{"id":19376,"date":"2026-10-22T01:17:25","date_gmt":"2026-10-22T01:17:25","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=recepteur-acetylcholine-achr"},"modified":"2026-10-22T01:17:25","modified_gmt":"2026-10-22T01:17:25","slug":"recepteur-acetylcholine-achr","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=recepteur-acetylcholine-achr","title":{"rendered":"R\u00e9cepteur \u00e0 ac\u00e9tylcholine : Cl\u00e9 de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de la communication neuronale et de l&rsquo;interface neuromusculaire, les r\u00e9cepteurs cholinergiques constituent l&rsquo;un des piliers mol\u00e9culaires les plus cruciaux du fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral et corporel. Indispensables \u00e0 la modulation de l&rsquo;attention, \u00e0 l&rsquo;apprentissage et \u00e0 la motricit\u00e9, ces prot\u00e9ines membranaires convertissent des messages chimiques en cascades \u00e9lectrophysiologiques complexes. Comprendre leur architecture et leur pharmacologie offre une perspective fondamentale sur les m\u00e9canismes intimes de la cognition et de multiples pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et psychiatriques.<\/p>\n<h2>R\u00e9cepteur de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (AChR)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>r\u00e9cepteur de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/strong> (souvent abr\u00e9g\u00e9 <em>AChR<\/em> pour l&rsquo;anglais <em>acetylcholine receptor<\/em>) est une prot\u00e9ine membranaire int\u00e9grale capable de lier sp\u00e9cifiquement le neurotransmetteur ac\u00e9tylcholine, induisant une modification de son \u00e9tat conformationnel et d\u00e9clenchant une r\u00e9ponse biologique au sein de la cellule cible. Ces r\u00e9cepteurs assurent la transduction du signal au niveau des synapses du syst\u00e8me nerveux central, des ganglions autonomes, des organes effecteurs parasympathiques et de la plaque motrice musculaire squelettique.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel et pharmacologique, la famille des r\u00e9cepteurs cholinergiques se subdivise en deux grandes classes distinctes : les r\u00e9cepteurs nicotiniques (<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_nicotinique\">r\u00e9cepteurs nicotiniques<\/a>), qui sont des canaux ioniques r\u00e9gul\u00e9s par un ligand (ionotropes), et les r\u00e9cepteurs muscariniques, qui appartiennent \u00e0 la superfamille des r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G (m\u00e9tabotropes). Cette dualit\u00e9 structurelle permet \u00e0 un seul et m\u00eame m\u00e9diateur chimique d&rsquo;orchestrer des effets rapides et phasiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la milliseconde, ou des r\u00e9ponses modulatoires plus lentes et durables.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives et de la psychologie physiologique, les r\u00e9cepteurs cholinergiques jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la plasticit\u00e9 synaptique, la potentialisation \u00e0 long terme, l&rsquo;encodage mn\u00e9sique, l&rsquo;\u00e9veil cortical et la r\u00e9gulation de l&rsquo;affectivit\u00e9, faisant d&rsquo;eux des cibles privil\u00e9gi\u00e9es dans la compr\u00e9hension et le traitement des troubles de l&rsquo;humeur, des d\u00e9mences et des addictions.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab ac\u00e9tylcholine \u00bb est un mot valise scientifique forg\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe chimique <em>ac\u00e9tyle<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 du latin <em>acetum<\/em> signifiant \u00ab vinaigre \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au radical ac\u00e9tique CH\u2083CO-) et de <em>choline<\/em>, substance initialement isol\u00e9e de la bile par le chimiste Adolph Strecker en 1862, dont la racine provient du grec ancien <em>khol\u00ea<\/em> (\u03c7\u03bf\u03bb\u03ae) d\u00e9signant la bile. Le mot \u00ab r\u00e9cepteur \u00bb proc\u00e8de directement du latin <em>receptor<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>recipere<\/em> (\u00ab recevoir, accueillir \u00bb), incarnant m\u00e9taphoriquement la capacit\u00e9 d&rsquo;une structure macrocellulaire \u00e0 accueillir une cl\u00e9 chimique externe.<\/p>\n<p>L&rsquo;acronyme universel <em>AChR<\/em> d\u00e9rive de la nomenclature biochimique anglo-saxonne <em>Acetylcholine Receptor<\/em>, couramment adopt\u00e9e dans la litt\u00e9rature francophone internationale. Historiquement, la dichotomie terminologique fondamentale entre r\u00e9cepteurs \u00ab nicotiniques \u00bb et \u00ab muscariniques \u00bb a \u00e9t\u00e9 introduite par le pharmacologue et physiologiste britannique Henry Hallett Dale au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, en s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;affinit\u00e9 diff\u00e9rentielle de ces r\u00e9cepteurs pour des toxines alcalo\u00efdes d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale : la nicotine, extraite de la plante de tabac (<em>Nicotiana tabacum<\/em>), et la muscarine, isol\u00e9e du champignon v\u00e9n\u00e9neux amanite tue-mouches (<em>Amanita muscaria<\/em>).