{"id":19250,"date":"2026-10-21T20:02:48","date_gmt":"2026-10-21T20:02:48","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques"},"modified":"2026-10-21T20:02:48","modified_gmt":"2026-10-21T20:02:48","slug":"absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques","title":{"rendered":"Absence non autoris\u00e9e : Dynamiques et enjeux"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e, universellement d\u00e9sign\u00e9e par l&rsquo;acronyme militaire anglo-saxon AWOL (<em>Absence Without Leave<\/em>), constitue un comportement de rupture qui interpelle simultan\u00e9ment la psychiatrie clinique, la psychologie organisationnelle et la psychologie des arm\u00e9es. Bien loin de se r\u00e9sumer \u00e0 une simple transgression disciplinaire ou \u00e0 un manquement administratif, cette conduite traduit fr\u00e9quemment une d\u00e9tresse psychologique aigu\u00eb, une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 un environnement per\u00e7u comme intol\u00e9rable ou l&rsquo;expression agie d&rsquo;un trouble psychiatrique sous-jacent. L&rsquo;analyse fouill\u00e9e de ce ph\u00e9nom\u00e8ne met en lumi\u00e8re les tensions complexes entre la pr\u00e9servation de l&rsquo;autonomie individuelle, la contrainte institutionnelle et les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation du stress face \u00e0 des contextes de vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame.<\/p>\n<h2>Absence non autoris\u00e9e (AWOL)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e (AWOL) d\u00e9signe l&rsquo;abandon temporaire ou le non-ralliement d&rsquo;un poste, d&rsquo;un cantonnement, d&rsquo;une unit\u00e9 de soins ferm\u00e9e ou d&rsquo;un lieu de travail d\u00e9sign\u00e9, sans permission officielle, sans cong\u00e9 accord\u00e9 et sans justification m\u00e9dicale formellement valid\u00e9e par l&rsquo;autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Bien qu&rsquo;ancr\u00e9e historiquement dans le droit p\u00e9nal militaire pour qualifier l&rsquo;infraction consistant \u00e0 quitter ses devoirs sans intention d\u00e9finitive de d\u00e9serter, la notion a \u00e9t\u00e9 largement int\u00e9gr\u00e9e dans le vocabulaire de la psychiatrie hospitali\u00e8re pour caract\u00e9riser la fugue ou l&rsquo;\u00e9chappement non concert\u00e9 d&rsquo;un patient hospitalis\u00e9 sous contrainte ou en service libre.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;AWOL se d\u00e9finit comme une conduite d&rsquo;\u00e9vitement comportemental ou d&rsquo;agir (acting-out) survenant lorsqu&rsquo;un individu subit une surcharge cognitive, affective ou environnementale qui d\u00e9passe ses capacit\u00e9s de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle. L&rsquo;acte de quitter le cadre institutionnel sans autorisation mat\u00e9rialise une rupture brutale de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique ou du contrat organisationnel, souvent pr\u00e9cipit\u00e9e par un sentiment d&rsquo;oppression, une angoisse pers\u00e9cutoire, une impulsivit\u00e9 marqu\u00e9e ou un d\u00e9sir imp\u00e9rieux de retrouver des rep\u00e8res familiers.<\/p>\n<p>Dans le domaine organisationnel plus large, le terme est employ\u00e9 m\u00e9taphoriquement ou techniquement pour qualifier les formes les plus s\u00e9v\u00e8res d&rsquo;absent\u00e9isme impr\u00e9vu, dans lesquelles le collaborateur interrompt toute communication avec son employeur, d\u00e9notant un d\u00e9sengagement profond, une d\u00e9tresse morale non formul\u00e9e ou un \u00e9tat de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_d%27%C3%A9puisement_professionnel\">syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel<\/a> avanc\u00e9.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme \u00ab AWOL \u00bb provient de la locution anglaise <em>Absent Without Leave<\/em>, dont l&rsquo;usage s&rsquo;est formalis\u00e9 dans les r\u00e8glements militaires britanniques et am\u00e9ricains au cours du XIXe si\u00e8cle, avant de devenir un terme d&rsquo;usage courant durant la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale. Le mot <em>leave<\/em> d\u00e9rive du vieil anglais <em>l\u0113af<\/em> (qui signifie permission, licence ou cong\u00e9), apparent\u00e9 au terme allemand <em>Erlaubnis<\/em> et au n\u00e9erlandais <em>verlof<\/em>. Le mot <em>absence<\/em> proc\u00e8de du latin <em>absentia<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>abesse<\/em> (\u00eatre \u00e9loign\u00e9, \u00eatre absent), form\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif ou s\u00e9paratif <em>ab-<\/em> (loin de) et de <em>esse<\/em> (\u00eatre).<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, la notion trouve son \u00e9quivalent r\u00e9glementaire historique dans l&rsquo;expression \u00ab absence sans permission \u00bb ou \u00ab absence irr\u00e9guli\u00e8re \u00bb, codifi\u00e9e dans le Code de justice militaire. L&#8217;emprunt direct de l&rsquo;acronyme anglo-saxon s&rsquo;est toutefois impos\u00e9 dans les publications internationales de psychiatrie m\u00e9dico-l\u00e9gale et de psychopathologie militaire (sous la forme lexicalis\u00e9e AWOL, parfois prononc\u00e9e phon\u00e9tiquement \u00ab a-wol \u00bb), en raison de la concision du terme pour d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9chappement hospitalier ou le manquement op\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du terme dans le champ clinique hospitalier s&rsquo;est produite au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques nord-am\u00e9ricaines consacr\u00e9es aux \u00ab psychiatric elopements \u00bb et aux d\u00e9parts non autoris\u00e9s des institutions asilaires et des h\u00f4pitaux pour anciens combattants (<em>Veterans Affairs hospitals<\/em>).