{"id":19243,"date":"2026-10-21T19:45:56","date_gmt":"2026-10-21T19:45:56","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abr-potentiel-evoque-auditif-tronc-cerebral"},"modified":"2026-10-21T19:45:56","modified_gmt":"2026-10-21T19:45:56","slug":"abr-potentiel-evoque-auditif-tronc-cerebral","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=abr-potentiel-evoque-auditif-tronc-cerebral","title":{"rendered":"ABR : La fen\u00eatre neurophysiologique de l&rsquo;audition"},"content":{"rendered":"<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif du tronc c\u00e9r\u00e9bral (d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;acronyme anglophone <strong>ABR<\/strong> pour <em>Auditory Brainstem Response<\/em>, ou <strong>PEATC<\/strong> en fran\u00e7ais) constitue une m\u00e9thode \u00e9lectrophysiologique fondamentale \u00e9valuant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle et temporelle des voies auditives ascendantes, depuis la cochl\u00e9e jusqu&rsquo;au colliculus inf\u00e9rieur. Traversant les fronti\u00e8res de l&rsquo;audiologie clinique, de la neurophysiologie et de la psychologie cognitive, cette mesure non invasive enregistre les fluctuations microvoliques synchrones g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les relais neuronaux sous-corticaux en r\u00e9ponse \u00e0 une stimulation acoustique br\u00e8ve. L&rsquo;\u00e9tude de ces ondes offre un \u00e9clairage irrempla\u00e7able sur les bases neurales du traitement de l&rsquo;information sonore, le d\u00e9pistage n\u00e9onatal des surdit\u00e9s, ainsi que sur l&rsquo;\u00e9valuation objective de dysfonctionnements neurod\u00e9veloppementaux et psychopathologiques complexes.<\/p>\n<h2>Potentiel \u00c9voqu\u00e9 Auditif du Tronc C\u00e9r\u00e9bral (ABR)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>ABR<\/strong> (<em>Auditory Brainstem Response<\/em>), ou r\u00e9ponse auditive du tronc c\u00e9r\u00e9bral, d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des potentiels bio\u00e9lectriques de champ lointain g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le nerf auditif (huiti\u00e8me paire cr\u00e2nienne) et les noyaux du tronc c\u00e9r\u00e9bral au cours des dix \u00e0 quinze premi\u00e8res millisecondes suivant l&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus sonore transitoire. Cette r\u00e9ponse \u00e9lectrophysiologique se traduit graphiquement par une s\u00e9quence hautement reproductible d&rsquo;ondes positives successives (classiquement num\u00e9rot\u00e9es de I \u00e0 VII en chiffres romains), chacune refl\u00e9tant l&rsquo;activit\u00e9 aff\u00e9rente d&rsquo;un niveau anatomique distinct de la voie auditive sous-corticale.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie et des neurosciences cognitives, l&rsquo;ABR ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un simple test audiom\u00e9trique objectif du seuil auditif ; il repr\u00e9sente une fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur la pr\u00e9cision de l&rsquo;encodage temporel sous-cortical des signaux acoustiques. L&rsquo;analyse de la latence, de l&rsquo;amplitude et de la morphologie de ces composantes permet de quantifier la synchronie neuronale, la my\u00e9linisation axonale et l&rsquo;efficience de la neurotransmission, fournissant ainsi un biomarqueur objectif pour explorer les troubles du traitement auditif central, les retards d&rsquo;apprentissage du langage et diverses pathologies psychiatriques ou neurologiques.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son ind\u00e9pendance relative vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00e9tat de vigilance, de l&rsquo;attention s\u00e9lective ou de la s\u00e9dation pharmacologique du patient, le trac\u00e9 ABR procure une mesure robuste et invariable des premi\u00e8res \u00e9tapes du traitement perceptif sensoriel, \u00e9tablissant le substrat neurobiologique \u00e0 partir duquel s&rsquo;\u00e9difient les fonctions cognitives sup\u00e9rieures de la perception linguistique et musicale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme international <strong>ABR<\/strong> est issu de l&rsquo;anglais <em>Auditory Brainstem Response<\/em>. Le vocable <em>auditory<\/em> d\u00e9rive du latin <em>auditorius<\/em> (\u00ab relatif \u00e0 l&rsquo;ou\u00efe \u00bb), lui-m\u00eame issu du verbe <em>audire<\/em> (\u00ab \u00e9couter, entendre \u00bb). Le terme <em>brainstem<\/em> est un mot compos\u00e9 anglo-saxon associant <em>brain<\/em> (issu du moyen anglais <em>brayn<\/em> et du vieil anglais <em>br\u00e6gen<\/em>, d\u00e9signant l&rsquo;enc\u00e9phale) et <em>stem<\/em> (du proto-germanique <em>*stamniz<\/em>, signifiant tronc, tige ou axe vertical portant les ramifications). Enfin, <em>response<\/em> provient du latin <em>responsio<\/em> (\u00ab r\u00e9ponse, r\u00e9plique \u00bb), d\u00e9rivant du verbe <em>respondere<\/em> (\u00ab r\u00e9pondre \u00e0 une incitation \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est classiquement consign\u00e9 sous la d\u00e9nomination de <strong>Potentiels \u00c9voqu\u00e9s Auditifs du Tronc C\u00e9r\u00e9bral<\/strong> (<strong>PEATC<\/strong> ou PEA pr\u00e9coces). L&rsquo;introduction formelle du terme dans le champ biom\u00e9dical remonte au tournant des ann\u00e9es 1970, lorsque Don Jewett et ses collaborateurs ont formalis\u00e9 la nomenclature des ondes en chiffres romains et vulgaris\u00e9 la technique sous le nom de potentiels auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral chez l&rsquo;animal puis chez l&rsquo;humain.