{"id":19409,"date":"2026-10-22T02:42:10","date_gmt":"2026-10-22T02:42:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=flashback-acide-hppd-perceptions"},"modified":"2026-10-22T02:42:10","modified_gmt":"2026-10-22T02:42:10","slug":"flashback-acide-hppd-perceptions","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=flashback-acide-hppd-perceptions","title":{"rendered":"Flashback d&rsquo;acide : \u00c9chos perceptifs post-LSD"},"content":{"rendered":"<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne neuropsychologique fascinant et parfois invalidant, le retour d&rsquo;acide r\u00e9active de mani\u00e8re transitoire des distorsions sensorielles v\u00e9cues lors d&rsquo;une intoxication pass\u00e9e, sans ingestion r\u00e9cente de toxique. Entre mythe de la contre-culture et entit\u00e9 nosologique formellement reconnue, ce trouble interroge les fronti\u00e8res de la plasticit\u00e9 synaptique, de la m\u00e9moire perceptive et du traitement visuel thalamo-cortical. D\u00e9crypter les m\u00e9canismes sous-jacents de cette r\u00e9surgence sensorielle permet de mieux distinguer les manifestations b\u00e9nignes des alt\u00e9rations chroniques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<h2>Le flashback d&rsquo;acide (Retour d&rsquo;acide)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>flashback d&rsquo;acide<\/strong> d\u00e9signe la r\u00e9\u00e9mergence \u00e9pisodique, spontan\u00e9e et non provoqu\u00e9e de modifications perceptives, affectives ou somatiques similaires \u00e0 celles ressenties lors d&rsquo;une exp\u00e9rience ant\u00e9rieure sous <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_lysergique_di%C3%A9thylamide\">di\u00e9thylamide de l&rsquo;acide lysergique<\/a> (LSD), survenant apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;abstinence et en l&rsquo;absence de toute nouvelle prise de substance. Dans la nosographie psychiatrique internationale, lorsqu&rsquo;il devient r\u00e9current, persistant et source d&rsquo;une alt\u00e9ration cliniquement significative du fonctionnement, il est formellement classifi\u00e9 sous le terme de <em>trouble perceptif persistant li\u00e9 aux hallucinog\u00e8nes<\/em> (TPPH ou HPPD pour <em>Hallucinogen Persisting Perception Disorder<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce ph\u00e9nom\u00e8ne se caract\u00e9rise par la reviviscence involontaire de perceptions visuelles d\u00e9form\u00e9es, telles que des tra\u00een\u00e9es lumineuses (palinopsie), des halos autour des objets, des micropsies, des macropsies ou la perception d&rsquo;une neige visuelle continue. Contrairement \u00e0 une bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb ou \u00e0 un \u00e9pisode psychotique franc, le sujet conserve g\u00e9n\u00e9ralement une critique intacte de ses perceptions (anosognosie absente), reconnaissant le caract\u00e8re artificiel et endog\u00e8ne des anomalies visuelles observ\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans les nomenclatures contemporaines, telles que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR) et la Classification internationale des maladies (CIM-11), cette r\u00e9currence perceptive est distingu\u00e9e des flashbacks traumatiques rencontr\u00e9s dans le trouble de stress post-traumatique, car elle implique principalement les circuits primaires et secondaires du cortex visuel plut\u00f4t qu&rsquo;une rem\u00e9moration affective intrusive structur\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab flashback d&rsquo;acide \u00bb est un calque hybride associant le terme anglais <em>flashback<\/em> et l&rsquo;argot francophone \u00ab acide \u00bb, m\u00e9tonymie populaire universellement employ\u00e9e pour d\u00e9signer le LSD. Le mot anglais <em>flashback<\/em> est compos\u00e9 du verbe <em>to flash<\/em> (produire un \u00e9clat soudain, jaillir avec vivacit\u00e9, issu du moyen anglais <em>flashen<\/em>) et de l&rsquo;adverbe <em>back<\/em> (en arri\u00e8re, en retour, issu du vieil anglais <em>b\u00e6c<\/em>). Historiquement utilis\u00e9 dans le langage cin\u00e9matographique et litt\u00e9raire d\u00e8s les ann\u00e9es 1930 pour d\u00e9signer une analepse ou un saut temporel vers le pass\u00e9, le terme a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 par la psychiatrie am\u00e9ricaine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 pour d\u00e9crire les r\u00e9manences sensorielles v\u00e9cues par les usagers de substances psych\u00e9d\u00e9liques.