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, l&rsquo;expression principale s&rsquo;articule comme un groupe nominal f\u00e9minin : \u00ab l&rsquo;absence non autoris\u00e9e \u00bb [ap.s\u0251\u0303s n\u0254\u0303.n\u203fo.t\u0254.\u0281i.ze] ou \u00ab l&rsquo;absence sans permission \u00bb [ap.s\u0251\u0303s s\u0251\u0303 p\u025b\u0281.mi.sj\u0254\u0303]. Lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 comme acronyme emprunt\u00e9, \u00ab AWOL \u00bb fonctionne principalement comme un substantif masculin invariable (\u00ab un AWOL \u00bb, d\u00e9signant l&rsquo;acte ou l&rsquo;\u00e9pisode d&rsquo;absence) ou comme un modificateur adjectival invariable dans des expressions calqu\u00e9es telles que \u00ab \u00eatre AWOL \u00bb (\u00e9quivalent de \u00ab \u00eatre en absence irr\u00e9guli\u00e8re \u00bb ou \u00ab avoir fugu\u00e9 \u00bb). La prononciation usuelle en milieu francophone m\u00e9dical ou universitaire suit la phon\u00e9tique anglaise francis\u00e9e [e\u026a.w\u0252l] ou plus couramment [a.w\u0254l].<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le terme s&rsquo;int\u00e8gre au lexique m\u00e9dico-l\u00e9gal et institutionnel au travers de collocations r\u00e9currentes : \u00ab commettre une absence non autoris\u00e9e \u00bb, \u00ab taux d&rsquo;AWOL en milieu psychiatrique \u00bb, \u00ab protocole de gestion des absences non autoris\u00e9es \u00bb ou encore \u00ab profil \u00e0 risque d&rsquo;AWOL \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e repr\u00e9sente un ph\u00e9nom\u00e8ne multidimensionnel qui se situe \u00e0 l&rsquo;intersection de la libert\u00e9 de circulation, de la psychopathologie de l&rsquo;impulsivit\u00e9 et des devoirs inh\u00e9rents \u00e0 un collectif structur\u00e9. Pour comprendre l&rsquo;essence de l&rsquo;AWOL, il convient d&rsquo;analyser les diff\u00e9rentes forces dynamiques qui sous-tendent ce comportement : la rupture du cadre, la tentative d&rsquo;auto-pr\u00e9servation psychique et la d\u00e9faillance des m\u00e9canismes de n\u00e9gociation relationnelle.<\/p>\n<p>Dans le paradigme psychiatrique, l&rsquo;AWOL transcende le simple d\u00e9part d&rsquo;un b\u00e2timent hospitalier. Il constitue une rupture radicale de l&rsquo;environnement contenant (<em>holding<\/em>) th\u00e9oris\u00e9 par Donald Winnicott. Le patient qui quitte sans autorisation le service psychiatrique fuit g\u00e9n\u00e9ralement une angoisse interne massive projet\u00e9e sur l&rsquo;institution soignante. L&rsquo;espace hospitalier, initialement con\u00e7u comme protecteur et th\u00e9rapeutique, est soudainement appr\u00e9hend\u00e9 par le patient comme un lieu de pers\u00e9cution, d&rsquo;enfermement insoutenable ou de perte d&rsquo;identit\u00e9. L&rsquo;acte d&rsquo;AWOL devient ainsi une tentative paradoxale de r\u00e9appropriation de son autonomie motrice face \u00e0 une d\u00e9sorganisation psychique imminente.<\/p>\n<p>Dans le contexte des organisations \u00e0 haute fiabilit\u00e9 et des structures militaires, l&rsquo;absence sans permission constitue une rupture d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou dissociative du lien d&rsquo;all\u00e9geance et de subordination. L&rsquo;individu s&rsquo;abstrait des exigences de la mission en raison d&rsquo;un effondrement de sa r\u00e9silience morale ou d&rsquo;un conflit insurmontable entre ses imp\u00e9ratifs personnels (crise familiale, maladie d&rsquo;un proche, \u00e9puisement \u00e9motionnel) et les exigences institutionnelles. Loin d&rsquo;\u00eatre un acte gratuit d&rsquo;insoumission, l&rsquo;AWOL militaire s&rsquo;enracine tr\u00e8s couramment dans un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_de_stress_post-traumatique\">trouble de stress post-traumatique<\/a> non diagnostiqu\u00e9, un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur ou une r\u00e9action aigu\u00eb \u00e0 un stress op\u00e9rationnel intense.<\/p>\n<p>L&rsquo;AWOL pose \u00e9galement d&rsquo;\u00e9pineux dilemmes \u00e9thiques et juridiques. En milieu de soins, l&rsquo;absence non autoris\u00e9e confronte l&rsquo;\u00e9quipe soignante \u00e0 la dialectique fondamentale entre bienfaisance, non-malfaisance et respect de l&rsquo;autonomie du patient. Si le d\u00e9part d&rsquo;un individu hospitalis\u00e9 sans consentement engage la responsabilit\u00e9 juridique de l&rsquo;\u00e9tablissement en raison des risques imminents de passage \u00e0 l&rsquo;acte auto- ou h\u00e9t\u00e9ro-agressif, la sur-s\u00e9curisation des unit\u00e9s ferm\u00e9es pour pr\u00e9venir les AWOL peut paradoxalement exacerber la claustrophobie institutionnelle et pr\u00e9cipiter de nouvelles tentatives de fugue.