{"id":19323,"date":"2026-10-21T23:15:43","date_gmt":"2026-10-21T23:15:43","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=acceptation-psychologique"},"modified":"2026-10-21T23:15:43","modified_gmt":"2026-10-21T23:15:43","slug":"acceptation-psychologique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=acceptation-psychologique","title":{"rendered":"L&rsquo;acceptation : Cl\u00e9 de la flexibilit\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;acceptation constitue l&rsquo;un des piliers les plus r\u00e9volutionnaires de la psychologie contemporaine et des th\u00e9rapies comportementales et cognitives de troisi\u00e8me vague. Loin de d\u00e9signer une simple passivit\u00e9 ou un renoncement r\u00e9sign\u00e9, ce processus psychologique actif red\u00e9finit en profondeur notre rapport \u00e0 la souffrance, aux \u00e9v\u00e9nements cognitifs et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience humaine dans son ensemble.<\/p>\n<h2>L&rsquo;acceptation en psychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychopathologie et en psychologie clinique contemporaine, l&rsquo;<strong>acceptation<\/strong> d\u00e9signe la posture psychologique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, active et non r\u00e9flexive consistant \u00e0 accueillir l&rsquo;ensemble des \u00e9v\u00e9nements internes et externes sans chercher \u00e0 les \u00e9viter, les modifier ou les supprimer lorsqu&rsquo;une telle tentative entra\u00eene des co\u00fbts fonctionnels excessifs. Elle se distingue fondamentalement de la soumission ou de la r\u00e9signation par sa nature choisie, orient\u00e9e vers des buts porteurs de sens pour l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans le cadre pr\u00e9cis de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_d%27acceptation_et_d%27engagement\">th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement<\/a> (ACT), l&rsquo;acceptation est formellement conceptualis\u00e9e comme l&rsquo;alternative fonctionnelle majeure \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel. Elle renvoie \u00e0 la volont\u00e9 volontaire de faire de la place aux \u00e9motions d\u00e9plaisantes, aux sensations somatiques aversives, aux souvenirs intrusifs et aux pens\u00e9es n\u00e9gatives, sans chercher \u00e0 lutter inutilement contre leur survenue, afin de poursuivre des trajectoires comportementales align\u00e9es avec les valeurs fondamentales du sujet.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du prisme strictement cognitivo-comportemental, l&rsquo;acceptation s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 la sph\u00e8re relationnelle et humaniste, renvoyant \u00e0 l&rsquo;adoption d&rsquo;un regard inconditionnellement positif et non jugeant envers soi-m\u00eame (auto-compassion et acceptation inconditionnelle de soi) ou envers autrui, constituant ainsi un modulateur central de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et de la r\u00e9silience psychologique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Sur le plan morphologique et \u00e9tymologique, le terme <em>acceptation<\/em> d\u00e9rive directement du substantif latin <em>acceptatio<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe transitif <em>acceptare<\/em>. Ce verbe constitue la forme fr\u00e9quentative d&rsquo;<em>accipere<\/em>, construit par l&rsquo;adjonction du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (qui marque le mouvement vers, la direction ou l&rsquo;orientation) et de la racine verbale <em>capere<\/em> (signifiant \u00ab prendre \u00bb, \u00ab recevoir \u00bb ou \u00ab saisir \u00bb). Dans sa signification latine originelle, <em>acceptare<\/em> ne renvoie pas \u00e0 une capitulation inerte, mais \u00e0 un geste actif de r\u00e9ception volontaire, consistant \u00e0 \u00ab accueillir favorablement \u00bb, \u00ab recevoir avec agr\u00e9ment \u00bb ou \u00ab donner son assentiment \u00e0 ce qui se pr\u00e9sente \u00bb.<\/p>\n<p>Le substantif appara\u00eet dans la langue fran\u00e7aise au XIVe si\u00e8cle, principalement dans les contextes juridiques, th\u00e9ologiques et contractuels, pour exprimer l&rsquo;acte formel par lequel une personne souscrit \u00e0 une proposition ou consent \u00e0 un \u00e9tat de fait. Son importation dans le corpus de la psychologie scientifique moderne s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e de fa\u00e7on progressive au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence conjointe de la psychoth\u00e9rapie humaniste de Carl Rogers (concept d&rsquo;\u00ab unconditional positive regard \u00bb) et, plus tardivement, des travaux novateurs de Steven C. Hayes et de ses collaborateurs qui ont formalis\u00e9 la notion anglo-saxonne d&rsquo;<em>acceptance<\/em>.<\/p>\n<p>Ce passage de la sph\u00e8re philosophico-juridique au champ de la sant\u00e9 mentale a n\u00e9cessit\u00e9 une d\u00e9sambigu\u00efsation lexicale majeure : en fran\u00e7ais comme en anglais, le mot portait un risque r\u00e9current de confusion avec la tol\u00e9rance passive ou le fatalisme. Les psychologues contemporains ont ainsi r\u00e9investi le mot d&rsquo;une charge d&rsquo;action et d&rsquo;ouverture existentielle, restaurant la valeur dynamique originelle du verbe latin qui sous-tendait un acte intentionnel d&rsquo;accueil.