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab acide \u00bb fait quant \u00e0 lui directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la structure chimique du pr\u00e9curseur fondamental de la mol\u00e9cule, l&rsquo;acide d-lysergique, synth\u00e9tis\u00e9 et isol\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;ergot de seigle. En langue fran\u00e7aise, la locution \u00e9quivalente \u00ab retour d&rsquo;acide \u00bb s&rsquo;est impos\u00e9e d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960 au sein des milieux m\u00e9dicaux et des sous-cultures psych\u00e9d\u00e9liques pour traduire cette soudaine r\u00e9activation sensorielle. Sur le plan m\u00e9dical formel, l&rsquo;\u00e9volution terminologique a conduit \u00e0 l&rsquo;abandon progressif de l&rsquo;appellation populaire au profit de formulations purement descriptives et neuroscientifiques, aboutissant \u00e0 la d\u00e9signation de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_perceptif_persistant_li%C3%A9_aux_hallucinog%C3%A8nes\">trouble perceptif persistant li\u00e9 aux hallucinog\u00e8nes<\/a>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphologique et grammatical, \u00ab flashback d&rsquo;acide \u00bb est un syntagme nominal masculin compos\u00e9. Le substantif \u00ab flashback \u00bb se prononce couramment dans l&rsquo;espace francophone international [fla\u0283.bak] ou phon\u00e9tiquement \/fla\u0283bak\/, tandis que \u00ab d&rsquo;acide \u00bb se prononce [da.sid]. Au pluriel, l&rsquo;expression prend la marque graphique sur l&rsquo;anglicisme selon les r\u00e8gles d&rsquo;usage des emprunts naturalis\u00e9s : des <em>flashbacks d&rsquo;acide<\/em> (l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise recommandant par ailleurs les termes francis\u00e9s d&rsquo;\u00ab anamn\u00e8se perceptive \u00bb ou de \u00ab r\u00e9miniscence sensorielle \u00bb, bien que ceux-ci demeurent rares en contexte clinique courant).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, l&rsquo;acronyme anglophone <strong>HPPD<\/strong> ou l&rsquo;acronyme francophone <strong>TPPH<\/strong> sont souvent employ\u00e9s comme \u00e9quivalents formels lorsque les r\u00e9currences deviennent pathologiques. L&rsquo;expression s&#8217;emploie principalement en position de sujet ou de compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct dans les descriptions d&rsquo;anamn\u00e8se en addictologie, en psychiatrie d&rsquo;urgence et en neuro-ophtalmologie, qualifiant un \u00e9v\u00e9nement discret (un flashback) ou une condition au long cours (la r\u00e9p\u00e9tition des flashbacks).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le flashback d&rsquo;acide constitue une alt\u00e9ration neuro-perceptive qui se d\u00e9ploie \u00e0 l&rsquo;intersection de la m\u00e9moire sensorielle, de la modulation du filtrage cortical et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des voies visuelles. Pour comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans toute son \u00e9tendue, il est indispensable de cerner sa nature fondamentale : il ne s&rsquo;agit ni d&rsquo;une intoxication retard\u00e9e due \u00e0 un stockage imaginaire de substance dans les tissus adipeux ou la moelle spinale, ni d&rsquo;une r\u00e9manence m\u00e9tabolique directe de la mol\u00e9cule d&rsquo;acide lysergique. Les \u00e9tudes pharmacocin\u00e9tiques ont d\u00e9montr\u00e9 depuis longtemps que le LSD est enti\u00e8rement m\u00e9tabolis\u00e9 et \u00e9limin\u00e9 de l&rsquo;organisme en quelques heures ou jours, avec une demi-vie plasmatique moyenne d&rsquo;environ trois \u00e0 cinq heures.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne repose plut\u00f4t sur une modification durable du seuil de r\u00e9activit\u00e9 neuronale et des m\u00e9canismes de filtrage sensoriel au sein du cortex visuel primaire (V1) et des aires associatives (V2 \u00e0 V5). En temps normal, le syst\u00e8me visuel humain applique une inhibition lat\u00e9rale rigoureuse par l&rsquo;entremise d&rsquo;interneurones inhibiteurs gabaergiques, permettant d&rsquo;\u00e9liminer les bruits de fond r\u00e9tiniens, d&rsquo;effacer instantan\u00e9ment les images persistantes (suppression saccadique) et de maintenir une stabilit\u00e9 de la sc\u00e8ne visuelle. Sous l&rsquo;effet des hallucinog\u00e8nes s\u00e9rotoninergiques, les r\u00e9cepteurs 5-HT2A sont stimul\u00e9s de fa\u00e7on massive, provoquant une d\u00e9sinhibition et un d\u00e9samor\u00e7age transitoire de ces filtres sensoriels.<\/p>\n<p>Chez les individus pr\u00e9sentant des flashbacks d&rsquo;acide, ce d\u00e9samor\u00e7age semble \u00eatre r\u00e9activ\u00e9 de fa\u00e7on aberrante. La manifestation peut \u00eatre fugace et b\u00e9nigne, durant de quelques secondes \u00e0 quelques minutes, ou s&rsquo;inscrire dans une alt\u00e9ration permanente du champ perceptif. Les sujets d\u00e9crivent une vari\u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable d&rsquo;aberrations optiques, parmi lesquelles la palinopsie (persistance ou r\u00e9currence illusoire d&rsquo;images visuelles apr\u00e8s disparition du stimulus physique), les tra\u00een\u00e9es lumineuses accompagnant les objets en mouvement, les phosph\u00e8nes spontaneously g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, la vision entoptique accentu\u00e9e et la sensation de vagues ou de respiration des surfaces solides.<\/p>\n<p>Il convient de d\u00e9limiter rigoureusement les fronti\u00e8res du concept. Le flashback n&rsquo;est pas une r\u00e9exp\u00e9rience onirique, ni une crise d&rsquo;angoisse d\u00e9nu\u00e9e de substrat perceptif, ni une hallucination complexe au sens psychiatrique traditionnel o\u00f9 l&rsquo;individu converserait avec des entit\u00e9s imaginaires ou perdrait tout contact avec la r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e. Il se cantonne principalement au registre pseudohallucinatoire et perceptif \u00e9l\u00e9mentaire, les fonctions cognitives sup\u00e9rieures, le raisonnement logique et la m\u00e9moire \u00e9pisodique demeurant intacts en dehors de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle induite par les sympt\u00f4mes eux-m\u00eames.