<\/p>\n<p>Enfin, sur le versant organisationnel contemporain, l&rsquo;absence non autoris\u00e9e refl\u00e8te une \u00e9rosion critique du contrat psychologique implicite liant le travailleur \u00e0 l&rsquo;entreprise. Lorsqu&rsquo;un salari\u00e9 s&rsquo;absente de mani\u00e8re non signal\u00e9e et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, ce comportement signale l&rsquo;inefficacit\u00e9 des canaux conventionnels d&rsquo;expression de la souffrance au travail, t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9tresse silencieuse ou d&rsquo;une protestation passive contre un management d\u00e9shumanisant ou des conditions d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;absence non autoris\u00e9e est consubstantielle \u00e0 celle de la codification des arm\u00e9es permanentes. Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine, le soldat qui abandonnait son poste sans permission subissait des sanctions corporelles exemplaires ou la peine capitale par <em>fustuarium<\/em>. La distinction l\u00e9gale entre la d\u00e9sertion (abandon d\u00e9finitif avec refus de servir) et l&rsquo;absence ill\u00e9gitime temporaire s&rsquo;est affin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne. Sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime et l&rsquo;\u00e8re napol\u00e9onienne en Europe, les ordonnances militaires ont commenc\u00e9 \u00e0 graduer les sanctions en fonction de la dur\u00e9e de l&rsquo;absence et de la distance parcourue par le soldat fugitif.<\/p>\n<p>Durant la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine (1861-1865), les deux camps ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des taux end\u00e9miques d&rsquo;AWOL, caus\u00e9s par le manque d&rsquo;entra\u00eenement des conscrits et le besoin pressant des soldats-fermiers de retourner temporairement aider leurs familles lors des r\u00e9coltes. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que l&rsquo;abr\u00e9viation \u00ab AWOL \u00bb s&rsquo;est diffus\u00e9e dans les registres d&rsquo;appel militaires. Durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, des milliers de soldats britanniques et fran\u00e7ais en rupture de ban ont \u00e9t\u00e9 traduits en cour martiale pour absence sans permission, souvent cons\u00e9cutive \u00e0 ce que les psychiatres de l&rsquo;\u00e9poque nommaient l&rsquo;\u00ab obusite \u00bb ou le \u00ab choc d&rsquo;obus \u00bb (<em>shell shock<\/em>), aujourd&rsquo;hui reconnu comme trauma de guerre.<\/p>\n<p>Dans le domaine m\u00e9dical et psychiatrique, l&rsquo;histoire de l&rsquo;AWOL suit l&rsquo;\u00e9volution des asiles d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s au XIXe si\u00e8cle. Avec la naissance de l&rsquo;ali\u00e9nisme sous la houlette de Philippe Pinel et Jean-\u00c9tienne Esquirol, la \u00ab fugue des ali\u00e9n\u00e9s \u00bb a fait l&rsquo;objet de classifications nosologiques minutieuses, souvent rattach\u00e9e \u00e0 la manie, \u00e0 la d\u00e9mence pr\u00e9coce ou \u00e0 l&rsquo;automatisme ambulatoire des \u00e9pileptiques. Le grand neurologue Jean-Martin Charcot et ses contemporains ont longuement dissert\u00e9 sur les \u00ab dromomanes \u00bb ou \u00ab voyageurs pathologiques \u00bb, individus pris d&rsquo;un besoin irr\u00e9pressible de marcher et de fuir leur environnement habituel.<\/p>\n<p>Le mouvement de d\u00e9sinstitutionnalisation psychiatrique initi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 et 1970 a radicalement transform\u00e9 la nature de l&rsquo;AWOL hospitalier. L&rsquo;ouverture progressive des portes des asiles et le d\u00e9veloppement de la sectorisation ont rendu les d\u00e9parts non autoris\u00e9s plus visibles et fr\u00e9quents, incitant la psychiatrie moderne \u00e0 d\u00e9velopper des protocoles rigoureux de gestion des risques plut\u00f4t que d&rsquo;accentuer un enfermement carc\u00e9ral syst\u00e9matique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de l&rsquo;absence non autoris\u00e9e mobilise plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs issus de la psychodynamique, des th\u00e9ories du stress et de la psychologie sociale.<\/p>\n<p>Sur le plan psychanalytique et psychodynamique, l&rsquo;AWOL est principalement con\u00e7u comme un <em>acting-out<\/em> (passage \u00e0 l&rsquo;acte d\u00e9fensif). Selon les travaux d&rsquo;Otto Kernberg sur les organisations limites de la personnalit\u00e9, l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 m\u00e9taboliser des affects d\u00e9pressifs ou agressifs intenses entra\u00eene une d\u00e9charge motrice imm\u00e9diate. L&rsquo;\u00e9loignement physique du lieu de soins ou de devoir op\u00e8re comme un clivage projectif : le sujet d\u00e9pose l&rsquo;angoisse dans le lieu qu&rsquo;il abandonne, cherchant \u00e0 restaurer une illusion de toute-puissance et de contr\u00f4le face \u00e0 un sentiment mena\u00e7ant d&rsquo;engloutissement institutionnel. La th\u00e9orie de l&rsquo;attachement d\u00e9velopp\u00e9e par John Bowlby fournit \u00e9galement une grille de lecture f\u00e9conde : face \u00e0 une menace per\u00e7ue, les individus dot\u00e9s