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9 international, le terme <strong>acceptation<\/strong> est transcrit phon\u00e9tiquement sous la s\u00e9quence \/ak.s\u025bp.ta.sj\u0254\u0303\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable quant \u00e0 son genre grammatical, dont la forme plurielle s&rsquo;\u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement <em>acceptations<\/em> (\/ak.s\u025bp.ta.sj\u0254\u0303\/).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le substantif s&rsquo;associe couramment \u00e0 des compl\u00e9ments du nom introduits par la pr\u00e9position \u00ab de \u00bb (par exemple : <em>l&rsquo;acceptation de la douleur<\/em>, <em>l&rsquo;acceptation des cognitions automatiques<\/em>, <em>l&rsquo;acceptation inconditionnelle de soi<\/em>). On le retrouve fr\u00e9quemment sous la forme de syntagmes nominaux sp\u00e9cialis\u00e9s tels que \u00ab acceptation exp\u00e9rientielle \u00bb, \u00ab acceptation radicale \u00bb ou \u00ab acceptation psychologique \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif qualificatif apparent\u00e9 est <em>acceptant<\/em> (au f\u00e9minin <em>acceptante<\/em>), bien que la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e emploie plus volontiers des constructions p\u00e9riphrastiques comme \u00ab posture d&rsquo;acceptation \u00bb ou \u00ab attitude d&rsquo;ouverture \u00bb. Le verbe correspondant, <em>accepter<\/em>, prend dans les protocoles d&rsquo;intervention psychologique un sens intransitif ou pronominal r\u00e9fl\u00e9chi, \u00e0 l&rsquo;image du verbe <em>s&rsquo;accepter<\/em>, signifiant embrasser la globalit\u00e9 de ses composantes biopsychosociales sans autocritique invalidante.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;acceptation dans toute sa rigueur acad\u00e9mique, il est indispensable de la situer au confluent de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9gulation_%C3%A9motionnelle\">r\u00e9gulation \u00e9motionnelle<\/a>, de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie comportementale et de la m\u00e9tacognition. L&rsquo;acceptation ne saurait \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un jugement approbateur sur le contenu de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. Accepter une sensation d&rsquo;angoisse panique, une douleur physique chronique ou un sentiment d&rsquo;injustice ne signifie aucunement d\u00e9clarer que cette exp\u00e9rience est agr\u00e9able, juste, intrins\u00e8quement souhaitable ou moralement acceptable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat ph\u00e9nom\u00e9nologique lucide : reconna\u00eetre ce qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans le champ de la conscience sans consommer de ressources attentionnelles et m\u00e9taboliques dans un combat contre-productif destin\u00e9 \u00e0 le nier.<\/p>\n<p>Dans le fonctionnement psychique standard, la confrontation \u00e0 des stimuli internes mena\u00e7ants ou inconfortables d\u00e9clenche presque m\u00e9caniquement des strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel. Ces strat\u00e9gies incluent la rumination mentale, l&rsquo;\u00e9chappement comportemental, la dissociation p\u00e9ri-traumatique, la consommation de substances psychotropes ou la suppression expressive. Si ces tactiques offrent un soulagement \u00e0 tr\u00e8s court terme par le biais d&rsquo;un renforcement n\u00e9gatif, elles amplifient massivement la d\u00e9tresse sur le long terme : d&rsquo;une part, par le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab effet de rebond cognitif \u00bb document\u00e9 par Daniel Wegner, selon lequel la consigne d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de supprimer une pens\u00e9e augmente paradoxalement sa fr\u00e9quence d&rsquo;intrusion ; d&rsquo;autre part, en restreignant s\u00e9v\u00e8rement le r\u00e9pertoire comportemental de la personne, d\u00e9sormais orient\u00e9 vers la seule fuite du d\u00e9plaisir plut\u00f4t que vers des buts constructifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;acceptation brise ce cycle d&rsquo;amplification psychopathologique en modifiant non pas la teneur ou la fr\u00e9quence des sympt\u00f4mes initiaux, mais la nature du rapport entretenu avec eux. En adoptant une posture d&rsquo;ouverture, le sujet d\u00e9samorce la cascade de r\u00e9actions secondaires (comme l&rsquo;angoisse d&rsquo;avoir de l&rsquo;angoisse, ou la honte d&rsquo;\u00e9prouver de la tristesse) qui constitue souvent la majeure partie du fardeau clinique effectif. L&rsquo;acceptation n&rsquo;est donc pas une fin en soi, mais un pr\u00e9requis fonctionnel : elle d\u00e9gage l&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;espace psychologique n\u00e9cessaires pour que l&rsquo;individu puisse engager des actions utiles et vitales.