{"id":19427,"date":"2026-10-22T03:23:07","date_gmt":"2026-10-22T03:23:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=pression-acoustique-perception-auditive"},"modified":"2026-10-22T03:23:07","modified_gmt":"2026-10-22T03:23:07","slug":"pression-acoustique-perception-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=pression-acoustique-perception-auditive","title":{"rendered":"Pression acoustique : Ondes et perception"},"content":{"rendered":"<p>La pression acoustique repr\u00e9sente la perturbation m\u00e9canique fondamentale qui transforme une vibration physique de l&rsquo;air en une exp\u00e9rience perceptive consciente, fa\u00e7onnant continuellement le paysage \u00e9motionnel, cognitif et physiologique des organismes vivants. Au carrefour de la physique vibratoire et des neurosciences cognitives, elle constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur par lequel le cerveau d\u00e9code les signaux linguistiques, \u00e9value les dangers environnementaux et subit les tensions du stress environnemental contemporain. Comprendre cette notion exige d&rsquo;explorer \u00e0 la fois la propagation thermodynamique des ondes au sein d&rsquo;un milieu fluide et les processus psychophysiques hautement non lin\u00e9aires r\u00e9gissant la sensation auditive chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h2>Pression acoustique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La pression acoustique, couramment appel\u00e9e pression sonore, d\u00e9signe la variation instantan\u00e9e locale de la pression statique atmosph\u00e9rique engendr\u00e9e par la propagation d&rsquo;une onde acoustique \u00e0 travers un milieu compressible mat\u00e9riel tel que l&rsquo;air ou l&rsquo;eau. Exprim\u00e9e dans le Syst\u00e8me international d&rsquo;unit\u00e9s en pascals (Pa), elle correspond physiquement \u00e0 une force dynamique exerc\u00e9e par unit\u00e9 de surface qui oscille de part et d&rsquo;autre de la pression atmosph\u00e9rique ambiante \u00e0 des fr\u00e9quences perceptibles par le syst\u00e8me sensoriel.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et psychoacoustique, cette grandeur physique constitue le substrat m\u00e9canique d\u00e9clencheur de la cha\u00eene de transduction m\u00e9cano-\u00e9lectrique au sein de l&rsquo;appareil cochl\u00e9aire. La pression acoustique n&rsquo;est pas per\u00e7ue de mani\u00e8re directe et lin\u00e9aire par l&rsquo;observateur humain : elle subit des transformations sensorielles complexes donnant naissance \u00e0 la perception de la <em>sonie<\/em> (ou intensit\u00e9 subjective), influen\u00e7ant la vigilance, l&rsquo;attention s\u00e9lective, ainsi que l&rsquo;hom\u00e9ostasie du syst\u00e8me nerveux autonome.<\/p>\n<p>En tant que variable d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cologie perceptive, la pression acoustique dicte l&rsquo;\u00e9ventail de d\u00e9tection auditive chez l&rsquo;Homme, depuis le seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 absolue estim\u00e9 classiquement \u00e0 20 micropascals (20 &mu;Pa) jusqu&rsquo;au seuil de douleur physique avoisinant 20 \u00e0 100 pascals. Cette amplitude ph\u00e9nom\u00e9nale de variations, couvrant un facteur de plus d&rsquo;un million, impose le recours \u00e0 des \u00e9chelles logarithmiques pour appr\u00e9hender les corr\u00e9lats perceptifs et comportementaux des environnements sonores.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable &laquo; pression acoustique &raquo; r\u00e9sulte de l&rsquo;association de deux racines savantes issues du latin et du grec ancien, refl\u00e9tant l&rsquo;histoire de la formalisation des sciences de la nature et de la physiologie auditive. Le substantif &laquo; pression &raquo; d\u00e9coule du latin classique <em>pressio<\/em> (&laquo; action de presser, action de peser &raquo;), lui-m\u00eame forg\u00e9 sur le supin <em>pressum<\/em> du verbe <em>premere<\/em>, signifiant comprimer, peser sur ou serrer \u00e9troitement. Ce terme a \u00e9t\u00e9 progressivement investi d&rsquo;une signification m\u00e9canique pr\u00e9cise au XVIIe si\u00e8cle lors des travaux fondateurs sur l&rsquo;hydrostatique et les propri\u00e9t\u00e9s des gaz.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif &laquo; acoustique &raquo; tire ses origines du grec ancien <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acoustique\">akoustikos<\/a> (\u1f00\u03ba\u03bf\u03c5\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2), signifiant &laquo; qui concerne l&rsquo;ou\u00efe ou l&rsquo;\u00e9coute &raquo;, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>akouein<\/em> (\u1f00\u03ba\u03bf\u03cd\u03b5\u03b9\u03bd, &laquo; entendre &raquo;). L&rsquo;introduction formelle du terme dans le lexique savant moderne est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e au physicien et math\u00e9maticien fran\u00e7ais Joseph Sauveur au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, qui proposa d&rsquo;\u00e9riger l&rsquo;&laquo; acoustique &raquo; en discipline autonome consacr\u00e9e \u00e0 la science du son, de sa production mat\u00e9rielle \u00e0 sa r\u00e9ception sensorielle.