{"id":19229,"date":"2026-10-21T19:13:28","date_gmt":"2026-10-21T19:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=comportement-anormal"},"modified":"2026-10-21T19:13:28","modified_gmt":"2026-10-21T19:13:28","slug":"comportement-anormal","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=comportement-anormal","title":{"rendered":"Comportement anormal : aux fronti\u00e8res de la norme"},"content":{"rendered":"<p>Le comportement anormal constitue l&rsquo;un des objets d&rsquo;\u00e9tude les plus complexes et d\u00e9battus de la psychologie clinique et de la psychopathologie contemporaines. \u00c0 l&rsquo;intersection des sciences biologiques, des conventions socioculturelles et de l&rsquo;exp\u00e9rience subjective de la souffrance, cette notion interroge directement la fronti\u00e8re s\u00e9parant l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique de la pathologie av\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;analyse rigoureuse de ces conduites exige une d\u00e9construction m\u00e9thodique de leurs crit\u00e8res d\u00e9finitoires, de leurs racines historiques et des grilles diagnostiques employ\u00e9es pour les conceptualiser.<\/p>\n<h2>Comportement anormal<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychopathologie clinique, le <strong>comportement anormal<\/strong> d\u00e9signe une configuration d&rsquo;actions, d&rsquo;\u00e9motions ou de processus cognitifs s&rsquo;\u00e9cartant significativement des normes statistiques, sociales ou d\u00e9veloppementales attendues, et qui g\u00e9n\u00e8re une souffrance subjective aigu\u00eb, une alt\u00e9ration fonctionnelle majeure ou un danger pour l&rsquo;individu et son entourage. Cette notion ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple excentricit\u00e9 ou \u00e0 un choix marginal, mais s&rsquo;ancre dans une perturbation de l&rsquo;adaptation psychologique et psychosociale.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, la d\u00e9finition du comportement anormal repose traditionnellement sur la convergence de plusieurs crit\u00e8res compl\u00e9mentaires, souvent formalis\u00e9s dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne et francophone par le mod\u00e8le des \u00ab 4 D \u00bb : la <em>d\u00e9viance<\/em> par rapport aux normes culturelles ou statistiques, la <em>d\u00e9tresse<\/em> v\u00e9cue par le sujet, le <em>dysfonctionnement<\/em> adaptatif dans les activit\u00e9s quotidiennes, et le <em>danger<\/em> potentiel encouru par l&rsquo;individu ou autrui. Aucun de ces crit\u00e8res n&rsquo;est individuellement suffisant pour caract\u00e9riser l&rsquo;anomalie comportementale, imposant une lecture contextuelle et multifactorielle de chaque situation clinique.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, qualifier un comportement d&rsquo;anormal implique une d\u00e9cision diagnostique nuanc\u00e9e qui \u00e9carte les r\u00e9actions pr\u00e9visibles et culturellement sanctionn\u00e9es face \u00e0 des facteurs de stress majeurs, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;un deuil aigu ou d&rsquo;une crise existentielle passag\u00e8re. La conceptualisation moderne tend ainsi \u00e0 articuler l&rsquo;anomalie comportementale autour de la notion de <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_mental\">trouble mental<\/a>, tel que formul\u00e9 par les nosographies internationales, en insistant sur la rupture d&rsquo;hom\u00e9ostasie interne et relationnelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab anormal \u00bb d\u00e9coule d&rsquo;un croisement \u00e9tymologique singulier au sein de la langue latine tardive. Il est issu de la forme latine m\u00e9di\u00e9vale <em>anomalus<\/em>, elle-m\u00eame emprunt\u00e9e au grec ancien <em>an\u00f4malos<\/em> (\u1f00\u03bd\u03ce\u03bc\u03b1\u03bb\u03bf\u03c2), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab in\u00e9gal \u00bb, \u00ab irr\u00e9gulier \u00bb ou \u00ab rugueux \u00bb, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>an-<\/em> et de <em>homalos<\/em> (\u00e9gal, uni). Au cours de son \u00e9volution linguistique, le terme a subi l&rsquo;attraction analogique du mot latin <em>norma<\/em> (qui d\u00e9signe \u00e0 l&rsquo;origine l&rsquo;\u00e9querre d&rsquo;artisan, puis m\u00e9taphoriquement la r\u00e8gle ou le mod\u00e8le standard), combin\u00e9 au pr\u00e9fixe de s\u00e9paration ou d&rsquo;\u00e9loignement <em>ab-<\/em>. Cette fusion historique a donn\u00e9 naissance au concept d&rsquo;\u00e9loignement actif de la norme \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab comportement \u00bb, pour sa part, d\u00e9rive du verbe transitif fran\u00e7ais \u00ab comporter \u00bb, apparu au XIe si\u00e8cle d&rsquo;apr\u00e8s le latin <em>comportare<\/em> (\u00ab transporter ensemble \u00bb, puis \u00e0 la forme pronominale se conduire d&rsquo;une certaine fa\u00e7on). Introduit avec une rigueur m\u00e9thodologique accrue dans le vocabulaire scientifique francophone \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle sous l&rsquo;influence du physiologiste Henri Pi\u00e9ron, le mot a servi d&rsquo;\u00e9quivalent au concept anglo-saxon de <em>behavior<\/em> formalis\u00e9 par le courant b\u00e9havioriste.