<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de l&rsquo;acceptation doivent \u00eatre d\u00e9limit\u00e9es avec une pr\u00e9cision m\u00e9ticuleuse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Distinction avec la r\u00e9signation :<\/strong> Alors que la r\u00e9signation s&rsquo;accompagne d&rsquo;un sentiment d&rsquo;impuissance, d&rsquo;un d\u00e9sengagement de l&rsquo;action et d&rsquo;une posture de d\u00e9faite (\u00ab rien ne sert de lutter, je baisse les bras \u00bb), l&rsquo;acceptation implique une prise de responsabilit\u00e9 vigoureuse vis-\u00e0-vis des sph\u00e8res modifiables de l&rsquo;existence (\u00ab j&rsquo;accueille la pr\u00e9sence de cette anxi\u00e9t\u00e9 afin de monter sur sc\u00e8ne pour donner ma conf\u00e9rence \u00bb).<\/li>\n<li><strong>Distinction avec la tol\u00e9rance :<\/strong> Tol\u00e9rer un affect aversif connote encore une tension interne, un serrement de dents, l&rsquo;attente passive et \u00e9puisante que l&rsquo;\u00e9tat disparaisse. L&rsquo;acceptation, quant \u00e0 elle, s&rsquo;appuie sur une disponibilit\u00e9 sereine et une flexibilit\u00e9 attentionnelle authentique.<\/li>\n<li><strong>Distinction avec le d\u00e9ni :<\/strong> Le d\u00e9ni refuse d&rsquo;admettre la r\u00e9alit\u00e9 factuelle ou \u00e9motionnelle d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;acceptation prend appui sur le constat d&rsquo;exactitude le plus d\u00e9pouill\u00e9 possible de cette m\u00eame r\u00e9alit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de l&rsquo;acceptation dans le domaine psychoth\u00e9rapeutique t\u00e9moigne d&rsquo;un basculement paradigmatique progressif, depuis les approches de ma\u00eetrise volontaire vers les mod\u00e8les de flexibilit\u00e9 contextuelle.<\/p>\n<p>Les racines spirituelles et philosophiques du concept puisent indubitablement dans les traditions orientales mill\u00e9naires, et singuli\u00e8rement dans le bouddhisme originel (notamment via les concepts de pleine pr\u00e9sence ou <em>sati<\/em>, et d&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9 ou <em>upekkh\u0101<\/em>), ainsi que dans le sto\u00efcisme gr\u00e9co-romain incarn\u00e9 par \u00c9pict\u00e8te et Marc Aur\u00e8le, dont l&rsquo;adage fondamental rappelle la dichotomie entre ce qui d\u00e9pend de nous et ce qui n&rsquo;en d\u00e9pend pas. Cependant, l&rsquo;int\u00e9gration formelle de ces intuitions au sein de la psychologie occidentale a suivi un cheminement m\u00e9thodologique rigoureux.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, Carl Rogers, fondateur de l&rsquo;approche centr\u00e9e sur la personne, formule l&rsquo;un des premiers paradoxes fondateurs de l&rsquo;acceptation en ces termes : \u00ab Le curieux paradoxe est que c&rsquo;est au moment o\u00f9 je m&rsquo;accepte tel que je suis que je deviens capable de changer \u00bb. Rogers insiste sur le fait que le changement th\u00e9rapeutique n&rsquo;\u00e9merge pas du m\u00e9pris de soi ou de l&rsquo;injonction autoritaire, mais d&rsquo;une acceptation inconditionnelle qui s\u00e9curise le syst\u00e8me motivationnel de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1970 et 1980, les th\u00e9rapies comportementales et cognitives (TCC) classiques de premi\u00e8re et deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations (domin\u00e9es par Aaron Beck et Albert Ellis) se concentraient prioritairement sur la restructuration rationnelle des pens\u00e9es dysfonctionnelles et sur la modification active des croyances irrationnelles. L&rsquo;accent portait alors sur le contr\u00f4le, la contestation logique et l&rsquo;\u00e9limination des biais cognitifs.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1980 et durant les ann\u00e9es 1990, des praticiens-chercheurs ont constat\u00e9 les limites du contr\u00f4le cognitif direct chez des populations souffrant de troubles chroniques ou complexes. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que Marsha Linehan formalise la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_comportementale_dialectique\">th\u00e9rapie comportementale dialectique<\/a> (TCD) pour le traitement du trouble de la personnalit\u00e9 borderline, en \u00e9rigeant l&rsquo;acceptation radicale et la validation \u00e9motionnelle au rang de partenaires dialectiques indispensables au changement comportemental. Simultan\u00e9ment, Steven C. Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson \u00e9laborent la th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT), ancr\u00e9e dans la th\u00e9orie des cadres relationnels. L&rsquo;acceptation n&rsquo;y est plus une option compl\u00e9mentaire, mais l&rsquo;une des six composantes fondamentales de l&rsquo;hexaflex, red\u00e9finissant la sant\u00e9 mentale \u00e0 l&rsquo;aune de la flexibilit\u00e9 psychologique globale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le statut scientifique de l&rsquo;acceptation repose aujourd&rsquo;hui sur plusieurs cadres th\u00e9oriques robustes, issus du contextualisme fonctionnel, de la psychologie cognitive et des neurosciences affectives.