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La documentation m\u00e9dicale relative aux ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9manence perceptive a \u00e9merg\u00e9 peu de temps apr\u00e8s la d\u00e9couverte fortuite des propri\u00e9t\u00e9s psych\u00e9d\u00e9liques du LSD par le chimiste suisse <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Hofmann\">Albert Hofmann<\/a> en 1943 au sein des laboratoires Sandoz. D\u00e8s les ann\u00e9es 1950, alors que le LSD \u00e9tait largement \u00e9tudi\u00e9 comme outil exp\u00e9rimental en psychoth\u00e9rapie analytique et comme mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude de la psychose exp\u00e9rimentale, des chercheurs et cliniciens ont rapport\u00e9 des cas isol\u00e9s de patients d\u00e9crivant des fluctuations sensorielles plusieurs semaines apr\u00e8s les s\u00e9ances th\u00e9rapeutiques encadr\u00e9es.<\/p>\n<p>Cependant, c&rsquo;est v\u00e9ritablement avec l&rsquo;explosion de l&rsquo;usage r\u00e9cr\u00e9atif du LSD au milieu des ann\u00e9es 1960 que le terme et la pr\u00e9occupation clinique se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. Des milliers de jeunes usagers de la contre-culture am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne ont commenc\u00e9 \u00e0 signaler des r\u00e9veils sensoriels inopin\u00e9s. En 1969, le psychiatre Donald Ditman et ses coll\u00e8gues ont publi\u00e9 certaines des premi\u00e8res enqu\u00eates syst\u00e9matiques \u00e9valuant la fr\u00e9quence des flashbacks chez les consommateurs r\u00e9guliers de drogues psych\u00e9d\u00e9liques. Durant cette m\u00eame p\u00e9riode, de nombreuses l\u00e9gendes urbaines ont circul\u00e9, postulant \u00e0 tort que le LSD se fixait d\u00e9finitivement dans la colonne vert\u00e9brale ou les m\u00e9ninges et s&rsquo;en lib\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un effort physique ou d&rsquo;un craquement articulaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la taxinomie diagnostique officielle s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9e en 1986 avec la publication de crit\u00e8res pr\u00e9liminaires, puis avec l&rsquo;inclusion du trouble sous l&rsquo;intitul\u00e9 \u00ab <em>Posthallucinogen Perception Disorder<\/em> \u00bb dans le DSM-III-R en 1987. Cette d\u00e9signation a ensuite \u00e9t\u00e9 affin\u00e9e pour devenir le \u00ab <em>Hallucinogen Persisting Perception Disorder<\/em> \u00bb (HPPD) dans le DSM-IV (1994) et le DSM-5 (2013). Des chercheurs contemporains comme le Dr John Halpern et le Dr Henry David Abraham ont grandement contribu\u00e9 \u00e0 la caract\u00e9risation neuro-ophtalmologique et ph\u00e9nom\u00e9nologique de ce trouble, permettant d&rsquo;extraire le flashback du folklore populaire pour l&rsquo;inscrire dans le champ rigoureux de la neuropsychiatrie moderne.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques et mod\u00e8les neurobiologiques tentent de rendre compte de la survenue des flashbacks d&rsquo;acide. Le mod\u00e8le dominant est celui de la <strong>d\u00e9sinhibition corticale par dysfonctionnement des interneurones inhibiteurs<\/strong>. Selon cette hypoth\u00e8se formul\u00e9e initialement par Abraham et d\u00e9velopp\u00e9e par les neurobiologistes contemporains, l&rsquo;exposition au LSD induirait une neurotoxicit\u00e9 fonctionnelle ou une d\u00e9sensibilisation prolong\u00e9e des interneurones corticaux gabaergiques par modulation directe des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques postsynaptiques <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_5-HT2A\">5-HT2A<\/a> situ\u00e9s sur les neurones pyramidaux du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Priv\u00e9s de leur r\u00e9troaction inhibitrice normale, les circuits visuels deviennent hyperr\u00e9actifs aux stimuli sensoriels minimes.<\/p>\n<p>Le second mod\u00e8le repose sur la <strong>th\u00e9orie du filtrage thalamocortical (gating theory)<\/strong>. Le thalamus joue le r\u00f4le de relais et de barri\u00e8re protectrice, r\u00e9gulant le flux d&rsquo;informations sensorielles ascendantes transmises vers le n\u00e9ocortex. La boucle cortico-striato-thalamo-corticale (CSTC) d\u00e9pend \u00e9troitement de l&rsquo;\u00e9quilibre entre les voies s\u00e9rotoninergiques, dopaminergiques et glutamatergiques. Une alt\u00e9ration p\u00e9renne de la plasticit\u00e9 synaptique au sein de ce r\u00e9seau compromettrait la capacit\u00e9 du thalamus \u00e0 filtrer les stimuli non pertinents, laissant le cortex visuel inond\u00e9 de signaux r\u00e9siduels, de bruits parasites r\u00e9tiniens et de r\u00e9manences optiques qui sont normalement supprim\u00e9s avant d&rsquo;atteindre la conscience.