<\/p>\n<p>L&rsquo;amalgame terminologique &laquo; pression acoustique &raquo; s&rsquo;est institutionnalis\u00e9 au XIXe si\u00e8cle dans les trait\u00e9s de m\u00e9canique des fluides et de psychophysique exp\u00e9rimentale, notamment sous la plume de pionniers tels qu&rsquo;Hermann von Helmholtz. Il s&rsquo;agissait alors de distinguer sans ambigu\u00eft\u00e9 les variations cycliques rapides caus\u00e9es par l&rsquo;\u00e9branlement sonore de la pression barom\u00e9trique moyenne continue, \u00e9tablissant ainsi une d\u00e9marcation claire entre climatologie gazeuse et physiologie sensorielle de l&rsquo;audition.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression &laquo; pression acoustique &raquo; se transcrit [p\u0281\u025b.sj\u0254\u0303 a.kus.tik] en alphabet phon\u00e9tique international (API). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal compos\u00e9, constitu\u00e9 d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier (&laquo; pression &raquo;) et d&rsquo;un adjectif relationnel f\u00e9minin singulier (&laquo; acoustique &raquo;). Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit &laquo; pressions acoustiques &raquo; [p\u0281\u025b.sj\u0254\u0303 a.kus.tik], conservant une prononciation strictement identique selon les r\u00e8gles morphophonologiques du fran\u00e7ais standard.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et les normes d&rsquo;ing\u00e9nierie, le terme est souvent abr\u00e9g\u00e9 par le symbole conventionnel <em>p<\/em> (en minuscule pour la valeur instantan\u00e9e) ou <em>P<\/em> \/ <em>p<sub>eff<\/sub><\/em> (pour la pression efficace ou moyenne quadratique). Il convient de souligner que la forme nominale se combine fr\u00e9quemment avec divers modificateurs d\u00e9terminant le cadre d&rsquo;\u00e9valuation, \u00e0 l&rsquo;instar de &laquo; niveau de pression acoustique &raquo; (NPA ou SPL pour <em>Sound Pressure Level<\/em>), qui d\u00e9signe une grandeur adimensionnelle exprim\u00e9e en <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9cibel\">d\u00e9cibels<\/a> (dB).<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;usage acad\u00e9mique en sciences humaines et en neurosciences, l&rsquo;expression est parfois utilis\u00e9e en opposition m\u00e9taphorique ou diff\u00e9rentielle avec l&rsquo;&laquo; intensit\u00e9 acoustique &raquo; (grandeur vectorielle d\u00e9crivant un flux d&rsquo;\u00e9nergie par unit\u00e9 de surface) et la &laquo; sonie &raquo; (attribut psychologique subjectif). Veiller \u00e0 la rigueur de ces distinctions grammaticales et lexicales s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour \u00e9viter toute confusion entre l&rsquo;excitant physique mesurable et l&rsquo;effet perceptuel r\u00e9sultant.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de la pression acoustique impose de concevoir l&rsquo;air non pas comme un vide statique, mais comme un agr\u00e9gat \u00e9lastique de mol\u00e9cules gazeuses anim\u00e9es d&rsquo;un mouvement thermique perp\u00e9tuel. Lorsqu&rsquo;un objet vibrant (une corde vocale, la membrane d&rsquo;un haut-parleur, un choc m\u00e9canique) se d\u00e9place, il exerce une impulsion m\u00e9canique sur les couches d&rsquo;air adjacentes. Ce mouvement produit une alternance rapide de phases de condensation (o\u00f9 les mol\u00e9cules se rapprochent et la densit\u00e9 locale augmente) et de phases de rar\u00e9faction (o\u00f9 les mol\u00e9cules s&rsquo;\u00e9cartent et la densit\u00e9 locale diminue). La pression acoustique repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment la diff\u00e9rence mesurable entre la pression totale observ\u00e9e en un point donn\u00e9 et la pression barom\u00e9trique ambiante de repos.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 une m\u00e9prise r\u00e9pandue, une onde de pression acoustique n&rsquo;entra\u00eene pas un transport net de mati\u00e8re \u00e0 grande \u00e9chelle : les particules d&rsquo;air n&rsquo;effectuent que de minuscules oscillations p\u00e9riodiques d&rsquo;avant en arri\u00e8re autour de leur position d&rsquo;\u00e9quilibre statique. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat de perturbation de pression et de vitesse particulaire qui se propage de proche en proche dans l&rsquo;espace \u00e0 une vitesse d\u00e9pendante de la compressibilit\u00e9 et de la masse volumique du milieu (environ 343 m\u00e8tres par seconde dans l&rsquo;air \u00e0 20 &deg;C). La pression acoustique instantan\u00e9e fluctue donc de mani\u00e8re sinuso\u00efdale ou complexe au cours du temps, obligeant les m\u00e9trologues \u00e0 calculer la valeur efficace (racine carr\u00e9e de la moyenne temporelle du carr\u00e9 de la pression instantan\u00e9e, ou RMS), car la moyenne arithm\u00e9tique d&rsquo;une oscillation compl\u00e8te est nulle.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re de la psychologie perceptive et des neurosciences comportementales, la pression acoustique rev\u00eat un statut particulier en tant que variable proximale stimulant le r\u00e9cepteur biologique. Le tympan humain fonctionne comme une membrane souple hautement sensible qui convertit les fluctuations de pression spatiale en d\u00e9placements m\u00e9caniques des osselets de l&rsquo;oreille moyenne (marteau, enclume, \u00e9trier). Cette transformation m\u00e9canique amplifie la pression pour surmonter l&rsquo;imp\u00e9dance acoustique sup\u00e9rieure des liquides de l&rsquo;oreille interne, propulsant le fluide de la cochl\u00e9e et courbant les cils des cellules cili\u00e9es. D\u00e8s cet instant, la pression acoustique cesse d&rsquo;exister en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne purement m\u00e9canique pour devenir une cascade de potentiels d&rsquo;action neurochimiques transmis au tronc c\u00e9r\u00e9bral, au colliculus inf\u00e9rieur, au corps genouill\u00e9 m\u00e9dial et enfin au cortex auditif primaire.