<\/p>\n<p>Le principal socle th\u00e9orique de l&rsquo;acceptation contemporaine d\u00e9coule de la th\u00e9orie des cadres relationnels (Relational Frame Theory ou RFT). Cette th\u00e9orie post-skinnerienne du langage et de la cognition humaine d\u00e9montre que les \u00eatres humains poss\u00e8dent la capacit\u00e9 unique d&rsquo;associer arbitrairement des stimuli par le biais de r\u00e9seaux relationnels symboliques. En cons\u00e9quence, un mot, un souvenir ou une image mentale peut acqu\u00e9rir instantan\u00e9ment les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s aversives que la menace physique r\u00e9elle qu&rsquo;il symbolise. La tentative d&rsquo;\u00e9liminer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un mot ou une pens\u00e9e d\u00e9sagr\u00e9able \u00e9choue syst\u00e9matiquement parce que l&rsquo;instruction m\u00eame de ne pas penser \u00e0 cette chose (\u00ab ne pense pas \u00e0 la panique \u00bb) contient et active le r\u00e9seau relationnel de cette m\u00eame panique. L&rsquo;acceptation intervient ici comme une d\u00e9contextualisation comportementale : elle rompt le lien automatique entre le contenu verbal aversif et les r\u00e9ponses d&rsquo;\u00e9vitement comportemental st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es.<\/p>\n<p>Un second fondement capital est issu du mod\u00e8le dialectique de Marsha Linehan, qui conjugue les th\u00e9ories comportementales de l&rsquo;apprentissage avec l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie dialectique et les principes du bouddhisme zen. Dans cette perspective, le bien-\u00eatre psychique r\u00e9sulte de la tension dynamique et \u00e9quilibr\u00e9e entre deux p\u00f4les contraires en apparence : l&rsquo;acceptation radicale de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente \u00e0 cet instant pr\u00e9cis (sans jugement moralisateur), et l&rsquo;engagement infatigable vers le changement d&rsquo;habitudes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le humaniste rogerien et la th\u00e9orie de l&rsquo;autod\u00e9termination d\u00e9velopp\u00e9e par Edward Deci et Richard Ryan soutiennent que l&rsquo;acceptation de soi procure la s\u00e9curit\u00e9 psychologique n\u00e9cessaire pour satisfaire les besoins fondamentaux d&rsquo;autonomie, de comp\u00e9tence et d&rsquo;appartenance sociale, d\u00e9samor\u00e7ant ainsi les d\u00e9fenses n\u00e9vrotiques et facilitant l&rsquo;actualisation du potentiel intrins\u00e8que de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Le concept d&rsquo;acceptation peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 en sous-dimensions op\u00e9rationnelles et typologies distinctes selon l&rsquo;objet sur lequel s&rsquo;applique cette posture :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;acceptation exp\u00e9rientielle (ou \u00e9motionnelle) :<\/strong> Disposition \u00e0 demeurer en contact conscient avec des \u00e9tats affectifs d\u00e9sagr\u00e9ables (tristesse, peur, col\u00e8re, d\u00e9go\u00fbt) et des sensations int\u00e9roceptives aversives (palpitations, tensions musculaires), sans chercher \u00e0 les fuir ni \u00e0 les \u00e9touffer.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acceptation cognitive :<\/strong> Aptitude m\u00e9tacognitive \u00e0 consid\u00e9rer les pens\u00e9es, jugements et croyances comme de simples productions c\u00e9r\u00e9brales transitoires (d\u00e9fusion cognitive) plut\u00f4t que comme des v\u00e9rit\u00e9s objectives n\u00e9cessitant un combat ou une soumission aveugle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acceptation radicale (selon Linehan) :<\/strong> Consentement plein et total \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 factuelle du pr\u00e9sent et du pass\u00e9, reconnaissant que les faits sont ce qu&rsquo;ils sont, y compris lorsqu&rsquo;ils impliquent des traumatismes, des deuils ou des limitations irr\u00e9versibles.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acceptation inconditionnelle de soi (selon Ellis et Rogers) :<\/strong> Refus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer sa valeur humaine globale \u00e0 l&rsquo;aune de ses performances ponctuelles, de ses \u00e9checs ou de l&rsquo;approbation d&rsquo;autrui, en maintenant une posture d&rsquo;auto-compassion bienveillante.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acceptation interpersonnelle :<\/strong> Reconnaissance de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;autrui sans chercher \u00e0 imposer un contr\u00f4le coercitif sur sa personnalit\u00e9, ses opinions ou ses r\u00e9actions \u00e9motionnelles.<\/li>\n<li><strong>La disposition active \u00e0 l&rsquo;action :<\/strong> Composante motrice de l&rsquo;acceptation, qui n&rsquo;est pas contemplation passive mais choix d&rsquo;agir dans le monde tout en portant avec soi le cort\u00e8ge des inconforts in\u00e9vitables.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser ce processus dans la r\u00e9alit\u00e9 du cabinet th\u00e9rapeutique et du quotidien, plusieurs vignettes illustratives et m\u00e9taphores d\u00e9montrent sa pertinence pragmatique.<\/p>\n<p><strong>Illustration clinique n\u00b01 : Le trouble panique avec agoraphobie.