{"id":19462,"date":"2026-10-22T04:55:39","date_gmt":"2026-10-22T04:55:39","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=acrocinesie-dynamique-exces-moteur"},"modified":"2026-10-22T04:55:39","modified_gmt":"2026-10-22T04:55:39","slug":"acrocinesie-dynamique-exces-moteur","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=acrocinesie-dynamique-exces-moteur","title":{"rendered":"Acrocin\u00e9sie : Dynamique et Exc\u00e8s Moteur"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;observation minutieuse des manifestations psychomotrices constitue depuis les origines de la s\u00e9miologie clinique une fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux central et l&rsquo;architecture psychique. Parmi les anomalies du mouvement qui interpellent \u00e0 la fois le neurologue, le psychiatre et le psychologue clinicien, l&rsquo;<strong>acrocin\u00e9sie<\/strong> repr\u00e9sente une entit\u00e9 singuli\u00e8re, marqu\u00e9e par un d\u00e9r\u00e8glement quantitatif et qualitatif de la motricit\u00e9 touchant de mani\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rentielle les extr\u00e9mit\u00e9s corporelles. Comprendre les fondements, les dynamiques neurophysiologiques et les implications psychologiques de ce ph\u00e9nom\u00e8ne permet de d\u00e9chiffrer avec une acuit\u00e9 accrue les \u00e9tats d&rsquo;agitation, les d\u00e9sordres des ganglions de la base et les perturbations de l&rsquo;expression corporelle de la vie \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h2>Acrocin\u00e9sie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;acrocin\u00e9sie d\u00e9signe un \u00e9tat pathologique ou fonctionnel caract\u00e9ris\u00e9 par une motilit\u00e9 excessive, involontaire ou semi-involontaire, et une exag\u00e9ration marqu\u00e9e de l&rsquo;amplitude ou de la fr\u00e9quence des mouvements, affectant principalement les extr\u00e9mit\u00e9s corporelles telles que les doigts, les mains et les pieds. Elle correspond sur le plan clinique \u00e0 une forme sp\u00e9cialis\u00e9e d&rsquo;hyperactivit\u00e9 cin\u00e9tique o\u00f9 la motricit\u00e9 distale \u00e9chappe au contr\u00f4le inhibiteur habituel exerc\u00e9 par les structures c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Dans le corpus neuropsychiatrique, ce construit ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple anomalie musculo-squelettique ; il traduit une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre au sein des boucles sensori-motrices et psychomotrices. L&rsquo;acrocin\u00e9sie peut ainsi \u00e9merger comme une composante s\u00e9miologique d&rsquo;affections neurologiques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, de d\u00e9s\u00e9quilibres neurochimiques induits par des substances pharmacologiques, ou de manifestations aigu\u00ebs de d\u00e9sorganisation psychique au cours d&rsquo;\u00e9pisodes maniaques ou d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;angoisse extr\u00eame.<\/p>\n<p>Sur le continuum du comportement moteur humain, l&rsquo;acrocin\u00e9sie se situe aux antipodes de l&rsquo;akin\u00e9sie et de la bradycin\u00e9sie. Alors que le ralentissement psychomoteur enferme l&rsquo;individu dans une pauvret\u00e9 gestuelle invalidante, l&rsquo;acrocin\u00e9sie impose une profusion cin\u00e9tique envahissante qui perturbe l&rsquo;action finalis\u00e9e, alt\u00e8re l&rsquo;efficacit\u00e9 praxique et induit un co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique et psychologique consid\u00e9rable pour le sujet qui en fait l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab acrocin\u00e9sie \u00bb puise ses racines directement dans le lexique grec classique. Il est constitu\u00e9 de la combinaison de deux morph\u00e8mes hautement descriptifs : le pr\u00e9fixe <em>acro-<\/em>, issu du grec ancien \u1f04\u03ba\u03c1\u03bf\u03bd (<em>\u00e1kron<\/em>), signifiant \u00ab extr\u00e9mit\u00e9 \u00bb, \u00ab sommet \u00bb, \u00ab cime \u00bb ou \u00ab pointe \u00bb, et le radical <em>-cin\u00e9sie<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de \u03ba\u03af\u03bd\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2 (<em>k\u00edn\u0113sis<\/em>), d\u00e9signant le \u00ab mouvement \u00bb, l&rsquo;\u00ab action de mouvoir \u00bb ou la \u00ab mise en mouvement \u00bb, lui-m\u00eame issu du verbe \u03ba\u03b9\u03bd\u03ad\u03c9 (<em>kin\u00e9\u014d<\/em>, \u00ab mettre en mouvement \u00bb, \u00ab agiter \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9mantique initial, l&rsquo;assemblage de ces racines renvoie litt\u00e9ralement \u00e0 un \u00ab mouvement des extr\u00e9mit\u00e9s \u00bb ou \u00e0 un \u00ab mouvement port\u00e9 \u00e0 son comble \u00bb. Au cours du XIXe si\u00e8cle, p\u00e9riode faste pour la nosographie m\u00e9dicale occidentale caract\u00e9ris\u00e9e par une hell\u00e9nisation syst\u00e9matique du vocabulaire anatomoclinique, le terme a \u00e9t\u00e9 introduit pour classifier des anomalies cin\u00e9tiques cibl\u00e9es g\u00e9ographiquement sur le corps, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;autres termes form\u00e9s sur la m\u00eame racine comme l&rsquo;acrocyanose ou l&rsquo;acroparesth\u00e9sie.