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/\u0281e.s\u025bp.t\u0153\u0281 d\u0259 l\u203fa.se.til.k\u0254.lin\/. L&rsquo;acronyme AChR se prononce g\u00e9n\u00e9ralement lettre par lettre sous la forme francis\u00e9e \/a.se.a\u0283.\u025b\u0281\/ ou parfois selon la phon\u00e9tique anglaise dans les laboratoires de recherche biochimique.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab r\u00e9cepteur \u00bb est un substantif masculin singulier (pluriel : \u00ab r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00bb ou \u00ab r\u00e9cepteurs cholinergiques \u00bb). L&rsquo;adjectif relationnel associ\u00e9 est \u00ab cholinergique \u00bb, form\u00e9 \u00e0 partir de la racine du neurotransmetteur et du suffixe grec <em>-ergon<\/em> (travail, action), qualifiant tout \u00e9l\u00e9ment biochimique, cellulaire ou fonctionnel m\u00e9di\u00e9 par l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (par exemple, \u00ab voie cholinergique \u00bb, \u00ab agoniste cholinergique \u00bb, \u00ab neurone cholinergique \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le r\u00f4le psychologique et comportemental des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, il convient d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont ces r\u00e9cepteurs transforment un signal extracellulaire fugace en une r\u00e9organisation profonde des circuits neuronaux. Lorsque l&rsquo;ac\u00e9tylcholine est lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique \u00e0 partir des v\u00e9sicules pr\u00e9synaptiques des neurones cholinergiques, elle diffuse passivement vers la membrane postsynaptique o\u00f9 elle se lie \u00e0 des sites de liaison st\u00e9r\u00e9osp\u00e9cifiques sur les r\u00e9cepteurs. Cette interaction engendre deux types majeurs de dynamiques neurophysiologiques selon la classe du r\u00e9cepteur impliqu\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, les r\u00e9cepteurs nicotiniques (nAChR) sont des complexes pentam\u00e9riques formant un canal perm\u00e9able aux cations (principalement Na\u207a, K\u207a et dans certaines configurations Ca\u00b2\u207a). D\u00e8s la fixation du neurotransmetteur, le canal subit un changement conformationnel allost\u00e9rique ultra-rapide s&rsquo;ouvrant en une fraction de milliseconde. L&rsquo;influx massif d&rsquo;ions sodium provoque une d\u00e9polarisation locale imm\u00e9diate appel\u00e9e potentiel postsynaptique excitateur (PPSE). Dans le cortex et l&rsquo;hippocampe, l&rsquo;influx concomitant d&rsquo;ions calcium par les r\u00e9cepteurs homopentam\u00e9riques \u03b17 r\u00e9gule l&rsquo;exocytose d&rsquo;autres neurotransmetteurs, tels que le glutamate, la dopamine et l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (GABA), ce qui positionne ces r\u00e9cepteurs comme des amplificateurs critiques de la transmission synaptique et de la synchronisation de r\u00e9seau.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, les r\u00e9cepteurs muscariniques (mAChR) op\u00e8rent selon une temporalit\u00e9 plus prolong\u00e9e. Divis\u00e9s en cinq sous-types distincts (M1 \u00e0 M5), ils agissent par l&rsquo;interm\u00e9diaire de prot\u00e9ines G h\u00e9t\u00e9rotrim\u00e9riques. Les sous-types M1, M3 et M5 sont coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gq\/11, stimulant la phospholipase C (PLC), augmentant les taux d&rsquo;inositol trisphosphate (IP3) et de diacylglyc\u00e9rol (DAG), et lib\u00e9rant le calcium des r\u00e9serves intracellulaires. En revanche, les sous-types M2 et M4 sont coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gi\/o, qui inhibent l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, r\u00e9duisent l&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc) et activent des canaux potassiques rectifiants entrants. Dans le cerveau ant\u00e9rieur basal, ces m\u00e9canismes muscariniques r\u00e9gulent l&rsquo;excitabilit\u00e9 intrins\u00e8que des neurones pyramidaux et filtrent le bruit synaptique d&rsquo;arri\u00e8re-plan, facilitant le traitement des stimuli sensoriels saillants.<\/p>\n<p>Au niveau syst\u00e9mique, les projections cholinergiques \u00e9manant du noyau basal de Meynert, de la bandelette diagonale de Broca et du complexe ponto-m\u00e9senc\u00e9phalique innervent massivement le n\u00e9ocortex, le thalamus et l&rsquo;hippocampe. Les r\u00e9cepteurs cholinergiques situ\u00e9s sur ces structures cibles orchestrent le passage de rythmes c\u00e9r\u00e9braux lents (ondes delta et th\u00eata synchronis\u00e9es du sommeil) \u00e0 des rythmes rapides gamma associ\u00e9s \u00e0 la vigilance focalis\u00e9e et au traitement conscient de l&rsquo;information. Sans un fonctionnement \u00e9quilibr\u00e9 de ces r\u00e9cepteurs, la consolidation mn\u00e9sique et la m\u00e9moire de travail se d\u00e9t\u00e9riorent rapidement.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9couverte des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine se confond avec la naissance m\u00eame de la pharmacologie mol\u00e9culaire et de la neurobiologie synaptique. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les scientifiques d\u00e9battaient vivement de la nature de la transmission nerveuse : s&rsquo;agissait-il d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne purement \u00e9lectrique ou intervenait-il un interm\u00e9diaire chimique ? En 1905, John Newport Langley introduisit le concept pionnier de \u00ab substance r\u00e9ceptrice \u00bb, postulant que les effets de la nicotine et du curare sur les muscles squelettiques ne s&rsquo;exer\u00e7aient pas directement sur la machinerie contractile, mais sur un composant sp\u00e9cialis\u00e9 de la membrane cellulaire.<\/p>\n<p>La preuve irr\u00e9futable de l&rsquo;existence d&rsquo;une transmission chimique fut apport\u00e9e en 1921 par le pharmacologue austro-allemand Otto Loewi gr\u00e2ce \u00e0 sa c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9rience sur le c\u0153ur de grenouille. En stimulant le nerf vague d&rsquo;un premier c\u0153ur et en transf\u00e9rant le liquide de perfusion \u00e0 un second c\u0153ur d\u00e9nerv\u00e9, Loewi observa un ralentissement identique du rythme cardiaque chez le second organe, r\u00e9v\u00e9lant la pr\u00e9sence de la <em>Vagusstoff<\/em>, identifi\u00e9e peu apr\u00e8s comme \u00e9tant l&rsquo;<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>. Conjointement, Henry Dale caract\u00e9risa minutieusement la biochimie des esters de la choline et formalisa la distinction fonctionnelle entre r\u00e9ponses muscariniques et nicotiniques, ce qui valut \u00e0 Loewi et Dale le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1936.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine sont devenus les premiers r\u00e9cepteurs de neurotransmetteurs \u00e0 \u00eatre purifi\u00e9s, s\u00e9quenc\u00e9s et clon\u00e9s. Ce tournant m\u00e9thodologique a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;organe \u00e9lectrique du poisson torpille (<em>Torpedo marmorata<\/em>) et de l&rsquo;anguille \u00e9lectrique (<em>Electrophorus electricus<\/em>), des tissus extraordinairement riches en r\u00e9cepteurs nicotiniques, combin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;utilisation d&rsquo;une neurotoxine de venin de serpent, l&rsquo;alpha-bungarotoxine, capable de se lier de mani\u00e8re quasi irr\u00e9versible au r\u00e9cepteur. Les travaux de Jean-Pierre Changeux et de ses collaborateurs en France, ainsi que ceux de Shosaku Numa au Japon dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, ont permis de d\u00e9terminer la s\u00e9quence en acides amin\u00e9s et la structure pentam\u00e9rique du r\u00e9cepteur nicotinique, ouvrant l&rsquo;\u00e8re moderne de l&rsquo;allost\u00e9rie et de la pharmacologie structurale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le fonctionnement des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine constitue le socle paradigmatique de plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques majeurs en biologie mol\u00e9culaire et en neuropsychologie. Le premier d&rsquo;entre eux est la th\u00e9orie des <strong>transitions allost\u00e9riques<\/strong>, formalis\u00e9e par Monod, Wyman et Changeux (mod\u00e8le MWC). Appliqu\u00e9 au r\u00e9cepteur nicotinique, ce mod\u00e8le postule que la prot\u00e9ine existe dans un \u00e9quilibre pr\u00e9existant entre plusieurs conformations spatiales : un \u00e9tat de repos basal (ferm\u00e9), un \u00e9tat actif (ouvert) et un \u00e9tat d\u00e9sensibilis\u00e9 (inactif malgr\u00e9 la liaison du ligand). La fixation de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine ou d&rsquo;agonistes d\u00e9place cet \u00e9quilibre dynamique vers la conformation ouverte, tandis que les antagonistes ou les modulateurs allost\u00e9riques n\u00e9gatifs stabilisent les \u00e9tats inactifs ou d\u00e9sensibilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le versant cognitif et psychologique, la compr\u00e9hension des r\u00e9cepteurs cholinergiques s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la <strong>th\u00e9orie cholinergique de l&rsquo;encodage et de la consolidation<\/strong> formul\u00e9e par Michael Hasselmo. Selon ce cadre th\u00e9orique, les taux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs cholinergiques (en particulier muscariniques M1 et nicotiniques pr\u00e9synaptiques) observ\u00e9s durant l&rsquo;\u00e9veil actif favorisent l&rsquo;influx d&rsquo;informations sensorielles ascendantes et suppriment la transmission r\u00e9currente interne dans l&rsquo;hippocampe, ce qui \u00e9vite la r\u00e9activation pr\u00e9matur\u00e9e d&rsquo;anciennes traces et optimise l&rsquo;encodage de souvenirs nouveaux. \u00c0 l&rsquo;inverse, lors du sommeil \u00e0 ondes lentes, la chute drastique du tonus cholinergique d\u00e9sinhibe les connexions r\u00e9currentes intrins\u00e8ques de CA3 vers CA1, permettant la relecture spontan\u00e9e des traces mn\u00e9siques et leur consolidation vers le n\u00e9ocortex.