<\/p>\n<p>L&rsquo;association des deux termes sous l&rsquo;expression \u00ab comportement anormal \u00bb s&rsquo;est cristallis\u00e9e dans la litt\u00e9rature psychiatrique et psychologique au tournant du XXe si\u00e8cle. Ce syntagme visait \u00e0 remplacer des qualificatifs jug\u00e9s moralisateurs ou th\u00e9ologiques, tels que \u00ab folie \u00bb, \u00ab ali\u00e9nation \u00bb ou \u00ab perversion \u00bb, par une terminologie d&rsquo;apparence descriptive, neutre et empiriquement observable, propre aux exigences de la d\u00e9marche m\u00e9dicale et exp\u00e9rimentale naissante.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se prononce \/k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303 a.n\u0254\u0281.mal\/ en fran\u00e7ais standard d&rsquo;Europe et du Canada francophone. La liaison entre le substantif et l&rsquo;adjectif (\u00ab comportement-t-anormal \u00bb) est courante dans les registres acad\u00e9miques et formels, bien qu&rsquo;une articulation dissoci\u00e9e demeure fr\u00e9quente dans le langage clinique usuel.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab comportement \u00bb est un substantif masculin singulier, et \u00ab anormal \u00bb un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te variable en genre et en nombre (au pluriel : <em>comportements anormaux<\/em> \/k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303 a.n\u0254\u0281.mo\/ ; au f\u00e9minin : <em>conduite anormale<\/em>, <em>conduites anormales<\/em>). Dans les trait\u00e9s de psychopathologie, le terme est pr\u00e9f\u00e9rentiellement employ\u00e9 comme concept g\u00e9n\u00e9rique ind\u00e9nombrable lorsqu&rsquo;il fait r\u00e9f\u00e9rence au champ d&rsquo;\u00e9tude global, ou au pluriel d\u00e9nombrable lorsqu&rsquo;il caract\u00e9rise des manifestations s\u00e9miologiques circonscrites.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La conceptualisation du comportement anormal pose un d\u00e9fi \u00e9pist\u00e9mologique fondamental : d\u00e9terminer o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate la variation humaine l\u00e9gitime et o\u00f9 commence le trouble pathologique. L&rsquo;un des piliers de cette conceptualisation repose sur le <strong>crit\u00e8re statistique<\/strong>. Selon cette approche, tout comportement dont la fr\u00e9quence d&rsquo;apparition s&rsquo;\u00e9carte de fa\u00e7on notable de la moyenne arithm\u00e9tique d&rsquo;une population de r\u00e9f\u00e9rence \u2013 traditionnellement repr\u00e9sent\u00e9e par les extr\u00e9mit\u00e9s d&rsquo;une distribution gaussienne \u2013 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme anormal. N\u00e9anmoins, cette seule lentille quantitative pr\u00e9sente des failles majeures : une intelligence hors du commun ou un altruisme exceptionnel constituent des \u00e9carts statistiques manifestes sans pour autant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des pathologies.<\/p>\n<p>Pour surmonter ces impasses statistiques, la psychologie clinique int\u00e8gre le <strong>crit\u00e8re normatif et socioculturel<\/strong>. Chaque communaut\u00e9 humaine \u00e9labore des r\u00e8gles explicites et implicites qui r\u00e9gissent les conduites acceptables en fonction des circonstances, des \u00e2ges et des genres. Le comportement anormal est alors interpr\u00e9t\u00e9 comme une violation flagrante des conventions sociales ou des r\u00e8gles tacites de convenance. Cependant, ce crit\u00e8re soul\u00e8ve le risque d&rsquo;instrumentaliser la psychiatrie \u00e0 des fins de contr\u00f4le social, en assimilant la non-conformit\u00e9, la dissidence politique ou les orientations marginales \u00e0 des dysfonctionnements psychiques.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me axe conceptuel concerne la <strong>d\u00e9tresse subjective<\/strong> ou souffrance \u00e9motionnelle. Un comportement est fr\u00e9quemment \u00e9tiquet\u00e9 comme anormal lorsqu&rsquo;il engendre chez l&rsquo;individu un sentiment envahissant d&rsquo;angoisse, de d\u00e9sespoir ou d&rsquo;impuissance. Si ce param\u00e8tre s&rsquo;av\u00e8re central dans des contextes tels que les troubles d\u00e9pressifs majeurs ou les phobies sp\u00e9cifiques, il s&rsquo;av\u00e8re inop\u00e9rant pour certains profils cliniques. Par exemple, les personnes pr\u00e9sentant des \u00e9pisodes maniaques ou des personnalit\u00e9s antisociales s\u00e9v\u00e8res peuvent ressentir un \u00e9tat d&rsquo;euphorie ou une indiff\u00e9rence \u00e9motionnelle totale, tout en manifestant des comportements objectivement d\u00e9structurants pour eux-m\u00eames et pour autrui.