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel de la pression acoustique s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la simple clart\u00e9 auditive. Des niveaux \u00e9lev\u00e9s de pression acoustique g\u00e9n\u00e8rent une charge allostatique importante sur l&rsquo;organisme humain, activant l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA) m\u00eame en l&rsquo;absence d&rsquo;attention consciente ou durant le sommeil paradoxal. La pression acoustique agit donc simultan\u00e9ment comme un vecteur de communication linguistique raffin\u00e9 et comme un agent stresseur physique capable d&rsquo;induire des alt\u00e9rations du rythme cardiaque, une vasoconstriction p\u00e9riph\u00e9rique et des r\u00e9percussions cognitives d\u00e9l\u00e9t\u00e8res dans les environnements urbains ou industriels sursatur\u00e9s.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la conceptualisation de la pression acoustique s&rsquo;enracine dans la physique de l&rsquo;Antiquit\u00e9, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XVIIe si\u00e8cle que la nature physique de l&rsquo;air comme vecteur de transport a \u00e9t\u00e9 scientifiquement d\u00e9montr\u00e9e. En 1660, le savant britannique Robert Boyle utilisa sa c\u00e9l\u00e8bre pompe pneumatique pour illustrer qu&rsquo;une cloche sonnant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un r\u00e9cipient sous vide devenait totalement inaudible, \u00e9tablissant pour la premi\u00e8re fois que le son n\u00e9cessite un milieu mat\u00e9riel compressible pour se manifester et que sa propagation implique une transmission m\u00e9canique de forces au sein du gaz.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, Pierre-Simon de Laplace apporta une contribution capitale \u00e0 l&rsquo;acoustique th\u00e9orique en corrigeant les \u00e9quations initiales propos\u00e9es par Isaac Newton concernant la vitesse de propagation du son. Laplace comprit que les alternances de pression acoustique se d\u00e9roulent \u00e0 des rythmes si rapides que les \u00e9changes thermiques locaux n&rsquo;ont pas le temps de s&rsquo;\u00e9quilibrer : les variations de pression sont donc des processus adiabatiques et non isothermes. Cette d\u00e9couverte math\u00e9matique permit d&rsquo;\u00e9tablir une correspondance rigoureuse entre la compressibilit\u00e9 volumique des gaz, la dynamique thermique et les amplitudes de pression vibratoire g\u00e9n\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Le basculement de l&rsquo;acoustique physique vers la sph\u00e8re de la psychologie exp\u00e9rimentale s&rsquo;op\u00e8re durant la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle sous l&rsquo;impulsion conjointe d&rsquo;Ernst Heinrich Weber, de Gustav Theodor Fechner et d&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hermann_von_Helmholtz\">Hermann von Helmholtz<\/a>. Fechner, en fondant la psychophysique en 1860, chercha \u00e0 quantifier la relation math\u00e9matique entre l&rsquo;\u00e9nergie du stimulus physique &mdash; intimement reli\u00e9e au carr\u00e9 de la pression acoustique &mdash; et la sensation mentale rapport\u00e9e par l&rsquo;individu. Ce cadre th\u00e9orique aboutit \u00e0 la loi de Weber-Fechner, postulant que l&rsquo;intensit\u00e9 de la sensation varie de mani\u00e8re proportionnelle au logarithme de l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;excitation physique.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectroacoustique et des laboratoires de recherche appliqu\u00e9e (notamment les Bell Laboratories aux \u00c9tats-Unis), des scientifiques comme Harvey Fletcher et Wilden A. Munson r\u00e9vis\u00e8rent les mod\u00e8les purement physiques en mesurant minutieusement la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille humaine \u00e0 diff\u00e9rentes pressions acoustiques en fonction de la fr\u00e9quence. Leurs courbes isosoniques, publi\u00e9es en 1933, ont mis en lumi\u00e8re la non-lin\u00e9arit\u00e9 fondamentale du syst\u00e8me auditif, d\u00e9montrant que des pressions acoustiques identiques engendrent des sensations d&rsquo;intensit\u00e9 radicalement disparates selon que la fr\u00e9quence se situe dans la plage conversationnelle (2000-4000 Hz) ou dans les registres graves et extr\u00eames-aigus.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de la pression acoustique s&rsquo;appuie sur une synth\u00e8se rigoureuse de la m\u00e9canique classique, de la thermodynamique des fluides et des neurosciences computationnelles. \u00c0 la base se trouve l&rsquo;\u00e9quation d&rsquo;onde acoustique, d\u00e9riv\u00e9e de la combinaison de l&rsquo;\u00e9quation de continuit\u00e9 (conservation de la masse), de l&rsquo;\u00e9quation d&rsquo;Euler (conservation de la quantit\u00e9 de mouvement) et de la relation d&rsquo;\u00e9tat adiabatique reliant la pression et la densit\u00e9 d&rsquo;un fluide homog\u00e8ne. Cette formulation diff\u00e9rentielle r\u00e9git la propagation spatio-temporelle de la pression acoustique en fonction de la g\u00e9om\u00e9trie du milieu et de ses fronti\u00e8res physiques.