{"id":19451,"date":"2026-10-22T04:29:00","date_gmt":"2026-10-22T04:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=deficience-visuelle-acquise"},"modified":"2026-10-22T04:29:00","modified_gmt":"2026-10-22T04:29:00","slug":"deficience-visuelle-acquise","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=deficience-visuelle-acquise","title":{"rendered":"D\u00e9ficience visuelle acquise : Impact psychologique"},"content":{"rendered":"<p>La survenue impromptue ou progressive d&rsquo;une perte de la vision \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte bouleverse profond\u00e9ment l&rsquo;\u00e9quilibre cognitif, \u00e9motionnel et social de l&rsquo;individu, red\u00e9finissant de mani\u00e8re drastique son rapport \u00e0 l&rsquo;environnement. Contrairement aux atteintes cong\u00e9nitales, la d\u00e9ficience visuelle acquise confronte la personne \u00e0 un v\u00e9ritable deuil perceptif, n\u00e9cessitant une r\u00e9organisation compl\u00e8te des repr\u00e9sentations mn\u00e9siques, de l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle et de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle. Cette entit\u00e9 clinique complexe se situe au carrefour de la neuropsychologie, de la psychologie de la sant\u00e9 et des neurosciences de la r\u00e9adaptation sensorielle.<\/p>\n<h2>D\u00e9ficience visuelle acquise<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>d\u00e9ficience visuelle acquise<\/strong> d\u00e9signe une d\u00e9t\u00e9rioration significative et irr\u00e9versible de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle ou du champ visuel survenant au cours de la vie chez une personne ayant pr\u00e9alablement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une vision normale ou fonctionnelle, et ne pouvant \u00eatre corrig\u00e9e par des verres correcteurs ordinaires, des lentilles de contact ou une intervention m\u00e9dico-chirurgicale conventionnelle. D&rsquo;un point de vue clinique et psychologique, elle se caract\u00e9rise par la rupture soudaine ou progressive d&rsquo;un mode perceptif central dans l&rsquo;interaction avec le monde environnant, induisant des r\u00e9percussions fonctionnelles, cognitives et affectives durables.<\/p>\n<p>Dans les nomenclatures de l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a> (OMS), cette condition englobe la basse vision acquise ainsi que la c\u00e9cit\u00e9 acquise, d\u00e9finies \u00e0 partir de seuils d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle corrig\u00e9e inf\u00e9rieure \u00e0 3\/10 (ou 6\/18) sur la meilleure \u00e9chelle de mesure ou de restrictions concentriques du champ visuel en dessous de vingt degr\u00e9s. Sur le plan psychologique, elle implique une confrontation existentielle \u00e0 la perte d&rsquo;une modalit\u00e9 sensorielle dominante, imposant une restructuration globale de l&rsquo;appareil perceptivo-cognitif, des strat\u00e9gies de navigation spatiale et des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation psychologique.<\/p>\n<p>Elle se distingue formellement des atteintes cong\u00e9nitales par le fait que l&rsquo;individu poss\u00e8de des souvenirs visuels, une m\u00e9moire topographique \u00e9tablie \u00e0 partir d&rsquo;indices optiques et un lexique d&rsquo;images mentales constitu\u00e9 tout au long du d\u00e9veloppement pr\u00e9morbide. Cette pr\u00e9sence d&rsquo;une m\u00e9moire visuelle ant\u00e9rieure module substantiellement les processus de compensation sensorielle, les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;imagerie mentale et les r\u00e9actions de deuil cons\u00e9cutives \u00e0 la d\u00e9gradation de la vue.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab d\u00e9ficience visuelle acquise \u00bb tire ses racines de plusieurs strates linguistiques classiques issues du latin. Le vocable \u00ab d\u00e9ficience \u00bb provient du latin <em>deficientia<\/em>, substantif d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>deficere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou s\u00e9paratif <em>de-<\/em> et du verbe <em>facere<\/em> (\u00ab faire \u00bb, \u00ab accomplir \u00bb). \u00c0 l&rsquo;origine, le terme exprime un manque, une insuffisance, un affaiblissement ou une absence de pl\u00e9nitude fonctionnelle au sein d&rsquo;un syst\u00e8me organique ou m\u00e9canique.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab visuelle \u00bb provient du bas latin <em>visualis<\/em>, lui-m\u00eame issu de <em>visus<\/em> (\u00ab la vue \u00bb, \u00ab l&rsquo;action de voir \u00bb), substantif verbal rattach\u00e9 \u00e0 <em>videre<\/em>, signifiant percevoir par les yeux, discerner, constater ou appr\u00e9hender par l&rsquo;intellect. Enfin, l&rsquo;adjectif \u00ab acquise \u00bb d\u00e9rive du participe pass\u00e9 latin <em>acquisitus<\/em>, provenant du verbe <em>acquirere<\/em> (\u00ab chercher \u00e0 obtenir \u00bb, \u00ab ajouter \u00e0 ce que l&rsquo;on poss\u00e8de \u00bb). En m\u00e9decine et en neuropsychologie, l&rsquo;acception d&rsquo;\u00ab acquis \u00bb s&rsquo;est fix\u00e9e pour d\u00e9signer tout \u00e9tat ou dysfonctionnement survenu post\u00e9rieurement \u00e0 la p\u00e9riode n\u00e9onatale ou apr\u00e8s l&rsquo;ach\u00e8vement d&rsquo;une phase d\u00e9veloppementale critique, en opposition directe au caract\u00e8re \u00ab inn\u00e9 \u00bb ou \u00ab cong\u00e9nital \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans la litt\u00e9rature francophone de psychologie clinique et de r\u00e9adaptation date du milieu du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de la classification internationale des d\u00e9ficiences, incapacit\u00e9s et handicaps (CIDIH) d\u00e9velopp\u00e9e par Philip Wood, puis consolid\u00e9e lors de la publication de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la sant\u00e9 (CIF). Cette conceptualisation visait \u00e0 d\u00e9passer les termes jug\u00e9s r\u00e9ducteurs ou stigmatisants tels que l&rsquo;infirmit\u00e9 ou la simple c\u00e9cit\u00e9 pour embrasser le continuum des alt\u00e9rations de la fonction visuelle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international (API) sous la forme \/de.fi.sj\u0251\u0303s vi.z\u0265\u025bl a.kiz\/. L&rsquo;accentuation tonique en fran\u00e7ais standard repose naturellement sur la derni\u00e8re syllabe prononc\u00e9e de chaque unit\u00e9 lexicale, avec une articulation particuli\u00e8rement marqu\u00e9e de la semi-voyelle \/\u0265\/ dans \u00ab visuelle \u00bb.