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>crit\u00e8re de dysfonctionnement adaptatif<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9 avec acuit\u00e9 par le philosophe et psychiatre Jerome Wakefield sous la th\u00e9orie du \u00ab dysfonctionnement pr\u00e9judiciable \u00bb (<em>harmful dysfunction<\/em>), propose une synth\u00e8se f\u00e9conde. Wakefield soutient qu&rsquo;un comportement anormal \u00e9merge lorsqu&rsquo;un m\u00e9canisme psychologique interne \u00e9choue \u00e0 remplir la fonction \u00e9volutive pour laquelle il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u, et que cet \u00e9chec cause des pr\u00e9judices manifestes \u00e0 l&rsquo;individu au regard des standards de sa culture. Ce mod\u00e8le permet de concilier la r\u00e9alit\u00e9 biologique ou cognitive du dysfonctionnement interne avec la relativit\u00e9 des valeurs socioculturelles qui jugent de la gravit\u00e9 des cons\u00e9quences.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la perception du comportement anormal s&rsquo;articule autour de trois paradigmes successifs et parfois concurrents : les mod\u00e8les surnaturels, somatog\u00e8nes et psychog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 pr\u00e9coce et durant les \u00e9poques pr\u00e9historiques, les d\u00e9viations comportementales \u00e9taient majoritairement interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers le prisme de causalit\u00e9s surnaturelles. La possession d\u00e9moniaque, la col\u00e8re divine ou l&rsquo;intrusion d&rsquo;esprits malveillants fournissaient les cl\u00e9s d&rsquo;explication pr\u00e9dominantes. Les pratiques th\u00e9rapeutiques de l&rsquo;\u00e9poque, attest\u00e9es par les d\u00e9couvertes anthropologiques de tr\u00e9panation cr\u00e2nienne, visaient \u00e0 m\u00e9nager une issue physique pour lib\u00e9rer les entit\u00e9s emprisonn\u00e9es dans l&rsquo;esprit du malade.<\/p>\n<p>Une rupture majeure survient dans la Gr\u00e8ce classique gr\u00e2ce \u00e0 Hippocrate (vers 460-377 av. J.-C.), qui rejette l&rsquo;\u00e9tiologie divine au profit d&rsquo;un paradigme somatog\u00e8ne naturaliste. \u00c9laborant la th\u00e9orie humorale, Hippocrate postule que les anomalies de l&rsquo;humeur et du comportement d\u00e9coulent d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre quantitatif entre quatre humeurs corporelles fondamentales : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. Cette vision pionni\u00e8re sera ult\u00e9rieurement consolid\u00e9e par Claude Galien au IIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, posant les bases de la m\u00e9decine clinique occidentale.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge europ\u00e9en, l&rsquo;affaiblissement des institutions civiques et la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;eschatologie chr\u00e9tienne entra\u00eenent une r\u00e9surgence spectaculaire des interpr\u00e9tations d\u00e9monologiques. Les comportements aberrants, les d\u00e9lires mystiques ou les \u00e9tats convulsifs sont fr\u00e9quemment assimil\u00e9s \u00e0 la sorcellerie ou \u00e0 des pactes lucif\u00e9riens, aboutissant \u00e0 des pers\u00e9cutions massives institutionnalis\u00e9es par des trait\u00e9s eccl\u00e9siastiques tels que le <em>Malleus Maleficarum<\/em> (1486). Toutefois, cette vision punitive coexiste avec des \u00eelots d&rsquo;assistance hospitali\u00e8re au sein des monast\u00e8res, o\u00f9 les ali\u00e9n\u00e9s sont h\u00e9berg\u00e9s sans intention th\u00e9rapeutique formelle.<\/p>\n<p>Le tournant de l&rsquo;\u00e9poque moderne s&rsquo;amorce avec le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et le mouvement dit du \u00ab traitement moral \u00bb port\u00e9 \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Philippe_Pinel\">Philippe Pinel<\/a> en France et William Tuke en Angleterre. En brisant symboliquement les cha\u00eenes des malades intern\u00e9s \u00e0 l&rsquo;hospice de Bic\u00eatre et \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re, Pinel requalifie l&rsquo;ali\u00e9n\u00e9 en un citoyen afflig\u00e9 d&rsquo;une maladie de l&rsquo;esprit traitable avec bienveillance et rigueur morale. Au XIXe si\u00e8cle, <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\">Emil Kraepelin<\/a> instaure la premi\u00e8re nosologie psychiatrique syst\u00e9matique en distinguant la psychose maniaco-d\u00e9pressive de la d\u00e9mence pr\u00e9coce, ouvrant la voie \u00e0 la psychopathologie scientifique contemporaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appr\u00e9hension moderne du comportement anormal est soutenue par une pluralit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coles th\u00e9oriques offrant des grilles de lecture compl\u00e9mentaires et irr\u00e9ductibles les unes aux autres.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le biologique et neuroscientifique<\/strong> appr\u00e9hende le comportement anormal comme la manifestation symptomatique directe d&rsquo;anomalies organiques sous-jacentes. Cette approche scrute les d\u00e9s\u00e9quilibres de la neurotransmission (impliquant notamment la s\u00e9rotonine, la dopamine et le GABA), les alt\u00e9rations neuroanatomiques structurelles (telles que la r\u00e9duction de volume de l&rsquo;hippocampe ou l&rsquo;\u00e9largissement des ventricules c\u00e9r\u00e9braux) et les pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques identifi\u00e9es par les \u00e9tudes d&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 sur jumeaux. Les neurosciences modernes y associent les alt\u00e9rations de la plasticit\u00e9 synaptique et les d\u00e9r\u00e9gulations de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien face au stress chronique.