouche lipidique pr\u00e8s d&rsquo;une transition de phase. Bien que cette th\u00e9orie solitonique demeure minoritaire face au consensus ionique, elle souligne les limites d&rsquo;un mod\u00e8le purement \u00e9lectrochimique n\u00e9gligeant la physique m\u00e9canique des biomembranes.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00e9ductionnisme excessif consistant \u00e0 expliquer les fonctions cognitives sup\u00e9rieures (la conscience, le libre arbitre, les \u00e9tats affectifs complexes) uniquement par le biais d&rsquo;un d\u00e9nombrement de potentiels d&rsquo;action fait l&rsquo;objet de critiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Le r\u00f4le des cellules gliales (notamment les astrocytes) \u2014 qui ne produisent pas de potentiels d&rsquo;action classiques mais communiquent via des ondes calciques lentes r\u00e9gulant activement la transmission synaptique \u2014 d\u00e9montre que l&rsquo;excitabilit\u00e9 purement axonale ne constitue qu&rsquo;un pan de l&rsquo;\u00e9quation computationnelle globale du cerveau.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 terminologique, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement le potentiel d&rsquo;action d&rsquo;autres manifestations bio\u00e9lectriques du tissu nerveux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Potentiel de repos :<\/strong> \u00c9tat \u00e9lectrique de base stable et n\u00e9gatif (-70 mV) d&rsquo;une cellule non stimul\u00e9e, contrairement au potentiel d&rsquo;action qui est transitoire, dynamique et implique une inversion temporaire de polarit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Potentiel gradu\u00e9 (ou \u00e9lectrotonique) :<\/strong> Variations locales et continues du potentiel de membrane dont l&rsquo;amplitude est proportionnelle \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de la stimulation (par exemple les potentiels r\u00e9cepteurs ou les potentiels post-synaptiques excitateurs et inhibiteurs). \u00c0 la diff\u00e9rence du potentiel d&rsquo;action, les potentiels gradu\u00e9s ne suivent pas la loi du tout ou rien, se propagent de mani\u00e8re d\u00e9cr\u00e9mentielle (avec perte progressive d&rsquo;intensit\u00e9) et ne d\u00e9pendent pas des canaux Nav \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration autocatalytique.<\/li>\n<li><strong>P\u00e9riode r\u00e9fractaire :<\/strong> Intervalle temporel succ\u00e9dant imm\u00e9diatement au d\u00e9clenchement d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action, au cours duquel l&rsquo;initiation d&rsquo;un nouveau potentiel d&rsquo;action est soit impossible (absolue), soit requiert une d\u00e9polarisation beaucoup plus forte (relative).<\/li>\n<li><strong>Transmission synaptique :<\/strong> Processus biochimique ou \u00e9lectrique d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;arriv\u00e9e du potentiel d&rsquo;action \u00e0 la synapse, aboutissant \u00e0 la lib\u00e9ration d&rsquo;un <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurotransmetteur\">neurotransmetteur<\/a> dans la fente synaptique, assurant la conversion d&rsquo;un signal \u00e9lectrique axonal en un signal chimique postsynaptique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le potentiel d&rsquo;action repr\u00e9sente l&rsquo;avanc\u00e9e \u00e9volutive majeure ayant permis aux m\u00e9tazoaires de d\u00e9velopper des syst\u00e8mes nerveux complexes, int\u00e9gr\u00e9s et r\u00e9actifs. Ses caract\u00e9ristiques primordiales s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une onde transitoire de d\u00e9polarisation membranaire ob\u00e9issant rigoureusement \u00e0 la loi du tout ou rien, initi\u00e9e d\u00e8s lors qu&rsquo;un stimulus franchit un seuil critique d&rsquo;environ -55 mV.<\/p>\n<p>Sa cin\u00e9tique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e r\u00e9sulte d&rsquo;une orchestration s\u00e9quentielle d&rsquo;ouvertures et de fermetures de macromol\u00e9cules transmembranaires : activation explosive puis inactivation des canaux sodium voltage-d\u00e9pendants, conjugu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activation retard\u00e9e des canaux potassium voltage-d\u00e9pendants.<\/p>\n<p>La my\u00e9linisation des fibres axonales autorise une conduction saltatoire hautement \u00e9conome en \u00e9nergie et fulgurante d&rsquo;un n\u0153ud de Ranvier \u00e0 l&rsquo;autre, indispensable aux performances cognitives et motrices \u00e9labor\u00e9es des vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>En psychologie et neurosciences cognitives, il constitue le v\u00e9hicule essentiel du codage de l&rsquo;information : les variations du monde ext\u00e9rieur et les \u00e9tats mentaux internes ne sont pas encod\u00e9s dans la morphologie du potentiel d&rsquo;action lui-m\u00eame, mais dans sa cadence, son agencement temporel et la connectivit\u00e9 spatiale des circuits qu&rsquo;il traverse.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Adrian, E. D. (1926). The impulses produced by sensory nerve-endings: Part I. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 61(1), 49\u201372. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1926.sp002273\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1926.sp002273<\/a><\/li>\n<li>Hodgkin, A. L., &#038; Huxley, A. F. (1952). A quantitative description of membrane current and its application to conduction and excitation in nerve. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 117(4), 500\u2013544. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1952.sp004764\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1952.sp004764<\/a><\/li>\n<li>Kandel, E. R., Koester, J. D., Mack, S. H., &#038; Siegelbaum, S. A. (2021). <em>Principles of Neural Science<\/em> (6e \u00e9d.). McGraw-Hill Education.<\/li>\n<li>Neher, E., &#038; Sakmann, B. (1976). Single-channel currents recorded from membrane of denervated frog muscle fibres. <em>Nature<\/em>, 260(5554), 799\u2013802. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/260799a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/260799a0<\/a><\/li>\n<li>Stuart, G. J., &#038; Sakmann, B. (1994). Active propagation of somatic action potentials into neocortical pyramidal cell dendrites. <em>Nature<\/em>, 367(6458), 69\u201372. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/367069a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/367069a0<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le potentiel d&rsquo;action en neurosciences : d\u00e9finition, biophysique, historique et r\u00f4le cl\u00e9 dans la transmission de l&rsquo;influx nerveux et la cognition.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[6392,459,2411],"tags":[6372,31571,31570,6411,2868,6368],"class_list":["post-19490","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-biophysique","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-canaux-ioniques","tag-hodgkin-huxley","tag-influx-nerveux","tag-neurobiologie","tag-neurophysiologie","tag-potentiel-daction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19490\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}