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me paradigme explicatif mobilise le concept de <strong>potentialisation \u00e0 long terme aberrante et de conditionnement neuro-affectif<\/strong>. Les exp\u00e9riences psych\u00e9d\u00e9liques intenses, souvent accompagn\u00e9es d&rsquo;un bouleversement \u00e9motionnel aigu (qu&rsquo;il soit extatique ou terrifiant sous forme de <em>bad trip<\/em>), cr\u00e9ent un encodage mn\u00e9sique singuli\u00e8rement profond par l&rsquo;entremise de l&rsquo;amygdale et de l&rsquo;hippocampe. Lors de situations ult\u00e9rieures d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, de fatigue extr\u00eame ou de consommation de substances non psych\u00e9d\u00e9liques (comme le cannabis ou l&rsquo;alcool), l&rsquo;\u00e9tat hyperadr\u00e9nergique r\u00e9activerait ces traces synaptiques latentes, provoquant une d\u00e9charge involontaire des engrammes perceptifs associ\u00e9s au trip initial.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La recherche clinique contemporaine divise g\u00e9n\u00e9ralement le spectre des r\u00e9exp\u00e9riences perceptives en deux sous-types distincts, pr\u00e9sentant une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et un pronostic tr\u00e8s diff\u00e9rents :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>HPPD de type I (Flashbacks b\u00e9nins ou \u00e9pisodiques) :<\/strong> Cette forme correspond \u00e0 la d\u00e9finition classique du \u00ab flashback \u00bb. Les \u00e9pisodes sont brefs, intermittents, souvent d\u00e9clench\u00e9s par des stimuli environnementaux sp\u00e9cifiques (lumi\u00e8re clignotante, passage de l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re), la fatigue ou la prise de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cannabis\">cannabis<\/a>. Les perturbations perceptives ne durent que quelques secondes ou minutes, g\u00e9n\u00e8rent une d\u00e9tresse psychologique minime \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e, et tendent \u00e0 r\u00e9gresser spontan\u00e9ment avec le temps et l&rsquo;abstinence.<\/li>\n<li><strong>HPPD de type II (Trouble perceptif persistant continu) :<\/strong> Forme beaucoup plus invalidante et chronique, le type II se caract\u00e9rise par des distorsions visuelles continues, constantes ou fluctuantes mais omnipr\u00e9sentes, durant des mois, voire des d\u00e9cennies. Les patients ne connaissent que peu ou pas d&rsquo;intervalles libres sans sympt\u00f4mes, ce qui entra\u00eene souvent des r\u00e9percussions majeures sur la vie professionnelle, acad\u00e9mique et affective.<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9nom\u00e8nes de palinopsie et de tra\u00een\u00e9es visuelles (tracers) :<\/strong> Persistance illusoire d&rsquo;une image apr\u00e8s le d\u00e9placement d&rsquo;un objet dans le champ de vision, cr\u00e9ant une s\u00e9rie d&rsquo;images fant\u00f4mes successives similaires \u00e0 un arr\u00eat sur image photographique ou un effet stroboscopique.<\/li>\n<li><strong>Neige visuelle (visual snow) :<\/strong> Pr\u00e9sence continue d&rsquo;innombrables petits points lumineux, noirs ou translucides, vibrant sur l&rsquo;ensemble du champ visuel, ressemblant au bruit statique d&rsquo;un t\u00e9l\u00e9viseur cathodique non r\u00e9gl\u00e9, particuli\u00e8rement visible sur fond sombre ou monochrome.<\/li>\n<li><strong>Dysmorphopsies g\u00e9om\u00e9triques et distorsions dimensionnelles :<\/strong> Perception de motifs g\u00e9om\u00e9triques translucides en superposition sur les surfaces, oscillations des lignes droites, micropsies (objets paraissant anormalement petits) ou macropsies (objets paraissant disproportionnellement grands).<\/li>\n<li><strong>Alt\u00e9rations entoptiques et halos :<\/strong> Exag\u00e9ration anormale de la visibilit\u00e9 des structures intraoculaires, telles que les corps flottants du vitr\u00e9, les halos coronaires lumineux autour des sources de lumi\u00e8re artificielle, et les ph\u00e9nom\u00e8nes de photophobie marqu\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique du flashback d&rsquo;acide, l&rsquo;examen de situations concr\u00e8tes permet d&rsquo;illustrer la divergence entre la forme \u00e9pisodique transitoire et l&rsquo;installation d&rsquo;un trouble chronique persistant.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Le flashback transitoire d\u00e9clench\u00e9 par un facteur favorisant (Type I).<\/strong> Thomas, un \u00e9tudiant de 24 ans, a consomm\u00e9 du LSD \u00e0 deux reprises lors d&rsquo;un festival musical estival, vivant une exp\u00e9rience visuelle riche mais exempte d&rsquo;angoisse. Six mois plus tard, lors d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;intense r\u00e9vision universitaire caract\u00e9ris\u00e9e par une privation de sommeil chronique et une consommation \u00e9lev\u00e9e de caf\u00e9ine, il fume un joint de cannabis en soir\u00e9e. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, en fixant un mur blanc, il per\u00e7oit distinctement une respiration rythm\u00e9e de la tapisserie et des arabesques g\u00e9om\u00e9triques kal\u00e9idoscopiques identiques \u00e0 celles contempl\u00e9es lors de son trip pass\u00e9. L&rsquo;\u00e9pisode dure une vingtaine de minutes, s&rsquo;accompagne d&rsquo;un l\u00e9ger sentiment de panique, puis s&rsquo;estompe compl\u00e8tement. En cessant tout usage de caf\u00e9 et de cannabis et apr\u00e8s r\u00e9cup\u00e9ration d&rsquo;un sommeil r\u00e9parateur, Thomas ne pr\u00e9sente aucune r\u00e9cidive ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;installation chronique d&rsquo;un trouble continu (Type II).