<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier constitu\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab d\u00e9ficience \u00bb) compl\u00e9t\u00e9 par deux adjectifs qualificatifs \u00e9pith\u00e8tes coordonn\u00e9s par leur positionnement (\u00ab visuelle \u00bb et \u00ab acquise \u00bb). Au pluriel, il prend la forme de \u00ab d\u00e9ficiences visuelles acquises \u00bb (\/de.fi.sj\u0251\u0303s vi.z\u0265\u025bl a.kiz\/), d\u00e9signant l&rsquo;ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne des pathologies oculaires et neurologiques entra\u00eenant une d\u00e9gradation sensorielle post-d\u00e9veloppementale.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique et scientifique, la locution s&#8217;emploie principalement sous forme nominale pour caract\u00e9riser un diagnostic fonctionnel ou un groupe de recherche (\u00ab l&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique de la d\u00e9ficience visuelle acquise \u00bb). On observe \u00e9galement l&#8217;emploi substantiv\u00e9 de la p\u00e9riphrase chez les intervenants param\u00e9dicaux (\u00ab les personnes pr\u00e9sentant une d\u00e9ficience visuelle acquise \u00bb), formule privil\u00e9gi\u00e9e pour respecter le principe de d\u00e9signation centr\u00e9e sur la personne et \u00e9viter de r\u00e9duire l&rsquo;individu \u00e0 son seul d\u00e9ficit somatique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La d\u00e9ficience visuelle acquise constitue une exp\u00e9rience de rupture existentielle et perceptive qui transcende largement le cadre strict de l&rsquo;ophtalmologie. Chez l&rsquo;\u00eatre humain, la vue repr\u00e9sente la modalit\u00e9 sensorielle t\u00e9l\u00e9-r\u00e9ceptrice dominante, v\u00e9hiculant environ 80 % des flux d&rsquo;informations aff\u00e9rents au syst\u00e8me nerveux central. Elle joue un r\u00f4le f\u00e9d\u00e9rateur dans la coordination motrice, l&rsquo;organisation spatiale, l&rsquo;\u00e9valuation des dangers, la communication non verbale et la r\u00e9gulation des rythmes circadiens. La perte de cette modalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte impose donc un remaniement structurel des sch\u00e9mas d&rsquo;appr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique, la vision fournit un cadre d&rsquo;int\u00e9gration supramodal : elle ancre et stabilise les aff\u00e9rences tactiles, auditives et proprioceptives. Lorsque la fonction visuelle s&rsquo;alt\u00e8re brutalement (par exemple lors d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral touchant les radiations optiques ou d&rsquo;un traumatisme oculaire) ou insidieusement (comme dans la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge ou le glaucome chronique), le cerveau se trouve priv\u00e9 de son principal r\u00e9gulateur pr\u00e9dictif. L&rsquo;individu doit alors basculer d&rsquo;un mode de traitement spatial parall\u00e8le et holistique, caract\u00e9ristique de la vision, \u00e0 un mode s\u00e9quentiel, analytique et co\u00fbteux en ressources attentionnelles, typique du toucher et de l&rsquo;audition.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;apparition d&rsquo;une d\u00e9ficience visuelle acquise engendre un \u00e9tat de crise d&rsquo;adaptation aigu. Contrairement aux personnes aveugles ou malvoyantes de naissance, qui structurent leur appareil psychique et leurs mod\u00e8les op\u00e9rants internes sans recours au canal optique, la personne atteinte d&rsquo;un trouble acquis fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une perte d&rsquo;objet radicale. Ce d\u00e9calage entre les exigences d&rsquo;un environnement con\u00e7u pour des voyants et l&rsquo;amenuisement des capacit\u00e9s perceptives suscite une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux troubles anxio-d\u00e9pressifs, \u00e0 la r\u00e9gression de l&rsquo;estime de soi et au sentiment d&rsquo;impuissance acquise.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de la d\u00e9ficience visuelle acquise s&rsquo;\u00e9tendent au-del\u00e0 des atteintes oculaires p\u00e9riph\u00e9riques. Elles englobent \u00e9galement les c\u00e9cit\u00e9s corticales, les agnosies visuelles aperceptives et associatives ainsi que le syndrome d&rsquo;h\u00e9min\u00e9gligence r\u00e9sultant d&rsquo;atteintes pari\u00e9tales ou occipitales. Ce p\u00e9rim\u00e8tre \u00e9largi impose de consid\u00e9rer non seulement la d\u00e9faillance des r\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens, mais \u00e9galement l&rsquo;interruption des voies de projection et la d\u00e9sorganisation des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration perceptive et \u00e0 la cognition spatiale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la prise en compte de la d\u00e9ficience visuelle acquise a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9e par l&rsquo;attention port\u00e9e \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 cong\u00e9nitale et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation des jeunes aveugles, incarn\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle par les travaux novateurs de Valentin Ha\u00fcy et plus tard par l&rsquo;invention de l&rsquo;alphabet tactile par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis_Braille\">Louis Braille<\/a>. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les adultes perdant la vue \u00e0 la suite d&rsquo;accidents de travail, de maladies infectieuses (comme le trachome ou la syphilis) ou de faits de guerre \u00e9taient le plus souvent rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;assistance caritative ou aux hospices, sans perspectives r\u00e9elles de r\u00e9habilitation globale.<\/p>\n<p>Le tournant historique majeur s&rsquo;est produit au lendemain de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, puis s&rsquo;est amplifi\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9cisive apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Le retour massif de soldats mutil\u00e9s et aveugl\u00e9s par des traumatismes cranio-faciaux et des \u00e9clats d&rsquo;obus a contraint les gouvernements occidentaux et les neuropsychiatres \u00e0 formaliser des programmes de r\u00e9\u00e9ducation pour adultes. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que des figures pionni\u00e8res comme Richard Hoover ont con\u00e7u des techniques de d\u00e9placement syst\u00e9matiques, notamment la canne longue blanche en 1944 au Valley Forge General Hospital, jetant les bases des sciences de l&rsquo;orientation et de la mobilit\u00e9.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de la psychologie de la r\u00e9adaptation a permis de formaliser les premi\u00e8res grilles d&rsquo;analyse des r\u00e9actions \u00e9motionnelles face \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 tardive. Des psychiatres et psychanalystes, \u00e0 l&rsquo;instar de Thomas Carroll dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence <em>Blindness: What It Is, What It Does, and How to Live with It<\/em> (1961), ont diss\u00e9qu\u00e9 la perte de la vue en une multitude de \u00ab pertes sectorielles \u00bb (perte de la mobilit\u00e9, perte de l&rsquo;aisance financi\u00e8re, perte de l&rsquo;intimit\u00e9, perte de la communication \u00e9crite). Carroll a d\u00e9montr\u00e9 que la r\u00e9adaptation ne consistait pas seulement en un r\u00e9apprentissage m\u00e9canique, mais en une th\u00e9rapie reconstructive de la personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9mographique caract\u00e9ris\u00e9e par le vieillissement de la population a profond\u00e9ment transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie de la discipline. La recherche s&rsquo;est r\u00e9orient\u00e9e vers les pathologies chroniques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives de l&rsquo;adulte \u00e2g\u00e9, telles que la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA), le glaucome et la r\u00e9tinopathie diab\u00e9tique. L&rsquo;int\u00e9gration des neurosciences cognitives modernes a simultan\u00e9ment mis en \u00e9vidence l&rsquo;extraordinaire potentiel de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale chez l&rsquo;adulte, ouvrant la voie \u00e0 des approches r\u00e9\u00e9ducatives bas\u00e9es sur la bio-r\u00e9troaction, l&rsquo;entra\u00eenement visuel excentrique et les dispositifs d&rsquo;assistance technologique intelligents.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension psychologique de la d\u00e9ficience visuelle acquise repose sur plusieurs cadres conceptuels majeurs, au premier rang desquels figure la th\u00e9orie du deuil et de l&rsquo;adaptation aux pertes somatiques. \u00c9labor\u00e9 initialement par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lisabeth_K%C3%BCbler-Ross\">\u00c9lisabeth K\u00fcbler-Ross<\/a> puis adapt\u00e9 aux d\u00e9ficits sensoriels par des chercheurs en sant\u00e9 mentale, ce mod\u00e8le postule que la confrontation \u00e0 la perte irr\u00e9versible de la vision d\u00e9clenche une succession d&rsquo;\u00e9tapes psychodynamiques comprenant le choc initial, le d\u00e9ni de la gravit\u00e9 du diagnostic, la col\u00e8re, le marchandage m\u00e9dical, la d\u00e9pression r\u00e9actionnelle et, ultimement, l&rsquo;acceptation et la r\u00e9organisation de soi. Bien que la vision contemporaine rejette une progression strictement lin\u00e9aire de ces phases, ce cadre th\u00e9orique demeure fondamental pour comprendre les fluctuations thymiques des patients au cours de l&rsquo;\u00e9volution de leur pathologie.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me corpus th\u00e9orique central est issu du mod\u00e8le transactionnel du stress et du coping d\u00e9velopp\u00e9 par Richard Lazarus et Susan Folkman. Dans cette perspective, la d\u00e9ficience visuelle acquise est conceptualis\u00e9e comme une source majeure de stress chronique mena\u00e7ant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;individu. L&rsquo;impact de la d\u00e9ficience d\u00e9pend fondamentalement de l&rsquo;\u00e9valuation cognitive primaire (dans quelle mesure la perte visuelle est per\u00e7ue comme une menace, une perte irr\u00e9parable ou un d\u00e9fi) et de l&rsquo;\u00e9valuation cognitive secondaire (les ressources personnelles, sociales et techniques per\u00e7ues comme disponibles pour y faire face). Les strat\u00e9gies de coping ax\u00e9es sur le probl\u00e8me (apprentissage de techniques compensatoires, am\u00e9nagement du domicile) favorisent une meilleure issue psychologique que les strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement \u00e9motionnel ou de repli passif.