<\/strong><br \/>Julien, 34 ans, consulte pour des crises d&rsquo;angoisse r\u00e9currentes survenant dans les transports en commun. Sa strat\u00e9gie habituelle reposait sur la lutte active : surveiller son rythme cardiaque, tenter de se relaxer de force, fuir les rames de m\u00e9tro d\u00e8s l&rsquo;apparition d&rsquo;un vertige. Cette lutte ne faisait qu&rsquo;alimenter le signal d&rsquo;alarme amygdalien. Par un travail ax\u00e9 sur l&rsquo;acceptation exp\u00e9rientielle, Julien apprend \u00e0 modifier sa posture : au lieu de contracter ses muscles et de maudire l&rsquo;arriv\u00e9e de la tachycardie, il s&rsquo;exerce \u00e0 rel\u00e2cher ses \u00e9paules, \u00e0 observer avec curiosit\u00e9 bienveillante la mont\u00e9e des sensations physiques en se disant : \u00ab Mon c\u0153ur bat vite, mon corps s&rsquo;active, je lui laisse la place de vivre cette r\u00e9action sans que j&rsquo;aie besoin de descendre du train \u00bb. En cessant de lutter contre la panique, l&rsquo;inconfort persiste un temps, mais la spirale de terreur s&rsquo;\u00e9teint d&rsquo;elle-m\u00eame, lui permettant de reprendre ses d\u00e9placements professionnels.<\/p>\n<p><strong>Illustration clinique n\u00b02 : La gestion de la douleur chronique.<\/strong><br \/>H\u00e9l\u00e8ne, 52 ans, souffre de fibromyalgie s\u00e9v\u00e8re. Elle a pass\u00e9 dix ann\u00e9es de son existence \u00e0 consulter des dizaines de sp\u00e9cialistes en esp\u00e9rant un rem\u00e8de qui \u00e9radiquerait totalement la douleur, mettant sa vie affective et ses loisirs \u00ab entre parenth\u00e8ses \u00bb en attendant la gu\u00e9rison compl\u00e8te. Le travail d&rsquo;acceptation ne vise pas \u00e0 lui faire aimer la douleur, mais \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9puisement caus\u00e9 par l&rsquo;attente d&rsquo;une vie sans douleur pour commencer \u00e0 vivre. En acceptant la pr\u00e9sence d&rsquo;un niveau de fond d&rsquo;inconfort somatique, H\u00e9l\u00e8ne r\u00e9investit la peinture et les promenades mod\u00e9r\u00e9es, constatant que la focalisation attentionnelle sur des activit\u00e9s valoris\u00e9es r\u00e9duit le retentissement affectif de son handicap.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9taphores cliniques de r\u00e9f\u00e9rence :<\/strong><br \/>En ACT, les th\u00e9rapeutes utilisent fr\u00e9quemment la m\u00e9taphore des \u00ab sables mouvants \u00bb : plus un individu pris au pi\u00e8ge se d\u00e9bat violemment pour sortir, plus la gravit\u00e9 et le fluide l&rsquo;aspirent vers le fond ; s&rsquo;il s&rsquo;allonge et accepte le contact maximal de son corps avec le sable, il flotte et peut man\u0153uvrer. De m\u00eame, la m\u00e9taphore des \u00ab passagers de l&rsquo;autobus \u00bb illustre l&rsquo;individu comme le conducteur d&rsquo;un car dont les passagers mena\u00e7ants (peurs, doutes, souvenirs) hurlent pour lui dicter sa direction ; l&rsquo;acceptation consiste \u00e0 continuer de conduire le v\u00e9hicule vers sa destination choisie sans s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 chaque virage pour tenter d&rsquo;expulser physiquement des passagers r\u00e9calcitrants.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation empirique de l&rsquo;acceptation requiert des instruments psychom\u00e9triques valid\u00e9s, capables de mesurer \u00e0 la fois l&rsquo;attitude envers les \u00e9v\u00e9nements internes et le degr\u00e9 de flexibilit\u00e9 psychologique globale.<\/p>\n<p>Le questionnaire le plus largement diffus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale est l&rsquo;<strong>Acceptance and Action Questionnaire (AAQ-2)<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9 par Bond et ses collaborateurs (2011). Bien qu&rsquo;il mesure conjointement l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel et l&rsquo;acceptation, des scores faibles \u00e0 cette \u00e9chelle indiquent un haut niveau d&rsquo;acceptation psychologique face aux affects p\u00e9nibles. Toutefois, face \u00e0 certains d\u00e9bats m\u00e9thodologiques entourant l&rsquo;AAQ-2, des variantes plus sp\u00e9cialis\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es, notamment le <em>Comprehensive assessment of Acceptance and Commitment Therapy processes<\/em> (CompACT).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 somatique et des affections chroniques, le <strong>Chronic Pain Acceptance Questionnaire (CPAQ)<\/strong>, mis au point par McCracken et ses coll\u00e8gues, constitue l&rsquo;\u00e9talon-or. Il mesure deux dimensions distinctes mais compl\u00e9mentaires : l&rsquo;engagement dans les activit\u00e9s quotidiennes en d\u00e9pit de la douleur, et la disposition volontaire \u00e0 faire l&rsquo;exp\u00e9rience de la douleur sans tenter de la contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>Pour \u00e9valuer l&rsquo;acceptation inconditionnelle de soi, les cliniciens et chercheurs emploient r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;<strong>Unconditional Self-Acceptance Questionnaire (USAQ)<\/strong> con\u00e7u par David Chambless, ou encore la sous-\u00e9chelle d&rsquo;acceptation