<\/p>\n<p>Sur le versant perceptuel, la pression acoustique s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des mod\u00e8les de la <em>psychoacoustique psychophysique<\/em>. Alors que la loi classique de Fechner postulait une \u00e9chelle purement logarithmique, Stanley Smith Stevens d\u00e9veloppa au milieu du XXe si\u00e8cle la th\u00e9orie de la loi de puissance (la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loi_de_puissance_de_Stevens\">loi de Stevens<\/a>), d\u00e9montrant que la sonie per\u00e7ue (exprim\u00e9e en sones) est proportionnelle \u00e0 la pression acoustique efficace \u00e9lev\u00e9e \u00e0 un exposant sp\u00e9cifique d&rsquo;environ 0,6 \u00e0 1000 Hz. Cette formulation rend bien mieux compte des ajustements d&rsquo;intensit\u00e9 subjective observ\u00e9s chez les auditeurs dans des protocoles d&rsquo;estimation de grandeurs.<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique fondamental r\u00e9side dans la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (TDS), formul\u00e9e par David Green et John Swets. Appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;audition, la TDS stipule que la d\u00e9tection d&rsquo;une faible pression acoustique ne d\u00e9pend pas uniquement d&rsquo;un seuil physiologique rigide, mais constitue un processus de prise de d\u00e9cision probabiliste op\u00e9rant dans le bruit de fond neuronal et environnemental. La sensibilit\u00e9 sensorielle d&rsquo;un individu (mesur\u00e9e par l&rsquo;indice <em>d&rsquo;<\/em>) se distingue ainsi nettement de son crit\u00e8re de r\u00e9ponse psychologique ou de ses biais cognitifs intrins\u00e8ques.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie \u00e9cologique de la perception sensorielle, formul\u00e9e par James J. Gibson, propose une interpr\u00e9tation contextualis\u00e9e de la pression acoustique. Selon cette approche, l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;\u00e9value pas abstraitement des amplitudes en micropascals ou des fr\u00e9quences spectrales isol\u00e9es, mais extrait directement du flux dynamique des pressions acoustiques des &laquo; affordances &raquo; et des invariants informationnels structurant son interaction avec le milieu : localisation d&rsquo;un pr\u00e9dateur, proximit\u00e9 d&rsquo;un obstacle ou d\u00e9codage \u00e9motionnel des intonations de la voix humaine.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9composer analytiquement la pression acoustique et ses manifestations perceptivo-comportementales, plusieurs variables physiques et dimensions ph\u00e9nom\u00e9nologiques doivent \u00eatre distingu\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pression acoustique instantan\u00e9e :<\/strong> \u00c9cart direct et temporaire entre la pression totale observ\u00e9e \u00e0 un instant <em>t<\/em> pr\u00e9cis et la pression d&rsquo;\u00e9quilibre atmosph\u00e9rique locale, capable de prendre des valeurs alg\u00e9briques positives ou n\u00e9gatives en pascals.<\/li>\n<li><strong>Pression acoustique efficace (RMS) :<\/strong> Moyenne quadratique temporelle des variations de pression sur un intervalle d&rsquo;int\u00e9gration d\u00e9fini ; c&rsquo;est cette valeur qui sert de base objective standard au calcul des niveaux d&rsquo;exposition et d&rsquo;\u00e9nergie acoustique transmise \u00e0 l&rsquo;appareil sensoriel.<\/li>\n<li><strong>Pression acoustique de cr\u00eate (Peak) :<\/strong> Valeur maximale absolue enregistr\u00e9e par la perturbation de pression au cours d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement transitoire (ex. d\u00e9tonation, claquement), d\u00e9terminante dans l&rsquo;\u00e9valuation des risques de traumatismes auditifs aigus et du d\u00e9clenchement du r\u00e9flexe de sursaut (<em>acoustic startle response<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Niveau de pression acoustique (SPL) :<\/strong> Mesure logarithmique normalis\u00e9e quantifiant la pression par rapport \u00e0 une pression de r\u00e9f\u00e9rence internationalement fix\u00e9e \u00e0 20 &mu;Pa dans l&rsquo;air, calcul\u00e9e selon la formule <em>L<sub>p<\/sub> = 20 log<sub>10<\/sub>(p \/ p<sub>0<\/sub>)<\/em> et exprim\u00e9e en dB SPL.<\/li>\n<li><strong>Bande de pond\u00e9ration spectrale (A, C, Z) :<\/strong> Filtrage fr\u00e9quentiel conventionnel appliqu\u00e9 \u00e0 la mesure physique de la pression acoustique pour mimer grossi\u00e8rement la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille humaine (la pond\u00e9ration A att\u00e9nuant fortement les basses fr\u00e9quences \u00e0 l&rsquo;image du comportement de la cochl\u00e9e \u00e0 faible intensit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Sonie (Loudness) :<\/strong> Dimension psychologique subjective associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;amplitude de la pression acoustique, d\u00e9crivant la force ou le volume per\u00e7u par l&rsquo;auditeur, d\u00e9pendant conjointement de la fr\u00e9quence, de la dur\u00e9e temporelle et de la bande passante spectrale de l&rsquo;onde.