<\/p>\n<p>La <strong>perspective psychodynamique<\/strong>, initi\u00e9e par <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sigmund_Freud\">Sigmund Freud<\/a> et enrichie par ses successeurs, envisage l&rsquo;anomalie comportementale comme la cons\u00e9quence de conflits intrapsychiques inconscients non r\u00e9solus, prenant racine dans les premi\u00e8res exp\u00e9riences infantiles. Selon ce paradigme, les sympt\u00f4mes cliniques constituent des compromis d\u00e9fensifs \u00e9labor\u00e9s par le Moi pour juguler l&rsquo;angoisse provoqu\u00e9e par les pulsions contradictoires \u00e9manant du \u00c7a et les exigences punitives du Surmoi. Les m\u00e9canismes de d\u00e9fense pathologiques, comme le d\u00e9ni massif ou la projection parano\u00efaque, d\u00e9forment la r\u00e9alit\u00e9 interne et externe de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>approche comportementale et cognitive<\/strong> (TCC) conceptualise le comportement anormal \u00e0 travers les lois du conditionnement classique pavlovien, du conditionnement op\u00e9rant skinnerien et des th\u00e9ories du traitement de l&rsquo;information. Pour les b\u00e9havioristes, les comportements pathologiques sont des r\u00e9actions apprises et maintenues par des contingences environnementales de renforcement ou d&rsquo;\u00e9vitement. Les th\u00e9oriciens cognitivistes, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;Aaron Beck ou d&rsquo;Albert Ellis, compl\u00e8tent cette vision en d\u00e9montrant que ce ne sont pas les stimuli objectifs qui engendrent le d\u00e9sordre, mais les sch\u00e9mas cognitifs dysfonctionnels, les croyances irrationnelles fondamentales et les distorsions cognitives (catastrophisme, inf\u00e9rence arbitraire) \u00e0 travers lesquels le sujet interpr\u00e8te le monde.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>mod\u00e8le biopsychosocial<\/strong>, introduit initialement par George Engel en 1977, ainsi que le cadre du <em>mod\u00e8le vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress<\/em> (ou diath\u00e8se-stress), repr\u00e9sentent aujourd&rsquo;hui la synth\u00e8se th\u00e9orique dominante. Ce paradigme postule qu&rsquo;aucun facteur isol\u00e9 ne peut rendre compte de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un comportement pathologique. Une diath\u00e8se biologique ou cognitive pr\u00e9existante ne se m\u00e9tamorphose en comportement clinique anormal que lorsqu&rsquo;elle est d\u00e9clench\u00e9e par des stresseurs environnementaux, relationnels ou socio\u00e9conomiques majeurs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9construction analytique du comportement anormal s&rsquo;articule autour de multiples composantes interactives et de dimensions cat\u00e9gorielles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension cognitive :<\/strong> Comprend la d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e, la pr\u00e9sence de distorsions perceptuelles (hallucinations auditives ou visuelles), les alt\u00e9rations mn\u00e9siques et les id\u00e9es d\u00e9lirantes solidement ancr\u00e9es contre toute argumentation rationnelle.<\/li>\n<li><strong>Dimension affective et \u00e9motionnelle :<\/strong> Se traduit par une r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle inadapt\u00e9e, une anesth\u00e9sie affective (\u00e9moussement), une labilit\u00e9 extr\u00eame ou une tonalit\u00e9 d\u00e9pressive persistante ne r\u00e9pondant plus aux sollicitations ext\u00e9rieures.<\/li>\n<li><strong>Dimension motrice et comportementale :<\/strong> Regroupe les conduites compulsives r\u00e9p\u00e9titives, les actes impulsifs autodestructeurs, les rituels moteurs st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, ainsi que l&rsquo;inhibition psychomotrice s\u00e9v\u00e8re ou la catatonie.<\/li>\n<li><strong>Dimension interpersonnelle et sociale :<\/strong> Implique l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 nouer ou maintenir des relations interpersonnelles stables, l&rsquo;isolement social volontaire, ou des conduites de pr\u00e9dation et d&rsquo;agression envers autrui en rupture avec l&#8217;empathie commune.<\/li>\n<li><strong>Sous-types de comportements internalis\u00e9s :<\/strong> Conduites dont la souffrance est principalement dirig\u00e9e vers l&rsquo;int\u00e9rieur du sujet, incluant le retrait d\u00e9pressif, les ruminations anxieuses, les attaques de panique et les comportements d&rsquo;\u00e9vitement agoraphobique.<\/li>\n<li><strong>Sous-types de comportements externalis\u00e9s :<\/strong> Manifestations projet\u00e9es vers l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur, englobant les explosions d&rsquo;agressivit\u00e9 h\u00e9t\u00e9ro-agressive, les infractions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es aux lois, les addictions avec perte de contr\u00f4le et les conduites d&rsquo;opposition avec provocation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la divergence entre la simple d\u00e9viance statistique et le comportement clinique anormal, l&rsquo;analyse de vignettes concr\u00e8tes s&rsquo;av\u00e8re indispensable.