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, le terme appara\u00eet sous les graphies <em>acrocinesis<\/em> ou <em>acrokinesia<\/em>, r\u00e9pertori\u00e9 notamment par l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/dictionary.apa.org\/acrocinesis\">American Psychological Association<\/a> comme une hypermotilit\u00e9 anormale. Si la d\u00e9signation francophone \u00ab acrocin\u00e9sie \u00bb s&rsquo;est maintenue au fil des d\u00e9cennies, son usage contemporain tend souvent \u00e0 \u00eatre englob\u00e9 dans les cat\u00e9gories plus vastes des dyskin\u00e9sies et des hypercin\u00e9sies focales, tout en conservant une pr\u00e9cision anatomique irrempla\u00e7able pour d\u00e9crire l&rsquo;errance motrice des segments distaux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, \u00ab acrocin\u00e9sie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International s&rsquo;\u00e9crit \/a.k\u0281o.si.ne.zi\/. Le terme s&rsquo;articule en cinq syllabes r\u00e9guli\u00e8res (a-cro-ci-n\u00e9-sie), sans liaison complexe ni consonne muette, en dehors de la chute classique du \u00ab e \u00bb caduc final en position terminale d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9.<\/p>\n<p>Le pluriel s&rsquo;orthographie \u00ab acrocin\u00e9sies \u00bb, marquant l&rsquo;occurrence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, fluctuante ou polysyndromique du ph\u00e9nom\u00e8ne. Sur le plan d\u00e9rivationnel, le substantif engendre l&rsquo;adjectif qualificatif \u00ab acrocin\u00e9tique \u00bb (\/a.k\u0281o.si.ne.tik\/), employ\u00e9 pour d\u00e9signer un sympt\u00f4me, un sch\u00e9ma moteur ou une crise particuli\u00e8re (par exemple, \u00ab une d\u00e9charge acrocin\u00e9tique \u00bb, \u00ab un tableau acrocin\u00e9tique induit \u00bb).<\/p>\n<p>Bien que des variantes historiques archa\u00efques aient pu employer la lettre \u00ab k \u00bb sous l&rsquo;influence directe de la translitt\u00e9ration grecque ou germanique (telle que \u00ab acrokin\u00e9sie \u00bb), l&rsquo;orthographe acad\u00e9mique francophone pr\u00e9conise l&#8217;emploi exclusif du \u00ab c \u00bb m\u00e9dian. Le terme s&#8217;emploie principalement dans les registres sp\u00e9cialis\u00e9s de la neurologie clinique, de la psychiatrie biologique, de la psychopathologie et des sciences du mouvement.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;acrocin\u00e9sie dans toute sa complexit\u00e9, il convient de d\u00e9passer la simple observation visuelle d&rsquo;une gesticulation digitale ou podale. Ce sympt\u00f4me repr\u00e9sente une d\u00e9sinhibition s\u00e9lective des \u00e9tages moteurs terminaux du syst\u00e8me nerveux, o\u00f9 le mouvement perd sa finalit\u00e9 instrumentale pour devenir une d\u00e9charge kin\u00e9sique autonome. Le segment corporel distal, qui est traditionnellement le vecteur par excellence de la praxie fine, de la communication non verbale et de l&rsquo;outil technique chez l&rsquo;humain, se retrouve subordonn\u00e9 \u00e0 un flux d&rsquo;impulsions motrices non coordonn\u00e9es avec le plan d&rsquo;action conscient.<\/p>\n<p>Au niveau de sa port\u00e9e s\u00e9miologique, l&rsquo;acrocin\u00e9sie n&rsquo;est ni un simple tremblement de repos, ni une secousse myoclonique isol\u00e9e, ni une v\u00e9ritable posture dystonique fig\u00e9e. Elle se manifeste par une vari\u00e9t\u00e9 de micromouvements rapides ou semi-lents, parfois ondulatoires, pseudo-ath\u00e9tosiques ou chor\u00e9iformes, qui animent perp\u00e9tuellement les phalanges, les poignets ou les chevilles. Lorsque le patient est assis ou allong\u00e9, ces extr\u00e9mit\u00e9s continuent de pianoter, d&rsquo;onduler, d&rsquo;explorer le vide ou les draps, sans que cette activit\u00e9 r\u00e9ponde \u00e0 une consigne interne ou externe identifiable.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental du concept r\u00e9side dans son lien intime avec le niveau d&rsquo;\u00e9veil (<em>arousal<\/em>) et l&rsquo;affectivit\u00e9 du sujet. Contrairement \u00e0 certains mouvements anormaux purement m\u00e9caniques issus d&rsquo;une l\u00e9sion m\u00e9dullaire, l&rsquo;acrocin\u00e9sie est profond\u00e9ment modulable par l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel : elle s&rsquo;intensifie sous l&rsquo;effet du stress, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, de la frustration ou de l&rsquo;excitation intellectuelle, et s&rsquo;att\u00e9nue g\u00e9n\u00e9ralement \u2014 sans toujours dispara\u00eetre enti\u00e8rement \u2014 durant les phases de relaxation profonde ou les stades non paradoxaux du sommeil.<\/p>\n<p>Enfin, les limites conceptuelles de l&rsquo;acrocin\u00e9sie la s\u00e9parent des automatismes gestuels complexes observ\u00e9s dans les crises d&rsquo;\u00e9pilepsie temporale ou de l&rsquo;agitation globale retrouv\u00e9e dans le d\u00e9lirium. Dans l&rsquo;acrocin\u00e9sie, le tronc et les racines des membres (\u00e9paules, hanches) peuvent demeurer relativement immobiles, cr\u00e9ant un contraste clinique saisissant entre un corps apparemment au repos et des extr\u00e9mit\u00e9s soumises \u00e0 une temp\u00eate cin\u00e9tique incessante.