<\/p>\n<p>L&rsquo;expansion de ce concept a ensuite donn\u00e9 naissance \u00e0 des sous-cat\u00e9gories linguistiques sp\u00e9cialis\u00e9es, telles que le <em>speech-ABR<\/em> ou <em>cABR<\/em> (<em>Complex Auditory Brainstem Response<\/em>), traduisant le passage de l&rsquo;\u00e9valuation par stimuli artificiels \u00e9l\u00e9mentaires (clics sonores) \u00e0 l&rsquo;analyse neurodynamique des stimuli linguistiques \u00e9cologiquement valides.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;acronyme anglais ABR se prononce couramment en milieu francophone selon l&rsquo;alphabet international : <strong>\/e.bi.\u025b\u0281\/<\/strong> (\u00e9pellation lettre par lettre \u00e0 l&rsquo;anglaise) ou plus fr\u00e9quemment <strong>\/a.be.\u025b\u0281\/<\/strong> selon l&rsquo;orthophonie fran\u00e7aise. Lorsqu&rsquo;il est transcrit sous sa d\u00e9nomination fran\u00e7aise de PEATC, il est articul\u00e9 phon\u00e9tiquement <strong>\/pe.\u00f8.a.te.se\/<\/strong> ou r\u00e9sum\u00e9 sous le substantif masculin pluriel \u00ab les potentiels pr\u00e9coces \u00bb.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, ABR s&#8217;emploie principalement comme un substantif masculin invariable ou singulier (\u00ab l&rsquo;ABR \u00bb, \u00ab un enregistrement d&rsquo;ABR \u00bb), bien qu&rsquo;il puisse \u00eatre utilis\u00e9 de mani\u00e8re adjectivale \u00e9pith\u00e8te dans des syntagmes techniques tels que \u00ab la latence ABR \u00bb, \u00ab le trac\u00e9 ABR \u00bb ou \u00ab l&rsquo;\u00e9valuation ABR \u00bb. Dans les \u00e9crits scientifiques francophones, il alterne fr\u00e9quemment avec les termes masculins \u00ab le PEATC \u00bb ou \u00ab les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif du tronc c\u00e9r\u00e9bral constitue une r\u00e9ponse \u00e9lectrophysiologique transitoire r\u00e9sultant de l&rsquo;activation s\u00e9quentielle, synchrone et en phase de milliers d&rsquo;unit\u00e9s neuronales le long de la voie auditive primaire. Lorsqu&rsquo;un stimulus acoustique bref (tel qu&rsquo;un transitoire rectangulaire ou \u00ab clic \u00bb, ou une bouff\u00e9e tonale \u00ab tone-burst \u00bb) est d\u00e9livr\u00e9 dans le conduit auditif externe, l&rsquo;onde de pression m\u00e9canique traverse l&rsquo;oreille moyenne et d\u00e9place la membrane basilaire de la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cochl%C3%A9e\">cochl\u00e9e<\/a>. Cette biom\u00e9canique intracochl\u00e9aire stimule les cellules cili\u00e9es internes qui d\u00e9polarisent les axones du ganglion spiral, amor\u00e7ant une onde de potentiels d&rsquo;action se propageant le long du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 physique fondamentale de l&rsquo;ABR r\u00e9side dans le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un <em>potentiel de champ lointain<\/em> (<em>far-field potential<\/em>). Contrairement aux enregistrements intracr\u00e2niens invasifs o\u00f9 les \u00e9lectrodes sont au contact imm\u00e9diat du tissu nerveux, l&rsquo;ABR est recueilli sur le scalp par des capteurs de surface. Le signal capt\u00e9 r\u00e9sulte de la sommation spatio-temporelle de dip\u00f4les de courant extracellulaire volumiques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s au sein des tractus et noyaux sous-corticaux, att\u00e9nu\u00e9s par les m\u00e9ninges, le liquide c\u00e9phalorachidien, le cr\u00e2ne et le cuir chevelu. L&rsquo;amplitude de ces signaux est infime, variant typiquement entre 0,1 et 1,0 microvolt (\u00b5V), ce qui exige l&#8217;emploi d&rsquo;amplificateurs diff\u00e9rentiels \u00e0 tr\u00e8s haut gain et le recours \u00e0 la technique du moyennage synchrone (<em>signal averaging<\/em>) pour extraire l&rsquo;onde du bruit de fond \u00e9lectroenc\u00e9phalographique et \u00e9lectromyographique.<\/p>\n<p>La morphologie standard de l&rsquo;ABR se d\u00e9ploie chronologiquement sur une fen\u00eatre temporelle de 10 \u00e0 12 millisecondes et pr\u00e9sente sept d\u00e9flexions positives principales, d\u00e9sign\u00e9es par les chiffres romains I \u00e0 VII :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Onde I :<\/strong> G\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la portion distale du nerf cochl\u00e9aire (VIIIe nerf cr\u00e2nien) lors de son \u00e9mergence de la cochl\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Onde II :<\/strong> Attribu\u00e9e \u00e0 la portion proximale intracr\u00e2nienne du nerf cochl\u00e9aire lorsqu&rsquo;il p\u00e9n\u00e8tre dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral au niveau du pont.