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Le comportement obsessionnel-compulsif versus la m\u00e9ticulosit\u00e9 professionnelle.<\/strong> Un horloger d&rsquo;art consacre huit heures cons\u00e9cutives \u00e0 v\u00e9rifier la pr\u00e9cision microm\u00e9trique d&rsquo;un rouage m\u00e9canique, r\u00e9p\u00e9tant l&rsquo;op\u00e9ration \u00e0 plusieurs reprises dans un calme absolu. Bien que cette conduite soit statistiquement rare et atypique pour la population g\u00e9n\u00e9rale, elle ne constitue en rien un comportement anormal : elle s&rsquo;inscrit dans un objectif professionnel valoris\u00e9 et n&rsquo;induit aucune d\u00e9tresse. \u00c0 l&rsquo;inverse, un individu qui passe six heures chaque soir \u00e0 verrouiller et d\u00e9verrouiller la porte de son domicile selon un protocole num\u00e9rique strict, sous la terreur irrationnelle qu&rsquo;un manquement n&rsquo;entra\u00eene la mort de ses proches, illustre un comportement anormal typique du <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">trouble obsessionnel compulsif<\/a>. Ce comportement engendre un \u00e9puisement physique majeur, d\u00e9truit sa vie professionnelle et d\u00e9coule d&rsquo;une angoisse incoercible.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;isolement social d\u00e9pressif versus le retrait contemplatif.<\/strong> Un moine trappiste choisissant une existence de silence et de r\u00e9clusion au sein d&rsquo;une communaut\u00e9 monastique pr\u00e9sente un comportement sociologiquement hors norme. Pour autant, ce choix est librement consenti, soutenu par un syst\u00e8me de valeurs partag\u00e9, et g\u00e9n\u00e8re un sentiment d&rsquo;accomplissement int\u00e9rieur. En revanche, un \u00e9tudiant brillant qui s&rsquo;enferme brutalement dans sa chambre durant plusieurs mois cons\u00e9cutifs, cessant de se laver, occultant la lumi\u00e8re du jour et rompant toute communication humaine dans un \u00e9tat d&rsquo;anh\u00e9donie profonde et de d\u00e9sespoir muet, manifeste un comportement anormal pathologique exigeant une intervention clinique urgente.<\/p>\n<p>Ces exemples mettent en \u00e9vidence l&rsquo;importance primordiale du contexte t\u00e9l\u00e9ologique (le but poursuivi), de la libert\u00e9 subjective pr\u00e9serv\u00e9e ou ali\u00e9n\u00e9e, et de l&rsquo;impact d\u00e9l\u00e9t\u00e8re sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 biologique et psychique du sujet.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e d&rsquo;un comportement anormal rel\u00e8ve de la psychom\u00e9trie et du diagnostic diff\u00e9rentiel, s&rsquo;appuyant sur un faisceau d&rsquo;instruments rigoureusement valid\u00e9s.<\/p>\n<p>Le socle fondamental de toute investigation demeure l&rsquo;<strong>entretien clinique<\/strong>, qu&rsquo;il soit libre, semi-structur\u00e9 ou enti\u00e8rement structur\u00e9. Parmi les instruments de r\u00e9f\u00e9rence figure l&rsquo;Entretien clinique structur\u00e9 pour les troubles du DSM (le SCID), qui permet au clinicien d&rsquo;explorer m\u00e9thodiquement chaque crit\u00e8re diagnostique en limitant les biais de subjectivit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9valuateur.<\/p>\n<p>Les <strong>inventaires auto-rapport\u00e9s et h\u00e9t\u00e9ro-rapport\u00e9s<\/strong> occupent une place centrale. L&rsquo;Inventaire de personnalit\u00e9 multiphasique du Minnesota (le MMPI, actuellement dans sa version MMPI-3) repr\u00e9sente l&rsquo;instrument psychom\u00e9trique le plus document\u00e9 mondialement pour cartographier les profils psychopathologiques complexes \u00e0 travers des \u00e9chelles cliniques et de validit\u00e9. Dans le registre des perturbations affectives, l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9pression de Hamilton (HDRS) ou l&rsquo;Inventaire de d\u00e9pression de Beck (BDI) fournissent des mesures quantitatives pr\u00e9cises de l&rsquo;intensit\u00e9 symptomatique.<\/p>\n<p>Les cliniciens recourent \u00e9galement aux <strong>m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9valuation comportementale directe<\/strong>, notamment par l&rsquo;observation naturaliste ou arm\u00e9e en milieu hospitalier, compl\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;auto-enregistrement quotidien (ou \u00e9valuation \u00e9cologique momentan\u00e9e par smartphone). Ces protocoles permettent de saisir avec exactitude les ant\u00e9c\u00e9dents environnementaux et les cons\u00e9quences imm\u00e9diates qui maintiennent le comportement inadapt\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;examen s&rsquo;enrichit d&rsquo;outils neuropsychologiques et d&rsquo;explorations d&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale (IRM structurelle et fonctionnelle, EEG) dans l&rsquo;optique d&rsquo;exclure formellement des \u00e9tiologies purement organiques, telles qu&rsquo;une tumeur du lobe frontal, une enc\u00e9phalite auto-immune ou un \u00e9tat de d\u00e9mence d\u00e9butant.