<\/li>\n<li><strong>Pression acoustique continue \u00e9quivalente (L<sub>eq<\/sub>) :<\/strong> Int\u00e9gration \u00e9nerg\u00e9tique temporelle de pressions fluctuantes sur une p\u00e9riode d\u00e9termin\u00e9e, largement mobilis\u00e9e en ergonomie cognitive et psychologie du travail pour quantifier la charge environnementale moyenne subie par les travailleurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser les manifestations empiriques de la pression acoustique, consid\u00e9rons l&rsquo;environnement d&rsquo;un bureau paysager (open space). Le niveau de pression acoustique y oscille g\u00e9n\u00e9ralement entre 0,0063 Pa et 0,02 Pa (soit approximativement 50 \u00e0 60 dB SPL). \u00c0 ces valeurs, la pression m\u00e9canique exerc\u00e9e sur la membrane tympanique est infinit\u00e9simale d&rsquo;un point de vue thermodynamique standard, mais son impact cognitif est disproportionn\u00e9 : la dynamique fluctuante de la parole intelligible active continuellement le syst\u00e8me attentionnel exog\u00e8ne des employ\u00e9s, interf\u00e9rant avec la m\u00e9moire de travail verbale et induisant une fatigue mentale quantifiable au fil de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique concerne le <em>r\u00e9flexe acoustique de sursaut<\/em> observ\u00e9 en psychologie clinique et exp\u00e9rimentale. Si un sujet est expos\u00e9 \u00e0 une impulsion sonore brutale atteignant une pression acoustique de cr\u00eate de 2 Pa (environ 100 dB SPL) avec un temps de mont\u00e9e inf\u00e9rieur \u00e0 15 millisecondes, cette onde de surpression d\u00e9clenche une voie neurale oligosynaptique directe depuis le noyau cochl\u00e9aire jusqu&rsquo;aux motoneurones de la formation r\u00e9ticul\u00e9e pontique. Le sujet cligne instantan\u00e9ment des yeux, contracte les muscles cervicaux et pr\u00e9sente une d\u00e9charge sympathique imm\u00e9diate, illustrant le r\u00f4le phylog\u00e9n\u00e9tique de la pression acoustique comme signal d&rsquo;alarme vital contournant les circuits corticaux d\u00e9lib\u00e9ratifs.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;audiologie p\u00e9diatrique, l&rsquo;otite s\u00e9reuse fournit une illustration clinique saisissante des alt\u00e9rations de la transduction de la pression. La pr\u00e9sence de fluide muqueux dans l&rsquo;oreille moyenne augmente l&rsquo;imp\u00e9dance globale du syst\u00e8me tympano-ossiculaire, att\u00e9nuant l&rsquo;onde de pression acoustique transmise \u00e0 la cochl\u00e9e de 20 \u00e0 30 dB. L&rsquo;enfant per\u00e7oit un monde \u00e9touff\u00e9, non parce que les ondes acoustiques ext\u00e9rieures ont diminu\u00e9 en pascals, mais parce que le transducteur m\u00e9canique n&rsquo;applique plus la pression ad\u00e9quate sur la fen\u00eatre ovale, ce qui peut engendrer des retards d&rsquo;acquisition phonologique si la condition persiste.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification objective de la pression acoustique constitue le socle de la m\u00e9trologie sonore, de l&rsquo;ergonomie physique et des paradigmes de laboratoire en <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a>. L&rsquo;outil central de cette \u00e9valuation est le sonom\u00e8tre de pr\u00e9cision (ou microphone de mesure condensateur \u00e9talonn\u00e9), \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un diaphragme m\u00e9tallique ultra-mince dont la d\u00e9formation \u00e9lastique sous l&rsquo;effet des variations de pression de l&rsquo;air est convertie en une variation proportionnelle de capacit\u00e9 \u00e9lectrique ou de tension (volts par pascal).<\/p>\n<p>Pour corr\u00e9ler la mesure physique de la pression acoustique aux m\u00e9canismes perceptifs humains, les appareils de mesure appliquent des filtres temporels standardis\u00e9s. La constante de temps &laquo; Fast &raquo; (125 millisecondes) reproduit approximativement la constante d&rsquo;int\u00e9gration temporelle du syst\u00e8me auditif humain pour la perception de la sonie, tandis que la constante &laquo; Slow &raquo; (1 seconde) permet d&rsquo;estimer des tendances stables dans les environnements hautement bruit\u00e9s. Le recours \u00e0 l&rsquo;analyse spectrale par transform\u00e9e de Fourier rapide (FFT) ou par filtres de tiers d&rsquo;octave permet en outre de d\u00e9composer le spectre de pression en fr\u00e9quences discr\u00e8tes pour cartographier pr\u00e9cis\u00e9ment le stimulus.<\/p>\n<p>En psychom\u00e9trie exp\u00e9rimentale, l&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9ponse subjective induite par diverses pressions acoustiques repose sur des protocoles rigoureux :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie tonale liminaire :<\/strong> D\u00e9termination des seuils minimaux de pression acoustique d\u00e9tectables \u00e0 diff\u00e9rentes fr\u00e9quences normalis\u00e9es (de 125 Hz \u00e0 8000 Hz), exprim\u00e9s en d\u00e9cibels Hearing Level (dB HL) par rapport \u00e0 la moyenne d&rsquo;une population saine.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thode des limites et des stimuli constants :<\/strong> Pr\u00e9sentation contr\u00f4l\u00e9e d&rsquo;incr\u00e9ments discrets de pression sonore pour cartographier les seuils diff\u00e9rentiels de sonie (&Delta;I \/ I) et tester les pr\u00e9dictions des fonctions psychophysiques.