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;acrocin\u00e9sie s&rsquo;inscrit dans la vaste fresque de la cartographie des mouvements anormaux amorc\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle par les pionniers de l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re et leurs contemporains europ\u00e9ens. Des cliniciens illustres tels que Jean-Martin Charcot, \u00c9douard Brissaud et Joseph Babinski ont consacr\u00e9 des efforts consid\u00e9rables \u00e0 dissocier les manifestations motrices organiques des conversions hyst\u00e9riques et des d\u00e9charges n\u00e9vrotiques. C&rsquo;est dans ce contexte de taxonomie minutieuse que les descriptions des mobilit\u00e9s distales anarchiques ont commenc\u00e9 \u00e0 recevoir des d\u00e9signations morphologiques pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;essor de la psychiatrie descriptive sous la houlette d&rsquo;Emil Kraepelin et d&rsquo;Eugen Bleuler, l&rsquo;attention s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e vers les manifestations motrices des pathologies mentales s\u00e9v\u00e8res. L&rsquo;observation des patients catatoniques, maniaques ou m\u00e9lancoliques a mis en \u00e9vidence des perturbations de la motricit\u00e9 fine des extr\u00e9mit\u00e9s qui n&rsquo;\u00e9taient assimilables ni \u00e0 la chor\u00e9e de Sydenham ni au parkinsonisme. Le concept d&rsquo;agitation distale autonome a ainsi trouv\u00e9 sa place dans la s\u00e9miologie psychiatrique pour qualifier ces \u00e9tats o\u00f9 l&rsquo;excitation psychique s&rsquo;ext\u00e9riorise par les mains et les pieds.<\/p>\n<p>Un tournant d\u00e9cisif a eu lieu dans les ann\u00e9es 1950 avec l&rsquo;av\u00e8nement des premiers neuroleptiques, introduits par Jean Delay et Pierre Deniker. L&rsquo;\u00e9mergence des effets secondaires extrapyramidaux a confront\u00e9 les praticiens \u00e0 une multitude de ph\u00e9nom\u00e8nes moteurs in\u00e9dits, notamment l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Akathisie\">akathisie<\/a> et les dyskin\u00e9sies aigu\u00ebs puis tardives. L&rsquo;observation clinique a requis de distinguer l&rsquo;akathisie subjective de ses manifestations motrices objectives, parmi lesquelles l&rsquo;agitation acrocin\u00e9tique des doigts et des membres inf\u00e9rieurs occupait une place pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re contemporaine, marqu\u00e9e par l&rsquo;apport de la neuro-imagerie fonctionnelle et de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie quantitative, l&rsquo;acrocin\u00e9sie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9examin\u00e9e non plus seulement comme une curiosit\u00e9 s\u00e9miologique, mais comme un indicateur sensible des dysfonctionnements du striatum et des circuits cortico-sous-corticaux, consolidant le pont entre la clinique comportementale et la neurobiologie mol\u00e9culaire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique principale de l&rsquo;acrocin\u00e9sie repose sur le mod\u00e8le neuro-anatomique des boucles cortico-striato-pallido-thalamo-corticales d\u00e9velopp\u00e9 par Alexander, Crutcher et DeLong \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Selon ce cadre fondamental, la motricit\u00e9 humaine d\u00e9pend d&rsquo;un \u00e9quilibre permanent entre deux voies fonctionnelles concurrentes au sein des <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a> : la voie directe, facilitatrice du mouvement gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9sinhibition thalamique, et la voie indirecte, qui agit comme un frein puissant en augmentant l&rsquo;inhibition gabaergique sur le thalamus moteur.<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le de l&rsquo;acrocin\u00e9sie, une d\u00e9faillance relative de la voie indirecte ou une hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques au sein du putamen conduit \u00e0 une rupture de cette barri\u00e8re inhibitrice. Les neurones corticaux codant pour les groupes musculaires distaux \u2014 qui occupent une surface disproportionnellement grande sur l&rsquo;homoncule moteur de Penfield en raison de la complexit\u00e9 de la pr\u00e9hension \u2014 se retrouvent alors soumis \u00e0 des bouff\u00e9es d&rsquo;activation non filtr\u00e9es, d\u00e9clenchant des s\u00e9ries de contractions musculaires involontaires au niveau des doigts et des orteils.