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La formalisation rigoureuse du concept de comportement anormal s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9terminante dans de multiples sph\u00e8res soci\u00e9tales et institutionnelles.<\/p>\n<p>Dans le <strong>secteur m\u00e9dical et clinique<\/strong>, elle conditionne l&rsquo;\u00e9laboration de protocoles th\u00e9rapeutiques personnalis\u00e9s, orientant le choix entre pharmacoth\u00e9rapie cibl\u00e9e (antipsychotiques, antid\u00e9presseurs, anxiolytiques) et interventions psychoth\u00e9rapeutiques valid\u00e9es (th\u00e9rapies comportementales et cognitives, psychoth\u00e9rapies interpersonnelles, approches syst\u00e9miques). Une identification pr\u00e9coce des comportements anormaux prodromiques permet d&rsquo;interrompre l&rsquo;escalade morbide dans les troubles psychotiques ou bipolaires.<\/p>\n<p>Dans le <strong>domaine m\u00e9dico-l\u00e9gal et judiciaire<\/strong>, la qualification d&rsquo;anomalie comportementale se situe au c\u0153ur de la notion de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale. L&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique d&rsquo;un pr\u00e9venu doit d\u00e9terminer si, au moment des faits incrimin\u00e9s, un trouble psychologique s\u00e9v\u00e8re a aboli ou alt\u00e9r\u00e9 son discernement ou le contr\u00f4le de ses actes, comme le stipule par exemple l&rsquo;article 122-1 du Code p\u00e9nal fran\u00e7ais. Cette d\u00e9marcation d\u00e9cide de l&rsquo;orientation de l&rsquo;individu vers une peine d&rsquo;incarc\u00e9ration p\u00e9nitentiaire ou vers une hospitalisation sous contrainte en milieu psychiatrique s\u00e9curis\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le <strong>monde du travail et des organisations<\/strong>, la compr\u00e9hension de ces conduites alimente les politiques de pr\u00e9vention des risques psychosociaux, la d\u00e9tection des syndromes d&rsquo;\u00e9puisement professionnel aigu (burnout) et la prise en charge des conduites de harc\u00e8lement moral ou de d\u00e9sinsertion professionnelle caus\u00e9es par des d\u00e9compensations psychiques latentes.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche scientifique internationale sur les comportements anormaux a franchi des paliers majeurs au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies gr\u00e2ce \u00e0 la convergence de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie clinique, de la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire et des neurosciences cognitives.<\/p>\n<p>Les vastes enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques transversales coordonn\u00e9es par l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) dans le cadre de la <em>World Mental Health Survey<\/em> ont apport\u00e9 des preuves solides de l&rsquo;extr\u00eame pr\u00e9valence des comportements psychopathologiques dans le monde. Ces \u00e9tudes d\u00e9montrent qu&rsquo;environ un individu sur quatre r\u00e9pondra, au cours de son existence, aux crit\u00e8res complets d&rsquo;au moins un trouble mental caract\u00e9ris\u00e9, attestant que l&rsquo;anomalie clinique ne constitue pas une d\u00e9viation marginale isol\u00e9e, mais un risque inh\u00e9rent \u00e0 la condition humaine.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes g\u00e9nomiques \u00e0 grande \u00e9chelle (GWAS), men\u00e9es sous l&rsquo;\u00e9gide de consortiums internationaux comme le <em>Psychiatric Genomics Consortium<\/em> (PGC), ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;architecture hautement polyg\u00e9nique de la majorit\u00e9 des comportements anormaux s\u00e9v\u00e8res. Ces travaux confirment que des centaines de variations all\u00e9liques courantes de faible effet, combin\u00e9es \u00e0 des mutations rares d&rsquo;insertion-d\u00e9l\u00e9tion (CNV), conf\u00e8rent un risque partag\u00e9 entre des entit\u00e9s nosologiques autrefois cloisonn\u00e9es, telles que la schizophr\u00e9nie, les troubles bipolaires et les troubles du spectre autistique.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel, les mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage et de neuro-imagerie ont confirm\u00e9 que les comportements anormaux d&rsquo;\u00e9vitement observ\u00e9s dans les phobies ou le stress post-traumatique reposent sur une alt\u00e9ration durable des circuits neuronaux de l&rsquo;extinction de la peur, impliquant une hyperr\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale coupl\u00e9e \u00e0 un d\u00e9ficit d&rsquo;inhibition par le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La relativit\u00e9 culturelle s&rsquo;impose comme une contrainte \u00e9pist\u00e9mologique absolue lors de l&rsquo;\u00e9tude du comportement anormal. Ce qui est diagnostiqu\u00e9 comme une anomalie psychiatrique au sein d&rsquo;une m\u00e9tropole occidentale industrialis\u00e9e peut s&rsquo;av\u00e9rer une pratique valoris\u00e9e, int\u00e9gr\u00e9e ou spirituellement significative dans un autre contexte g\u00e9ographique ou traditionnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;ethnopsychiatrie et la psychiatrie transculturelle, illustr\u00e9es en France par des figures comme Georges Devereux ou Tobie Nathan, ont mis en garde contre le risque d&rsquo;\u00ab ethnocentrisme clinique \u00bb. L&rsquo;imposition unilat\u00e9rale des crit\u00e8res occidentaux peut conduire \u00e0 la m\u00e9dicalisation abusive d&rsquo;exp\u00e9riences de transe chamanique, de glossolalie ou de communication avec les anc\u00eatres, per\u00e7ues localement comme des vecteurs l\u00e9gitimes de communication sociale ou religieuse.