<\/p>\n<p>Enfin, la <strong>th\u00e9orie attentionnelle de Sarter et collaborateurs<\/strong> propose que l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs nicotiniques et muscariniques au sein des couches corticales profondes et superficielles calibre le rapport signal sur bruit sensoriel. En amplifiant l&rsquo;excitabilit\u00e9 des assembl\u00e9es neuronales d\u00e9di\u00e9es aux signaux pertinents tout en diminuant l&rsquo;impact des stimuli distracteurs, les AChR fournissent le substrat biophysique de l&rsquo;attention s\u00e9lective, soutenue et divis\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine pr\u00e9sentent une remarquable h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 structurale et fonctionnelle. Leurs deux grands phylums se d\u00e9clinent en de multiples sous-types caract\u00e9ris\u00e9s par des profils pharmacologiques et des localisations anatomiques pr\u00e9cis :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9cepteurs nicotiniques musculaires (n1 \/ Nm) :<\/strong> Localis\u00e9s exclusivement au niveau de la jonction neuromusculaire squelettique, ces pentam\u00e8res sont compos\u00e9s des sous-unit\u00e9s (\u03b11)\u2082\u03b21\u03b3\u03b5 (chez l&rsquo;adulte) ou (\u03b11)\u2082\u03b21\u03b3\u03b4 (chez le f\u0153tus). Ils assurent la contraction musculaire volontaire par un flux cationique direct induisant le potentiel de plaque motrice.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9cepteurs nicotiniques neuronaux (n2 \/ Nn) :<\/strong> Pr\u00e9sents dans le syst\u00e8me nerveux autonome (ganglions sympathiques et parasympathiques) et distribu\u00e9s dans l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me nerveux central. Ils sont constitu\u00e9s de combinaisons h\u00e9t\u00e9ropentam\u00e9riques (par exemple, \u03b14\u03b22, tr\u00e8s pr\u00e9pond\u00e9rant dans le cerveau et responsable de la d\u00e9pendance nicotinique) ou homopentam\u00e9riques (notamment le r\u00e9cepteur \u03b17, hautement perm\u00e9able au calcium et impliqu\u00e9 dans la m\u00e9moire et la neuroprotection).<\/li>\n<li><strong>R\u00e9cepteurs muscariniques de la classe M1 (M1, M3, M5) :<\/strong> Coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gq\/11, ces r\u00e9cepteurs activent la voie de signalisation intracellulaire de la phospholipase C et \u00e9l\u00e8vent le calcium cytosolique. Les r\u00e9cepteurs M1 sont abondamment exprim\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale et l&rsquo;hippocampe, o\u00f9 ils renforcent la potentialisation \u00e0 long terme et la cognition. Le r\u00e9cepteur M3 pr\u00e9domine dans les muscles lisses visc\u00e9raux et les glandes exocrines, tandis que le r\u00e9cepteur M5 participe \u00e0 la r\u00e9gulation du tonus c\u00e9r\u00e9brovasculaire et \u00e0 la modulation dopaminergique m\u00e9solimbique.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9cepteurs muscariniques de la classe M2 (M2, M4) :<\/strong> Coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gi\/o, ils inhibent la production d&rsquo;AMP cyclique et provoquent une hyperpolarisation membranaire. Les r\u00e9cepteurs M2 se trouvent principalement dans le myocarde (ralentissement nodal vagal) et agissent comme autor\u00e9cepteurs pr\u00e9synaptiques r\u00e9gulateurs dans le syst\u00e8me nerveux central. Les r\u00e9cepteurs M4 sont particuli\u00e8rement enrichis dans le striatum, exer\u00e7ant une r\u00e9gulation inhibitrice directe sur la lib\u00e9ration de dopamine et influen\u00e7ant le contr\u00f4le des mouvements ainsi que les processus motivationnels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;importance fonctionnelle des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine se manifeste avec \u00e9clat dans diverses conditions cliniques, toxicologiques et exp\u00e9rimentales du quotidien et de la m\u00e9decine.<\/p>\n<p>Un cas clinique paradigmatique touchant les r\u00e9cepteurs nicotiniques musculaires est la <strong>myasth\u00e9nie grave<\/strong> (<em>Myasthenia Gravis<\/em>). Chez ces patients, une r\u00e9action auto-immune conduit \u00e0 la production d&rsquo;anticorps dirig\u00e9s contre les sous-unit\u00e9s \u03b11 des r\u00e9cepteurs nicotiniques de la plaque motrice. Les anticorps provoquent la d\u00e9gradation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de ces r\u00e9cepteurs et bloquent st\u00e9riquement la fixation de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Cliniquement, le patient pr\u00e9sente une faiblesse musculaire fluctuante s&rsquo;aggravant \u00e0 l&rsquo;effort : ptosis palp\u00e9bral, diplopie, difficult\u00e9s de d\u00e9glutition et, dans les cas graves, d\u00e9tresse respiratoire. L&rsquo;administration d&rsquo;un inhibiteur de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (comme la pyridostigmine) augmente la disponibilit\u00e9 synaptique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, restaurant temporairement la force musculaire en compensant la rar\u00e9faction des r\u00e9cepteurs.