de soi issue des \u00e9chelles de bien-\u00eatre psychologique de Carol Ryff. Enfin, dans le champ de la pleine conscience, des \u00e9chelles multidimensionnelles telles que le <strong>Five Facet Mindfulness Questionnaire (FFMQ)<\/strong> \u00e9valuent sp\u00e9cifiquement la composante de \u00ab non-jugement des exp\u00e9riences int\u00e9rieures \u00bb et de \u00ab non-r\u00e9activit\u00e9 \u00bb, qui constituent les exacts pendants op\u00e9rationnels de l&rsquo;acceptation cognitive et \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les champs d&rsquo;application de l&rsquo;acceptation d\u00e9passent tr\u00e8s largement le cadre de la psychopathologie lourde pour innerver l&rsquo;ensemble des secteurs de l&rsquo;intervention psychologique, de l&rsquo;\u00e9ducation et du travail organisationnel.<\/p>\n<p>En psychoth\u00e9rapie, l&rsquo;acceptation constitue un ingr\u00e9dient actif majeur dans la prise en charge de troubles jadis r\u00e9put\u00e9s r\u00e9fractaires aux TCC traditionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Troubles anxieux et <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">trouble obsessionnel compulsif<\/a> (TOC) :<\/strong> En acceptant la pr\u00e9sence des pens\u00e9es intrusives sans d\u00e9clencher de rituels neutralisants ni d&rsquo;\u00e9vitement comportemental, le patient favorise l&rsquo;habituation et, surtout, l&rsquo;apprentissage inhibiteur d&rsquo;une nouvelle tol\u00e9rance au doute.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pression r\u00e9currente :<\/strong> L&rsquo;acceptation de la tristesse transitoire pr\u00e9vient la r\u00e9activation des sch\u00e9mas d\u00e9pressog\u00e8nes et des ruminations d\u00e9pressives, r\u00e9duisant significativement le risque de rechute (comme d\u00e9montr\u00e9 dans les programmes MBCT de Segal, Williams et Teasdale).<\/li>\n<li><strong>Addictologie :<\/strong> La technique du \u00ab urge surfing \u00bb (surfer sur l&rsquo;envie impulsive) enseigne au patient \u00e0 accueillir la pulsion de consommation comme une vague oc\u00e9anique qui monte, culmine et redescend naturellement sans qu&rsquo;il soit imp\u00e9ratif de c\u00e9der au produit.<\/li>\n<li><strong>Milieu professionnel et management :<\/strong> L&rsquo;acceptation du stress inh\u00e9rent aux d\u00e9fis organisationnels et aux incertitudes professionnelles r\u00e9duit drastiquement le burn-out chez les cadres et soignants, pr\u00e9servant la clart\u00e9 d\u00e9cisionnelle et la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la recherche scientifique sur l&rsquo;acceptation a connu une expansion exponentielle, soutenue par des centaines d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) et plusieurs m\u00e9ta-analyses majeures.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse pionni\u00e8re conduite par Hayes, Luoma, Bond, Masuda et Lillis (2006), consolid\u00e9e par des synth\u00e8ses ult\u00e9rieures (A-Tjak et al., 2015 ; Gloster et al., 2020), a formellement d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;augmentation de l&rsquo;acceptation psychologique constitue le m\u00e9diateur statistique cl\u00e9 du changement th\u00e9rapeutique au sein des protocoles ACT. Les gains cliniques obtenus dans la r\u00e9duction de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de la d\u00e9tresse ne sont pas corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 la baisse imm\u00e9diate du nombre de pens\u00e9es dysfonctionnelles, mais bien au renforcement de la capacit\u00e9 \u00e0 tol\u00e9rer leur pr\u00e9sence sans r\u00e9gir son comportement en fonction d&rsquo;elles.<\/p>\n<p>En neurosciences cognitives et affectives, les travaux en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9s par des chercheurs tels que Matthew Lieberman ou Philippe Goldin ont compar\u00e9 les signatures c\u00e9r\u00e9brales de l&rsquo;acceptation et de la r\u00e9\u00e9valuation cognitive. Ces \u00e9tudes mettent en \u00e9vidence que l&rsquo;acceptation \u00e9motionnelle permet de r\u00e9guler l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale sans n\u00e9cessiter une hyperactivation prolong\u00e9e et co\u00fbteuse du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (caract\u00e9ristique des efforts intenses de suppression ou de restructuration rationnelle). L&rsquo;acceptation se caract\u00e9rise par une connectivit\u00e9 accrue entre les zones pr\u00e9frontales ventrom\u00e9dianes et les structures limbiques, t\u00e9moignant d&rsquo;une r\u00e9ponse de r\u00e9gulation plus fluide, plus naturelle et moins \u00e9nergivore.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;acceptation ne poss\u00e8de pas la m\u00eame r\u00e9sonance symbolique ni les m\u00eames implications adaptatives selon les matrices socioculturelles dans lesquelles elle s&rsquo;exprime.