<\/strong> \u00c9l\u00e9onore, 29 ans, graphiste, a une histoire d&rsquo;usages multiples d&rsquo;hallucinog\u00e8nes (LSD, psilocybine, MDMA) au cours de ses \u00e9tudes. Apr\u00e8s un \u00e9pisode de consommation marqu\u00e9 par un <em>bad trip<\/em> panique sous acide, elle constate quelques semaines plus tard l&rsquo;apparition progressive d&rsquo;une neige visuelle constante, doubl\u00e9e de tra\u00een\u00e9es lumineuses tr\u00e8s marqu\u00e9es derri\u00e8re les mouvements de sa main et de son curseur informatique. Les n\u00e9ons du bureau g\u00e9n\u00e8rent des halos \u00e9blouissants, rendant le travail sur \u00e9cran presque impossible. Bien qu&rsquo;elle comprenne parfaitement que ces images sont des art\u00e9facts neuronaux, elle d\u00e9veloppe une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et un \u00e9tat d\u00e9pressif secondaire majeur, craignant de devenir aveugle ou de sombrer dans la folie. Ce tableau clinique illustre la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une prise en charge neuropsychiatrique globale.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>Le diagnostic d&rsquo;un flashback d&rsquo;acide et du trouble perceptif persistant li\u00e9 aux hallucinog\u00e8nes repose sur une anamn\u00e8se clinique rigoureuse et une d\u00e9marche diagnostique d&rsquo;exclusion m\u00e9ticuleuse, car il n&rsquo;existe \u00e0 ce jour aucun biomarqueur s\u00e9rique ou g\u00e9n\u00e9tique univoque permettant d&rsquo;affirmer l&rsquo;affection.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique s&rsquo;appuie sur les crit\u00e8res formalis\u00e9s du DSM-5-TR :<\/p>\n<ul>\n<li>A. R\u00e9apparition, cons\u00e9cutivement \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de la prise d&rsquo;un hallucinog\u00e8ne, d&rsquo;un ou plusieurs sympt\u00f4mes perceptifs qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s pendant l&rsquo;intoxication (ex. flashs de couleur, tra\u00een\u00e9es visuelles, fausses perceptions de mouvement p\u00e9riph\u00e9rique).<\/li>\n<li>B. Les sympt\u00f4mes du crit\u00e8re A entra\u00eenent une d\u00e9tresse cliniquement significative ou une alt\u00e9ration du fonctionnement dans les domaines social, professionnel ou d&rsquo;autres domaines importants.<\/li>\n<li>C. Les sympt\u00f4mes ne sont pas attribuables \u00e0 une autre affection m\u00e9dicale g\u00e9n\u00e9rale (l\u00e9sions anatomiques du cortex occipital, enc\u00e9phalite, \u00e9pilepsie partielle, d\u00e9collement r\u00e9tinien) et ne sont pas mieux expliqu\u00e9s par un autre trouble mental (ex. schizophr\u00e9nie, \u00e9tat de d\u00e9lire aigu, trouble panique avec d\u00e9personnalisation).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan des examens paracliniques, une consultation neuro-ophtalmologique compl\u00e8te est imp\u00e9rative, incluant un fond d&rsquo;\u0153il, une tomographie par coh\u00e9rence optique (OCT) et un champ visuel formel afin d&rsquo;\u00e9carter toute r\u00e9tinopathie ou anomalie du nerf optique. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale structurelle est presque syst\u00e9matiquement normale, ce qui constitue un \u00e9l\u00e9ment rassurant mais diagnostique cl\u00e9. L&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG), et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie quantitative (QEEG) ou les potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV), peuvent mettre en \u00e9vidence des anomalies discr\u00e8tes, telles qu&rsquo;une diminution de l&rsquo;inhibition cortico-visuelle ou une augmentation anormale de la latence des composantes pr\u00e9coces du traitement sensoriel, corroborant l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du cortex occipital.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du flashback d&rsquo;acide et de ses manifestations chroniques rev\u00eat une importance majeure dans plusieurs champs de la pratique m\u00e9dicale et de la sant\u00e9 publique. En psychiatrie de liaison et aux urgences, reconna\u00eetre la nature fonctionnelle et b\u00e9nigne d&rsquo;un flashback de type I permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil d\u00e9l\u00e9t\u00e8re d&rsquo;une surm\u00e9dication inadapt\u00e9e, notamment par l&rsquo;administration d&rsquo;antipsychotiques de premi\u00e8re ou de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, qui peuvent paradoxalement aggraver les sympt\u00f4mes perceptifs du fait de leur profil antidopaminergique et de leur affinit\u00e9 pour certains r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, la prise en charge clinique repose sur un protocole multivari\u00e9 alliant psycho\u00e9ducation, interventions pharmacologiques cibl\u00e9es et soutien psychoth\u00e9rapeutique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Psycho\u00e9ducation et r\u00e9assurance :<\/strong> Expliquer au patient la neurobiologie sous-jacente du trouble, insister sur l&rsquo;absence de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence c\u00e9r\u00e9brale et normaliser l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 afin de rompre le cercle vicieux o\u00f9 l&rsquo;angoisse majore l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 corticale, intensifiant ainsi les anomalies per\u00e7ues.