d&rsquo;un attachement ins\u00e9curisant \u00e9vitant ont tendance \u00e0 d\u00e9sactiver leur syst\u00e8me d&rsquo;attachement et \u00e0 fuir physiquement la proximit\u00e9 d&rsquo;autrui pour r\u00e9guler leur d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitivo-comportemental, le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9vitement conditionn\u00e9 explique l&rsquo;AWOL comme une r\u00e9ponse de fuite face \u00e0 des stimuli aversifs intol\u00e9rables. L&rsquo;individu \u00e9value l&rsquo;environnement imm\u00e9diat (l&rsquo;unit\u00e9 psychiatrique, le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9rations militaires, le lieu de travail toxique) comme une source de danger ou d&rsquo;inconfort insurmontable. Selon la th\u00e9orie transactionnelle du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman, lorsque les exigences de la situation d\u00e9passent les ressources per\u00e7ues d&rsquo;adaptation (<em>coping<\/em>), et que les strat\u00e9gies centr\u00e9es sur le probl\u00e8me sont inaccessibles, le coping d&rsquo;\u00e9vitement comportemental s&rsquo;impose comme l&rsquo;unique issue per\u00e7ue pour r\u00e9duire imm\u00e9diatement le niveau d&rsquo;\u00e9veil anxieux.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie des organisations, l&rsquo;AWOL s&rsquo;int\u00e8gre au mod\u00e8le du retrait professionnel (<em>withdrawal model<\/em>) et \u00e0 la th\u00e9orie de la conservation des ressources de Stevan Hobfoll. Lorsque les employ\u00e9s constatent un \u00e9puisement irr\u00e9versible de leurs ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, \u00e9motionnelles et mat\u00e9rielles au sein de leur environnement de travail, l&rsquo;absence impr\u00e9vue et non autoris\u00e9e constitue l&rsquo;ultime rempart pour pr\u00e9server leur sant\u00e9 mentale r\u00e9siduelle face \u00e0 des stresseurs chroniques incontr\u00f4lables.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e ne constitue pas un acte homog\u00e8ne. Elle se subdivise en plusieurs composantes, formes cliniques et dimensions dynamiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL impulsif ou r\u00e9actionnel :<\/strong> D\u00e9part soudain, non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, d\u00e9clench\u00e9 imm\u00e9diatement par un \u00e9v\u00e9nement stressant ponctuel (une altercation avec un soignant ou un sup\u00e9rieur, l&rsquo;annonce d&rsquo;une mauvaise nouvelle familiale, un acc\u00e8s d&rsquo;angoisse panique ou un sentiment insupportable de frustration).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL planifi\u00e9 ou intentionnel :<\/strong> \u00c9chappement m\u00e9thodique pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance, o\u00f9 le sujet dissimule des effets personnels, organise un transport ou un h\u00e9bergement ext\u00e9rieur, souvent motiv\u00e9 par un refus d&rsquo;obtemp\u00e9rer \u00e0 une d\u00e9cision administrative, un d\u00e9sir de recouvrer sa libert\u00e9 ou des obligations per\u00e7ues comme prioritaires \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL psychotique ou dissociatif :<\/strong> Fuite gouvern\u00e9e par des sympt\u00f4mes psychiatriques florides, tels que des hallucinations acoustico-verbales imp\u00e9ratives ordonnant le d\u00e9part, un d\u00e9lire de pers\u00e9cution dans lequel l&rsquo;institution est v\u00e9cue comme mortif\u00e8re, ou un \u00e9tat cr\u00e9pusculaire\/confusionnel avec errance d\u00e9sorient\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le non-retour d&rsquo;autorisation de sortie :<\/strong> Modalit\u00e9 indirecte d&rsquo;AWOL o\u00f9 l&rsquo;individu, ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une permission l\u00e9gitime temporaire (permission de sortie th\u00e9rapeutique le week-end, quartier-libre militaire), ne r\u00e9int\u00e8gre pas la structure \u00e0 l&rsquo;heure prescrite et coupe tout contact.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;AWOL addictif ou de qu\u00eate :<\/strong> Conduite d&rsquo;\u00e9chappement sp\u00e9cifiquement motiv\u00e9e par un besoin irr\u00e9pressible (<em>craving<\/em>) de se procurer des substances psychoactives (alcool, drogues illicites) non accessibles au sein de l&rsquo;environnement contr\u00f4l\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Dimension temporelle et g\u00e9ographique :<\/strong> L&rsquo;absence peut varier de la br\u00e8ve fugue de quelques heures dans le p\u00e9rim\u00e8tre imm\u00e9diat de l&rsquo;\u00e9tablissement jusqu&rsquo;\u00e0 la disparition prolong\u00e9e de plusieurs semaines n\u00e9cessitant le recours aux forces de l&rsquo;ordre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser les manifestations de l&rsquo;absence non autoris\u00e9e, trois situations paradigmatiques illustrent la diversit\u00e9 de ce comportement :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;AWOL psychiatrique en milieu hospitalier ferm\u00e9.