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelles d&rsquo;estimation de la g\u00eane (Annoyance scales) :<\/strong> Questionnaires standardis\u00e9s (tels que ceux pr\u00e9conis\u00e9s par la norme ISO\/TS 15666) \u00e9valuant sur des \u00e9chelles num\u00e9riques de 0 \u00e0 10 ou verbales \u00e0 5 points la souffrance psychologique et l&rsquo;irritation induites par l&rsquo;exposition chronique \u00e0 des niveaux de pression acoustique donn\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation de la pression acoustique irrigue une multitude de disciplines appliqu\u00e9es, au premier rang desquelles figure l&rsquo;ergonomie des postes de travail et la psychologie organisationnelle. Dans l&rsquo;industrie et le secteur tertiaire, la ma\u00eetrise des niveaux de pression sonore permet de pr\u00e9venir non seulement les d\u00e9ficits neurosensoriels irr\u00e9versibles (hypoacousie induite par le bruit d\u00e8s lors que l&rsquo;exposition quotidienne d\u00e9passe 80 \u00e0 85 dB(A)), mais aussi d&rsquo;optimiser la performance cognitive, de minimiser les erreurs d&rsquo;inattention et d&rsquo;att\u00e9nuer le stress professionnel chronique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;architecture et de l&rsquo;am\u00e9nagement urbain, la conception des espaces d&rsquo;habitation, des salles de spectacle et des h\u00f4pitaux requiert une gestion minutieuse de la pression acoustique par le biais de mat\u00e9riaux absorbants et isolants. Dans les unit\u00e9s de soins intensifs p\u00e9diatriques ou n\u00e9onatales, par exemple, la limitation rigoureuse des cr\u00eates de pression acoustique est cruciale pour pr\u00e9server le d\u00e9veloppement neurophysiologique des pr\u00e9matur\u00e9s, particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux surcharges sensorielles induites par les alarmes \u00e9lectroniques et les r\u00e9sonances architecturales.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et psychoth\u00e9rapeutique, l&rsquo;\u00e9valuation fine de la tol\u00e9rance \u00e0 la pression acoustique joue un r\u00f4le capital dans la prise en charge des troubles sensoriels complexes tels que l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hyperacousie\">hyperacousie<\/a> (o\u00f9 des pressions sonores ordinaires de 50 dB SPL d\u00e9clenchent une douleur physique ou une d\u00e9tresse psychologique vive) et la misophonie (caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle aversive d\u00e9clench\u00e9e par des configurations sonores sp\u00e9cifiques, ind\u00e9pendamment de leur \u00e9nergie m\u00e9canique absolue). La r\u00e9\u00e9ducation par d\u00e9sensibilisation acoustique gradu\u00e9e s&rsquo;appuie sur la diffusion contr\u00f4l\u00e9e de faibles pressions sonores stables pour r\u00e9\u00e9talonner la plasticit\u00e9 neuronale centrale.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en neuroimagerie fonctionnelle (IRMf et magn\u00e9toenc\u00e9phalographie) a substantiellement enrichi notre compr\u00e9hension de la fa\u00e7on dont le cerveau humain encode la pression acoustique. Les travaux majeurs conduits par des chercheurs tels que Robert Zatorre ou David Poeppel d\u00e9montrent que l&rsquo;augmentation de la pression acoustique ne provoque pas un simple accroissement lin\u00e9aire du m\u00e9tabolisme du cortex auditif, mais recrute des r\u00e9seaux distribu\u00e9s impliquant l&rsquo;amygdale, l&rsquo;insula ant\u00e9rieure et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian d\u00e8s que les niveaux franchissent des seuils critiques de saillance biologique.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques de grande envergure, \u00e0 l&rsquo;instar de celles men\u00e9es par Mathias Basner et ses collaborateurs sur l&rsquo;impact du bruit des transports a\u00e9riens et routiers, ont solidement document\u00e9 les effets physiopathologiques de la pression acoustique chronique nocturne. Ces recherches r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;une exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 des pressions sonores g\u00e9n\u00e9rant des \u00e9mergences sup\u00e9rieures \u00e0 45-50 dB(A) durant le sommeil alt\u00e8re la macroarchitecture du sommeil, augmente la s\u00e9cr\u00e9tion de cortisol salivaire matinal et est associ\u00e9e, sur le long terme, \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation significative des risques d&rsquo;hypertension art\u00e9rielle et d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, ind\u00e9pendamment de la g\u00eane subjective verbalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le champ de la cognition fondamentale, les travaux de Stephen Stansfeld (notamment le projet europ\u00e9en RANCH, <em>Road Traffic and Aircraft Noise Exposure and Children&rsquo;s Cognition and Health<\/em>) ont mis en lumi\u00e8re un lien direct de causalit\u00e9 entre l&rsquo;intensit\u00e9 de la pression acoustique environnementale subie \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et des retards persistants dans l&rsquo;apprentissage de la lecture et les capacit\u00e9s de m\u00e9moire de travail chez les \u00e9coliers. Ces donn\u00e9es soulignent avec force que la pression acoustique ne se limite pas \u00e0 une sensation passag\u00e8re, mais fa\u00e7onne activement le d\u00e9veloppement synaptique et la r\u00e9ussite acad\u00e9mique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>Si les lois physiques r\u00e9gissant la propagation de la pression acoustique sont immuables \u00e0 travers le globe, l&rsquo;interpr\u00e9tation s\u00e9mantique, la tol\u00e9rance \u00e9motionnelle et l&rsquo;\u00e9valuation normative de cette pression sonore pr\u00e9sentent d&rsquo;importantes variations transculturelles. Les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines industrialis\u00e9es ont largement conceptualis\u00e9 la pression sonore \u00e9lev\u00e9e comme une pollution environnementale ind\u00e9sirable (&laquo; noise pollution &raquo;), l\u00e9gif\u00e9rant pour la contraindre dans des normes de d\u00e9cibels strictes au sein des zones r\u00e9sidentielles.