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif et comportemental, le mod\u00e8le de l&rsquo;auto-efficacit\u00e9 d&rsquo;Albert Bandura apporte un \u00e9clairage crucial sur les trajectoires de r\u00e9habilitation. La perte visuelle porte un coup d&rsquo;arr\u00eat brutal au sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle de l&rsquo;adulte, qui ne se sent plus capable de traverser une rue, de pr\u00e9parer un repas ou de lire son courrier. La restauration de la confiance dans ses capacit\u00e9s motrices et sensorielles substitutives repose sur des exp\u00e9riences de ma\u00eetrise progressive au cours des s\u00e9ances de r\u00e9adaptation. Sans une reconstruction pr\u00e9alable de ce sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9, les technologies d&rsquo;assistance les plus sophistiqu\u00e9es demeurent fr\u00e9quemment sous-utilis\u00e9es ou rejet\u00e9es par les b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n<p>Enfin, les neurosciences cognitives mobilisent la th\u00e9orie de la plasticit\u00e9 transmodale et de la m\u00e9tamodalit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Selon cette approche d\u00e9velopp\u00e9e notamment par Alvaro Pascual-Leone, le cortex visuel n&rsquo;est pas un r\u00e9cepteur passif exclusivement d\u00e9volu \u00e0 la lumi\u00e8re, mais une structure de traitement spatial polyvalente. Lorsqu&rsquo;un adulte subit une d\u00e9privation visuelle, le cortex occipital est capable de se r\u00e9organiser pour traiter des informations auditives, tactiles ou spatiales alternatives, fournissant un substrat neurobiologique tangible aux m\u00e9canismes de compensation cognitive observ\u00e9s chez les personnes r\u00e9adapt\u00e9es.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9ficience visuelle acquise ne constitue pas un bloc homog\u00e8ne ; elle se caract\u00e9rise par une vari\u00e9t\u00e9 de profils cliniques d\u00e9pendants des structures anatomiques atteintes et du mode de survenue du trouble :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La perte de vision centrale (scotome central) :<\/strong> Typique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA) ou de la maladie de Stargardt \u00e0 d\u00e9but tardif. Elle pr\u00e9serve le champ p\u00e9riph\u00e9rique permettant les d\u00e9placements, mais d\u00e9truit la vision fine n\u00e9cessaire \u00e0 la lecture, \u00e0 la reconnaissance des visages familiers et aux t\u00e2ches manuelles pr\u00e9cises, g\u00e9n\u00e9rant une rupture profonde du lien social et un isolement affectif majeur.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9tr\u00e9cissement du champ visuel p\u00e9riph\u00e9rique (vision tubulaire) :<\/strong> Fr\u00e9quemment observ\u00e9 dans le glaucome avanc\u00e9 ou la r\u00e9tinite pigmentaire diagnostiqu\u00e9e tardivement. Le patient conserve une acuit\u00e9 centrale satisfaisante mais perd les rep\u00e8res d&rsquo;orientation dans l&rsquo;espace, tr\u00e9buche contre les obstacles lat\u00e9raux et \u00e9prouve une immense angoisse lors des d\u00e9placements ext\u00e9rieurs.<\/li>\n<li><strong>La c\u00e9cit\u00e9 corticale et l&rsquo;h\u00e9mianopsie lat\u00e9rale homonyme (HLH) :<\/strong> Cons\u00e9quences directes de l\u00e9sions r\u00e9tro-chiasmatiques (accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, traumatismes cr\u00e2niens ou tumeurs occipitales). L&rsquo;amputation de la moiti\u00e9 du champ visuel droit ou gauche d\u00e9sorganise totalement l&rsquo;exploration visuo-spatiale, la conduite automobile et la cin\u00e9tique de lecture.<\/li>\n<li><strong>Les atteintes diffuses et globales :<\/strong> Incluant les opacifications des milieux transparents non op\u00e9rables, les d\u00e9collements r\u00e9tiniens bilat\u00e9raux massifs ou les r\u00e9tinopathies prolif\u00e9rantes, qui entra\u00eenent un brouillage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, une baisse drastique des contrastes et une photophobie invalidante.<\/li>\n<li><strong>Le mode d&rsquo;apparition (brutal versus progressif) :<\/strong> Une survenue brutale plonge l&rsquo;individu dans une sid\u00e9ration psychologique aigu\u00eb exigeant une prise en charge de crise, tandis qu&rsquo;une d\u00e9gradation insidieuse soumet la personne \u00e0 une incertitude pronostique constante, imposant des deuils successifs et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 chaque nouvelle baisse d&rsquo;acuit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e clinique de la condition, consid\u00e9rons le cas de Marc, un cadre administratif de 52 ans ayant d\u00e9velopp\u00e9 une DMLA exsudative bilat\u00e9rale d&rsquo;\u00e9volution fulgurante. Du jour au lendemain, Marc s&rsquo;est trouv\u00e9 incapable de lire les dossiers professionnels sur son \u00e9cran d&rsquo;ordinateur et de reconna\u00eetre ses collaborateurs dans les couloirs de son entreprise. Sur le plan psychologique, il a manifest\u00e9 un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 marqu\u00e9 par la honte sociale, \u00e9vitant les r\u00e9unions par crainte de ne pouvoir croiser le regard de ses interlocuteurs. L&rsquo;accompagnement pluridisciplinaire a combin\u00e9 un soutien psychoth\u00e9rapeutique ax\u00e9 sur la red\u00e9finition de l&rsquo;identit\u00e9 professionnelle, un entra\u00eenement orthoptique \u00e0 la fixation excentrique et la mise en place de logiciels de grossissement et de synth\u00e8se vocale, permettant une reprise progressive de ses fonctions professionnelles.