<\/li>\n<li><strong>Onde III :<\/strong> Issue de l&rsquo;activation des noyaux cochl\u00e9aires (ant\u00e9ro-ventraux et post\u00e9ro-ventraux) situ\u00e9s \u00e0 la jonction ponto-bulbaire.<\/li>\n<li><strong>Onde IV :<\/strong> Issue du complexe olivaire sup\u00e9rieur et des corps trap\u00e9zo\u00efdes dans la protub\u00e9rance pontique inf\u00e9rieure, si\u00e8ge du premier traitement de l&rsquo;audition binaurale et de la localisation spatiale.<\/li>\n<li><strong>Onde V :<\/strong> La composante la plus ample, la plus robuste et la plus d\u00e9terminante cliniquement, provenant du lemnisque lat\u00e9ral et des terminaisons axonales au sein du colliculus inf\u00e9rieur dans le m\u00e9senc\u00e9phale.<\/li>\n<li><strong>Ondes VI et VII :<\/strong> Pr\u00e9sentant une variabilit\u00e9 interindividuelle importante, elles sont attribu\u00e9es respectivement au corps genouill\u00e9 m\u00e9dian du thalamus et aux radiations auditives sous-corticales pr\u00e9coces.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans une perspective conceptuelle approfondie, l&rsquo;ABR refl\u00e8te l&rsquo;extr\u00eame fid\u00e9lit\u00e9 temporelle du syst\u00e8me auditif sous-cortical. Alors que d&rsquo;autres modalit\u00e9s sensorielles (telles que la vision ou la somesth\u00e9sie) traitent des signaux temporels \u00e0 des fr\u00e9quences relativement basses, le syst\u00e8me auditif pr\u00e9coce pr\u00e9serve une fid\u00e9lit\u00e9 microseconde requise pour le rep\u00e9rage spatial des diff\u00e9rences de temps interaurales et le codage des formants phon\u00e9tiques. Par cons\u00e9quent, toute alt\u00e9ration des intervalles inter-pics (latences inter-ondes I-III, III-V ou I-V) traduit un ralentissement pathologique de la conduction nerveuse, imputable \u00e0 une d\u00e9my\u00e9linisation, une compression tumorale m\u00e9canique, une isch\u00e9mie ou une dysfonction synaptique mol\u00e9culaire.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs s&rsquo;inscrit dans la foul\u00e9e des travaux fondateurs de Hans Berger sur l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> humaine dans les ann\u00e9es 1920. N\u00e9anmoins, l&rsquo;impossibilit\u00e9 technique d&rsquo;isoler des signaux sous-microvoltiques du bruit \u00e9lectrophysiologique ambiant a longtemps confin\u00e9 l&rsquo;exploration auditive aux r\u00e9ponses corticales tardives de grande amplitude (comme les ondes P1-N1-P2).<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 avec l&rsquo;introduction des premiers ordinateurs de laboratoire capables de calculer le moyennage num\u00e9rique synchrone. En 1967, l&rsquo;audiologiste Hallowell Davis et ses contemporains identifient des variations pr\u00e9coces fugaces sans parvenir \u00e0 en isoler la structure interne. C&rsquo;est en 1970 et 1971 que le neurobiologiste am\u00e9ricain <strong>Don L. Jewett<\/strong> et son coll\u00e8gue Michael N. Romano r\u00e9volutionnent la discipline en publiant dans la revue <em>Science<\/em> l&rsquo;enregistrement reproductible des composantes pr\u00e9coces chez l&rsquo;humain. Jewett \u00e9tablit la taxonomie canonique en chiffres romains (ondes I \u00e0 VII) et d\u00e9montre la constance st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de ces d\u00e9flexions chez les sujets sains.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, des pionniers comme Terkildsen, Galambos, Hecox et Starr int\u00e8grent l&rsquo;ABR dans la pratique audiologique et oto-neurologique courante. La d\u00e9couverte de la corr\u00e9lation \u00e9troite entre l&rsquo;onde V et le seuil auditif subjectif ouvre la voie au d\u00e9pistage auditif universel chez les nouveau-n\u00e9s et les populations non communicantes. Simultan\u00e9ment, la neurochirurgie adopte l&rsquo;ABR pour le diagnostic pr\u00e9coce des schwannomes vestibulaires (neurinomes de l&rsquo;acoustique) et le monitorage perop\u00e9ratoire de la fosse c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;\u00e9quipe de <strong>Nina Kraus<\/strong> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Northwestern \u00e9largit consid\u00e9rablement le paradigme en d\u00e9veloppant le <em>complex Auditory Brainstem Response<\/em> (cABR ou speech-ABR). En substituant des stimuli de parole complexes (tels que la syllabe synth\u00e9tique \/da\/) au traditionnel clic indiff\u00e9renci\u00e9, Kraus et ses collaborateurs d\u00e9montrent que le tronc c\u00e9r\u00e9bral n&rsquo;est pas un simple relais rigide mais une structure dynamique et plastique dont les r\u00e9ponses \u00e9lectrophysiologiques refl\u00e8tent l&rsquo;apprentissage linguistique, la pratique musicale, et se trouvent alt\u00e9r\u00e9es dans l&rsquo;<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Autisme\">autisme<\/a>, la dyslexie ou les troubles de l&rsquo;attention.