<\/p>\n<p>Sur le versant th\u00e9orique psychodynamique et psychosomatique, conceptualis\u00e9 \u00e0 travers les travaux d&rsquo;auteurs comme Henri Wallon et Pierre Marty, l&rsquo;acrocin\u00e9sie s&rsquo;interpr\u00e8te comme une faillite de la fonction de mentalisation. Lorsque l&rsquo;appareil psychique est submerg\u00e9 par une tension pulsionnelle ou une angoisse massive qui ne peut \u00eatre \u00e9labor\u00e9e par la voie repr\u00e9sentative et verbale, cette \u00e9nergie fait retour directement dans le soma par un court-circuit psychomoteur. L&rsquo;agitation acrocin\u00e9tique fonctionne alors comme une tentative archa\u00efque d&rsquo;\u00e9vacuation de la tension interne par la voie motrice somatique la plus p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie moderne du contr\u00f4le moteur computationnel et de l&rsquo;inf\u00e9rence pr\u00e9dictive sugg\u00e8re que l&rsquo;acrocin\u00e9sie r\u00e9sulte d&rsquo;un bruit excessif dans la copie d&rsquo;eff\u00e9rence motrice. Le syst\u00e8me nerveux central ne parvient plus \u00e0 mod\u00e9liser ad\u00e9quatement les \u00e9tats de repos des extr\u00e9mit\u00e9s motrices, interpr\u00e9tant \u00e0 tort des micro-oscillations physiologiques comme des signaux d&rsquo;erreur n\u00e9cessitant une correction motrice continue, ce qui auto-entretient une instabilit\u00e9 motrice permanente.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;acrocin\u00e9sie peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en plusieurs dimensions s\u00e9miologiques et sous-types cliniques selon sa topographie, son \u00e9tiologie et sa cin\u00e9matique propre. Cette cat\u00e9gorisation permet d&rsquo;affiner le jugement clinique face \u00e0 un tableau d&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hyperkin%C3%A9sie\">hyperkin\u00e9sie<\/a> :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie phasique vs tonique :<\/strong> La forme phasique se caract\u00e9rise par des mouvements vifs, brefs et saccad\u00e9s qui changent constamment de configuration (flexion, extension, abduction digitale). La forme tonique implique des micro-postures instables, o\u00f9 le segment distal tente de maintenir une position mais subit des d\u00e9rives lentes et des r\u00e9ajustements permanents.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie distale spontan\u00e9e vs r\u00e9actionnelle :<\/strong> L&rsquo;acrocin\u00e9sie spontan\u00e9e se manifeste de mani\u00e8re endog\u00e8ne, sans d\u00e9clencheur ext\u00e9rieur perceptible, refl\u00e9tant un rythme biologique autonome. La forme r\u00e9actionnelle est provoqu\u00e9e ou d\u00e9mesur\u00e9ment exacerb\u00e9e par la pr\u00e9sence d&rsquo;autrui, la prise de parole, une charge cognitive ou la manipulation d&rsquo;objets.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie iatrog\u00e8ne :<\/strong> Forme fr\u00e9quente induite par les psychotropes, notamment les antagonistes dopaminergiques (antipsychotiques typiques et atypiques) provoquant un tableau d&rsquo;akathisie motrice distale, ou par l&rsquo;intoxication aux psychostimulants (amph\u00e9tamines, coca\u00efne, m\u00e9thylph\u00e9nidate \u00e0 forte dose) stimulant excessivement les voies dopaminergiques de la r\u00e9compense et de l&rsquo;action.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie d&rsquo;origine neuropsychiatrique :<\/strong> S&rsquo;observe au cours des \u00e9pisodes maniaques avec acc\u00e9l\u00e9ration psychomotrice globale, ou dans les formes hyperkin\u00e9tiques de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catatonie\">catatonie<\/a>, o\u00f9 le patient manifeste des st\u00e9r\u00e9otypies distales r\u00e9p\u00e9titives et d\u00e9pourvues d&rsquo;intentionnalit\u00e9 consciente.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative :<\/strong> Sympt\u00f4me pr\u00e9coce ou interm\u00e9diaire retrouv\u00e9 dans les syndromes chor\u00e9iques (comme la maladie de Huntington), les d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences corticobasales ou certaines variantes frontotemporales associ\u00e9es \u00e0 des r\u00e9flexes de pr\u00e9hension anormaux et une agitation d&rsquo;exploration tactile compulsive.<\/li>\n<li><strong>Dimensions cin\u00e9matiques :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation s\u00e9miologique repose sur l&rsquo;analyse de quatre param\u00e8tres physiques objectifs : l&rsquo;amplitude du d\u00e9placement segmentaire, la fr\u00e9quence moyenne des d\u00e9charges motrices, la rythmicit\u00e9 (caract\u00e8re p\u00e9riodique ou totalement erratique) et la distractibilit\u00e9 (capacit\u00e9 du patient \u00e0 suspendre temporairement le mouvement par un effort d&rsquo;attention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir l&rsquo;expression tangible de l&rsquo;acrocin\u00e9sie dans la pratique clinique quotidienne, l&rsquo;analyse de situations standardis\u00e9es offre un \u00e9clairage pr\u00e9cieux sur ses modes de survenue et son impact sur la vie du patient.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;agitation distale maniaque.<\/strong> M. B., 34 ans, est admis dans un service de psychiatrie universitaire en phase d&rsquo;acc\u00e8s maniaque aigu cons\u00e9cutif \u00e0 un trouble bipolaire de type I. Au cours de l&rsquo;entretien clinique, le patient maintient une posture corporelle globale assise sur son fauteuil, mais ses mains pr\u00e9sentent une acrocin\u00e9sie flamboyante : ses doigts pianotent \u00e0 une cadence effr\u00e9n\u00e9e sur ses genoux, se croisent, s&rsquo;\u00e9cartent, manipulent continuellement les coutures de son pantalon et ses boutons de chemise dans une d\u00e9sorganisation gestuelle totale. Lorsqu&rsquo;on lui demande d&rsquo;immobiliser ses mains en les posant \u00e0 plat sur la table d&rsquo;examen, il n&rsquo;y parvient que durant trois secondes, d\u00e9crivant une \u00ab \u00e9lectricit\u00e9 intenable \u00bb qui l&rsquo;oblige \u00e0 reprendre imm\u00e9diatement ses mouvements digitaux.