<\/p>\n<p>Un autre cas repr\u00e9sentatif concerne H\u00e9l\u00e8ne, une retrait\u00e9e active de 74 ans atteinte d&rsquo;un glaucome chronique terminal ayant conduit \u00e0 une vision tubulaire s\u00e9v\u00e8re restreinte \u00e0 cinq degr\u00e9s d&rsquo;arc. Bien que capable de lire les petits caract\u00e8res lorsqu&rsquo;ils sont align\u00e9s exactement au centre de sa fov\u00e9a r\u00e9siduelle, H\u00e9l\u00e8ne a subi plusieurs chutes domestiques graves et a d\u00e9velopp\u00e9 une phobie de la marche en milieu ext\u00e9rieur (staso-basophobie). Cette discordance entre une lecture pr\u00e9serv\u00e9e et une incapacit\u00e9 compl\u00e8te \u00e0 s&rsquo;orienter a suscit\u00e9 l&rsquo;incompr\u00e9hension de son entourage familial, qui l&rsquo;accusait d&rsquo;exag\u00e9rer son handicap. L&rsquo;intervention d&rsquo;un instructeur en locomotion et un travail de psycho\u00e9ducation familiale ont permis de lever les malentendus relationnels et de s\u00e9curiser son environnement domestique.<\/p>\n<p>Enfin, le cas de Julien, 38 ans, victime d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien cons\u00e9cutif \u00e0 un accident de la route ayant provoqu\u00e9 une h\u00e9mianopsie lat\u00e9rale homonyme gauche associ\u00e9e \u00e0 un syndrome d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%A9min%C3%A9gligence\">h\u00e9min\u00e9gligence<\/a>, montre l&rsquo;intrication neuro-visuelle. Julien ignorait syst\u00e9matiquement les aliments dispos\u00e9s sur la moiti\u00e9 gauche de son assiette et heurtait r\u00e9guli\u00e8rement les cadres de portes situ\u00e9s de ce c\u00f4t\u00e9, tout en \u00e9tant anosognosique de son d\u00e9ficit au cours des premi\u00e8res semaines. Le travail neuropsychologique intensif de balayage visuel compensatoire associ\u00e9 \u00e0 une prise de conscience graduelle de son\u9522\u00e9tat a constitu\u00e9 la pierre angulaire de son autonomisation progressive.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;une d\u00e9ficience visuelle acquise requiert une approche diagnostique multidimensionnelle combinant l&rsquo;examen ophtalmologique objectif, le bilan fonctionnel orthoptique et l&rsquo;investigation psychologique approfondie. L&rsquo;examen m\u00e9dical initial quantifie l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle de loin et de pr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles standardis\u00e9es adapt\u00e9es \u00e0 la basse vision, telles que l&rsquo;\u00e9chelle ETDRS (Early Treatment Diabetic Retinopathy Study), compl\u00e9t\u00e9e par une campim\u00e9trie automatis\u00e9e de Humphrey ou un champ visuel cin\u00e9tique de Goldmann afin de cartographier avec pr\u00e9cision les d\u00e9ficits p\u00e9rim\u00e9triques.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des param\u00e8tres sensoriels bruts, l&rsquo;\u00e9valuation de la vision fonctionnelle explore la sensibilit\u00e9 aux contrastes (via les tests de Pelli-Robson), la vision des couleurs (panels de Farnsworth) et l&rsquo;adaptation \u00e0 l&rsquo;\u00e9blouissement ou \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9. Des professionnels sp\u00e9cialis\u00e9s en basse vision procurent des bilans d&rsquo;autonomie comportementale mesurant l&rsquo;efficacit\u00e9 dans les activit\u00e9s de la vie quotidienne, la vitesse de lecture fonctionnelle (tests MNREAD) et les capacit\u00e9s de d\u00e9placement autonome.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et psychiatrique, l&rsquo;administration d&rsquo;outils psychom\u00e9triques standardis\u00e9s est indispensable pour d\u00e9pister les comorbidit\u00e9s thymiques. On utilise couramment des \u00e9chelles valid\u00e9es telles que le questionnaire de sant\u00e9 du patient (PHQ-9) pour la d\u00e9pression, l&rsquo;inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de Beck (BAI) ou l&rsquo;\u00e9chelle hospitali\u00e8re d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression (HADS). Pour mesurer l&rsquo;impact sp\u00e9cifique de la perte visuelle sur la qualit\u00e9 de vie per\u00e7ue, les cliniciens ont recours au National Eye Institute Visual Functioning Questionnaire (NEI-VFQ-25), un instrument largement valid\u00e9 \u00e9valuant les r\u00e9percussions de la d\u00e9ficience sur la sant\u00e9 mentale, la d\u00e9pendance sociale et les activit\u00e9s quotidiennes.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension clinique de la d\u00e9ficience visuelle acquise trouve des applications cruciales dans les domaines de la r\u00e9adaptation fonctionnelle, de la psychoth\u00e9rapie, de l&rsquo;ergonomie cognitive et de l&rsquo;am\u00e9nagement socioprofessionnel. En centre de r\u00e9\u00e9ducation pour adultes d\u00e9ficients visuels, la prise en charge repose sur une \u00e9quipe transdisciplinaire int\u00e9grant des ophtalmologistes, orthoptistes, ergoth\u00e9rapeutes, instructeurs en locomotion, psychomotriciens et psychologues cliniciens. Cette coordination permet d&rsquo;\u00e9laborer un projet individualis\u00e9 combinant l&rsquo;optimisation des reliquats visuels, l&rsquo;apprentissage de techniques palliatives et le soutien \u00e9motionnel continu.<\/p>\n<p>Dans le domaine psychoth\u00e9rapeutique, les th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC), et plus particuli\u00e8rement la th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT), d\u00e9montrent une haute efficacit\u00e9. Elles aident les patients \u00e0 traverser les \u00e9motions douloureuses associ\u00e9es \u00e0 la perte sans sombrer dans l&rsquo;\u00e9vitement comportemental, tout en encourageant la poursuite d&rsquo;objectifs de vie conformes \u00e0 leurs valeurs fondamentales, malgr\u00e9 les contraintes visuelles. La psychoth\u00e9rapie de groupe offre \u00e9galement un espace d&rsquo;\u00e9tayage mutuel pr\u00e9cieux, brisant le sentiment de singularit\u00e9 et d&rsquo;isolement si fr\u00e9quent apr\u00e8s l&rsquo;apparition du trouble.