<\/strong> Un patient de 24 ans, hospitalis\u00e9 sous contrainte pour un premier \u00e9pisode psychotique aigu avec th\u00e9matique pers\u00e9cutoire, pr\u00e9sente une m\u00e9fiance extr\u00eame envers l&rsquo;\u00e9quipe soignante. Persuad\u00e9 que la nourriture servie est empoisonn\u00e9e et que les soignants sont des agents hostiles, il profite de l&rsquo;ouverture temporaire d&rsquo;un sas de s\u00e9curit\u00e9 lors de la livraison des repas pour s&rsquo;\u00e9chapper en courant. Son AWOL n&rsquo;est pas une r\u00e9bellion raisonn\u00e9e, mais une fuite \u00e9perdue command\u00e9e par une terreur d\u00e9lirante intense. La prise en charge n\u00e9cessite une intervention coordonn\u00e9e des forces de s\u00e9curit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9quipe mobile pour le localiser rapidement, \u00e9vitant ainsi un accident de la voie publique ou un geste d&rsquo;auto-agression sous angoisse panique.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;AWOL militaire en zone d&rsquo;engagement ou de pr\u00e9paration op\u00e9rationnelle.<\/strong> Un jeune engag\u00e9 de 20 ans, soumis \u00e0 un entra\u00eenement intensif pr\u00e9-d\u00e9ploiement, re\u00e7oit un appel l&rsquo;informant de la tentative de suicide de sa compagne et de menaces d&rsquo;expulsion de leur logement. Face au refus de sa hi\u00e9rarchie de lui accorder une permission exceptionnelle en raison des contraintes d&rsquo;exercice, le militaire quitte la base pendant la nuit sans autorisation pour rejoindre son domicile. L&rsquo;expertise psychologique militaire r\u00e9v\u00e9lera un \u00e9tat de d\u00e9tresse psychique s\u00e9v\u00e8re avec sentiment d&rsquo;impuissance insurmontable, disqualifiant l&rsquo;accusation de l\u00e2chet\u00e9 au profit d&rsquo;un trouble de l&rsquo;adaptation avec humeur d\u00e9pressive n\u00e9cessitant un rapatriement sanitaire et un soutien psychoth\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : L&rsquo;absence non autoris\u00e9e organisationnelle par \u00e9puisement.<\/strong> Une cadre de sant\u00e9 de 45 ans, confront\u00e9e depuis plusieurs mois \u00e0 un sous-effectif critique, \u00e0 un harc\u00e8lement institutionnel larv\u00e9 et \u00e0 une charge mentale d\u00e9mesur\u00e9e, cesse soudainement de se pr\u00e9senter \u00e0 son poste un lundi matin sans avertir sa direction et \u00e9teint son t\u00e9l\u00e9phone professionnel. Cette rupture totale de contact, qualifi\u00e9e administrativement d&rsquo;absence non autoris\u00e9e, masque en r\u00e9alit\u00e9 un effondrement psychique brutal de type <em>burnout<\/em> s\u00e9v\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9 par une sid\u00e9ration anxieuse et une incapacit\u00e9 physique \u00e0 franchir les portes de son lieu de travail.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation du risque d&rsquo;absence non autoris\u00e9e constitue une priorit\u00e9 clinique, particuli\u00e8rement dans les services de psychiatrie et les milieux p\u00e9nitentiaires ou militaires. Divers instruments psychom\u00e9triques et protocoles structur\u00e9s de jugement professionnel permettent de quantifier ce risque :<\/p>\n<p>En psychiatrie m\u00e9dico-l\u00e9gale et g\u00e9n\u00e9rale, des outils standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation du risque de violence et de fugue sont couramment employ\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;instar du <em>HCR-20<\/em> (\u00e9valuation du risque de violence qui int\u00e8gre les ant\u00e9c\u00e9dents de rupture de cadre) ou de grilles sp\u00e9cifiques d&rsquo;\u00e9valuation du risque de fugue hospitali\u00e8re. Ces instruments examinent des variables statiques et dynamiques :<\/p>\n<ul>\n<li>Les ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;AWOL ou de fugues ant\u00e9rieures (facteur pr\u00e9dictif le plus robuste de r\u00e9cidive).<\/li>\n<li>Le statut l\u00e9gal d&rsquo;admission (les hospitalisations sous contrainte pr\u00e9sentent des taux d&rsquo;AWOL significativement plus \u00e9lev\u00e9s que les admissions libres).<\/li>\n<li>La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;agitation psychomotrice et de l&rsquo;impulsivit\u00e9 mesur\u00e9e par des \u00e9chelles telles que la <em>BPRS<\/em> (<em>Brief Psychiatric Rating Scale<\/em>) ou la <em>PANSS<\/em> (<em>Positive and Negative Syndrome Scale<\/em>).<\/li>\n<li>L&rsquo;anosognosie ou l&rsquo;absence d&rsquo;<em>insight<\/em> (d\u00e9ni du trouble mental et du besoin de soins th\u00e9rapeutiques).<\/li>\n<li>La pr\u00e9sence de comorbidit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;usage de substances psychoactives \u00e9valu\u00e9e par des \u00e9chelles de d\u00e9pendance.<\/li>\n<li>Le niveau de d\u00e9tresse affective et d&rsquo;id\u00e9ation suicidaire sous-jacente.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En psychologie du travail et des arm\u00e9es, les taux d&rsquo;absent\u00e9isme irr\u00e9gulier sont monitor\u00e9s au travers d&rsquo;indicateurs de climat social, de bilans psychologiques d&rsquo;aptitude et d&rsquo;entretiens de retour au poste, visant \u00e0 identifier pr\u00e9cocement les indices d&rsquo;ali\u00e9nation au travail ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress op\u00e9rationnel.