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;acrocin\u00e9sie iatrog\u00e8ne d&rsquo;allure akathisique.<\/strong> Mme L., 52 ans, trait\u00e9e par un antipsychotique incisif pour un trouble d\u00e9lirant persistant, rapporte une souffrance corporelle majeure. Si le m\u00e9decin remarque d&rsquo;abord une absence de mimique faciale (hypomimie parkinsonienne induite), l&rsquo;examen attentif de ses membres inf\u00e9rieurs r\u00e9v\u00e8le une acrocin\u00e9sie podale continue. Ses talons demeurent clou\u00e9s au sol mais ses avant-pieds ex\u00e9cutent des mouvements de battement alternatifs ininterrompus, accompagn\u00e9s de tr\u00e9mulations spontan\u00e9es des orteils dans ses chaussures. Cette motilit\u00e9 distale excessive, coupl\u00e9e \u00e0 un besoin imp\u00e9rieux de bouger sans repos possible, caract\u00e9rise le versant moteur objectif d&rsquo;une akathisie chimio-induite s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : St\u00e9r\u00e9otypies acrocin\u00e9tiques neurod\u00e9veloppementales.<\/strong> Julien, 9 ans, pr\u00e9sente un trouble du spectre de l&rsquo;autisme associ\u00e9 \u00e0 un haut niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. En situation de transition scolaire ou lorsqu&rsquo;un changement impr\u00e9vu survient dans son emploi du temps, il manifeste une acrocin\u00e9sie typique des membres sup\u00e9rieurs : ses mains s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent au niveau de son buste, ex\u00e9cutant des mouvements ondulatoires extr\u00eamement v\u00e9loces de flexion-extension des m\u00e9tacarpes et des phalanges (\u00ab battements d&rsquo;ailes \u00bb ou <em>flapping<\/em> distal). Cette activit\u00e9 motrice intense, loin d&rsquo;\u00eatre un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de communication, repr\u00e9sente une r\u00e9gulation sensori-motrice imm\u00e9diate visant \u00e0 compenser une surcharge sensorielle et cognitive massive.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de l&rsquo;acrocin\u00e9sie exige une combinaison de m\u00e9thodes d&rsquo;observation clinique standardis\u00e9e et d&rsquo;outils instrumentaux issus de la biom\u00e9canique contemporaine. \u00c9tant donn\u00e9 la nature labile du sympt\u00f4me, une observation ponctuelle peut sous-estimer son intensit\u00e9, n\u00e9cessitant des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation longitudinaux et \u00e9cologiques.<\/p>\n<p>Sur le versant s\u00e9miologique clinique, les praticiens recourent \u00e0 des \u00e9chelles valid\u00e9es des mouvements anormaux. L&rsquo;\u00e9chelle AIMS (<em>Abnormal Involuntary Movement Scale<\/em>) permet de coter la pr\u00e9sence et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des mouvements involontaires au niveau des membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs selon une gradation ordinale allant de 0 (absence) \u00e0 4 (s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame). Pour distinguer l&rsquo;acrocin\u00e9sie d&rsquo;une agitation psychique diffuse, l&rsquo;\u00e9chelle BARS (<em>Barnes Akathisia Rating Scale<\/em>) et l&rsquo;ESRS (<em>Extrapyramidal Symptom Rating Scale<\/em>) sont couramment employ\u00e9es pour \u00e9valuer la composante motrice objective sp\u00e9cifique des extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan technologique et quantitatif, la capture du mouvement s&rsquo;est profond\u00e9ment d\u00e9mocratis\u00e9e. L&rsquo;utilisation d&rsquo;actim\u00e8tres miniaturis\u00e9s et de capteurs inertiels triaxiaux (acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tres et gyroscopes) fix\u00e9s aux poignets et aux chevilles permet d&rsquo;enregistrer en continu la dynamique cin\u00e9tique sur 24 \u00e0 48 heures. Ces dispositifs g\u00e9n\u00e8rent des donn\u00e9es objectives sur la fr\u00e9quence spectrale des mouvements, leur puissance cin\u00e9tique et leur persistance durant les cycles de repos veille-sommeil.<\/p>\n<p>Enfin, dans les laboratoires d&rsquo;explorations fonctionnelles du syst\u00e8me nerveux, l&rsquo;\u00e9lectromyographie de surface (EMGS) multicanale appliqu\u00e9e aux muscles intrins\u00e8ques de la main (notamment les interosseux dorsaux et le court abducteur du pouce) coupl\u00e9e \u00e0 des syst\u00e8mes de cam\u00e9ras infrarouges de capture optique permet de diff\u00e9rencier avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique une v\u00e9ritable acrocin\u00e9sie d&rsquo;un tremblement postural d&rsquo;action, d&rsquo;un myoclonus cortical ou d&rsquo;une ataxie proprioceptive distale.