<\/li>\n<li><strong>Pharmacoth\u00e9rapie de stabilisation :<\/strong> Les d\u00e9riv\u00e9s benzodiaz\u00e9piniques (notamment le clonaz\u00e9pam) sont souvent efficaces pour r\u00e9duire temporairement l&rsquo;intensit\u00e9 des distorsions visuelles en stimulant l&rsquo;inhibition gabaergique c\u00e9r\u00e9brale, bien que leur risque de d\u00e9pendance limite leur usage \u00e0 court terme. La lamotrigine, un anti\u00e9pileptique bloquant les canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants et r\u00e9duisant la lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique excessive de glutamate, constitue aujourd&rsquo;hui la mol\u00e9cule de premi\u00e8re ligne la plus document\u00e9e avec des taux de r\u00e9mission substantiels.<\/li>\n<li><strong>Approches psychoth\u00e9rapeutiques :<\/strong> La th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) et les techniques bas\u00e9es sur la pleine conscience aident le patient \u00e0 rediriger son attention s\u00e9lective, cessant de scruter en permanence son champ de vision pour observer les sympt\u00f4mes (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;hypervigilance visuelle).<\/li>\n<li><strong>Hygi\u00e8ne de vie stricte :<\/strong> Arr\u00eat imp\u00e9ratif et d\u00e9finitif de tout usage de psychotropes, y compris du cannabis, de la MDMA, des amph\u00e9tamines, de l&rsquo;alcool et limitation des stimulants centraux comme la caf\u00e9ine, identifi\u00e9s comme les principaux d\u00e9clencheurs de r\u00e9cidives.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Le renouveau contemporain de la recherche sur les substances psych\u00e9d\u00e9liques (souvent qualifi\u00e9 de \u00ab renaissance psych\u00e9d\u00e9lique \u00bb men\u00e9e par des institutions telles que l&rsquo;Universit\u00e9 Johns-Hopkins, l&rsquo;Imperial College de Londres ou l&rsquo;Universit\u00e9 de Zurich) a remis sous les projecteurs la question de l&rsquo;innocuit\u00e9 \u00e0 long terme du LSD et de la pr\u00e9valence r\u00e9elle des flashbacks.<\/p>\n<p>Dans les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques men\u00e9es sur de larges cohortes repr\u00e9sentatives d&rsquo;usagers r\u00e9cr\u00e9atifs de drogues, la pr\u00e9valence des flashbacks isol\u00e9s et temporaires (Type I) varie consid\u00e9rablement selon les d\u00e9finitions adopt\u00e9es, oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre 15 % et 60 % des usagers r\u00e9guliers de LSD. \u00c0 l&rsquo;inverse, le d\u00e9veloppement d&rsquo;un v\u00e9ritable HPPD de type II continu demeure un \u00e9v\u00e9nement statistiquement rare, estim\u00e9 \u00e0 moins de 1 % \u00e0 4 % des populations expos\u00e9es. Notamment, les grandes \u00e9tudes de cohorte en population g\u00e9n\u00e9rale dirig\u00e9es par Teri Krebs et P\u00e5l-\u00d8rjan Johansen (2013) n&rsquo;ont trouv\u00e9 aucune corr\u00e9lation statistiquement significative entre l&rsquo;usage vie enti\u00e8re d&rsquo;hallucinog\u00e8nes classiques et un risque accru de d\u00e9tresse psychologique globale ou d&rsquo;affections psychiatriques \u00e0 long terme, sugg\u00e9rant que les formes chroniques s\u00e9v\u00e8res frappent des individus poss\u00e9dant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 neuro-g\u00e9n\u00e9tique particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle moderne (IRMf) et de magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) r\u00e9alis\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Robin Carhart-Harris ont confirm\u00e9 que sous l&rsquo;effet direct du LSD, il se produit une \u00ab hyperconnectivit\u00e9 globale \u00bb du cerveau doubl\u00e9e d&rsquo;un effondrement de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN). Les recherches sugg\u00e8rent que chez la majorit\u00e9 des sujets, le r\u00e9seau synaptique reprend spontan\u00e9ment son architecture fonctionnelle ant\u00e9rieure une fois la drogue \u00e9limin\u00e9e. Chez les personnes d\u00e9veloppant un trouble persistant, ce r\u00e9tablissement de l&rsquo;inhibition hom\u00e9ostatique \u00e9chouerait, maintenant le cortex visuel dans un \u00e9tat de d\u00e9couplage partiel et de bruit de fond permanent.