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant provient de la d\u00e9pendance tabagique. Lorsqu&rsquo;un individu inhale la fum\u00e9e d&rsquo;une cigarette, la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nicotine\">nicotine<\/a> atteint le cerveau en quelques secondes et se lie avec une haute affinit\u00e9 aux r\u00e9cepteurs nicotiniques \u03b14\u03b22 situ\u00e9s sur les neurones dopaminergiques de l&rsquo;aire tegmentale ventrale. Cette stimulation provoque une lib\u00e9ration accrue de dopamine dans le noyau accumbens, g\u00e9n\u00e9rant une sensation de renforcement et de r\u00e9compense. Cependant, une exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 la nicotine entra\u00eene une d\u00e9sensibilisation rapide de ces r\u00e9cepteurs suivie d&rsquo;une r\u00e9gulation \u00e0 la hausse (<em>up-regulation<\/em>) compensatoire de leur densit\u00e9 membranaire. Lorsque le sujet s&rsquo;abstient de fumer, les r\u00e9cepteurs se r\u00e9activent en l&rsquo;absence de ligand agoniste suffisant, d\u00e9clenchant un \u00e9tat d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able caract\u00e9ris\u00e9 par de l&rsquo;irritabilit\u00e9, des troubles de la concentration et un puissant besoin compulsif de consommer (<em>craving<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif, l&rsquo;administration de scopolamine, un antagoniste non s\u00e9lectif des r\u00e9cepteurs muscariniques, fournit un mod\u00e8le pharmacologique classique d&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde chez le sujet sain. En bloquant l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs M1 hippocampiques, la scopolamine emp\u00eache l&rsquo;encodage de nouvelles informations sans alt\u00e9rer les souvenirs anciens consolid\u00e9s, reproduisant fid\u00e8lement les d\u00e9ficits mn\u00e9siques pr\u00e9coces constat\u00e9s au cours de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse qualitative, quantitative et fonctionnelle des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine fait appel \u00e0 un \u00e9ventail de technologies biom\u00e9dicales de pointe allant du niveau sous-cellulaire jusqu&rsquo;au cerveau humain entier :<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle mol\u00e9culaire et cellulaire, l&rsquo;<strong>\u00e9lectrophysiologie en patch-clamp<\/strong> constitue la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour quantifier la cin\u00e9tique des r\u00e9cepteurs canaux nicotiniques. Cette technique permet de mesurer des courants ioniques microscopiques traversant un canal unique ou l&rsquo;ensemble de la cellule, pr\u00e9cisant les constantes d&rsquo;ouverture, de fermeture et de d\u00e9sensibilisation face \u00e0 divers compos\u00e9s pharmacologiques. De plus, les \u00e9tudes de liaison de radioligands (<em>binding assays<\/em>) utilisant des traceurs radioactifs comme la tritiated-epibatidine pour les nAChR ou le quinuclidinyl benzilate triti\u00e9 ([\u00b3H]QNB) pour les mAChR permettent de d\u00e9terminer la densit\u00e9 maximale de r\u00e9cepteurs (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B_{\\max}\">$B_{\\max}$<\/span>) et leur affinit\u00e9 de dissociation (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K_d\">$K_d$<\/span>) dans des homog\u00e9nats tissulaires ou des biopsies post-mortem.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;\u00eatre humain vivant, l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire non invasive a r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;\u00e9valuation des r\u00e9cepteurs cholinergiques. La <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tomographie_par_%C3%A9mission_de_positons\">tomographie par \u00e9mission de positons<\/a> (TEP) et la tomographie d&rsquo;\u00e9mission monophotonique (SPECT) recourent \u00e0 des radioligands sp\u00e9cifiques capables de franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Par exemple, le compos\u00e9 [\u00b9\u2078F]2-FA (2-fluoro-A-85380) est couramment employ\u00e9 pour cartographier et quantifier la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs nicotiniques \u03b14\u03b22 dans le cortex, le thalamus et le striatum chez des patients souffrant de la maladie de Parkinson, d&rsquo;Alzheimer ou de d\u00e9pendances chimiques. De m\u00eame, des radiotraceurs ciblant les r\u00e9cepteurs muscariniques M1\/M4, tels que le [\u00b9\u00b9C]NMPB, permettent de corr\u00e9ler la perte locale de r\u00e9cepteurs aux scores cognitifs obtenus aux \u00e9chelles neuropsychologiques standardis\u00e9es (comme le MMSE ou le MoCA).<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation fine des r\u00e9cepteurs cholinergiques a des retomb\u00e9es directes et tangibles dans une multitude de domaines cliniques et th\u00e9rapeutiques :<\/p>\n<p>En <strong>neurologie et g\u00e9riatrie<\/strong>, l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique de la maladie d&rsquo;Alzheimer a guid\u00e9 le d\u00e9veloppement des premiers traitements symptomatiques de r\u00e9f\u00e9rence. Bien que la mort des neurones cholinergiques r\u00e9duise la production d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, les r\u00e9cepteurs postsynaptiques M1 et nAChR demeurent partiellement pr\u00e9serv\u00e9s aux stades l\u00e9gers \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;affection. L&rsquo;utilisation d&rsquo;inhibiteurs r\u00e9versibles de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine) vise pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 augmenter la concentration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans la synapse pour stimuler ces r\u00e9cepteurs r\u00e9siduels, stabilisant temporairement les capacit\u00e9s attentionnelles et mn\u00e9siques des patients.