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreuses cultures traditionnelles ou dans les zones urbaines d&rsquo;Am\u00e9rique latine, d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest ou d&rsquo;Asie du Sud, des niveaux soutenus de pression acoustique au sein de l&rsquo;espace public ne sont pas syst\u00e9matiquement d\u00e9cod\u00e9s comme une agression sensorielle, mais sont valoris\u00e9s comme l&rsquo;indice de la vitalit\u00e9 communautaire, de la convivialit\u00e9 collective et de l&rsquo;animation sociale. Le concept de &laquo; paysage sonore &raquo; (<em>soundscape<\/em>), formalis\u00e9 par R. Murray Schafer, d\u00e9montre que la signification attribu\u00e9e au son filtre la r\u00e9activit\u00e9 psycho-physiologique : une onde de pression de 75 dB issue d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie festive n&rsquo;engendre pas les m\u00eames r\u00e9ponses de stress neuroendocrinien qu&rsquo;une pression identique provenant d&rsquo;une machinerie de chantier.<\/p>\n<p>Ces disparit\u00e9s culturelles influencent directement la m\u00e9thodologie de recherche en sciences humaines. L&rsquo;\u00e9talonnage des questionnaires d&rsquo;exposition sonore ou des protocoles d&rsquo;\u00e9valuation subjective de la qualit\u00e9 de vie exige des adaptations linguistiques rigoureuses : le terme &laquo; bruit &raquo; (noise) ne recouvre pas les m\u00eames r\u00e9sonances s\u00e9mantiques ou affectives selon que l&rsquo;on s&rsquo;exprime en fran\u00e7ais, en anglais, en japonais ou en swahili, ce qui impose aux psychoacousticiens d&rsquo;ancrer syst\u00e9matiquement leurs analyses de pression physique dans le contexte sociologique local.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la pression acoustique comme indice pr\u00e9dominant dans les normes environnementales et de sant\u00e9 publique fait l&rsquo;objet de verves critiques de la part des psychoacousticiens et des psychologues de l&rsquo;environnement. Le principal grief r\u00e9side dans l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de la pond\u00e9ration A (dB(A)). Bien qu&rsquo;universellement adopt\u00e9e par les r\u00e8glements administratifs, cette m\u00e9trique sous-estime drastiquement la part \u00e9nerg\u00e9tique des tr\u00e8s basses fr\u00e9quences (infrasons et basses fr\u00e9quences entre 10 et 100 Hz). Or, ces ondes de basse fr\u00e9quence, m\u00eame \u00e0 des pressions acoustiques mod\u00e9r\u00e9es, sont susceptibles de faire vibrer les structures corporelles internes et d&rsquo;induire des sympt\u00f4mes de naus\u00e9e, de vertige et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 profonde non d\u00e9tect\u00e9s par les sonom\u00e8tres classiques.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans le d\u00e9couplage fr\u00e9quent entre la valeur physique objective (pression acoustique en pascals ou en d\u00e9cibels) et la d\u00e9tresse psychologique rapport\u00e9e par les riverains d&rsquo;infrastructures bruyantes (\u00e9oliennes, a\u00e9roports, voies ferr\u00e9es). De multiples travaux d\u00e9montrent que le coefficient de corr\u00e9lation entre le niveau de pression sonore physique et l&rsquo;indice de g\u00eane d\u00e9clar\u00e9e d\u00e9passe rarement <em>r<\/em> = 0,40 \u00e0 0,50. Des facteurs non acoustiques &mdash; tels que l&rsquo;attitude envers la source de bruit, la perception d&rsquo;injustice proc\u00e9durale, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et la sensibilit\u00e9 individuelle au bruit &mdash; expliquent une part plus importante de la variance des r\u00e9ponses comportementales que la pression acoustique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan de la physique th\u00e9orique et de la m\u00e9trologie de laboratoire, focaliser exclusivement l&rsquo;attention sur la pression acoustique constitue une approche incompl\u00e8te du champ acoustique global. La pression est une grandeur scalaire qui omet la vitesse particulaire (qui est vectorielle). Dans les zones de champ proche (\u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de la source sonore), la relation canonique liant la pression et la vitesse n&rsquo;est plus valable, ce qui rend l&rsquo;estimation de la puissance acoustique \u00e9mise trompeuse si elle n&rsquo;est mesur\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 partir de simples capteurs de pression.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour dissiper les fr\u00e9quentes approximations conceptuelles entourant le lexique de l&rsquo;audition, il convient de distinguer scrupuleusement la pression acoustique des notions voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Intensit\u00e9 acoustique :<\/strong> Grandeur physique vectorielle repr\u00e9sentant la puissance sonore traversant une unit\u00e9 de surface perpendiculaire \u00e0 la direction de propagation (exprim\u00e9e en watts par m\u00e8tre carr\u00e9, W\/m&sup2;), alors que la pression acoustique est une grandeur scalaire locale (en pascals).