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales contemporaines, fortement impr\u00e9gn\u00e9es d&rsquo;individualisme, d&rsquo;h\u00e9donisme imm\u00e9diat et d&rsquo;id\u00e9ologie de la performance, l&rsquo;acceptation se heurte fr\u00e9quemment \u00e0 un pr\u00e9jug\u00e9 d&rsquo;inefficacit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 occidentale valorise traditionnellement le contr\u00f4le proactif de l&rsquo;environnement mat\u00e9riel et corporel, encourageant une rh\u00e9torique guerri\u00e8re contre les \u00e9motions p\u00e9nibles (\u00ab combattre le stress \u00bb, \u00ab vaincre la peur \u00bb). D\u00e8s lors, enseigner l&rsquo;acceptation dans ce contexte exige une d\u00e9construction p\u00e9dagogique approfondie pour ne pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un aveu de d\u00e9faite personnelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est influenc\u00e9es par les philosophies confuc\u00e9ennes, tao\u00efstes et bouddhistes, la dialectique de l&rsquo;acceptation (analogue aux notions japonaises de <em>sunao<\/em> ou d&rsquo;acceptation harmonieuse de l&rsquo;impermanence) est souvent int\u00e9gr\u00e9e nativement dans la socialisation primaire. Les individus issus de ces cultures manifestent fr\u00e9quemment une flexibilit\u00e9 accrue face aux contradictions \u00e9motionnelles et une propension spontan\u00e9e \u00e0 accepter la souffrance comme une composante indissociable de la condition humaine.<\/p>\n<p>Cependant, les cliniciens transculturels mettent en garde contre une g\u00e9n\u00e9ralisation abusive : dans des contextes sociopolitiques oppressifs ou face \u00e0 des discriminations structurelles r\u00e9elles, prescrire l&rsquo;acceptation sans nuance comporterait le risque \u00e9thique gravissime de d\u00e9politiser la souffrance, en incitant les personnes marginalis\u00e9es \u00e0 s&rsquo;accommoder de violences syst\u00e9miques modifiables au lieu de se mobiliser pour la justice sociale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa robustesse empirique, le concept d&rsquo;acceptation suscite plusieurs d\u00e9bats vifs au sein de la communaut\u00e9 scientifique internationale.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique fondamentale concerne la validit\u00e9 de construit de certains outils de mesure. Des m\u00e9thodologistes ont soulign\u00e9 que l&rsquo;AAQ-2 pr\u00e9sente un chevauchement conceptuel marqu\u00e9 avec le n\u00e9vrosisme g\u00e9n\u00e9ral et la d\u00e9tresse psychologique globale, sugg\u00e9rant que l&rsquo;\u00e9chelle mesure parfois davantage le niveau de souffrance ressenti que la capacit\u00e9 fonctionnelle d&rsquo;acceptation elle-m\u00eame. Cela a pouss\u00e9 la recherche \u00e0 concevoir des \u00e9chelles bas\u00e9es sur des t\u00e2ches exp\u00e9rimentales informatis\u00e9es de tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;inconfort plut\u00f4t que sur de seuls auto-questionnaires d\u00e9claratifs.<\/p>\n<p>Un second d\u00e9bat porte sur les limites d&rsquo;indication de l&rsquo;acceptation. Des cliniciens objectent que dans certaines phases aigu\u00ebs de d\u00e9compensation traumatique (par exemple lors de violences conjugales en cours ou de stress post-traumatique imm\u00e9diat), la priorit\u00e9 clinique absolue doit demeurer la s\u00e9curit\u00e9 physique, la fuite salutaire de l&rsquo;environnement dangereux et la mise en \u0153uvre d&rsquo;actions d&rsquo;\u00e9vitement comportemental adaptatives. Promouvoir l&rsquo;acceptation dans de telles circonstances rel\u00e8verait d&rsquo;une erreur d&rsquo;aiguillage clinique majeure.<\/p>\n<p>Enfin, certains th\u00e9oriciens cognitivistes de la deuxi\u00e8me vague soutiennent que l&rsquo;acceptation n&rsquo;est pas un m\u00e9canisme exclusif ou alternatif \u00e0 la restructuration cognitive, mais qu&rsquo;elle constitue en r\u00e9alit\u00e9 une forme sophistiqu\u00e9e de r\u00e9\u00e9valuation cognitive implicite : en d\u00e9cidant d&rsquo;accepter une \u00e9motion, le patient modifie de fait sa m\u00e9tacroyance relative \u00e0 la dangerosit\u00e9 de cette \u00e9motion.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou conceptuel, il convient de distinguer l&rsquo;acceptation de plusieurs notions psychologiques p\u00e9riph\u00e9riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acceptation vs R\u00e9signation :<\/strong> La r\u00e9signation implique l&rsquo;abandon du pouvoir d&rsquo;agir et une soumission d\u00e9faitiste face \u00e0 la fatalit\u00e9 ; l&rsquo;acceptation est un consentement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue afin de pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;action engag\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Acceptation vs \u00c9vitement exp\u00e9rientiel :<\/strong> L&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel est la r\u00e9pulsion et la tentative syst\u00e9matique d&rsquo;\u00e9chapper aux \u00e9tats internes aversifs ; l&rsquo;acceptation en est le contrepoids direct et la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique cibl\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Acceptation vs <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pleine_conscience\">Pleine conscience<\/a> (Mindfulness) :<\/strong> La pleine conscience est une pratique attentionnelle globale consistant \u00e0 observer l&rsquo;instant pr\u00e9sent sans filtre ; l&rsquo;acceptation constitue l&rsquo;attitude affective et motivationnelle d&rsquo;accueil inh\u00e9rente \u00e0 cette observation.