<\/p>\n<h3>10. Applications et importance pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification pr\u00e9cise de l&rsquo;acrocin\u00e9sie rev\u00eat une valeur pratique d\u00e9terminante dans plusieurs disciplines m\u00e9dicales et param\u00e9dicales. En psychiatrie de liaison et en pratique hospitali\u00e8re, ce signe constitue souvent un signal d&rsquo;alarme pr\u00e9coce : sa survenue brutale chez un patient trait\u00e9 par psychotropes doit faire \u00e9voquer d&#8217;embl\u00e9e une intol\u00e9rance m\u00e9dicamenteuse, une toxicit\u00e9 neurologique d\u00e9butante ou une akathisie masqu\u00e9e, \u00e9vitant ainsi l&rsquo;erreur diagnostique funeste qui consisterait \u00e0 interpr\u00e9ter cette agitation motrice comme une aggravation de la psychose sous-jacente et \u00e0 augmenter \u00e0 tort la dose de neuroleptique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;ergoth\u00e9rapie et de la r\u00e9adaptation psychomotrice, l&rsquo;acrocin\u00e9sie repr\u00e9sente un obstacle fonctionnel direct aux activit\u00e9s de la vie quotidienne. La manipulation d&rsquo;ustensiles de cuisine, l&rsquo;\u00e9criture manuscrite, l&rsquo;utilisation d&rsquo;un clavier d&rsquo;ordinateur ou le boutonnage des v\u00eatements deviennent des \u00e9preuves \u00e9puisantes en raison de la contamination du geste intentionnel par des parasites cin\u00e9tiques distaux. La prise en charge implique l&rsquo;apprentissage de techniques de stabilisation proximale, l&rsquo;utilisation d&rsquo;aides techniques lest\u00e9es et des exercices de focalisation attentionnelle somatosensorielle.<\/p>\n<p>En psychoth\u00e9rapie institutionnelle et en milieu \u00e9ducatif sp\u00e9cialis\u00e9, la reconnaissance de l&rsquo;acrocin\u00e9sie comme expression somato-psychique d&rsquo;une d\u00e9tresse ou d&rsquo;une surcharge cognitive permet d&rsquo;adapter l&rsquo;environnement relationnel. Au lieu de sanctionner une pr\u00e9tendue \u00ab turbulence \u00bb ou une indiscipline motrice, les \u00e9quipes soignantes et \u00e9ducatives peuvent instaurer des pauses sensorielles, diminuer les stimulations ambiantes et proposer des m\u00e9diations corporelles d&rsquo;apaisement (enveloppements, massages th\u00e9rapeutiques, relaxation progressive).<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche neuroscientifique contemporaine explore activement les corr\u00e9lats neurofonctionnels des hyperkin\u00e9sies distales \u00e0 l&rsquo;aide de paradigmes sophistiqu\u00e9s d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et de tomographie par \u00e9mission de positons (TEP). Les travaux pionniers de chercheurs tels que C. David Marsden, Mark Hallett et Joseph Jankovic ont permis d&rsquo;\u00e9tablir que l&rsquo;expression pr\u00e9f\u00e9rentielle des mouvements anormaux aux extr\u00e9mit\u00e9s d\u00e9coule de l&rsquo;organisation somatotopique pr\u00e9cise du striatum (noyau caud\u00e9 et putamen).<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes utilisant la tomographie d&rsquo;\u00e9mission monophotonique (SPECT) avec des radiotraceurs du transporteur de la dopamine (DAT) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les \u00e9tats d&rsquo;acrocin\u00e9sie iatrog\u00e8ne ou idiopathique s&rsquo;accompagnent fr\u00e9quemment d&rsquo;une asym\u00e9trie ou d&rsquo;une diminution significative de la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs D2 dans les territoires moteurs du putamen dorsolat\u00e9ral. Cette baisse de fixation perturbe la boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative entre le cortex pr\u00e9moteur et les structures sous-corticales, validant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une perte de focalisation de l&rsquo;inhibition motrice.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche en psychopharmacologie clinique a d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 diff\u00e9rentielle de certaines mol\u00e9cules pour att\u00e9nuer ces d\u00e9charges acrocin\u00e9tiques. Les modulateurs des r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques b\u00eata (tels que le propranolol), les agonistes gabaergiques d&rsquo;action centrale et plus r\u00e9cemment les inhibiteurs du transporteur v\u00e9siculaire des monoamines de type 2 (VMAT2), comme la deut\u00e9trab\u00e9nazine et la valb\u00e9nazine, ont apport\u00e9 des preuves empiriques solides quant \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire significativement les scores d&rsquo;agitation distale dans les populations souffrant de dyskin\u00e9sies tardives complexes.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception, la signification s\u00e9miotique et le seuil de tol\u00e9rance de l&rsquo;acrocin\u00e9sie sont intimement tributaires du contexte socioculturel dans lequel \u00e9volue le patient. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es contemporaines, fond\u00e9es sur une discipline posturale stricte dans les espaces scolaires et professionnels et valorisant l&rsquo;immobilit\u00e9 comme gage d&rsquo;attention et de ma\u00eetrise de soi, l&rsquo;hyperactivit\u00e9 motrice distale est imm\u00e9diatement remarqu\u00e9e, \u00e9tiquet\u00e9e comme anormale et pathologis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines cultures m\u00e9diterran\u00e9ennes, subsahariennes ou latino-am\u00e9ricaines o\u00f9 l&rsquo;expressivit\u00e9 motrice et la communication gestuelle des mains sont hautement dynamiques, fluides et socialement valoris\u00e9es, les formes mod\u00e9r\u00e9es d&rsquo;acrocin\u00e9sie peuvent demeurer longtemps invisibles pour l&rsquo;entourage ou \u00eatre per\u00e7ues comme une simple manifestation d&rsquo;un temp\u00e9rament passionn\u00e9, ardent ou \u00e9motionnellement vibrant. Le clinicien doit faire preuve d&rsquo;une prudence herm\u00e9neutique aigu\u00eb pour ne pas confondre une profusion gestuelle culturellement norm\u00e9e avec une anomalie neurocin\u00e9tique distale authentique.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;ethnopsychiatrie, les mouvements involontaires des extr\u00e9mit\u00e9s sont parfois int\u00e9gr\u00e9s dans des syst\u00e8mes explicatifs traditionnels faisant appel \u00e0 l&rsquo;intrusion d&rsquo;esprits, \u00e0 des \u00e9tats de transe ou \u00e0 des blocages de flux \u00e9nerg\u00e9tiques corporels (tels que le d\u00e9s\u00e9quilibre du <em>Qi<\/em> dans les m\u00e9decines traditionnelles asiatiques ou les notions de \u00ab vents \u00bb pathog\u00e8nes). Dans ces contextes, l&rsquo;acrocin\u00e9sie n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9e comme un simple d\u00e9r\u00e8glement striatal, mais comme le signe d&rsquo;une rupture relationnelle entre le sujet, sa communaut\u00e9 ou l&rsquo;ordre invisible, orientant initialement la qu\u00eate de soins vers des th\u00e9rapeutes traditionnels avant toute consultation allopathique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosologique m\u00eame du terme \u00ab acrocin\u00e9sie \u00bb soul\u00e8ve des controverses persistantes au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique. Le principal reproche adress\u00e9 \u00e0 ce concept par les partisans d&rsquo;une s\u00e9miologie minimaliste concerne son risque de redondance avec d&rsquo;autres entit\u00e9s mieux ancr\u00e9es dans les classifications internationales (CIM-11 et DSM-5). Certains auteurs arguent que l&rsquo;acrocin\u00e9sie ne constitue pas une entit\u00e9 nosographique autonome mais un simple descripteur topographique qui disperse inutilement l&rsquo;attention clinique au lieu de la focaliser sur les syndromes pivots que sont les dyskin\u00e9sies, la chor\u00e9e ou les tics moteurs.<\/p>\n<p>Un autre point de d\u00e9bat concerne la fronti\u00e8re floue entre motricit\u00e9 intentionnelle adaptative, tics et mouvements v\u00e9ritablement involontaires. Dans de nombreuses manifestations acrocin\u00e9tiques l\u00e9g\u00e8res, le patient conserve une capacit\u00e9 transitoire de supprimer volontairement ses mouvements distaux au prix d&rsquo;un effort mental intense, ce qui incite certains neuropsychologues \u00e0 questionner la nature purement \u00ab automatique \u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne. Ce flou alimente le risque d&rsquo;erreurs d&rsquo;attribution : imputer \u00e0 tort \u00e0 une simulation ou \u00e0 un trouble factice ce qui rel\u00e8ve d&rsquo;une compulsion motrice sous-tendue par un d\u00e9s\u00e9quilibre neurologique objectif.<\/p>\n<p>Enfin, la fid\u00e9lit\u00e9 inter-juges des \u00e9chelles purement visuelles fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques r\u00e9guli\u00e8res. Deux praticiens observant un m\u00eame patient agit\u00e9 des doigts peuvent diverger radicalement entre le diagnostic d&rsquo;acrocin\u00e9sie anxieuse, d&rsquo;akathisie d\u00e9butante ou de mani\u00e9risme psychotique. Ces divergences soulignent les limites inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation ph\u00e9nom\u00e9nologique non assist\u00e9e par des enregistrements biom\u00e9caniques quantifi\u00e9s, plaidant pour une standardisation accrue des protocoles de diagnostic diff\u00e9rentiel.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour assurer une pr\u00e9cision clinique optimale, il est indispensable de diff\u00e9rencier rigoureusement l&rsquo;acrocin\u00e9sie d&rsquo;une s\u00e9rie de concepts connexes qui partagent avec elle des similitudes apparentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs Hypercin\u00e9sie :<\/strong> L&rsquo;hypercin\u00e9sie est un terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant tout accroissement excessif et involontaire de l&rsquo;activit\u00e9 musculaire globale du corps. L&rsquo;acrocin\u00e9sie en est une sous-cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique strictement circonscrite aux extr\u00e9mit\u00e9s anatomiques distales.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs Bradycin\u00e9sie \/ Akin\u00e9sie :<\/strong> Antonymes directs de l&rsquo;acrocin\u00e9sie. La bradycin\u00e9sie correspond au ralentissement d&rsquo;ex\u00e9cution du mouvement et l&rsquo;akin\u00e9sie \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 ou l&rsquo;extr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 initier un geste moteur, embl\u00e9matiques du syndrome parkinsonien.