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le mod\u00e8le conceptuel sous-tendant l&rsquo;ABR repose sur plusieurs piliers fondamentaux de la biophysique et de la neurophysiologie moderne :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la <strong>th\u00e9orie des dip\u00f4les de courant en milieu conducteur volumique<\/strong> formalise la mani\u00e8re dont les gradients de potentiel g\u00e9n\u00e9r\u00e9s aux n\u0153uds de Ranvier et le long des somas neuronaux se propagent passivement \u00e0 travers les tissus enc\u00e9phaliques jusqu&rsquo;aux \u00e9lectrodes cutan\u00e9es. L&rsquo;ABR est r\u00e9gi par les \u00e9quations de Maxwell appliqu\u00e9es aux milieux biologiques quasi-statiques : lorsque des vol\u00e9es synchrones d&rsquo;axones s&rsquo;activent parall\u00e8lement, les champs dipolaires individuels s&rsquo;additionnent de mani\u00e8re constructive, cr\u00e9ant un front d&rsquo;onde \u00e9lectrique mesurable \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le <strong>principe de verrouillage de phase<\/strong> (<em>phase-locking<\/em>) postule que les neurones auditifs sous-corticaux d\u00e9chargent avec une pr\u00e9cision temporelle millim\u00e9trique cal\u00e9e sur une phase pr\u00e9cise de l&rsquo;onde sonore incidente. Cette synchronie de d\u00e9charge est la condition sine qua non de l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;ABR : si le verrouillage de phase est perturb\u00e9 (comme dans la neuropathie auditive), l&rsquo;activit\u00e9 neuronale devient asynchrone, entra\u00eenant la disparition compl\u00e8te des ondes de l&rsquo;ABR en d\u00e9pit de cellules cili\u00e9es cochl\u00e9aires intactes.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le cadre computationnel de la <strong>plasticit\u00e9 cortico-sous-corticale ascendante et descendante<\/strong> (le syst\u00e8me eff\u00e9rent olivocochl\u00e9aire et les projections corticofuges) soutient que l&rsquo;activit\u00e9 mesur\u00e9e par l&rsquo;ABR n&rsquo;est pas strictement passive. Le cortex auditif envoie d&rsquo;immenses contingents de fibres r\u00e9gulatrices vers le colliculus inf\u00e9rieur et les noyaux olivaires, modulant ainsi le gain et l&rsquo;acuit\u00e9 de l&rsquo;encodage sous-cortical selon l&rsquo;exp\u00e9rience perceptuelle pass\u00e9e de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral s&rsquo;articule autour de composantes morphologiques universelles et se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes modalit\u00e9s techniques adapt\u00e9es aux objectifs cliniques ou scientifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les ondes \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;ABR conventionnel (clic-ABR) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Onde I (latence absolue ~1,5 ms) :<\/em> Indicateur de la sant\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique de la cochl\u00e9e et des terminaisons dendritiques du nerf VIII.<\/li>\n<li><em>Onde III (latence absolue ~3,7 ms) :<\/em> T\u00e9moin de la transmission synaptique au niveau du complexe bulbo-pontique (noyaux cochl\u00e9aires).<\/li>\n<li><em>Onde V (latence absolue ~5,6 ms) :<\/em> Composante pr\u00e9dominante dont la persistance \u00e0 basse intensit\u00e9 sert \u00e0 d\u00e9terminer le seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 \u00e9lectrophysiologique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les m\u00e9triques temporelles et dynamiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Latences absolues :<\/em> Temps \u00e9coul\u00e9 entre le d\u00e9but de l&rsquo;impulsion acoustique et le sommet de chaque onde.<\/li>\n<li><em>Latences inter-pics (intervalles de conduction centrale) :<\/em> Diff\u00e9rences de temps entre I-III, III-V et I-V, renseignant sur la vitesse de conduction le long du tronc c\u00e9r\u00e9bral ind\u00e9pendamment de l&rsquo;oreille moyenne ou interne.<\/li>\n<li><em>Rapport d&rsquo;amplitude V\/I :<\/em> Mesure quantitative \u00e9valuant la proportionnalit\u00e9 entre la r\u00e9ponse du tronc sup\u00e9rieur et celle de la p\u00e9riph\u00e9rie auditive.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les variantes m\u00e9thodologiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;ABR par bouff\u00e9es tonales (Tone-Burst ABR) :<\/em> Permet une \u00e9valuation sp\u00e9cifique en fr\u00e9quence (500 Hz, 1000 Hz, 2000 Hz, 4000 Hz) pour tracer un audiogramme objectif.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;ABR automatis\u00e9 (A-ABR) :<\/em> Protocole standardis\u00e9 de d\u00e9pistage n\u00e9onatal utilisant un algorithme statistique de reconnaissance de forme (r\u00e9ponse \u00ab succ\u00e8s\/\u00e9chec \u00bb sans interpr\u00e9tation humaine directe).<\/li>\n<li><em>Le cABR (Complex Auditory Brainstem Response) :<\/em> Utilise des signaux de parole complexes pour analyser la r\u00e9ponse transitoire (attaque consonantique) et la r\u00e9ponse entretenue (fr\u00e9quence fondamentale et harmoniques vocaliques via le suivi de fr\u00e9quence ou <em>Frequency-Following Response<\/em> &#8211; FFR).