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>La perception et l&rsquo;interpr\u00e9tation des flashbacks d&rsquo;acide varient de mani\u00e8re spectaculaire en fonction des contextes culturels, spirituels et historiques. Au sein de la contre-culture hippie des ann\u00e9es 1960 et 1970 aux \u00c9tats-Unis, le flashback \u00e9tait fr\u00e9quemment per\u00e7u non comme une maladie mentale ou une s\u00e9quelle neurotoxique, mais comme un \u00ab free trip \u00bb (un voyage gratuit), accueilli avec curiosit\u00e9, indiff\u00e9rence voire fascination philosophique. Cette tol\u00e9rance culturelle influen\u00e7ait directement le v\u00e9cu \u00e9motionnel de l&rsquo;usager, limitant l&rsquo;apparition de crises de panique associ\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les campagnes massives de guerre contre la drogue (<em>War on Drugs<\/em>) orchestr\u00e9es par les gouvernements occidentaux d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 ont largement instrumentalis\u00e9 la peur du flashback permanent pour dissuader les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, \u00e9rigeant la figure de l&rsquo;usager bloqu\u00e9 \u00e0 vie dans un trip hallucinatoire en mythe d&rsquo;\u00e9pouvante sociale. Cette stigmatisation a eu pour effet direct de dramatiser l&rsquo;exp\u00e9rience des sujets qui, confront\u00e9s \u00e0 la moindre anomalie visuelle b\u00e9nigne, d\u00e9veloppent une anxi\u00e9t\u00e9 catastrophique d&rsquo;incurabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les contextes d&rsquo;usage chamanique ou rituel traditionnel de substances enth\u00e9og\u00e8nes naturelles (comme l&rsquo;ayahuasca en Amazonie ou le peyotl chez les populations am\u00e9rindiennes), des r\u00e9manences perceptives sont parfois rapport\u00e9es. Cependant, elles sont int\u00e9gr\u00e9es au sein de grilles de lecture cosmologiques o\u00f9 la persistance d&rsquo;une vision est interpr\u00e9t\u00e9e comme un enseignement spirituel prolong\u00e9, un appel des esprits ou une connexion continue avec le monde sacr\u00e9, pr\u00e9venant ainsi l&rsquo;apparition d&rsquo;un tableau nosologique pathologique fond\u00e9 sur la souffrance et l&rsquo;angoisse de d\u00e9ch\u00e9ance c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosographique du flashback d&rsquo;acide et du HPPD continue de susciter des controverses m\u00e9thodologiques et conceptuelles au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Confusion avec le syndrome de neige visuelle idiopathic :<\/strong> De nombreux chercheurs font remarquer que les manifestations cardinales du HPPD (neige visuelle, tra\u00een\u00e9es, halos, photophobie) sont strictement identiques au <em>syndrome de neige visuelle<\/em> rencontr\u00e9 chez des individus n&rsquo;ayant jamais consomm\u00e9 la moindre substance illicite de leur vie. La question reste ouverte de savoir si l&rsquo;usage du LSD d\u00e9clenche v\u00e9ritablement un syndrome sp\u00e9cifique ou s&rsquo;il agit simplement comme un d\u00e9clencheur non sp\u00e9cifique chez des personnes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 une hyperexcitabilit\u00e9 du cortex visuel.<\/li>\n<li><strong>R\u00f4le confondant du cannabis :<\/strong> Dans une \u00e9crasante majorit\u00e9 des cas document\u00e9s de flashbacks d&rsquo;acide, la survenue de l&rsquo;\u00e9pisode fait suite \u00e0 la consommation concomitante ou ult\u00e9rieure de cannabis. Il est donc souvent difficile de d\u00e9terminer si l&rsquo;\u00e9tiologie premi\u00e8re r\u00e9side dans une l\u00e9sion latente laiss\u00e9e par le LSD ou dans une r\u00e9action dysphorique atypique au t\u00e9trahydrocannabinol (THC) sur un terrain anxieux.<\/li>\n<li><strong>Biais de m\u00e9morisation et d&rsquo;auto-\u00e9valuation :<\/strong> Les donn\u00e9es de recherche reposent presque exclusivement sur des \u00e9tudes r\u00e9trospectives et des forums d&rsquo;entraide en ligne. Ce mode de recrutement introduit un biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage substantiel, ne captant que les usagers les plus lourdement affect\u00e9s et les plus anxieux, tout en sous-estimant les r\u00e9solutions spontan\u00e9es du trouble.<\/li>\n<li><strong>Validit\u00e9 des fronti\u00e8res diagnostiques :<\/strong> La distinction \u00e9tanche entre le type I et le type II ne fait pas encore l&rsquo;objet d&rsquo;un consensus unanime dans le DSM-5-TR, ce qui entretient une certaine impr\u00e9cision clinique o\u00f9 l&rsquo;on qualifie du m\u00eame terme un \u00e9clat visuel anodin de trois secondes et une invalidit\u00e9 permanente s&rsquo;\u00e9talant sur plusieurs d\u00e9cennies.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, il convient de diff\u00e9rencier le flashback d&rsquo;acide de plusieurs entit\u00e9s cliniques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Flashback du trouble de stress post-traumatique (TSPT) :<\/strong> Dans le TSPT, le flashback est une reviviscence \u00e9motionnelle, mn\u00e9sique et comportementale intrusive d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement traumatisant r\u00e9el, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une impression que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est en train de se reproduire. Le flashback d&rsquo;acide, lui, est fondamentalement perceptif et optique, d\u00e9pourvu de la trame narrative traumatique autobiographique classique.