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie<\/strong>, les r\u00e9cepteurs muscariniques et nicotiniques repr\u00e9sentent une fronti\u00e8re novatrice pour le traitement de la schizophr\u00e9nie et des troubles de l&rsquo;humeur. La xanom\u00e9line, un agoniste pr\u00e9f\u00e9rentiel des r\u00e9cepteurs M1 et M4 administr\u00e9 en association avec le trospium (un antagoniste p\u00e9riph\u00e9rique \u00e9vitant les effets ind\u00e9sirables g\u00e9n\u00e9raux), a d\u00e9montr\u00e9 une remarquable efficacit\u00e9 antipsychotique dans les essais cliniques r\u00e9cents, r\u00e9duisant tant les sympt\u00f4mes positifs que les d\u00e9ficits cognitifs sans induire les effets secondaires moteurs ou m\u00e9taboliques des neuroleptiques dopaminergiques classiques. Parall\u00e8lement, des agonistes partiels ou des modulateurs allost\u00e9riques positifs des r\u00e9cepteurs nicotiniques \u03b17 font l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques pour restaurer le filtrage sensoriel alt\u00e9r\u00e9 (<em>sensory gating deficit<\/em>) mesur\u00e9 par le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif P50 chez les personnes schizophr\u00e8nes.<\/p>\n<p>En <strong>addictologie<\/strong>, le sevrage tabagique b\u00e9n\u00e9ficie directement de mol\u00e9cules ciblant sp\u00e9cifiquement les r\u00e9cepteurs nicotiniques. La var\u00e9nicline agit comme un agoniste partiel s\u00e9lectif des r\u00e9cepteurs \u03b14\u03b22. En occupant le r\u00e9cepteur, elle stimule faiblement la lib\u00e9ration de dopamine pour att\u00e9nuer le syndrome de sevrage, tout en emp\u00eachant st\u00e9riquement la nicotine inhal\u00e9e d&rsquo;exercer son plein effet euphorisant en cas de rechute.<\/p>\n<p>En <strong>anesth\u00e9siologie<\/strong>, la modulation pharmacologique des r\u00e9cepteurs nicotiniques de la jonction neuromusculaire est un pr\u00e9requis fondamental de la chirurgie moderne. Les curares non d\u00e9polarisants (atracurium, rocuronium) bloquent de mani\u00e8re comp\u00e9titive les nAChR musculaires, induisant un rel\u00e2chement complet de la musculature pour faciliter l&rsquo;intubation trach\u00e9ale et les interventions chirurgicales.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines en neurobiologie mol\u00e9culaire ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le crucial des AChR dans les ph\u00e9nom\u00e8nes de plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante de la synchronisation des potentiels d&rsquo;action (<em>Spike-Timing-Dependent Plasticity<\/em> ou STDP). Des \u00e9tudes par imagerie biphotonique men\u00e9es chez les rongeurs d\u00e9montrent que l&rsquo;activation transitoire des r\u00e9cepteurs nicotiniques \u03b17 postsynaptiques induit une entr\u00e9e locale de calcium dans les \u00e9pines dendritiques, convertissant des protocoles de stimulation sous-liminaires en potentiels de potentialisation \u00e0 long terme (LTP). Ces m\u00e9canismes biophysiques \u00e9tayent solidement le r\u00f4le de ces r\u00e9cepteurs dans l&rsquo;\u00e9laboration de cartes corticales dynamiques lors de l&rsquo;apprentissage perceptif.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux conduits sur les liens entre le syst\u00e8me immunitaire et le syst\u00e8me nerveux ont identifi\u00e9 la <strong>voie anti-inflammatoire cholinergique<\/strong>, d\u00e9couverte et th\u00e9oris\u00e9e par Kevin J. Tracey. Cette boucle r\u00e9flexe neuronale implique le nerf vague, qui stimule la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine par des lymphocytes T sp\u00e9cialis\u00e9s dans la rate. Cette ac\u00e9tylcholine se lie ensuite aux r\u00e9cepteurs nicotiniques homopentam\u00e9riques \u03b17 exprim\u00e9s \u00e0 la surface des macrophages r\u00e9sidents, bloquant la translocation nucl\u00e9aire du facteur de transcription NF-\u03baB et supprimant puissamment la synth\u00e8se de cytokines pro-inflammatoires d\u00e9l\u00e9t\u00e8res telles que le TNF-\u03b1, l&rsquo;IL-1\u03b2 et l&rsquo;IL-6. Cette d\u00e9couverte ouvre des perspectives th\u00e9rapeutiques majeures pour le traitement des maladies auto-immunes, du choc septique et de la neuro-inflammation associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pression majeure.