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;illustrer la pertinence diagnostique de l&rsquo;ABR, consid\u00e9rons trois situations cliniques contrast\u00e9es repr\u00e9sentatives de la pratique neurophysiologique et p\u00e9dopsychiatrique contemporaine :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9pistage n\u00e9onatal et d\u00e9tection d&rsquo;une surdit\u00e9 neurosensorielle bilat\u00e9rale profonde.<\/strong> Un nourrisson de trois semaines \u00e9choue au d\u00e9pistage par oto\u00e9missions acoustiques. L&rsquo;examen ABR diagnostique montre une absence totale de reproductibilit\u00e9 des ondes I \u00e0 V, m\u00eame \u00e0 une intensit\u00e9 maximale de stimulation de 90 dB nHL (niveau d&rsquo;audition normalis\u00e9). La disparition compl\u00e8te de l&rsquo;onde V confirme une atteinte cochl\u00e9aire s\u00e9v\u00e8re, d\u00e9clenchant imm\u00e9diatement une prise en charge pr\u00e9coce avec appareillage ou pose d&rsquo;un implant cochl\u00e9aire avant la fermeture critique des fen\u00eatres de plasticit\u00e9 du langage oral.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Suspicion de schwannome vestibulaire chez un adulte pr\u00e9sentant un acouph\u00e8ne unilat\u00e9ral.<\/strong> Une patiente de 45 ans consulte pour un acouph\u00e8ne isol\u00e9 de l&rsquo;oreille gauche avec une audition tonale subnormale. L&rsquo;ABR r\u00e9v\u00e8le une onde I normale des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 1,6 ms, mais l&rsquo;onde V de l&rsquo;oreille gauche pr\u00e9sente un retard marqu\u00e9 avec une latence absolue allong\u00e9e \u00e0 6,8 ms (contre 5,6 ms \u00e0 droite). L&rsquo;intervalle inter-pic I-V est significativement accru du c\u00f4t\u00e9 gauche (5,2 ms contre 4,0 ms \u00e0 droite). Cette asym\u00e9trie de conduction centrale oriente imm\u00e9diatement vers une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM), confirmant la pr\u00e9sence d&rsquo;un neurinome de l&rsquo;acoustique comprimant la citerne ponto-c\u00e9r\u00e9belleuse.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : \u00c9valuation d&rsquo;un enfant pr\u00e9sentant un trouble du spectre de l&rsquo;autisme et une intol\u00e9rance aux environnements bruyants.<\/strong> Un enfant de 7 ans non verbal avec un diagnostic de TSA pr\u00e9sente un audiogramme par clics tout \u00e0 fait normal (ondes I \u00e0 V bien synchronis\u00e9es). Cependant, lors de la passation d&rsquo;un <em>speech-ABR<\/em> d\u00e9livrant la syllabe \/da\/ dans un bruit de fond comp\u00e9titif, le trac\u00e9 d\u00e9montre une d\u00e9gradation s\u00e9lective de la r\u00e9ponse en fr\u00e9quence fondamentale (F0) et un retard marqu\u00e9 des composantes transitoires (ondes de l&rsquo;attaque phon\u00e9tique). Cet enregistrement met en \u00e9vidence un d\u00e9ficit sous-cortical sp\u00e9cifique du traitement de la parole dans le bruit, expliquant sa d\u00e9tresse en milieu scolaire sans qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un probl\u00e8me auditif p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;acquisition rigoureuse d&rsquo;un trac\u00e9 ABR ob\u00e9it \u00e0 des protocoles techniques stricts afin de maximiser le rapport signal sur bruit et d&rsquo;\u00e9viter les art\u00e9facts environnementaux et biologiques :<\/p>\n<p>La configuration \u00e9lectrophysiologique standard repose sur un montage \u00e0 trois ou quatre \u00e9lectrodes : l&rsquo;\u00e9lectrode active (positive) est plac\u00e9e au sommet du cr\u00e2ne (vertex, Cz) ou sur le front haut (Fz) selon le syst\u00e8me international 10-20. Les \u00e9lectrodes de r\u00e9f\u00e9rence (n\u00e9gatives) sont positionn\u00e9es sur le lobe de l&rsquo;oreille (A1, A2) ou sur la masto\u00efde ipsilat\u00e9rale et controlat\u00e9rale au stimulus acoustique. Une \u00e9lectrode de masse neutre est g\u00e9n\u00e9ralement fix\u00e9e sur le front bas (Fpz).<\/p>\n<p>La stimulation acoustique est d\u00e9livr\u00e9e au moyen d&rsquo;\u00e9couteurs \u00e0 insertion (<em>insert earphones<\/em>), pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux \u00e9couteurs supra-auriculaires, car ils r\u00e9duisent le risque de collapsus du conduit auditif, am\u00e9liorent l&rsquo;att\u00e9nuation interaurale et introduisent un d\u00e9lai acoustique de transit de 0,9 ms qui s\u00e9pare temporellement l&rsquo;art\u00e9fact \u00e9lectrique de stimulation du d\u00e9but de l&rsquo;onde I. Le stimulus classique est un clic de condensation ou de rar\u00e9faction d&rsquo;une dur\u00e9e de 100 microsecondes, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 une fr\u00e9quence de r\u00e9currence non harmonique (par exemple 19,3 ou 27,1 stimuli par seconde) pour \u00e9viter la synchronisation avec les harmoniques du secteur \u00e9lectrique (50 ou 60 Hz).