<\/p>\n<p>Cette complexit\u00e9 est formellement act\u00e9e dans les classifications modernes, qui int\u00e8grent des \u00ab syndromes li\u00e9s \u00e0 la culture \u00bb (<em>culture-bound syndromes<\/em>) ou concepts culturels de d\u00e9tresse. Parmi ceux-ci figurent notamment :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;Amok :<\/strong> Crise dissociative aigu\u00eb observ\u00e9e historiquement en Malaisie et en Asie du Sud-Est, caract\u00e9ris\u00e9e par une explosion soudaine d&rsquo;agressivit\u00e9 indiscrimin\u00e9e et d&rsquo;actes homicides, suivie d&rsquo;amn\u00e9sie et d&rsquo;\u00e9puisement.<\/li>\n<li><strong>Le Taijin Kyofusho :<\/strong> Forme particuli\u00e8re d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale document\u00e9e au Japon, o\u00f9 la terreur de l&rsquo;individu ne r\u00e9side pas dans la peur d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 par autrui, mais dans l&rsquo;angoisse obs\u00e9dante d&rsquo;offenser ou de d\u00e9go\u00fbter ses pairs par son odeur corporelle, son regard fuyant ou ses rougeurs faciales.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Ataque de nervios :<\/strong> Syndrome de d\u00e9tresse aigu propre aux populations latino-am\u00e9ricaines, manifest\u00e9 lors d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements familiaux traumatiques par des cris incontr\u00f4lables, des tremblements convulsifs, de l&rsquo;agressivit\u00e9 verbale et des \u00e9pisodes d&rsquo;\u00e9vanouissement, culturellement tol\u00e9r\u00e9 comme une soupape \u00e9motionnelle transitoire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour pr\u00e9venir les d\u00e9rives diagnostiques, le DSM-5-TR propose d\u00e9sormais le formulaire de formulation culturelle (CFI), guidant l&rsquo;interrogatoire clinique vers l&rsquo;exploration des identit\u00e9s, des explications populaires de la maladie et des r\u00e9seaux de soutien propres \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de chaque patient.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La notion de comportement anormal suscite d&rsquo;intenses controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique, de la philosophie de l&rsquo;esprit et de la sociologie critique.<\/p>\n<p>Le mouvement de l&rsquo;<strong>antipsychiatrie<\/strong>, port\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970 par des figures de proue telles que Thomas Szasz, Michel Foucault et David Cooper, a vigoureusement d\u00e9nonc\u00e9 l&rsquo;\u00e9tiquette d&rsquo;anomalie comportementale comme un mythe id\u00e9ologique. Dans son ouvrage embl\u00e9matique <em>The Myth of Mental Illness<\/em> (1961), Szasz affirmait que les \u00ab maladies mentales \u00bb ne sont pas des maladies au sens somatique objectif, mais des \u00ab probl\u00e8mes de vie \u00bb convertis arbitrairement en pathologies afin d&rsquo;exercer une r\u00e9gulation sociale coercitive sur les individus refusant de se plier \u00e0 l&rsquo;ordre bourgeois \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat virulent concerne l&rsquo;<strong>inflation diagnostique<\/strong> et l&rsquo;abaissement progressif des seuils nosologiques au fil des r\u00e9visions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l&rsquo;American Psychiatric Association. Des cliniciens contemporains comme Allen Frances, qui a pourtant pr\u00e9sid\u00e9 le comit\u00e9 de r\u00e9daction du DSM-IV, alertent sur la m\u00e9dicalisation outranci\u00e8re de l&rsquo;existence normale. La tristesse du deuil requalifi\u00e9e en \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur, la vivacit\u00e9 motrice infantile \u00e9tiquet\u00e9e comme trouble d\u00e9ficitaire de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH), ou encore les col\u00e8res d\u00e9veloppementales cat\u00e9goris\u00e9es en trouble de d\u00e9r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur explosive illustrent cette tendance \u00e0 pathologiser les variations ordinaires du temp\u00e9rament humain au profit de l&rsquo;industrie pharmaceutique.