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de l&rsquo;AWOL engendre des retomb\u00e9es directes sur les pratiques institutionnelles, l&rsquo;architecture hospitali\u00e8re et les protocoles de s\u00e9curit\u00e9 :<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;architecture hospitali\u00e8re contemporaine et du design th\u00e9rapeutique, la pr\u00e9vention de l&rsquo;AWOL a incit\u00e9 \u00e0 repenser les environnements de soins. L&rsquo;approche moderne pr\u00e9conise la r\u00e9duction des \u00e9l\u00e9ments carc\u00e9raux au profit d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 environnementale passive : cr\u00e9ation de jardins int\u00e9rieurs s\u00e9curis\u00e9s et apaisants, am\u00e9lioration de la luminosit\u00e9 naturelle, r\u00e9duction des nuisances sonores et am\u00e9nagement d&rsquo;espaces privatifs pr\u00e9servant l&rsquo;intimit\u00e9. Ces am\u00e9nagements r\u00e9duisent significativement le sentiment d&rsquo;oppression spatiale \u00e0 l&rsquo;origine de nombreuses fugues impulsives.<\/p>\n<p>Sur le plan organisationnel et clinique, des mod\u00e8les de soins innovants tels que le mod\u00e8le <em>Safewards<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9 par le professeur Len Bowers au Royaume-Uni, ont d\u00e9montr\u00e9 une efficacit\u00e9 majeure pour diminuer les d\u00e9parts non autoris\u00e9s sans recourir \u00e0 la coercition m\u00e9canique. En formant les \u00e9quipes soignantes \u00e0 la d\u00e9sescalade verbale, \u00e0 l&rsquo;accueil chaleureux lors des admissions, \u00e0 la transparence des r\u00e8gles de vie et \u00e0 la prise en compte proactive des angoisses des patients, les taux d&rsquo;AWOL chutent consid\u00e9rablement, favorisant une solide <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alliance_th%C3%A9rapeutique\">alliance th\u00e9rapeutique<\/a>.<\/p>\n<p>Dans les arm\u00e9es modernes, la d\u00e9tection des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 pr\u00e9disposant \u00e0 l&rsquo;AWOL a favoris\u00e9 la mise en place de structures d&rsquo;\u00e9coute psychologique d\u00e9centralis\u00e9es, de cellules de soutien m\u00e9dico-psychologique au plus pr\u00e8s des r\u00e9giments et de programmes de sensibilisation des cadres de contact, \u00e9vitant de judiciariser imm\u00e9diatement des comportements relevant initialement d&rsquo;une souffrance psychique traitable.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale fournit un corpus substantiel de donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques et cliniques sur l&rsquo;absence non autoris\u00e9e en milieu de soins psychiatriques. Les m\u00e9ta-analyses et \u00e9tudes de cohorte mettent en \u00e9vidence des constances statistiques remarquables.<\/p>\n<p>Les travaux de r\u00e9f\u00e9rence men\u00e9s par Len Bowers et son \u00e9quipe de recherche \u00e0 l&rsquo;Institut de psychiatrie du King&rsquo;s College de Londres ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le profil modal du patient psychiatrique effectuant un AWOL est g\u00e9n\u00e9ralement un homme jeune, c\u00e9libataire, sans emploi, diagnostiqu\u00e9 avec une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> ou un trouble du spectre psychotique, souvent consommateur de toxiques, et hospitalis\u00e9 sous un r\u00e9gime de soins sans consentement. Leurs recherches d\u00e9montrent que la majorit\u00e9 des d\u00e9parts non autoris\u00e9s se produisent durant les premi\u00e8res semaines suivant l&rsquo;admission, p\u00e9riode o\u00f9 l&rsquo;angoisse d&rsquo;adaptation et le refus des soins atteignent leur acm\u00e9.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude empirique longitudinale majeure men\u00e9e par Hunt et al. (2010) au Royaume-Uni a soulign\u00e9 la gravit\u00e9 des risques encourus lors d&rsquo;un AWOL : les patients en absence non autoris\u00e9e pr\u00e9sentent un risque de suicide multipli\u00e9 de fa\u00e7on alarmante par rapport aux patients pr\u00e9sents dans l&rsquo;unit\u00e9, une proportion notable des suicides de patients hospitalis\u00e9s survenant pr\u00e9cis\u00e9ment en dehors des murs de l&rsquo;h\u00f4pital apr\u00e8s une fugue non d\u00e9tect\u00e9e. De surcro\u00eet, le risque de victimisation ext\u00e9rieure ou d&rsquo;aggravation s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tat somatique (exposition aux intemp\u00e9ries, d\u00e9shydratation, traumatismes) est hautement pr\u00e9valent.<\/p>\n<p>Des recherches men\u00e9es par le minist\u00e8re am\u00e9ricain des Anciens Combattants (VA) sur les militaires AWOL ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une forte proportion de soldats absents sans permission remplissaient r\u00e9trospectivement les crit\u00e8res diagnostiques complets de traumatismes cr\u00e2niens l\u00e9gers non d\u00e9cel\u00e9s, de troubles anxieux s\u00e9v\u00e8res ou d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;abus sexuels subis durant le service militaire, infirmant l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9ductrice d&rsquo;un simple opportunisme frauduleux.