<\/p>\n<p>Sur le plan organisationnel et technologique, les retomb\u00e9es pratiques sont consid\u00e9rables. Elles concernent l&rsquo;accessibilit\u00e9 num\u00e9rique (lecteurs d&rsquo;\u00e9cran dot\u00e9s de voix de synth\u00e8se performantes comme JAWS ou VoiceOver, afficheurs braille \u00e9ph\u00e9m\u00e8res pour les personnes ayant appris le braille \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, agrandisseurs d&rsquo;images \u00e0 haute d\u00e9finition) ainsi que l&rsquo;am\u00e9nagement architectural (contrastes chromatiques sur les nez de marches d&rsquo;escalier, guidage podotactile, suppression des reflets lumineux \u00e9blouissants). L&rsquo;am\u00e9nagement des postes de travail permet dans de nombreux cas le maintien en emploi, pr\u00e9venant ainsi la pr\u00e9carisation \u00e9conomique et la d\u00e9sinsertion sociale cons\u00e9cutives \u00e0 la d\u00e9ficience.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique contemporaine met en \u00e9vidence des corr\u00e9lations \u00e9pid\u00e9miologiques robustes entre la survenue d&rsquo;une d\u00e9ficience visuelle acquise et l&rsquo;augmentation drastique des troubles psychopathologiques. Les m\u00e9ta-analyses conduites sur des cohortes de patients \u00e2g\u00e9s souffrant de DMLA ou de glaucome (notamment les travaux synth\u00e9tis\u00e9s par Brody et al. ou Evans et al.) r\u00e9v\u00e8lent que la pr\u00e9valence de la d\u00e9pression majeure chez ces individus oscille entre 25 % et 35 %, soit un taux deux \u00e0 trois fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui observ\u00e9 dans la population g\u00e9n\u00e9rale de m\u00eame classe d&rsquo;\u00e2ge. Ces \u00e9tudes soulignent que la perte de vision est plus pr\u00e9dictive du d\u00e9clin de la qualit\u00e9 de vie que la plupart des maladies somatiques chroniques, y compris les cardiopathies s\u00e9v\u00e8res ou le diab\u00e8te.<\/p>\n<p>Un axe de recherche particuli\u00e8rement fascinant concerne les ph\u00e9nom\u00e8nes perceptifs hallucinatoires regroup\u00e9s sous le nom de <strong>syndrome de Charles Bonnet<\/strong>. D\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois par le philosophe suisse Charles Bonnet au XVIIIe si\u00e8cle, ce syndrome se caract\u00e9rise par la survenue d&rsquo;hallucinations visuelles complexes, vivaces et silencieuses (visages d\u00e9form\u00e9s, paysages miniatures, silhouettes v\u00eatues de costumes d&rsquo;\u00e9poque) chez des personnes mentalement saines subissant une perte d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle prononc\u00e9e. Les investigations en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es par Santhouse, ffytche et leurs collaborateurs ont d\u00e9montr\u00e9 que ces hallucinations proviennent d&rsquo;une d\u00e9aff\u00e9rentation sensorielle provoquant une d\u00e9sinhibition et une hyperactivit\u00e9 spontan\u00e9e au sein des aires visuelles ventrales sp\u00e9cialis\u00e9es (le gyrus fusiforme pour les visages, le gyrus parahippocampique pour les sc\u00e8nes architecturales). Les \u00e9tudes empiriques r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;une forte proportion de patients tait ces sympt\u00f4mes par crainte d&rsquo;\u00eatre \u00e9tiquet\u00e9e comme souffrant de d\u00e9mence ou de trouble psychiatrique, illustrant l&rsquo;importance cruciale de la psycho\u00e9ducation m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Des travaux empiriques r\u00e9cents s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e9galement aux liens bidirectionnels entre la d\u00e9ficience visuelle acquise et le <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9clin_cognitif\">d\u00e9clin cognitif<\/a> chez la personne \u00e2g\u00e9e. L&rsquo;\u00e9tude de cohorte prospective de Lin et ses coll\u00e8gues a mis en \u00e9vidence qu&rsquo;une d\u00e9privation visuelle non compens\u00e9e acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9gradation des fonctions ex\u00e9cutives et de la m\u00e9moire de travail, probablement en raison de l&rsquo;appauvrissement des stimulations corticales, de la restriction des interactions sociales et de la surcharge cognitive induite par l&rsquo;effort constant pour interpr\u00e9ter des signaux visuels d\u00e9grad\u00e9s. Ces r\u00e9sultats justifient scientifiquement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;interventions de r\u00e9adaptation pr\u00e9coces pour pr\u00e9server la r\u00e9serve cognitive des individus vieillissants.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mani\u00e8re dont la d\u00e9ficience visuelle acquise est v\u00e9cue, interpr\u00e9t\u00e9e et prise en charge d\u00e9pend \u00e9troitement des grilles de lecture culturelles et des syst\u00e8mes de solidarit\u00e9 propres \u00e0 chaque soci\u00e9t\u00e9. Dans les contextes occidentaux fortement industrialis\u00e9s, caract\u00e9ris\u00e9s par un individualisme m\u00e9thodologique et un primat accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autonomie personnelle, la perte visuelle est majoritairement per\u00e7ue comme une crise de l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle et une menace directe pesant sur la rentabilit\u00e9 professionnelle et la libre circulation de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ou collectivistes, l&rsquo;exp\u00e9rience du handicap visuel acquis s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;une structure familiale \u00e9largie o\u00f9 l&rsquo;interd\u00e9pendance interg\u00e9n\u00e9rationnelle est la norme. Si ce tissu relationnel prot\u00e8ge fr\u00e9quemment l&rsquo;individu contre l&rsquo;isolement mat\u00e9riel absolu, il peut paradoxalement freiner les d\u00e9marches d&rsquo;autonomisation fonctionnelle (telles que l&rsquo;apprentissage du maniement de la canne blanche ou des d\u00e9placements ind\u00e9pendants), le groupe familial consid\u00e9rant qu&rsquo;il rel\u00e8ve de son devoir moral de se substituer enti\u00e8rement \u00e0 la personne d\u00e9ficiente. De plus, dans certaines communaut\u00e9s, des croyances m\u00e9taphysiques ou des stigmates religieux persistent, interpr\u00e9tant la perte soudaine de la vision comme une punition r\u00e9tributive, une mal\u00e9diction ancestrale ou l&rsquo;effet du mauvais \u0153il, ce qui complique l&rsquo;adh\u00e9sion aux d\u00e9marches de r\u00e9adaptation la\u00efques et scientifiques.