<\/li>\n<li><strong>Aura migraineuse sans c\u00e9phal\u00e9e :<\/strong> La migraine avec aura visuelle produit des scotomes scintillants, des spectres de fortification ou des distorsions qui durent classiquement entre 15 et 60 minutes. Contrairement au HPPD, l&rsquo;aura migraineuse est univoque, typiquement unilat\u00e9rale ou homonyme, et s&rsquo;inscrit dans un profil temporel tr\u00e8s st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Hallucinations psychotiques (Schizophr\u00e9nie) :<\/strong> Les hallucinations dans les troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie sont pr\u00e9f\u00e9rentiellement auditives, verbales et complexes (voix dialoguant ou commentant les actes). Le sujet adh\u00e8re au d\u00e9lire et ne poss\u00e8de aucune distance critique. Le patient souffrant de flashbacks d&rsquo;acide sait pertinemment que ses visions sont des anomalies oculaires ou neuronales d\u00e9nu\u00e9es de sens pers\u00e9cuteur.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Charles Bonnet :<\/strong> Survient chez des personnes \u00e2g\u00e9es pr\u00e9sentant une baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle s\u00e9v\u00e8re (ex. d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge). Le cerveau compense le d\u00e9ficit aff\u00e9rent en g\u00e9n\u00e9rant des hallucinations visuelles complexes et vivaces, sans ant\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;exposition \u00e0 des substances psychotropes.<\/li>\n<li><strong>Palinopsie illusionnelle :<\/strong> Alt\u00e9ration de la perception visuelle de tra\u00een\u00e9es ou d&rsquo;images r\u00e9manentes due \u00e0 des modifications environnementales ou pharmacologiques, distincte de la palinopsie hallucinatoire provoqu\u00e9e par des l\u00e9sions focales du lobe pari\u00e9to-occipital (tumeur, infarctus c\u00e9r\u00e9bral).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le flashback d&rsquo;acide, cliniquement codifi\u00e9 sous le vocable de trouble perceptif persistant li\u00e9 aux hallucinog\u00e8nes (HPPD), repr\u00e9sente une complication neuro-sensorielle singuli\u00e8re cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;usage de substances psych\u00e9d\u00e9liques agissant sur le syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique. Loin de relever d&rsquo;une persistance chimique de la mol\u00e9cule dans le corps, ce trouble d\u00e9coule d&rsquo;une modification de l&rsquo;excitabilit\u00e9 des circuits neuronaux visuels et d&rsquo;un dysfonctionnement des filtres d&rsquo;inhibition thalamocorticaux.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9cline en deux formes majeures : une forme \u00e9pisodique, fugace et g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9nigne (Type I), survenant souvent sous l&rsquo;effet de facteurs d\u00e9clenchants comme la fatigue, le stress ou le cannabis, et une forme continue et invalidante (Type II), n\u00e9cessitant une prise en charge m\u00e9dicale sp\u00e9cialis\u00e9e. La conservation parfaite du sens de la r\u00e9alit\u00e9 permet de le distinguer formellement des troubles psychotiques chroniques.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, l&rsquo;arr\u00eat complet de tout toxique, la r\u00e9assurance clinique par la psycho\u00e9ducation, les th\u00e9rapies comportementales et le recours \u00e0 des stabilisateurs d&rsquo;excitabilit\u00e9 comme la lamotrigine ou les benzodiaz\u00e9pines constituent le socle de l&rsquo;intervention. L&rsquo;essor actuel des th\u00e9rapies assist\u00e9es par psych\u00e9d\u00e9liques rend indispensable une meilleure connaissance de ce syndrome afin de garantir un d\u00e9pistage ad\u00e9quat et une s\u00e9curit\u00e9 optimale des patients.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Abraham, H. D. (1983). Visual phenomenology of the LSD flashback. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 40(8), 884\u2013889. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1983.01790070074009\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1983.01790070074009<\/a><\/li>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li>Halpern, J. H., &#038; Pope, H. G., Jr. (2003). Hallucinogen persisting perception disorder: What do we know? <em>Drug and Alcohol Dependence<\/em>, 69(2), 109\u2013119. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0376-8716(02)00306-x\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0376-8716(02)00306-x<\/a><\/li>\n<li>Krebs, T. S., &#038; Johansen, P.-\u00d8. (2013). Psychedelics and mental health: A population study. <em>PLOS ONE<\/em>, 8(8), Article e63972. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1371\/journal.pone.0063972\">https:\/\/doi.org\/10.1371\/journal.pone.0063972<\/a><\/li>\n<li>Orsolini, L., Papanti, G. D., De Berardis, D., Guirguis, A., Corkery, J. M., &#038; Schifano, F. (2017). The \u00ab\u00a0Endless Trip\u00a0\u00bb among the NPS users: Psychopathology and pharmacy of Hallucinogen Persisting Perception Disorder (HPPD). <em>Frontiers in Psychiatry<\/em>, 8, Article 240. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyt.2017.00240\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyt.2017.00240<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le flashback d&rsquo;acide, ou trouble perceptif persistant li\u00e9 aux hallucinog\u00e8nes (HPPD), d\u00e9signe la r\u00e9surgence spontan\u00e9e de distorsions sensorielles v\u00e9cues sous LSD sans nouvelle prise de drogue. 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