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception et la fr\u00e9quence de l&rsquo;absence non autoris\u00e9e varient consid\u00e9rablement selon les contextes culturels et les philosophies nationales des soins de sant\u00e9 mentale. Dans les cultures collectivistes, o\u00f9 les liens familiaux et communautaires exercent une r\u00e9gulation sociale intense, le taux d&rsquo;AWOL individuel peut \u00eatre mod\u00e9r\u00e9 par la pr\u00e9sence constante de membres de la famille \u00e9largie au chevet du patient, assumant une fonction de co-gardiennage bienveillant et de m\u00e9diation relationnelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les soci\u00e9t\u00e9s individualistes occidentales, l&rsquo;accent mis sur les libert\u00e9s fondamentales et le droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination colore diff\u00e9remment le d\u00e9bat sur l&rsquo;AWOL. Dans des pays comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, le mouvement vers des services psychiatriques compl\u00e8tement ouverts (\u00ab open-door policies \u00bb) a montr\u00e9, contre toute attente, que le d\u00e9verrouillage mesur\u00e9 des portes n&rsquo;augmentait pas syst\u00e9matiquement les AWOL, mais diminuait au contraire le climat de tension et le d\u00e9sir compulsif de fuir une structure v\u00e9cue comme carc\u00e9rale.<\/p>\n<p>En anthropologie m\u00e9dicale, l&rsquo;acte de fuite d&rsquo;un patient issu de minorit\u00e9s culturelles ou de populations migrantes peut \u00e9galement refl\u00e9ter un profond d\u00e9calage herm\u00e9neutique : l&rsquo;incompr\u00e9hension des repr\u00e9sentations culturelles de la maladie mentale, la barri\u00e8re linguistique et la crainte d&rsquo;une pers\u00e9cution administrative peuvent transformer l&rsquo;institution hospitali\u00e8re en une menace terrifiante, pr\u00e9cipitant l&rsquo;AWOL comme une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de retrouver des pratiques de gu\u00e9rison traditionnelles ou une protection communautaire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le concept d&rsquo;absence non autoris\u00e9e suscite des controverses nourries au sein de la communaut\u00e9 psychiatrique et \u00e9thique contemporaine. La principale critique porte sur la nature normative et asym\u00e9trique du terme. Qualifier un patient d&rsquo;\u00ab AWOL \u00bb ou de \u00ab fugueur \u00bb tend \u00e0 attribuer l&rsquo;enti\u00e8re responsabilit\u00e9 du dysfonctionnement \u00e0 la personne soign\u00e9e, masquant les failles institutionnelles, le manque d&rsquo;humanit\u00e9 de certains soins, la surpopulation des services et l&rsquo;indisponibilit\u00e9 du personnel soignant pour instaurer un dialogue apaisant.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat concerne les technologies de surveillance num\u00e9rique. L&rsquo;utilisation croissante de bracelets \u00e9lectroniques \u00e0 radiofr\u00e9quence (RFID), de puces GPS ou de cam\u00e9ras de reconnaissance faciale pour pr\u00e9venir les AWOL chez les personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9sorient\u00e9es atteintes de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a> ou chez les patients sous contrainte soul\u00e8ve de vives inqui\u00e9tudes \u00e9thiques. Si ces dispositifs r\u00e9duisent le risque d&rsquo;\u00e9loignement tragique, ils peuvent porter atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 intrins\u00e8que, transformer le lieu de soins en panoptique technologique et dispenser l&rsquo;institution de fournir un encadrement humain suffisant.<\/p>\n<p>Dans le domaine militaire, la fronti\u00e8re disciplinaire entre l&rsquo;AWOL et la d\u00e9sertion fait l&rsquo;objet de contestations juridiques r\u00e9currentes. L&rsquo;absence de prise en compte syst\u00e9matique de la d\u00e9tresse psychologique par les juridictions d&rsquo;exception a historiquement conduit \u00e0 des condamnations disproportionn\u00e9es de combattants en \u00e9tat de dissociation p\u00e9ritraumatique, ouvrant la voie \u00e0 des campagnes de r\u00e9habilitation posthume pour les soldats fusill\u00e9s pour l&rsquo;exemple au cours du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>La distinction rigoureuse entre l&rsquo;AWOL et d&rsquo;autres notions fronti\u00e8res s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9sertion :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;AWOL qui implique l&rsquo;absence d&rsquo;intention d\u00e9finitive d&rsquo;abandonner son service (ou une intention ambigu\u00eb), la d\u00e9sertion se caract\u00e9rise juridiquement par la volont\u00e9 r\u00e9solue de rompre d\u00e9finitivement les liens avec l&rsquo;institution militaire ou de se soustraire \u00e0 un p\u00e9ril imminent face \u00e0 l&rsquo;ennemi.<\/li>\n<li><strong>Fugue psychiatrique :<\/strong> Terme clinique francophone souvent utilis\u00e9 comme synonyme d&rsquo;AWOL hospitalier, mais qui englobe \u00e9galement des comportements d&rsquo;errance dissociative en dehors de tout cadre d&rsquo;enfermement institutionnel (fugue amn\u00e9sique, dromomanie).