<\/p>\n<p>Le traitement du signal inclut un filtrage passe-bande rigoureux, traditionnellement fix\u00e9 entre 100 Hz et 3000 Hz pour \u00e9liminer la lenteur des ondes c\u00e9r\u00e9brales corticales (delta, th\u00eata) et les interf\u00e9rences musculaires \u00e0 haute fr\u00e9quence. L&rsquo;amplification est de l&rsquo;ordre de 100 000, et le syst\u00e8me effectue le moyennage synchrone de 1 000 \u00e0 4 000 r\u00e9p\u00e9titions par condition. La reproductibilit\u00e9 est syst\u00e9matiquement valid\u00e9e en superposant au moins deux trac\u00e9s d&rsquo;acquisition ind\u00e9pendants pour chaque niveau d&rsquo;intensit\u00e9 test\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques et scientifiques de l&rsquo;ABR couvrent un champ interdisciplinaire remarquablement vaste, touchant la m\u00e9decine, les neurosciences fondamentales et la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_cognitive\">psychologie cognitive<\/a> :<\/p>\n<p>En <strong>audiologie n\u00e9onatale et p\u00e9diatrique<\/strong>, l&rsquo;ABR est l&rsquo;\u00e9talon-or pour identifier les d\u00e9ficiences auditives d\u00e8s les premiers jours de vie. Il permet de caract\u00e9riser le type de surdit\u00e9 (de transmission par allongement uniforme de toutes les latences, neurosensorielle cochl\u00e9aire par \u00e9l\u00e9vation des seuils mais intervalles inter-pics pr\u00e9serv\u00e9s, ou r\u00e9trocochl\u00e9aire\/neuropathie auditive o\u00f9 les oto\u00e9missions sont pr\u00e9sentes alors que l&rsquo;ABR est d\u00e9synchronis\u00e9 ou absent).<\/p>\n<p>En <strong>neurologie et neurochirurgie<\/strong>, l&rsquo;ABR demeure un outil pr\u00e9cieux d&rsquo;exploration fonctionnelle du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Il participe au diagnostic de pathologies d\u00e9my\u00e9linisantes telles que la <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scl%C3%A9rose_en_plaques\">scl\u00e9rose en plaques<\/a>, \u00e9value la gravit\u00e9 des traumatismes cr\u00e2niens avec coma, participe au protocole m\u00e9dico-l\u00e9gal de confirmation de la mort enc\u00e9phalique (par abolition compl\u00e8te de l&rsquo;activit\u00e9 du tronc au-del\u00e0 de l&rsquo;onde I), et assure une surveillance perop\u00e9ratoire continue lors des interventions chirurgicales de la fosse post\u00e9rieure pour pr\u00e9venir la l\u00e9sion iatrog\u00e8ne du nerf cochl\u00e9o-vestibulaire.<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie et psychophysiologie cognitive<\/strong>, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;ABR et du speech-ABR s&rsquo;est impos\u00e9e comme une approche d&rsquo;endoph\u00e9notypage. Des anomalies de latence et de morphologie sous-corticale sont document\u00e9es dans la schizophr\u00e9nie, r\u00e9v\u00e9lant des perturbations \u00e9l\u00e9mentaires du filtrage sensoriel sous-cortical (<em>sensory gating<\/em>). De m\u00eame, les enfants atteints de troubles sp\u00e9cifiques du langage (dyslexie d\u00e9veloppementale, dysphasie) ou de troubles du traitement auditif (TTA) manifestent une d\u00e9gradation de l&rsquo;encodage neural des variations acoustiques rapides de la parole, offrant ainsi une piste diagnostique objective ind\u00e9pendante des tests psychom\u00e9triques verbaux standardis\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine a fait voler en \u00e9clats le postulat traditionnel selon lequel le tronc c\u00e9r\u00e9bral n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un simple conduit d&rsquo;acheminement passif vers le cortex. Les travaux dirig\u00e9s par Nina Kraus \u00e0 Northwestern University ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;ABR complexe refl\u00e8te une plasticit\u00e9 neurale sous-corticale sophistiqu\u00e9e induite par l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Des cohortes comparatives de musiciens et de non-musiciens ont apport\u00e9 des preuves concluantes : la pratique instrumentale intensive affine l&rsquo;encodage de la parole au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Les trac\u00e9s cABR des musiciens pr\u00e9sentent une synchronie temporelle accrue, une fid\u00e9lit\u00e9 harmonique sup\u00e9rieure (mesur\u00e9e par la transform\u00e9e de Fourier du signal enregistr\u00e9) et une r\u00e9silience spectaculaire face au bruit ambiant masquant. Ces d\u00e9couvertes ont confirm\u00e9 l&rsquo;influence r\u00e9gulatrice descendante du syst\u00e8me auditif eff\u00e9rent (<em>corticofugal feedback<\/em>) sur les g\u00e9n\u00e9rateurs m\u00eames de l&rsquo;ABR.<\/p>\n<p>Sur le versant psychopathologique, des \u00e9tudes r\u00e9centes (notamment celles de K\u00e4ll\u00e9n et collaborateurs, ainsi que de Russo et al.) ont mis en \u00e9vidence un allongement des latences de l&rsquo;ABR chez certains enfants diagnostiqu\u00e9s avec un trouble du spectre de l&rsquo;autisme (TSA). Ces anomalies sugg\u00e8rent une alt\u00e9ration pr\u00e9coce de la connectivit\u00e9 ou un d\u00e9ficit de my\u00e9linisation au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral, pr\u00e9c\u00e9dant potentiellement l&rsquo;apparition des manifestations socio-communicatives manifestes. Dans le domaine de la commotion c\u00e9r\u00e9brale et des traumatismes cr\u00e2niens l\u00e9gers chez les athl\u00e8tes, l&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;onde de suivi de fr\u00e9quence (FFR\/ABR) s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un biomarqueur objectif ultrasensible de la dysfonction c\u00e9r\u00e9brale diffuse, persistant parfois