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, l&rsquo;opposition entre <strong>approche cat\u00e9gorielle<\/strong> (un individu est malade ou sain, selon un mod\u00e8le binaire tout-ou-rien) et <strong>approche dimensionnelle<\/strong> demeure vive. La recherche actuelle tend \u00e0 privil\u00e9gier une vision spectrale et continue des comportements anormaux, formalis\u00e9e notamment par le consortium HiTOP (<em>Hierarchical Taxonomy of Psychopathology<\/em>). Selon cette perspective, les comportements psychopathologiques s&rsquo;inscrivent sur un continuum sans fronti\u00e8re \u00e9tanche, o\u00f9 l&rsquo;anormalit\u00e9 clinique ne repr\u00e9sente que le degr\u00e9 extr\u00eame d&rsquo;un trait psychologique partag\u00e9 par l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou s\u00e9mantique dans la pratique clinique, le concept de comportement anormal doit \u00eatre soigneusement discrimin\u00e9 de plusieurs notions satellites :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9viance :<\/strong> Action ou attitude en rupture avec les codes juridiques, moraux ou culturels dominants d&rsquo;un groupe (telle que l&rsquo;infraction p\u00e9nale ou l&rsquo;habillement marginal). Si un comportement anormal peut \u00eatre per\u00e7u comme d\u00e9viant, la d\u00e9viance n&rsquo;implique intrins\u00e8quement aucun dysfonctionnement psychique ou souffrance subjective.<\/li>\n<li><strong>Maladie mentale \/ Trouble psychologique :<\/strong> Entit\u00e9 nosologique formelle reconnue par les syst\u00e8mes de classification diagnostique (DSM-5-TR, CIM-11), associant un ensemble coh\u00e9rent de crit\u00e8res \u00e9tiopathog\u00e9niques et s\u00e9miologiques. Le comportement anormal est le signe ou le sympt\u00f4me visible qui conduit \u00e0 soup\u00e7onner le trouble, mais le comportement ne r\u00e9sume pas la totalit\u00e9 de la dynamique du trouble.<\/li>\n<li><strong>Excentricit\u00e9 :<\/strong> Conduite originale, atypique, non conventionnelle, mais assum\u00e9e en pleine conscience, v\u00e9cue avec fiert\u00e9 et sans angoisse, ne g\u00e9n\u00e9rant aucune d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;autonomie adaptative de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>Inadaptation :<\/strong> Incapacit\u00e9 transitoire d&rsquo;une personne \u00e0 r\u00e9pondre aux exigences d&rsquo;un environnement sp\u00e9cifique (scolaire, professionnel, conjugal), r\u00e9sultant fr\u00e9quemment d&rsquo;un d\u00e9calage d&rsquo;habilet\u00e9s ou d&rsquo;une crise syst\u00e9mique sans pour autant signer une anomalie structurelle interne de la personnalit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du comportement anormal repose sur une architecture clinique et scientifique exigeante :<\/p>\n<ul>\n<li>Le comportement anormal se caract\u00e9rise par l&rsquo;imbrication dynamique de la d\u00e9viance par rapport aux rep\u00e8res statistiques et sociaux, de la d\u00e9tresse subjective, du dysfonctionnement adaptatif et du risque de pr\u00e9judice ou de dangerosit\u00e9.<\/li>\n<li>Son appr\u00e9hension a bascul\u00e9 des paradigmes surnaturels de l&rsquo;Antiquit\u00e9 vers le mod\u00e8le somatique hippocratique, avant de trouver sa formalisation moderne gr\u00e2ce aux nosographies empiriques et au mod\u00e8le biopsychosocial.<\/li>\n<li>Les explications contemporaines conjuguent la neurobiologie, les th\u00e9ories psychodynamiques et cognitives sous le paradigme d&rsquo;int\u00e9gration diath\u00e8se-stress.<\/li>\n<li>Le diagnostic exige des outils rigoureux (SCID, MMPI-3) et impose une vigilance \u00e9thique constante face \u00e0 la relativit\u00e9 culturelle et aux \u00e9cueils de la surm\u00e9dicalisation des comportements humains ordinaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/li>\n<li>Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. <em>Science<\/em>, 196(4286), 129-136. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.847460\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.847460<\/a><\/li>\n<li>Frances, A. (2013). <em>Saving normal: An insider&rsquo;s revolt against out-of-control psychiatric diagnosis, DSM-5, big pharma, and the medicalization of ordinary life<\/em>. William Morrow.<\/li>\n<li>Szasz, T. S. (1960). The myth of mental illness. <em>American Psychologist<\/em>, 15(2), 113-118. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0046535\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0046535<\/a><\/li>\n<li>Wakefield, J. C. (1992). The concept of mental disorder: On the boundary between biological facts and social values. <em>American Psychologist<\/em>, 47(3), 373-388. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.47.3.373\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.47.3.373<\/a><\/li>\n<li>World Health Organization. (2019). <em>International statistical classification of diseases and related health problems<\/em> (11th ed.; ICD-11). World Health Organization. <a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/icd.who.int\/\">https:\/\/icd.who.int\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez une analyse approfondie du comportement anormal en psychologie clinique : d\u00e9finitions, mod\u00e8les th\u00e9oriques, crit\u00e8res diagnostics et controverses actuelles.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,859],"tags":[30901,17246,5513,30903,4052,419],"class_list":["post-19229","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychopathologie","tag-comportement-anormal","tag-deviance","tag-diagnostic-psychologique","tag-norme-sociale","tag-psychopathologie","tag-sante-mentale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/19229\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}