<\/li>\n<li><strong>Sortie contre avis m\u00e9dical (SCAM) :<\/strong> Situation o\u00f9 le patient quitte l&rsquo;\u00e9tablissement de soins de mani\u00e8re formelle et d\u00e9clar\u00e9e, en signant une d\u00e9charge administrative reconnaissant qu&rsquo;il agit contre les recommandations m\u00e9dicales, contrairement \u00e0 l&rsquo;AWOL qui s&rsquo;effectue clandestinement et sans formalit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9sent\u00e9isme :<\/strong> Antonyme comportemental sur le versant organisationnel, o\u00f9 le travailleur est physiquement pr\u00e9sent \u00e0 son poste mais dans un \u00e9tat de fonctionnement psychologique ou somatique profond\u00e9ment d\u00e9grad\u00e9, incapable d&rsquo;accomplir ses t\u00e2ches avec efficacit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Absent\u00e9isme ordinaire :<\/strong> Manquement au travail g\u00e9n\u00e9ralement justifi\u00e9 <em>a posteriori<\/em> par un arr\u00eat maladie ou des motifs conventionnels, distinct de l&rsquo;AWOL qui se caract\u00e9rise par l&rsquo;absence d&rsquo;autorisation pr\u00e9alable et la rupture unilat\u00e9rale de communication.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e (AWOL) incarne un ph\u00e9nom\u00e8ne clinique et sociologique d&rsquo;une haute complexit\u00e9 qui d\u00e9passe le cadre d&rsquo;une simple infraction disciplinaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine et d\u00e9finition :<\/strong> Issu du vocabulaire militaire d\u00e9signant l&rsquo;absence sans permission, le terme caract\u00e9rise en psychopathologie hospitali\u00e8re la fugue ou le d\u00e9part non concert\u00e9 d&rsquo;une personne prise en charge.<\/li>\n<li><strong>Substrat psychologique :<\/strong> L&rsquo;AWOL r\u00e9sulte d&rsquo;une interaction dynamique entre des stresseurs environnementaux per\u00e7us comme mena\u00e7ants, une d\u00e9tresse \u00e9motionnelle paroxystique et une faillite temporaire des capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation r\u00e9gul\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Profils et contextes :<\/strong> Fr\u00e9quemment corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 des troubles psychotiques florides, \u00e0 des troubles de l&rsquo;attachement, \u00e0 des addictions ou au stress post-traumatique, il survient le plus souvent dans les phases initiales de prise en charge ou lors de crises existentielles aigu\u00ebs.<\/li>\n<li><strong>Enjeux s\u00e9curitaires et th\u00e9rapeutiques :<\/strong> L&rsquo;AWOL expose l&rsquo;individu \u00e0 un risque accru de suicide, d&rsquo;accidents somatiques et de victimisation, justifiant le recours \u00e0 des approches pr\u00e9ventives bienveillantes telles que le mod\u00e8le <em>Safewards<\/em> plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une surench\u00e8re coercitive.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge int\u00e9grative :<\/strong> La r\u00e9duction p\u00e9renne des d\u00e9parts non autoris\u00e9s repose sur l&rsquo;humanisation des cadres institutionnels, le renforcement continu de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et la reconnaissance pr\u00e9coce de la d\u00e9tresse psychique sous-jacente.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5e \u00e9d.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm\">https:\/\/www.psychiatry.org\/psychiatrists\/practice\/dsm<\/a><\/li>\n<li>Bowers, L., Alexander, J., &#038; Simpson, A. (2003). <em>Preventing elopement from psychiatric units: A review of the empirical literature<\/em>. International Journal of Nursing Studies, 40(8), 825-835. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/14568364\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/14568364\/<\/a><\/li>\n<li>Bowers, L. (2014). <em>Safewards: A new model of conflict and containment on psychiatric wards<\/em>. Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing, 21(6), 499-508. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/24797654\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/24797654\/<\/a><\/li>\n<li>Hunt, I. M., Windfuhr, K., Swinson, N., Shaw, J., Appleby, L., &#038; Kapur, N. (2010). <em>Suicide amongst psychiatric in-patients who abscond from the ward: A national clinical survey<\/em>. BMC Psychiatry, 10, Article 14. <a href=\"https:\/\/bmcpsychiatry.biomedcentral.com\/articles\/10.1186\/1471-244X-10-14\">https:\/\/bmcpsychiatry.biomedcentral.com\/articles\/10.1186\/1471-244X-10-14<\/a><\/li>\n<li>Muir-Cochrane, E., &#038; Mosel, K. A. (2008). <em>Absconding: A review of the literature 1996-2008<\/em>. International Journal of Mental Health Nursing, 17(5), 370-378. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18786047\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18786047\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;absence non autoris\u00e9e (AWOL) est un comportement de rupture marquant un \u00e9loignement non consenti d&rsquo;un cadre institutionnel, psychiatrique ou militaire, r\u00e9v\u00e9lateur de d\u00e9tresses psychiques profondes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,353,859],"tags":[30958,2742,30959,30960,24433,103],"class_list":["post-19250","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-militaire","category-psychopathologie","tag-absence-sans-permission","tag-alliance-therapeutique","tag-awol","tag-fugue-psychiatrique","tag-psychiatrie-medico-legale","tag-stress-post-traumatique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19250\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}