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs Akathisie :<\/strong> L&rsquo;akathisie est un syndrome complexe d\u00e9fini au premier chef par une plainte subjective d&rsquo;impatience motrice, d&rsquo;inconfort interne insupportable et de besoin compulsif de bouger, souvent soulag\u00e9 par la marche. L&rsquo;acrocin\u00e9sie est le signe physique moteur objectif, focalis\u00e9 sur les extr\u00e9mit\u00e9s, qui peut accompagner l&rsquo;akathisie mais peut aussi survenir sans aucune d\u00e9tresse subjective consciente chez le sujet.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs Chor\u00e9e :<\/strong> Les mouvements chor\u00e9iques sont impr\u00e9visibles, arythmiques, explosifs et migrent constamment d&rsquo;une partie du corps \u00e0 une autre (visage, tronc, racines des membres). L&rsquo;acrocin\u00e9sie demeure confin\u00e9e avec une relative r\u00e9gularit\u00e9 topographique aux segments distaux.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs St\u00e9r\u00e9otypies motrices :<\/strong> Les st\u00e9r\u00e9otypies sont des mouvements coordonn\u00e9s, r\u00e9p\u00e9titifs, identiques \u00e0 eux-m\u00eames, rythm\u00e9s et non finalis\u00e9s (comme le balancement du tronc ou le frottement des mains). L&rsquo;acrocin\u00e9sie pr\u00e9sente un caract\u00e8re beaucoup plus polymorphe, irr\u00e9gulier et discontinu dans sa cin\u00e9matique fine.<\/li>\n<li><strong>Acrocin\u00e9sie vs Tics distaux :<\/strong> Les tics sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;un besoin pr\u00e9monitoire sensoriel interne et consistent en des gestes brefs, soudains et r\u00e9currents, dont l&rsquo;ex\u00e9cution procure un soulagement psychologique imm\u00e9diat. L&rsquo;acrocin\u00e9sie s&rsquo;apparente davantage \u00e0 un \u00e9tat continu d&rsquo;agitation motrice diffuse d\u00e9nu\u00e9 de soulagement pulsionnel sp\u00e9cifique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;acrocin\u00e9sie se distingue comme une manifestation s\u00e9miologique cardinale de l&rsquo;exc\u00e8s cin\u00e9tique distal, dont la compr\u00e9hension exige une approche int\u00e9grative articulant neurologie et psychopathologie. Les points fondamentaux suivants r\u00e9sument la substantifique moelle de cette entit\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ancrage s\u00e9mantique :<\/strong> Form\u00e9e \u00e0 partir des racines grecques <em>akron<\/em> (extr\u00e9mit\u00e9) et <em>kinesis<\/em> (mouvement), elle renvoie explicitement \u00e0 une hyperactivit\u00e9 motrice pr\u00e9dominant aux doigts, mains et pieds.<\/li>\n<li><strong>Physiopathologie striatale :<\/strong> Elle traduit une rupture des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition centrale m\u00e9di\u00e9s par les ganglions de la base et la voie indirecte cortico-striato-thalamique, facilitant l&rsquo;\u00e9mergence de commandes motrices parasites.<\/li>\n<li><strong>Polymorphisme \u00e9tiologique :<\/strong> Ses causes s&rsquo;\u00e9tendent des effets ind\u00e9sirables iatrog\u00e8nes (antipsychotiques, stimulants) aux d\u00e9sordres psychiatriques aigus (manie bipolaire, angoisse paroxystique) et aux affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou neurod\u00e9veloppementales.<\/li>\n<li><strong>Distinction s\u00e9miologique cruciale :<\/strong> Elle doit \u00eatre scrupuleusement dissoci\u00e9e de la chor\u00e9e diffuse, des myoclonies, des tics moteurs et de la composante purement psychique de l&rsquo;akathisie.<\/li>\n<li><strong>Enjeu th\u00e9rapeutique :<\/strong> Sa reconnaissance pr\u00e9coce pr\u00e9vient l&rsquo;escalade m\u00e9dicamenteuse inappropri\u00e9e en cas d&rsquo;effets secondaires extrapyramidaux et guide la mise en \u0153uvre de prises en charge r\u00e9adaptatives adapt\u00e9es en ergoth\u00e9rapie et th\u00e9rapie psychomotrice.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychological Association. (s. d.). Acrocinesis. Dans <em>APA Dictionary of Psychology<\/em>. Consult\u00e9 le 22 octobre 2026, \u00e0 l&rsquo;adresse <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/dictionary.apa.org\/acrocinesis\">https:\/\/dictionary.apa.org\/acrocinesis<\/a><\/li>\n<li>Alexander, G. E., Crutcher, M. D., &amp; DeLong, M. R. (1990). Basal ganglia-thalamocortical circuits: Parallel substrates for motor, cognitive, and emotional functions. <em>Progress in Brain Research<\/em>, 85, 119-146. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(08)62678-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(08)62678-3<\/a><\/li>\n<li>Barnes, T. R. (1989). A rating scale for drug-induced akathisia. <em>The British Journal of Psychiatry<\/em>, 154(5), 672-676. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.154.5.672\">https:\/\/doi.org\/10.1192\/bjp.154.5.672<\/a><\/li>\n<li>Hallett, M. (2011). Neurophysiology of dystonia: The role of the basal ganglia. <em>Movement Disorders<\/em>, 26(6), 1047-1052. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.23605\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.23605<\/a><\/li>\n<li>Jankovic, J. (2008). 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