<\/p>\n<p>Les disparit\u00e9s g\u00e9o-\u00e9conomiques mondiales constituent un d\u00e9terminant fondamental de la condition. Selon les rapports de l&rsquo;OMS, plus de 80 % des cas de d\u00e9ficience visuelle acquise sont concentr\u00e9s dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, o\u00f9 ils r\u00e9sultent souvent de pathologies \u00e9vitables ou curables (cataractes non op\u00e9r\u00e9es, opacit\u00e9s corn\u00e9ennes trachomateuses, traumatismes du travail non prot\u00e9g\u00e9s). L&rsquo;absence d&rsquo;infrastructures d&rsquo;accessibilit\u00e9, le co\u00fbt prohibitif des aides techniques et l&rsquo;inexistence de r\u00e9seaux de r\u00e9adaptation pluridisciplinaires condamnent une grande partie de ces populations \u00e0 une d\u00e9tresse socio-\u00e9conomique s\u00e9v\u00e8re, transformant une alt\u00e9ration sensorielle en une cause majeure d&rsquo;extr\u00eame pauvret\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude et la gestion clinique de la d\u00e9ficience visuelle acquise font l&rsquo;objet de plusieurs d\u00e9bats th\u00e9oriques et pratiques d&rsquo;envergure. Une premi\u00e8re controverse concerne le clivage persistant entre le \u00ab mod\u00e8le m\u00e9dical \u00bb et le \u00ab mod\u00e8le social \u00bb du handicap. Les critiques issus des <em>Disability Studies<\/em> reprochent souvent aux institutions de sant\u00e9 de focaliser leurs efforts exclusivement sur la restauration d&rsquo;une acuit\u00e9 quantitative et sur l&rsquo;adaptation psychologique de l&rsquo;individu \u00e0 son d\u00e9ficit, occultant le fait que les v\u00e9ritables obstacles \u00e0 la pleine participation citoyenne r\u00e9sident dans les barri\u00e8res environnementales, architecturales et num\u00e9riques \u00e9rig\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9 validiste n\u00e9gligente.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me sujet de d\u00e9bat r\u00e9current concerne la temporalit\u00e9 optimale de l&rsquo;intervention de r\u00e9adaptation et de soutien psychologique. De nombreux cliniciens constatent une orientation trop tardive des patients vers les services de basse vision, souvent diff\u00e9r\u00e9e jusqu&rsquo;au stade de c\u00e9cit\u00e9 l\u00e9gale, privant la personne d&rsquo;apprentissages strat\u00e9giques pendant les phases interm\u00e9diaires de son d\u00e9clin perceptif. \u00c0 l&rsquo;inverse, intervenir trop pr\u00e9cocement, alors que le patient est encore dans une phase de d\u00e9ni protecteur ou dans l&rsquo;espoir d&rsquo;une gu\u00e9rison m\u00e9dicale miraculeuse par de futurs traitements g\u00e9niques ou pharmacologiques, peut se solder par un rejet cat\u00e9gorique des aides techniques compensatoires per\u00e7ues comme l&rsquo;aveu d&rsquo;un renoncement m\u00e9dical d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9mergence des th\u00e9rapies innovantes \u00e0 haute teneur technologique \u2014 telles que les <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C5%92il_bionique\">implants r\u00e9tiniens<\/a> bioniques, la th\u00e9rapie g\u00e9nique et l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique \u2014 suscite d&rsquo;intenses discussions \u00e9thiques et psychologiques. Bien que ces prouesses ouvrent des perspectives th\u00e9rapeutiques fascinantes, elles sont parfois accompagn\u00e9es d&rsquo;un battage m\u00e9diatique sensationnaliste qui g\u00e9n\u00e8re des attentes d\u00e9mesur\u00e9es chez les patients en cours de perte de vision. La confrontation entre ces espoirs irr\u00e9alistes d&rsquo;une restitution int\u00e9grale de la vue normale et les r\u00e9sultats r\u00e9els actuels (restitution d&rsquo;une perception rudimentaire de motifs lumineux ou de contrastes grossiers) expose les personnes \u00e0 des d\u00e9sillusions psychologiques massives qui compliquent l&rsquo;acceptation de leur r\u00e9adaptation au long cours.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>La pr\u00e9cision terminologique est indispensable pour \u00e9viter les amalgames diagnostiques et fonctionnels fr\u00e9quents dans l&rsquo;usage commun :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9ficience visuelle cong\u00e9nitale :<\/strong> Atteinte visuelle pr\u00e9sente d\u00e8s la naissance ou survenue avant l&rsquo;ach\u00e8vement de la p\u00e9riode critique de maturation visuelle n\u00e9onatale. Contrairement \u00e0 la d\u00e9ficience acquise, l&rsquo;individu n&rsquo;a jamais exp\u00e9riment\u00e9 la perception optique du monde et d\u00e9veloppe une neuro-architecture sensorielle nativement adapt\u00e9e aux modalit\u00e9s tactilo-kinesth\u00e9siques et auditives, sans ph\u00e9nom\u00e8ne de deuil visuel.<\/li>\n<li><strong>Basse vision (ou malvoyance) :<\/strong> Condition fonctionnelle caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9ficience visuelle r\u00e9siduelle significative apr\u00e8s traitements, mais n&rsquo;atteignant pas le degr\u00e9 de c\u00e9cit\u00e9 totale. La basse vision acquise implique la possibilit\u00e9 d&rsquo;optimiser le reliquat visuel via des aides grossissantes et un travail orthoptique cibl\u00e9.