bien apr\u00e8s la disparition apparente des sympt\u00f4mes cliniques d\u00e9clar\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;ABR conventionnel par clics soit une mesure biophysique universelle fond\u00e9e sur des structures anatomiques communes \u00e0 toute l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, les recherches de neuro-audiologie transculturelle ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d&rsquo;importantes variations lors de l&#8217;emploi de stimuli linguistiques (speech-ABR) :<\/p>\n<p>L&rsquo;exposition prolong\u00e9e \u00e0 une langue maternelle tonale (comme le mandarin ou le vietnamien) sculpte l&rsquo;architecture \u00e9lectrophysiologique sous-corticale. Les \u00e9tudes comparatives d\u00e9montrent que les locuteurs natifs de langues tonales pr\u00e9sentent une capacit\u00e9 de suivi de fr\u00e9quence (FFR) sous-corticale nettement plus pr\u00e9cise pour les contours de hauteur tonale (<em>pitch contours<\/em>) que les locuteurs de langues non tonales (comme le fran\u00e7ais ou l&rsquo;anglais). Cette plasticit\u00e9 montre que le traitement mesur\u00e9 par l&rsquo;ABR n&rsquo;est pas imperm\u00e9able \u00e0 l&rsquo;environnement linguistique et culturel dans lequel le sujet s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, d&rsquo;un point de vue \u00e9pid\u00e9miologique et socio-\u00e9conomique, l&rsquo;impl\u00e9mentation des programmes de d\u00e9pistage par ABR automatis\u00e9 (A-ABR) varie grandement selon les r\u00e9gions du globe. Alors que de nombreux pays \u00e0 haut revenu ont instaur\u00e9 un d\u00e9pistage universel syst\u00e9matique en maternit\u00e9, les pays \u00e9mergents font face \u00e0 des d\u00e9fis d&rsquo;infrastructure et d&rsquo;acc\u00e8s aux \u00e9quipements, ce qui entra\u00eene un diagnostic plus tardif des surdit\u00e9s de l&rsquo;enfant et accentue les disparit\u00e9s globales dans la prise en charge des troubles neuro-sensoriels du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son indispensabilit\u00e9 clinique, l&rsquo;ABR pr\u00e9sente plusieurs limites m\u00e9thodologiques et interpr\u00e9tatives qui font l&rsquo;objet de discussions continues :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re limite concerne le probl\u00e8me inverse de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie : d\u00e9terminer avec une certitude absolue les g\u00e9n\u00e9rateurs anatomiques pr\u00e9cis de chaque onde reste complexe. M\u00eame si les mod\u00e8les animaux et les l\u00e9sions humaines fournissent une topographie globale, les ondes IV et V r\u00e9sultent d&rsquo;une imbrication complexe de g\u00e9n\u00e9rateurs multiples (noyaux et faisceaux de fibres axonales) agissant simultan\u00e9ment. Attribuer une onde \u00e0 un foyer anatomique millim\u00e9trique unique est une simplification excessive.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me limite r\u00e9side dans la non-\u00e9quivalence entre l&rsquo;ABR par clic et la v\u00e9ritable perception auditive. Un clic \u00e0 large spectre stimule principalement la r\u00e9gion de la membrane basilaire sensible aux hautes fr\u00e9quences (entre 2000 et 4000 Hz) en raison de la cin\u00e9matique de propagation de l&rsquo;onde r\u00e9cessive cochl\u00e9aire. Par cons\u00e9quent, un individu peut pr\u00e9senter un ABR par clics tout \u00e0 fait normal tout en souffrant d&rsquo;une surdit\u00e9 profonde isol\u00e9e sur les basses fr\u00e9quences (surdit\u00e9 en pente ascendante). De plus, l&rsquo;ABR n&rsquo;\u00e9value que la synchronie sous-corticale et ne pr\u00e9juge pas de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du traitement cortical conscient au sein de l&rsquo;aire auditive primaire et des aires d&rsquo;association.<\/p>\n<p>Enfin, la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;enregistrement aux art\u00e9facts myog\u00e9niques constitue une entrave majeure chez les patients agit\u00e9s ou anxieux. Les contractions des muscles temporaux, mass\u00e9ters ou cervicaux g\u00e9n\u00e8rent des signaux \u00e9lectromyographiques dont l&rsquo;amplitude \u00e9crase litt\u00e9ralement les microvolts de l&rsquo;ABR. Cela n\u00e9cessite fr\u00e9quemment, chez le jeune enfant, le recours \u00e0 un sommeil spontan\u00e9 post-prandial ou \u00e0 une s\u00e9dation m\u00e9dicamenteuse, introduisant des contraintes logistiques et des consid\u00e9rations \u00e9thiques quant aux risques anesth\u00e9siques.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Il importe de ne pas confondre l&rsquo;ABR avec d&rsquo;autres biomarqueurs ou explorations fonctionnelles du syst\u00e8me auditif :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Oto\u00e9missions Acoustiques (OEA) :<\/strong> Les OEA mesurent l&rsquo;\u00e9nergie acoustique m\u00e9canique \u00e9mise par les cellules cili\u00e9es externes de la cochl\u00e9e dans le conduit auditif externe. Contrairement \u00e0 l&rsquo;ABR, les OEA ne testent aucunement le nerf auditif ni le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Un patient atteint de neuropathie auditive aura des OEA normales mais un ABR absent.