<\/li>\n<li><strong>Acceptation vs D\u00e9mission passive :<\/strong> La d\u00e9mission passive refuse la prise d&rsquo;initiative et attend passivement l&rsquo;extinction des \u00e9v\u00e9nements ; l&rsquo;acceptation accueille l&rsquo;inconfort pr\u00e9cis\u00e9ment pour permettre l&rsquo;initiative comportementale.<\/li>\n<li><strong>Acceptation inconditionnelle de soi vs Estime de soi :<\/strong> L&rsquo;estime de soi repose traditionnellement sur une auto-\u00e9valuation positive de ses comp\u00e9tences et m\u00e9rites (pouvant s&rsquo;effondrer en cas d&rsquo;\u00e9chec) ; l&rsquo;acceptation inconditionnelle de soi pose que la valeur d&rsquo;un \u00eatre humain est intrins\u00e8que et ne d\u00e9pend d&rsquo;aucun bar\u00e8me de performance.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;acceptation psychologique repr\u00e9sente une comp\u00e9tence adaptative fondamentale caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;ouverture volontaire aux \u00e9v\u00e9nements mentaux et sensoriels sans intention d&rsquo;\u00e9vitement inutile. Elle transforme la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine en tremplin pour la libert\u00e9 comportementale.<\/p>\n<p>Ses enseignements cardinaux peuvent \u00eatre synth\u00e9tis\u00e9s ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;acceptation est un processus dynamique, intentionnel et courageux, radicalement distinct de la passivit\u00e9, du renoncement ou de la soumission.<\/li>\n<li>Elle constitue l&rsquo;antidote clinique primordial \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel, facteur transdiagnostique central de chronicisation des troubles mentaux.<\/li>\n<li>Sur le plan neurophysiologique, elle favorise une d\u00e9sactivation amygdalienne plus harmonieuse que les efforts d&rsquo;inhibition ou de censure cognitive.<\/li>\n<li>Elle s&rsquo;articule toujours, dans les th\u00e9rapies modernes, avec l&rsquo;engagement vers des actions constructives align\u00e9es avec le syst\u00e8me de valeurs de la personne.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de ce construit s&rsquo;appuie sur des outils standardis\u00e9s tels que le CPAQ ou le CompACT, assurant un monitoring clinique pr\u00e9cis.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bond, F. W., Hayes, S. C., Baer, R. A., Carpenter, K. M., Guenole, N., Orcutt, H. K., Waltz, T., &amp; Zettle, R. D. (2011). Preliminary psychometric properties of the Acceptance and Action Questionnaire\u2013II: A revised measure of psychological inflexibility and experiential avoidance. <em>Behavior Therapy<\/em>, 42(4), 676\u2013688. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.beth.2011.03.007\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.beth.2011.03.007<\/a><\/li>\n<li>Gloster, A. T., Walder, N., Levin, M. E., Twohig, M. P., &amp; Karekla, M. (2020). The empirical status of acceptance and commitment therapy: A review of meta-analyses. <em>Journal of Contextual Behavioral Science<\/em>, 18, 181\u2013192. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jcbs.2020.09.009\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jcbs.2020.09.009<\/a><\/li>\n<li>Hayes, S. C., Strosahl, K. D., &amp; Wilson, K. G. (2011). <em>Acceptance and commitment therapy: The process and practice of mindful change<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Linehan, M. M. (1993). <em>Cognitive-behavioral treatment of borderline personality disorder<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>McCracken, L. M., Vowles, K. E., &amp; Eccleston, C. (2004). Acceptance of chronic pain: Component analysis and a revised assessment method. <em>Pain<\/em>, 107(1\u20132), 159\u2013166. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pain.2003.10.012\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pain.2003.10.012<\/a><\/li>\n<li>Rogers, C. R. (1961). <em>On becoming a person: A therapist&rsquo;s view of psychotherapy<\/em>. Houghton Mifflin.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la d\u00e9finition approfondie de l&rsquo;acceptation en psychologie, ses m\u00e9canismes cliniques, ses origines th\u00e9oriques et son r\u00f4le cl\u00e9 dans la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[23784,3,1399],"tags":[2168,1298,711,2223,841,1401],"class_list":["post-19323","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-developpement-personnel","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","tag-acceptation","tag-flexibilite-psychologique","tag-pleine-conscience","tag-psychotherapie","tag-regulation-emotionnelle","tag-therapie-dacceptation-et-dengagement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19323","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19323\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19323"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19323"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19323"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}