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuro-oncologie et de la neurogen\u00e8se adulte, des donn\u00e9es r\u00e9centes indiquent que les r\u00e9cepteurs muscariniques M3 r\u00e9gulent la prolif\u00e9ration et la diff\u00e9renciation des cellules souches neurales au sein de la zone sous-granulaire du gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe, reliant directement le tonus cholinergique \u00e0 la capacit\u00e9 du cerveau adulte \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de nouveaux neurones impliqu\u00e9s dans la flexibilit\u00e9 cognitive et la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que la structure prot\u00e9ique des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine soit universellement conserv\u00e9e chez l&rsquo;ensemble des \u00eatres humains, l&rsquo;interaction entre ces r\u00e9cepteurs et les comportements d&rsquo;exposition aux substances cholinergiques varie profond\u00e9ment selon les contextes culturels, g\u00e9ographiques et historiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage rituel, c\u00e9r\u00e9moniel ou r\u00e9cr\u00e9atif de substances v\u00e9g\u00e9tales interagissant avec les r\u00e9cepteurs cholinergiques illustre cette diversit\u00e9. Dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles d&rsquo;Asie du Sud et du Sud-Est, la mastication de la noix d&rsquo;arec (noix de b\u00e9tel) constitue une pratique s\u00e9culaire partag\u00e9e par des centaines de millions d&rsquo;individus. Le principe actif principal, l&rsquo;ar\u00e9coline, est un puissant agoniste des r\u00e9cepteurs muscariniques (notamment M1, M2 et M3). Ses effets per\u00e7us d&rsquo;euphorie l\u00e9g\u00e8re, d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la vigilance et de sensation de chaleur corporelle s&rsquo;ancrent dans des codes de socialisation et d&rsquo;hospitalit\u00e9 sp\u00e9cifiques, tout en posant des d\u00e9fis sanitaires majeurs li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pendance et au cancer de la cavit\u00e9 buccale.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les peuples autochtones des Am\u00e9riques utilisaient traditionnellement le tabac (<em>Nicotiana rustica<\/em> et <em>Nicotiana tabacum<\/em>) non pas comme un produit de consommation compulsive continue, mais comme une plante sacr\u00e9e int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 des rituels chamaniques, de purification et de n\u00e9gociation politique, o\u00f9 les doses massives de nicotine consomm\u00e9es ponctuellement engendraient des \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience par saturation et d\u00e9sensibilisation globale des r\u00e9cepteurs nicotiniques c\u00e9r\u00e9braux. Ces perspectives ethnopharmacologiques soulignent combien la signification subjective, la r\u00e9gulation collective et les cons\u00e9quences psychosociales de l&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine sont indissociables des matrices culturelles dans lesquelles elles prennent place.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation consid\u00e9rable de donn\u00e9es sur les r\u00e9cepteurs cholinergiques, plusieurs controverses conceptuelles et verrous pharmacologiques subsistent au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>L&rsquo;une des limites les plus d\u00e9battues concerne l&rsquo;application exclusive de la th\u00e9orie cholinergique aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. L&rsquo;\u00e9chec relatif des approches th\u00e9rapeutiques visant uniquement \u00e0 stimuler les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine pour freiner le d\u00e9clin dans la maladie d&rsquo;Alzheimer a suscit\u00e9 de vives critiques. Les d\u00e9tracteurs soulignent que si la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du syst\u00e8me cholinergique contribue ind\u00e9niablement aux troubles de l&rsquo;attention et de la m\u00e9moire, elle repr\u00e9sente une cons\u00e9quence secondaire tardive d&rsquo;une cascade pathologique plus large impliquant l&rsquo;accumulation de peptides amylo\u00efdes-b\u00eata, la tauopathie et la dysfonction gliale. Cibler les r\u00e9cepteurs cholinergiques sans enrayer les m\u00e9canismes \u00e9tiologiques sous-jacents ne conf\u00e8re qu&rsquo;un b\u00e9n\u00e9fice symptomatique transitoire, sans freiner la mort neuronale.<\/p>\n<p>Une seconde difficult\u00e9 majeure r\u00e9side dans le <strong>d\u00e9fi de la s\u00e9lectivit\u00e9 pharmacologique<\/strong>. Les sites de liaison orthost\u00e9riques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine sont remarquablement conserv\u00e9s au sein des cinq sous-types muscariniques (M1 \u00e0 M5) et des diverses combinaisons sous-unitaires nicotiniques. En cons\u00e9quence, les agonistes orthost\u00e9riques d\u00e9velopp\u00e9s dans le pass\u00e9 ont souvent provoqu\u00e9 des effets ind\u00e9sirables p\u00e9riph\u00e9riques insupportables (troubles gastro-intestinaux, bradycardie, hypersalivation, bronchoconstriction), conduisant \u00e0 l&rsquo;abandon de nombreux candidats m\u00e9dicaments. Pour contourner cet obstacle, la recherche s&rsquo;est r\u00e9orient\u00e9e vers la conception de modulateurs allost\u00e9riques positifs (PAM), capables de se lier \u00e0 des sites moins conserv\u00e9s sur la mol\u00e9cule afin d&rsquo;amplifier subtilement la r\u00e9ponse physiologique naturelle sans hyperstimuler le r\u00e9cepteur en continu.