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00c9voqu\u00e9s Auditifs Pr\u00e9coces vs Tardifs (PEA Tardifs \/ Potentiels Corticaux) :<\/strong> Alors que l&rsquo;ABR appara\u00eet entre 1 et 10 millisecondes et provient du tronc c\u00e9r\u00e9bral, les r\u00e9ponses corticales (P1, N1, P2, P300, MMN) se manifestent entre 50 et 400 millisecondes. Les potentiels corticaux d\u00e9pendent fortement de l&rsquo;\u00e9tat de conscience, de l&rsquo;attention s\u00e9lective et des processus cognitifs volontaires, contrairement \u00e0 l&rsquo;ABR conventionnel.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie Tonale Liminaire :<\/strong> L&rsquo;audiom\u00e9trie subjective n\u00e9cessite la coop\u00e9ration active du patient (lever la main, appuyer sur un bouton) et mesure l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene perceptuelle psychophysique. L&rsquo;ABR est une mesure \u00e9lectrophysiologique objective ind\u00e9pendante de la r\u00e9ponse comportementale explicite.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectrocochl\u00e9ographie (ECochG) :<\/strong> L&rsquo;ECochG enregistre les potentiels \u00e9lectriques imm\u00e9diats de la cochl\u00e9e et du nerf auditif distal (microphonique cochl\u00e9aire, potentiel de sommation et potentiel d&rsquo;action global) au cours des deux premi\u00e8res millisecondes, au plus pr\u00e8s du tympan ou du promontoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif du tronc c\u00e9r\u00e9bral (ABR) demeure l&rsquo;un des outils les plus fiables et les plus puissants de la neurophysiologie sensorielle moderne. Ses caract\u00e9ristiques cl\u00e9s peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Il enregistre les potentiels \u00e9lectriques de champ lointain \u00e9mis par le nerf cochl\u00e9aire et le tronc c\u00e9r\u00e9bral dans les 10 \u00e0 12 millisecondes suivant un stimulus sonore.<\/li>\n<li>Il se compose d&rsquo;une s\u00e9rie classique de sept ondes (I \u00e0 VII), l&rsquo;onde V \u00e9tant le marqueur clinique le plus stable pour \u00e9valuer le seuil auditif.<\/li>\n<li>L&rsquo;analyse de ses latences absolues et de ses intervalles inter-pics fournit une \u00e9valuation millim\u00e9trique de la conduction nerveuse centrale, ind\u00e9pendamment de la volont\u00e9 du sujet.<\/li>\n<li>Ses applications s&rsquo;\u00e9tendent du d\u00e9pistage n\u00e9onatal des d\u00e9ficits auditifs au diagnostic de pathologies d\u00e9my\u00e9linisantes ou tumorales, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tude neurobiologique des troubles du langage, de l&rsquo;autisme et de la plasticit\u00e9 sensorielle.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Don, M., &amp; Kwong, B. (2009). Auditory brainstem response: Differential diagnosis. In J. Katz, L. Medwetsky, R. Burkard, &amp; L. Hood (Eds.), <em>Handbook of Clinical Audiology<\/em> (6th ed., pp. 264\u2013290). Lippincott Williams &amp; Wilkins.<\/li>\n<li>Jewett, D. L., &amp; Williston, J. S. (1971). Auditory-evoked far fields averaged from the scalp of humans. <em>Brain: A Journal of Neurology<\/em>, 94(4), 681\u2013696. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/94.4.681\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/94.4.681<\/a><\/li>\n<li>Kraus, N., &amp; Anderson, S. (2014). Community-based training shows objective benefits in speech-in-noise perception in older adults. <em>Frontiers in Systems Neuroscience<\/em>, 8, Article 18. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnsys.2014.00018\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnsys.2014.00018<\/a><\/li>\n<li>Skoe, E., &amp; Kraus, N. (2010). Auditory brainstem response to complex sounds: A tutorial. <em>Ear and Hearing<\/em>, 31(3), 302\u2013324. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/AUD.0b013e3181cdb272\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/AUD.0b013e3181cdb272<\/a><\/li>\n<li>Starr, A., Picton, T. W., Sininger, Y., Hood, L. J., &amp; Berlin, C. I. (1996). Auditory neuropathy. <em>Brain<\/em>, 119(3), 741\u2013753. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/119.3.741\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/119.3.741<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif du tronc c\u00e9r\u00e9bral (ABR\/PEATC) est une technique \u00e9lectrophysiologique mesurant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des voies auditives sous-corticales et le traitement sensoriel.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[30940,5050,459,2411],"tags":[30941,30944,2868,30942,30943,30945,26356],"class_list":["post-19243","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-audiologie-cognitive","category-electrophysiologie","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-abr","tag-depistage-auditif","tag-neurophysiologie","tag-peatc","tag-potentiels-evoques-auditifs","tag-speech-abr","tag-tronc-cerebral"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19243\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}