<\/li>\n<li><strong>C\u00e9cit\u00e9 l\u00e9gale versus c\u00e9cit\u00e9 absolue :<\/strong> La c\u00e9cit\u00e9 l\u00e9gale est une convention m\u00e9dico-administrative (souvent fix\u00e9e \u00e0 une acuit\u00e9 inf\u00e9rieure \u00e0 1\/20 ou un champ visuel restreint \u00e0 moins de dix degr\u00e9s), ouvrant droit \u00e0 des prestations d&rsquo;aide sociale, tandis que la c\u00e9cit\u00e9 absolue (ou amaurose) d\u00e9signe l&rsquo;absence int\u00e9grale de toute perception de la lumi\u00e8re (acuit\u00e9 \u00e9gale \u00e0 z\u00e9ro).<\/li>\n<li><strong>Agnosie visuelle :<\/strong> Trouble neuropsychologique de la reconnaissance perceptive cons\u00e9cutif \u00e0 des l\u00e9sions des voies visuelles associatives c\u00e9r\u00e9brales (voies ventrale ou dorsale), dans lequel les fonctions oculaires \u00e9l\u00e9mentaires et l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle demeurent intactes, mais o\u00f9 le cerveau s&rsquo;av\u00e8re incapable d&rsquo;attribuer une signification aux objets ou aux visages per\u00e7us.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9min\u00e9gligence visuo-spatiale :<\/strong> D\u00e9ficit cognitif de l&rsquo;attention spatiale (souvent cons\u00e9cutif \u00e0 un AVC de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit) emp\u00eachant le patient d&rsquo;orienter son attention, de r\u00e9pondre ou de r\u00e9agir \u00e0 des stimuli pr\u00e9sent\u00e9s dans l&rsquo;h\u00e9miespace control\u00e9sionnel, ind\u00e9pendamment de toute atteinte des r\u00e9cepteurs oculaires ou des voies optiques primaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La d\u00e9ficience visuelle acquise est une affection majeure caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9gradation substantielle et irr\u00e9versible de la vision survenant apr\u00e8s la p\u00e9riode de maturation sensorielle initiale. Privant l&rsquo;adulte de son canal d&rsquo;information dominant, elle entra\u00eene une restructuration globale de la vie quotidienne, des m\u00e9canismes perceptivo-cognitifs et de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e de troubles anxio-d\u00e9pressifs et d&rsquo;un risque notable de d\u00e9sinsertion sociale.<\/p>\n<p>Sa trajectoire d\u00e9pend \u00e9troitement de la topographie de l&rsquo;atteinte (perte centrale, tubulaire, h\u00e9mianopique ou globale) et de son mode d&rsquo;installation. La r\u00e9ussite de l&rsquo;adaptation repose sur une approche multidisciplinaire articulant l&rsquo;optimisation ophtalmologique, la r\u00e9adaptation pluriprofessionnelle (locomotion, activit\u00e9s journali\u00e8res, aides technologiques) et un soutien psychoth\u00e9rapeutique soutenant le travail de deuil perceptif et la reconstruction de l&rsquo;auto-efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Loin de se r\u00e9sumer \u00e0 une mesure isol\u00e9e de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle sur une \u00e9chelle ophtalmologique, la d\u00e9ficience visuelle acquise constitue une exp\u00e9rience psycho-sensorielle complexe n\u00e9cessitant une prise en compte int\u00e9gr\u00e9e des facteurs neurobiologiques, psychologiques, environnementaux et socioculturels afin de favoriser une participation pleine et digne de la personne au sein de la cit\u00e9.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brody, B. L., Gamst, A. C., Ito, K. E., Ji, M. B., Ramulu, P. Y., &amp; Vitale, S. (2001). Depression, visual acuity, and self-reported visual function in people with age-related macular degeneration. <em>Ophthalmology<\/em>, 108(10), 1888-1893. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0161-6420(01)00725-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0161-6420(01)00725-0<\/a><\/li>\n<li>Carroll, T. J. (1961). <em>Blindness: What It Is, What It Does, and How to Live with It<\/em>. Little, Brown and Company.<\/li>\n<li>Evans, J. R., Fletcher, A. E., &amp; Wormald, R. P. (2007). Depression and anxiety in visually impaired older people. <em>Ophthalmology<\/em>, 114(2), 283-288. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ophtha.2006.10.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ophtha.2006.10.006<\/a><\/li>\n<li>ffytche, D. H., &amp; Howard, R. J. (1999). The perceptual consequences of visual loss: &lsquo;Positive&rsquo; pathologies of vision. <em>Brain<\/em>, 122(7), 1247-1260. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/122.7.1247\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/122.7.1247<\/a><\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. (2019). <em>Rapport mondial sur la vision<\/em>. Organisation mondiale de la sant\u00e9. Gen\u00e8ve. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/publications\/i\/item\/9789241516570\">https:\/\/www.who.int\/fr\/publications\/i\/item\/9789241516570<\/a><\/li>\n<li>Pascual-Leone, A., Amedi, A., Fregni, F., &amp; Merabet, L. B. (2005). The plastic human brain cortex. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 28, 377-401. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.27.070203.144216\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.neuro.27.070203.144216<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie de la d\u00e9ficience visuelle acquise : aspects cliniques, deuil perceptif, plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, \u00e9valuation et r\u00e9adaptation neuropsychologique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,3,65],"tags":[828,24088,31461,18367,31464,31462,31463],"class_list":["post-19451","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychologie-clinique","category-psychologie-de-la-sante","tag-adaptation-psychologique","tag-basse-vision","tag-cecite-acquise","tag-deficience-visuelle","tag-perte-sensorielle","tag-readaptation-visuelle","tag-syndrome-de-charles-bonnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19451\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}