<\/p>\n<p>Enfin, la notion m\u00eame de r\u00e9gulation \u00e0 la hausse (<em>up-regulation<\/em>) paradoxale des r\u00e9cepteurs nicotiniques \u03b14\u03b22 en r\u00e9ponse \u00e0 la nicotine continue de diviser les biophysiciens. Alors que la stimulation chronique d&rsquo;un r\u00e9cepteur entra\u00eene classiquement sa d\u00e9sensibilisation et son internalisation (<em>down-regulation<\/em>), les r\u00e9cepteurs nicotiniques voient leur nombre augmenter \u00e0 la membrane plasmique des fumeurs. Plusieurs hypoth\u00e8ses m\u00e9canistiques s&rsquo;affrontent encore pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne : stabilisation physique de conformations inactives r\u00e9sistantes \u00e0 la d\u00e9gradation lysosomale, ou action de la nicotine comme un chaperon pharmacologique intracellulaire facilitant l&rsquo;assemblage et le transport des pentam\u00e8res vers la surface cellulaire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nomenclature biochimique et fonctionnelle, il importe de distinguer le r\u00e9cepteur de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine d&rsquo;autres notions physiologiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (AChE) :<\/strong> Enzyme catalytique ancr\u00e9e dans la membrane synaptique charg\u00e9e d&rsquo;hydrolyser rapidement l&rsquo;ac\u00e9tylcholine en ac\u00e9tate et en choline, mettant fin \u00e0 la stimulation du r\u00e9cepteur. Elle ne doit pas \u00eatre confondue avec l&rsquo;AChR, qui assure quant \u00e0 lui la r\u00e9ception et la transmission du signal sans d\u00e9truire le ligand.<\/li>\n<li><strong>Choline ac\u00e9tyltransf\u00e9rase (ChAT) :<\/strong> Enzyme intracellulaire responsable de la synth\u00e8se de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u00e0 partir de l&rsquo;ac\u00e9tyl-coenzyme A et de la choline dans le bouton pr\u00e9synaptique, intervenant en amont de toute interaction avec le r\u00e9cepteur.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9cepteur muscarinique versus r\u00e9cepteur nicotinique :<\/strong> Bien que tous deux soient des r\u00e9cepteurs cholinergiques, les premiers sont m\u00e9tabotropes (coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G, \u00e0 action lente et modulatoire) tandis que les seconds sont ionotropes (canaux ioniques pentam\u00e9riques, \u00e0 r\u00e9ponse excitatrice imm\u00e9diate).<\/li>\n<li><strong>Choline transporter (CHT1) :<\/strong> Prot\u00e9ine de recapture pr\u00e9synaptique d\u00e9pendante du sodium transportant la choline issue de l&rsquo;hydrolyse synaptique vers l&rsquo;int\u00e9rieur du neurone pour resynth\u00e9tiser le neurotransmetteur ; il ne participe pas directement \u00e0 la transduction du signal postsynaptique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (AChR) incarnent des \u00e9l\u00e9ments directeurs de la physiologie nerveuse et de la cognition :<\/p>\n<ul>\n<li>Ils se scindent en deux classes pharmacologiques fondamentales : les r\u00e9cepteurs <strong>nicotiniques<\/strong> (canaux ioniques perm\u00e9ables aux cations Na\u207a, K\u207a et Ca\u00b2\u207a) et les r\u00e9cepteurs <strong>muscariniques<\/strong> (r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G, sous-types M1 \u00e0 M5).<\/li>\n<li>Ils modulent l&rsquo;attention focalis\u00e9e, l&rsquo;\u00e9veil cortical, la consolidation mn\u00e9sique dans l&rsquo;hippocampe, la transmission neuromusculaire squelettique et les fonctions v\u00e9g\u00e9tatives parasympathiques.<\/li>\n<li>Sur le plan pathologique, ils sont directement impliqu\u00e9s dans la myasth\u00e9nie grave (auto-anticorps anti-nAChR), l&rsquo;addiction au tabac (d\u00e9sensibilisation et r\u00e9gulation \u00e0 la hausse de \u03b14\u03b22), la maladie d&rsquo;Alzheimer (d\u00e9aff\u00e9rentation cholinergique) et les troubles psychotiques.<\/li>\n<li>Les progr\u00e8s contemporains reposent sur l&rsquo;utilisation de modulateurs allost\u00e9riques s\u00e9lectifs et l&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire TEP, permettant de cartographier avec une haute pr\u00e9cision les variations de densit\u00e9 r\u00e9ceptrice chez l&rsquo;humain sain et pathologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Changeux, J. P. (2012). The nicotinic acetylcholine receptor: The founding father of the pentameric ligand-gated ion channel superfamily. <em>Journal of Biological Chemistry<\/em>, 287(48), 40207-40215. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1074\/jbc.R112.407668\">https:\/\/doi.org\/10.1074\/jbc.R112.407668<\/a><\/li>\n<li>Hasselmo, M. E. (2006). The role of acetylcholine in learning and memory as viewed from cognitive neuroscience. <em>Current Opinion in Neurobiology<\/em>, 16(6), 710-715. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.conb.2006.09.002\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.conb.2006.09.002<\/a><\/li>\n<li>Kruse, A. C., Kobilka, B. K., Gautam, D., Sexton, P. M., Christopoulos, A., &amp; Wess, J. (2014). Muscarinic acetylcholine receptors: novel opportunities for drug development. <em>Nature Reviews Drug Discovery<\/em>, 13(7), 549-560. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrd4295\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrd4295<\/a><\/li>\n<li>Sarter, M., Lustig, C., &amp; Berry, A. S. (2016). Cognitive science defined by calls for acetylcholine. <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 20(4), 237-239. <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2016.01.005\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2016.01.005<\/a><\/li>\n<li>Tracey, K. J. (2009). 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