<\/li>\n<li><strong>Puissance acoustique :<\/strong> \u00c9nergie totale rayonn\u00e9e par une source sonore dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace par unit\u00e9 de temps (exprim\u00e9e en watts). C&rsquo;est une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que de la source sonore, ind\u00e9pendante de la distance de mesure ou de la g\u00e9om\u00e9trie de la pi\u00e8ce, contrairement \u00e0 la pression acoustique qui d\u00e9pend directement de l&#8217;emplacement du r\u00e9cepteur.<\/li>\n<li><strong>Sonie (Loudness) :<\/strong> Grandeur perceptuelle purement psychologique d\u00e9crivant la force du son ressentie par un sujet humain (mesur\u00e9e en sones ou en phones). Deux sons pr\u00e9sentant des pressions acoustiques strictement identiques mais des fr\u00e9quences diff\u00e9rentes (par exemple 50 Hz et 1000 Hz) susciteront des niveaux de sonie radicalement divergents.<\/li>\n<li><strong>Hauteur tonale (Pitch) :<\/strong> Attribut perceptif ordonnant les sons sur une \u00e9chelle allant du grave \u00e0 l&rsquo;aigu, d\u00e9pendant principalement de la fr\u00e9quence fondamentale de l&rsquo;onde de pression acoustique et non de son amplitude physique.<\/li>\n<li><strong>Pression barom\u00e9trique atmosph\u00e9rique :<\/strong> Pression statique quasi constante exerc\u00e9e par le poids de l&rsquo;enveloppe gazeuse terrestre au repos (environ 101 325 Pa au niveau de la mer), sur laquelle se superposent les minuscules fluctuations dynamiques de la pression acoustique (souvent inf\u00e9rieures \u00e0 1 Pa dans les contextes de communication usuelle).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9capitulation, la pression acoustique constitue le param\u00e8tre m\u00e9canique pivot reliant le monde physique aux m\u00e9canismes neuronaux de la perception auditive et de la r\u00e9gulation comportementale :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle correspond physiquement aux microvariations dynamiques de la pression statique de repos d&rsquo;un fluide lors du passage d&rsquo;une onde m\u00e9canique \u00e9lastique, mesur\u00e9es en pascals (Pa) ou converties en \u00e9chelle logarithmique sous forme de d\u00e9cibels (dB SPL).<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me auditif humain poss\u00e8de une dynamique exceptionnelle s&rsquo;\u00e9tendant d&rsquo;un seuil de d\u00e9tection absolu de 20 &mu;Pa jusqu&rsquo;au seuil de douleur physique sup\u00e9rieur \u00e0 20-100 Pa, couvrant ainsi plus de six ordres de grandeur physique.<\/li>\n<li>La conversion biologique de la pression acoustique d\u00e9bute par un transfert d&rsquo;imp\u00e9dance ossiculaire dans l&rsquo;oreille moyenne, suivi d&rsquo;une tonotopie fr\u00e9quentielle cochl\u00e9aire activant des cascades neurosensorielles vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le cortex.<\/li>\n<li>La relation unissant la pression physique \u00e0 la sensation psychologique de volume sonore (sonie) est non lin\u00e9aire, modul\u00e9e en continu par la fr\u00e9quence spectrale, la dur\u00e9e d&rsquo;int\u00e9gration et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;attention s\u00e9lective de l&rsquo;observateur.<\/li>\n<li>L&rsquo;exposition chronique \u00e0 des pressions acoustiques \u00e9lev\u00e9es exerce des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d\u00e9montr\u00e9s sur le plan neuroendocrinien, cognitif et affectif, faisant de cette variable physique un d\u00e9terminant majeur en sant\u00e9 publique, en ergonomie du travail et en psychologie environnementale contemporaine.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Fastl, H., &amp; Zwicker, E. (2007). <em>Psychoacoustics: Facts and models<\/em> (3rd ed.). Springer. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/link.springer.com\/book\/10.1007\/978-3-540-68888-4\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-540-68888-4<\/a><\/p>\n<p>Helmholtz, H. von. (1877). <em>Die Lehre von den Tonempfindungen als physiologische Grundlage f\u00fcr die Theorie der Musik<\/em> (4th ed.). Friedrich Vieweg und Sohn.<\/p>\n<p>Moore, B. C. J. (2012). <em>An introduction to the psychology of hearing<\/em> (6th ed.). Brill. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252639\">https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252639<\/a><\/p>\n<p>Stevens, S. S. (1955). The measurement of loudness. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 27(5), 815-829. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1908048\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1908048<\/a><\/p>\n<p>World Health Organization. (2018). <em>Environmental noise guidelines for the European region<\/em>. Regional Office for Europe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez en d\u00e9tail la pression acoustique : de sa nature physique en pascals \u00e0 son r\u00f4le dans la perception auditive, la psychoacoustique et la sant\u00e9 cognitive.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[4562,4578,647],"tags":[30740,31406,4757,12479,5217,31405,22048],"class_list":["post-19427","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-perception-sensorielle","category-psychoacoustique","category-psychologie-cognitive","tag-audition","tag-decibels","tag-neurosciences-cognitives","tag-pression-acoustique","tag-psychoacoustique","tag-sonie","tag-stress-environnemental"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19427\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19427"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}